Clint Eastwood a visiblement décidé de se spécialiser dans les portraits des personnes « ordinaires » qui un jour deviennent plus ou moins volontairement des héros. Pour le meilleur, avec Sully, ou le pire, avec le 15h17 pour Paris (même si je ne l’ai personnellement pas vu). Il récidive avec Le Cas Richard Jewell. On pouvait donc se demander de quel côté la balance allait pencher cette fois-ci. Mais quand on connaît l’extrême qualité de la filmographie de ce géant du 7ème art, on se doutait bien de la réponse. Une nouvelle fois, il s’est montré à la hauteur de la situation.
La première grande qualité de Le Cas Richard Jewell tient à celle de sa narration. En effet, il parvient dans un équilibre subtil à mener de front un récit d’enquête (plus proche du film de procès que du polar) et le portrait fouillé de son personnage central. Les deux aspects ne font pas que se compléter, ils entrent en synergie. Tout cela est porté par le talent artistique de Clint Eastwood qui, le moins que l’on puisse dire, sait manier une caméra comme peu de cinéaste. Par le truchement (oui j’ose le truchement!) de ces qualités, le spectateur entre immédiatement dans l’histoire et y restera profondément plongé jusqu’à la dernière seconde.
Le Cas Richard Jewell offre un grand rôle à Paul Walter Hauser dont le physique ne correspond pas vraiment à ce que Hollywood à l’habitude de mettre tout en haut de l’affiche. Il occupe l’écran pas uniquement par la largeur de… ses épaules, mais aussi par la justesse et la force de son interprétation. Sam Rockwell, Kathy Bates ou Jon Hamm sont vraiment relégués au rang de second rôle. Ils contribuent en tout cas tout avec beaucoup de conviction à nous faire découvrir cette histoire édifiante qui n’aurait peut-être pas mériter un film, si elle n’avait pas pris vie sous la sublime caméra de Clint Eastwood. Puisse-t-il encore s’en servir longtemps pour nous offrir de longs métrage de cette qualité.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique : Production : Appian Way, Misher Films, 75 year Plan Productions, The Malpaso Company Distribution : Warner Bros Réalisation : Clint Eastwood Scénario : Billy Ray, article de Marie Brenner, livre de Kent Alexander et Kevin Salwen Montage : Joel Cox Photo : Yves Bélanger Décors : Kevin Ishioka Musique : Arturo Sandoval Durée : 131 min
Casting : Paul Walter Hauser : Richard Jewell Sam Rockwell : Watson Bryant Olivia Wilde : Kathy Scruggs Jon Hamm : Tom Shaw Kathy Bates : Bobi Jewell Ian Gomez : Dan Bennet
Parfois, il faut se faire une raison. Quand l’amour ne vient, il ne vient pas, on ne peut rien y faire. Même quand le premier rendez-vous était particulièrement prometteur, quand la suite ne parvient pas à faire grandir la flamme, inutile de se replonger éternellement dans le souvenir initial. On se fait du mal pour rien et on perd son temps. C’est exactement ce qui m’arrive avec Elizabeth George et les aventures de l’inspecteur Thomas Lynley. Si j’avais réellement apprécié Enquête dans le Brouillard, j’ai depuis enchaîné trois amères déceptions. Une Douce Vengeance est la dernière en date. Je crois qu’il est temps de rompre.
J’ai retrouvé dans Une Douce Vengeance le même défaut que dans des épisodes précédents. Au moins, Elizabeth George a la constance pour elle. Elle convoque dans ses récits une foule de personnages, mais ne parvient pas à les rendre assez distincts des uns des autres pour que le lecteur les différencient clairement. Du coup, même au trois quart du récit, il arrive qu’on se demande « mais c’est qui déjà ? » quand un protagoniste intervient dans un chapitre. Du coup, on arrive pas à suivre aisément le fil du récit, ce qui nous rend assez indifférent à celui-ci. Au moment où la vérité éclate, on se sent plus soulagé de voir arriver la fin du roman que de voir enfin se lever le mystère.
