Fustiger le manque de rythme des comédies françaises est devenue au fil du temps un de mes habitudes de critique cinéma amateur. Je trouve souvent que mes collègues professionnels sont bien indulgents avec beaucoup de productions hexagonales. C’est donc à l’inverse avec une certaine déception que constate un léger manque d’enthousiasme de leur part pour Joséphine s’Arrondit qui est loin d’être la comédie la plus fine et la mieux écrite qui soit, mais dégage une énergie assez communicative pour ne pas bouder son plaisir.
Si le rythme est indispensable à une comédie, c’est que ce genre de film est forcément ponctué de moments plus faibles ou un peu lourdingues. Joséphine s’Arrondit n’en est pas exempt. Cependant, tout va assez vite pour que l’on n’est pas le temps de s’arrêter dessus avant que quelque chose de bien plus drôle nous soit proposé. Et globalement, les bons moments l’emportent à une écrasante majorité. On y retrouve les personnages que l’on avait adorés dans le premier volet, mais le film sait les faire évoluer pour renouveler le plaisir.
On peut vraiment tirer un grand coup de chapeau à Marilou Berry qui réussit parfaitement son passage derrière la caméra. Car cette énergie tient autant dans le jeu des acteurs, qui sont vraiment dirigés, que dans une mise en scène vraiment imaginative. Joséphine s’Arrondit n’est pas que la déclinaison d’une recette ayant déjà marché, mais permet à la jeune femme de prouver qu’il faut compter avec elle à l’avenir dans un cinéma français qui a bien besoin de son peps. Avec un scénario peut-être un peu plus fin, elle semble bien en mesure de nous livrer dans le futur de grandes comédies. En attendant, on se contentera de ce vrai petit plaisir à consommer sans modération.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Titre de travail : Joséphine est enceinte Réalisation : Marilou Berry Scénario : Samantha Mazeras avec la participation de Marilou Berry pour les dialogues, d’après Joséphine de Pénélope Bagieu Photographie : Pierric Gantelmi d’Ille Montage : Thibaut Damade Musique : Matthieu Gonet Production : Romain Rojtman
Casting : Marilou Berry : Joséphine Mehdi Nebbou : Gilles Cyril Gueï : Cyril Sarah Suco : Sophie Medi Sadoun : Marc, le gynécologue de Joséphine Josiane Balasko : la mère de Joséphine Victoria Abril : la mère de Gilles Vanessa Guide : Diane, la soeur de Joséphine Bérengère Krief : Chloé Caroline Anglade : Alexandra Enzo Nyezi-Bapoma : Bakary Catherine Jacob : Anne de Bauvallet Zahia Dehar : Lola
L’autre soir au cinéma, j’ai enchaîné La Tour de Contrôle Infernale et les Innocentes. Passer d’une pure comédie absurde et déjantée à une histoire sur des nonnes polonaises violées lors de la deuxième guerre mondiale, le contraste peut paraître sévère et le choc rude. Cependant, passer d’une comédie qui ne m’a pas fait rire du tout à un film qui n’a rien de sinistre n’est pas si difficile que ça. Une chose est sûre, je suis passé d’un très mauvais film à un très bon.
Les Innocentes repose tout simplement une belle histoire. Des éléments sont terriblement dramatiques, mais au final il s’agit plus d’un film sur le bonheur malgré tout que sur le malheur. Il n’a rien de déprimant, il n’est en rien un regard un peu voyeur sur la détresse humaine, alors que le sujet aurait pu vite conduire Anne Fontaine à emprunter ce chemin. Elle nous livre au final un film absolument pas contemplatif, mais doté d’une vraie intrigue portée principalement par des personnages forts, subtils et que l’on découvre en profondeur.
