Depuis Génial, Mes Parents Divorcent à la fin des années 80, la famille recomposée est plutôt devenue un sujet de comédie, loin du drame à la Kramer contre Kramer. Il faut dire que les ressorts comiques qu’offre ce genre de situation sont relativement inépuisables. La preuve avec Lolo, comédie classique à tout point de vue, mais assez bien menée pour être convaincante… et drôle ! Ce qui est quand même le minimum pour une comédie.
Lolo est une nouvelle version du triangle amoureux, avec une mère célibataire, son nouvel amoureux et un fils possessif qui n’a pas du tout envie de voir cet intrus s’incruster. Il multipliera alors les stratagèmes de plus en plus élaborés pour casser le couple. Bref, Julie Delpy n’a donc pas non plus été cherché très loin l’idée de départ de son scénario. Mais elle a su lui donner l’épaisseur nécessaire pour en faire un film digne d’intérêt. Déjà en imprimant un rythme soutenu pour que les situations comiques s’enchaînent sans jamais tourner en rond.
Lolo brille aussi par la qualité de ses personnages. Non qu’ils soient réellement originaux ou vraiment surprenants, mais on s’y attache rapidement, rentrant ainsi facilement dans l’histoire. C’est surtout le rôle du fils, dont le film tire son nom qui apporte un petit quelque chose en plus. Il confirme également que je peux arrêter de détester Vincent Lacoste, que j’ai une nouvelle fois trouvé remarquable, après son magnifique rôle dans Hippocrate. Le duo Dany Boon – Julie Delpy fonctionne lui assez bien pour que tout le film tienne debout. Ils sont tous les deux bien dans leur rôle, dépensant l’énergie et faisant preuve de la conviction nécessaires pour nous faire passer un bon moment.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : The Film, France 2 Cinéma, Mars films, Wild Bunch, Tempête sous le crâne Distribution : Mars distribution Réalisation : Julie Delpy Scénario : Julie Delpy, Eugénie Grandval Montage : Virginie Bruant Photo : Thierry Arbogast Décors : Emmanuelle Duplay Costumes : Pierre-Yves Gayraud Durée : 99 min
Casting : Dany Boon : Jean-René Julie Delpy : Violette Vincent Lacoste : Lolo Karin Viard : Ariane Antoine Lounguine : Lulu Christophe Vadevelde : Gérard Elise Larnicol : Elisabeth Nicolas Wanczycki : le médecin de l’hôpital
L’école de l’animation française a toujours été particulièrement brillante et productive. Cela pouvait être mis en parallèle avec une école de bande-dessinée qui, en association avec nos amis belges, possède encore une renommée mondiale. Mais pendant plusieurs décennies, les deux n’étaient plus vraiment en relation. C’est visiblement en train de changer. Après un très bon et très moderne Asterix et le Domaine des Dieux, voici Avril et le Monde Truqué, adaptation sur grand écran de l’univers graphique de Tardi. Mais surtout une belle réussite.
Avril et le Monde Truqué repose premièrement sur une excellente histoire. Il est avant tout un vrai roman d’aventures, empli d’humour, de poésie et de fantastique. Une uchronie qui permet de donner sa pleine mesure à l’imagination des deux scénaristes. Ils arrivent à nous surprendre tout en offrant une vraie cohérence au monde qu’ils ont crée. Un monde peuplé de personnages remarquables et qui prennent vie grâce à un casting voix de très haut niveau.
