Nouveau biopic sur un génie de la science britannique avec Imitation Game (traduction du titre original The Imitation Game… sans commentaire) qui nous fait découvrir le destin étonnant d’Alan Turing. L’homme qui a tout simplement permis aux Alliés de gagner la guerre, en inventant au passage ce que nous appelons banalement aujourd’hui un ordinateur. Un des hommes les plus importants du XXème siècle que ce film met enfin en lumière, après des décennies où le secret défense avait plongé une partie de sa vie dans l’ombre.
Imitation Game s’appuie donc sur deux grandes qualités. Déjà sur l’intérêt de son sujet. Car la vie d’Alan Turing ne se résume pas qu’au parcours d’un individu. Il se heurte à plusieurs éléments majeurs de l’histoire de l’Angleterre. La Seconde Guerre Mondiale déjà, qui occupe une place centrale dans ce film, mais aussi des questions de société liées à son homosexualité. Résumer ce film à la vie de l’inventeur de l’informatique serait donc particulièrement réducteur et injuste. Surtout que le tout est raconté avec beaucoup d’intelligence, un vrai sens de la narration, le film étant parcouru d’un suspense constant. Si on doit faire un reproche, c’est peut-être un démarrage un peu lent à cause duquel le spectateur met un certain temps à rentrer totalement dans cette histoire.
Imitation Game se distingue par le fond, mais aussi par la forme. Le sens de la narration se traduit par un montage brillant qui nous permet de suivre les trois époques auxquelles nous transporte le film en voyant toujours très bien ce qui les relie, apportant une vraie unité au propos qui ne se résume pas au déroulé d’une vie. La réalisation de Morten Tyldum est sobre mais très élégante, arrivant notamment à créer des ambiances visuelles légèrement différentes entre les époques nous permettant de toujours savoir où nous sommes. Enfin, la performance de Benedict Cumberbatch est d’une justesse remarquable. Il donne vie à son personnage en mettant en avant son caractère exceptionnel, sans lui retirer son humanité.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique :
Production : Black Bear Pictures, FilmNation Entertainment, Bristol Automotive
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Morten Tyldum
Scénario : Graham Moore, d’après le livre d’Andrew Hodhes
Les grands acteurs comiques ont souvent enfin reçu la reconnaissance qu’ils méritaient le jour où ils ont brillé aussi dans un rôle dramatique. On se rappelle de Coluche recevant un César pour son rôle dans Tchao Pantin. Steve Carell a désormais gagné définitivement ses galons de grand comédien dans Foxcatcher, un des premiers films très attendus de ce début d’année 2015. Une attente comblée avec un long métrage maîtrisé de bout en bout.
Foxcatcher nous plonge dans un des faits divers les plus étonnants qu’aient connus les Etats-Unis dans les années 80. De notre côté de l’Atlantique, les faits ont nettement moins marqué les esprits, on peut donc le regarder comme une pure fiction, même si le fait que cela soit une histoire vraie peut renforcer l’intérêt du spectateur. En tout cas, elle donne lieu à un scénario remarquablement bien écrit, dont il serait criminel de dévoiler quoique ce soit, tant il progresse de bout en bout sans jamais laisser présager de ce qui va suivre. Il n’y a pas à proprement parler de rebondissements, mais une tension narrative constante et très forte.
Dommage que la réalisation manque un peu de dynamisme pour amplifier cette tension. Le choix d’un rythme plutôt lent participe à l’ambiance générale de Foxcatcher, mais le prive d’un souffle qui aurait fait franchir à cet excellent film un palier supplémentaire. Cependant, cela nous laisse le temps d’admirer la performance d’un trio d’acteurs parfaitement dirigé. Channing Tatum et Mark Ruffalo tiennent là un de leurs rôles les plus marquants, en termes de qualité d’interprétation notamment. Et que dire d’un Steve Carell méconnaissable et terriblement inquiétant ! Cela renforce l’impression d’une maîtrise esthétique et artistique totale de la part de Bennett Miller, même si cette perfection l’a peut-être conduit à une légère tendance à l’auto-contemplation.
Le mythe Robin des Bois est un mythe éminemment positif. Personne ne se sent insulté quand on le traite de Robin des Bois. C’est cette place très favorable que la notion de « voler aux riches pour donner aux pauvres » occupe dans notre imaginaire collectif qui nous fait aimer les personnages de Discount. Les riches en question ici étant un hypermarché qui traite ses employés pas mieux que le Shérif de Nottingham en son temps. Cependant quelques questions restent en suspens…
Je ne sais pas si cela vient de mon éducation bien comme il faut, mais j’ai quand même traversé ce film en ayant dans un coin de ma tête une petite voix disant « oui mais quand même, ils volent… ». Cela n’aurait pu ne poser aucun problème si cette dimension morale était vraiment traitée. Or, Louis-Julien Petit ne fait que l’évoquer très furtivement, comme s’il était un peu gêné aux entournures et avait fait son film en se contentant de croiser les doigts en espérant que le spectateur accepte la situation sans se poser trop de question.
