Dans notre pays, nous vivons la guerre comme quelque chose de lointain, pouvant difficilement nous atteindre. Certes, les événements en Ukraine ont rapproché cette réalité de nous, mais sans pour autant nous la faire vivre concrètement. Nous oublions ainsi facilement certains de nos compatriotes, engagés dans des conflits lointains, la vivent concrètement. Et rentrent au pays avec leurs blessures, qui ne sont pas toujours que physiques. Sentinelle Sud nous raconte le retour plus que difficile de soldats ayant combattu en Afghanistan. Un sujet quasiment absent du cinéma hexagonal.
Evidemment, cela tient aussi à la différence de niveau d’engagement et du nombre de soldats (et de victimes) concernés, mais la différence est frappante avec le cinéma américain qui traite très fréquemment de la réinsertion particulièrement compliquée des vétérans. Mais Sentinelle Sud n’a vraiment rien d’un film hollywoodien. Le traitement des personnages, la dimension psychologique et sociale, la noirceur du propos dans ses aspects les plus intimistes, en font un film purement hexagonal. Et dans le bon sens du terme. Le film est chargé d’une forte charge émotionnelle car il se focalise avant tout sur l’humain, même s’il se repose sur une intrigue par ailleurs solide et non dénuée de rebondissements.
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Les Crevettes Pailletées nous avait offert un moment de cinéma sympathique, mais quelque peu inabouti. Elles nous devait donc une revanche. Cela tombe bien puisqu’elles reviennent sur grand écran dans la Revanche des Crevettes Pailletées. Un film qui prend une dimension supplémentaire dans le contexte actuel, puisqu’il nous offre comme décor une Russie minée par l’intolérance et la corruption. Cela renforce l’aspect politique de cette comédie qui ne cherche pas qu’à nous amuser. Entre deux vrais fous rires, il nous apporte aussi de quoi réfléchir.
La magie de l’art dramatique permet à n’importe qui (d’un minimum talentueux tout de même) de devenir n’importe qui d’autre et que le spectateur adhère à l’idée. Encore plus fort, deux personnes différentes peuvent devenir le même personnage, sans que le public ne crie à la supercherie. Il est beaucoup question de magie dans Les Animaux Fantastiques : les Secrets de Dumbledore, de magie nettement plus puissante et spectaculaire que celle crée par les comédiennes et les comédiens. Mais il permet aussi de voir comment un Johnny Depp peut se transformer en Mads Mikkelsen, tout en restant Gellert Grindewald. En tout cas, le spectateur n’y perd pas au change.
La vieillesse est un naufrage dit-on souvent. Cette assertion n’est guère rassurante quand on sait que c’est un état qui nous attend tous. On n’est encore moins rassuré après avoir vu Vortex, qui nous place de manière forte et brutale face au déclin qui vient avec l’âge. Quand on connaît l’œuvre de Gaspard Noé, on imagine facilement qu’il traite le sujet sans ménager le spectateur. Mais on pouvait craindre aussi qu’il sombre une nouvelle fois dans la forme d’excès dans laquelle il noie souvent son génie. Pour ce film, il semble cette fois-ci mesurer la valeur de la retenue.
Quoi de mieux qu’un film politique en cette période électorale ? Et quoi de mieux qu’une comédie politique quand la période électorale en question vous donne avant tout envie de pleurer ? On peut donc remercier Gustave Kervern et Benoît Délépine de nous donner un peu le sourire en parlant politique. En Même Temps est une fable fort sympathique, un peu foutraque, bref tout à l’image du reste de la filmographie des deux compères. C’est très imparfait mais l’époque nous offrant peu de raison de se réjouir, on accepte le présent sans réserve.
Si la littérature compte de très nombreux recueils de nouvelles, le cinéma utilise avec une certaine parcimonie la forme du films à sketchs. Comme si le court métrage étant vu comme un exercice de débutants, les réalisateurs s’interdisaient ensuite de raconter des histoires sur des formats plus courts. Certains se l’autorisent néanmoins. Ryūsuke Hamaguchi a triomphé l’année précédente avec Drive My Car, un récit de près de trois heures. Changement de format donc avec Contes du Hasard et Autres Fantaisies, qui nous livre trois récits distincts en deux heures.
L’amour se nourrit souvent de sincérité. Mais parfois, un petit subterfuge peut aider deux être à se rapprocher. Comme dans L’Ombre d’un Mensonge, dont le titre ne fait pas forcément penser à première vue à une comédie romantique. Bon, certes, le terme de comédie n’est peut-être pas le plus adapté pour désigner ce film. Mais il est bel et bien question de romance. S’il pose aussi de vraies questions morales, il donne toute sa place à l’amour d’une manière subtile, sans diminuer en rien la force des sentiments. Et les beaux sentiments font du bien en ces heures un peu sombre.
Marvel et Jared Leto sont deux choses que j’aime énormément sur cette Terre. Leur réunion sur grand écran pouvait donc avoir quelque chose de très alléchant. Certes, le voir incarner un personnage relativement mineur de l’univers de Spider-Man pouvait laisser circonspect, mais on pouvait se dire qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, comme ce fut le cas avec Shang-Chi. Mais malgré mon regard de fan, prêt à devenir très bon public, je ne peux pas non plus tout laisser passer sans broncher. Morbius est un vrai navet qui ne fait pas honneur à Marvel. Si tout ne peut pas être réussi dans un univers aussi vaste, la paresse est un travers difficilement pardonnable.
Le rapport au corps est un sujet qui se prête particulièrement à la mise en images. En effet, quoi de plus visuel que notre enveloppe qui reste la première chose qui nous définit au regard des autres. Cela est encore plus fort pour celles et ceux dont le corps représente le premier instrument d’expression quand ce n’est pas de travail. Les danseurs entrent dans cette catégorie et le cinéma en a souvent fait des personnages centraux. Le nouveau film de Cédric Klapish, En Corps, s’inscrit dans cette lignée. Et le jeu de mot qui forme le titre nous dit bien à quel point la question du corps constitue son sujet principal.
Comment dénoncer le poids des conventions dans un pays où ces mêmes conventions vous empêchent de hausser la voix et de crier votre indignation haut et fort ? Il faut savoir alors faire preuve d’une infinie subtilité pour faire passer les messages avec une forme de douceur apparente mais qui ne nuit en rien à l’impact du propos. Ce n’est évidemment pas facile à réaliser et il faut beaucoup de talent pour y parvenir. La japonaise Yukiko Sode n’en manque pas, comme le prouve Aristocrats, un film qui met en lumière la pratique encore vivace des mariages arrangés au sein de la haute bourgeoisie nippone. Or, aussi incroyable que cela puisse paraître, celle-ci est composée d’êtres humains frappés des mêmes sentiments que n’importe qui.
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