Ah l’amour ! Quoi de mieux pour une première critique en 2017 que de parler d’une belle histoire d’amour. Je suis donc heureux d’aborder ici Your Name, film d’animation japonais qui restera une des belles romances de l’année écoulée. Si vous avez vu la bande-annonce, vous pensez d’ailleurs avoir déjà plus ou moins déjà vu le film. Et bien que nenni ! Le scénario propose bien des développements et des rebondissements inattendus. Mais pas que…
En effet, le seul petit défaut de Your Name est une fin qui s’étire quelque peu en longueur pour nous emmener vers une dénouement cousu de fil blanc. Cela ne gâche évidemment pas tout ce qui a précédé, mais cela donne une impression de relâchement dans l’écriture d’un scénario totalement maîtrisé jusqu’alors. Car il s’agit bien d’une très belle histoire, riche, originale et parfois surprenante qui nous ait proposée. Le film possède la naïveté d’une comédie romantique, mais avec une réelle poésie et un peu d’ésotérisme qui lui donnent une réelle personnalité.
Graphiquement, Your Name est typique de l’animation japonaise pour « adulte », même si les personnages sont adolescents. Pas de surprise à ce niveau-là, pas de raison de s’enthousiasmer outre-mesure, mais c’est assez joli pour parcourir cette histoire en en profitant pleinement. Les personnages sont attachants, ce qui est totalement indispensable pour une histoire d’amour. C’est par eux que passe cette réelle pointe d’émotion qui fait de ce film une belle façon de finir l’année 2016 ou bien de commencer 2017.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Toho, CoMix Wave Films, Kadokawa, Amuse Inc Distribution : Eurozoom Réalisation : Makoto Shinkai Scénario : Makoto Shinkai Musique : Radwimps Durée : 106 min
Vous pouvez mettre devant la caméra les meilleurs acteurs, derrière le meilleur réalisateur, avoir sous la main les meilleurs dialogues, des décors grandioses et des costumes sublimes, tout cela ne vaudra pas grand chose si à la base de tout ça, vous n’avez pas eu un bon « pitch ». La petite idée autour de laquelle vous brodez un scénario et qui le rend intéressant et original. C’est même parfois totalement suffisant pour proposer un très bon film. La preuve avec Passengers.
J’avoue avoir été surpris par Passengers. La promotion essaye d’en faire un grand film de science-fiction, avec de grands enjeux cosmiques (on notera le « Ils ne se sont pas reveillés par hasard de l’affiche… qui n’a vraiment rien à faire là!). Il n’en est rien. Le film est en fait plutôt un huis-clos mêlant humour, romance et un peu d’aventures quand même. Il exploite une très bonne idée de base et il le fait bien, sans chercher à en rajouter, se concentrant sur son développement, sans s’encombrer de trop de réflexions ésotériques ou profondément philosophiques, comme la mauvaise science-fiction en propose parfois. Cela n’aboutit qu’à un pur divertissement, mais parfaitement mené, sans fioriture, ni vrai défaut.
Evidemment, cette réussite est facilitée par des moyens techniques conséquents. Les décors sont parfois superbes et tous les effets spéciaux parfaitement réalisés. Cela donne de la crédibilité à cette histoire qui, au fond, aurait pu se dérouler ailleurs que dans l’espace. Le casting contribue lui aussi à tirer le film vers le haut. Passengers n’offre pas tout à fait un rôle à la hauteur du talent de Jennifer Lawrence, mais son charisme reste bien présent. Quant à Chris Pratt… il faut du Chris Pratt, se contentant en premier lieu d’être incroyablement beau et de le faire très bien. Tout est donc réuni pour passer un bon moment… et c’est exactement ce que fait le spectateur.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Columbia pictures, LStar Capital, Village Roadshow, Original Film, Company Film, Start Motion Pictures, Wanda Pictures Distribution : Sony Pictures Releasing France Réalisation : Morten Tyldum Scénario : Jon Spaihts Montage : Maryann Brandon Photo : Rodrigo Prieto Format : couleur – 2.35:1 Décors : Guy Hendrix Dyas Musique : Thomas Newman Durée : 106 min
Casting : Chris Pratt : Jim Preston Jennifer Lawrence : Aurora Lane Michael Sheen : Arthur Andy Garcia : Morris Laurence Fishburne : Gus Mancuso Vince Foster : l’officier
Ce palmarès 2016 marque une confirmation et une surprise. La confirmation que je dois être vraiment de plus en plus difficile en vieillissant. Comme l’année dernière, ce classement ne comporte que 9 films, comme en 2015. Qu’il est loin le temps où j’en classais une trentaine. Il est vrai que j’aurais pu élargir la liste à Dalton Trumbo et Sully, deux films notés 14,5/20, mais je garde ma barrière de 15/20 pour intégrer le classement. Que voulez-vous, je suis un homme de principes.
