EN GUERRE : En première ligne

enguerreaffiche

enguerreafficheLes grands acteurs peuvent interpréter toute sorte de rôles. C’est même en ça qu’ils sont grands. Mais malgré cela, certains gardent des prédispositions particulières pour certains types de personnage ou d’univers. De Niro restera à jamais un parfait gangster, bien qu’il ait été également éblouissant dans des rôles radicalement opposés. Vincent Lindon quant à lui semble né pour les films à forte dimension sociale. En Guerre en apporte une nouvelle preuve. Une nouvelle preuve aussi de la jolie complicité née entre le réalisateur Stéphane Brizé et cet acteur. Deux hommes que l’on imagine facilement réunis par beaucoup de choses. En premier lieu des convictions.

Il ne fait pas le moindre doute vers qui dans ce film penche le cœur de Stéphane Brizé. Cependant, son plus grand mérite est d’avoir su conserver une réelle impartialité. On peut même presque parler de détachement. En Guerre n’est certainement pas un film qui vous envoie une opinion au visage en vous priant d’être d’accord avec elle. Il cherche à relater des faits et à amener le spectateur à se faire sa propre opinion. Evidemment, une mise en scène n’est jamais totalement neutre, mais rien ici ne vous empêchera d’avoir un avis objectif. Les personnages, les propos, les situations ne sont jamais manichéennes, rien n’est blanc, ni noir. Cet équilibre représente une des grandes forces du film.

enguerreL’autre est l’histoire humaine que sous-tend En Guerre. C’est ici que je placerait un tout petit bémol avec un dénouement que je trouve peut-être un peu trop gros pour être vrai et du coup un peu facile. Mais ça n’enlève rien à l’émotion véhiculé par un film qui remue quand même autant les tripes qu’il secoue les idéaux du spectateur. Le personnage interprété par Vincent Lindon joue un rôle central, mais le film compte toute une galerie de protagonistes, pour beaucoup interprétés par des acteurs non professionnels. Au premier rang desquels la formidable Mélanie Rover. En tout cas, on ressort de ce film quelque peu secoué pour beaucoup de raisons. Un film qui fait sens dont l’impact est renforcé par une réalisation brillante. Bref, du cinéma d’utilité publique.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Nord-Ouest Films, France 3 cinéma
Réalisation : Stéphane Brizé
Scénario : Stéphane Brizé, Olivier Gorce
Montage : Anne Klotz
Photo : Eric Dumont
Distribution : Diaphana Distribution
Musique : Bertrand Blessing
Durée : 113 min

Casting :
Vincent Lindon : Laurent Amédéo
Mélanie Rover : Mélanie
Jacques Borderie : M. Borderie

PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE : Universelle singularité

plaireaimeretcourirviteaffiche

plaireaimeretcourirviteafficheLes générations ayant été profondément marquées par l’épidémie de SIDA telle qu’on la vivait dans les années 80 et 90 ont désormais l’âge de faire des films. Cela se ressent lorsque l’on lit les scénarios des productions hexagonales de ces dernières années, voire simplement de ces derniers mois. On pense évidemment à 120 Battements par Minute, mais le thème est présent au cœur de bien d’autres histoires. La preuve avec Plaire, Aimer et Courir Vite, le dernier film de Christophe Honoré. La maladie y joue ici un rôle essentiel dans l’intrigue, sans pour autant être à proprement parler le sujet du film.

Plaire, Aimer et Courir Vite nous parle avant tout du sujet le plus universel qui soit, à savoir l’amour. L’amour ici avec la perspective de la mort qui rôde, mais l’amour quand même. C’est en cela que l’histoire possède bien quelque chose d’universelle, dans les relations entre les personnages notamment. D’un côté, le film aurait pu être le même dans un autre temps, d’autres lieux, une autre sexualité… De l’autre, le film aurait été radicalement différent puisque tous ces éléments donnent à ce film un relief et un intérêt supplémentaires. Le grand mérite de ce film est d’arriver à dresser des portraits singuliers de personnages, d’une époque, d’un contexte, en montrant aussi ce qu’il y a de plus immuable dans les sentiments et les relations humaines.

