Savoir aller au bout de ses idées est une grande qualité, trop souvent partagée. Mais il faut aussi savoir ne pas aller au-delà. C’est malheureusement ce que ne sais pas faire Gaspar Noé qui nous propose toujours des films très aboutis, originaux, presque conceptuels, mais qui souvent trop long et qui finissent par tourner en rond. C’est à nouveau le cas avec Love, avec lequel il a peut-être raté l’occasion de nous proposer le chef d’œuvre de sa carrière. La prochaine fois peut-être ?
L’idée de base de Love est expliqué par un de ses personnages. Le cinéma parle constamment d’amour mais en éludant le plus souvent les relations sexuelles qui sont pourtant un des fondement de ce sentiment. Pendant près d’une heure et demi, le pari est totalement réussi. Le film nous plonge dans le souvenir d’un amour qui s’est mal terminé. Rien de bien nouveau donc, mais cette fois, on nous raconte toute l’histoire, même la partie la plus intime. Gaspar Noé nous propose même une des plus belles scènes d’amour de l’histoire de cinéma. C’est crue, mais beau, jamais vulgaire et surtout parfois terriblement émouvant.
Puis, à force de voir ce couple faire l’amour encore et encore, on finit tout de même par se lasser. Surtout que peu à peu ces scènes prennent toute la place et il n’y a plus rien à côté. Certes, ce n’est pas non plus gratuit par rapport au déroulé de l’histoire, mais il y a un moment que le spectateur attend autre chose que fellation ou une éjaculation en gros plan. Gaspar Noé cherche visiblement à faire monter son filme en puissance, en même temps que la tension au sein du couple, mais cela produit l’effet inverse sur le spectateur. Il sort du film et l’émotion disparaît.
Gaspar Noé est incontestablement un réalisateur extraordinairement talentueux, avec un sens de l’image et une imagination hors du commun. Ses qualités de conteur ne sont malheureusement pas tout à fait à la hauteur et encore une fois, il laisse la forme prendre totalement le pas sur le fond. Love s’apparente au final plus à un trop long exercice de style, quand il aurait pu être une formidable histoire d’amour. Heureusement, il nous reste le souvenir des quelques moments de grâce que nous propose la première partie.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Les Cinémas de la Zone, RT Features, Rectangle Productions, Wild Bunch
L’autre jour, je me suis fait une soirée nostalgie… Mais pas ma propre nostalgie, mais sur la nostalgie en général, avec deux films traitant du même sujet dans la même soirée. Deux points de vue, deux nationalités, deux âges différents, mais aussi pas mal de points communs. D’un côté, While We Were Young, de l’autre Nos Futurs. Si l’exercice de la comparaison avait un intérêt sympathique en soi, il faut bien avouer que les deux films sont assez moyens.
While We Were Young s’attaque à la crise de la quarantaine, le moment où on se demande si on a bien accompli tout ce dont nous étions capables. Le moment où on commence à prendre peur face au « il est peut-être trop tard ». Le film commence comme une comédie légère et assez classique avec la confrontation de ce couple bien installé dans la vie avec deux jeunes tourtereaux de 25 ans qui vont venir bousculer leur existence. Le ressort est connu et fonctionne sans génie. Puis, l’histoire prend une autre direction, assez inattendue. L’effet de surprise est positif mais on est guère convaincu, car le tournant n’entraîne pas le film vers un propos forcément plus intéressant. Reste tout de même la belle prestation du duo Ben Stiller-Naomi Watts qui nous fait dire qu’à 40 ans, on n’a encore quand même souvent encore de beaux restes !
Nos Futurs assume franchement son statut de comédie. Même si… Ah non, j’en ai déjà dit trop et je voudrais pas gâcher la surprise finale. Cette fois, ce sont deux potes trentenaires qui se penchent sur leurs années au lycée, avec le contraste entre celui qui est bien installé dans la vie et l’autre qui n’a guère changé malgré les années. Ils vont partir à la rencontre de leurs camarades de l’époque, perdus de vue et qui ont évidemment tous pris des directions différentes. C’est sympathique, mais là encore les ressorts sont archi-connus et utiliser de manière souvent poussive. Ca manque passablement de rythme et de punch. Pio Marmaï nous livre un petit numéro dont il a le secret, mais sans non plus donner tout ce qu’il a. Pierre Rochefort est quant à lui assez transparent.