Avril et le Monde Truqué est une réussite aussi parce que le film respecte totalement l’univers graphique de Tardi. Ce dernier assure la direction artistique pour ce film, mais ce sont évidemment toute l’équipe qui est à saluer car elle a su se mettre au niveau d’un des auteurs les plus brillants de l’école franco-belge actuelle. L’animation est fluide et conserve le charme unique du « vrai » dessin. L’ensemble de ses qualités fait d’ailleurs que l’on oublie vite que l’on est face à un film d’animation pour apprécier pleinement cet excellent film tout court.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Je suis bien content, Studiocanal, Kaibou production, Need productions, Arte France Cinéma, Jouror, Tchack Distribution : StudioCanal Réalisation : Christian Desmares, Franck Ekinci Scénario : Frank Ekinci, Benjamin Legrand Montage : Nazim Meslem Son : Yann Lacan Musique : Valentin Hadjadj Directeur artistique : Jacques Tardi Durée : 105 min
Casting : Marion Cotillard : Avril Philippe Katerine : Darwin Jean Rochefort : Pops Marc-André Grondin : Julius Olivier Gourmet : Paul Bouli Lanners : Pizoni Macha Grenon : Annette Benoît Brière : Rodrigue Anne Coesens : Chimène
Ridley Scott est un immense réalisateur. Un de ceux qui comptent vraiment dans l’histoire du 7ème art. Mais aussi un génie intermittent qui entrecoupe ces chefs d’œuvre de quelques navets. Les plus mauvaises langues diront que ces derniers prennent de plus en plus de place à mesure que l’artiste prend de l’âge. Je reste quant à moi plus mesuré, ayant été un des rares à vraiment adorer Prometeus. Cependant, je crois que le débat pourra s’éteindre au moins le temps d’un film. Seul Sur Mars est en effet un des films marquants de cette fin d’année cinématographique.
Seul Sur Mars n’est certainement pas le meilleur film qu’ait jamais réalisé Ridley Scott. Il reste un produit hollywoodien de pur divertissement. Il lui manque le supplément d’âme qui fait les très grands films. Il n’empêche qu’il s’agit d’un film parfaitement maîtrisé à tout point de vue, avec quelques moments de vraie grâce cinématographique. Si vous pensiez que le disco n’avait pas sa place dans le vide spatial, vous vous trompiez. Le temps d’une scène avec Abba en fond musical et vous compreniez à quel point un grand réalisateur peut vraiment faire la différence à partir de pas grand chose.
Seul Sur Mars se distingue par un scénario parfaitement construit, une course poursuite contre le temps, contre les problèmes, contre la distance, contre la mort. Le spectateur se prend immédiatement au jeu, attendant la prochaine difficulté et la prochaine réponse ingénieuse qui y sera apportée. Le ressort est classique, sans surprise il est vrai, mais assez jouissif. On est venu exprès pour cela, alors on oubliera vite qu’à côté de ça tout le reste manque quelque peu d’épaisseur. Heureusement, une touche d’humour est la bienvenue et les plus cinéphiles souriront quand ils verront Sean « Boromir » Bean faire référence au Seigneur des Anneaux. Du coup, je pardonne quelques approximations agronomiques.
Les personnages sont eux aussi assez superficiels. Mais le casting brillant et la direction d’acteur nous permettent de s’y attacher malgré tout. Matt Damon fait preuve de son charisme habituel, sans pour autant forcer son talent. Mais quand on en a autant, c’est largement suffisant. C’est du côté des rôles féminins que la petite différence ce fait, avec une Jessica Chastain qui s’affirme vraiment comme une formidable actrice et une Kristen Wiig tellement mieux mise en valeur que dans les 4 Fantastiques. Bon faut dire qu’il n’y avait pas de mal… En tout cas, tous les comédiens rendent ce voyage sur Mars vraiment plaisant et si on est heureux quand le personnage quitte enfin la planète rouge, on est un peu triste de partir avec lui.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : 20th Century Fox, TSG Entertainment, Genre Films, Scott Free Productions Distribution : 20th Century Fox France Réalisation : Ridley Scott Scénario : Drew Goddard, d’après le roman d’Andy Weir Montage : Pietro Scalia Photo : Dariusz Wolski Décors : Arthur Max Musique : Harry Gregson-Williams Costumes : Janty Yates Durée : 144 mn
Casting : Matt Damon : Mark Watney Jessica Chastain : Melissa Lewis Kristen Wiig : Annie Montrose Jeff Daniels : Teddy Sanders Michael Peña : Rick Martinez Sean Bean : Mitch Henderson Chiwetel Ejiofor : Vincent Kapoor
Lors du dernier Congrès du Parti Socialiste, nous avons eu l’occasion d’écouter Asya Abdullah, commandante des forces kurdes à Kobane nous parler du combat qu’elle et ses hommes mènent face à Daech. Un combat fait d’armes, de tirs, de positions, d’assauts, de sièges, de ligne de front, de blessures, de mutilations et bien sûr de morts. Bref, elle nous parlait d’une guerre, de la guerre telle qu’elle se pratique depuis toujours, de la guerre abomination ultime du comportement humain.