plaireaimeretcourirvitePlaire, Aimer et Courir Vite confirme aussi que Vincent Lacoste prend une dimension supplémentaire à chacun de ses rôles. Il parvient même ici à se métamorphoser physiquement pour interpréter son personnage. Difficile cependant de séparer sa prestation de celle de Pierre Deladonchamps, tant les deux rôles s’entremêlent et n’auraient pas pu briller autrement qu’ensemble. Ils portent vraiment le film sur leurs épaules, avec l’aide discrète de Denis Podalydès, tout de même. C’est grâce à eux que Christophe Honoré signe un beau et grand film dramatique, qui ne sombre jamais dans le pathos. Un film qui nous faire sourire autant qu’il nous bouleverse. N’est-ce pas là un parfait résumé de la vie dans tout ce qu’elle a de plus universelle ?

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Les films pelléas, Arte France Cinéma, Canal +
Réalisation : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré
Montage : Chantal Hymans
Photo : Rémy Chevrin
Décors : Stéphane Taillasson
Distribution : Ad vitam
Durée : 132 min

Casting :
Vincent Lacoste : Arthur
Pierre Deladonchamps : Jacques
Denis Podalydès : Mathieu
Adèle Wismes : Nadine
Thomas Gonzalez : Marco
Clément Métayer : Pierre
Quentin Thébault : Jean-Marie
Tristan Farge : Louis, Loulou
Sophie Letourneur : Isabelle

CHRONIQUES D’UN GUERRIER SINAMM, TOME 3 : LA PROHETIE DE SAHARAMA (Nicolas Jarry) : Départ en beauté

laprophetiedesaharama

laprophetiedesaharamaN’est pas J.R.R Tolkien qui veut ! Ou George R. Martin, si on veut une référence plus moderne. Ce n’est évidemment pas qu’une question de consonne insérée dans le nom, mais de talent littéraire et de faculté à faire naître des mondes imaginaires qui marquent profondément des générations entières d’amateurs de fantasy et même au-delà. Nicolas Jarry n’est clairement ni l’un, ni l’autre. Il y a peu de chance que son nom traverse les âges et que ses livres deviennent des classiques intemporels. Mais on pourra au moins lui reconnaître un mérite qui n’est pas donné à tout le monde. Il a su achever en beauté sa trilogie Chroniques d’un Guerrier Sînamm avec la Prophétie de SaharAma.

Cette saga française sera vraiment monté en puissance. Le premier tome était assez moyen, le deuxième déjà plus emballant et le troisième franchement réussi. Rien d’extrêmement novateur ici, mais un vrai plaisir à suivre cette nouvelle aventure. La Prophétie de SaharAma est distrayant et mieux écrit que les précédents volets. Certes, le lecteur a eu le temps de prendre ses marques dans cet univers, mais Nicolas Jarry a fait plus d’effort que précédemment pour rendre son récit fluide et compréhensible. Pas d’ellipse ou de raccourci sur les enjeux ou les intentions de personnages dans leurs actions. Cela paraît la base pour un roman, mais ces préceptes sont souvent oubliés par les auteurs de fantasy.

On pourrait donc regretter que les Chroniques d’un Guerrier Sînamm s’arrête ici. Mais finalement, il est bon de savoir s’arrêter sur une bonne note. La Prophétie de SaharAma ne recèle pas en son sein assez d’idées vraiment originales pour pouvoir rebondir dessus. Si le récit est plaisant, on se heurte tout de même aux mêmes limites que le reste de la saga, à savoir un manque d’éléments vraiment marquants pour l’imaginaire du lecteur. Difficile d’expliquer en quoi l’univers de Nicolas Jarry se démarque du reste des productions du même genre. Du coup, on quitte ce monde avec le sourire, mais avec la satisfaction d’en avoir vu tout ce qu’il y avait à voir.

