DANS UN RECOIN DE CE MONDE : Sublime à tous points de vue

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dansunrecoindecemondeafficheAussi étrange que cela puisse paraître (en fait, ce n’est pas si étrange que ça, mais ça sonnait bien comme introduction), le cinéma japonais a très peu abordé le sujet du quotidien des populations japonaises pendant la guerre. La guerre en elle-même, l’après-guerre oui, mais pas le sort des civils au début des années 40. C’est désormais chose faite avec Dans un Recoin de ce Monde. Un sublime film d’animation. Un film sublime tout court d’ailleurs.

Dans un Recoin de ce Monde fait immédiatement penser au Tombeau des Lucioles. Certes, les époques sont légèrement différentes, mais ces deux films prouvent à quel point l’animation japonaise est capable de traiter des sujets incroyablement durs et difficiles. N’attendez pas à verser ici moins de larme que devant le chef d’oeuvre d’Isao Takahata. Celui de Sunao Katabuchi est lui aussi une œuvre forte et terriblement poignante, qui n’épargne pas le spectateur en lui procurant un flot continue d’émotions aussi fortes que variées.

dansunrecoindecemondeDans un Recoin de ce Monde est aussi superbe visuellement. Il confirme le retour en force de l’effet crayon dans le monde de l’animation et ne va surtout pas s’en plaindre. Cela donne aux images de ce film une chaleur et un profondeur qui démultiplie tout ce qui est véhiculé par le scénario. Jamais des images purement numériques n’auraient pu arriver à un tel résultat. Les yeux se régalent, même quand quelques larmes viennent pointer au coin de ces dernier. Il est dommage que la sortie de ce film soit trop passé inaperçu, car il restera une des œuvres marquantes de cette année cinématographique.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Réalisation : Sunao Katabuchi
Scénario : Sunao Katabuchi et Fumiyo Kōno
Genre : animation, drame, historique
Durée : 128 minutes

Casting :
Non : Suzu Urano(Hojo) (voix)
Megumi Han : Sumi Urano (voix)
Yoshimasa Hosoya : Shusaku Hojo(voix)
Natsuki Inaba : Harumi Kuromura (voix)
Nanase Iwai : Rin (voix)
Minori Omi : Keiko Kuromura (voix)
Daisuke Ono : Tetsu MIzuhara (voix)
Tengai Shibuya : (voix)
Mayumi Shintani : San Hojo (voix)
Shigeru Ushiyama : Entaro Hojo (voix)

GABRIEL ET LA MONTAGNE : Pas si haut

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gabrieletlamontagneafficheIl y a des histoires, même si elles n’ont pas fait la une de l’actualité, qui valent bien un film. D’autres, nettement moins. L’histoire de Gabriel Buchmann était-elle assez intéressante pour être portée sur grand écran ? On peut en débattre à l’infini. En tout cas, personnellement, je n’en suis pas foncièrement convaincu en voyant Gabriel et la Montagne. Et même si la forme recèle quelques originalités audacieuses, on a l’impression au final d’assister à un numéro de Rendez-vous en Terre Inconnue, mais où l’invité devait mourir à la fin.

Cessez tout de suite de hurler, je n’ai rien spoilé du tout ! Vous savez bien que ce n’est sûrement pas mon genre. La mort du personnage principale de cette histoire est la première chose que l’on apprend et l’histoire est racontée comme un grand flash-back sur les derniers mois de sa vie. Ces derniers furent consacrés à un tour du monde qui l’amènera au cœur de l’Afrique et de ses montagne. Gabriel et la Montagne ressemble à un carnet de voyage, qui donne envie de partir nous aussi, mais sans pour autant déchaîner notre enthousiasme.

