La perfection et la maîtrise sont a priori des qualités qui caractérisent les grands films. Mais il ne faut jamais abuser des bonnes choses, comme dit le proverbe. Parfois, certains sujets, certaines histoires demandent non pas des imperfections, mais au moins des aspérités pour passer de l’admiration à l’émotion. C’est le cas pour Carol, un film artistiquement parfait et maîtrisé, qui ravit les yeux et la raisons… Nettement moins les tripes et le cœur.
Carol nous raconte un amour interdit, un amour pouvant être vu comme sulfureux ou immoral dans le contexte de l’époque. Il parle donc de sentiments violents et irrépressibles, nés au plus profond de ses deux êtres qui ont beaucoup à perdre en y succombant. Tout cela prend vie à travers une réalisation extrêmement académique. La photographie est superbe, chaque plan est calculé au millimètre. Mais du coup, c’est aussi un peu lisse, un peu froid, alors que l’histoire a des caractéristiques diamétralement opposée.
Carol est aussi à l’origine d’une grande injustice de mon point de vue. En effet, Cate Blanchett a reçu un prix d’interprétation à Cannes, alors que Rooney Mara l’aurait encore plus mérité qu’elle. Il y a une prime à la carrière, ce qui peut arriver avec ce genre de prix. Cependant, les deux actrices sont vraiment formidables, donc ce n’est pas totalement immérité non plus. Heureusement que leur jeu donne vraiment vie à cette très belle intrigue. C’est pour elle qu’il faut aller voir ce film qui ressemblent un peu trop à un bel objet que l’on n’ose pas toucher, quand on aurait aimé embrasser cette histoire avec enthousiasme.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : The Weinstein Company, Number 9 Films, Film4, Killer Films Réalisation : Todd Haynes Scénario : Phyllis Nagy, d’après le roman de Patricia Highsmith Montage : Laura Rosenthal Photo : Edward Lachman Décors : Judy Becker Distribution : UGC Distribution Musique : Carter Burwell Directeur artistique : Jesse Rosenthal Durée : 118 mn
Casting : Cate Blanchett : Carol Aird Rooney Mara : Therese Belivet Sarah Paulson : Abby Gerhard Kyle Chandler : Harge Aird John Magaro : Dannie Jake Lacy : Richard
Il paraît que Quentin Tarantino ne sait compter que jusqu’à dix. Enfin, tout du moins ne compte-t-il réaliser que dix films avant de se retirer dans une retraite bien méritée. Pour ceux qui comme moi le considère comme un des plus grands réalisateurs de tous les temps (très certainement dans mon top 5 perso… même si je n’y ai jamais vraiment réfléchi), ce compte-à-rebours n’a rien de réjouissant. Surtout que la fin est proche, les 8 Salopards étant son huitième film. Mais finalement, en le regardant, on se demande si s’arrêter bientôt ne serait pas une si mauvaise idée que ça.
Entendons-nous bien, les 8 Salopards est absolument génial… par moments. Les près de trois heures que dure le film lui laisse même le temps de caser beaucoup de ces moments géniaux. Il nous offre une nouvelle fois des situations jubilatoires dans son style unique et reconnaissable entre tous. Certains passages, certains dialogues sont voués à un futur culte de la part des cinéphiles les plus exigeants. Mais entre deux bouffées de bonheur absolu, il y a tout de même des longueurs. Et les près de trois heures de que dure le film lui laisse aussi le temps de caser beaucoup de ces longueurs.
Quentin Tarantino fait preuve dans les 8 Salopards une nouvelle fois d’une maîtrise artistique absolue. Seule petite entorse à ses habitudes, une bande originale largement… originale justement. Mais quand on sait qu’elle est signée Ennio Morricone lui-même, on comprend mieux pourquoi il n’a pas trouvé utile de nous trouver de vieux tubes oubliés mais géniaux. Le casting est parfait, les acteurs sont dirigés à la perfection et sont totalement dans leur rôle. Bref, sur la forme, on frise encore une fois le 20/20. Mais globalement, on sent quand même un réalisateur sur le point de tourner en rond…Enfin, je joue peut-être les oiseaux de mauvaise augure et son 9ème film viendra me contredire magistralement. Et avec son génie, il faut s’attendre à tout.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : The Weinstein Company Distribution : SND Films Réalisation : Quentin Tarantino Scénario : Quentin Tarantino Montage : Fred Raskin Photo : Robert Richardson Décors : Yohei Taneda Musique : Ennio Morricone Directeur artistique : Richard L. Johnson Durée : 167 min
Casting : Samuel L. Jackson : Major Marquis Warren Kurt Russell : John Ruth Jennifer Jason Leigh : Daisy Domergue Walton Goggins : Sheriff Chris Mannix Demian Bichir : Bob Tim Roth : Oswaldo Mobray Michael Madsen : Joe Gage Bruce Dern : General Sandy Smithers James Parks : O.B. Jackson
L’erreur judiciaire constitue un excellent sujet pour un scénario. L’asymétrie entre le spectateur et l’accusé qui connaissent la vérité et les autres acteurs convaincus dans leur erreur constitue un ressort narratif puissant. C’est exactement celui qu’exploite Arrêtez-moi là. La police et la justice en prennent pour leur grade. A tort ou à raison.