Elizabeth George ne possède pas une plume désagréable. C’est vraiment dans la création de ses personnages qu’elle pêche, dans la manière dont elle les introduit. Une Douce Vengeance rappelle trop les récits d’Agatha Christie (un meurtre dans un manoir d’une famille de la haute société anglaise) pour ne pas faire de comparaison. Et cette dernière l’emporte haut la main. Il y a pourtant ici une volonté, louable, d’ajouter de la complexité et un peu de noirceur. Mais la forme n’est pas à la hauteur de cette ambition.
J’aurais encore un rendez-vous puisque j’ai un épisode de cette série que l’on m’a offert il y a longtemps. Mais après cette nouvelle déception, j’ai renoncé à lire les tomes intermédiaires. Peut-être que ce dernier rencard me donnera des regrets.
Le mouvement de lutte pour l’égalité « raciale » aux Etats-Unis inspire depuis longtemps les cinéastes, mais le plus souvent dans une perspective historique, avec des portraits des grandes figures. Avec Queen & Slim, il trouve une traduction plus contemporaine. Melina Matsoukas fait des choix artistiques forts pour porter son propos. Mais en faisant cela, elle sacrifie quelque peu le fond au profit de la forme. Et quand on traite un sujet aussi fort, c’est sans doute une erreur regrettable.
La scène qui va lancer toute l’histoire de Queen & Slim n’est pas totalement crédible. Or elle représente la fondation sur laquelle est bâti tout le film. Avec une base aussi fragile, le reste de l’intrigue paraît quelque peu chancelant. On comprend vite que le scénario est en fait celui d’une fable. Il ne vise pas vraiment le réalisme et mise surtout sur les symboles. Mais cela donne un mélange un peu étrange, un peu flou, qui a du coup bien du mal à être totalement convaincant. L’intention de Melina Matsoukas est de donner à son point de départ, un fait divers finalement banal, une dimension toute autre. Il est sans doute possible de rentrer assez dans cette histoire pour vraiment se laisser porter. Mais si on garde une vision un peu distancée, l’enthousiasme n’est définitivement pas au rendez-vous.
La photographie particulièrement soignée de Queen & Slim contribue à cette impression d’une forme qui nuit au fond. C’est beau, mais donne à ce film comme une superficialité, alors qu’elle traite un sujet qui demanderait plutôt gravité et profondeur. On peut y voir une forme d’audace, mais il n’en demeure pas moins que le résultat n’est pas à la hauteur de l’ambition. Cela ne doit pas nous faire oublier la prestation magistrale du duo formé par Jodie Turner-Smith et Daniel Kaluuya. Ils incarnent leurs personnages en parvenant à leur donner cette dimension supplémentaire que cherchait la réalisatrice. C’est finalement eux qui constituent le plus grand atout de ce film, certainement pas raté, mais pas réellement réussi.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Réalisation : Melina Matsoukas Scénario : Lena Waithe, d’après une histoire de Lena Waithe et James Frey Décors : Karen Murphy Costumes : Shiona Turini Photographie : Tat Radcliffe Montage : Pete Beaudreau Musique : Devonté Hynes Producteur : James Frey, Lena Waithe, Melina Matsoukas, Michelle Knudsen, Andrew Coles, Brad Weston et Pamela Abdy Coproducteur : Todd Cohen Producteur délégué : Pamela Hirsch, Daniel Kaluuya, Aaron L. Gilbert, Jason Cloth et Guymon Casady Durée : 133 minutes
Casting : Daniel Kaluuya : Slim Jodie Turner-Smith : Queen Bokeem Woodbine : Oncle Earl Chloë Sevigny : Mme Shepherd Flea : M. Shepherd Gralen Bryant Banks Lucky Johnson Karen Kaia Livers Indya Moore : Goddess Benito Martinez : le shérif Edgar Jahi Di’Allo Winston : Junior Melanie Halfkenny : Naomi
On commence cet avis musical avec une artiste très en vogue, Christine and the Queens, dont je ne connaissais que les plus grands tubes et que j’ai découvert plus longuement en écoutant Chris, son deuxième album, sorti en 2018. Elle nous offre une musique pop, énergique et brillante. Elle lui donne une petite touche de glamour qui lui confère toute sa personnalité à son oeuvre. L’artiste mord vraiment dans ses titres, avec sa voix claire et prenante. L’album est d’une grande variété, on est curieux de découvrir ce que va nous réserver le prochain titre. Les titres en français sont aussi bons, même si on a quelque peu du mal à saisir le sens profond des textes. En tout cas, elle mérite amplement son succès.