gabrieletlamontagneGabriel et la Montagne fait pourtant un pari audacieux. Il s’apparente à un docu-fiction d’un genre nouveau. En effet, beaucoup des personnages sont interprétés… par eux-mêmes. Beaucoup de ceux qui ont croisé Grabriel Buchmann dans les derniers jours de sa vie sont amenés à rejouer cette rencontre. C’est un pari osé car il ne s’agit pas de simplement témoigner mais de faire jouer la comédie à des personnes qui ne sont pas des acteurs. Ils s’en sortent tous étonnamment bien, alors qu’on sait bien que ce n’est pas parce qu’on a déjà vécu une scène, qu’il est facile de la rejouer face caméra. Mais bon, au-delà de cette curiosité, le film reste tout de même d’un intérêt somme toute limité.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : Damned Films, TV zero
Réalisation : Fellipe Barbosa
Scénario : Fellipe Barbosa, Lucas Paraizo, Kirill Mikhanovsky
Montage : Théo Lichtenberger
Photo : Pedro Sotero
Distribution : Version Originale / Condor
Musique : Arthur Bartlett Gillette
Durée : 131 min

Casting :
João Pedro Zappa : Gabriel
Caroline Abras : Cristina Abras
Alex Alembe : lui-même
Lenny Siampala : lui-même
John Goodluck : lui-même

BARBARA : Comme un oiseau sans aile

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barbaraaffichePourquoi aller voir un film sur Barbara quand on déteste Barbara ? Voilà une très bonne question que j’aurais mieux fait de me poser avant d’aller voir ce film. Peut-être parce que les critiques étaient particulièrement élogieuses. Mais la présence de Matthieu Amalric derrière la caméra aurait du m’alerter. En effet, il s’agit typiquement du genre d’acteur ou réalisateur français auquel une certaine intelligentsia hexagonale va tout pardonner. A commencer par une profonde médiocrité.

Barbara est un film où rien n’est maîtrisé. Rien ne semble être traité avec le minimum d’application et de consistance requis. Visiblement après avoir trouvé une manière réellement originale de traiter son sujet (je lui reconnais cette indéniable qualité), Matthieu Amalric s’est totalement désintéressé du reste. Raconter une histoire ? Superflu ! Alors lui donner du rythme où de l’épaisseur aux personnages, vous n’y pensez même pas ! Ce film est d’une paresse artistique crasse et le spectateur n’a au final qu’un ennui profond à se mettre sous la dent.

barbaraOn se demande encore en voyant Barbara comment Jeanne Balibar peut être aussi incroyable, alors que personne ne semble se dire que comme toute actrice, elle aurait peut-être besoin d’être dirigée. Mais comme Matthieu Almaric est occupé à nous livré ses mimiques et ses effets de jeu les plus éculés, il oublie qu’il est aussi réalisateur. Elle nous offre les quelques moments de grâce de ce film qui sans cela aurait été un pur naufrage. Reste aussi évidemment la musique de la dame en noir. Ceux qui l’apprécient trouveront là une raison pour ne pas totalement jeter ce film. Quand ce n’est pas le cas, comme moi, le temps paraît démesurément long…

LA NOTE : 07/20

Fiche technique :
Production : Waiting for Cinema, Aliceleo
Réalisation : Mathieu Amalric
Scénario : Mathieu Amalric, Philippe Di Folco
Montage : François Gédigier
Photo : Christophe Beaucarne
Décors : Laurent Baude
Distribution : Gaumont distribution
Musique : Barbara
Durée : 97 min

Casting :
Jeanne Balibar : Brigitte, Barbara
Mathieu Amalric : Yvan, le réalisateur
Vincent Peirani : Roland Romanelli
Aurore Clément : Esther, la mère
Fanny Imber : Marie Chaix
Grégoire Colin : Charley Marouani, le producteur

OTEZ-MOI D’UN DOUTE : Sans l’ombre d’un !

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otezmoidundouteafficheParfois lorsque l’on connaît le pitch d’un film, on connaît à peu près tout de lui, le reste n’étant qu’un enrobage. Et du coup, beaucoup de bandes-annonces gâchent carrément le plaisir du spectateur en le lui exposant clairement. Il ne reste du coup plus grand chose à découvrir à ce dernier. Cependant, tout cela n’a rien d’inéluctable puisque certains scénarios, et c’est tant mieux, s’appuient sur le pitch pour nous en offrir beaucoup plus. C’est le cas de Otez-moi d’un Doute qui représente un petit coup de cœur de cette rentrée.

