SYMPATHIE POUR LE DIABLE : A bonne distance

sympathiepourlediableafficheDécidément, ce dernier trimestre cinématographique aura été marqué par les films consacrés aux reporters de guerre. Et même plus précisément au sujet de la distance qu’ils gardent, ou non, avec les protagonistes des conflits qu’ils sont chargés de couvrir. Après le très réussi et touchant Camille, voici Sympathie pour le Diable, qui nous replonge dans le siège de Sarajevo en 1992. Il nous permet de faire la connaissance de Paul Marchand, qui a couvert le conflit avec acharnement et beaucoup de conviction. Quitte à s’attirer les foudres des autorités ou même de ses collègues, qu’il ne trouvait pas toujours assez engagés.

Sympathie pour le Diable est un film au triple intérêt. Il s’agit tout d’abord d’un film portrait d’un homme au caractère hors du commun. Un vrai personnage de cinéma, si ce n’est qu’il a réellement existé. Après, difficile de savoir si l’écart inévitable entre la fiction et la réalité est important ou pas. Ensuite, le film nous plonge dans le quotidien des habitants de Sarajevo et nous fait découvrir les acteurs de ce conflit. On en apprend beaucoup sur une situation très compliquée, qui est présentée ici de manière claire et précise, sans jamais ralentir l’intrigue. Enfin, il y enfin une vraie réflexion sur le rôle et la place d’un journaliste dans une telle situation. Paul Marchand n’était pas un témoin neutre et distancié. Etait-ce un mal ou bien ? Le film ne répond pas vraiment mais donne beaucoup d’éléments pour que chacun puisse se faire une idée.

sympathiepourlediableSympathie pour le Diable offre un rôle de premier ordre à Niels Schneider, César du Meilleur Espoir Masculin en 2017. Il interprète son rôle avec la même conviction que celui qu’il incarne exerçait son rôle de journaliste. Un personnage complexe mais qui reprend vie ici avec beaucoup de crédibilité. A ses côtés, Ella Rumpf, découverte dans Grave, rivalise avec lui en termes de personnalité et de présence à l’écran. La réalisation de Guillaume de Fontenay est volontairement datée pour nous plonger avec encore plus de réalisme dans l’ambiance de l’époque. Il livre un film marquant et réussi, qui nous en apprend beaucoup et nourrit notre réflexion.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Guillaume de Fontenay
Scénario : Guillaume de Fontenay, Jean Barbe, Guillaume Vigneault d’après le récit de Paul Marchand
Production : Monkey Pack Films, Go Films, Nexus Factory, Logical Pictures
Directeur de la photographie : Pierre Aïm
Montage : Mathilde Van de Moortel
Durée : 100 min

Casting :
Niels Schneider : Paul Marchand
Ella Rumpf : Boba
Vincent Rottiers : Vincent

TRANQUILITY BASE HOTEL + CASINO (Artic Monkeys), TELL ME HOW REALLY FEEL (Courtney Barnett), DARK EYED MESSENGER (Adrian Crowley) : Démarrage en douceur

tranquilitybasehotelandcasinoarticmonkeysOn commence avec un groupe phare de la scène rock actuelle, Artic Monkeys et leur album Tranquility Base Hotel and Casino, sorti en 2018. Il s’ouvre avec un titre qui ressemble à une sorte de slow déstructure. Il donne le ton d’un album dont le ton est assez doux et mélodieux. Cela se laisse écouter, mais cela n’accroche que rarement vraiment l’oreille. On pourra noter quelques bons titres comme Four Out of Five, mais on attend quand même tout l’album le titre vraiment énergique qui nous sortirait d’une sorte de monotonie. Il ne vient malheureusement jamais.

tellmehowyoureallyfeelcourtneybarnettOn poursuit avec Courtney Barnett, un artiste dont j’ai déjà dit beaucoup de bien dans ces pages. Ce sera une nouvelle fois le cas avec Tell Me How You Really Feel. On entre dans cet album tout en douceur, avant de tomber sur des titres beaucoup plus énergiques et accrocheurs. La musique alterne le pop et le rock, voire même le très rock, et s’avère toujours maîtrisée et agréable. Le résultat n’est jamais totalement bouleversant mais est d’une qualité réelle et constante.

darkeyedmessengeradriancrowleyOn termine avec Adrian Crowley, un artiste irlandais à la carrière déjà longue. Dark Eyed Messenger s’ouvre tout en douceur (décidément !). Les titres sont presque plus parlés que chantés. La voix est profonde, mais pas tant que ça… Les instrumentations sont minimalistes. Bref, il mise tout sur sa voix, mais elle n’est pas assez exceptionnelle pour se suffire à elle-même. Du coup, le résultat est quelque peu tristounet. L’album ne décolle jamais et retournera vite dans l’oubli.