Par contre, la composition de ce palmarès est plus inhabituel. 9 films dont 3 films coréens (mais tout le monde connaît mon admiration pour le cinéma du Pays du Matin Calme) et surtout 3 films français, ce qui n’était pas arrivé depuis 2011, où 5 films hexagonaux (sur 13) figuraient à mon palmarès. Et surtout une première place (et de loin), ce qui n’était arrivé qu’une fois auparavant, en 2013 avec la Vie d’Adèle. Certes, avec le recul, avec17/20 pour Divines, je me suis peut-être un peu lâché, mais l’enthousiasme ne se contrôle pas et je maintiens que cette première place est largement méritée.
Souvent critique du cinéma français, je ne me peux néanmoins que me réjouir de le voir en si bonne forme. Surtout que le palmarès mêle premier film pour Divines à confirmation d’un vieux routier avec André Téchiné pour Quand on a 17 ans. Entre les deux, Katell Quillervé se situe entre la révélation et la confirmation d’un talent déjà entraperçu. Espérons que 2017 soit du même acabit.
Trois films coréens également et trois films très différents. Si on peut éventuellement ranger The Strangers et Dernier Train pour Busan dans la même catégorie de film d’horreur au sens très large, le traitement a été très différent. Quant à Mademoiselle, il représente à lui seul la richesse de ce cinéma, film inclassable qui gravite entre plusieurs genres. Mais en tout cas, trois excellents films !
Trois films américains enfin et surtout seulement, ce qui est pour le coup vraiment exceptionnel. Cette année aura été marqué par la faillite totale des blockbusters d’été. On gardera le Captain America : Civil War et Rogue One, mais sans pour autant les faire figurer dans le classement. Restent les films ayant trusté les Oscars en début d’année : Spotlight et The Revenant et Premier Contact qui confirme l’immense talent des réalisateurs québecois.
Niveau interprétation, pour les hommes, je citerai l’Oscar mérité pour Leonardo Di Caprio dans The Revenant. Pour les femmes, les deux actrices de Mademoiselle, Kim Min-hee et Kim Tae-ri valent bien un satisfecit.
1-Divines A la fois drôle, touchant et dur, le film de Houda Benyamina fait largement oublier la polémique autour de la personnalité de sa réalisatrice. Une œuvre majeur et forte qui peut difficilement laisser indifférent.
2-Mademoiselle Un film troublant et un incroyable scénario pour une des œuvre majeures de cette année 2016. Et la confirmation que le cinéma coréen est décidément épatant.
3-The Revenant Alejandro Gonzalez Inarritu n’était pas loin du doublé après Birdman l’année dernière. Quelques longueurs l’en empêchent, mais ce film d’aventures a offert à Leonardo Di Caprio l’Osacar du Meilleur Acteur tant attendu. Et tant mérité !
4-Spotlight Récompensé aux Oscars, le film de Tom McCarthy représente tout ce que Hollywood fait de mieux. Un sujet difficile parfaitement scénarisé porté par un incroyable sens de la narration. Et quel casting !
5-The Strangers La Corée encore ! A la frontière du polar et du film d’horreur, The Strangers fait évoluer le spectateur d’une ambiance à l’autre avec toujours le même bonheur et la même tension. Ames sensibles s’abstenir !
6-Quand on a 17 ans Les 17 ans d’André Téchiné sont loin, mais il signe là un des plus beaux films sur l’adolescence jamais tourné. On espère que la retraite est encore loin pour lui !
7-Premier Contact Un film de science-fiction au scénario remarquable. Parfaitement mis en scène, porté par un casting de haut niveau, il place Denis Villeneuve parmi les réalisateurs qui comptent.