Dans la salle, le silence était respectueux, les cœurs serrés. Son discours a pris l’auditoire aux tripes. Et les applaudissements furent le signe d’une profonde émotion, d’un respect infini pour ce courage et les souffrances subies. Au milieu de nos histoires de motion et de CSG, cette intervention a constitué un retour à une réalité dont nos débats politiques au ras de la moquette semble bien éloignés. Une manière brutale de relativiser, emplie de larmes et de sang.
Mais dans nos applaudissements, il y avait aussi une forme de soulagement. Nous étions heureux de voir qu’il y avait des gens pour mener ce combat, combat au vrai sens du terme. De vivre cette guerre, cette horreur quotidienne dont notre société semblait à jamais protégée. Dans nos applaudissements, il y avait aussi un espoir. L’espoir que ce courage suffirait à détruire Daech, qu’il nous protégerait de lui, qu’il nous protégerait à jamais de la guerre. Pas de celle que l’on vit à travers son écran de télévision, dans des images venus de territoires lointains. Mais celle qui marque dans la chair.
Cette réalité là nous a rattrapés de manière brutale et dramatique. Notre pays, notre nation est en guerre. Elle l’a été et l’est toujours au Mali, où des soldats français sont morts. Elle l’est en Syrie et en Irak, même si ce n’est qu’au travers de moyens aériens. Tout cela pouvait nous paraître loin, ne concerner que quelques professionnels. Mais non, cela nous concerne tous, cela fait de nous tous, citoyens français, les acteurs d’un conflit qui nous semblait jusqu’à vendredi totalement étranger à notre réalité quotidienne et concrète.
On peut débattre longtemps de l’historique qui nous a conduit à cette situation. De la pertinence des choix que notre pays et d’autres pays occidentaux ont pu faire ces dernières années. De notre incapacité à régler certains problèmes au sein de notre propre société qui crée un terreau propice au basculement d’esprits fragiles. Il y a dans ce domaine autant d’analyses qu’il y a d’analystes, tant les choses sont complexes, les dimensions superposées et les causes et conséquences multiples. J’essaye tant faire se peut de ne pas dépasser mon domaine de compétences dans ces pages, alors je n’ajouterai pas ma pierre à l’empilement des explications, même si j’ai évidemment mon opinion sur le sujet.
Je ne m’improviserai pas non plus en spécialiste de la géopolitique et de la tactique politico-militaire. Il est clair que nous sommes engagés dans un cercle vicieux que nous avons très certainement contribué à engendrer. Arriver en croisés, penser tout régler de manière unilatérale, ou même avec l’aide de quelques alliés occidentaux, à coup de bombes et d’une intervention militaire au sol constituerait très certainement une erreur funeste qui renforcerait encore le cercle. Mais que faire alors ? Je n’ai certainement pas la prétention d’avoir la réponse.