La soirée fut donc quelque peu décevante. A 36 ans, je pouvais pourtant me sentir concerné aussi bien par l’un que par l’autre. Mais dans les deux cas, l’exploitation du sujet est resté trop superficiel et attendu pour vraiment donner de l’intérêt à ces deux films, réalisés avec professionnalisme, mais pas vraiment de génie. Les deux peuvent se regarder un soir de pluie à la télé, mais ne valent pas vraiment le prix d’une place de cinéma.
Une fête d’anniversaire filmée avec un vieux caméscope. Un gâteau, des copines qui chantent. Enfin, une d’elle ne chante pas tout à fait comme les autres. La voix est déjà extraordinaire. Elle a 14 ans. Elle s’appelle Amy Winehouse. Le film a commencé depuis quelques secondes et vous avez déjà le cœur serré. Comme si vous réalisiez enfin que derrière la star dont la déchéance a nourri les tabloïds et les vannes des humoristes, il y avait un être humain. Une petite fille qui à cet âge là était déjà sous antidépresseur et boulimique. Une petite fille qui allait devenir une star mondiale en écrivant une chanson extraordinaire sur le jour où elle a fait le plus mauvais choix de sa vie. Le dernier jour où tout aurait pu changer, le dernier jour où il n’était peut-être pas encore trop tard. Le monde entier a applaudi, fasciné, subjugué par cette voix extraordinaire… Mais sans comprendre ce qu’elle disait… Amy est là pour nous le faire enfin comprendre.
Bon, quittons quelques secondes le costume de spectateur ému pour celui de critique objectif. Amy est un documentaire, donc l’objectivité constitue forcément un critère d’appréciation. Et si l’émotion est aussi forte, c’est aussi parce que les réalisateurs en jouant sur cette corde avec un brio magistral, ils ont sans doute déformé (fortement ? légèrement ?) la réalité. Si la famille est à ce point furieuse contre ce film, notamment son père, ce n’est pas pour rien. Asif Kapadia a légèrement tendance à créer des gentils et des méchants dans l’histoire qu’il nous raconte. Son père a joué une rôle central dans le parcours d’Amy Winehouse, mais c’était très certainement un simple crétin, aussi dépassé par les événements que sa fille. La vision du documentaire est clairement partielle et partiale.
Il n’empêche pas que l’on ne ressort pas de Amy indemne. Comment une telle artiste a-t-elle pu mourir ainsi à 27 ans ? Son histoire n’a malheureusement rien d’unique. Ce n’est pas la première personne à fermer la porte à tous ceux qui veulent l’aider pour se faire entraîner jusqu’à l’auto-destruction par les mauvaises personnes. Ce qui interroge, ce qui dérange, c’est la manière dont le monde a assisté à cette chute sans fin en la considérant comme un prolongement du spectacle. Le film nous fait réaliser à quel point chacun de ses textes n’étaient que le simple récit de sa vie. On ne peut échapper à un certain sentiment de culpabilité. A chaque image du film, on a envie de hurler, de la sortir de là, de revenir en arrière pour jeter sur elle le regard bienveillant qui n’aurait sans doute rien changer, mais qui a tout de même manqué.
Amy Winehouse n’est par morte à cause de moi, du succès, des tabloïds, de son mari (enfin lui quand même…), de son père… Elle est sans doute morte avant tout à cause d’elle-même parce que les mauvais choix restent avant tout les siens. Mais Amy nous fait réaliser à quel point le monde dans lequel elle vivait, auquel nous contribuons tous, ne lui en a pas laissé beaucoup.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Directed by Asif Kapadia
Produced by James Gay-Rees, George Pank, Paul Bell
Connaître un gros succès commercial et critique en France peut ouvrir des portes et des portefeuilles et inciter à tourner en anglais pour toucher un public plus international. Cette transition se fait avec plus ou moins de bonheur, du bide assez complet à la Matthieu Kassowitz à la vraie réussite comme Jean-Pierre Jeunet. Visiblement, c’est la même chose en Italie puisque Matteo Garrone après son très remarqué Gomorra, revient avec un film au casting prestigieux, Tales of Tale, et des moyens importants. Mais n’a-t-il par perdu ainsi un peu de son âme ?