On change de génération et de genre, en passant à Richard Thompson, un auteur-compositeur britannique, né en 1949, et son album 13 Rivers. Il nous propose de son côté une voix sombre et profonde, même si elle parvient à garder une certaine clarté. Les instrumentations sont très marquées par les percussions et le résultat est parfois un peu lancinant. C’est souvent plus martelé que réellement entraînant. Cependant, il y a assez de créativité pour offrir une certaine variété entre les titres. La fin de l’album est plus dynamique offrant deux titres vraiment sympathiques, You can’t Reach Me, un rock classique très américain, et O’Cinderella.
On termine avec une artiste dont j’avais beaucoup apprécié le premier album, Anna Calvi. Hunter n’est pas tout à fait à la même hauteur malheureusement. Certes sa voix chaude continue de nous envelopper, avec une vraie conviction, mais le tout manque un peu de peps. Le résultat est un peu contemplatif (pour ne pas dire ennuyeux). Que les titres soient rock ou pop, ils souvent assez poussifs. L’album ne propose de plus pas de titre phare. Bref, malgré une vraie maîtrise, le résultat n’est guère emballant.
Lorsque l’on raconte une histoire, qu’on le veuille ou non, on laisse toujours à son lecteur ou au spectateur une certaine liberté d’interprétation. De nombreux films sont à l’origine de débats sans fin pour déterminer le sens de tel ou tel événement du récit. C’est parfois involontaire de la part de l’auteur, mais parfois il laisse cette marge d’incertitude volontairement. Stéphane Demoustier a clairement fait ce choix avec la Fille au Bracelet. Il prouve que ne pas apporter une réponse définitive et toute faite à une question peut avant tout souligner sa pertinence. Surtout quand l’exercice est aussi parfaitement maîtrisé.
Dans un scénario, comme dans la vie, il s’avère particulièrement difficile de cacher quelque chose sans se trahir. Le scénario et l’interprétation peuvent en effet facilement trahir des intentions que l’on chercher pourtant à cacher. Dans la Fille au Bracelet, la question est de savoir si une jeune fille de 18 ans a bien, deux ans plus tôt, commis ou non un odieux meurtre de sang froid. On peut bien sûr ressortir de ce film avec une opinion personnelle. Mais cela tiendra de l’intuition car rien ne vient donner de preuve tangible pouvant donner une réponse ferme et définitive à la question. Du coup, on est forcé de s’interroger sur ce fonde une culpabilité, sur le rapport à l’innocence supposée de la jeunesse et sur le regard que l’on peut poser sur un proche qui subit une telle accusation.
Le casting de la Fille au Bracelet se montre particulièrement brillant. Ce n’est pas en premier lieu grâce à Roschdy Zem et Chiara Mastroianni, certes irréprochables, mais dont le talent est totalement éclipsé par la performance d’une éclatante perfection de Melissa Guers. Quelle maîtrise et quel sang froid pour incarner de manière aussi convaincante un personnage aussi complexe ! On ne peut qu’être admiratif, alors que la moindre faille dans son interprétation aurait compromis. Le seul point faible du casting est Anaïs Demoustier, pas très à l’aise dans son rôle d’avocate générale. Rien qui ne puisse cependant compromettre la réussite de ce film étonnant et qui plonge le spectateur dans un certain trouble. On en ressort sans vérité, mais avec de quoi poursuivre sa propre réflexion une fois sorti de la salle.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Petit film, France 3 cinéma, Frakas productions Distribution : Le Pacte Réalisation : Stéphane Demoustier Scénario : Stéphane Demoustier, livre de Ulises Porra, Gonzalo Tobal Montage : Damien Maestraggi Photo : Sylvain Verdet Décors : Catherine Cosme Musique : Carla Pallone Durée : 96 min
Casting : Melissa Guers : Lise Roschdy Zem : Bruno Chiara Mastroianni : Céline Annie Mercier : l’avocate de Lise Anaïs Demoustier : l’avocate générale Carlo Ferrante : l’avocat des parties civiles Pascal-Pierre Garbarini : le président du tribunal
Depuis quelque temps, on voit fleurir sur nos écrans des films sur le désir d’émancipation de la jeunesse du Maghreb, et plus largement même du monde arabe. Cela tourne le plus souvent autour de l’envie de vivre librement ses amours et ses désirs. L’envie de créer librement a également été mise en avant. Un Divan à Tunis aborde la question par un angle réellement original et au final assez efficace. A travers son film, Manele Labidi nous raconte le parcours d’une jeune femme qui a quitté Paris pour revenir sur sa terre natale pour ouvrir un cabinet de psychothérapie.
