Quand on est un militant politique, on rêve de mener un grand combat historique qui rentrerait dans l’histoire. Pour cela, quoi de mieux qu’une dictature qui tombe… Bon le problème, c’est qu’il faut vivre préalablement dans une dictature, ce qui n’est jamais une sinécure. Personnellement, je n’y tiens pas, je renonce donc à vivre une telle expérience. Je me contenterai de les vivre par procuration, en allant voir des films comme No par exemple.
No nous emmène en 1988 au Chili. Sous la pression internationale, le Général Pinochet, un sympathique démocrate, est forcé d’organiser un référendum pour rester au pouvoir. Ses opposants ne sont pas d’illusions et savent le combat truqué et perdu d’avance. Pourtant, ils vont lutter avec les armes qui leur sont offertes, soit 15 minutes chaque jour à la télévision. Pour élaborer leur campagne, ils font appel à un publicitaire jeune et innovant qui va leur proposer un thème central inattendu : la joie !
No nous raconte une grande, une très grande histoire. Ce qui aurait du n’être qu’une anecdote devient un tournant historique pour le destin de tout un peuple. Le tout nous ait raconté avec beaucoup de talent narratif. Il ne se passe rien de spectaculaire, mais Pablo Larrain est parfaitement parvenu à créer une tension, un suspense qui maintient un intérêt constant et une curiosité qui ne faiblit jamais. On entre dans ce combat, on le partage avec ses protagonistes et par la même occasion leurs émotions.
No souffre cependant d’un léger paradoxe. Il nous raconte comment introduire la gaieté, l’énergie et l’humour permettent de remporter un combat politique. Par contre, le film manque quelque peu de ces trois éléments. La réalisation de Pablo Lorrain est sobre, pour ne pas dire un rien tristounette. Le film aurait mérité aussi un peu plus de punch dans la narration et sans doute vingt minutes de moins. Cela n’enlève rien au caractère passionnant de ce qui nous ait raconté. C’est juste que c’est raconté un peu lentement.
En tout cas, No donne une envie folle de se consacrer un peu plus au combat politique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est plus que jamais nécessaire.
Fiche technique :
Production : Fabula, Participant Media, Funny Balloons, Canana Films
Réalisation : Pablo Larrain
Scénario : Pedro Peirano, d’après la pièce de Antonio Skarmeta
Il y a des acteurs qu’on a toujours plaisir à retrouver. D’autant plus quand leurs apparitions sont rares. On sait que les voir à l’écran constituera un moment privilégié qu’il faudra savourer à sa juste valeur. Bill Murray fait partie de ceux-là. Du coup, je n’ai pas voulu rater Week-end Royal, même si j’ai du pour cela me rendre à l’UGC Orient-Express, épreuve toujours pénible pour un cinéphile. J’y ai vu un film plaisant, qui réserve de belles surprises, même si le tout est au final quelque peu inégal.
Mon envie était d’autant plus forte que dans Week-end Royal, Bill Murray incarne un personnage historique que je ne peux évidemment qu’admirer : Franklin Delano Roosevelt. On y découvre la vie privée de ce grand Président. On doit d’ailleurs saluer les auteurs de la bande-annonce de ce film qui n’ont dévoilé qu’une partie du sujet, la rencontre entre le Roi d’Angleterre et le Président des Etats-Unis, et nous laisse découvrir avec surprise ce qui constitue en fait le cœur du film : la relation entre le Président et les femmes. Des relations ni simples, ni monogamiques, vous vous en doutez bien.
Week-end Royal est donc un film riche, mais tout n’est pas traité avec la même réussite. Les meilleures scènes sont les têtes-à-têtes entre Roosevelt et George VI. Entre un Président infirme et un Roi bègue, cela donne quelques échanges savoureux et très intelligents, sur la manière dont le pouvoir déforme l’image que l’on a de ceux qui exercent, qui restent, quoi qu’on le veuille, de simples êtres humains. L’histoire d’amour entre Daisy et le Président, qui constitue vraiment le fil rouge du film, est aussi très agréable à suivre, car jamais cousue de fil blanc du fait de son caractère quelque peu inhabituel. Par contre, beaucoup de personnages secondaires, notamment celui de la Reine Elisabeth, sont moins réussis et les nombreuses scènes qui les mettent en avant sont parfois un peu longuettes.