Tales of Tale est l’adaptation de contes très populaires en Italie, qui ont visiblement échappé à la vigilance de Disney au contraire de ceux de Perrault, Grimm ou Andersen. On sent donc chez Matteo Garrone la volonté de faire vivre au cinéma une part de son imaginaire propre, de réaliser très certainement un rêve d’enfant. Le film est clairement l’aboutissement d’une démarche artistique personnelle et n’a rien d’une pure démarche commerciale. Mais du coup, il n’arrive pas vraiment à trouver la bonne distance par rapport à ces histoires qui s’entrecroisent. Trop respectueux très certainement des histoires originales, il ne parvient pas à leur donner un vrai souffle cinématographique. Pour un spectateur, qui comme moi, n’avait jamais entendu parler de ces contes, l’intérêt est du coup quelque peu limité.
On ne s’ennuie pas vraiment, mais on a bien du mal à s’enthousiasmer. Pourtant, la mise en scène est élégante, les costumes et les décors sont magnifiques et voir évoluer dans un même film Salma Hayek, Vincent Cassel ou encore John C. Reilly n’a rien de déplaisant. Mais jamais l’étincelle ne vient vraiment donner une âme à une vision adulte de contes qui ont sûrement bercé l’enfance du réalisateur. Le film a donc du mal à trouver son public. Et nous, dans le public, on a un peu de mal à trouver une porte d’entrée à cette œuvre dont on reste de purs spectateurs sans jamais y entrer vraiment.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Production : Archimède, le Pacte, Rai Cinema, Recorded Picture Company
Réalisation : Matteo Garrone
Scénario : Matteo Garrone, Massimo Gaudioso, Ugo Chiti, Edoardo Albinati, d’après le livre de Giambattista Basile
J’ai souvent écrit sur nos nouveaux Mousquetaires du tennis français. Beaucoup sur Richard Gasquet pour dire à quel point il me frustre. Un peu sur Gaël Monfils, longtemps pour dire à quel point je ne croyais pas en lui, avant de me raviser. Un peu aussi sur Jo-Wilfried Tsonga pour dire que c’est un champion, malgré ses moments de faiblesses. Par contre, comme tous les médias en fait, je n’ai jamais fait qu’évoquer très brièvement Gilles Simon. Pourquoi tant d’indifférence ? Est-ce justice ou bien la rançon de certains insuccès ?
Gilles Simon peut pourtant forcer l’admiration. Une carrière d’une régularité remarquable, naviguant toujours entre un top 10 et un top 20 où on ne rencontre pas de marins d’eau douce. Pourtant, il n’a pas la taille et le service d’un Tsonga, le revers dévastateur d’un Gasquet ou bien l’endurance phénoménale d’un Monfils. Sa présence à ce niveau peut être presque vu comme une incongruité. Cela révèle très certainement une force de caractère hors du commun, celle qui permet de croire en soi, même quand rien ne vous fait penser que cela sera possible. De ce point de vue-là, son parcours rappelle celui de Marion Bartoli…
Mais Gilles Simon peut aussi forcer un certain scepticisme. Parce que qu’il fait preuve d’une remarquable régularité également dans son incapacité à accomplir ne serait-ce qu’une seule fois une performance lui permettant de franchir un cap, ne serait-ce que pour un jour. Si beaucoup de champions français sont capables du pire comme du meilleur, Gilles Simon semble juste capable du moyen. Et à force, cela a quelque chose de désespérant.
Le match de dimanche face à Murray fut tellement révélateur. L’idée de ce billet est né au milieu du deuxième set. Mais il devait au contraire porter sur le fait qu’enfin il tenait son moment de gloire. Son adversaire semblait au bord de la rupture, mené un set et un break et proche d’être terrassé par la fatigue et le découragement. Puis il y eu ce point, terriblement long, terriblement intense, un magnifique combat que Gilles Simon remporta. Chez la plupart des joueurs, cela aurait constitué le dernier coup de poignard achevant un adversaire à genou. Mais ce fut au contraire le Français qui s’éteignit, perdant sa mise-en-jeu alors qu’il menait 30-15, ainsi son break d’avance, puis le set, puis le match face à un Murray ressuscité qui n’en demandait pas tant. Certes, c’est avant tout ce dernier qui est à féliciter, mais tout de même, cela renvoie tellement à ce qu’a toujours été la carrière de Gilles Simon qu’il est difficile de totalement l’exonérer.
