Dans un billet forcément excellent (puisque c’est moi qui l’ai écrit) et que vous avez forcément lu (puisqu’il est excellent et que je l’ai écrit) en date du 28 février 2010, intitulé « Administration mon Amour », j’écrivais ces mots remarquables : « Depuis que je m’occupe seul dans la gestion d’une entreprise, j’ai pu me rendre compte par moi-même de ce qu’est réellement la sur-administration de la société française. On entend souvent les gens se plaindre de la paperasserie administrative… et bien ils n’ont pas complètement tort de le faire, aussi bonnes soient les raisons qui se cachent derrière chaque procédure. » Je peux donc faire preuve aujourd’hui d’une certaine autosatisfaction lorsque François Hollande a parlé de son choc de simplification, suivie des annonces d’aujourd’hui de Jean-Marc Ayrault. En effet, je peux le clamer haut et fort : « je l’avais bien dit ! ».
L’idée lancée de François Hollande constitue tellement une bonne idée que ce n’est pas du tout lui qui l’a eue. Il s’agit d’une patate chaude que tous les gouvernements se sont gentiment refilés, commandant rapports sur rapports, laissant le problème grossir, sans y apporter de solution. Professionnellement, je suis assez bien placé pour affirmer sans parti pris que ce n’est pas un petit sujet. En effet, je gère seul ma structure, je travaille en lien avec des collectivités et j’ai bénéficié de subventions publiques. Quand on parle de croissance perdue (sous forme d’énergie et de temps) du fait des délais de réponse, de la complexité et du nombre des démarches, de la difficulté à trouver les bons interlocuteurs, du manque de suivi qui plonge dans une incertitude décourageante, on n’imagine souvent rarement à quel point le problèmes est délirant dans notre pays. Les projets peuvent perdre facilement un an, voire plus, simplement en attendant un oui ou merde de la part d’un acteur public (je le vis actuellement), ou même parfois privé. Notre culture est administrative, bien au-delà des fonctionnaires, il suffit de voir ce qu’on nous demande pour louer un logement…
Reste à passer des discours aux actes. Là n’est pas le plus facile et tous les gouvernements s’y sont tous cassés les dents, renonçant généralement avant même de vraiment essayer. Pourtant, c’est plus que jamais le moment de s’y mettre sérieusement pour trois raisons :
-comme je l’ai dit, comme tout problème cumulatif, chaque année de perdue amplifie le problème
-on n’a plus que jamais besoin de croissance… Evidemment, il ne faudra pas se contenter d’un coup de plumeau pour que cette politique soit efficace, mais un bon coup de balai.
-cette politique ne coûte rien, ne lèse personne. Au contraire, elle permet des économies !
Bref, du pain béni à l’heure qui est. Malheureusement, on peut s’attendre à des levées de bouclier de partout, chacun souhaitant voir abroger la norme du voisin, simplifier la procédure d’en face… Il faudra donc du courage pour une politique d’ampleur. Un courage que personne n’a jamais eu. Un bon test pour la prétendue mollesse de notre cher Président.
Tous les supporters du PSG sont dévorés d’impatience. Et je ne parle pas du match de demain soir, même si j’aurais pu. Non il s’agit d’une autre sorte d’impatience, plus profonde, qui a eu le temps de grandir pendant 19 ans… Putain 19 ans… Oui, je le dis à chaque fois, mais bon, allo, 19 ans !!! Non, ce qu’attend vraiment le supporter du PSG, c’est bien de voir son équipe enfin à nouveau championne de France.
La défaite de Lyon hier soir a permis au club parisien de poser une main sur le trophée. 8 points d’avance à 8 journées de la fin sur son principal rival commence à devenir une marge confortable, même s’il doit encore lui rendre visite. Certes, son dauphin est désormais Marseille, à 7 points. Il y a quinze jours, on promettait au club phocéen une éjection du podium et le voilà finalement repassé à la deuxième place. Comme quoi, tout va très vite en football, phrase passablement éculée, mais qui comme souvent dans ce genre de cas possède un fond de vérité.