Week-end Royal n’est donc pas un film politique, mais un film sur ceux à qui sont confiés le pouvoir et le destin des peuples. On a déjà fait mieux sur le sujet, mais le résultat reste quand même très agréable. Et puis, il y a Bill Murray…
Fiche technique :
Production : Daybreak Pictures, Film Four, Free Range Films
Evidemment, quand quelque chose fonctionne bien, il est tentant de vouloir le reproduire. Cela marche bien avec les objets, un peu moins avec les œuvres d’art. L’inspiration ne vient pas sur commande et quand on la force, le résultat est souvent décevant. C’est exactement ce qui semble expliquer qu’A la Merveille, le nouveau film de Terrence Malick, constitue une réelle déception. En effet, en voulant absolument nous livrer un Tree of Life 2, il nous sert un film qui sent le réchauffé et qui manque passablement d’intérêt.
Les détracteurs de la Palme d’Or 2011 soutiendront qu’il n’y a pas de différence entre les deux films, ils sont tout aussi ennuyeux et abscons l’un que l’autre. Les deux films sont en effet constitués de scènes du quotidien, sans réel scénario, avec une voix-off qui débite des propos philosophiques pas toujours hyper compréhensibles. Mais si The Tree of Life réservait surtout des moments de pure magie et de pur émotion, A la Merveille ne réserve rien. Que du vide et du vent.
Certes, Terrence Malick sait toujours aussi bien filmer tout et n’importe quoi pour le rendre sublime. Il y a quelque chose de prodigieux chez ce réalisateur un peu à part et A la Merveille est une nouvelle preuve de ce talent unique. Mais une série de belles images ne font pas un film. Le spectateur attend qu’on lui dise quelque chose. Or il n’y a ici aucun propos. On assiste à la vie d’un couple et aux interrogations d’un prêtre qui vit dans le même quartier, mais dont on se demande bien ce qu’il vient foutre ici. Le tout est commenté par les personnages eux-mêmes en voix-off, qui débitent inlassablement des phrases tellement obscures et creuses qu’elles en deviennent pénibles. On a vraiment envie qu’elles se taisent et qu’on nous remette la Moldau pour pouvoir simplement apprécier ces images, sans que cela soit pollué par ce discours sans intérêt.
Le principal problème de A la Merveille est qu’il nous montre des personnages dont on sait tellement peu de chose qu’on se moque éperdument de ce qu’il peut leur arriver. On mesure surtout la différence de charisme entre Brad Pitt et Ben Affleck. Ce dernier, dans ce rôle quasi muet, est totalement transparent, semble toujours un peu perdu et surjoue systématiquement ses expressions. Tout cela renforce vraiment l’impression d’assister à une version ratée de The Tree of Life.
Le résultat : 112 minutes d’ennui et d’envie de demander à Terrence Malick d’arrêter définitivement la drogue… ou de se foutre de nous en essayant de nous refourguer deux fois le même film !
Fiche technique :
Production : FilmNation Entertainment, Redbud Pictures
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Terrence Malick
Scénario : Terrence Malick
Montage : A.J. Edwards, Keith Fraase, Shane Hazen, Christopher Roldan, MArk Yoshikawa
Voici un texte que j’ai écrit en tant que contribution au forum de la transition écologique organisée par le PS :
Je poste cette contribution en tant qu’ingénieur agronome. En juin 2010, suite au forum des idées consacré à l’agriculture, notre parti avait produit un texte très intéressant, très complet et tout à fait cohérent. Il évitait de nombreux raccourcis ou erreurs dans lesquels il est facile de tomber. Mais en lisant les contributions générales pour notre dernier congrès, j’ai souvent été choqué par les courts passages consacrés à l’agriculture. Des propos généralement sans intérêt, car totalement caricaturaux.
Pour commencer et avant de trouver des solutions pour aboutir à une évolution des modes de production des denrées agricoles, il est primordial d’arrêter de tomber dans un certain nombre de travers :
-ne jamais perde de vue que le but premier de l’agriculture est de produire des denrées alimentaires en quantité suffisante pour nourrir l’humanité. On a trop souvent tendance dans notre pays, qui se sait à l’abri de toute pénurie, à ne plus penser qu’au qualitatif, comme si le quantitatif n’avait plus aucune importance. Par contre, il faut évidemment considérer la durabilité des modes de production. Il s’agit bien de nourrir la population d’aujourd’hui et de demain. Pour cela, il ne faut pas détruire les ressources naturelles, ne pas produire des denrées qui nuisent à la santé et continuer à avoir des agriculteurs pouvant vivre de leur travail. L’usage avec une connotation négative du terme « productivite » est donc particulièrement malheureux, mais puisque c’est l’usage, je vais l’employer moi aussi dans ce texte.