Arrêtez-moi là fonctionne assez bien pendant une bonne partie du film. En effet, l’empathie avec le personnage principal est immédiate et on est forcément ému de le voir victime d’un tel acharnement à le juger coupable. Tout joue contre lui… peut-être trop justement. Le réquisitoire contre le système judiciaire tourne à la caricature, tant ses acteurs apparaissent tous comme des abrutis profonds. L’intérêt que l’on y porte décline alors lentement. Cependant, le dernier quart d’heure nous fait réaliser que le réel sujet du film n’était pas celui-là.
Arrêtez-moi là est avant tout un film portrait. Les mésaventures judiciaires du personnage sont avant tout là pour nous faire explorer sa personnalité et ses sentiments. Mais elles prennent tant de place qu’elles éclipsent tout autre propos. Le dernier quart d’heure est trop court pour permettre au spectateur de vraiment se replonger dans le film sous cette nouvelle optique. Malgré l’immense talent de Reda Kateb, on en ressort surtout déçu et frustré.
LA NOTE : 9,5/20
Fiche technique : Production : Legato Films, Nexus Factory, UMedia Distribution : EuropaCorp Réalisation : Gilles Bannier Scénario : Gilles Bannier, Nathalie Hertzberg, d’après l’oeuvre de Iain Levison Montage : Peggy Koretzky Photo : Alain Marcoen Décors : Philippe Van Herwijnen Son : Cédric Lionnet, Pierre Lorrain, David Vranken, Laure-Anne Darras, Olivier Touche Musique : Hervé Salters, Siegfried Canto Costumes : Laure Villemer Durée : 93 min
Casting : Reda Kateb : Samson Cazalet Léa Drucker : Louise Lablache Gilles Cohen : Maître Portal Erika Sainte : Elisabeth Ostrovsky Thémis Pauwels : Mélanie Lablache Stéphanie Murat : Maître Hélène Lafferière
J’en veux beaucoup à David O’Russell. Pas tant d’avoir raté son film ou d’avoir fait par la même occasion jouer Jennifer Lawrence dans un mauvais film, mais bien de m’avoir privé d’un beau jeu de mot. En effet, si Joy avait été bon, j’aurais pu titré « 2015 s’achève dans la joie », subtil jeu de mot entre le titre du film et sa qualité. Il n’en sera malheureusement rien. Mon humour légendaire attend de pied ferme sa revanche pour la fin 2016 !
En attendant, revenons à nos moutons, ou plutôt à notre film. Joy nous présente une histoire de pure rêve américain, où une jeune femme va surmonter toutes les difficultés du monde pour arriver au succès. Une histoire vraie, même s’il est assez plausible qu’elle soit largement romancée. Le problème, c’est que cette histoire ne décolle jamais. La faute à des scènes beaucoup trop longues où les acteurs ne sont absolument pas dirigés et cabotinent chacun dans leur coin. Même quand l’intrigue arrive à un tournant, quand on se dit qu’enfin le film va nous transmettre une énergie qui nous transportera et bien le tout retombe vite comme un soufflé. Jusqu’à une fin à rallonge qui semble vouloir imiter celle du Seigneur des Anneaux…
Au milieu de tout cela, Jennifer Lawrence s’ennuie ferme et ça se voit. Le souci est que son personnage portant quasi totalement le film sur ses épaules, les spectateurs ont vite fait de la suivre dans cet état d’esprit. Joy souffre donc d’un réel manque de maîtrise de la part de David O’Russell qui semble ici retomber dans les travers du début de sa carrière, époque Les Rois du Désert. On est loin de la réalisation brillante de Happiness Therapy ou American Bluff. Mais ne doutons pas qu’il fera bien mieux la prochaine fois ! Avec ou sans Jennifer. Enfin de préférence avec !
