Le style caméra à l’épaule a été très en vogue ces dernières années. La mode semble être en train de passer. C’est tant mieux car entre de mauvaises mains, elle peut vite donner au spectateur une légère envie de vomir. Mais ce style a fait la gloire et la renommée de Kathryn Bigelow, lui valant même un Oscar pour Démineurs. Il est vrai qu’elle maîtrise cette manière de filmer à la perfection, sans jamais donné la moindre nausée à l’assistance. Une nouvelle preuve avec Detroit. Assurément le meilleur film de sa carrière.
Au-delà de chaque élément pris séparément, Detroit est un grand film car il signe la parfaite synergie entre un style visuel et un sujet. En nous racontant une histoire se déroulant quasiment en temps réel, elle justifie pleinement l’usage d’une technique qui nous plonge au cœur de l’action de manière assez directe. Pas d’artifice artistique, mais bien une manière de maximiser l’impact d’un propos qui résonne de manière forte avec le contexte actuel. Cet échos permet au film d’être infiniment plus qu’un simple récit de fait divers et en dit particulièrement long sur ce mal qui ronge les Etats-Unis et qui ne semble pas arriver à se dissiper.
Detroit fait partie de ces film traversé du début à la fin par une tension qui vous cloue à votre fauteuil. Chaque moment de calme semble annoncer une tempête à venir et ces dernières ne manquent pas de se déchaîner régulièrement. Ce sens du rythme et de la narration est une autre marque de fabrique de Kathryn Bigelow et elle nous offre une nouvelle démonstration de son immense talent en la matière. Elle n’est pas maladroite non plus dans la direction d’acteurs. J’ignore quelle carrière aura au final Will Poulter, mais il est quasiment certain qu’elle devra beaucoup à ce film, dans lequel il livre une performance tout à fait oscarisable. Mais il n’y a pas que lui qui soit dans ce cas… Le film l’est clairement et Kathryn Bigelow peut espérer d’entrer dans le cercle restreint des réalisateurs multioscarisés.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Annapurna Pictures, First Light Productions, Page 1 Distribution : Mars Films Réalisation : Kathryn Bigelow Scénario : Mark Boal Montage : William Goldenberg Photo : Barry Ackroyd Musique : James Newton Howard Durée : 143 min
Casting : Anthony Mackie : Greene John Krasinski : Attorney Auerbach Kaitlyn Dever : Karen Algee Smith : Larry Reed Hannah Murray : Julie Ann Will Poulter : Philip Krauss John Boyega : Melvin Dismukes
Le pari était ambitieux. Offrir une suite, 30 ans après, à un monument du cinéma comme Blade Runner avait tout du piège susceptible de déchaîner la fureur d’une horde de fans et autres amateurs éclairés. Mais en choisissant Denis Villeneuve pour le réaliser, les producteurs ont fait clairement le bon choix. Au final, le pari est presque totalement. Car si le Blade Runner 2049 est visuellement et auditivement incroyablement fidèle au chef d’œuvre de Ridley Scott, le scénario manque quelque peu d’épaisseur.
Blade Runner 2049 est un film sublime sur la forme. Certes, il y a d’un côté la fidélité à un style qui a profondément marqué le cinéma et on peut objecter que l’imitation ne constitue pas une forme de génie. Mais Denis Villeneuve a certes repris les éléments visuels et sonores du Blade Runner de Ridley Scott, mais pour en faire quelque chose de magnifique. Il serait cruellement injuste de ne pas lui reconnaître un immense mérite artistique. La photographie, le jeu sur les couleurs sont vraiment extraordinaires. On en prend plein les yeux mais aussi les oreilles, car l’ambiance sonore joue ici un rôle central. Et personne ne s’étonnera de voir que Hans Zimmer est la baguette.