Si tout va très vite, on peut encore imaginer un scénario où le PSG, surtout s’il est absorbé par la Ligue des Champions, perdrait le fil du championnat pour être coiffé sur le poteau. Cela devient de plus en plus improbable, mais pas encore impossible. Les Parisiens vont enchaîner deux déplacements de suite, dont un premier périlleux à Rennes, entre les deux matchs contre le Barca. Si à la sortie de ces deux prochaines journées de championnat, il conserve son avance, on verra mal alors ce qui pourrait alors lui arriver. Surtout, que même en faisant preuve d’optimisme comme moi, on peut aisément parier sur le fait que le PSG n’aura alors plus que les compétitions nationales (Coupe et championnat) à son programme.
En attendant, demain sera un jour pas comme les autres pour les supporters du PSG. Car un quart de finale de Ligue des Champions contre le FC Barcelone, on l’attendait aussi depuis longtemps. Pas 19 ans, mais 18… Et c’est long aussi 18 ans…
Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus beau ? Ryan Gosling ou Bradley Cooper ? Bradley Cooper ou Ryan Gosling ? Difficile de les départager, surtout quand ils se montrent aussi brillants l’un que l’autre dans le très beau The Place Beyond The Pines. Une histoire de gendarme et de voleur, qui épouse les deux points de vue. Un thème qui a toujours irrigué le cinéma, mais qui tient là une vision originale et brillante.
The Place Beyond the Pines est un film en trois parties. En dire plus serait criminel, tant le scénario dans sa construction même est plein de surprises et est intimement lié au cœur de l’intrigue. On regrettera simplement que la dernière partie soit peut-être un peu trop longue, alors que le spectateur est impatient d’arriver à la conclusion. Mais c’est bien le seul et léger reproche que l’on peut faire à ce film, qui n’est en fait pas un polar, mais un film riche sur les rapports humains et familiaux, la culpabilité ou encore l’adolescence.
Tout cela donne une galerie de personnages complexes et profonds, offrant une grande part de son intérêt à The Place Beyond The Pines. Surtout que ce dernier est sublimé par la qualité de l’interprétation de nos deux stars, l’un ténébreux, l’autre tout en séduction. Si on ajoute à ça, une réalisation léchée à la fois sublime et discrète, on aboutit à un des meilleurs films de ce premier trimestre.
Fiche technique :
Production : Focus Features, Sidney Kimmel Ent., Electric City, Verisimilitude, Pines Prod., Silverwood films, Hunting Lane
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Derek Cianfrance
Scénario : Derek Cianfrance, Ben Coccio, Darius Marder
En écoutant les nombreux commentaires qui ont suivi l’intervention de François Hollande jeudi dernier, nous apprenons surtout que malheureusement notre Président n’est pas Wiston Churchill. Il est vrai que le sang et les larmes sous les bombes allemandes, ça avait quand même plus de gueule qu’une heure à la télé devant la coupe de cheveux et le strabisme de David Pujadas. On peut comprendre la déception. C’est sûr qu’on ne verra jamais « l’interview de François Hollande, le film… ».
Qu’attendait-on de lui en disant ça ? Qu’il arrive à nous convaincre que c’est vraiment la merde et qu’on va en chier pour en sortir ? Non mais sans déconner, qui n’est pas déjà au courant ? C’est vrai qu’on a tout à fait besoin d’une heure d’interview en prime time pour en être définitivement convaincu. Par contre, dès qu’il aura le malheur d’être un minimum concret, de sortir la boîte à outils comme a dit Pujadas, on lui reprochera alors d’être trop technique. C’est vrai, autant prendre les Français pour des crétins incapables de comprendre quoique ce soit…
Voici une nouvelle démonstration d’une forme grave d’infantilisation de l’électorat. Cela rappelle le discours que l’on doit servir à un marmot pour qu’il accepte de prendre son médicament sans broncher. Comme si le traitement allait être plus efficace, si le parent se montre éloquent ! Il serait quand même bon quand même que le citoyen moyen s’intéresse avant tout à la pertinence de la prescription. Après, libre à chacun de critiquer le contenu de l’ordonnance…
Adapter au cinéma un roman de Denis Diderot en 2013 peut sembler une drôle d’idée. Surtout quand le livre en question, la Religieuse, n’est pas vraiment un roman d’aventures intemporel. Pourtant, Guillaume Nicloux a pleinement réussi son pari avec un film convaincant, à défaut d’être totalement passionnant. Un film qui nous montre bien que même si les années et les mœurs passent, les êtres humains sont toujours les mêmes.