8-Dernier Train pour Busan On pense toujours avoir fait enfin le tour des films de zombies. Mais il reste toujours des réalisateurs assez talentueux pour encore et toujours renouveler le genre. Et le dernier en date nous vient de Corée.
9- Réparer les Vivants Une vague d’émotion pure pour un sujet difficile mais parfaitement traité.
Cette critique constitue un événement historique. Bon je m’emballe un peu. En tout cas, elle marque un événement que j’attendais depuis plusieurs mois déjà ! Avec ce billet, je suis enfin totalement à jour de mes critiques ciné ! Certes, je retourne au cinéma demain, donc c’est un éternel recommencement, mais tout de même ! C’est un petit soulagement. Ok, j’ai fini de raconter ma vie et je vais donc vous parler plutôt de Manchester by the Sea. Surtout qu’il serait dommage de passer à côté d’un des plus beaux films de cette fin d’année.
Le moins que l’on puisse dire est que Manchester by the Sea a reçu un succès critique considérable. Pas question ici de dire qu’il est immérité, mais je me montrerai simplement un tout petit moins enthousiaste. En effet, le film souffre de quelques longueurs, d’un excès de musique classique aux moments les plus dramatiques (une fois, ça va, deux fois, ça passe encore, trois fois, ça tient du tic). Et surtout, si le pessimisme est un point de vue, au fond le film nous parle d’un personnage qui est à la fin à peu près au même point qu’au début. Certes, nous sommes tous heureux que le 7ème art compte assez de diversité pour ne pas avoir l’impression de voir éternellement un remake de Happiness Therapy. Mais tout de même, je suis ressorti de ce film en ayant (très) légèrement l’impression d’avoir vu un film formellement magnifique, mais un film pour rien ou pas grand chose.
Manchester by the Sea reste cependant à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Il est étonnant de voir Kenneth Lonergan nous proposer un tel film, alors qu’il est surtout connu pour ses talent de scénaristes de comédie. On peut vraiment regretter qu’il ne soit pas passé plus tôt derrière la caméra. Car si j’ai raillé un petit excès dans la bande-original, le film n’en reste pas moins sublime dans tous les domaines. Photographie, montage, direction d’acteurs, tout est marqué par une maîtrise absolue et un sens esthétique profond. Le scénario ne m’a certes pas totalement convaincu dans sa finalité, mais je ne peux que reconnaître son intelligence, la qualité des dialogues et l’émotion réelle qu’il fait naître du début à la fin. Le film est donc académiquement parfait, à défaut, à mon sens, de l’être tout court. Mais c’est déjà beaucoup.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : The Affleck/Middleton Project, B Story, Big Indie Pictures, CMP, K Period Media, Pearl Street Films Distribution : Universal Pictures International France Réalisation : Kenneth Lonergan Scénario : Kenneth Lonergan Montage : Jennifer Lame Photo : Jody Lee Lipes Décors : Ruth De Jong Musique : Lesley Barber Durée : 137 min
Casting : Casey Affleck : Lee Chandler Kyle Chandler : Joe Chandler Lucas Hedges : Patrick Chandler Michelle Williams : Randi Chandler C.J. Wilson : George Gretchen Mol : Elise Matthew Broderick : Jeffrey Kara Hayward : Silvie
Provoquer l’ennui du spectateur est évidemment assez rédhibitoire pour un film s’il veut être apprécié à sa juste valeur. Le rire, l’action, le grand spectacle peuvent constituer autant de barrages à l’ennui, mais ne sont pas les seuls éléments qui peuvent donner naissance à un bon film. Un cinéma plus intimiste peut donner des œuvres tout aussi passionnante, mais la marge est étroite pour éviter de plonger l’audience dans une profonde torpeur. Certains réalisateurs savent jouer avec cette ligne rouge en restant toujours du bon côté, même si c’est de peu. C’est le cas de Jim Jarmusch et il le démontre encore une fois avec Paterson.
Expliquer de quoi parle exactement Paterson est un exercice complexe. Une histoire de chauffeur de bus poète, dont la vie ressemble parfois à celui de Un Jour Sans Fin, malgré la diversité des projets toujours enthousiastes de sa petite amie. Cela semble au mieux constituer un point de départ, mais pas pouvoir résumer un film tout entier. La limite de ce film repose sur l’absence d’une trame narrative donnant un réel enjeu au déroulement de l’histoire. Le film n’est pourtant pas purement contemplatif (mais un peu quand même). Il s’en dégage une poésie douce et subtile qui nous pousse inlassablement à nous demander ce qui va survenir le jour suivant dans cette vie pourtant bien réglée.