PROXIMA : Des étoiles au coeur

proximaafficheLoin des yeux, loin du cœur. Et sûrement encore plus quand ce lointain se situe en dehors de notre planète. Difficile d’imaginer ce que représente la douleur de quitter ses proches avant de partir pour un long séjour dans l’espace. Cela concerne peu de monde ici-bas, mais assez pour que Alice Winocour nous propose Proxima. Un film qui explore la relation d’une astronaute et de sa fille dans les semaines et les jours qui précèdent le grand départ. Un thème banal, mais développé dans des circonstances qui le sont nettement moins, pour un résultat aussi touchant qu’intéressant.

Une histoire ne peut tenir par son seul décor. Mais celui de Proxima joue quand même un rôle central et ajoute un supplément d’intérêt loin d’être négligeable. Le film décrit de manière assez précise, parfois passionnante, à quoi peut ressembler la préparation d’une astronaute, l’engagement cela exige et les doutes qui peuvent naître quand celle qui doit partir est une femme. Mais tout cela reste secondaire face à la description du lien entre une mère et sa fille et la manière dont il menace de distendre face à l’absence et plus tard face à l’éloignement. Le sujet principal du film reste avant tous les relations humaines, avant l’aventure que peut représenter la préparation pour un tel voyage. Il est traité avec beaucoup d’humanité et de subtilité.

proximaProxima offre un très beau rôle à Eva Green. Un rôle parfois physique, mais qui joue souvent sur l’intime. Ce n’est pas facile de faire passer autant d’émotions, en interprétant un personnage qui cherche à tout prix à cacher les siennes pour paraître forte. Elle parvient vraiment à trouver le bon équilibre et porte le film sur ses épaules. La réalisation d’Alice Winocour se montre une nouvelle fois particulièrement élégante, brillante même par moments. Cela donne une vraie beauté au film, aussi bien sur la forme que sur le fond. Un film qui ne nous emmène peut-être pas dans les étoiles, mais nous offre un joli moment de cinéma.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Dharamsala, Darius films, Pathé, Pandora Film, France 3 Cinéma
Distribution : Pathé
Réalisation : Alice Winocour
Scénario : Alice Winocour, Jean-Stéphane Bron
Montage : Julien Lacheray
Photo : George Lechaptois
Décors : Florian Sanson
Musique : Ryuichi Sakamoto
Durée : 106 min

Casting :
Eva Green : Sarah Loreau
Zélie Boulant-Lemesle : Stella
Matt Dillon : Mike Shanon
Alexei Fateev : Anton Ochievski
Lars Eidinger : Thoma
Sandra Hüller : Wendy
Nancy Tate : Naomi

STAR WARS, EPISODE IX : L’ASCENSION DE SKYWALKER : The return of the fan

lascensiondeskywalkerafficheJ’avais intitulé ma critique de The Last Jedi : Kill the fan, kill the past pour saluer la manière dont Rian Johnson s’était efforcé de tourner une page pour engager la saga Star Wars sur un nouveau chemin. Il tournait aussi par la même occasion définitivement le dos à la nostalgie ayant légèrement plombé l’épisode VII, signé JJ Abrams. Cependant, cette tentative de rupture a provoqué un déluge délirant de haine et de reproches de la part de tous les fans incapables de faire le deuil de leur enfance. Il suffit de voir Star Wars, Episode IX : l’Ascension de Skywalker pour comprendre que cette réaction d’enfants gâtés a eu un réel impact sur la production, qui s’est empressée de rappeler JJ Abrams aux manettes. Ils ont gagné. Pas sûr que le cinéma, lui, soit gagnant.