Bien sûr, on envoie rarement de nos jours sa propre fille moisir au fond d’un couvent parce qu’on ne peut pas lui payer de dot pour la marier. Mais on retrouve dans la Religieuse le thème de l’individu broyé par le système et la société qui reste, et restera sûrement toujours, actuel. Si les circonstances sont différentes, les mécanismes restent les mêmes, de la destruction de la volonté individuelle au mépris de celui qui cherche à se révolter de la part de ceux qui ont accepté de subir. Ce film est donc un peu plus qu’un simple film historique en costume, même si au final le scénario est un peu répétitif et aurait été mieux exploité avec un bon quart d’heure de moins. Reste le plaisir d’admirer le jeu remarquable de la jeune Pauline Etienne et un contre-emploi surprenant (c’est le propre du contre-emploi me direz-vous…) de Louise Bourguoin en mère supérieure sadique.
Fiche technique :
Production : Les films du Worso, Belle Epoque Films, Versus productions
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Guillaume Nicloux
Scénario : Guillaume Nicloux, Jérôme Beaujour, d’après l’oeuvre de Diderot
Montage : Guy Lecorne
Photo : Yves Cape
Musique : Max Richter
Directeur artistique : Olivier Radot
Durée : 114 mn
Casting :
Pauline Etienne : Suzanne Simonin
Françoise Lebrun : Mère Supérieure du couvent Sainte Marie
Isabelle Huppert : Mère Supérieure du couvent Saint Eutrope
Louise Bourgoin : Mère Supérieure du couvent Sainte Marie
Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri forment un couple que l’on peut considérer comme un pilier du cinéma français. Rarement décevants, ils nous livrent régulièrement des comédies des mœurs à la française qui saisissent les petits travers et péripéties de nos quotidiens ordinaires. Touchants et drôles, leurs films nous renvoient à nous-même, tout en nous livrant souvent de belles histoires. Avec Au Bout du Conte, ils ont essayé d’enrichir leur palette d’artiste, en nous proposant une réalisation et une narration plus originales. Malheureusement, l’exercice est loin d’être totalement maîtrisé.
A Bout du Conte est un film où plusieurs intrigues parallèles se croisent, les protagonistes étant liés entre eux. On est donc pas très loin du film à sketchs, genre qui donne souvent par nature des films inégaux. Ici, la qualité est plutôt homogène, mais rarement enthousiasmante. Assez long, le film manque de rythme et à force de flirter avec l’ennui, on y plonge parfois par moments. On est surtout un peu frustré face à tant de bonne volonté mal récompensée.
L’idée de base de Au Bout du Conte est de mêler dans un univers quotidien et contemporain des références aux contes de fée les plus connus. On retrouvera ainsi par exemple un Petit Chaperon Rouge (Agathe Bonitzer) croqué par un Grand Méchant Loup, qui prend ici la forme d’un séducteur manipulateur, magistralement interprété par un Benjamin Biolay qui est le seul à vraiment sortir du lot. Visuellement, le film a fait l’objet d’un travail beaucoup plus poussé que d’habitude chez Bacri et Jaoui. Bref, un gros effort pour rendre la forme attrayante. Dommage que le fond reste bien en deçà de qu’il nous ont déjà maintes fois proposé.
Quand on a une filmographie aussi longue, chacune de ses œuvres est forcément comparées aux autres. Et incontestablement, Au Bout du Conte ne fait pas partie des films les plus marquants du couple.
Fiche technique :
Production : Les films A4, France 2 Cinéma, Memento Films production, La Ciénfacture, Hérodiade
Le feuilleton chypriote qui a marqué l’actualité ces dernières semaines n’est peut-être pas terminé. Mais on peut d’ors et déjà en tirer quelques enseignements sur la gouvernance européenne. Bien sûr, rien n’a vraiment constitué de réelle surprise, si ce n’est pour beaucoup de concitoyens le fait que cet état faisait partie de l’Union, quand ce n’est même pas carrément l’existence du pays en lui-même. On imagine cependant que Chypre aurait aimé faire la une de l’actualité pour d’autres raisons.