Du côté du scénario, Blade Runner 2049 est aussi réussi, mais connaît quelques limites. Si on entre le cerveau le premier dans l’histoire, on en ressort un peu frustré. L’histoire est finalement assez linéaire et se termine sans apporter de réponse à une foule de questions qui restent ouvertes. Ce ne constituerait pas forcément un problème en soi, si le film ne faisait pas près de 3 heures. Le rythme de narration est lent. Cela donne un style et une personnalité (et reste fidèle à l’œuvre de Ridley Scott) au film, mais au final un soupçon de rythme supplémentaire n’aurait pas été du luxe. S’il serait dommage de bouder son plaisir, on se dit que Denis Villeneuve est passé tout près du chef d’œuvre. Mais le pari reste tout de même réussi haut la main.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique : Réalisation : Denis Villeneuve Scénario : Hampton Fancher et Michael Green, sur une idée d’Hampton Fancher et Ridley Scott, d’après les personnages créés par Philip K. Dick Décors : Dennis Gassner Costumes : Renée April Photographie : Roger Deakins Musique : Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch Production : Andrew Kosove, Broderick Johnson, Ridley Scott, Bud Yorkin et Cynthia Sikes Yorkin Durée : 163 minutes
Casting : Ryan Gosling : officier K du LAPD/Joe Harrison Ford : Rick Deckard Ana de Armas : Joi Robin Wright : lieutenant Joshi Jared Leto : Neander Wallace Sylvia Hoeks : Luv Mackenzie Davis : Mariette David Bautista : Sapper Morton Carla Juri : Dr Ana Stelline Lennie James : M. Cotton Hiam Abbass : Freysa Barkhad Abdi : Doc Badger Tómas Lemarquis : l’employé de Luv Edward James Olmos : Gaff Wood Harris : Nandez David Dastmalchian : Coco
Un grand film peut-il être léger ou doit-il être toujours doté d’une réelle profondeur ? Voilà un beau sujet de dissertation, mais qui n’est pas le sujet d’aujourd’hui puisque le Sens de la Fête n’est pas un grand film. Mais il est déjà un très bon film, ce qui n’est pas rien. S’il ne délivre pas de message philosophique, s’il ne débouche pas sur une morale pleine de sagesse, il ne sonne pas pour autant creux. Il permet avant tout de passer un excellent moment plaisant et divertissant.
Avec ce film léger Eric Toledano et Olivier Nakache échapperont sans doute aux polémiques ridicules qui ont accompagné Intouchables et Samba. Mais que leurs admirateurs se rassurent, ils conservent toutes leurs qualités de cinéaste. Le Sens de la Fête reste un film profondément humaniste. Une humanité ordinaire peut-être, mais une belle humanité quand même. Il reste avant tout un film de personnages, avec une galerie particulièrement réussie, où il n’y a pas grand chose à jeter. Ils arrivent à se mettre en avant le pire de chacun d’eux pour créer les effets comiques, mais en le filmant avec une infinie tendresse qui permet au spectateur de s’attacher à chacun d’eux malgré tout.
La multiplicité des personnages permet à Eric Toledano et Olivier Nakache de donner du rythme à leur récit. Et on sait à quel point le rythme est capital pour qu’une comédie fonctionne. Les séquences s’enchaînent et si une d’entre elles vous laissent froid, elle laissera vite la place à une autre qui vous arrachera un grand sourire. Le Sens de la Fête est à ce titre un modèle dont bien des réalisateurs français devrait s’inspirer. Si on ajoute à tout ça un casting prestigieux, mais parfaitement mis en valeur, avec un Jean-Pierre Bacri inspiré comme rarement, on ne peut que savourer cette friandise cinématographique succulente.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Quad Films, Ten Films, Gaumont, TF1 Films Production Distribution : Gaumont Réalisation : Éric Toledano, Olivier Nakache Scénario : Éric Toledano, Olivier Nakache Photo : David Chizallet Musique : Avishai Cohen Costumes : Isabelle Pannetier Durée : 117 min
Casting : Jean-Pierre Bacri : Max Vincent Macaigne : Julien Alban Ivanov : Samy Kévin Azaïs : Patrice Eye Haïdara : Adèle William Lebghil : Seb Suzanne Clément : Josiane Jean-Paul Rouve : Guy Gilles Lellouche : James
On associe rarement la Russie avec gaieté et joie de vivre. Il est peu probable que cette image change avec Faute d’Amour, un film peuplé de personnages dont le cœur est aussi sec qu’un biscuit militaire périmé. Un film qui dresse surtout un portrait désabusé d’une société qui semble avoir perdu tous ses repères. Mais un portrait saisissant, sublimé par la caméra d’Andrey Zvyagintsev qui n’a pas son pareil pour nous faire voyager dans les déserts affectifs et moraux.