Touchant est certainement le mot qui définit le mieux Otez-moi d’un Doute. Touchant de bien des manières, c’est ce qui fait sa force. Touchant par ses personnages, par son mélange subtil de mélo et de comédie, par les sujets qu’ils traitent qui dépassent largement la simple histoire d’amour. Si au final, il ne recèle pas de grandes surprises dans la narration, il surprend tout de même pas la richesse de son propos et des intrigues secondaires qui s’entrecroisent pour s’enrichir mutuellement. Chaque risque de cliché est éviter avec une grande intelligence et tout cela donne un résultat étonnement cohérent et particulièrement plaisant.

otezmoidundouteEn misant sur le couple François Damiens et Cécile de France, Carine Tardieu n’a pas pris grand risque. Il prouve encore une fois combien la Belgique est parfois la cerise sur les gâteaux français. Le duo ne se contente pas de dérouler son talent, mais est visiblement particulièrement inspiré par cette jolie histoire. Il est aussi agréable de revoir Guy Marchand, qui ne rajeunit pas, mais qui se fait désormais extrêmement rare. Tout ce beaucoup petit monde contribue à la réussite pleine et entière de ce joli divertissement idéal pour oublier la grisaille qui vient.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Karé productions
Réalisation : Carine Tardieu
Scénario : Carine Tardieu, Michel Lelclerc, Raphaële Moussafir
Montage : Christel Dewynter
Photo : Pierre Cottereau
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Distribution : SND
Musique : Eric Slabiak
Durée : 100 min

Casting :
François Damiens : Erwan
Cécile de France : Anna
André Wilms : Joseph Levkine
Guy Marchand : Bastien Gourmelon
Alice de Lencquesaing : Juliette Gourmelon
Esteban : Didier
Lyes Salem : Madjid
Sam Karmann : le généticien
Brigitte Roüan : La détective

WIND RIVER : Grand froid

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windriverafficheLes paysages verglacés et recouverts d’un blanc manteau neigeux constituent un décor parfaitement adapté pour un polar. L’Europe du Nord l’a bien compris et a fait de ce style littéraire une denrée d’exportation presque aussi importante que les petits pains grillés et les meubles en kit. Mais les Etats-Unis ne sont pas en reste car elles comportent aussi des contrées hostiles où le thermomètre descend très bas et où les raquettes servent rarement pour jouer au tennis. La preuve avec Wind River, un polar bien mené mais sans grande imagination.

Avec Wind River, rien de nouveau sous le soleil. Cela tombe bien, le film est plutôt marqué par un blizzard épais. L’intrigue, les personnages, la construction du récit reprennent tous les codes habituels du genre et ne recèlent aucune surprise. Il est difficile d’identifier de vraies faiblesses, mais cela a tellement un air de déjà-vu qu’il est bien difficile de s’enthousiasmer. Il nous amène doucement vers un dénouement relativement attendu, sur un chemin qui ne l’est pas moins. Le rythme est là, la réalisation n’est pas maladroite, mais rien ne vient vraiment faire sortir le film du lot.

windriverC’est un avis très personnel, mais je trouve que Jeremy Renner est un acteur relativement médiocre (je n’ai pas dit mauvais), qui n’a en tout cas pas un talent en rapport avec son statut sur l’échelle des stars. Cela se confirme avec Wind River, où il ne tire absolument pas le film vers le haut, se contentant d’une performance propre mais sans relief. On lui préférera Elizabeth Olsen, une Avenger elle aussi, mais qui elle apporte beaucoup de fraîcheur à l’écran. La fraîcheur reste donc le maître mot de ce film. Malheureusement, c’est aussi pour ça peut-être qu’il nous laisse froid.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Taylor Sheridan
Photographie : Ben Richardson
Montage : Gary D. Roach
Musique : Nick Cave et Warren Ellis
Production : Elizabeth A. Bell, Peter Berg, Matthew George, Basil Iwanyk et Wayne Rogers
Genre : thriller, policier
Durée : 110 minutes