La première solution qui avait été proposée, la taxation de tous les dépôts, y compris ceux inférieurs à 100 000 euros, a été largement reconnue comme étant particulièrement mauvaise à tout point de vue. N’étant qu’un économiste très amateur, je n’avais pas forcément une opinion très tranchée sur la question. Pour moi ça ouvre le débat sur la responsabilité collective d’une nation démocratique qui choisit en toute connaissance de cause une voie qui la conduit à la catastrophe. C’est un sujet que j’aborde assez souvent pour ne pas rouvrir le débat ici. Simplement, je trouve qu’il est un peu trop souvent éludé.
Bref, je conçois aussi très bien que le risque de contagion et de panique généralisée que cette solution pouvait faire craindre faisait de cette solution un choix étonnant. On a d’ailleurs bien senti le soulagement généralisé quand elle fut écartée par le parlement chypriote. Tout le monde a été heureux de devoir rependre le problème à zéro, puisque le premier choix fait dans l’urgence n’était pas du tout satisfaisant. Certes, même les grands esprits peuvent se tromper quand ils fonctionnent dans la précipitation. Cependant, il est assez inquiétant que la gouvernance européenne tergiverse indéfiniment quand il s’agit de prendre les bonnes décisions, pour généralement pour arriver à un compromis minimaliste, tandis qu’elle a réussi à prendre aussi vite et à l’unanimité une si mauvaise décision d’une telle portée.
Mais au final, la crise chypriote donne aussi à la zone euro et plus largement à l’Europe des raisons d’espérer. Chypre, écartelée entre l’Union et la Russie, a préféré sans conteste la première à la seconde. Certes, faisant partie de la première, elle s’est en quelque sorte choisie elle-même. Cependant, si l’Union Européenne constituait vraiment un espace déclinant, constituant un handicap plutôt qu’un atout pour ceux qui en font partie, alors on peut facilement imaginer que le choix aurait été tout autre. La Russie n’est peut-être pas l’allié le plus sympathique et amical, mais il a aussi des atouts à faire valoir et se fâcher avec elle est une décision à prendre avec précaution. On peut se réjouir de voir que l’attrait de Moscou ne surpasse pas encore la perspective de construire un espace économique commun avec nos vieilles économies.
L’Union Europénne n’est sûrement pas aussi efficace qu’elle le devrait pour nous sortir de la crise, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais si les populisme anti-européens progressent partout, on peut espérer que ces 50 années d’effort ne sont quand même pas prêts de partir en fumée. Car tout ce que l’on reproche à l’Europe (manque de solidarité, de gouvernance économique coordonnée, concurrence et dumping toujours importants au sein de l’espace européen…) serait mille fois plus prégnant sans ces institutions certes bancales, mais certainement pas néfastes.
Ces dernières semaines sur nos écrans, on aurait pu penser pouvoir facilement comparer la manière dont le cinéma français et américain vont traiter le même sujet. En effet, sont sortis quasiment simultanément 20 Ans d’Ecart d’un côté et 40 Ans Mode d’Emploi de l’autre. Mais ces deux films ne sont pas tout à fait révélateur de la culture dont ils sont issus et vont même piocher chez l’autre beaucoup d’élements. Malheureusement, pas tout à fait avec la même réussite.
20 Ans d’Ecart est une comédie romantique francaise. Or s’il y a bien un genre où le cinéma américian règne en maître, c’est bien celui là. Cela aurait pu changer avec le génial Arnacoeur, mais ce film prouve une nouvelle fois que le cinéma hexagonal n’est pas au niveau quand il veut imiter ce qui se fait de l’autre côté de l’Atlantique. Le résultat reste sympathique et gentillet, mais n’est vraiment drôle que par intermittence. On se prend d’affection pour les personnages, mais sans vraiment les trouver profondément touchants. Bref, on est en mode long métrage qui ressemble plus à un bon téléfilm. A réserver pour une soirée pluvieuse donc ! Bon en plus, personnellement, j’ai décidemment du mal avec Pierre Ninet, ce qui va devenir un handicap cinématographique sévère ces prochainées années, tant il est devenu en quelques mois la coqueluche du cinéma tricolore.