Il y a donc une immense différence entre Gilles Simon et Marion Bartoli. Cette dernière a connu son moment de gloire, une victoire à Wimbledon qui forge à lui seul le palmarès d’une immense championne. La carrière de Gilles Simon n’est pas encore finie et peut-être un jour connaîtra-t-il ce moment où le sportif de haut niveau se métamorphose en héros, en porteur de rêves. J’ai malheureusement quelques doutes à ce sujet, mais je serai tellement heureux de me tromper.
En tant que grand fan de cinéma et des comics Marvel, c’est toujours avec une certaine joie, parfois mêlée d’appréhension, que je vais voir chacun des films tirés de cet univers. Il n’y a que la deuxième version de Hulk qui manque à ma culture, j’ai donc été voir Ant-man pour ne pas y creuser un nouveau trou. Non que la bande-annonce ne faisait pas un minimum envie, mais tout de même, le personnage n’appelait pas vraiment à la réalisation d’un grand film. Mais au final, la surprise est plutôt bonne.
Ant-man confirme la réussite de Marvel dans un registre qu’elle a déjà expérimenté avec succès avec les Gardiens de la Galaxie. En effet, ce film mise beaucoup sur une sorte d’auto-parodie à l’humour particulièrement efficace. Il est vrai que le personnage s’y prête d’autant mieux que son concept peut déjà prêter à sourire à la base. On imaginerait mal que le film soit convaincant s’il se prenait totalement au sérieux. Il n’en est rien et en plus l’équilibre entre comique et aventures est vraiment idéal pour ne pas s’ennuyer une seule seconde.
Ant-man brille aussi par les qualités habituelles des films Marvel. Les scènes d’action sont bien menées et spectaculaires. Alors certes, cela manque quand même d’un souffle épique, on se situe largement dans l’anecdotique, mais tout cela permet de passer vraiment un bon moment. On saluera encore une fois le vrai travail d’adaptation avec de très nombreux éléments de la mythologie du comics intégrés avec bonheur au scénario, même si cela échappe quelque peu au commun des mortels. Au final, le film reste un simple et pur divertissement. Mais un simple et pur divertissement vraiment bien foutu.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Marvel Studios
Distribution : The Walt Disney Company France
Réalisation : Peyton Reed
Scénario : Adam McKay, Paul Rudd
Montage : Dan Lebental, Colby Parker Jr.
Photo : Russell Carpenter
Musique : Christophe Beck
Directeur artistique : Nigel Churcher, David Lazan
La fugue comme symbole du passage à l’âge adulte est une figure classique du cinéma. De tels escapades donnent lieu à des aventures souvent sympathiques, bien loin évidemment de ce que ce genre d’acte recouvre dans la réalité. Michel Gondry succombe à la tradition en nous offrant Microbe et Gasoil, un joli film agréable et sans grande prétention.
Microbe et Gasoil abordent des thèmes assez peu surprenants pour ce genre de film : le droit à la différence mis à mal par la pression du paraître liée à l’adolescence (mais disparaît-elle jamais vraiment ?) et les espoirs parentaux, les premiers émois amoureux, l’amitié… Le propos n’a donc rien de très original. Le film brille surtout par ses personnages, ce que ce soit les deux jeunes adolescents que les personnages « secondaires » qui gravitent autour d’eux ou qu’ils croiseront au cours de leurs pérégrinations. L’attachement que l’on ressent pour cette jolie galerie de protagonistes constitue le principal fondement du plaisir que l’on ressent devant ce film.
Microbe et Gasoil permet à Michel Gondry de nous faire une nouvelle démonstration de son imagination visuelle… mais un peu moins que d’habitude. Certes, assez pour donner un surplus de personnalité à son film, mais trop peu pour ne pas ressortir de ce film un petit peu frustré. On sent une certaine retenue chez le réalisateur français qui ne nous avait pas vraiment habitué à cela. Cela aboutit donc à un film plaisant, mais relativement mineur dans la carrière de Michel Gondry.