Casting :
Jeremy Renner : Cory Lambert
Elizabeth Olsen : l’agent Jane Banner
Kelsey Chow : Natalie Hanson
Jon Bernthal : Matt
Graham Greene : Ben
Julia Jones : Wilma Lambert
Gil Birmingham : Martin Hanson
Martin Sensmeier : Chip Hanson
Eric Lange : Dr. Whitehurst
James Jordan : Pete Mickens
Ian Bohen : Evan
Hugh Dillon : Curtis
Matthew Del Negro : Dillon
Teo Briones : Casey Lambert
Tantoo Cardinal : Madame Hanson
Apesanahkwat : Dan Crowheart

PATTI CAKE$ : Epatante Patti

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patticakesafficheCertains films en rappellent forcément d’autres et il est difficile de ne pas faire le parallèle. Patti Cake$ a bien des points communs avec 8 Mile. Les deux pitchs sont quasi identiques. Les deux grandes différences résident dans un traitement beaucoup plus léger dans le cas qui nous intéresse ici et surtout un personnage principal qui cette fois est une fille. Le principe de l’égalité des sexes voudrait que cela ne change pas grand chose… Mais entre les principes et la réalité, il y a parfois un léger fossé.

Si vous avez aimé 8 Mile, vous aimerez certainement Patti Cake$. Si vous n’avez pas aimé 8 Mile, tout n’est pas perdu pour autant. On est plus proche ici de la comédie que du film social, qui se prend un tantinet au sérieux. Il nous offre un galerie de personnages un rien marginaux certes, mais terriblement attachants. Les ressorts de l’intrigue sont quand même légèrement cousus de fil blanc et le final offre un petit moment de « too much », mais les protagonistes insufflent assez d’énergie dans cette histoire pour que l’on ait envie d’y croire et pour que nos petits cœurs se mettent à battre en rythme avec les leurs.

patticakesPatti Cake$ est aussi l’occasion de découvrir Danielle Macdonald qui livre une prestation pleine de talent et de conviction. Elle est particulièrement convaincante dans les passages musicaux. Sans dire qu’elle rivalise avec Eminem à ce niveau là, elle tire le film vers le haut dès qu’elle se met à chanter. Elle emporte la sympathie du spectateur dès les premières minutes et lui permet d’entrer immédiatement dans cette histoire. Ses partenaires à l’écran ne sont pas en reste, mais c’est bien elle qui tient le haut de l’affiche. Si on ajoute à ça une réalisation parfaitement maîtrisé, on aboutit à un film qui nous offre un petit vent de fraîcheur pour cette rentrée.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : RT Features
Réalisation : Geremy Jasper
Scénario : Geremy Jasper
Montage : Brad Turner
Distribution : Diaphana Distribution
Musique : Geremy Jasper
Durée : 108 min

Casting :
Danielle Macdonald : Patti
Siddharth Dhananjay : Jheri
Cathy Moriarty : Nana
Mamoudou Athie : Basterd
Bridget Everett : Barb

LE PRIX DU SUCCES : En échec

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leprixdusuccesafficheIl vaut mieux être seul que mal accompagné. Cet adage est bien sûr vrai en amour, mais aussi quand il s’agit de gérer une carrière. Le cliché est particulièrement vivace pour les footballeurs depuis Nicolas Anelka et ses inoubliables frères. Le monde du spectacle n’échappe cependant pas au phénomène. C’est le point de départ de Le Prix du Succès qui met en scène un jeune comique, idole des jeunes et des foules, et son frère impresario légèrement encombrant. Évidemment les liens du sang sont les plus difficiles à trancher.