40 Ans Mode d’Emploi est par contre un film nettement plus intéressant, à la fois intelligent et drôle. Réalisé par Judd Appatow, il marque un tournant dans la carrière de ce dernier qui quitte la comédie totalement potache pour aller vers quelque chose doté d’un peu plus de profondeur. Bon, il y a encore quelques séquelles, comme dans une scène tournant autour du pet au lit… Ca ne dure pas longtemps, mais m’a prouvé une nouvelle fois à quel point je ne suis pas du tout branché humour scatophile ! Mais le film brille surtout par un scénario pariculièrement bien construit et qui échappe au modèle classique fâcherie-réconcilliation qui caractérise la plupart des comédies sur les vieux couples. Non, il y a beaucoup plus de péripéties et de rebondissements au cours de ces 2 heures 14 au cours desquelles on ne voit vraiment pas le temps passé. C’est très long pour une comédie, mais 40 Ans Mode d’Emploi est un peu plus qu’une comédie, mais aussi une réflexion légère mais pas superficielle sur l’usure du temps sur le couple et sur nos rêves en général. Bref, ça ressemblerait presque à une comédie des moeurs à la française… avec quelques pets en plus…
20 ANS D’ECART
Fiche technique :
Réalisation : David Moreau
Scénario : Amro Hamzawi et David Moreau, d’après une idée originale d’Amro Hamzawi
Décors : Jean Rabasse
Costumes : Isabelle Pannetier
Photographie : Laurent Tangy
Son : Lucien Balibar
Montage : Cyril Besnard
Musique : Guillaume Roussel
Durée : 93 minutes
Casting :
Virginie Efira : Alice Lantins
Pierre Niney : Balthazar Apfel
Charles Berling : Luc Apfel, le père de Balthazar
Gilles Cohen : Vincent Kahn, le patron d’Alice
Camille Japy : Elisabeth Lantins, la sœur d’Alice
Michaël Abiteboul : Simon Meyer, collègue et ami d’Alice
Amélie Glenn : Lise Duchêne, la nouvelle rédactrice en chef québécoise
Louis-Do de Lencquesaing : l’ex d’Alice, père de sa fille
Diana Stewart : Tracy Kimmel, la patronne du groupe
François Civil : le jeune dans l’amphi
Blanche Gardin : la photographe, Patrick
40 ANS : MODE D’EMPLOI
Fiche technique :
Production : Apatow productions, Forty productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Judd Apatow
Scénario : Judd Apatow
Montage : David L. Bertman, Jay Deuby, Brent White
Les Etats-Unis, terre de contraste… Ok, voilà un formulation bateau qui pourrait s’appliquer à beaucoup de pays. Mais elle vient assez naturellement quand on pense à cette tradition du spring break, moment de beuverie et de débauche où les adolescents américains oublient qu’ils vivent dans une des sociétés les plus puritaines qui soit. Vous avez dit hypocrisie ? Bon, je ne suis pas ici pour lancer ce passionnant débat, mais pour vous parler de Spring Breakers, un film assez dérangeant… mais réussi puisque c’est fait exprès…
Spring Breakers est un film troublant car il n’offre aucun point de vue. Il montre ces jeunes filles tomber dans la débauche et la violence. On voit leur fascination pour l’argent et les armes monter et les amener vers une fin que l’on imagine très vite guère proche de celle d’un conte de fée. Le tout est porté par regard crû et toujours distant, qui insiste lourdement, nous force à regarder en face et à affronter notre malaise. La réalisation est certes très esthétisante, mais cela passe avant tout par des effets de répétition nous montrant encore et encore les mêmes images, souvent au ralenti. Les images sont froides et nous donne ainsi froid dans le dos quand on a assiste à cette chute inexorable de quatre adolescentes un peu délurées vers des choses beaucoup plus graves.