-arrêter de repeindre les choses en noir et blanc, avec d’un côté les gentils agriculteurs bio et de l’autre les méchants agriculteurs « productivistes ». Une exploitation agricole peut être gérée de multiples façons, avec un bilan environnemental toujours différent. Il existe tout un panel de pratiques sur lequel on peut coller des étiquettes (agriculture bio, raisonnée, de précision, écologiquement intensive…) parce que cela facilite la compréhension, mais cela se révèle toujours réducteur. Il ne faut pas non plus oublier que l’agriculture biologique n’est qu’un label avec un cahier des charges extrêmement contraignant. Beaucoup d’agriculteurs ont aujourd’hui des pratiques culturales proches de l’agriculture biologique mais n’ont aucun intérêt à se faire labelliser et n’ont donc aucune raison de le faire. Réduire les politiques publiques à un développement de l’agriculture biologique, comme c’est souvent le cas, n’est donc en rien gage d’efficacité. Il vaut mieux n’avoir que 10% d’agriculture biologique à côté de 90% d’agriculture non labellisée mais qui limite son impact sur l’environnement, que 30% d’agriculture biologique avec 70% d’agriculture extrêmement « productiviste » à côté.
-arrêter de croire que rien n’a changé depuis 50 ans. Les pratiques ont déjà largement évolué dans le bon sens. Et ce pour une simple raison : les produits phyto-sanitaires coûtent cher. En tant que produits chimiques, ils suivent le prix du pétrole et leur coût donc pèse donc fortement sur la rentabilité des exploitations. Personne n’épand plus de l’engrais en masse comme ça pouvait se faire il y a plusieurs décennies. N’oublions jamais que ce n’est pas l’engrais qui pollue, mais l’engrais qui n’est pas absorbé par la plante. Cette fraction pollue et représente également un gâchis financier pour l’agriculteur, puisqu’il aura payé à prix d’or un produit qui ne remplit pas sa mission. Malheureusement, les cycles de l’eau sont parfois très lents et beaucoup des molécules utilisées hier ont une durée de vie très longue et vont rester présentes dans l’environnement pendant encore des décennies. Il y a une inertie très forte et les évolutions d’aujourd’hui ne donneront des résultats visibles que dans de nombreuses années.
-arrêter de penser qu’une petite exploitation est forcément plus vertueuse qu’une grande. C’est une idée qui ne repose sur rien et qu’on peut même juger contraire à la réalité. En effet, un exploitant qui possède une surface très importante pourra plus facilement, voire même aura intérêt, à adopter des pratiques culturales plus extensives. A l’inverse, ne posséder qu’une surface limitée implique d’optimiser la valeur ajoutée obtenue sur chaque hectare afin de dégager un revenu et donc de produire au maximum.
Il faut aussi avoir quelques éléments à l’esprit avant de chercher à élaborer une politique agricole efficace et pertinente :
-le revenu de beaucoup d’agriculteurs dépend exclusivement des aides. Sans elles, aucune exploitation céréalière, je dis bien aucune, n’existerait aujourd’hui. Avant la hausse des cours de ces dernières années, la rentabilité d’une telle exploitation était au mieux égale aux montants des aides. C ‘est à dire que sans elles, un céréalier ne pouvait espérer au mieux que de ne pas perdre d’argent. Il faut donc bien comprendre l’enjeu pour cette profession du montant des aides. Les diminuer, c’est diminuer directement leur revenu. Pour certains, cela ne nous arrachera pas de larmes, mais cela reste une minorité. Il faut se demander combien d’entre nous accepterait une diminution de salaire brutale suite à un changement de politique publique avant de juger certaines réactions.
-la rentabilité du capital en agriculture est extrêmement faible, environ 3% pour les exploitations les plus performantes. Avec les cours actuels, les exploitations céréalières atteignent certainement des chiffres supérieurs, mais s’interroger sur la pérennité de cette hausse est un autre débat dans lequel je ne rentrerai pas ici. Cela revient à dire qu’un agriculteur a presque toujours intérêt à vendre son exploitation et à placer l’argent. Cela implique surtout que l’investissement y est particulièrement délicat et n’est possible que parce que les agriculteurs ont leurs revenus largement garantis. Si la politique agricole commune le expose à des risques plus importants, les investissements nécessaires aux changements de mode de production seront d’autant plus difficiles.