Star Wars, Episode IX : l’Ascension de Skywalker constitue un bon exemple de film pour lequel il est quasiment impossible d’écrire une critique totalement objective. En effet, difficile de ne pas le juger, non dans l’absolu, mais pour sa place dans un ensemble beaucoup plus grand et surtout par rapport aux attentes que l’on pouvait formuler à son égard. Si on assume cette subjectivité, alors on peut estimer que ce film est décevant. Il aurait pu, il aurait dû se révéler bien meilleur, plus original, plus ambitieux, plus surprenant. Il s’efforce au contraire de ramener l’histoire, les personnages, les péripéties dans un cadre déjà connu, où le fan se sent peut-être à l’aise, mais qui ne lui permet pas de connaître des émotions nouvelles. Pas d’émotions du tout du coup ?

Non, il serait injuste d’affirmer cela. Car si on essaye de juger Star Wars, Episode IX : l’Ascension de Skywalker dans l’absolu, alors on peut qu’en souligner de nombreuses qualités. Comme souvent dans ce genre de film, la qualité de la réalisation semble rester totalement ignorée de la part de nombreux critiques. JJ Abrams reste pourtant un vrai, un grand cinéaste. Le film possède une qualité esthétique qui n’a rien à voir avec la qualité des effets spéciaux. La photographie, le sens du cadrage, le montage ne peuvent que forcer l’admiration. Cela donne une grandeur supplémentaire aux meilleurs passages du film, qui finiront par rester ceux que les spectateurs retiendront au final, j’en reste persuadé.

lascensiondeskywalkerCar Star Wars,Episode IX : l’Ascension de Skywalker propose quand même quelques beaux moments. Le scénario, au milieu des péripéties convenue imaginées pour faire plaisir aux fans sans imagination, recèle quelques passages valant le détour. Ils tournent tous autour de la relation entre Rey et Kylo. Il s’agit de l’héritage de Rian Johnson. Le fait que le meilleur de cet épisode vienne de lui renforce les regrets face à ce retour forcé à l’orthodoxie. Mais cela sauve quand même le film d’une complète platitude et apporte une dose d’émotion salutaire. Tout cela vaut mille fois mieux que les tous les clins d’œil à la trilogie initiale, aussi omniprésents que dans l’épisode VII, mais qui ne feront jamais un film, aussi sympathiques soient-ils.

Star Wars, Episode IX : l’Ascension de Skywalker souffle donc le chaud et le froid et provoque des sentiments mêlés. Avec un peu de recul, on mesure combien les critiques le plus incendiaires relèvent d’un snobisme un peu crétin, mais aussi combien les rares avis totalement enthousiasmes tiennent d’une foi quelque peu aveugle. Une chose est sûre. Disney a totalement raté son coup. Le départ moyen au box-office et l’accueil critique très froid permettent déjà de conclure que ce repli vers la zone de confort de la saga conduira à un échec peut-être encore plus profond que l’audace du précédent épisode. On ne sait pas encore quelles seront les conséquences pour le futur de la saga. En attendant la conclusion de cet arc narratif laisse les fans avec pas mal de regret, mais avec quand même quelques beaux nouveaux moments à savourer encore et encore.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Lucasfilm, Bad Robot, Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Réalisation : J. J. Abrams
Scénario : J. J. Abrams et Chris Terrio
Montage : Maryann Brandon, Stefan Grube
Photo : Daniel Mindel
Musique : John Williams
Durée : 142 min

Casting :
Carrie Fisher : Leia Organa
Mark Hamill : Luke Skywalker
Oscar Isaac : Finn
John Boyega : Poe
Daisy Ridley : Rey
Adam Driver : Kylo Ren / Ben Solo

A COUTEAUX TIRES : Scandale dans la famille

acouteauxtiresafficheUn manoir, une famille nombreuse, avec quelques domestiques, un mort et un détective privé perspicace… Vous pensez tout de suite à Agatha Christie ou à quelques parties de Cluedo qui ont rythmé votre enfance. Désormais, vous pourrez penser également à A Couteaux Tirés, le dernier film de Rian Johnson, l’homme qui a offert au monde le meilleur ou le pire des Star Wars, selon chaque camp. En tout cas, cette fois-ci le résultat est unanimement salué comme étant une grande réussite. Le film parvient à être d’un classicisme total, tout en livrant une intrigue relativement inédite. Avec surtout beaucoup de second degré particulièrement rafraîchissant.