Je suis quelqu’un de relativement obstiné et têtu. Je dirais bien plutôt tenace, si je veux positiver les choses, mais la différence ne serait que purement rhétorique. Je suis aussi un fervent optimiste. Du coup, je m’acharne à aller voir certaines comédies, alors que les précédentes de la même équipe m’ont vraiment déçu. C’est ainsi que j’ai été voir de nombreux films d’Eric et Ramzy, sans jamais décrocher plus d’un sourire à la fois. De même, j’avais vraiment détesté Mes Meilleures Amies, du réalisateur Paul Feig et avec l’actrice Melissa McCarthy. Pourtant, j’ai été voir Spy du réalisateur Paul Feig et avec l’actrice Melissa McCarthy. Comme quoi, on n’apprend pas toujours de ses erreurs…
Alors certes, il m’est arrivé d’éclater de rire devant Spy. Et plus d’une fois, je l’avoue. Je ne nierai pas un certain nombre de bonnes idées qui dérident de manière soudaine les zygomatiques du spectateur. Mais pour quelques unes percutantes, combien sont sous ou mal exploitées ! Cela tient souvent du gâchis, surtout lorsque l’on rassemble un tel casting. Les personnages constituent d’ailleurs le point fort et la sympathie qu’ils inspirent constitue la principale raison qui nous font supporter tous les passages terriblement lourdingues…
Comme toujours avec ce genre de comédie américaine très premier degré, Spy nous présente son lot d’humour pipi-caca-vomi. Je n’y peux décidément rien, mais cela ne me fait pas rire le moins du monde. Au contraire, pour un gag de cette nature, il me faut cinq gags « propres sur eux » pour passer à autre chose. C’est surtout le côté « passage obligé » que je trouve totalement ridicule. Bref, je n’ai pas trouvé dans ce film assez de densité pour passer outre. Je me suis donc parfois demandé ce que je faisais là. Certes, la vie est courte, il ne faut jamais cracher sur quelques éclats de rire. Mais je m’octroie aussi tout de même le droit d’avoir le rire un minimum exigeant.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique :
Production : 20th Century Fox, Feigco Entertainment
Cela fait un moment que je n’ai pas écrit un billet dans cette rubrique de mon blog. Pourtant, le parti où je milite vient de traverser le moment qui se prête le plus aux analyses et aux commentaires sur sa propre action. Un congrès est une séquence longue qui aura occupé les militants socialistes pendant près de trois mois et qui vient à peine de s’achever avec la constitution des listes pour les Régionales, qui ont largement découlé du résultat des différentes élections internes.
Ce moment de militantisme intense prend évidemment beaucoup de temps… ce qui en laisse d’autant moins pour s’amuser à discourir sur le net. De plus, les affaires internes au PS ne concernent que ses militants et ont déjà trop tendance à s’étaler en dehors pour ne pas en rajouter une couche. En m’inscrivant dans une organisation collective, j’en accepte les règles du jeu et je serai publiquement solidaire de ce qui ressort de ce moment somme toute démocratique, même si le résultat n’est pas celui que j’escomptais. Que ça soit localement ou nationalement. Ceci explique donc mon silence pendant tout ce temps.
Je ne vais donc pas rentrer dans les détails de tout ce à quoi j’ai pu assister pendant ces trois derniers mois. C’était la première fois que je suis autant impliqué dans une telle séquence, c’était la première fois que je me rendais physiquement à un congrès national, j’aurais donc beaucoup à dire sur la manière dont tout cela s’est passé, sur le microcosme politique en général et la manière dont se forment les élites politiques de notre pays. S’il me restait une once d’illusion idéaliste sur ce milieu, je l’ai définitivement perdue. Il me serait donc particulièrement facile de me lancer dans une diatribe contre ces hautes sphères qui ne se soucient guère du brave militant de terrain que je suis, et encore moins du peuple. Je pourrais sombrer dans l’aigreur et le mépris, charger le « système » et ceux qui le font vivre de toutes les fautes, de l’entière responsabilité de tous les malheurs du monde et de toutes les injustices. Mais je laisse ça à d’autres qui le font bien mieux que moi.
Un congrès devrait être un moment d’introspection pour chaque composante du Parti Socialiste. Du 1er secrétaire national au militant de base. Mais ce qui m’a frappé, c’est l’incapacité chronique de chacun à faire son propre bilan avant de faire celui, forcément mauvais, des niveaux supérieurs. Evidemment, cela n’a rien de spécifiquement socialiste, cela se vérifie dans à peu près toute organisation humaine pyramidale. Cela traduit à mon sens une perte du sens collectif que je ressens à tous les niveaux et dont j’ai déjà maintes fois parlé. Personne n’est plus responsable de rien, ne veut surtout pas l’être, mais ne se privera pas d’exprimer son mécontentement à la première décision qui lui déplaît. En tant qu’élu local, je le ressens au travers de l’indifférence décourageante de la population qui ne porte aucun intérêt aux sujets de fond, mais se mobilisera contre le premier immeuble construit en face de chez eux.