On peut simplement reprocher à les Innocentes un léger manque de rythme. 10 minutes en moins n’aurait pas nuit à la qualité du film, bien au contraire. Sans cela, il n’y a pas grand chose à redire, la réalisation est vraiment soignée, au service de l’histoire et des comédiens. On saluera bien bas la performance de Lou de Laâge, peut-être pas aussi extraordinaire que dans Respire, mais qui s’affirme ici une nouvelle fois comme une future grande. En fait, pourquoi future ? Reste évidemment à confirmer dans la durée. En tout cas, elle a le talent pour cela.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Anne Fontaine Scénario : Sabrina B. Karine, Pascal Bonitzer, Anne Fontaine et Alice Vial d’après une idée originale de Philippe Maynial Photographie : Caroline Champetier Montage : Annette Dutertre Musique : Grégoire Hetzel Production : Éric et Nicolas Altmayer et Philippe Carcassonne Durée : 100 minutes
Casting : Joanna Kulig : la religieuse Irena Agata Kulesza : la mère supérieure Agata Buzek : la religieuse Maria Lou de Laâge : Mathilde Pauliac Vincent Macaigne : Samuel
Je pense être quelqu’un d’intelligent et capable d’apprendre de ses erreurs. Pourtant certains éléments peuvent permettre d’en douter. Parmi eux, les films d’Eric et Ramzy. A chaque nouveau long métrage, j’en ressors en me promettant de ne plus me laisser avoir par les critiques élogieuses pour la simple et bonne raison qu’ils ne me font pas du tout rire sur grand écran. Et pourtant j’ai été voir la Tour de Contrôle Infernale.
D’après les commentateurs avisés, la Tour de Contrôle Infernale fait transparaître une plus grande maturité dans l’écriture et la réalisation. En toute honnêteté, je dois admettre que ce film est infiniment meilleur que leurs précédentes incursions dans le 7ème art en termes d’intensité et de rythme. Cette fois, ce n’est pas un gag tous les quarts d’heure, mais bien deux gags à la minute. Sauf que je trouve que 99% d’entre eux tombent à plat… et d’ailleurs l’absence d’enthousiasme collectif de la salle un samedi soir démontrait que cela ne traduit pas un quelconque mauvais esprit de ma part.
Le problème des films avec Eric et Ramzy… c’est justement Eric et Ramzy. Ou plutôt l’absence totale de direction dont ils semblent bénéficier. Eric Judor derrière la caméra oublie de faire sortir le duo, et en premier lieu lui-même, de son éternelle routine que l’on connaît par cœur. Au final le seul rayon de soleil qui éclaire la Tour de Contrôle Infernale vient de Phlippe Katerine qui lui livre un vrai numéro d’acteur maîtrisé et finement joué. Mais c’est bien peu.
LA NOTE : 07/20
Fiche technique : Réalisation : Éric Judor Scénario : Éric Judor, Ramzy Bédia et Nicolas Orzeckowski Direction artistique : Philippe Lacomblez Décors : Lieven Baes Photographie : Vincent Muller Montage : Jean-Denis Buré Production : Alain Goldman Sociétés de production : Légende Films ; 4 Mecs en Baskets Production, 4 Mecs à Lunettes Production, Cinéfrance 1888, France 2 Cinéma, Le 12e Art, Nexus Factory et BNP Paribas Fortis Film Finance (co-production) Société de distribution : Légende Films (France) Durée : 88 min.
Casting : Éric Judor : Ernest Krakenkrick Ramzy Bédia : Bachir Bouzouk Marina Foïs : la conseillère du Ministre Philippe Katerine : le colonel Janouniou Serge Riaboukine : le Méchant Grégoire Oestermann : le ministre de la Défense William Gay : le général Mangedeurme Michel Nabokoff : le père de famille Lionel Beyeke : Jean-Peter McCallaway Charles Nemes : le recruteur
Cela faisait un moment que je n’avais pas fait une critique croisée entre deux films. Mais ce mardi soir au cinéma, j’ai été frappé par les points communs, mais aussi les différences, entre les deux biopics que j’ai vu à la suite l’un de l’autre. Le premier, Steve Jobs, est américain, le second, Chocolat, est français. Deux destins extraordinaires, des grands acteurs, des mises en scène soignées, par de nombreux côtés les deux films se ressemblent. Beaucoup moins par d’autres.