Les premières minutes de A Couteaux Tirés semblent nous mener dans une direction totalement attendue. On imagine déjà tous les protagonistes rassemblés dans une même pièce avec le détective désignant tout à coup le coupable, très certainement celui que l’on soupçonnait à première vue le moins. Et bien… pas du tout. L’histoire ne va pas suivre ce cheminement cousu de fil blanc, mais un autre bien plus original et pour le coup bien plus réjouissant. Il y a un vrai effet de surprise (que je viens de gâcher un peu… oups!) et cela vous met dans les meilleures dispositions pour suivre le reste de l’intrigue. Elle ne réservera pas de twist renversant mais elle est menée avec assez d’intelligence, sans se prendre au sérieux, pour apporter une bonne grosse dose de plaisir au spectateur.

acouteauxtiresA Couteaux Tirés bénéficie d’un casting d’un très haut niveau. Daniel Craig crève l’écran comme à son habitude. Il n’est certainement pas l’acteur le plus expressif de l’histoire, mais il parvient justement, sans en savoir l’air, à livrer un vrai numéro d’acteurs. Il apporte une réelle touche d’humour à son personnage, qui diffuse sur tout le film. Quel bonheur de revoir Jamie Lee Curtis ! Elle se fait extrêmement rare à l’écran et on ne peut que le regretter. Il serait trop long de citer tous les grands acteurs qui se partagent l’affiche ici. Alors contentons nous de saluer la prestation pleine de fraîcheur de Ana de Armas, la moins connue du lot (et de loin) mais qui brille par un rel enthousiasme dans son interprétation. Tout ce petit monde s’amuse, ça se voit et cela s’avère particulièrement communicatif pour livrer un film indispensable pour bien finir l’année.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Lionsgate, Media Rights Capital, T-Street
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson
Montage : Bob Ducsay
Photo : Steve Yedlin
Décors : David Crank
Musique : Nathan Johnson
Durée : 130 min

Casting :
Daniel Craig : Benoit Blanc
Chris Evans : Ransmon Drysdale
Ana de Armas : Marta Cabrera
Jamie Lee Curtis : Linda Drysdale
Michael Shannon : Walt Thrombey
Don Johnson : Richard Drysdale
Toni Collette : Joni Thrombey
Christopher Plummer : Harlan Thrombey
LaKeith Stanfield : Lt Elliott

RUINS (First Aid Kit), WELCOME TO MY NIGHTMARE (Alice Cooper), A-SIDES 1978-2016 : Au pays des merveilles

ruinsfirstaidkitOn commence par le duo féminin suédois First Aid Kit et son album Ruins, sorti en 2018. Une musique entre pop, rock et folk, avec de forts accents électro. Elles font preuve de conviction et de maîtrise pour un résultat plutôt bon. Cela sonne parfois comme le groupe irlandais The Corrrs. On retrouve quelques beaux titres comme It’s a Shame, à la fois simple et entraînant. L’ensemble est vraiment sympa et d’une qualité constante. Décidément, la Suède nous aura toujours fourni des groupes qui valent le détour.

welcome2mynightmarealicecooperDans la série des grands artistes que je connais mal, malgré leur renommé, figure Alice Cooper, un groupe de rock américain, né dans les années 60 avant de devenir un artiste solo (on n’est jamais aussi bien servi que par soi même). Welcome to My Nightmare, sorti en 1975, est le premier sous cette configuration. Il a connu une seconde jeunesse et un remixage beaucoup plus récent. Il nous permet de découvrir un rock de grande classe. Il y fait preuve d’une parfaite maîtrise artistique, débordant d’énergie tout en gardant toujours une ligne mélodique claire. Les titres sont vraiment variés, tout en gardant une qualité constante. Il parvient même à rendre trouble la frontière entre country et hard rock !

asides19782016thefallOn reste dans les artistes « historiques » avec The Fall, un groupe de « post-punk » dixit Wikipedia. On les retrouve dans un ensemble de 7CD regroupant tous leurs singles entre 1978 et 2016. Le résultat n’est jamais hyper énergique, ni hyper mélodieux. On peut leur reconnaître un côté précurseur avec des sonorités presque électro avant l’heure, mais ils sombrent parfois dans un n’importe quoi inaudible et pénible. Même quand ils font preuve d’un peu plus de maîtrise, ce n’est franchement pas transcendant. Quelques titres plus pop et rock plus classiques parviennent à surnager, mais cela très inégal et franchement pas indispensable.