LA NOTE : 9/20
Fiche technique : Production : Annapurna Pictures, Davis Entertainment Distribution : 20th Century Fox Réalisation : David O. Russell Scénario : David O. Russell, Annie Mumolo Montage : Jay Cassidy, Alan Baumgarten, Tom Cross, Christopher Tellefsen Photo : Linus Sandgren Décors : Judy Becker, Heather Loeffler Musique : David Richard Campbell, West Dylan Thordson Durée : 150 min
Casting : Jennifer Lawrence : Joy Mangano Robert De Niro : Le père de Joy Elisabeth Röhm : Peggy Isabella Rossellini : Trudy Bradley Cooper : Neil Walker Dascha Polanco : Jackie Diane Ladd : Mimi Edgar Ramírez : Tony
Comme vous le savez (ou pas), j’aime bien aller voir un film en ne sachant rien, ou presque, sur celui-ci. C’est ainsi que j’ai été voir Le Goût des Merveilles simplement parce que les notes sur Allociné étaient plutôt bonnes et parce que j’aime bien Virginie Efira, malgré les limites patentes de ses talents d’actrice. Cependant, au bout de quelques minutes, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un film dont j’avais vu la bande-annonce à de nombreuses reprises. Une bande-annonce qui m’avait fait dire « jamais ! »… Il était alors trop tard pour sortir…
… et de toute façon, j’aurais eu bien tort de le faire. Certes, Le Goût des Merveilles n’est certainement pas le film du siècle. Il est vrai que la comédie romantique impliquant un autiste, il fallait oser. Mais voilà, je dois avouer, j’ai fini par me laisser séduire. Mon côté midinette sûrement, mais aussi la sympathie immédiate que provoque le personnage parfaitement interprété par Benjamin Lavernhe. Du coup, on est embarqué dans cette histoire pleine de bons gros clichés, mais qui est tout de même assez bien construite pour être convaincante.
Eric Besnard aurait vraiment pu nous embarquer dans du grand n’importe quoi. Et si Le Goût des Merveilles nous fait sourire, ce n’est pas à ses dépends, mais bien grâce à lui. Certes, il faut déconnecter la partie la plus cartésienne de son cerveau pour apprécier ce déluge de bons sentiments. Il flirte parfois avec la ligne blanche en arrivant tout de même à ne jamais en faire trop. Au final, on se dit qu’une peu de douceur dans ce monde de brute ne peut pas faire de mal !
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : Pulsar Productions, Caméra One, D8 Films, TF1 DA, Rhône-Alpes Cinéma Distribution : UGC Distribution Réalisation : Eric Besnard Scénario : Eric Besnard Montage : Yann Dedet Photo : Philippe Guilbert Décors : Bertrand Seitz Musique : Christophe Julien Durée : 100 min
Casting : Virginie Efira : Louise Benjamin Lavernhe : Pierre Lucie Fagedet : Emma Léo Lorléac’h : Félix Laurent Bateau : Paul Hiam Abbass : Mélanie Ferenza Hervé Pierre : Jules
La crise de 2008 a déjà offert au cinéma quelques beaux, voire très beaux moments. Du côté du documentaire avec le passionnant Inside Job ou bien du côté de la fiction avec le magnifique Margin Call. The Big Short : le Casse du Siècle arrivait donc sur un terrain que d’autres avaient déjà labouré avant lui. La barre était haute. Au final, le petit dernier s’en sort pas si mal grâce à un fabuleux casting et une certaine originalité.
The Big Short : le Casse du Siècle nous raconte l’histoire des quelques acteurs de la finance américaine qui avait vu le coup venir et anticipé le crash. Il s’agit donc d’histoires vraies, avec évidemment une part de fiction. On évolue dans un monde complexe fait de produits financiers qui ne le sont pas moins. Pas de panique, le film nous propose de petites séquences pédagogiques très rigolotes pour que chacun comprenne enfin ce qu’est une subprime ou un Credit Default Swap. Cela donne son originalité au film et cela facilite grandement sa compréhension.