Je n’aurais jamais cru écrire ça un jour, mais la plus grande faiblesse de Le Prix du Succès réside dans Roschdy Zem. Pourtant, mon admiration pour cet acteur est immense. Cependant, ici il n’arrive jamais à trouver le bon ton pour être vraiment crédible. Son jeu est bancal, maladroit, on ne croit pas une seule seconde à son personnage. Et du coup, c’est tout le film qui s’en retrouve fragilisé. On ne rentre pas vraiment dans l’histoire, qui est plus est quelque peu prévisible. Si le personnage interprété par Tahar Rahim inspire lui une vraie sympathie, l’intrigue ne génère que peu de tension et au final un intérêt limité.

leprixdusuccesLe Prix du Succès souffre globalement d’un manque d’audace dans le traitement de sujet. Pour éviter de tomber définitivement dans les clichés avec lesquels ils flirtent allégrement, il reste dans une demi-mesure qui lui confère un certain réalisme mais sans émouvoir outre mesure. Teddy Lussi-Modeste reste donc au milieu du gué, sans qu’on sache vraiment si c’est par timidité ou par manque de talent. On lui souhaite évidemment de prouver avec un prochain film qu’il s’agit de la première option.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Réalisation : Teddy Lussi-Modeste
Scénario : Teddy Lussi-Modeste et Rebecca Zlotowski
Montage : Julien Lacheray
Direction de la photographie : Julien Poupard
Production : Jean-Christophe Reymond et Amaury Ovise
Format : Couleur – Ratio : 2,35:1 – Son : Stéréo DTS
Distributeur : Ad Vitam
Pays : Drapeau de la France France
Genre : Drame
Durée : 92 minutes

Casting :
Tahar Rahim : Brahim
Roschdy Zem : Mourad
Maïwenn : Linda
Grégoire Colin : Hervé
Ali Marhyar : Lenny
Camille Lellouche : Camille
Saida Bekkouche : Wassila
Meriem Serbah : Inès
Salma Lahmer : Meriem
Kader Kada : Kader
Malika Birèche : Malika
Hocine Choutri : Hocine
Steve Tientcheu : Doumams
Akim Chir : Walid
Abdelkader Hogguy : Mehdi
Abdoulaye Fofana : L’imam
Walid Afkir : Le Fâcheux

PETIT PAYSAN : Grand film

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petitpaysanafficheQuand on est ingénieur agronome, on voit forcément d’un œil particulier un film qui s’appelle Petit Paysan. Un œil plein de tendresse et d’affection, mais aussi un œil critique sur ce qui est peut être dit ou montré d’une réalité que l’on connaît forcément très bien. Je constituais donc un public pouvant être aussi facilement conquis que déçu. Heureusement, le film d’Hubert Charuel déploie assez de qualités pour emporter l’adhésion de tous ceux attachés à cette profession loin des clichés et des idées fausses.

Petit Paysan n’est pas un film sur l’agriculture. C’est un film qui se déroule dans le milieu agricole. Ce n’est en rien un film documentaire. Il est porté par un scénario extrêmement solide, plus proche du polar que de la Petite Maison dans la Prairie. Certes, on sent que la caméra s’attarde parfois un peu sur certains gestes de l’éleveur afin de nous les faire partager, mais ce n’est jamais gratuit, mais au service de l’histoire. Rebondissements, suspense constituent les points forts de ce long métrage. S’il nous démontre de manière magistrale la relation très fort entre l’homme et ses bêtes, c’est bien parce que cet amour est le moteur de l’intrigue.

petitpaysanPetit Paysan confirme tout le bien qu’on pensait de Swann Arlaud et de Sara Giraudeau. Cette dernière est déjà bien installée dans le décor du cinéma hexagonal, mais elle prouve qu’elle prend à chaque film une dimension supplémentaire. Son partenaire tient quant à lui son rôle le plus marquant jusqu’alors. Il mérite amplement la pluie de compliments sur sa performance qui inondent les critiques sur ce film. Il tire vraiment le film vers le haut et pas sûr que ce dernier aurait été un tel succès sans lui. En tout cas, voilà un vidéo sur l’élevage bien plus instructive et indispensable que beaucoup.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Domino Films
Réalisation : Hubert Charuel
Scénario : Hubert Charuel, Claude Le Pape
Montage : Julie Léna, Lilian Corbeille, Grégoire Pontécaille
Photo : Sebastien Goepfert
Distribution : Pyramide distribution
Musique : Quentin Lepoutre
Durée : 90 min