Paterson bénéficie de tout le talent de Jim Jarmusch. Sa réalisation n’a pourtant rien de spectaculaire ou d’audacieuse, mais le film n’en demeure pas bien particulièrement beau, d’un point de vue purement artistique. Mais comme il l’est aussi sur le fond du propos, cela donne un résultat envoûtant, un rien contemplatif certes, mais que l’on contemple avec bonheur. Si je ne partage pas l’enthousiasme délirant de certaines critiques, j’ai pleinement apprécié cette œuvre qui ne pourra que ravir les amateurs du cinéma assez unique de Jim Jarmusch et tous les amoureux de la poésie cinématographique.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : K5 film, Inkjet productions, Animal Kingdom, Amazon Studios Réalisation : Jim Jarmusch Scénario : Jim Jarmusch Montage : Alfonso Gonçalves Photo : Frederick Elmes Décors : Mark Friedberg Distribution : Le Pacte Musique : Sqürl, Jim Jarmusch, Carter Logan Durée : 115 min
Casting : Golshifteh Farahani : Laura Adam Driver : Paterson Trevor Parham : Sam Nellie : Marvin (le chien) Barry Shabaka Henley : Doc Rizwan Manji : Donny Masatoshi Nagase : le poète japonais
Si j’ai décidé de regrouper ces deux films en une seule critique, ce n’est parce qu’ils ne valent pas une critique pour eux-seuls bien au contraire. Pas simplement non plus parce que je les ai vus le même soir à la suite. Plutôt parce que dans un jour un peu particulier, ils ont été les deux films les plus parfaits qui soient. Deux films qui parlent de deuil et de ce qui restent. Des sujets communs, mais des films assez différents. Mais deux films qui savent parler de sujets lourds tout en vous rendant le cœur plus léger.
Cigarettes et Chocolat Chaud est tout ce que Demain Tout Commence n’a pas réussi à être. Une histoire de père célibataire sur fond de réflexions plus existentielles et profondes, mais qui cette fois, sonnent justes. C’est drôle, touchant, avec la petite pointe d’émotion qui va bien. Certes, on peut très certainement trouver des failles dans la crédibilité de certains éléments, mais globalement le film fonctionne, on y plonge avec grand plaisir, porté par la sympathie infinie que l’on porte à ces personnages quelque peu décalés.
Cigarettes et Chocolat Chaud offre deux beaux rôles à des acteurs que l’on connaît surtout pour leurs pitreries à la télévision. Si Gustav Kerven a déjà eu de très beaux rôles au cinéma, notamment dans Dans la Cour, Camille Cottin démontre là qu’elle n’est pas qu’une grosse connasse, mais aussi une comédienne remarquable. Un mot aussi sur les deux jeunes filles, Héloïse Dugas et Fanie Zanini, absolument épatantes. Au final un feel good movie réjouissant et réussi.
Une Semaine et un Jour est un film au ton beaucoup plus grave, puisqu’il nous raconte la fin des 8 jours de deuil pour un couple qui vient de perdre leur fils de 20 ans, mort d’un cancer (ou du moins d’une maladie qui l’a emmené à l’hôpital). Voilà un sujet qui ne prête pas à rire. Pourtant, ce film est une jolie réflexion sur la perte d’un être cher, la façon dont chacun intériorise la tristesse et la détresse engendrées par une telle peine. Mais c’est surtout une ode à la vie qui continue, au lien entre les morts et les vivants, qui n’a pas forcément besoin de n’être que dans la tristesse.
Une Semaine et un Jour est un film remarquablement écrit. Pendant une bonne partie du film, on a vraiment l’impression qu’il ne nous emmène nul part. La dernière partie amènera plusieurs mises en perspective qui donnent un sens supplémentaire à tout ce qui a précédé. Le film est également remarquablement interprété par un casting formidable dans sa totalité. En Israël comme ailleurs dans le monde, de merveilleux comédiens nous permettent de partager d’aussi belles émotions que celles véhiculées par ce film. Et pour cela, on peut leur en être profondément reconnaissant.