Le précédent film de Andrey Zvyagintsev possédait un fond beaucoup plus politique et nous faisait découvrir une Russie plutôt rurale. Faute d’Amour nous plonge dans un quotidien plus ordinaire des urbains. Mais il semble capte avec la même maestria la même désagrégation des rapports humains. Il le fait à travers ses personnages qu’il met au premier plan, mais aussi à travers ses décors. Des lieux qui témoignent eux aussi d’un pays dont des pans entiers se sont disloqués. Et le résultat a quelque chose de fascinant, de pathétique, mais aussi d’inquiétant.
Le style d’Andrey Zvyagintsev peut rebuter. La narration est notamment très lente. L’histoire avance en faisant des cercles, se répétant tout en progressant malgré tout. Faute d’Amour n’a pas vraiment de longueurs à proprement parler. Il s’agit d’un vrai choix artistique de réalisation, auquel on adhère ou pas, mais qui colle merveilleusement bien avec le propos. La performance des deux acteurs principaux est aussi à saluer car jouer l’absence d’émotion est parfois plus difficile que d’incarner l’une d’entre elles. On ressort de ce film réellement troublé, prouvant que l’indifférence ne laisse pas toujours indifférent.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Why Not Productions, Arte France Cinéma Réalisation : Andrey Zvyagintsev Scénario : Andrey Zvyagintsev, Oleg Negin Montage : Anna Mass Photo : Mikhaïl Krichman Distribution : Pyramide France Musique : Evgeny Galperin Durée : 127 min
Casting : Maryana Spivak : Zhenya Alexey Rozin : Boris Matvey Novikov : Alyosha Andris Keishs : Anton Marina Vasilyeva : Masha
Lorsque j’ai vu (à de nombreuses reprises) la bande-annonce de Demain Et Tous les Autres Jours, j’avoue n’avoir absolument pas eu envie d’aller voir ce film. En effet, elle laissant penser à une énième ode à la folie douce, ce qui peut être convaincant à travers une fiction cinématographique, mais qui ne résiste pas longtemps au principe de réalité. Finalement, par amour pour Noémie Lvovsky, et à la lecture de quelques bonnes critiques, je me suis laissé tenté. Et la surprise fut bonne.
Pourtant, pendant une bonne demi-heure, Demain et Tous les Autres Jours est exactement ce qu’il semblait être et on se dit alors qu’il est très mal parti. Heureusement, peu à peu, l’histoire prend un virage et un autre ton. Un ton plus grave, plus mélancolique, dévoilant peu à peu le vrai sujet du film. Il n’est finalement pas une ode à quoique ce soit mais nous livre une réflexion sur la difficulté pour un enfant de porter un fardeau écrasant pour son âge. Il prend alors tout son intérêt et sa profondeur.
Demain et Tous les Autres Jours rassemble un joli casting. Le grand mérite de Noémie Lvovsky est d’arriver à réellement diriger les comédiens… y compris elle-même. Tous les personnages adoptent un ton très juste. En premier lieu la jeune Luce Rodriguez très à l’aise dans un rôle pourtant pas facile. Même Mathieu Amalric n’en fait pas trop, c’est dire. Tout ce petit monde contribue à faire de ce film un film émouvant, peut-être pas aussi drôle que ce à quoi on s’attendait, mais sans jamais être plombant ou pessimiste.
Casting : Luce Rodriguez : Mathilde Noémie Lvovsky : la Mère Mathieu Amalric : le Père Denis Podalydès Anaïs Demoustier : Mathilde adulte India Hair : la psychologue Micha Lescot: la voix de l’oiseau
Au cinéma, la plupart du temps on a la chance de voir des films. Mais parfois on tombe sur tout autre chose, qui ne mérite pas d’être associé au 7ème art. Bon j’admets que mon introduction est quelque peu brutale. Vous l’aurez compris je n’ai pas du tout aimé Un Beau Soleil Intérieur. Il suffit de regarder les notes spectateurs sur Allociné pour constater que je ne suis pas le seul. Il faut dire se moquer à ce point des personnes qui auront dépensé de l’argent pour voir ce film mérite guère d’indulgence
Un Beau Soleil Intérieur nous raconte les états d’âme d’une femme entre deux âges absolument insupportable. Impossible de ressentir la moindre compassion pour ce personnage à qui on a envie de mettre deux claques. Elle croise certes des cons, mais franchement on est vite de leur côté, les trouvant déjà généreux de lui adresser la parole. Donc avec tout ça, difficile de trouver le moindre intérêt à cette histoire. La fin sonne comme une délivrance après avoir passé tout le film à s’ennuyer ferme, voire à se sentir mal à l’aise pour la pauvre Juliette Binoche, dont le talent ne méritait pas ça.