 

LE MANS 66 : Vavavoum !

lemans66afficheCertains vont dire que je radote quelque peu (normal à mon âge), puisque je me sers régulièrement de cet argument pour introduire des critiques, mais je vais rappeler une nouvelle fois que le cinéma parvient à rendre magnifique certains sports qui pourtant, dans la réalité, me laissent totalement froid, voire m’insupportent. Le cas le plus emblématique reste la boxe, mais il y en a d’autres. La course automobile par exemple, comme le prouve Le Mans 66 qui nous raconte comment Ford est parvenu à mettre fin à la suprématie de Ferrari aux 24h du Mans, compétition dont je me tamponne le coquillard habituellement. Pourtant, ce film m’aurait presque fait vibrer.

L’art de la narration, quand il s’agit d’une histoire vraie, revient à embellir quelque peu les faits tout en permettant au spectateur d’y croire quand même. Du peu que j’en sais, le scénario flirte avec la trahison des faits et parfois un peu avec la crédibilité. C’est parfois un peu trop beau pour être vrai (ça ne l’est d’ailleurs pas toujours) mais on se surprend à vouloir y croire quand même. Parce que tout cela est raconté avec assez d’intelligence pour embarquer le spectateur à bord et démarrer en trombe. Evidemment, Le Mans 66 repose sur beaucoup de faux suspense (personne n’imagine que ça soit une Ferrari qui gagne à la fin), mais réserve quelques vrais rebondissements aussi.

lemans66Le Mans 66 bénéficie d’un casting particulièrement rutilant avec deux des plus grandes stars d’Hollywood à l’affiche. Matt Damon et Christian Bale forment un duo qui justifie presque à lui seul d’aller voir le film. Il ne s’agit sûrement pas là de leur plus grand rôle, pas le plus difficile, mais il possède un charisme à l’écran tel qu’on retient avant tout leur performance. Ce film confirme que James Mangold est un des réalisateurs les plus solides d’Hollywood, sachant allier efficacité et le minimum de personnalité pour être considéré comme un véritable cinéaste. On peut simplement peut-être lui reprocher d’avoir donné une longueur légèrement excessive à son récit, mais sans jamais plongé le spectateur dans l’ennui. Ce n’est pas assez passionnant pour donner envie de s’intéresser aux 24h du Mans dans la vie réelle, mais assez pour passer un bon moment même quand on se contrefout du sport automobile.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Chernin Entertainment, 20th Century Fox
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : James Mangold
Scénario : Jez Butterworth, John-Henry Butterworth, Jason Keller
Montage : Andrew Buckland, Michael McCusker, Dirk Westervelt
Photo : Phedon Papamichael
Décors : François Audouy
Musique : Marco Beltrami, Buck Sanders
Durée : 152 min

Casting :
Matt Damon : Carroll Shelby
Christian Bale : Ken Miles
Tracy Letts : Henry Ford II
Caitrona Balfe : Mollie Miles
Josh Lucas : Leo Beebe
Jon Bernthal : Lee Iacocca
Remo Girone : Enzo Ferrari
Noah Jupe : Peter Miles

LES EBLOUIS : Lumière éteinte

leseblouisafficheL’extrémisme religieux, sous une forme ou sous une autre, faisant bien trop souvent la une de l’actualité, il sert de point de départ à bien des films, de genre très diverses. Mais il est vrai que dans la plupart des cas, c’est l’islamisme qui se trouve au cœur des scénarios, le terroriste islamiste ayant remplacé l’espion communiste dans l’imaginaire des scénaristes. Mais l’extrémisme guette toutes les religions, l’actualité l’a souvent prouvé également. Les Eblouis nous plonge dans les dérives sectaires que peut connaître la religion catholique dans certaines communautés qui se referment sur elles-mêmes. Sans être totalement crédible, il parvient tout de même à nous plonger dans une histoire réellement prenante.