Un Divan à Tunis reste avant tout un film léger, pour ne pas dire une comédie. Mais il n’en est pas moins pertinent. En effet, il livre un portrait plein de tendresse de la société tunisienne, que l’on soupçonne être relativement fidèle. Evidemment, je ne la connais pas assez pour réellement en juger, mais en tout cas le propos est convaincant, même quand le ton est clairement à la caricature. Le film séduit aussi par la galerie de personnages qu’il nous propose. En premier lieu, les clients qui défilent dans le cabinet, mais aussi bien d’autres protagonistes de cette histoire (j’ai une affection particulière pour la fonctionnaire du Ministère de la Santé). Beaucoup sont des vecteurs d’effets comiques, mais chacun d’eux à quelque chose à dire et à nous apprendre sur la société tunisienne.
Je suis un peu gêné d’aborder le sujet du casting puisque Golshifteh Farahani et moi-même vivons une histoire d’amour passionnée. Bon ok, uniquement dans mes rêves les plus fous, mais tout de même. Ce n’est sûrement pas sa très belle performance qui va la faire quitter mes songes. C’est cependant tout le casting qui est à saluer sans aucune modération. Il est parfaitement mis en valeur par la réalisation de Manele Labidi qui donne un vrai rythme à son récit et met parfaitement en lumière les paysages urbains de Tunis. Au final, le film séduit par ses nombreuses qualités lui permettent d’allier intelligence et divertissement.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Kazak productions, Arte france cinéma Distribution : Diaphana distribution Réalisation : Manele Labidi Scénario : Manele Labidi Montage : Yorgos Lamprinos Photo : Laurent Brunet Décors : Mila Preli Musique : Flemming Nordkrog Durée : 98 min
On commence avec Cat Power, une artiste américaine, et son album Wanderer, sorti en 2018. On y découvre une musique douce et mélodieuse qui sonne un peu comme une chorale. Les instrumentations sont vraiment épurées et tout, ou presque, repose sur la voix. Le résultat est relativement solide et maîtrisé, mais ne propose aucun titre qui ressortirait vraiment du lot. C’est donc au final un rien monotone, même si la qualité est constante.
On poursuit avec Miossec et son dernier opus en date, les Rescapés. Sa voix y semble plus claire qu’à son habitude, les mélodies plus sucrées, les textes un peu moins mélancoliques. Les instrumentations nous ramènent quelque peu dans les années 80. C’est totalement maîtrisé, mais ce n’est pas tout à fait le Miossec que l’on aime. Cela sonne plus « mainstream » et ce n’est pas vraiment ce que l’on attend de lui. On peut aussi y voir une forme de renouvellement, si on souhaite rester positif.
On termine avec une des plus grandes stars planétaires de la musique, à savoir Eminem et son album Kamikaze. Je ne connaissais que ses titres les plus connus. Je n’ai vraiment pas été surpris et dépaysé. On y retrouve son univers et sa diction à nulle autre pareil, aussi aiguisée qu’un rasoir. Il interprète souvent autant ses textes qu’ils les rappent. C’est techniquement impressionnant, mais relativement monotone au final et tourne parfois à l’exercice de style. Heureusement l’album accueille un grand nombre d’invités qui apportent un peu de diversité et rendent certains titres vraiment sympas.