Mais le pire ne vient pas du fond, mais de la forme. Un Beau Soleil Intérieur repose sur une série de scènes où les comédiens ont eu visiblement carte blanche. Claire Denis se désintéresse visiblement totalement de la direction d’acteurs. Toutes les séquences sont interminables avec des comédiens qui semblent réellement improviser. Et comme on ne peut pas dire que la mise en scène ou la photographie soient particulièrement transcendante, cela donne un film sans rythme, sans souffle, sans rien en fait.
LA NOTE : 05/20
Fiche technique : Production : Curiosa Films, FD Production, Ad Vitam, Versus Production Réalisation : Claire Denis Scénario : Claire Denis, Christine Angot Montage : Guy Lecorne Photo : Agnès Godard Décors : Arnaud de Moléron Distribution : Ad Vitam Musique : Stuart Staples Durée : 94 min
Casting : Juliette Binoche : Isabelle Nicolas Duvauchelle : L acteur Gérard Depardieu : Le voyant Xavier Beauvois : Le banquier Josiane Balasko : Maxime Philippe Katerine : Mathieu Alex Decas : homme fin Bruno Podalydès : Fabrice
L’adaptation du roman de Stephen King Ca pour la télévision américaine a donné lieu au plus célèbre des téléfilms de l’histoire. Mais sa relative médiocrité et les libertés prises par rapport à l’histoire originale ont toujours laissé insatisfait les amoureux de ce monument de la littérature d’horreur. C’est donc avec une joie fébrile qu’ils ont eu connaissance d’une adaptation cinématographique enfin digne de ce nom en préparation. Comme moi, ils se sont rendus en salle plein d’espoir et de crainte… pour finalement en ressortir soulagé, mais pas encore totalement enthousiasmé.
L’adage qui veut que le livre est toujours meilleur que le film se vérifie une nouvelle fois, bien que je conteste fortement sa véracité absolue. En fait, Ca est victime d’un choix fondamental d’adaptation qui se comprend complètement cinématographiquement parlant, mais qui ampute l’histoire d’un de ses intérêts principaux. En adoptant une narration chronologiquement linéaire, et non en parallèle entre deux époques, le film se prive d’un des éléments qui fait la force du roman de Stephen King. Mais une fois ce choix fait, le réalisateur argentin Andres Muschietti s’en sort plutôt bien.
Au-delà du choix évoqué précédemment, le scénario cherche vraiment à être fidèle en tout point à l’œuvre originale, que ça soit au niveau des événements que des personnages. Les fans apprécieront… et les autres aussi car si le livre n’a pas connu un tel succès pour rien. On retrouve la réflexion sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte qui marquent tant le roman. Et tout cela est amené intelligemment, en bon équilibre avec les passages d’horreur pure auquel on pourrait peut-être reproché un trop grand classicisme. On touche là la limite de l’exercice. Andres Muschietti s’applique avec talent à nous livrer un film fidèle à l’œuvre d’un autre. En tant que tel, le film n’a donc rien de personnel et ça se ressent. Mais personnellement, j’ai été heureux de voir enfin à l’écran de manière aussi réussie cette histoire qui m’a tant marqué lorsque je l’ai lue adolescent. Et je sais que je ne suis pas le seul !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Andrés Muschietti Scénario : Gary Dauberman, Cary Fukunaga, Chase Palmer, adapté du roman Ça de Stephen King Direction artistique : Peter Grundy Décors : Rosalie Board Costumes : Janie Bryant Photographie : Chung Chung-hoon Montage : Jason Ballantine Musique : Benjamin Wallfisch Production : Roy Lee, Dan Lin, Seth Grahame-Smith, David Katzenberg et Barbara Muschietti Durée : 135 minutes