EVERYBODY KNOWS : Promesses non tenues

everybodyknowsaffiche

everybodyknowsafficheCertaines affiches sont particulièrement alléchantes. Un réalisateur reconnu et un casting de prestige, autant d’éléments susceptibles de mettre l’eau à la bouche de tout cinéphile qui se respecte. Everybody Knows est un film qui a tout pour faire naître de telles attentes. Mais ces dernières créent un écueil pour le réalisateur. En effet, il ne pourra se contenter d’une médiocrité de film juste moyen sous peine de créer une grande déception. Il serait injuste de taxer ici Asghar Farhadi de médiocrité, mais force est de constater que son film ne parvient pas vraiment à satisfaire toutes les espérances du spectateur.

Il est incontestable qu’Everybody Knows constitue une oeuvre parfaitement maîtrisée. Alors pourquoi faire la fine bouche ? Parce que le talent ne fait pas forcément tout. Encore faut-il qu’il soit un minimum challengé par un minimum de prise de risques. Le scénario est brillant, mais sans surprise profonde, ni réelles aspérités. Le classicisme peut parfois constituer une qualité, il s’apparente cependant ici à une peur de sortir des chemins balisés. On ressort de ce film charmé certes, sans être pour autant tombé follement amoureux, comme on aurait pu légitimement l’espérer.

everybodyknowsEverybody Knows repose beaucoup sur sa galerie de personnages. Là encore, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait gagné à être un peu moins prévisible. Beaucoup d’entre eux cachent un secret qui ne nous fait jamais sursauter de surprise quand il est révélé. Reste tout de même le réel plaisir d’admirer le jeu du trio Penelope Cruz, Javier Barden et Ricardo Darin, trois monstres sacrés. Ils donnent la pleine mesure de leur immense talent, sans jamais cependant être repoussés dans leurs derniers retranchements. La réalisation élégante d’Asgar Farhadi avait donc sûrement mieux à nous proposer, même si la qualité du résultat dépassé largement le commun des longs métrages.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Memento Films
Réalisation : Asghar Farhadi
Scénario : Asghar Farhadi
Montage : Hayedeh Safiyari
Photo : José Luis Alcaine
Distribution : Memento Films
Musique : Javier Limon
Durée : 132 min

Casting :
Penelope Cruz : Laura
Javier Bardem : Paco
Ricardo Darin : Alejandro
Barbara Lenie : Bea

L’OEUVRE (Emile Zola) : Au coeur de la création

loeuvre

loeuvreLentement mais sûrement, je m’approche de la fin de ma lecture exhaustive des Rougon-Macquart. Il me reste encore cependant quelques marches à franchir. Et espérons qu’elles soient aussi sublimes que l’œuvre. Un livre qui cherche évidemment à dépeindre un nouvel aspect de la société contemporaine d’Emile Zola, mais qui a aussi un léger aspect autobiographique. Ou plutôt qui s’inspire d’artistes qu’il a fréquentés et de sa relation avec eux. Un roman qui lui vaudra d’ailleurs une fâcherie profonde avec ces derniers.

L’ œuvre est un portrait dans tous les sens du terme. L’ambition de cet épisode est bien le même que le reste de la série, à savoir nous donner une vision complète, réaliste et sans fard de la France de la deuxième moitié du XIXème siècle. Il nous décrit ici longuement le milieu artistique de cette époque. De la lutte entre les peintres « innovant,s » comme les impressionnistes, et le monde académique qui fera tout pour les condamner. C’est aussi la retranscription quasi clinique de l’acte de création. Certes, il concerne la peinture, mais on sent bien que Zola a puisé dans ses propres démarches et son propre ressenti.

Enfin, l’œuvre dresse le portrait de son personnage principal, librement inspiré de Paul Cézanne, en tout cas beaucoup trop librement au goût de ce dernier. Claude Lantier constitue un des personnages les plus marquants de la saga. Il faut dire que ce volume lui offre une place prépondérante, pour ne pas dire exclusive. Emile Zola cherche vraiment à pénétrer au plus profond des ressorts qui l’animent, de disséquer l’esprit créateur et les pulsions qu’il génère. Cela donne quelques pages sublimes sous une des plumes les plus puissantes que la Terre n’ait jamais porté. Un épisode parmi les plus humains, où la description naturaliste passe au second plan au profit d’une réflexion sur l’âme humaine. Un sujet forcément plus intemporel, mais tout aussi fort.