Casting :
Swann Arlaud : Pierre
Sara Giraudeau : Pascale
Bouli Lanners : Jamy
Isabelle Candelier : la mère
Jean-Paul Charuel : le père

120 BATTEMENTS PAR MINUTE : Le film de l’année, le combat d’une vie

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120battementsparminuteafficheEvidemment, tant que nous ne sommes le dernier mercredi de l’année, difficile de déterminer avec certitude quel sera LE film de l’année. Mais parfois, un long métrage atteint des sommets assez élevés pour imaginer difficilement qu’il soit rejoint. 120 Battements par Minute est sans conteste le meilleur film sorti en 2017… jusqu’à présent. Cependant, il est peu probable qu’aucun autre film ne laisse une meilleure impression d’ici au Réveillon (y compris The Circle, qui a reçu la Palme d’Or à sa place). Car rarement le 7ème art nous aura offert un tel déluge d’émotions.

120 Battements par Minute est un grand film, un film immense, un film magistral. Il l’est en premier lieu par l’histoire qu’elle raconte. Que l’on ait apprécié Act’Up ou pas, ne change rien. Car ce film nous raconte infiniment plus que le simple combat d’une association. Il nous raconte un moment de l’histoire humaine. L’épidémie du SIDA n’est pas une épidémie comme une autre. Elle a façonné toute une époque, toute une génération, changeant la face du monde et son rapport à l’acte le plus universel qui soit : celui de faire l’amour. L’amour qui devient la mort, le SIDA aura mêlé de manière dramatique ce qui semblait pourtant si contradictoire.

Voilà qui résume bien 120 Battements par Minute : la contradiction violente entre l’amour et la mort, l’espoir et le désespoir, la joie et la peine, la force et la faiblesse. Tout cela mêlé, entremêlé, entrelacé… Ce film vous attrape dès les premières minutes et vous secoue très fort, dans un sens puis dans un autre, avec une puissance hors du commun et ne vous lâchera jamais jusqu’à la fin. Ce n’est jamais extrême, le trait n’est jamais forcé, mais tout est empli d’une force incroyable. De celle qui a habité ces hommes et ces femmes dans ce combat pour la vie, pour leur vie, pour qu’elle se prolonge encore un peu dans une immensité d’indifférence.

120battementsparminuteMais 120 Battements par Minute ne constituerait pas un tel choc si la forme n’y contribuait. Ce film n’a rien de techniquement spectaculaire. Cependant, il nous rompt la distance qu’il peut exister entre le spectateur et les personnages. S’il n’est pas exempt de quelques longueurs, il offre aussi une diversité de scènes et à chaque fois la manière de filmer est adapté pour en démultiplier l’effet. Il propose même des scènes artistiquement audacieuses et parfaitement maîtrisées, notamment une scène d’amour d’une intensité incroyable sans être une seule seconde vulgaire ou voyeuriste. Robin Campillo fait preuve d’un talent de cinéaste que l’on ne soupçonnait même pas, ses premiers films étant (injustement semble-t-il) passés inaperçus.

Robin Campillo a aussi le grand mérite d’avoir dirigé son casting avec une maestria phénoménale. Evidemment, sans talent cela n’aurait pas été possible, mais voir autant d’acteurs à la notoriété limitée livrer une performance aussi fantastique tient forcément d’une direction qui a su tirer le meilleur de chacun d’eux. Ici, les comédiens ne jouent pas leur rôle, ils ne l’interprètent pas, ils le vivent. Cela contribue à l’effacement de la distance avec le spectateur que j’évoquais plus haut, car ce dernier a réellement l’impression d’assister aux événements, non à une reconstitution.