Je prêche pour ma paroisse, mais l’agronomie est une science complexe et comprendre comment une exploitation fonctionne est un exercice qui demande de solides connaissances. Beaucoup de gens jugent l’agriculture, comme si c’était quelque chose de simple, alors qu’ils n’auraient aucun avis sur les procédures de contrôle des avions, n’étant pas eux-même ingénieurs aéronautiques. C’est un sujet qui touche chacun de nous, les discours trop simplistes font peut-être plaisir à une partie de notre électorat, mais cela ne peut pas aboutir à des politiques cohérentes et pertinentes. Sans parler de l’impact que cela auprès de la profession agricole. Employer le terme d’empoisonnement pour parler d’une activité qui nous nourrit et nous a mis à l’abri de la famine grâce à une augmentation de la production est évidemment très mal vécue. Ce terme s’est pourtant retrouvé dans plusieurs contributions, oubliant peut-être que cela revient à accuser une partie des agriculteurs de tentative de meurtre.
Une fois tous ces éléments pris en compte, quels pistes pour avancer :
-soutenir l’innovation que ce soit au niveau de la recherche fondamentale que dans les exploitations elles-mêmes. Les choses ont déjà largement évoluées, mais il reste tout de même une inertie non négligeable. Elle tient à la résistance naturelle au changement, mais aussi, comme je l’ai souligné plus haut, aux difficultés à financer ces évolutions dans les exploitations, qui ne peuvent pas toujours prendre d’importants risques financiers. La mutation des pratiques ne peut donc qu’être lente. Les travaux de l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) vont évidemment désormais tous dans le sens d’une agriculture durable. Mais j’ai pu constater lors de mes études au début des années 2000 que cette évolution a été lente et a démarré avec une ou deux décennies de retard. Il s’agit maintenant de le combler.
-avoir des politiques territoriales cohérentes. S’il y a bien une activité économique dont le fonctionnement dépend de la nature du territoire, c’est bien l’agriculture. Terroir, géologique, relief, nature des sols, pressions urbaines, autant de paramètres qui vont déterminer la direction la plus pertinentes à suivre. Mais là encore, il faut veiller à ne pas rentrer dans les clichés et les fantasmes. Il faut aussi accepter les expertises agronomiques et techniques. Par exemple, développer le maraîchage sur le Plateau de Saclay est peut-être très tendance, mais il s’agit d’un des meilleurs plateaux céréaliers au monde et il doit donc garder cette vocation principale, puisque c’est dans ce genre de terres que l’on peut obtenir de bons rendements en céréales sans intrant. Mais à l’inverse, combien de parcelles avec une pente bien trop forte pour que les engins agricoles y fonctionnent sans consommer une maximum de carburant ont perdu leur nature de pré pour devenir de la grande culture dans le cadre de la PAC de 1992 ?
-utiliser le levier financier intelligemment et non comme une punition. Mais pour cela, il faut que des pratiques de substitution existent. C’est alors la transition vers elles qui doit être financée. Mais il faut laisser aux agriculteurs leur autonomie et faire appel à leur propre expertise. Les mesures aussi technocratiques que les bandes enherbées, qui partent d’une bonne intention mais dont la mise en œuvre s’est révélée parfois être un enfer, doivent laisser place à des politiques visant à améliorer le fonctionnement de l’exploitation dans sa globalité. Bien sûr, cela passe par des moyens de suivi et de contrôle pas forcément faciles à créer. Mais rappelons-nous que moins de fuel et moins d’intrants, c’est autant moins de charges pour les exploitations. S’ils peuvent maintenir des rendements acceptables, les agriculteurs auront tout intérêt d’effectuer la transition vers des pratiques qui les limitent. La politique des Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE) mis en place sous le gouvernement Jospin allait dans ce sens. Leur mise en œuvre s’était révélée délicate et insatisfaisante, mais c’est vraiment dommage que la droite ait tout simplement abandonné cette idée au lieu de chercher à l’améliorer.