Steve Jobs présente une efficacité toute hollywoodienne. Cependant, il y a aussi de l’audace dans ce scénario qui ne nous raconte pas la vie du fondateur d’Apple. Il nous raconte uniquement trois moments clés de sa vie, trois lancements de produit, trois de ces shows dont il avait le secret. Et à travers ces quelques heures, le film cherche à nous raconter l’ensemble de son parcours, à cerner un personnage qui se complexifie au fur et à mesure. Et il faut bien admettre qu’il y a arrive de manière assez brillante et étonnante. Mais en payant un certain prix…
Chocolat adopte lui un récit linéaire de la vie du premier artiste noir ayant connu la célébrité en France. Ce traitement hyper classique est sans surprise, mais permet du coup de connaître de manière exhaustive son parcours éclairant sur une page de notre histoire et de notre société. A côté de ça, le film a mis les moyens pour nous faire partager cette histoire. Les décors et les costumes sont très réussis et jamais on ne retrouve le côté cheap de certains films historiques français. On est là face à une vraie superproduction, au bon sens du terme. Mais est-ce totalement suffisant ?
En choisissant une structure audacieuse, Dany Boyle a confirmé qu’il est bien un des réalisateurs les plus imaginatifs et Aaron Sorkin, à qui on doit aussi le superbe The Social Network, un des scénaristes les plus talentueux. Leur portrait est sans concession et démonte largement le mythe. Steve Jobs n’a rien d’une hagiographie et ce n’est pas là sa moindre qualité. Mais voilà, à force de faire ressembler le film à un exercice de style brillant, il en perd un peu en authenticité. On ne sait plus très bien s’ils ont plié la réalité aux besoins de la forme ou ont mis leur audace au service de la vérité. Mais après tout, c’est un film, non un documentaire, mais cela reste un petit caillou dans la chaussure.
Chocolat avait tout pour faire un grand film chargé en émotion forte et sincère. Les sujets graves abordes sont nombreux et les personnages assez attachants pour que l’on soit touché par toutes les injustices qu’ils subissent. Mais voilà, Roschdy Zem n’arrive pas à insuffler à son film le souffle nécessaire pour que l’on soit vraiment enthousiaste. Un manque de rythme, une forme de flottement, qui rend le propos moins percutant, moins efficace. L’histoire en elle-même est intéressante, touchante, dramatique, mais le film oublie de la sublimer.
Par contre, Steve Jobs et Chocolat constituent l’occasion de saluer l’immense talent de deux grands acteurs. Michael Fassbender démontre une nouvelle fois l’étendue de sa classe, avec un jeu incroyablement sobre, mais qui lui permet néanmoins d’incarner totalement son personnage, jusqu’à lui ressembler sans chercher à l’imiter (même s’il y a un vrai travail sur ses postures). Omar Sy tient lui vraiment son film sur ses épaules par son énergie communicative. Mais ce sont dans les moments plus intimistes que l’on admire vraiment le magnifique comédien qu’il est.
Au final, entre le classicisme et l’audace, je choisis l’audace. Steve Jobs est un film incontestablement plus percutant et d’une efficacité redoutable. Je me suis surpris à verser ma petite larme à la fin, alors que je déteste ce personnage et que le dénouement n’est certainement pas le moment le plus intéressant. Cependant, voilà, on est vraiment pris dans le film, comme pris au piège. Chocolat laisse malheureusement plutôt sur une légère frustration. Encore une fois, il y avait matière à faire un grand film. Mais, je ne pense pas lui faire injure en constatant simplement que Roschdy Zem n’a pas tout à fait le génie de Dany Boyle.