The Big Short : le Casse du Siècle se situe donc à mi chemin entre ses deux prédécesseurs cités plus haut. Si j’étais méchant, je dirais aussi le cul entre deux chaises, car du coup, le film est un peu tiraillé entre son intrigue et l’évolution des personnages d’un côté et la volonté pédagogique de l’autre. En mélangeant les deux, il donne de quoi satisfaire les amateurs de l’un ou l’autre, mais sans les contenter complètement. Cependant, le film est assez bien foutu et rythmé pour que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Et quel plaisir de voir Christian Bale, Brad Pitt, Steve Carell et Ryan Gosling réunis à l’écran… même si une partie de ces personnages n’ont jamais l’occasion de s’y croiser. Bref, pas un chef d’œuvre, mais une belle réussite.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Plan B Entertainment, Regency Enterprises Distribution : Paramount Pictures Réalisation : Adam McKay Scénario : Adam McKay, d’après sur le livre The Big Short: Inside the Doomsday Machine de Michael Lewis Montage : Brent White Photo : Barry Ackroyd Décors : Clayton Hartley, Linda Lee Sutton Musique : Nicholas Britell Directeur artistique : Elliott Glick Durée : 130 min
Casting : Brad Pitt : Ben Rickert John Magaro : Charlie Geller Ryan Gosling : Jared Vennett Steve Carell : Mark Baum Christian Bale : Michael Burry Karen Gillan : Evie Melissa Leo : Georgia Hale Marisa Tomei : Cynthia Baum Margot Robbie : Elle-même Selena Gomez : Elle-même
Il se passe quelque chose de l’autre côté de la Méditerranée. Enfin cinématographiquement parlant, parce qu »évidemment, il se passe toujours beaucoup de choses de l’autre côté de la Méditerranée. Après Much Loved, film qui en disait long sur la condition féminine dans ce pays au Maroc, voici A Peine J’Ouvre les Yeux qui nous plonge dans la Tunisie de Ben Ali, avant le début du Printemps Arabe. Un film sur l’oppression d’un régime désormais disparu certes, mais aussi de toute une société. Un film qui nous fait partager des émotions contradictoires, mais toujours intenses.
A Peine J’Ouvre les Yeux est pendant un long moment un film joyeux sur une jeunesse qui ne rêve que de liberté et d’émancipation. L’omniprésence de la musique incite à la légèreté, au sourire et à la fête. Puis le couperet tombe… Bon, je m’arrête là sous peine d’en dire trop sur un dénouement particulièrement marquant, qui donne à ce film une toute autre dimension dans son propos. Ce contraste ne fait que décupler l’impression laissée par chacune des parties de cette histoire. On en ressort bouleversé par des sentiments très différents les uns des autres et qui se bousculent et se mélangent.
A Peine J’Ouvre les Yeux est aussi un film très abouti artistiquement. Certes, le manque de moyen provoque un peu parfois quelques flottements. Mais les moyens mis en œuvre le sont pour mettre parfaitement en valeur un merveilleux casting. La jeune Maya Medhaffar est tout simplement incroyable dans le genre de rôle qui vous marque à vie. Sa grâce, sa présence à l’écran nous fait tomber sous son charme et donc sous celui de son histoire dès les premières secondes pour ne plus jamais nous lâcher. Sa voix quand elle chante nous enchante à chaque fois. Pourvu que dans la Tunisie nouvelle qui se dessine ce genre de voix ne soit jamais obligée de se taire. Et Leyla Bouzid nous proposer bien d’autre film de cette trempe.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Réalisation : Leyla Bouzid Scénario : Leyla Bouzid et Marie-Sophie Chambon Montage : Lilian Corbeille Photographie : Sébastien Goepfert Son : Ludovic van Pachterbeke Production : Sandra da Fonseca, Nathalie Mesuret, Bertrand Gore, Imed Marzouk ; Blue Monday
Quand vous n’avez pas le matériel pour faire un long métrage en entier, vous avez deux stratégies qui s’offrent à vous. Soit vous diluez en mettant du vide un peu partout. Soit vous concentrez tout au début et vous finissez comme vous pouvez. C’est visiblement cette deuxième tactique qu’a adoptée Nicolas Pariser pour Le Grand Jeu. Un film qui part plutôt bien, malgré de nombreuses maladresses, avant de s’autodétruire en vol.
Le film d’espionnage n’a jamais été une spécialité française. Le Grand Jeu le confirme. On pourrait le qualifier de film politique, puisqu’il est question de rivalités au sein même de l’Etat, mais les ressors narratifs sont bien ceux du film d’espionnage. Toutes les tentatives hexagonales dans le domaine ces dernières années ont été décevantes. On échappera pas à la règle cette fois-ci, faute d’un scénario proposant assez de contenu. La présentation des personnages est pourtant prometteuse, les premières péripéties laissent espérer une montée en puissance. Mais le film se heurte alors à une scène interminable de dialogue entre deux personnages, signe que le sujet est épuisé. Le scénario ne donnera alors plus rien de très intéressant, avant un dénouement tout sauf palpitant.