SENSES : Le Japon sans cliché

sensesaffiche

sensesafficheLe cinéma et la télévision peuvent nous donner l’impression de bien connaître certains pays. Il suffit de s’y rendre pour se rendre compte à quel point il s’agit d’un miroir déformant. Je peux d’autant mieux en témoigner que je suis aux États-Unis à l’heure où j’écris ces lignes. Le Japon est un autre pays qui peut nous sembler particulièrement familier même sans y avoir jamais mis les pieds. Je n’ai jamais eu la chance de m’y rendre mais mon regard a déjà quelque peu changé en allant voir Senses, sorti en trois temps sur nos écrans.

Senses est un film en cinq parties, une par sens. Plus de 5 heures de film que la distribution en France a découpé en trois volets. L’histoire ordinaire de quatre japonaises ordinaires. Mais à travers elles, une immersion totale dans une société si singulière. Une société aux règles et contraintes multiples qui limitent l’épanouissement individuel. Avec une pudeur assez extraordinaire, le film nous fait partager l’aspiration à la liberté et au bonheur de ces femmes qui refusent à se résigner.

sensesCertes, on flirte parfois avec l’ennui. Les scènes sont longues et toutes ne sont pas forcément passionnantes. Mais certaines le sont réellement. Notamment une sur la difficulté au Japon de simplement se toucher, quand on connaît le réconfort que peut apporter un contact physique. Le cinéma de Ryüsuke Hamaguchi rappelle par bien des côtés celui de Kechiche, la maestria artistique en moins. La réalisation est beaucoup plus sobre ici. Tout en retenu et en pudeur. Une forme qui en dit au moins aussi long que le fond et nous rend un peu plus familier avec ce pays à nul autre pareil. Même s’il ne remplacera jamais un voyage.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Ryūsuke Hamaguchi
Scénario : Ryūsuke Hamaguchi, Tadashi Nohara et Tomoyuki Takahashi
Photographie : Yoshio Kitagawa
Musique : Umitarô Abe
Durée : 317 minutes

Casting :
Sachie Tanaka : Akari
Hazuki Kikuchi : Sakurako
Maiko Mihara : Fumi
Rira Kawamura : Jun

DERNIER ROUND (Kool Shen), MALAMORE (The Liminanas), VISION OF US ON THE LAND (Damien Jurado) : La partie vaut bien le tout

dernierroundkoolshen

dernierroundkoolshenUn tout est censé être plus que la somme de ses parties. Ainsi, lorsqu’un duo se sépare pour que chacun des deux membres se lancent dans une carrière solo, on peut s’attendre à que le résultat ne soit pas à la hauteur de leurs œuvres collectives. Ainsi, on pourrait facilement imaginer que Dernier Round de Kool Shen ne soit qu’une pâle copie de ce qu’il proposait avec le Suprême NTM. Mais on se tromperait alors. En effet, dès les premières secondes, on est séduit par un rap plutôt entraînant, qui montre que Kool Shen est en pleine forme. Le style est particulièrement fluide, les textes rebelles mais à l’esprit positif. Bref, on sent une réelle maturité chez cet artiste. La qualité est constante du début à la fin de l’album, même si on retiendra avant tout Two Shouts Iv My People et le Retour du Babtou.

malamoretheliminanasOn reste en France avec le groupe The Limiňanas et leur album Malamore, sorti en 2016. Un style qui se caractérise par des textes plus parlés que chantés. Cependant, les textes ne sont pas spécialement accrocheurs, ni poétiques, marqués aussi par un certain sens de l’ironie. Le tout manque franchement d’harmonie et les titres sont souvent quelque peu heurtés. Même les quelques titres plus chantés ne sont pas terribles non plus, tout comme ceux qui tirent sur le rock anglais. Bref, rien de bien intéressant.

visionofusonthelanddamienjuradoOn termine ce voyage musical à Seattle, dont je suis revenu ce matin, pour découvrir Damien Jurado et son album Vision of Us on the Land. Pour résumer, la voix est moche, ce n’est pas mélodieux, le résultat est souvent carrément pénible. Cela n’allume donc pas le moindre éclair d’intérêt dans l’oreille de l’auditeur. Cela ne constituerait même pas une bonne musique de fond. Certes, l’album est varié et maîtrisé, mais cela ne rend pas pour autant l’album plus agréable à écouter. Pour être quand même un tout petit peu positif, on peut sauver les quelques titres doux à la guitare sèche.