LES NOTES : STEVE JOBS : 14/20 CHOCOLAT : 12,5/20
STEVE JOBS Fiche technique : Production : The Mark Gordon Company, Universal Pictures, Legendary Pictures, Management 360, Distribution : Universal Pictures International France Réalisation : Danny Boyle Scénario : Aaron Sorkin Montage : Jon Harris Photo : Alwin H. Küchler Décors : Gene Serdena Musique : Daniel Pemberton Directeur artistique : Guy Hendrix Dyas Durée : 122 min
Casting : Michael Fassbender : Steve Jobs Kate Winslet : Joanna Hoffman Seth Rogen : Steve Wozniak Jeff Daniels : John Sculley Michael Stuhlberg : Andy Hertzfeld Katherine Waterston : Chrisann Brennan Perla Haney-Jardine : Lisa Brennan
CHOCOLAT Fiche technique : Production : Mandarin cinéma, Gaumont, Korokoro, M6 Films Distribution : Gaumont Réalisation : Roschdy Zem Scénario : Cyril Gely, Olivier Gorce, Roschdy Zem, d’après le livre de Gérard Noiriel Montage : Monica Coleman Photo : Thomas Letellier Décors : Jérémy Duchier Musique : Gabriel Yared Costumes : Pascaline Chavanne Durée : 110 min
Casting : Omar Sy : Rafael Padilla dit Chocolat James Thierrée : Footit Clotilde Hesme : Marie Olivier Gourmet : Oller Frédéric Pierrot : Delvaux Noémie Lvovsky : Mme Delvaux Alice de Lencquesaing : Camille Olivier Rabourdin : Germier Alex Decas : le compagnon de cellule
Le cinéma hollywoodien a bien des travers, mais aussi beaucoup de génie. Ce dernier s’exprime d’autant mieux dans certains genres cinématographiques qui semblent l’apanage exclusif du 7ème art américain. Les scénarios d’enquête journalistique en font partie. La preuve avec Spotlight, premier grand film de 2016. Un film totalement maîtrisé avec quelques défauts typiquement hollywoodien, mais qui reste extrêmement limité.
La plus grande qualité de Spotlight est d’être tout simplement passionnant. Le scénario est parfaitement écrit en termes de déroulé de l’enquête. On est immédiatement happé par l’histoire et on brûle de savoir comment l’équipe de journalistes va finir par faire surgir une vérité dont il ne soupçonne pas l’ampleur au début du film. Les étapes sont franchies une à une, chaque difficulté est contournée, sans que cela ne soit jamais cousu de fil blanc, ni à l’inverse capillotracté. Les personnages sont convaincants… même si on peut voir là, le seul travers du film. Il s’agit d’un bel hommage à ces reporters dont il s’agit là de l’histoire vraie. Cependant, la scénarisation leur donne une dimension héroïque qu’ils méritent sans doute, mais qui du coup fait de ce film un produit quelque peu formaté, un rien manichéen, où aucune ambiguïté n’existe.
Mais le format est tellement efficace et plaisant qu’il serait vraiment idiot de bouder notre plaisir. Et notre plaisir est décuplé par un casting de très très haut niveau, parfaitement mis en valeur par la réalisation sobre de Tom Mc Carthy. Un cinéaste que l’on connaissait grâce à une filmographie plutôt intimiste, mais uniquement composée de petit bijoux (The Visitor!!!). Avec plus de moyens, il ne perd rien de son talent, mais garde au contraire une certaine modestie qui lui a permis de servir son sujet et les comédiens sans chercher le spectaculaire outre mesure. Cet équilibre fait au final la force de Spotlight et notre plus grand plaisir.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Anonymous Content, First Look, Participant Media, Rocklin / Faust Distribution : Warner Bros. Réalisation : Tom McCarthy Scénario : Tom McCarthy, Josh Singer Montage : Tom McArdle Photo : Masanobu Takayanagi Décors : Stephen H. Carter Musique : Howard Shore Directeur artistique : Michaela Cheyne Durée : 128 min
Casting : Michael Keaton : Walter ‘Robbie’ Robinson Mark Ruffalo : Michael Renzendes Rachel McAdams : Sacha Pfeiffer Liev Schreiber : Marty Baron John Slattery : Ben Bradlee Jr Brian D’Arcy James : Matt Carroll Stanley Tucci : Mitchell Garabedian Billy Crudup : Eric MacLeish
A travers mes critiques, je reproche souvent au cinéma français une certaine paresse. Une médiocrité face à laquelle subsiste une complaisance critique regrettable. Encore Heureux ne va certainement pas me faire changer d’avis. Le film a certes bien des qualités mais il se contente par beaucoup d’aspects du strict minimum. C’est dommage et il aurait été facile de faire beaucoup mieux pour le même prix. Un peu plus d’ambition et d’exigence et le film aurait pris une autre dimension.