Simplement, j’entends parler dans beaucoup de discours prononcés depuis vendredi d’une guerre contre le terrorisme, radicalement différente de la guerre telle que l’on se l’imagine habituellement. Certes, cette dimension appelle des réponses d’une toute autre nature. Cependant, ce n’est pas de ça dont nous avait parlé Asya Abdullah au mois de juin. Ce qu’elle vit, c’est bien une guerre au sens premier du terme, avec en face d’elle une armée ennemie au service d’une structure qui se veut un état, qui a une capitale, contrôle un territoire, lève des impôts et a un chef. C’est aussi cette guerre là qui nous a rattrapé vendredi. Une guerre dont nous faisons déjà parti et dont on ne peut nier l’existence.
Si je ne sais comment y mettre fin, ce que je sais, ce que je mesure encore plus fortement depuis vendredi soir, c’est la chance incroyable, historique, que j’ai, moi, Français, né en 1979. Pour moi, la guerre, celle qui blesse, tue et fait couler le sang dans ma propre ville reste un concept si étranger, si inconcevable qu’il représente une horreur absolue quand il se manifeste. Peut-être qu’aujourd’hui, c’est une faiblesse, que cela me rend vulnérable, que cela fait de moi une cible facile. Mais cela n’est rien comparé à la bénédiction offerte par la paix que mon pays, sur son sol, connaît depuis 1945.
Alors que cette horreur ne nous fasse jamais renoncer à tout ce qui a contribué à cette paix. A la démocratie, à la volonté de vivre dans une société ouverte, tolérante, qui soutient les plus fragiles. Que les travers de nos institutions nationales et européennes ne nous fassent pas oublier qu’il n’existe aucun autre modèle apportant la paix et la sécurité. Qu’aucun pouvoir fort et autoritaire ne permet l’épanouissement des citoyens. Que si notre liberté est autant haïe par certains, si elle est attaquée, c’est parce qu’elle est notre force, pas notre faiblesse ! Que protéger la fraternité et le vivre ensemble n’est pas de l’angélisme mais un combat difficile et exigeant. Que la violence est souvent l’expression de la lâcheté et non du courage !
Beaucoup d’enfants acteurs ne survivent pas au passage à l’âge adulte. Surtout s’ils ont interprété un rôle pendant trop longtemps pour qu’il ne marque pas à jamais leur vie, ce qui même pour un comédien plus âgé promet des lendemains difficiles. Je doute fort que l’on verra encore longtemps Daniel Radcliffe, alias Harry Potter, sur nos écrans. Pas assez de charisme, ni de talent. Par contre, parmi ses partenaires de casting, une semble avoir tiré son épingle du jeu et s’affirme un peu à chaque nouveau film. Emma Watson pourrait bien connaître de son côté une longue et belle carrière et ne pas rester ad vitam æternam celle qui a joué Hermione Granger. Une nouvelle preuve avec Regression. Un film moyen mais où elle surnage quelque peu.
Regression est un excellent exemple de la capacité du cinéma américain à produire des films à partir de son histoire judiciaire. La France s’y met doucement, comme par exemple l’Affaire SK1 sur Guy George, mais cela reste une spécialité d’Outre-Atlantique. Nous plongeons là dans la psychose ayant sévi dans les années 90 autour de supposés rites satanistes, comprenant notamment à des sacrifices d’enfants. Des enquêtes très poussées ont tenté de les mettre à jour à partir de témoignages de rescapés, toujours sans succès. Manque de preuve ou complot pour protéger les coupables ? Voilà la question qui était alors posée.
Regression s’attache à décrire les mécanismes de la psychose, du doute qui s’installe et du biais qu’il engendre dans la perception des choses. C’est ici que réside le vrai sujet du film, bien plus que l’enquête en elle-même et la quête de la vérité. Ce point de vue n’est pas dénué d’intérêt, mais il est traité avec trop de cette froide efficacité qui peut engendrer les meilleurs thrillers, mais qui ici fait de ce film une réflexion lisse et superficielle. De plus, les ficelles de l’intrigue sont grosses et il faut vraiment être myopes pour ne pas voir arriver les rebondissements. Alejandor Amenabar a décidément du mal à trouver des scénarios qui réservent de vraies surprises… même si pour les Autres, ce n’était pas vraiment de sa faute.