-enfin le volet réglementaire doit être activité lorsqu’il est nécessaire d’interdire l’usage de produits nocifs pour la santé ou la qualité de l’environnement. Mais il faut le faire en mesurant les bénéfices et avantages. Encore une fois, diminuer les quantités de denrées produites n’a rien d’anodin. Notre pays est exportateur de céréales, ce qui signifie qu’il contribue à nourrir le monde, au-delà de notre pays. Une expertise indépendante de tout lobby est donc plus que jamais indispensable. Facile à dire, je sais bien…
Le calvaire est enfin terminé. Le tournoi 2013 se termine certes sur une victoire, mais aussi sur une dernière place, alors qu’on avait parlé de Grand Chelem avant le début de la compétition. Battre une Ecosse qui manque terriblement de puissance physique constituait le minimum syndical pour ne pas se couvrir d’une honte totale. C’est chose faite, mais vue la manière, il n’y pas de quoi pavoiser. La première mi-temps notamment fut d’une désespérante faiblesse et l’équipe de France n ‘a vu la lumière en seconde uniquement parce que le XV au chardon a baissé de pied physiquement.
On dit souvent pour se rassurer que c’est dans la défaite que l’on apprend et que l’on grandit. On peut donc s’attendre à un Tournoi riche en enseignements et voir le XV de France prendre une bonne dose de maturité. Tout cela n’est évidemment qu’un poncif comme les commentaires sportifs les aiment tant. Il n’y a rien à retenir, rien à sauver de cette compétition. Le projet de jeu n’a pas avancé et on aurait bien du mal à dégager une colonne vertébrale, si ce n’est le seul Picamoles. La sortie sur blessure de Frédéric Michalak, si décevant, peut nous faire penser que le chantier de la charnière va encore être remis sur l’ouvrage.
On peut donc s’attendre au pire à l’été en Nouvelle-Zélande. Mais quand on connaît un peu l’histoire du rugby et du XV de France, rien n’est impossible et on peut aussi s’attendre au meilleur.
Hier a eu lieu un événement d’une portée considérable, un vrai séisme… Non, je ne parle pas de l’élection d’un pape sud-américain, dont on a abondamment parlé (et qui constitue tout de même un événement un peu plus remarquable que le fait qu’il neige parfois en hiver, admettons-le). Je parle du rejet, à une quasi unanimité par le parlement européen du projet de budget de l’Union. Imaginez en France si droite et gauche confondues votaient d’une seule voix contre un budget proposé par le gouvernement. On serait alors dans la situation d’une crise majeure dont tous les journaux feraient leur une et qui animerait toutes les conversations dans notre beau pays.
Mais voilà, l’Union Européenne organise bien des élections, mais ne constitue pas un espace politique et démocratique, au moins dans l’esprit de nos concitoyens. L’Union Européenne a bien un budget, mais d’un montant anecdotique. L’Union Européenne a une monnaie, mais pas de gouvernance économique. Bref, on n’a pas à chercher bien loin les raisons profondes de cette indifférence. Surtout que cet épisode n’est qu’un énième rebondissement d’un feuilleton qui a mis en lumière depuis 2008 les graves problèmes de fonctionnement des institutions européennes, feuilleton qui commence sérieusement à lasser, surtout qu’il n’est pas toujours très aisé d’en comprendre les subtilités.
Les élections européennes de l’année prochaine pourraient bien tourner au désastre. Tout le monde prédit une abstention qui atteindra de nouveaux sommets et surtout une arrivée massive de députés franchement opposés à la construction européenne. Or, le vote d’hier montre bien que le Parlement Européen est le dernier endroit où cette notion semble réellement intéresser des décideurs politiques, à l’inverse de la défense des égoïsmes nationaux pratiquée par les différents chefs d’état européens. Si demain, il ne joue plus ce rôle, on peut être très inquiet sur l’avenir de la construction européenne, pourtant plus que jamais nécessaire.
Je resterai cependant optimiste. Pas forcément pour 2014, mais à plus long terme. Il ne faut pas que la conjoncture nous empêche d’avoir du recul sur un phénomène qui est à l’œuvre depuis plus d’un demi-siècle. La crise que nous traversons est à la fois économique et politique (mais l’un peut-il aller sans l’autre?) et il est quelque part logique que l’Union Européenne et ses institutions y soient plongée. Certains y voit le problème, d’autres la solution. Elles sont pourtant ni l’un, ni l’autre. Elles sont un outil dont l’efficacité dépend de la manière dont l’utilise. Elles sont un chemin que l’on peut toujours tracer en direction du mur plutôt que de la sortie. Mais elles sont à une échelle qui nous permettra d’exister dans un monde plus que jamais ouvert et qui n’a pas grande pitié pour les petits et les insignifiants.