Il est vrai que la présence d’Edouard Baer a la faculté de transformer le plomb en or. Mais son génie a quand même ses limites. Surtout que Benoît Graffin a réussi un exploit substantiel. Il l’a dirigé… En effet, pas de trace de cabotinage ici, jamais de « il en fait un peu beaucoup », mais de la justesse et de la maîtrise. On devrait s’en réjouir… mais du coup, sa performance rentre dans le rang et perd un peu de son incomparable fraîcheur. En fait, Encore Heureux oublie de lâcher les chevaux dans en temps. Les dialogues constituent un autre exemple. Le film aurait gagné à proposer de vraies répliques percutantes. A part une ou deux qui nous arrachent un vrai sourire, cela reste trop réaliste pour être vraiment drôle et par la même demeure assez plat.
Au final, on ne s’ennuie pas vraiment devant Encore Heureux, on garde un sourire aux lèvres grâce à la folie douce qui parcourt le film. Mais il ne plonge jamais dans une émotion franche. Jamais un réel éclat de rire, jamais réellement touchant. Les personnages sont sympathiques, sans être pour autant terriblement attachants. Ce n’est jamais subversif alors que l’intrigue n’est pas dénuée d’une certaine immoralité. Rien n’est vraiment mauvais, mais rien n’est excellent non plus. Il y avait pourtant les ingrédients pour une recette savoureuse. Mais sans sel, ni piment, un plat ravit rarement les papilles.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Réalisation : Benoît Graffin Scénario : Mika Tard, Déborah Saïag, Benoît Graffin, Nicolas Bedos Production : Pauline Duhault Photographie : Antoine Héberlé Décors : Samantha Gordowski, Julien Tesseraud
Casting : Sandrine Kiberlain : Marie Edouard Baer : Sam Bulle Ogier : Madeleine Carla Besnaïnon : Alexia Matthieu Torlotting : Clément Benjamin Biolay : Le séducteur
L’amour dure trois ans paraît-il. Enfin, parfois, il dure quand même un peu plus longtemps. 45 ans par exemple ! 45 Ans est le titre d’un film qui vaut une nomination aux Oscars à Charlotte Rampling et nous dit beaucoup de choses passionnantes sur la non éternité des choses, y compris les sentiments que l’on croit gravés à jamais dans le marbre. Un film un peu contemplatif mais qui nous permet de découvrir avec une profondeur rare deux personnages interprétés par deux monstres sacrés du cinéma britanniques.
45 Ans a un point de départ plutôt inventif et permet d’introduire avec brio le sujet. Ce grain de sable qui après tant d’années de vie commune vient gripper une mécanique qui semblait immuable est une trouvaille scénaristique remarquable. Le dénouement constitue lui aussi un moment marquant qui vous laisse sur une impression forte. Entre les deux, il est vrai qu’Andrew Haigh prend son temps et développe son propos sans se presser et en l’explorant vraiment de bout en bout. On ne s’ennuie jamais, mais il est vrai que ce tempo donne une certaine froideur à l’ensemble et dilue peut-être légèrement l’émotion.