La réalisation est propre, les acteurs plutôt bons. André Dussolier fait du André Dussolier, mais on lui pardonne de cabotiner un peu à son âge. C’est donc vraiment dans l’écriture que Le Grand Jeu pêche. Or pour un film d’espionnage, cela ne pardonne pas. On ne peut pas se reposer uniquement sur des personnages attachants et un vague suspense. Il faut des rebondissements, des surprises, des renversements inattendus. Rien de cela ici. Par contre, on y trouvera un peu d’ennui.
LA NOTE : 9/20
Fiche technique : Production : Bizibi, Ate France Cinéma, Les films du 10 Distribution : Bac films Réalisation : Nicolas Pariser Scénario : Nicolas Pariser Montage : Léa Masson Photo : Sébastien Buchmann Décors : Nicolas De Boiscuillé Musique : Benoît de Villeneuve, Benjamin Morando Costumes : Anne-Sophie Gledhill Durée : 99 min
Casting : Melvil Poupaud : Pierre Blum André Dussollier : Joseph Clémence Poésy : Laura Sophie Cattani : Caroline Nicolas Wanczycki : l’homme à l’oreillette Gavino Dessi : Marco Antoine Chappey : Copeau Audrey Bastien : la jeune fille dans la librairie Thomas Chabrol : le sénateur
Certaines personnes ont du talent. Non pas simplement un talent particulier pour une tâche donnée. Non du talent dans tout ce qu’ils font, qu’ils l’aient toujours pratiqué ou qu’ils soient novices. C’est injuste, mais c’est comme ça. Certains suent sang et eau pour y arriver, d’autres peuvent se reposer sur ce don de la nature. Orelsan fait définitivement partie de ces personnes au bord du berceau desquels une bonne fée s’est penchée. On pense ce que l’on veut du rappeur, mais le scénariste-réalisateur-acteur ne peut faire que l’unanimité lorsque l’on a vu Comment C’est Loin.
Il est évidemment difficile de distinguer l’apport exact d’Orelsan et celui de Christophe Offenstein. Il est probable que ce dernier a joué un rôle prépondérant dans le volet purement cinématographique de Comment C’est Loin. Mais le film est bien coréalisé et il est très bien réalisé. Rien de spectaculaire artistiquement parlant, mais de l’imagination quand même parfois, un excellent montage et un vrai sens du rythme dans la narration. Le résultat est solide et n’a rien à envier à l’immense majorité des films français.
Il est tout aussi probable d’imaginer qu’Orelsan a par contre jouer un rôle primordial dans l’écriture du scénario de Comment C’est Loin. Et notamment des dialogues qui font partie de ce qu’on a vu de mieux en 2015. Certaines répliques sont d’un humour qui fait mouche et nous arrache de vrais éclats de rire. Cela rappelle beaucoup ce qu’Orelsan et Gringe font à la télévision avec Bloqués, mais le passage sur grand écran ne donne pas du tout l’impression d’un film composé de sketchs juxtaposés. Qu’Eric et Ramzy en prennent de la graine !
Enfin, et là personne ne peut le lui enlever, Orelsan est un excellent acteur. Bien sûr, son rôle frise l’autobiographie, mais s’interpréter soi-même n’est pas forcément le plus facile. Surtout que les personnages sont eux aussi très réussis et écrits avec beaucoup de finesse. Comment C’est Loin fonctionne donc à tout point de vue, à la fois intelligent et drôle, surprenant et dense, tendre et corrosif. Tout ça pour une seul homme, y a pas de justice !
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : NoLiTa Cinema, Les Canards Cinema Distribution : La Belle Company Réalisation : Orelsan, Christophe Offenstein Scénario : Orelsan, Christophe Offenstein, Stéphanie Murat Montage : Jeanne Kef Photo : Christophe Offenstein Décors : Frédérique Doublet Musique : Orelsan, Skread, Alexis Rault Durée : 90 min
Casting : Orelsan : Orel Gringe : Gringe Seydou Doucouré : Bouteille Claude Urbiztondo Llarch : Claude Ablay : Ablay Skread : Skread Paul Minthe : Le patron de l’hôtel
2015 aura été une année cinématographique sans grand chef d’œuvre sortant vraiment du lot et destiné à devenir un grand classique intemporel. On mettra de côté Star Wars VII car il est culte bien au-delà de sa valeur intrinsèque. Mais était-ce pour autant une année moyenne ? Pas forcément ! Beaucoup de très bons films sont quand même sortis et auraient pu tout à fait prétendre figurer dans ce classement.