Si on en revient au congrès du PS, tout cela donne naissance à la figure du « saint militant », que personne n’osera jamais critiquer, tout comme aucun homme politique ne dira plus jamais « les Français sont de veaux ». Et comme la base ne s’adonne que très difficilement à l’autocritique cela aboutit à des analyses très incomplètes, pour ne pas dire creuses. Le Parti Socialiste ne va pas très bien, il serait difficile de le nier, mais non, ce n’est pas que la faute de François Hollande et de Solférino. La base dont je fais partie est loin d’être exempte de tout reproche, mais comme cette dernière se pose en victime permanente, il est quasi impossible de lui faire admettre quoique ce soit et encore moins de l’inviter à changer.
Ma première réunion de section a suivi directement l’élection de Nicolas Sarkozy, élément déclencheur de mon adhésion. Je me revois encore très bien écouter, un peu intimidé, mes camarades se livrer chacun à leur tour à leur analyse de la défaite. Je me rappelle surtout très bien m’être demandé de quoi ils parlaient… En effet, les discours étaient souvent ceux de militants analysant tout par le prisme de problèmes internes au Parti ayant eu un impact somme toute limité sur l’opinion. Les raisons profondes et réelles de cet échec ne furent que peu présentes dans la discussion. 8 ans après, j’espère avoir conservé la capacité à sortir d’une vision du monde déformée par une pratique militante, qui devient par la force des choses une part importante de son existence. Je n’ai absolument pas la prétention de toujours y arriver et je n’ai donc aucune envie de me poser en donneur de leçons.
Cependant, depuis lors, je me bats auprès de mes camarades pour qu’à mon niveau, au sein de mon parti, nous évitions de tomber dans le piège de cette déconnexion d’avec le monde réel… ou du moins du monde tel qu’il est vécu par la majorité de la population (et même de la seule population de gauche) qui n’est pas adhérente du Parti Socialiste. Pourtant, combien de fois, ai-je entendu un de mes camarades lancer ce reproche aux dirigeants de notre parti, sans considérer une seule seconde que ce travers existe déjà chez lui ? Je me bats pour que l’on arrête de considérer que la distribution de tracts au marché constitue l’alpha et l’oméga du militantisme politique. Je me bats pour que l’on ne sombre jamais dans l’autosatisfaction et l’irresponsabilité.
Ce congrès du Parti Socialiste a été l’occasion pour beaucoup de ses membres de commenter en long et large et en travers, en bien ou en mal, l’action de François Hollande et de ses gouvernements depuis son élection. Personne n’osera dire que le bilan est merveilleux, tout le monde s’accordera sur les erreurs, les manques, les échecs. Mais moi, en tant que militant de base, en tant que simple conseiller municipal, ai-je moi-même réussi la première partie de ce quinquennat ? Je n’en suis pas si sûr. Et cette question, chaque militant devrait se la poser, si ce n’est chaque personne se sentant un minimum appartenir au peuple de gauche.
Alors que le quinquennat était à peine entamé, le peuple de gauche a vu se lever au moment du vote sur le Mariage pour Tous avec une force considérable un peuple réactionnaire que l’on imaginait en voie d’extinction. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le peuple de gauche s’est fait laminer face à ce déluge de haine et d’intolérance. Bien sûr, il est facile de dire qu’il fallait faire autrement, qu’Harlem Désir n’avait pas les épaules pour faire du parti la courroie de transmission d’une vaste mobilisation. Mais chacun de nous, qu’avons-nous fait ?
Je suis élu d’un territoire où se situe le cœur de ce mouvement réactionnaire. J’aurais pu être en première ligne, alors que ma ville était recouverte d’affiches abjectes. J’aurais pu m’exprimer quand le Maire de Viroflay, dont je suis le premier adversaire, s’est exprimé à l’occasion de ses vœux à la population et dans le journal municipal pour affirmer son opposition à la loi Taubira. J’aurais pu faire entendre ma voix quand le monde entier a vu Viroflay recouvert de drapeaux de la Manif pour Tous lors du passage du Tour de France. Au-lieu de ça, j’étais seul à pleurer de honte devant ma télévision. Honte pour ma ville, mais aussi honte de moi. Parce que j’ai choisi la voie de la lâcheté, quand, en accord avec les camarades de ma section, nous avons choisi de ne rien faire, prétendument pour ne pas jeter de l’huile sur le feu… Ne nous voilons pas la face, j’avais juste peur de me faire emmerder, insulter ou pire encore par un des crétins qui peuplent ma ville.