120 Battements par Minute n’est pas un film communautaire ou générationnel. Il est trop intense et magnifique pour être ainsi enfermé. Cependant, il fera revivre à beaucoup une époque et pour certains des blessures. Mais c’est aussi un film pour ne pas oublier, pour une nouvelle génération sûrement plus inconsciente envers un fléau dont on ne meurt plus en France, mais qui reste un drame planétaire qui continue de tuer loin de nos sociétés occidentales. Si le combat s’est peut-être déplacé, il est encore loin d’être fini. Je ne sais évidemment pas en d’autres époques et d’autres lieux naîtront des films aussi aboutis sur ces nouvelles formes de combat. En attendant, ce film reste tout simplement incontournable et indispensable.

LA NOTE : 16,5

Fiche technique :
Production : Les films de Pierre, Page 114, France 3 Cinéma, FD productions, Memento films
Réalisation : Robin Campillo
Scénario : Robin Campillo, Philippe Mangeot
Montage : Robin Campillo
Photo : Jeanne Lapoirie
Décors : Emmanuelle Duplay
Distribution : Memento Films distribution
Musique : Arnaud Rebotini
Durée : 140 min

Casting :
Nahuel Pérez Biscayart : Sean
Arnaud Valois : Nathan
Adèle Haenel : Sophie
Antoine Reinartz : Thibault
Félix Maritaud : Max
Méhdi Touré : Germain
Catherine Vinatier : Hélène
Simon Bourgade : Luc

QUE DIOS NOS PERDONE : Polar ibérique

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quediosnosperdoneafficheLe bien et le mal sont des notions associées au blanc et au noir, mais dont la concrétisation dans la vraie vie ressemble plutôt à un festival de nuances de gris. Et le genre cinématographique qui en témoigne le mieux reste le polar. En effet, il est rare que la figure du « flic » y soit celle d’un ange immaculé. Les meilleurs personnages dans ce registre ressemblent souvent par de nombreux côtés à ceux qu’ils pourchassent. Cette ambiguïté est souvent à la base des meilleurs films policier. Une nouvelle preuve venue d’Espagne avec Que Dios Nos Perdone.

Que Dios Nos Perdone est donc extrêmement classique, mais parfaitement maîtrisé par Rodigro Sorogoyen. Un film marqué à la fois par une ambiance pesante qui apporte une regain de tension et par un scénario subtilement construit, où les sujets vont venir progressivement s’ajouter les uns aux autres. Les premières minutes ne permettent en rien de mesurer la richesse finale de cette histoire de serial killer et de flics torturés. Au final, aucun aspect n’est traité de manière révolutionnaire, mais c’est solide et particulièrement prenant.

quediosnosperdoneQue Dios Nos Perdone bénéficie de l’interprétation brillante d’Antonio de la Torre, un des plus grands acteurs espagnols contemporains. Le film lui offre un rôle marquant, un personnage doté d’un défaut d’élocution, ce qui peut vite tourner au ridicule avec un comédien moins talentueux. Il n’en est rien ici. Heureusement car c’est un facteur important de la personnalité de ce flic relativement hors norme. Mais tout le reste du casting est à saluer et se hisse au niveau de leur brillant partenaire. Ils contribuent tous à ce film qui restera un des meilleurs polars de l’année.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Tornasol films, Atresmedia Cine, Mistery Producciones, Hernandez Y Hernandez, MovieStar +, Telemadrid, ICAA
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Rodrigo Sorogoyen, Isabel Pena
Montage : Fernando Franco, Alberto del Campo
Photo : Alex de Pablo
Décors : Miguel Angel Rebollo
Musique : Olivier Arson
Durée : 126 min

Casting :
Antonio de la Torre : Détective Velarde
Roberto Alamo : Dététective Alfaro
Javier Pereira : Andrés Bosque
Luis Zahera : Alonso
Raul Prieto : Bermejo
Maria Ballesteros : Rosario