COMME DES ROIS : Robin et fils

commedesroisaffiche

commedesroisafficheDepuis la naissance du mythe de Robin des Bois, les fictions mettent souvent en scène des « héros » aux revenus particulièrement modestes dont le vol est devenu le principal moyen de subsistance, sans que cela ne choque la morale outre mesure. Dans une histoire manichéenne, voler un méchant lui même voleur ne fait pas de vous son égal, mais au contraire un gentil. Heureusement, certaine histoire nous offre un propos plus nuancé. Par exemple, celle qui a servi de base au scénario de Comme des Rois.

Face à ce film, difficile de ne pas trouver sympathique ce duo père-fils qui se retrouve à arnaquer des personnes âgées trop crédules. Pourtant le charme opère. Mais ce qui rend Comme des Rois vraiment intéressant, c’est qu’il ne fait pas l’impasse sur le revers de la médaille. Ce dernier constitue même le cœur du film. On ressent de l’attachement, pour ne pas dire de l’affectation, pour les personnages, mais en mesurant toutes les imperfections qui les caractérisent et tous les dilemmes auxquels ils font face. C’est bien la combinaison de ces deux aspect qui fait que ce film mérite d’être vu.

commedesroisComme des Rois ne révolutionne certainement pas le genre. Un film social reposant sur le portrait de personnages, voilà quelque chose auquel le cinéma français nous a souvent habitué. Le film fonctionne ici particulièrement bien grâce aux talents conjugués de Kad Merad et Kacey Mottet Klein. Ils offrent à ce film un réel supplément d’âme à un propos qui n’est pas non plus d’une profondeur abyssale. On se réjouit également de voir Sylvie Testud, alors qu’elle se fait plutôt rare à l’écran ces derniers temps. Le tout aboutit à un film tendre et plus léger que grave. Un film qui divertit intelligemment.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Xabi Molia
Assistants-réalisateurs : 1) Pierrick Vautier / 2) Clémentine Castel
Scénario : Xabi Molia et Frédéric Chansel
Productrices : Christie Molia, Marielle Duigou
Directeur de la photographie : Martin de Chabaneix
Directeur de production : Patrick Armisen
Musique : Lullatone
Décors : Pascale Consigny
Montage : Thomas Marchand
Son : Arnaud Trochu
Directeur du casting : Nathalie Cheron
Durée : 84 min

Casting :
Kad Merad : Joseph Peretti
Kacey Mottet Klein : Micka Peretti
Sylvie Testud : Val Peretti,
Lucie Bourdeu : Léa,
Tiphaine Daviot : Stella Peretti
Jenny Bellay : Giulia
Marc Bodnar : Marek
Amir El Kacem : Medhi
Paulette Frantz : Mme Mannarino
Nicky Marbot : Michel Le Tallec
Saïd Benchnafa : Karim
Clément Clavel : Stéphane

TOUT CA POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PS : EPISODE 12 : La Coopol, la bonne blague

episode12

episode12Après avoir négligé quelque peu cette chronique, il est temps d’y revenir avec un épisode qui prête plutôt à sourire, mais qui en dit long sur le fonctionnement du Parti Socialiste (et de tous les partis politiques en fait). Bon, il est vrai que je dis ça à peu près à chaque billet, je l’admets. Je vais donc vous parler de la Coopol, acronyme de Coopérative Politique. Je suis sûr que je viens de réveiller un mot oublié depuis longtemps chez les vieux militants et en prononcer un totalement inconnu chez les autres.