Il y avait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de parler de Lionel Messi, l’homme qui nous fait vite manquer de superlatifs. Il faut dire que le Barca avait quelque peu baissé le pied la saison dernière en n’étant ni championne d’Espagne, ni championne d’Europe. Quand on parle de ce qui est peut-être la meilleure équipe de tous les temps, on est évidemment particulièrement exigeant. Le déclin semblait même définitif après le match aller à Milan et une défaite sèche 2 à 0, qui rendait la situation quelque peu compromise.
C’était sans compter sur l’extraordinaire talent de l’attaquant argentin. Un éclair de pur génie dès la 5ème minute a mis son équipe sur les rails pour un renversement de situation net et sans bavure. Un score de 4-0 qui montre bien la différence entre une équipe européenne de haut niveau et le FC Barcelone actuel, une équipe taillée pour l’histoire. Un collectif incroyablement bien huilé formant un magnifique écrin pour un Lionel Messi à qui on aurait presque déjà envie d’accorder un nouveau Ballon d’Or. Il reste le meilleur joueur du monde, c’est incontestable. Avec 40 buts déjà marqués en championnat, il fait passer les 24 inscrits par Zlatan, dans un championnat tout de même moins relevé, pour une performance totalement anodine.
Tous les amoureux du beau football ont été particulièrement heureux de retrouver le FC Barcelone qui nous a tant émerveillés depuis 5 ans. Et quand on pense que Lionel Messi n’a que 25 ans, on se dit qu’il a encore le temps de connaître enfin la consécration internationale avec l’équipe d’Argentine pour briller définitivement au firmament de l’histoire du football.
Youpi, on n’a pas perdu ! Après avoir écrit un billet sur les trois dernières défaites du XV de France, il fallait bien que je souligne cette fois-ci les immenses progrès accomplis, puisqu’on est passé de la défait au match nul… Bon, on aurait préféré une victoire, mais en ces temps de disette, on ne va pas non plus faire la fine bouche. On aurait aussi aimé assister à un beau match de rugby, mais là encore c’est sans doute trop demander car le niveau général de ce Tournoi pourrait nous amener à remettre en question l’intérêt d’organiser une telle compétition tous les ans. On s’ennuie ferme !
Le XV de France aura donc joué 15 minutes en quatre matchs. Si on veut vraiment positiver, on se dira que ce sont les 15 dernières, donc il n’y a pas de raison de ne pas continuer sur cette lancée. Si on veut se montrer plus réaliste, on constatera que les 65 qui ont précédé ont été assez désespérantes, en deçà même du niveau affiché face à l’Angleterre. L’esprit des tests matchs de l’automne est définitivement mort et il n’y aura vraiment rien à sauvé de ce Tournoi 2013, même si les Bleus venaient à l’emporter brillamment face à l’Ecosse le week-end prochain.
En 13 ans, de 1900 à 1913, Paris a vu se créer 10 lignes de métro. 3 autres naîtront pendant l’entre-deux guerre. Depuis, il ne s’était pas passé grand chose. La création du RER a certes eu un impact réel, mais son développement s’est étalé sur près de 50 ans. Mais le développement de la métropole parisienne s’est poursuivi sans que l’offre de transport ne suive, engendrant les difficultés que l’on connaît aujourd’hui. Et surtout, quasiment tous les liaisons ont été pensées pour relier la banlieue à Paris, alors qu’une majorité des déplacements quotidiens des Franciliens se fait de banlieue à banlieue.
C’est donc une véritable révolution que nous propose le projet du Grand Paris Express. En une quinzaine d’années devraient naître autant de kilomètres de voies nouvelles et de gares que n’en compte le métro parisien aujourd’hui. Le réseau sortira également de son schéma en étoile pour enfin connecter des territoires de petite et grande couronne sans passer par le centre de la capitale. Un projet ambitieux qui répondra à des besoins qui existent depuis bien longtemps. Mais pourquoi alors avoir attendu aussi longtemps ?
Il serait tentant de dénoncer une inertie propre à notre époque. Il faut pourtant savoir que le premier projet de métro parisien date de 1854. Il aura donc mis 46 ans pour voir le jour. La lenteur des décisions n’est donc pas nouvelle, même si ce coup-ci, on n’a plus l’excuse d’une innovation technique sans précédent. Il y aura bien quelques débats politiciens sur les modalités exactes, le calendrier ou le financement, mais le projet fait l’objet d’un consensus quant à son utilité. Que dis-je, sa nécessité.