LES NOTES : CIGARETTES ET CHOCOLAT CHAUD : 13/20 UNE SEMAINE ET UN JOUR : 14/20
CIGARETTES ET CHOCOLAT CHAUD : Fiche technique : Réalisation : Sophie Reine Scénario : Sophie Reine Musique : Sébastien Souchois Montage : Claire Fieschi et Nassim Gordji Tehrani Photographie : Renaud Chassaing Décors : Thomas Grézaud Costumes : Julie Miel Producteur : Isabelle Grellat Doublet, Éric Altmayer et Nicolas Altmayer Production : Mandarin Cinéma Durée : 98 minutes
Casting : Gustave Kervern : Denis Camille Cottin : Séverine Héloïse Dugas : Janine Fanie Zanini : Mercredi Thomas Guy : Robert Franck Gastambide Mathieu Métral : le chef du service de la DASS François Bureloup : le directeur du supermarché
UNE SEMAINE ET UN JOUR Fiche technique : Réalisation :Asaph Polonsky Scénario : Asaph Polonsky Musique : Tamar Aphek, Ran Bagno Production : Saar Yogev, Naomi Levari Production délégué : Boaz Veksler Photographie : Moshe Mishali Montage : Tali Helter-Shenkar Décors : Yoav Sinai
C’est bien d’avoir du talent, mais l’important c’est de tenir la distance. C’est ce qu’on peut dire souvent d’un marathonien, mais aussi quelque fois d’un cinéaste. Par exemple, cela résume assez bien ce que m’inspire la filmographie d’Olivier Assayas. Un réalisateur incroyablement doué, mais qui a du mal à proposer une œuvre entièrement réussie. C’était le cas déjà avec Sils Maria, ça l’est encore plus avec Personal Shopper, malgré une nouvelle fois la présence électrisante de Kristen Stewart.
Je mentirai si je prétendais que ce film de fantôme ne m’a jamais fait flipper une seule seconde. Le talent d’Olivier Assayas nous offre de vrais moments d’angoisse pure. Mais il est évident qu’il voulait faire de Personal Shopper bien plus que ça. Or tout le reste marche beaucoup moins bien et surtout ne débouche sur rien de très convaincant. Il réussi brillamment à poser un certain nombre de bases sans jamais trop savoir ce qu’il compte construire dessus au final. Cela laisse une impression de film inabouti vraiment dommageable.
Tout cela n’enlève rien aux immenses qualités formelles de Personal Shopper. La réalisation, la photographie, la direction d’acteurs est vraiment remarquable. Le film est beau, l’ambiance souvent réellement envoûtante. Mais un bel objet cinématographique trop vide de sens ne peut faire naître un réel enthousiasme. Le charisme de Kristen Stewart est pourtant bien présent à chaque plan, sublimé par cette caméra élégante. Mais cela reste aussi insuffisant que le reste pour un film finalement quelque peu fantomatique, dans le mauvais sens du terme.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : CG Cinéma, Les Films du Losange Réalisation : Olivier Assayas Scénario : Olivier Assayas Montage : Marion Monnier Photo : Yorick Le Saux Décors : Francois-Renaud Labarthe Distribution : Les Films du Losange Son : Olivier Goinard Costumes: Jürgen Doering Maquillage : Thi Thanh Tu Nguyen Durée : 100 min
Casting : Kristen Stewart : Maureen1 Sigrid Bouaziz : Lara Lars Eidinger : Ingo Nora Von Waldstätten : Kyra Ty Olwin : Gary Anders Danielsen Lie : Erwin Audrey Bonnet : Cassandre Pascal Rambert : Jérôme Hammou Graïa : policier Benoît Peverelli : photographe Benjamin Biolay : Victor Hugo
Faire la critique de Rogue One constitue un exercice difficile, surtout pour quelqu’un comme moi qui baigne dans cet univers depuis toujours. Je fais incontestablement partie de ces fans à l’exigence pointue, mais aussi à la capacité de s’enthousiasmer débordante. Bref, il n’est pas simple de conserver un minimum d’objectivité au moment d’apporter un jugement sur un tel objet de culte. Je vais cependant m’y efforcer. Je le fais sans crainte puisque je ne vais faire que me joindre à un flot d’éloges relativement unanime.