La Coopol était un réseau social destiné aux adhérents du PS et aux sympathisants. Un projet particulièrement ambitieux qui a été mené à peu près n’importe comment, qui a coûté un prix faramineux pour constituer au final un bide retentissant. A la limite, j’aurais presque envie de m’arrêter là, puisque tout est dit, mais je vais quand même vous contez de manière un peu plus précise comment ce fiasco s’est déroulé.

Tout cela partait pourtant d’une bonne idée. Développer un outil « réseau » pour un parti politique à la base militante forte et structurée localement comme le PS n’avait rien d’absurde. Un outil sur mesure qui offrirait à chacun des outils utiles à l’exercice de ses fonctions dans le parti, voilà qui aurait pu représenter une vraie source de progrès et surtout assurer une certaine continuité. Ainsi, par exemple, quand un secrétaire de Section changerait, le nouvel élu aurait pu retrouver un historique, une liste de contacts à jour, quelle que soit la manière dont la transition se serait déroulée. Bref, dans l’absolu, l’opération avait tout pour être un succès.

Tout ceux qui se sont frottés au déploiement de ce genre d’outils le savent bien. La réussite est délicate et nécessite au strict minimum trois choses: du temps, de la compétence et de la communication. Le déploiement de la Coopol s’est évidemment déroulé sans aucun de ces trois éléments, ce qui explique largement l’échec.

Du temps donc. Sauf que la Coopol s’est déployé dans une totale précipitation. Pourquoi une telle urgence ? L’UMP avait annoncé qu’il lançait lui aussi son propre réseau social. Il fallait absolument les devancer. Pourquoi ? Euh bah parce que ! Lorsque la Coopol est lancée, l’outil est encore loin d’être finalisé. On imagine que l’analyse des besoins a été vite fait mal fait et beaucoup des fonctionnalités qui aurait vraiment fait la différence par rapport à un simple boîte mail n’étaient encore pas présentes. Et surtout, le lancement s’est fait immédiatement à grande échelle. L’ensemble des adhérents et même les sympathisants sont invités à l’utiliser !

Ce genre d’outil se déploie progressivement à partir d’un noyau chargé dans un premier temps de le tester puis de le faire vivre, avant d’agglomérer des nouveaux utilisateurs progressivement. Vouloir en lancer un, non finalisé, rapidement et à grande échelle, représentait déjà un défi totalement insurmontable. Surtout quand on manque à ce point de compétences. Je ne veux surtout pas jeter la pierre aux permanents et aux militants qui ont œuvré à son déploiement. Je veux juste rappeler que ce genre d’opération constitue un métier, qui demande une formation spécifique. On touche là vraiment la limite des systèmes militants à grande échelle. La bonne volonté, l’enthousiasme et l’implication ne font pas tout et poussent à commettre des erreurs liées à certaine forme de naïveté. Croire que l’opération « Coopol » pouvait marcher relever tout à fait de cette dernière.

Enfin, il reste la communication et la pédagogie. Je peux d’autant mieux en parler que j’ai été chargé de cette dernière pour les Yvelines. Et oui, même si je prends du recul désormais, je ne prétends pas du tout avoir été exempt de cette naïveté que j’évoquais précédemment. Au niveau de ma Section, je me suis heurté à mon Secrétaire qui n’a jamais vu l’intérêt de cet outil. Il est vrai, je l’ai déjà souligné, que ma Section marchait particulièrement bien à l’époque, alors c’était d’autant plus difficile de faire changer des habitudes, surtout avec un outil aussi imparfait.

Au niveau fédéral, cette fonction m’a permis de vivre deux beaux moments de la vie interne de la Fédération des Yvelines. J’ai présenté d’abord la Coopol au Secrétariat Fédéral, c’est à dire l’instance où se réunissent les différentes personnes chargées de faire vivre et travailler des groupes thématiques… Si, si, ça a existé à une époque dans les Yvelines. Le contexte était particulier, suite à au décès de notre Premier Fédéral, la fédération étant dirigée transitoirement alors par deux vice-Secrétaires, entrée dans une phase de détestation absolue. Si j’ai pu réaliser mon intervention dans une certaine écoute, je me suis retrouvé au milieu de l’assemblée, en mesure d’entendre ce que murmurait chacun des deux à leur voisin, chacun à un bout de la table. Chaque prise de parole de l’un provoquait des commentaires désobligeants de la part de l’autre. Bonne ambiance !