Cependant, 45 Ans reste un modèle de direction d’acteur. La réalisation d’Adrew Haigh est totalement au service de ces comédiens et arrive comme rarement à mettre en lumière leurs sentiments. Evidemment, l’immense talent de Charlotte Rampling et Tom Courtenay contribuent largement à ce succès. Mais ces trois éléments ne font pas que s’additionner, il y a une vraie synergie entre eux. Une synergie qui porte le film et en fait un très beau moment de cinéma.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : The Bureau, Film4, British Film Institute (BFI) Distribution : Ad Vitam Réalisation : Andrew Haigh Scénario : Andrew Haigh, d’après une nouvelle de David Constantine Montage : Jonathan Alberts Photo : Lol Crawley Décors : Sarah Finlay Son : Joakim Sundstorm Costumes : Suzie Harman Durée : 95 min
Casting : Charlotte Rampling : Kate Mercer Tom Courtenay : Goeff Mercer Geraldine James : Lena Dolly Wells : Charlotte David Sibley : George
Les pires intentions peuvent se cacher sous les meilleurs qui soient. Ceci n’est pas qu’un peu de philosophie de bas étage, mais aussi une bonne façon d’introduire Les Chevaliers Blancs, un film inspiré de l’histoire rocambolesque de l’Arche de Zoé, une fausse ONG qui avait tenté de ramener des soit-disant orphelins tchadiens pour les confier à des familles françaises dans la plus totale illégalité. Un sujet qu’il n’était pas évident d’aborder avec la bonne distance. Joachim Lafosse y est plutôt bien parvenu.
Les Chevaliers Blancs nous rapportent des faits, nous présentent des personnages, mais sans les juger. Chaque spectateur pourra se faire sa propre opinion sur le caractère machiavélique ou non de chaque personnage. On peut les voir comme des idéalistes dépassés par leurs propres ambitions ou des faussaires sans aucun scrupule, manipulateur du début à la fin. La vérité se situe sûrement entre les deux, si tant est qu’une vérité existe dans ce genre d’histoire. Il s’agit là du grand mérite de ce film, mais aussi sa limite, car à être trop objectif, le film ne nous entraîne pas dans son point de vue. Beaucoup d’intérêt donc, mais pas d’enthousiasme.
Les Chevaliers Blancs est également parfaitement réalisé. Les moyens ont été mis, la narration est efficace, même si elle a tendance à tourner un peu en rond à un moment donné, cela ne dure pas bien longtemps. Les acteurs sont parfaitement dirigés et le casting de très haut niveau est remarquablement valorisé. Je trouve par exemple que Vincent Lindon est ici réellement plus convaincant que dans La Loi du Marché, rôle pour lequel il a été pourtant considérablement encensé. En tout cas, le résultat final est un film solide, totalement maîtrisé et éclairant sur le sujet qu’il traite.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Les films du Worso, Versus Production Distribution : Le Pacte Réalisation : Joachim Lafosse Scénario : Joachim Lafosse, Bulle Decapentries, Thomas van Zuylen, d’après l’oeuvre de François-Xavier Pinte et Geoffroy d’Ursel Montage : Sophie Vercruysse Photo : Jean-François Hensgens Son : Christophe Giovannoni Musique : Sascha Ring Directeur artistique : Jean-François Hensgens Durée : 112 min
Casting : Vincent Lindon : Jacques Arnault Louise Bourgoin : Laura Turine, sa compagne Valérie Donzelli : Françoise Dubois Reda Kateb : Xavier Libert Philippe Rebbot : Luc Debroux Bintou Rimtobaye : l’interprète Jean-Henri Compère : Roland Duchateau Yannick Renier : Chris Laurent
Les suites à rallonge ne présagent généralement rien de bon. Fast and Furious 7 ? Sérieusement ? Mais certains personnages légendaires sont assez attachants pour que l’on ait jamais vraiment envie de les quitter. Rocky Balboa nous aura offert un premier volet il y a 40 ans récompensé par un Oscar puis des suites assez inégales. Il est cependant devenu un mythe cinématographique majeur. C’est avec une pointe de nostalgie que l’on va voir Creed, l’Héritage de Rocky Balboa. De la nostalgie et un peu indulgence.