Reste tout une même une réalisation assez élégante. Elle arrive à crée une certaine ambiance et de là une certaine tension qui permet au spectateur de rentrer dans le film. Par contre, les acteurs sont eux aussi marqués par cette froide efficacité, qui ne les conduira jamais dans leurs derniers retranchements de comédien. Au milieu de tout cela, Emma Watson apporte une touche en plus, mais quand même pas au point de transcender le résultat final. Regression en constitue donc une petite dans la carrière d’Alejandro Amenabar.
LA NOTE : 11,5
Fiche technique : Production : First Generation Films, Himenóptero, Mod Producciones, First Generation Films, Telefonica Studios Distribution : Metropolitan Filmexport Réalisation : Alejandro Amenábar Scénario : Alejandro Amenábar Montage : Carolina Martinez Urbina Photo : Daniel Aranyo Décors : Carol Spier Musique : Roque Banos Durée : 107 mn
Casting : Ethan Hawke : Bruce Kenner Emma Watson : Angela Gray David Thewlis : Dr Kenneth Raines David Dencik : John Gray Aaron Ashmore : Geroge Nesbitt Devon Bostick : Roy Gray DaleDickey : Rose Gray Lothaire Bluteau : Reverend Murray
La notion de scénario ou au moins de pitch éculé a constitué le fil rouge de mes dernières critiques. Mais nous pouvons être rassuré, il existe encore des idées radicalement originales qui n’ont pas encore été portées à l’écran. La preuve avec The Lobster, un film dont le point de départ assez délirant est traité avec le plus grand sérieux pour un résultat surprenant et réussi.
Personnellement, je vous conseille de faire comme moi, c’est à dire d’aller voir The Lobster en en sachant le moins possible sur l’histoire. Vous passerez ainsi un premier quart d’heure les yeux écarquillés en vous disant : qu’est ce que c’est que ce délire ? ou What the Fuck ? si vous êtes plus grossier et anglophone. Puis une fois que vous aurez assimilé ce point de départ inattendu, vous vous laisserez charmer par ce scénario qui ne ressemble à aucun d’autres et qui continuera à vous proposer bien des surprises jusqu’au dénouement.
Il est clair que The Lobster s’adresse uniquement à ceux qui apprécient l’humour au 800ème degré et très, mais alors vraiment très, décalé. Il y a dans ce film très certainement la volonté de nous livrer une satyre de certains penchants de nos sociétés, mais ce qui domine c’est surtout le plaisir d’emmener le spectateur là où il ne s’imaginait pas aller un jour. Tous les acteurs jouent le jeu avec un talent et un aplomb remarquables. Ce n’est pas du grand cinéma, mais au moins on tient là le souffle de créativité pure qui manquait à cet automne cinématographique.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Element Pictures, Haut et Court, Scarlet Films, Film4, Lemming Film, Faliro, Limp Réalisation : Yorgos Lanthimos Scénario : Yorgos Lanthimos, Efthimis Filippou Montage : Yorgos Mavropsaridis Photo : Thimios Bakatakis Décors : Jacqueline Abrahams Distribution : Haut et Court Son : Johnnie Burn Durée : 118 min
Casting : Colin Farrell : David Rachel Weisz : la femme myope Olivia Colman : la gérante de l hôtel Ben Whishaw : l’homme qui boite Léa Seydoux : la chef des solitaires John C. Reilly : l’homme qui zozotte
La famille reste une source inépuisable d’idées de scénario, en particulier pour un cinéma français particulièrement friand des histoires de ce type. Belles Familles nous en apporte une nouvelle preuve. A défaut de renouveler le 7ème art, ce genre de film nous fait généralement apprécier notre propre famille en nous faisant dire qu’on peut facilement trouver pire ou plus tordu ailleurs. C’est au moins une façon de se consoler quand le résultat est cinématographiquement moyen.