Objectivement, Rogue One est loin d’être un film parfait. Il souffre d’un manque de rythme et de souffle dans une bonne première moitié. Au bout d’une heure, dans mon esprit, j’étais plutôt parti pour être déçu. Cette impression s’est largement dissipée lorsque je l’ai revu. En effet, ce sont les personnages qui n’accrochent pas immédiatement la sympathie du spectateur. Mais cela provient aussi d’une certaine ambiguïté qui au final fera leur force et tout leur intérêt. De toute façon, la deuxième partie vient balayer ce début de semblant de déception.
Beaucoup de craintes préalables à l’encontre de Rogue One se focalisaient sur le fait que ce film ne serait qu’un spin-off, c’est à dire un gadget, un accessoire pas très utile, conçu uniquement pour prélever un peu plus de dollars sur le compte en banque des fans. Au final, la grande force de ce film est d’avoir pleinement assumé ce statut. Il a su parfaitement jouer la complémentarité et la continuité avec la saga principale pour insuffler un vrai souffle épique en son sein. Les derniers instants du film sont notamment symptomatiques. S’ils sont si enthousiasmants, c’est bien par le lien que l’on établit avec le début de l’Episode IV, non pour son intérêt en lui-même. Le film a donc évité tous les pièges dans lesquels on l’imaginait facilement tomber.
Rogue One bénéficie donc d’un scénario remarquable. J’aurais très envie de développer cette partie, mais il est difficile de le faire sans spoiler. Je dirai simplement qu’à chaque fois que les scénaristes ont du faire un choix, ils ont fait le bon. De plus, le film bénéficie de dialogues d’une réelle qualité, alors que ce point a toujours constitué le principal point faible de beaucoup d’épisodes de la saga, ceux réalisés par George Lucas en premier lieu, mais pas que. Le film ne se perd jamais dans une psychologie de bas étage, mais se contente de l’essentiel en le faisant bien !
La réalisation de Rogue One participe également à la réussite de ce film. Si Gareth Edwards n’est pas tout à fait JJ Abrams, il fait preuve d’une maîtrise réelle. Pas de plan sublime, de photographie spectaculaire ou de mouvements de caméra audacieux, mais des scènes d’action qui ressemblent à du cinéma, pas à des clips vidéos. On se situe légèrement au-delà de la simple efficacité, avec un petit quelque chose de talent artistique qui fait une réelle différence. Tout cela porté par des effets visuels qui confirment qu’il n’y a plus de limite à l’imagination. On est loin des pots de yaourt de l’Episode IV, mais aussi de l’effet « film d’animation » de l’Episode II.
Enfin le casting constitue lui aussi un point fort du film. Un mélange de vraies star hollywodiennes, qui arrivent à donner du charisme à des seconds rôles, et de comédiens plus méconnus qui tirent largement le film vers le haut. Certes, Félicity Jones a déjà reçu une nomination aux Oscars pour son rôle dans Une Brève Histoire du Temps, mais ce rôle la porte à un tout autre niveau de notoriété. Elle est impeccable de bout en bout. A ses côtés, Diego Luna a parcouru bien du chemin depuis sa révélation dans Y Tu Mama Tambien, au début des années 2000. Il incarne parfaitement son personnage avec toutes ses contradictions. Si, comme je l’ai évoqué plus haut, il ne le rend pas immédiatement sympathique, c’est aussi parce qu’il lui donne une réelle humanité, loin d’un manichéisme béat.
Rogue One dissipe donc les craintes qu’il a pu faire naître et prend bien toute sa place dans la saga Star Wars. Une place de second rôle peut-être. Mais on sait bien qu’au cinéma, les seconds rôles sont parfois les plus intéressants.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Walt Disney Pictures, Lucasfilm Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International Réalisation : Gareth Edwards Scénario : Chris Weitz, Tony Gilroy Montage : Jabez Olssen, Elliot Graham Photo : Greig Fraser Décors : Doug Chiang, Neil Lamont Musique : Michael Giacchino Durée : 133 min
Casting : Felicity Jones : Jyn Erso Mads Mikkelsen : Galen Erso Forest Whitaker : Saw Gerrera Ben Mendelsohn : directeur Orson Krennic Donnie Yen : Chirrut Îmwe Diego Luna : capitaine Cassian Andor Riz Ahmeda : Bodhi Rook
Je parle souvent de films qui ne me disaient trop rien à la base, mais que j’ai fini par aller voir poussé par les critiques positives et finalement apprécier. Mais il y a aussi des films qui ne me disaient trop rien à la base, que je finis par voir, poussé par les critiques positives et finalement être déçu et constater que j’avais raison. Et même si tout le monde sait que je n’aime rien autant que d’avoir raison, je préfère éviter ce genre d’expérience. C’est malheureusement ce qui m’est arrivé avec Demain Tout Commence.