Finalement, les Eblouis est plus un polar qu’une réflexion sur les raisons qui peuvent conduire certains à s’abandonner à l’influence d’une secte. On a un peu de mal à croire à la rapidité du processus décrit ici. Du coup, cette part du récit apparaît plutôt comme un moyen pour permettre au reste d’exister, plutôt qu’un sujet en lui même. Le cœur de l’intrigue sera le parcours d’une des filles pour remettre en doute les convictions qu’on veut lui imposer et chercher à sortir du piège qui s’est refermé sur elle et sa famille. C’est cette quête que l’on suit avec beaucoup d’intérêt, porté par une tension narrative réelle qui va crescendo, avec quelques vrais rebondissements. Par cela, il se laisse regarder avec beaucoup de plaisir.

leseblouisLes Eblouis bénéficie d’un casting de premier ordre. Mais la plus grande star de ce film est la jeune Céleste Brunnquell qui porte vraiment le film sur ses épaules. Pourtant le rôle n’a rien de facile et demandait beaucoup de maturité. Camille Cottin, Eric Caravaca et Jean-Pierre Darroussin mettent tout leur talent au service de leur personnage, mais ne parviennent pas à compenser pleinement leur léger manque de crédibilité. Mais c’est sûr qu’ils l’auraient été encore moins avec des comédiens d’une moindre envergure. Il contribue à faire de ce film une réussite imparfaite, mais qui vaut largement le coup d’être vu.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Sarah Suco
Scénario : Sarah Suco et Nicolas Silhol
Photographie : Yves Angelo
Montage : Catherine Schwartz
Musique : Laurent Perez del Mar
Son : Cyril Moisson, Guillaume d’Ham, Hervé Buirette
Casting : Elsa Pharaon et David Bertrand
Décors : Manu de Chauvigny
Costumes : Nathalie Raoul
Producteur : Dominique Besnehard, Michel Feller et Antoine Le Carpentier
Durée : 99 minutes

Casting :
Camille Cottin : Christine Lourmel
Jean-Pierre Darroussin : le berger
Éric Caravaca : Frédéric Lourmel
Céleste Brunnquell : Camille Lourmel
Laurence Roy : Mamie
Daniel Martin : Papi
Spencer Bogaert : Boris
Benjamin Gauthier : Jean-Marie

LES MISERABLES : Sous le choc !

lesmiserablesafficheAvec la Haine, en 1995, la banlieue a fait une entrée fracassante dans le cinéma français en remportant le César du meilleur film. Près de 25 ans plus tard, aucun des problèmes mis en lumière par ce film n’a vraiment été réglé, bien au contraire. Sinon, il n’y aurait pas eu les Misérables. Un long métrage qui représentera la France dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Un film qui démontre à quel point cette problématique continue d’irradier le cinéma français. Et de plus en plus, ce sont les acteurs des ces quartiers eux-mêmes qui passent derrière la caméra pour en parler. A la vue de ce film, on ne peut que considérer qu’on ferait mieux de les écouter.

La personnalité de Ladj Ly peut être sujette à polémique et certains de ses propos aussi. Mais le grand mérite de Les Misérables est de nous livrer un point de vue tranché presque extrême, mais qui n’est en rien manichéen. Chaque partie prenante à sa part d’ombre et de lumière et le film ne porte aucun jugement définitif sur aucun d’eux. Le film est un constat fort sur la colère et la violence qui menace, en montre les causes, mais sans vraiment dénoncer un coupable unique. Il dénonce par contre avec une incroyable force la situation globale, le système, même si je déteste ce mot, dans lequel tous les protagonistes sont enfermés et qui ne peut conduire qu’à la haine et à l’affrontement. Chaque spectateur se fera sa propre opinion des protagonistes de cette histoire. Il pourra détester, compatir, mépriser, comprendre chacun d’eux selon sa propre sensibilité. Le grand mérite de cette histoire est de laisser ouvert l’esprit du spectateur et la fin est absolument remarquable en la matière.