L’amour n’a pas de frontière, n’a pas d’âge, tout ça, tout ça… Dans la vie ce n’est malheureusement pas si simple. Au cinéma parfois non plus, quand les films « romantiques » délaissent les fleurs bleues pour un peu de réalisme. Deux est un très beau film d’amour, mais avant tout un film sur la difficulté à vivre un amour « hors normes ». Un sujet délicat qui demande un minimum de subtilité pour être un minimum intéressant. Si celui-ci est imparfait, il traite avec beaucoup de pertinence et surtout d’émotion des rapports humains et des sentiments plus forts que les conventions sociales.
Le sujet de Deux se déploie à deux niveaux. Le cœur se situe dans l’histoire d’amour entre les deux principales protagonistes. Je ne dévoilerai rien des péripéties qu’elles vont affronter, mais cet aspect du récit n’est en rien contemplatif. Mais tout se déroule au profit d’une émotion profonde et sincère transmise avec beaucoup de force aux spectateurs. L’autre aspect est dans la relation avec les enfants, qui ne vont pas accepter facilement la situation. Cette dimension est traitée de manière un peu plus caricaturale, trop en tout cas pour vraiment donner une couche supplémentaire d’intérêt à l’histoire. Il n’en avait pas forcément besoin pour mériter d’être vu, mais il se prive d’une force supplémentaire.
Le duo formé par Barbara Sukowa et Martine Chevallier illumine le film et le porte avec un talent et une conviction assez incroyable. Elles donnent réellement vie à leurs personnages et surtout aux sentiments qui les lient. Martine Chevallier en particulier donne une totale crédibilité à des événements qui demandaient un immense talent d’interprétation. Léa Drucker est plus en retrait, mais c’est avant tout lié à son personnage qui manque un rien d’épaisseur. Mais au final, c’est peut-être un mal pour un bien car cela met encore plus en lumière toute la beauté de cette histoire d’amour entre deux femmes, qui nous portera vers un dénouement très réussi, ce qui n’est jamais gagné d’avance dans ce genre d’histoire. Vive l’amour !
Pour parler d’un sujet grave et sérieux, dramatique et triste, on peut évidemment choisir de raconter une histoire grave et sérieuse, dramatique et triste. Mais on peut aussi prendre le parfait contre-pied et se servir du rire et de la dérision pour passer les mêmes messages. Bien sûr, l’exercice devient alors beaucoup plus périlleux. Il faut avoir un peu de courage pour oser s’aventurer dans cette voie. Certains réalisateurs ont eu cette audace. Depuis la Vie est Belle de Roberto Benigni, on sait que même la thématique de l’Holocauste peut être traitée avec bonheur de cette façon. Une nouvelle preuve avec Jojo Rabbit, même si ce film deviendra certainement moins culte que son illustre prédécesseur.
Taika Waititi a vraiment osé en réalisant ce film. Il y a une vraie prise de risque artistique qui mérite beaucoup de respect à elle seule. C’est ceux qui ne prennent jamais de risque qui ne font jamais d’erreur. Jojo Rabbit est un film largement imparfait, un peu foutraque et pas toujours totalement abouti. Mais il tire de ce bordel organisé une énergie tout à fait appréciable. La réalisation, le casting, le scénario, tout cela s’engage dans la direction définie avec énormément de conviction. Ils finissent par la transmettre au spectateur qui rentre dans cette histoire avec beaucoup de jubilation. Le rire va vite succéder aux larmes, puis au rire, plus aux larmes, mais la douche écossaise est vraiment plaisante ! Chaque émotion nourrit l’autre et c’est elles que l’on retient au final, bien plus que les imperfections.