Et c’est vrai que cela peut marcher car les personnages sont assez attachants pour que l’on épouse leur combat. Mais tout cela fait que Discount n’est qu’une comédie légère, avec comme seul fond de réflexion « La grande distribution, c’est mal ! Les actionnaires sont vilains ! Bouh ! ». Ca reste un peu léger et le personnage de la directrice du magasin, interprétée par Zabou Breitman, présentée elle-aussi comme une victime malheureuse, ne vient pas vraiment enrichir le propos. D’ailleurs tout cela aboutit à un dénouement qui laisse la plupart des questions et des sous-intrigues en suspens, sans réelle conclusion. Et comme à côté de ça, le côté comédie est sympathique, mais sans plus, cela donne au final un résultat plutôt moyen.
Premier de deux excellents biopics consacrés à des scientifiques britanniques quelque peu singuliers, Une Merveilleuse Histoire du Temps est un excellent biopic consacré à un scientifique quelque peu singulier, à savoir Stephen Hawking. Un destin extraordinaire, un homme extraordinaire, à un tel point que l’on pouvait redouter lourdeur et bons sentiments indigestes. James Marsh a contraire su trouver le bon ton pour ne laisser que l’émotion.
Une Merveilleuse Histoire du Temps n’est pas à la hauteur du génie scientifique de Stephen Hawking. Mais ça, c’était évidemment hors de portée. Par contre, il rend un parfait hommage à la richesse de cette personnalité hors du commun dont le sens de l’humour n’est sûrement pas la dernière des qualités, comme les fans de The Big Bang Theory le savent. Un homme qui par sa simple existence envoie plus de messages d’espoir et d’optimiste que n’importe quel discours. La grande force de ce film est d’avoir su justement ne jamais insister sur cet aspect. Le simple récit de cette vie hors du commun suffit à elle-même. Seul reproche, une longueur peut-être un peu excessive et quelques moments plus faibles.
Mais évidemment tout cela aurait été bien inutile sans un interprète à la hauteur, qui sache là aussi ne pas en faire trop. Un rôle à Oscar qui pourrait bien valoir à Eddie Redmayne une petite statuette ce dimanche. Pourtant, je n’avais jamais réussi à aimer cet acteur jusqu’à présent, mais là je dois m’incliner devant cette performance. Certes, les biopics se prêtent tout particulièrement à ce genre de performance, mais si jamais il était récompensé, cela serait amplement mérité. Mais plus largement, c’est le film qui mérite notre admiration sincère.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Working Title Films
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : James Marsh
Scénario : Anthony McCarten, d’après le livre de Jane Hawking
Les Jeux Olympiques de 2012 organisés à Londres avait relancé le débat sur l’aspect très aristocratique de la société anglaise, puisqu’une majorité des athlètes britanniques médaillés étaient issus des classes sociales supérieures, celles qui ont accès aux meilleures universités. Si vous avez un doute sur cet état de fait, je vous invite à aller voir The Riot Club, qui vous montrera à quel point cette fracture est bien réelle. Vous montrera, à défaut de vous convaincre notamment.
The Riot Club désigne un club très fermé d’étudiants d’Oxford qui se destinent à jouir de la vie et de ses plaisirs jusqu’à l’excès. Le club des joyeux fêtards version aristocratique, mais surtout version extrême. Je ne vais pas révéler comment l’intrigue évolue, mais je dirai simplement qu’elle nous mène vers une situation presque trop grosse pour être crédible. Ou du moins, trop anecdotique et ponctuelle pour nous permettre d’appréhender un phénomène qui traverserait une société tout entière. Le film pose bien beaucoup de bonnes questions sur la reproduction sociale, le mépris entre classes ou l’impunité dont jouissent certains, mais le propos ne va finalement pas très loin.