Ce dernier est plus resserré que jamais avec seulement 9 films. Je rappelle qu’y figurent tous ceux qui ont reçu une note supérieure ou égale à 15. Il couronne un film couronné aux Oscars, ce qui est scandaleusement plus prestigieux, non que je fasse preuve de suivisme mais parce que c’est bel et bien mérité. Alejandro González Iñárritu tient là le chef d’œuvre de sa carrière. Il ressuscite au passage Michael Keaton qui n’aura définitivement pas eu la carrière que son talent lui autorisait.
Concernant les interprétations, je donnerai un pris spécial à Bradley Cooper pour son rôle et sa métamorphose physique dans American Sniper. Côté féminin, je l’attribuerais sans hésiter aux quatre jeunes filles de Mustang. Et une pensée émue pour les créateurs de BB8 dans Star Wars VII qui arrive à rendre un robot incroyablement expressif simplement en déplaçant sa tête !
On remarquera que le cinéma français se porte bien puisqu’il représente un film sur trois dans ce classement. Que c’est aussi dans les étoiles et dans des mondes lointains que beaucoup de ces films nous emmènent. Même s’il nous conduit aussi à l’intérieur de notre propre cerveau.
Enfin 2015 nous aura aussi offert quelques navets de premier ordre avec un trio Les Chevaliers du Zodiaque, la Légende du Sanctuaire, La Vie de Judas et 21 Nuits avec Pattie que j’aurai heureusement vite fait d’oublier.
1-Birdman
Ce film, récompensé par un Oscar amplement mérité, allie la maîtrise artistique d’Alejandro González Iñárritu avec un scénario étonnant. L’occasion d’assister à de superbes numéros d’acteurs par un casting aussi prestigieux que merveilleusement dirigé.
2-Vice-Versa
Un nouveau petit chef d’œuvre signé Pixar qui ravit les petits et les grands. Un film qui délaisse le divertissement pur pour une réflexion plus intime sur ce qui nous caractérise comme individu et sur le passage de l’enfance à l’adolescence. Le tout avec beaucoup d’humour et de tendresse.
3-Kingsman
On pensait que Colin Firth nous avait déjà démontré l’étendu de son talent, mais il en avait encore sous la semelle. La preuve avec ce film d’aventure et d’espionnage parodique et bourré d’humour. Tout fonctionne à la perfection pour un résultat particulièrement jouissif.
4-Nous Trois ou Rien
Kheiron interprète le rôle de son propre père pour nous offrir un film d’un humour d’une incroyable intelligence sur des sujets pourtant particulièrement sérieux. De l’Iran à la banlieue parisienne, le film nous réserve beaucoup de surprises. Et que des bonnes !
5-A la Poursuite de Demain
Un coup de cœur assez personnel pour un film d’un de mes réalisateur préféré. Brad Bird était déjà un des meilleurs cinéastes d’animation (les Indestructibles!) mais il confirme que son talent reste le même avec de vrais acteurs.
6-Mustang
Un film magnifique, qui aurait largement mérité la Palme d’Or s’il avait figuré dans la compétition officielle. Un film qui parfois drôle, parfois dramatique, magnifié par un quatuor d’actrices extraordinaires.
7-Seul Sur Mars
Le meilleur film depuis bien longtemps de Ridley Scott qui prouve qu’il a encore bien du bonheur à nous offrir. On pensait que Abba ne pouvait être au cœur d’un film de science-fiction ! Le film nous prouve qu’il n’en est rien.
8-Star Wars VII
Peut-être le film le plus attendu de l’histoire du cinéma. Au final, un résultat à la hauteur des espérances. On reprochera simplement l’absence de prises de risque scénaristiques, mais la qualité de la réalisation est-elle qu’on pardonne facilement.
9-Un Peu Beaucoup Aveuglément
On peut s’étonner de voir cette sympathique comédie romantique figurer ici. J’assume ma subjectivité, tant ce film a raisonné avec des souvenirs personnels. Il n’empêche que le film est excellent et fonctionne parfaitement du début à la fin.
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