Ma seconde intervention s’est déroulée en Conseil Fédéral, soit le « parlement » de la Fédération. Les circonstances ne m’ont pas aidé. Je me suis retrouvé en fin de programme, vers 23h, et la réunion avait lieu exceptionnellement dans une salle à l’acoustique déplorable. Du coup, personne ne m’écoutait, ceux qui auraient bien voulu ne m’entendaient pas et la salle me renvoyait un brouhaha absolument insupportable. Par contre, j’entendais bien les commentaires désagréables (sur le projet, pas sur moi, mais quand même) d’un personnage absolument exécrable que j’ai déjà évoqué dans un épisode précédent. Bref, je me suis vraiment demandé ce que je faisais là, pourquoi j’étais venu perdre ma soirée et traverser la moitié des Yvelines pour subir ça.

Suite à ça, ayant accompli le minimum de ma mission, je laissais la Coopol mourir de sa belle mort et décidais de ne plus mettre les pieds à la Fédération pour un moment…

J’aurais pu arrêter mon billet là, mais il y a un petit épilogue. En effet, pour préparer ce billet, j’ai essayé de voir si la Coopol existait encore et si je pouvais encore me connecter. Et bien la réponse est oui… Je n’y ai relevé absolument aucune activité récente, mais le PS continue de payer pour faire vivre cet projet totalement mort né. Vous avez dit incompétence ?

TRANSIT : L’heure des choix

transitaffiche

transitafficheUn dilemme, qu’il soit moral ou amoureux, constitue un point de départ potentiel pour un bon scénario. En effet, conduire les spectateur à se demander quel sera finalement le choix du personnage représente une façon assez simple de faire naître une certaine forme de suspense. Et on peut multiplier le procédé au sein de la même histoire avec plusieurs décisions à prendre pour plusieurs personnages. C’est sur cela que repose Transit, le nouveau film du réalisateur allemand Christian Petzold, que l’on avait déjà remarqué en France avec Phoenix. Il nous livre là sans doute son film le plus abouti.

Transit possède une toile de fond qui peut quelque peu surprendre. En effet, il se déroule dans ce qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la France d’aujourd’hui, mais une France secouée par des événements politiques totalement imaginaires, avec la prise de contrôle du territoire progressive par une armée fasciste et la traque de tous les réfugiés… y compris les réfugiés allemands. Ce point de départ est un peu déstabilisant, nous ancrant à la fois dans la réalité et dans l’imaginaire. Il nous fait perdre par mal de repères, mais c’est pour mieux nous rendre perméable à l’émotion. On peut aussi y voir là un écho à une évolution politique plutôt inquiétante qui sévit en Europe.

transitMais Transit reste au final une histoire assez classique et intemporel de personnages déchirés face aux choix qu’ils ont à faire. Christian Petzold parvient cependant à croiser différentes couches de complexité pour autant de personnages, rendant chaque décision plus difficile et rendant imprévisible la suite des événements. Le spectateur est réellement pris par cette intrigue, romantique et romanesque. Tous ces éléments font de ce film une œuvre à la fois classique et originale. Il nous livre surtout une vraie histoire qui méritait d’être racontée.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Schramm film, Neon productions, Arte France, Arte, ZDF
Distribution : Les films du losange
Réalisation : Christian Petzold
Scénario : Christian Petzold, d’après la nouvelle de Anna Seghers
Montage : Bettina Böhler
Photo : Hans Fromm
Décors : K.D.Gruber
Musique : Stefan Will
Durée : 101 min

Casting :
Franz Rogowski : Georg
Paula Beer : Marie
Godehard Giese : Richard
Lilien Batman : Driss
Maryam Zaree : Melissa
Barbara Auer : la femme aux deux chiens
Jean-Pierre Darroussin : le narrateur