Jojo Rabbit nous permet de découvrir un duo de comédiens dont la valeur n’attend certainement pas le nombre des années. Roman Griffith Davis et Thomasin McKenzie sont les vraies stars de ce film. On est toujours un peu embêté pour juger les enfants acteurs, mais ce qui leur était demandé ici s’apparentait à un travail d’acteurs que peu d’adultes auraient pu réaliser avec autant de justesse. Ils éclipsent largement Scarlett Johansson et Sam Rockwell, qui proposent un travail sérieux, mais sans génie particulier. La petite déception vient de Taiki Waititi en tant qu’acteur. Son Hitler, ami imaginaire ridicule, reste une des idées pas totalement exploitées de ce film. Mais il a mis tellement de lui-même dans ce film qu’on lui pardonne aisément ce moment de faiblesse pour saluer encore une fois les risques pris ! Qu’il puisse en inspirer d’autres !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : TSG Entertainment, Piki Films, Defender Films, Czech Anglo Productions Distribution : 20th Century Fox Réalisation : Taika Waititi Scénario : Taika Waititi, roman de Christine Leunens Montage : Tom Eagles Photo : Mihai Malaimare Décors : Ra Vincent Musique : Michael Giacchino Durée : 108 min
Casting : Roman Griffith Davis : Jojo Thomasin McKenzie : Elsa Scarlett Johansson : Rosie, la mère Taiki Waititi : Adolf Sam Rockwell : Capitaine Klenzendorf Rebel Wilson : Fraulein Rahm Alfie Allen : Finkel Stephen Merchant : Deertz Archie Yates : Yorki
Le manichéisme est un mal particulièrement répandu au cinéma, mais dans toute forme de narration en fait. Quand il s’agit d’une pure fiction, ce n’est pas très grave, voire souhaitable. Combien d’histoires prennent tout leur intérêt grâce à un méchant mémorable, car vraiment, mais alors vraiment, méchant ? Quand on touche à la réalité par contre, la situation est différente. Dans le monde réel, rien n’est simple, gris ou noir. Ce sont donc souvent les histoires vraies qui laissent le plus de place à la diversité des points de vue qui sont les plus marquantes. Au cours de son histoire, le septième art hollywoodien a souvent fait des Occidentaux les gentils, défenseurs de la liberté, et des « communistes » la figure du mal incarné, prêts au pires exactions pour arriver à leurs fins. On touchait évidemment à la caricature. Cuban Network nous plonge dans la guerre froide entre les Etats-Unis et Cuba avec un angle inattendu et qui donne surtout tout son intérêt au propos.
Dans les années 80 et 90, des mouvements anti-castristes basés à Miami ont organisé plusieurs attentats sur le sol cubain, faisant quelques victimes au passage. Cuban Network raconte l’histoire des espions envoyés par le pouvoir de la Havane pour infiltrer ces mouvements et empêcher de nouveaux attentats et de nouvelles victimes. Des espions agissant dans l’illégalité sur le sol américain pour empêcher des mouvements agissant dans l’illégalité sur le sol américain et cubain. Bref, une histoire sans gentil et sans méchant, juste le portrait d’hommes et de femmes et un panorama plutôt brillant de la complexité de la situation. Le spectateur manque un peu de repère au début, ne sachant qui aimer ou détester. Mais il finira par apprécier de découvrir cette facette peu connue des rapports entre Cuba et les Etats-Unis.
Olivier Assayas signe donc là un film assez hollywoodien dans la forme, mais dont le propos l’est nettement moins. Il dote Cuban Network d’une réalisation à la fois brillante et efficace. Pas de prise de risque artistique, mais toujours autant de talent. Il brille aussi dans la direction d’un casting riche qui mêle acteurs méconnus et deux grandes stars. Difficile de les distinguer, tant tout ce petit monde donne vie à son personnage avec conviction et application. Le film connaît quelques baisses de rythme, mais l’intérêt du spectateur ne connaît pas de son côté de baisse de régime, car on se demande vraiment où tout cela va nous mener. Un film pour les curieux plus que pour les amateurs de films remplis d’action. Mais les curieux en auront pour leur argent.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : CG Cinéma, RT Features, Nostromo Pictures, Scope Pictures, France 2 Cinéma, Orange Studio, Memento films Distribution : Memento films Réalisation : Olivier Assayas Scénario : Olivier Assayas, livre de Fernando Morais Montage : Simon Jacquet Photo : Yorick Le Saux Décors : François-Renaud Labarthe Musique : Eduardo Cruz Durée : 127 min
Casting : Penelope Cruz : Olga Salanueva Edgar Ramirez : René Gonzalez Gael Garcia Bernal : Manuel Viramontez Wagner Moura : Juan Pablo Roque Ana de Armas : Ana Margarita Martinez Leonoardo Sbaraglia : Jose Basulto
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