lesmiserablesLadj Ly joint la qualité de la forme avec la qualité du propos. Sa réalisation suit vraiment la montée de la tension qui vient avec l’intrigue. Si au début, elle semble maîtrisée, mais globalement assez ordinaire, elle finira par nous immerger totalement dans les événements qui viennent conclure cette histoire. Le dernier quart d’heure est une véritable claque cinématographique qui vous fait ressortir de la salle quelque peu (ou même profondément) sonné. Il suffit de voir avec quelle lenteur la salle s’est vidée à la fin du film pour comprendre à quel point les spectateurs restaient dans un état second. Les Misérables restera un des films le plus marquant de cette année qui tire doucement à sa fin. Marquant cinématographiquement, mais aussi parce qu’il nous rappelle brutalement les démons qui rongent notre société.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : SRAB films, Rectangle productions, Ly Films
Réalisation : Ladj Ly
Scénario : Giordano Gederlini, Ladj Ly, Alexis Manenti
Montage : Flora Volpelière
Photo : Julien Poupard
Décors : Flora Volpelière
Distribution : Le Pacte
Musique : Pink noise
Durée : 102 min

Casting :
Steve Tientcheu : le maire
Issa Perica : Issa
Jeanne Balibar : la commissaire
Alexis Manenti : Chris
Djibril Zonga : Gwada
Damien Bonnard : Stéphane
Al-Hassan Ly : Buzz

LA REINE DES NEIGES 2 : Les soeurs sisters

lareinedesneiges2afficheLibérée, Délivrée, voici deux mots qui rappellent un terrible cauchemar à bien des parents. Tous ceux qui ont dû voir, revoir, voir et revoir encore et encore la Reine des Neiges. Les adultes n’ayant pas la même faculté que les bambins à supporter la répétition, cette passion dévorante de leurs enfants pour ce dessin-animé a fini en séance de torture à répétition ! Quelle inquiétude face à la sortie de la Reine des Neiges 2. Un Disney qui a la caractéristique de n’être que le deuxième de l’histoire à avoir droit à une suite sur grand écran (je dis bien sur grand écran, pas en DVD) après… ah non trop facile, creusez-vous les méninges. Ceux qui comme moi n’ont pas d’enfants ont par contre été très heureux de retrouver Elsa et Anna pour de nouvelles aventures.

Comme toute suite, la Reine des Neiges 2 ne bénéficie plus d’effet de surprise. C’est toujours la grande limite de l’exercice. Cependant, les premières minutes laissent espérer une vision quelque peu différente des personnages. Plus mature, plus profonde, plus sombre (enfin moins manichéenne en tout cas)… quelque peu différente en tout cas et pour tout dire assez prometteuse. La suite ne sera malheureusement pas tout à fait à la hauteur des promesses du début et on en reste à un récit d’aventure classique, qui ne prend jamais totalement la dimension épique espérée. Il aura manqué un peu d’audace aux scénaristes pour aller au bout de leurs idées. Mais, rendons-leur justice, on est également loin d’un produit bâclé et formaté, voué uniquement à exploiter la crédulité des fans. Le film est porté par une vraie histoire qui donnera du plaisir aux petits et aux grands.

lareinedesneiges2Graphiquement, la Reine des Neiges 2 possède ce style quelque peu impersonnel et froid qui caractérise les Disney. Surtout que cette suite n’apporte rien de bien nouveau côté « cartoon ». Olaf reste le principal vecteur d’humour visuel. Quelques jolis décors viennent agrémenter l’histoire, mais cela manque un tout petit peu d’âme créative. Les chansons sont par contre très réussies et nombreuses, ce qui reste tout de même la principale marque de fabrique des films nés sous le signe de la souris aux oreilles rondes. Au final, le bilan reste plutôt positif et on passe un bon moment. Le duo formé par les deux sœurs fonctionne à merveille et représente le point fort de ce deuxième épisode. A tel point, qu’on n’aurait rien contre le revoir une troisième fois !

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Walt Disney Animation Studios
Distribution : Walt Disney Company France
Réalisation : Chris Buck, Jennifer Lee
Scénario : Jennifer Lee, histoire de Chris Buck, Jennifer Lee, Kristen Anderson-Lopez, Robert Lopez, Marc E. Smith
Montage : Jeff Draheim
Décors : Michael Giaimo, Lisa Keene
Musique : Christophe Beck, chansons de Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez
Durée : 104 min

Casting :
Kristen Bell : Anna
Idina Menzel : Elsa
Josh Gad : Olaf
Jonathan Groff : Kristoff