A quelques kilomètres de là, Erwan Binet, le rapporteur de la loi à l’Assemblée, n’a pas eu peur lui. Il s’est retrouvé nez à nez face à des opposants particulièrement agressifs à l’occasion d’un débat qui n’a, du coup, jamais eu lieu. Il ne s’est pas défilé, il n’a pas reculé. Il a beau être député, avoir un parcours d’apparatchik, faire partie de cette élite sur laquelle il serait facile de cracher, il a fait preuve du courage qui m’a manqué.
Et où étions-nous, militants de terrain, quand Marisol Touraine se battait seul contre les médecins, la droite et, avouons-le, une partie de son propre camps pour imposer le tiers-payant ? Où sommes-nous pour défendre la réforme du collège ? J’aurais aimé que le congrès de Poitiers servent aussi à répondre à ces questions. Mais faudrait-il encore que ceux sont à même d’apporter une réponse, c’est à dire tous les militants de base et les secrétaires de section daignent un jour eux aussi se remettre parfois en question…
Mais si j’espère que les militants socialistes soient les premiers à le faire, je ne désespère pas que demain, ce soit enfin tous les citoyens qui se décident à mener cette réflexion… Parce que de la base au sommet, un militant socialiste a au moins eu le mérite un jour de quitter la passivité dans laquelle l’immense majorité se complet. Peut-être que ce jour viendra où les actes remplaceront la litanie des complaintes. Comme quoi, il me reste encore peut-être quelques illusions…
Les chanteurs ayant souvent un destin tragique (on attend tous avec impatience la déchéance de Justin Bieber!), adapter leur vie au cinéma est devenu une idée récurrente chez les scénaristes. Et il faut avouer que le résultat est souvent assez bon, car musique et cinéma forment à la base un couple particulièrement bien assorti. Une nouvelle preuve avec Love & Mercy qui nous raconte le parcours plutôt chaotique de Brian Wilson, leader des Beach Boys. Un film qui nous fait porter un regard neuf sur la musique de ce groupe mythique.
Construire un biopic revient généralement à choisir entre deux options. Soit opter pour l’ordre chronologique bête et méchant, soit construire son scénario à base de flash-backs. Love & Mercy a la bonne idée, pour ne pas dire le bon goût, de se situer entre les deux approches. La démarche retenue n’est pas là simplement pour donner un peu d’originalité à la narration, elle sert réellement le propos qu’elle soutient. Il est du coup particulièrement convaincant, surtout que Bill Pohlad ne succombe pas à la tentation de nous livrer une simple hagiographie d’un artiste qu’il admire visiblement. Au contraire, il nous offre un étude approfondie sur l’acte de création et la folie que cela est susceptible d’engendrer.
Love & Mercy fonctionne aussi grâce à un choix d’acteurs particulièrement judicieux. Bill Pohlad n’a pas cherché à jouer la carte de la ressemblance physique à tout prix. Faire croire que Paul Dano et John Cusack sont la même personne à 20 ans d’écart pouvait paraître un pari osé… Mais un pari parfaitement réussi, car ils incarnent tous deux leur personnage d’une manière assez magistrale pour que cela paraisse au final totalement naturel, pour ne pas dire évident. Un mot également sur deux personnages qui démontrent qu’on n’a pas besoin de porter un costume noir et être asthmatique pour être parfois carrément flippant. Paul Giamatti et Bill Camp sont tout simplement parfaits dans leur rôle de manipulateurs poussant Brian Wilson vers son côté sombre.
Love & Mercy est enfin une autre façon d’envisager la musique de Beach Boys. Une musique qui ne se limitait pas à une simple célébration du soleil californien et des jolies filles… malgré les pressions pour qu’elle s’en tienne à cette recette assurant son succès commercial. Les scènes de création musicales, absolument formidables, vous feront porter une oreille attentive sur les sonorités étranges qui peuplent les instrumentations des Beach Boys. Avec ce film, on ne découvre pas un chanteur parmi d’autre que le succès a détruit, mais un artiste qui se heurte à des logiques qui ne sont pas celles de la création et qui, en broyant son génie, ont broyé l’homme qui le portait.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique :
Production : River Road Entertainment, Battle Mountain Films
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Bill Pohlad
Scénario : Oren Moverman, Michael Alan Lerner, d’après la vie de Brian Wilson
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