Casting : Bill Skarsgård : Grippe-Sou le clown dansant Jaeden Lieberher : William « Bill » Denbrough Jeremy Ray Taylor : Benjamin « Ben » Hanscom Sophia Lillis : Beverly « Bev » Marsh Finn Wolfhard : Richard « Richie » Tozier Wyatt Oleff : Stanley « Stan » Uris Chosen Jacobs : Michael « Mike » Hanlon Nicholas Hamilton : Henry Bowers Jack Dylan Grazer : Edward « Eddie » Kaspbrak Jackson Robert Scott : Georgie Denbrough Owen Teague : Patrick Hockstetter Logan Thompson : Victor « Vic » Criss Jake Sim : Reginald « Belch » Huggins Javier Botet : Le lépreux Tatum Lee : Judith Steven Williams : Leroy Hanlon Stephen Bogaert : Alvin Marsh Geoffrey Pounsett : Zack Denbrough Pip Dwyer : Sharon Denbrough
Je déteste Barbara et j’ai vu un film sur Barbara. Je l’ai détesté et avec le recul, ça n’a rien d’étonnant. J’ai été voir un film sur Jean-Luc Godard. Or, je déteste aussi Jean-Luc Godard, ou au moins ce qu’il est devenu ces dernières années (on peut même parler de décennies). J’avais donc assez peur de détester aussi Le Redoutable. Or j’ai au final réellement apprécier ce film. Peut-être parce qu’il raconte comment Jean-Luc Godard a cessé d’être un cinéaste pour devenir un sale con.
La plupart du temps les biopics ressemblent largement à des hagiographies. Le Redoutable est exactement l’inverse. C’est assez rare pour être noté, surtout que cette démarche concerne une personne encore vivante. Il est évident qu’on ne regarde pas ce film de la même manière selon son niveau de culture cinématographique. J’ignore vraiment ce que peut ressentir un spectateur qui ignorerait tout de la carrière de Jean-Luc Godard. Les autres seront ravis de comprendre enfin mieux où est passé l’extraordinaire réalisateur de A Bout de Souffle et le Mépris, qui a laissé depuis longtemps la place à un triste sire à la carrière artistique aussi absconse que sans intérêt.
Le Redoutable confirme que Michel Hazanavicius est un réalisateur libre qui fait les films qu’il a envie de faire sans se soucier du reste. Il n’aura jamais cherché à surfer sur le succès de The Artist en enchaînant avec des œuvres qui ne s’adressent pas vraiment au plus grand public. Il livre ici un film pour cinéphiles. Ces derniers sauront pleinement apprécier toute l’ironie de dialogues souvent savoureux. Certes, le film compte aussi quelques longueurs, mais la performance de Louis Garrel est assez extraordinaire pour que l’on ne trouve jamais le temps long. Et il serait injuste de passer sous silence celle de Stacy Martin, peut-être moins spectaculaire, mais qui donne tout son sens au film. C’est par son regard que l’on voit Jean-Luc Godard et son amour pour lui s’effriter. Un effritement partagé par tous.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Wild bunch Réalisation : Michel Hazanavicius Scénario : Michel Hazanavicius Montage : Anne-Sophie Bion, Michel Hazanavicius Photo : Guillaume Schiffman Distribution : Studio Canal Durée : 107 mn
Casting : Louis Garrel : Jean-Luc Godard Stacy Martin : Anne Wiazemsky Micha Lescot : Bambam Bérénice Bejo : Michèle Rosier Grégory Gadebois : Cournot
La carrière d’un comédien débute parfois par un rôle particulièrement marquant qui le propulse au rang de star, mais peut vite devenir une malédiction une fois qu’il a en envie de passer à autre chose. Longtemps, Robert Pattinson a été inexorablement associé à son rôle de vampire dans la saga Twillight. Il n’y avait visiblement pas fait étalage d’un quelconque talent particulier (je n’en ai vu aucun, je ne fais que rapporter des propos) et cette image de star artificielle lui a collé à la peau. Pourtant, il a depuis considérablement enrichi sa filmographie à travers des rôles d’une étonnante diversité. Celui qu’il tient dans Good Time prouve qu’il est définitivement temps de le regarder avec un oeil neuf.