The Riot Club sonne donc comme un pamphlet pas très argumenté. De plus, sur la forme, il est marqué par une scène centrale qui occupe un bon tiers du film et qui finit par être un peu pénible. Certes, elle va crescendo, mais elle a fini par lasser avant d’atteindre son apogée. On a beau être tout de même un peu choqué par les événements, on ne l’est pas assez pour réveiller totalement l’intérêt que l’on pourrait porter à ce film défouloir, mais qui manque de fond.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Production : Blueprint pictures
Distribution : Paramount pictures
Réalisation : Lone Scherfig
Scénario : Laura Wade, d’après sa pièce de théâtre Posh
Le cinéma argentin a désormais droit à un accès régulier aux écrans français. Et on ne peut que s’en réjouir, car les films proposés sont le plus souvent de qualité, même si aucun n’a pour l’instant égalé Dans Tes Yeux, qui a lancé le mouvement. Voici donc cette fois-ci, les Nouveaux Sauvages, un film à sketchs à l’humour méchamment drôle, ou bien à la méchanceté drôlement humoristique, comme l’on veut. Un beau succès critique, même si je serai un peu plus réservé que la moyenne.
Evidemment, comme tout film à sketchs, les Nouveaux Sauvages n’échappe pas à une certaine inégalité. De mon point de vue, deux d’entre eux se détachent nettement, les autres étant sympas sans plus. Mais tous, même les meilleurs, souffrent d’une longueur toujours quelque peu excessive. Cela finit toujours par affaiblir la dynamique qui se crée autour de l’idée, souvent très bonne, de départ. Du coup, on sourit plus que l’on rit aux éclats et on est parfois en train de trépigner en attendant le sketchs suivants, ayant la sensation que Damian Szifron a déjà fait le tour de son idée.
Les Nouveaux Sauvages permet une nouvelle fois de constater que le cinéma argentin possède une richesse en comédiens de qualité que l’on ne soupçonnait pas. Evidemment, Ricardo Darin est une nouvelle fois de la partie. Personnellement, j’ai eu un faible pour Erica Rivas qui interprète une mariée que vous n’êtes pas prêts d’oublier. Son apparition constitue un bouquet final, pour un feu d’artifice qui m’aura quand même globalement laissé quelque peu sur ma faim.
Depuis que Miyazaki a gagné ses galons de vrai cinéaste, nous voyons régulièrement sur nos grands écrans des films d’animation venus du Japon qui ne sont pas forcément estampillés « film pour enfants ». Nouvel exemple avec Souvenirs de Marnie, une fable nostalgique et mélancolique. Un beau film, soutenu par un scénario solide, mais qui manque peut-être un peu de contenu.
Bon bah voilà tout est dit… On peut tout de même ajouter que Souvenirs de Marnie reprendre les éléments typiques de la plupart des films d’animation japonais. L’héroïne est une jeune fille à l’aube de l’adolescence, l’histoire est parcourue d’éléments de fantastique, il nous transporte dans un Japon rural qui semble quelque peu figé dans un passé qui n’existe plus. Bref, il n’y a aucune surprise à ce niveau là. De même pour le style graphique, élégant, mais largement déjà vu.
Souvenirs de Marnie se distingue tout de même par une intrigue remarquablement bien écrite avec de vraies surprises. L’histoire se révèle peu à peu avant une explication finale que l’on peut voir venir, mais qui a plus de chance de vous prendre au dépourvu. Dommage simplement qu’elle soit un peu diluée, en particulier dans sa première partie. Il n’y avait pas tout à fait de de quoi en faire un long métrage et cela se voit. Heureusement, la fin est nettement plus intense et nous faire ressortir sur une bonne impression.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Production : Studio Ghibli, Toho Company, Dentsu, Mitsubishi Motors Corporation, NTV
Distribution : The Walt Disney Company France
Réalisation : Hiromasa Yonebayashi
Scénario : Keiko Niwa, Masashi Ando, Hiromasa Yonebayashi, d’après le roman de Joan G. Robinson
Il y a les êtres humains. Les mecs normaux, parfois quand même plus beaux ou charmants que la moyenne. Les drôles, les gentils, les grands, les petits. Et puis, il y a la classe incarné. Enfin, je devrais plutôt dire « les classes incarnés », car il y a plusieurs mâles sur cette terre qui correspondent à cette définition. Mais ils sont évidemment peu nombreux. Et au sein de cette caste particulièrement fermée figure Viggo Mortensen. Dans Loin des Hommes, il parle même français avec un accent qui le rend définitivement irrésistible. Même si le film l’est un peu moins.
Mon introduction ne doit pas faire oublier Reda Kateb. Une autre forme de classe, de charisme et de talent. Une gueule, mais surtout un formidable acteur. Voir les deux rassemblé dans un même film vaut déjà à lui seul le coup de payer une place de cinéma. Tout sépare les deux acteurs, si ce n’est un immense talent. Tout sépare les deux personnages, si ce n’est une terre… l’Algérie. Le film nous propose d’ailleurs de superbes décors majestueux. Certes, ils se situent en vérité dans l’Atlas marocain, mais Loin des Hommes reste quand même intimement lié aux lieux où il nous transporte.