Le calendrier prévisionnel prévoit 15 ans de travaux, ce qui fut la durée de la création de l’essentiel du réseau du métro parisien. Malheureusement, on peut s’attendre à ce que cette durée se voit allongée par tous les obstacles propres à notre époque et la lourdeur de notre société. Combien de recours, de contre-temps, de procédures interminables viendront bousculer ce calendrier initial ? Je joue peut-être les oiseaux de mauvais augure, mais ma maigre expérience dans le domaine de l’urbanisme m’a montré à quel point tout peut devenir un enfer, même quand le projet est objectivement indispensable. Les pertes d’énergie, de temps et de croissance qui en résultent sont particulièrement dommageables à notre économie et à notre société.
Reste le problème du financement. On a déjà longuement parlé de la revalorisation du coût prévisionnel du projet. Parions que ce n’est pas la dernière et que le budget sera allégrement dépassée, comme pour tous projets de ce type, forcément soumis à une part d’incertitude. Par contre, il est inquiétant que l’on considère le financement d’un tel projet comme une difficulté. Toutes les études montrent à quel point il apportera une valeur ajoutée aux territoires, et plus largement à l’économie francilienne, dépassant de très loin le coût de construction.
Voici typiquement le genre d’investissements publics utiles et rentables qui devraient pouvoir se financer sans difficulté, sans forcément passer par les marchés financiers. En Europe, on s’est interdit les prêts directs de la banque centrale aux états, ce que l’on résume par faire tourner la planche à billets. Certes, on connaît les effets néfastes d’un abus d’une telle pratique. Mais pourquoi donc se condamne-t-on au tout ou rien ? Financer ainsi un tel projet, qui aboutira à la création d’un actif bien réel et qui engendrera de la valeur ajoutée, n’aura pas d’impact inflationniste, comme si l’on avait créé de l’argent qui ne vaudrait rien. Mais voilà un tabou qui n’est malheureusement pas prêt de tomber, tant l’orthodoxie économique en vigueur, qui a pourtant largement prouvé son inefficacité et son côté destructeur, dicte encore sa loi.
En tout cas, le Grand Paris Express représente bien un projet historique dont on ne mesure certainement pas encore l’impact. Espérons donc qu’il voit rapidement le jour pour le bien des millions de Franciliens qui font face à une offre de transport inadaptée à leurs besoins.
Comme il semble chaque jour un peu plus improbable que je devienne George Clooney plus tard dans la vie, je viens de changer d’ambition et de décider de devenir finalement Jean Dujardin. Parce que franchement, à chaque nouveau film, notre star nationale gagne en classe et en charisme. Nouvelle preuve avec Möbius, un polar plutôt bien foutu (je rajouterais pour un film français, si j’étais mauvaise langue), qu’il éclabousse de son talent même s’il ne peut en gommer tous les défauts.
Le scénario de Möbius a pour moi une grande qualité, celle de se concentrer sur l’essentiel. Du suspense et de la tension qui provoquent un vrai intérêt chez le spectateur et qui arrive donc à se passer des rebondissements et des contre-pied à répétition qui sont devenus la norme pour ce genre de film. Une intrigue qu’on pourrait qualifier à l’ancienne et qui nous porte tout au long du film avec beaucoup de plaisir. Il est simplement dommage que tout cela aboutisse à un dénouement à rallonge pas hyper convaincant, avec pour moi quelques incohérences (ou alors quelque chose m’a échappé) qui donne un peu l’impression qu’Eric Rochant ne savait pas trop comment conclure. Cela n’enlève rien par ailleurs à sa très belle réalisation.
Un mot tout de même sur l’autre star de ce film, Cécile de France. Si on connaît son immense talent depuis fort longtemps, on est vraiment heureux de la voir quitter dans Möbius ses habits de femme-enfant pour celle d’une adulte. Elle ne perd rien de son charme bien au contraire. Elle y gagne en assurance et en impact dans son interprétation. Comme une deuxième naissance pour devenir définitivement une très grande actrice.
Möbius est un polar globalement maîtrisé qui nous maintient sous tension tout du long, mais se montre un peu plus hésitant au moment d’achever le chemin.
Fiche technique :
Production : Samsa Films, Recifilms, Axel Films, Artémis Productions, Les Productions du Trésor
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