Good Time recycle un nouvelle fois une idée de base passablement usée. Celle du plan qui dans l’esprit d’un brave loser doit se dérouler sans accros et qui tourne vite au désastre. Et à chaque fois que notre anti-héros tente de renverser la vapeur du destin et de la malchance, il s’enfonce encore un peu plus. Mais il faut avouer que cette idée de base donne accès à une champ infini de possibilités. Ce film n’est peut-être pas le meilleur qui y ait été tourné, mais il nous propose tout de même une épopée savoureuse, où le chemin de son principal protagoniste croisera celui d’autres paumés se prenant pour des gangsters d’envergure. Tout cela donne un cocktail d’humour, de violence et de plongée dans la misère d’une Amérique urbaine marginale qui détonne et fonctionne très bien.
Et Robert Pattinson dans tout cela ? Il porte littéralement Good Time sur ses épaules. Il réussit surtout à rendre crédible un personnage qui n’aurait pas supporté d’être mal joué. Il aurait pu si facilement en faire trop qu’on peut vraiment saluer le fait qu’il en fasse juste ce qu’il faut. Il est certainement aidé par la direction artistique des frères Safdie dont la réalisation constitue globalement un point fort de ce long métrage. Ils savent merveilleusement bien jouer avec les lumières de cette ville toujours éclairée et nous offre définitivement un film parfaitement maîtrisé, à défaut d’être totalement inoubliable.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Ekara pictures, Rhea films, Hercules films Réalisation : Joshua et Benny Safdie Scénario : Josh Safdie, Ronald Bronstein Montage : Benny Safdie, Ronald Bronstein Photo : Sean Orice Williams Décors : Audrey Turner Distribution : Ad vitam Musique : Point Never Oneothrix Durée : 100 min
Casting : Robert Pattinson : Connie Nikas Jennifer Jason Leigh : Corey Buddy Duress : Ray Barkhad Abdi : Dash Benny Safidue : Nick Nikas Taliah Webster : Crystal
Lors de la dernière cérémonie des Césars, j’ai été relativement sidéré que personne n’ait souligné que Quand on a 17 ans d’André Téchiné avait été totalement oublié au moment des nominations, alors qu’il s’agissait à mon sens d’un des meilleurs films de l’année, tous pays confondus. J’espère qu’il n’en sera rien avec Nos Années Folles, qui prouve encore une fois qu’à 75 ans, il reste un des plus grands réalisateurs hexagonaux. Un monument du cinéma français qui mérite bien mieux qu’une polémique autour d’une très belle affiche.
Nos Années Folles est d’abord une histoire étonnante et inattendue. Une histoire vraie visiblement, même si on ne peut jamais mesurer le degré de fidélité par rapport au déroulement réel des événements. En tout cas, il est rare d’être à ce point surpris sur le déroulement d’une intrigue qui vous emmène dans des directions que l’on ne soupçonnait pas au premier abord. On saluera d’ailleurs la qualité de la promotion autour de ce film qui a su créer l’envie sans rien dévoiler de ce qui au final constitue le cœur du film, sans pour autant le faire passer pour ce qu’il n’est pas.
Nos Années Folles est aussi un vrai film de cinéaste. Une réalisation empreinte de sensualité, d’une incroyable sensualité parfois, sans jamais un seul soupçon de vulgarité. Honnis soient les pauvres esprits qui on vu autre choses dans cette magnifique affiche. Une réalisation qui sublime le jeux d’acteurs touchés par la grâce. Le duo formé par Pierre Deladonchamps et Céline Sallette fonctionnent à la perfection, épaulés par une foule de merveilleux seconds rôles. André Techniné nous livre donc un film magnifique et surprenant, deux qualités assez rares pour valoir un César ou deux.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : ARP Sélection Réalisation : André Téchiné Scénario : André Téchiné, Cédric Anger d’après le livre de Fabrice Virgili et Danièle Voldman Montage : Albertine Lastera Photo : Julien Hirsch Décors : Katia Wyszkop Distribution : ARP Sélection Musique : Alexis Rault Durée : 103 min
Casting : Pierre Deladonchamps : Paul Grappe, Suzanne Céline Sallette : Louise Grappe Grégoire Leprince-Ringuet : Charles de Lauzin Michel Fau : Samuel Virginie Pradal : la grand mère Mama Prassinos : Valentine Peter Bonke : Ludwik
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