Creed, l’Héritage de Rocky Balboa est un film sans aucune surprise. On est même plus proche du remake que de la suite. Mais le premier volet ayant été de loin le meilleur de la série, en se rapprochant de lui, le film se concentre sur l’essentiel et nous offre tout ce que l’on peut en attendre. Le plat sans le réchauffé mais garde une certaine saveur. On peut regretter cette absence totale de prise de risque scénaristique. Mais si elle nous empêche d’être réellement enthousiaste, elle nous préserve aussi de la déception.
Creed, l’Héritage de Rocky Balboa bénéficie enfin du caractère magique, pour ne pas dire miraculeux, de la boxe au cinéma. Le combat qui conclut le film est lui aussi sans surprise, aussi bien dans son déroulement que dans la forme. Mais il frappe tout de même le spectateur comme un uppercut. On ressort donc finalement avec cette petite pointe d’enthousiasme qui nous fait oublier que le reste du film n’avait pas du nous l’apporter. Et on garde une pensée émue pour ce Sylvester Stallone qui assume pleinement le poids des ans qui le frappe. Et avec cette vieillesse qui vient, c’est un peu de notre jeunesse qui s’en va.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : MGM, New Line Cinema, Chartoff-Winkler prodictions Distribution : Warner Bros France Réalisation : Ryan Coogler Scénario : Ryan Coogler, Aaron Covington, d’après les personnages créés par Sylvester Stallone Montage : Claudia Castello, Michael P. Sawver Photo : Maryse Alberti Décors : Hannah Beachler Musique : Ludwig Göransson, Gabe Hilfer Durée : 134 mn
Casting : Michael B. Jordan : Adonis Johnson Sylvester Stallone : Rocky Balboa Tessa Thompson : Bianca Phylicia Rashad : Mary Anne Creed Andre Ward : Danny Stuntman Wheeler Ritchie Coster : Pete Sporino
L’animation japonaise au cinéma ne se limite pas à Hayao Miyazaki et au studio Ghibli. Bien d’autres artistes nippons méritent de venir honorer nos grands écrans. Mamoru Hosoda fait partie de ceux-là. Il nous avait déjà livré Summer Wars et la Traversé du Temps entre autres que j’avais grandement appréciés. Le revoici avec le Garçon et la Bête. Un nouvel excellent film, encore meilleurs que les précédents.
Le Garçon et la Bête est un condensé des thèmes chers à l’animation japonaise. L’histoire est donc composé de beaucoup d’éléments déjà vus, mais sa richesse et le tout cohérent que forme ces inspirations variées offrent une réelle originalité au film. Un peu comme Star Wars en fait. Comme quoi l’art du recyclage constitue un art à part entière pouvant donner des œuvres singulières. L’intrigue se déroule sans que l’on puisse deviner où elle va nous conduire ensuite. On est donc happé par le récit, par son univers et les personnages. On pardonne donc aisément les bons sentiments un peu sirupeux qui viennent ça et là alourdir quelque peu l’histoire.
Le Garçon et la Bête démontre qu’une animation tout ce qu’il y a de plus classique a encore droit de cité sur nos grands écrans. Cela donne un côté vintage assez sympathique et rafraîchissant. Il n’y a pas le foisonnement visuel d’un Miyazaki, mais cela nous permet de nous concentrer plus fortement sur l’intrigue. Pas d’esbroufe donc, mais des dessins au service de l’histoire, chargés de lui donner vie. Mission accomplie avec beaucoup de talent pour le plus grand bonheur de ceux qui aiment les belles histoires qui parlent à l’imaginaire des petits (enfin pas trop non plus) et des grands.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : CTV, DN Dream Partners, Dentsu, HTV, Kadokawa, NTV, Studio Chizu, Toho Company, YTV Distribution : Gaumont Réalisation : Mamoru Hosoda Scénario : The Boy and the Beast Son : Yuji Akazawa, Yoshio Obara Musique : Masakatsu Takagi Effets spéciaux : Ryo Horibe Costumes : Daisuke Iga Directeur artistique : Yôichi Nishikawa, Takashi Omori, Yohei Takamatsu Durée : 119 min
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