Demain Tout Commence est déjà assez moyen tout du long. Il se termine sur un twist final qui sur le moment émeut quelque peu avant de réaliser que cela enlève toute crédibilité à une grande partie de ce qui a précédé. Bref, le film souffre d’un scénario très mal écrit, qui joue sur une corde sensible très facile et qu’il transforme en grosses ficelles balourdes pendant près de deux heures. La sympathie réelle inspirée par les personnages ne suffit pas à sauver ce film qui souffre tout simplement de ne présenter aucun intérêt, de n’être qu’une leçon de vie artificielle et vaine.
Omar Sy met pourtant toute sa conviction et toute son énergie dans son rôle de papa malgré lui. Mais tout son talent et sa générosité ne suffisent pas. Il paraît même en faire un peu trop parfois tant il essaye de masquer les manques par ailleurs. Bref, Demain Tout Commence est un film largement raté, dont les aspects se voulant d’une certaine gravité font plutôt sourire par leur maladresse et leur vacuité.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : Vendôme Production, Mars Films Distribution : Mars Distribution Réalisation : Hugo Gélin Scénario : Hugo Gélin, Mathieu Oullion, Jean-André Yerlès Montage : Nicolas Massart Photo : Nicolas Massart Format : 2,35:1 – 35 mm Décors : Emma Davis, Hélène Rey Musique : Raphaël Hamburger Durée : 115 min
Casting : Clémence Poésy : Kristin Omar Sy : Samuel Gloria Colston : Gloria Antoine Bertrand : Bernie Clémentine Célarié : Samantha Cécile Cassel : hôtesse de l air Antoine Gouy : stewart
Il suffit souvent d’un seul film ayant un certain succès au moins critique pour que ça soit tout le cinéma d’un pays qui ait d’un coup accès aux écrans de notre pays. Ainsi, depuis Good Bye, Lenin !, on voit beaucoup plus régulièrement des films allemands programmés en France. De même, 4 mois, 3 semaines, 2 jours a permis au cinéma roumain de gagner son ticket d’entrée pour les salles obscures de l’Hexagone. Nouvelle preuve avec Baccalauréat, du même réalisateur, et primé par le Prix de la Mise en Scène au dernier Festival de Cannes.
Dans cette critique, je vais dire avant tout du bien de ce film. Cependant, je m’étonne quand même quelque peu de la récompense reçu sur la Croisette. En effet, Baccalauréat est marquée certes d’un vrai parti pris de réalisation, mais on peut tout de mettre discuter la pertinence de ce choix. Il est tourné presque entièrement en longs plans fixes et la forme n’est pas pour moi son point fort, loin de là. Parce que le procédé finit par lasser quelque peu et donne à ce film un aspect très statique pas forcément bienvenu.
Par contre, Baccalauréat est avant tout un formidable scénario. Il fait de ce film à la fois un film de personnages, une chronique sociale, presque politique et un quasi-polar. Une vraie richesse donc et des intérêts multiples. Tous les aspects sont entremêlés pour former une seule et même histoire remarquable et qui entraîne le spectateur de bout en bout. Adrian Titieni et Maria-Victoria Dragus sont deux formidables comédiens qui contribuent largement à faire de ce film une vraie réussite. Une réussite qui valait bien un prix, mais sans doute pas celui qu’il a reçu.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Productions, Why Not Productions, Les Films du Fleuve Réalisation : Cristian Mungiu Scénario : Cristian Mungiu Montage : Mircea Olteanu Photo : Tudor Vladimir Panduru Décors : Anca Perja Distribution : Le Pacte Directeur artistique : Simona Paduretu Durée : 127 min
Casting : Adrian Titieni : Romeo Maria Dragus : Eliza Lia Bugnar : Magda Malina Manovici : Sandra Vlad Ivanov : L’inspecteur Rares Andrici : Marius Gelu Colceag : Le président du comité d’examen
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