Belles Familles a bien des qualités à faire valoir. Un scénario bien construit, avec des rebondissements. Un casting de très haut niveau, offrant des rôles sur mesure à des pointures du cinéma français. Une réalisation signée Jean-Paul Rappeneau sobre, mais qui met ainsi en valeur le travail des comédiens. Une galerie de personnages savoureuse, à défaut d’être inoubliable. Tout semble donc réuni pour un très bon moment de cinéma. Simplement, un film n’est jamais tout à fait égal à la somme de ses parties.
Belles Familles est loin d’être un mauvais film. Mais il peut décevoir à plusieurs points de vue. Déjà parce qu’on peut s’étonner qu’un monstre du cinéma français ait attendu 12 ans pour revenir à l’écran avec un film aussi anodin. Jean-Paul Rappeneau est particulièrement peu profilique, on attend donc beaucoup plus de chacune de ses œuvres. De plus, il échoue à donner ce supplément d’âme, d’épaisseur à son scénario et à ses personnages pour donner au spectateur de vraies raisons de s’enthousiasmer. Au final, il nous livre un énième film familial, entre comédie des mœurs et vaudeville, qui se laisse regarder, mais s’oubliera vite.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique :
Réalisation : Jean-Paul Rappeneau
Scénario : Philippe Le Guay, Jean-Paul Rappeneau, Julien Rappeneau
Directeur de la photographie : Thierry Arbogast
Musique de Martin Rappeneau
Musiques additionnelles : divers extraits, enchaînés, tirés du premier mouvement du Concerto pour piano en la mineur de Robert Schumann ; extrait d’Hippolyte et Aricie, tragédie lyrique de Jean-Philippe Rameau ; un extrait des Études pour piano, op. 10, de Frédéric Chopin, etc ;
Guillermo Del Toro est un réalisateur de génie. Un réalisateur qui a un sens parfait de l’image, qui transpire le cinéma à chaque scène qu’il tourne et qui ne croit pas que l’on doit forcément faire ressembler un film d’action à clip vidéo où chaque plan dure moins d’une seconde. Guillermo Del Toro est un scénariste nettement moins génial par contre. Son précédent film, Pacific Rim, était superbe mais avec une histoire tellement minimaliste et premier degré qu’il était difficile d’apprécier pleinement ses aspects les plus jouissifs. Un accident de parcours ? Malheureusement, Crimson Peak souffre du même déséquilibre.
J’ai beaucoup parlé de scénario éculé ces derniers temps, j’aurais pu en rajouter une couche avec Crimson Peak. Mais en plus, d’être déjà vu des dizaines de fois, l’histoire est largement cousue de fil blanc et les rebondissements arrivent exactement comme et quand on s’attendait à ce qu’ils arrivent. A ce niveau-là, ce sens du timing pourrait presque être objet d’admiration. Bon, j’exagère peut-être un peu, car le film se laisse globalement regarder, mais il est vraiment dommage de gâcher de telles qualités artistiques avec un scénario si banal. C’est de la confiture donnée aux cochons cinéphiles.
En effet, esthétiquement, Crimson Peak est vraiment superbe. En particulier, les décors sont parfois sublimes. Il est vraiment dommage que l’émotion qu’ils font naître ne viennent pas soutenir une intrigue plus solide. Côté casting, on notera surtout le charisme particulier de Tom Hiddleston. Rarement un acteur est arrivé à être aussi inexpressif tout en étant aussi présent à l’écran. C’est vraiment lui, et son personnage, qui donne le seul supplément d’âme à une histoire qui en manque cruellement. Allez Guillermo, un effort ! Accepte de raconter des histoires écrites par d’autres !