Loin des Hommes est librement inspiré d’une nouvelle d’Albert Camus. On y retrouve la nostalgie qui parcours les acteurs d’une société qui se délite, la douleur d’une fracture qui a toujours existé mais qui se transforme tout à coup en déchirure inéluctable. Cette ambiance, parfaitement incarnée par les deux acteurs, représente un aspect particulièrement réussi. Dommage qu’elle serve de décor à une intrigue à proprement parler qui n’est au fond pas si passionnante que ça. Du coup, on n’arrive pas tout à fait à s’enthousiasmer totalement pour ce néanmoins très beau film.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Réalisation : David Oelhoffen
Scénario : David Oelhoffen, d’après la nouvelle L’Hôte d’Albert Camus
Se baser sur un fait divers pour signer un scénario est devenu une habitude de plus en plus répandue dans le cinéma hexagonal. J’avoue avoir rarement été convaincu par le résultat. Peut-être que pour signer un vrai bon film, il fallait un fait divers hors du commun. L’affaire Guy Georges n’est pas qu’une simple affaire parmi d’autre. Si elle a fait la une des journaux c’est qu’elle a fait rentrer dans notre réalité nationale la figure du serial killer sadique, que l’on croyait réservé aux polars américains. Mais l’Affaire SK1 n’a rien d’un polar américain.
Si on doit jouer au jeu des comparaisons, c’est plutôt à la série Engrenages que l’Affaire SK1 fait penser. En effet, plus qu’une simple enquête, avec son lot d’indices et de fausses pistes, le film nous fait découvrir les conditions de travail des policiers, les rivalités entre services, l’impact sur leur vie personnelle. Mais le propos ne s’arrête pas là. Il brosse un portrait similaire des avocats de la défense, nous parle aussi un peu du tueur et de ses victimes. Bref, l’affaire est traitée sur tous ses aspects, vue par tous les points de vue.
Cela donne à l’Affaire SK1 une vraie richesse. Mais à l’inverse, à vouloir parler de tout, le film ne va jamais tout à fait au bout des sujets. La multiplicité des thématiques nous empêche de jamais prendre un moment de recul sur l’une d’entre elle pour vraiment l’appréhender dans toute sa complexité. Seul le personnage interprété par Raphaël Personnaz est vraiment fouillé, alors que Nathalie Baye n’a pas le temps d’exploiter totalement le potentiel du sien. Cependant, le film est à la fois solide, intéressant, sans temps mort et jamais ennuyeux. Bref, c’est ce qu’on appelle un bon film.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique :
Production : Labyrinthe Films
Distribution : SND
Réalisation : Frédéric Tellier
Scénario : Frédéric Tellier, David Oelhoffen, d’après une histoire vraie
A Most Violent Year était le premier film très attendu de 2015. Ou bien le dernier film très attendu de 2014 puisque ce film est sorti précisément le 31 décembre 2014. Enfin tout ceci ne constitue pas un débat très intéressant, comparé à une discussion concernant les qualités de ce film. Il est incontestable qu’il n’en manque pas. Mais il est aussi incontestable qui lui en manque au moins une. Au final le résultat est convaincant, mais relativement froid.
A Most Violent Year est un film brillant à tout point de vue. La réalisation est portée par un travail esthétique particulièrement léché. La direction d’acteur est impeccable et met parfaitement en valeur un casting solide. Enfin le scénario est remarquablement bien construit et inverse avec bonheur beaucoup des codes du film de gangster. On lui reprochera peut-être un léger manque de rythme, qui nous laisse certes le temps d’admirer les belles images de J.C. Chandor , mais empêche quelque peu la tension narrative d’arriver à son maximum.
Mais au final, A Most Violent Year manque surtout d’une chose…. L’émotion. A force de frôler une perfection très académique, J.C. Chandor nous livre un film assez lisse, dans lequel on a bien du mal à vraiment rentrer. On reste totalement en dehors de l’histoire que l’on suit avec grand intérêt, mais un intérêt qui vient de la raison, rarement du cœur. Le plus embêtant, c’est que cela empêche le spectateur de ressentir une vraie empathie pour les personnages. On est donc souvent admiratif, mais jamais totalement enthousiasmé.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Before the Door Pictures, Washington Square Films, FilmNation Entertainment, Participant Media, Imagenation Abu Dhabi FZ
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