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Production : Legendary Pictures
Distribution : Universal Pictures International France
Faire un film social est un art difficile. Le manichéisme, le misérabilisme, la caricature ou l’enfoncement de portes ouvertes sont autant de danger qui guettent tous ceux qui veulent livrer une réflexion sur tout ce que exclut, fragilise, relègue les plus faibles d’entre nous. Beaucoup de films n’y échappent pas. Cette année, Mon Amie Victoria ou bien la Loi du Marché n’auront pas su éviter tous ces travers. Fatima a-t-il su esquiver tous ces pièges ?
Fatima n’est évidemment pas un film parfait, la perfection n’étant de toute façon pas de ce monde. Parmi les défauts que j’ai cité, on peut lui reprocher peut-être un léger manichéisme, puisqu’il se focalise avant tout sur tout ce qui renvoie l’héroïne à sa condition et ses différences. Du coup, on a un peu l’impression qu’elle ne croise dans son quotidien que des gens indifférents, quand ils ne sont pas détestables. Cela sert évidemment le propos, mais lui donne peut-être un léger côté artificiel, en éludant ce qui pourrait le contredire.
Il n’empêche que la démonstration est brillante, convaincante et particulièrement pertinente. Le casting formidable y est pour beaucoup, le choix aussi d’un film court, percutant et qui s’attache à l’essentiel. Mais le fond de la réflexion présente par elle-même un réel intérêt, en décortiquant ces petits riens, ces attitudes à première vue anodines qui peuvent enfermer autrui dans l’image que l’on s’en fait. Enfin, Fatima se démarque enfin par un certain courage, n’hésitant pas à aborder les rapports au sein même « des exclus ». Bref, tout le monde en prend pour son grade et donne à ce film un caractère objectif et particulièrement éclairant.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Istiqlal Films, Possibles Média
Réalisation : Philippe Faucon
Scénario : Philippe Faucon
Montage : Sophie Mandonnet
Photo : Laurent Fénart
Distribution : Pyramide Distribution
Son : Thierry Morlaas-Lurbe
Musique : Robert Marcel Lepage
Costumes: Nezha Rahil
Autres infos : D’après l’oeuvre de Fatima Elayoubi
J’ai beaucoup parlé ces dernières critiques de scénarios quelque peu éculés et d’idées recyclées encore et encore. Comme si une épidémie de manque d’originalité avait frappé nos grands écrans. Mais cette maladie est-elle si terrible ? Pas forcément, quand on a un talent immense. M. Night Shyamalan en possède un d’un fort beau gabarit, bien qu’il ne l’ait pas toujours utilisé à bon escient. Il le prouve avec The Visit un film dont tous les éléments sont archi connus, mais qui possède une personnalité bien à lui.
The Visit recycle à peu près tous les éléments des films de maisons hantées avec des bruits bizarres et des gens qui ont des comportements étranges et inquiétants la nuit. Si on regarde superficiellement le déroulé du scénario, y compris le twist final, on se dit franchement qu’on a vu ça mille fois et que ça n’a a priori donc pas grand intérêt. Mais le film est rempli de petits détails qui font que l’on se retrouve devant une sorte de parodie tournée avec le plus grand sérieux. Dans un style différent, on retrouve là quelque peu la démarche d’un Quentin Tarantino, c’est à dire se moquer très gentiment de certains clichés des films de genre, tout en leur rendant hommage en les mettant en scène avec talent et application.
The Visit fait donc parfois rire, parfois peur. On est toujours partagé entre deux sentiments et si on sourit très souvent, c’est toujours quand même avec un peu de crispation. M. Night Shyamalan possède de plus ce sens de l’image et de la mise en scène pour créer une ambiance pesante à partir de pas grand chose, ce qui constitue la marque des plus grands films du genre. Mais il ajoute une petite touche en plus, avec un final particulièrement réussi et jouissif, où le cinéaste démontre à quel point tout cela est maîtrisé. Avec ce film, ne doutons pas que le réalisateur s’est fait un petit plaisir… mais qui nous fait également bien plaisir !
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique :
Production : Blumhouse Productions, Blinding Edge Pictures
Distribution : Universal Pictures International France
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