Spring Breakers est donc un film assez à part. Il ne brille pas par son scénario, ni par un vrai suspense. Mais le sujet, surtout vu de chez nous où cette tradition semble assez étrange, fascine, interpelle, éveille une curiosité qui ne faiblit pas. On se demande tout du long où Harmony Korine veut nous mener. Surtout que le rythme, assez contemplatif au début, accélère crescendo pour nous maintenir dans le film dès qu’on aurait la tentation d’en sortir.
Spring Breakers constitue la confirmation du pouvoir de caméléon de James Franco, assez méconnaissable dans ce rôle de gangster d’apparat. Ce ne sera jamais le plus grand acteur du monde, mais au moins prend-il toujours le risque de s’attaquer à des rôles toujours différents ! Sa prestation qui met elle-aussi souvent mal à l’aise restera comme un des éléments marquants de ce film.
Fiche technique :
Production : Hero Entertainment, Annapurna Pictures, Muse Rabbit Bandini Radar, MJZ O Salvation Pop Films, Iconoclast
Voir un responsable politique avoir de graves ennuis avec la justice ne constitue jamais une bonne nouvelle pour la démocratie. Entre l’affaire Cahuzac et la mise en examen de Nicolas Sarkozy, gauche et droite ont terminé la semaine dernière sur un joli match nul. Au moins, cela nous épargne le spectacle un peu consternant des leçons données par un camp à l’autre. Car même avec ma mauvaise foi de militant, je fois admettre que la malhonnêteté n’a pas de couleur politique. Ni le goût du pouvoir d’ailleurs. Ce sont juste des travers humains.
En effet, les hommes politiques ont malheureusement le grave défaut de n’être que des êtres humains. On les voudrait tous sans exception exemples de vertu et de dévouement. Cet idéal est évidemment hors d’atteinte. Le problème est que chaque affaire rejaillit sur l’ensemble de la classe politique, jusqu’au militant de base qui reçoit quelques noms d’oiseaux lorsqu’il tracte sur le marché. La suspicion permanente, la perte totale de confiance entre la classe politique et le reste des citoyens nuisent terriblement au débat et à l’acceptabilité de toute mesure.
Pourtant, la classe politique est sous haute surveillance. En effet, contrairement à la dictature, la démocratie lui impose de faire face aux électeurs de manière régulière. Ces derniers peuvent alors faire tomber la sanction et chasser un élu de son mandat. Il y a malheureusement un hic. Si ceux qui crient volontiers au « tous pourris » sont de plus en plus nombreux, personne n’ose jamais remettre en cause la pertinence des choix qui sont fait par les électeurs eux mêmes. Cela sonne comme antidémocratique et donc politiquement incorrect (au sens premier du terme pour le coup!).
Un Balkany, un Tibéri, un Guérini ont multiplié les mandats, malgré les affaires. La tricherie, l’enrichissement personnel n’ont jamais empêché un homme politique d’être élu par les citoyens qu’il administre. S’il y a des hommes politiques malhonnêtes, si le citoyen a la sensation qu’ils sont particulièrement nombreux, c’est avant tout parce que le manque de probité n’est pas toujours (pour ne pas dire pas souvent) sanctionné par l’électorat. Ce dernier fait alors preuve d’une incompétence qu’il assume malheureusement rarement, préférant mettre tous ses dirigeants dans le même panier. C’est tellement plus confortable intellectuellement et permet de se dégager de toute responsabilité.
Les électeurs oublient aussi trop souvent qui sont les hommes politiques. Il est vrai que la France est le seul pays à posséder une machine à en former, dénommée l’ENA. Cette dernière déforme considérablement le perception de la sociologie du monde politique. Evidemment, il est loin de refléter celle de la Nation, mais il n’est en aucun cas composé exclusivement de personnes destinées à ce destin depuis leur plus jeune âge. Ni Nicolas Sarkozy, ni Jérôme Cahuzac n’en sont diplômés. Ils sont pour l’un avocat, pour l’autre chirurgien. Cela nous rappelle que la responsabilité politique n’est pas un métier, mais une fonction que l’on peut être amenée à assumer au cours de sa vie de citoyen. Il est vrai que pour beaucoup, cela devient une activité à plein temps pendant plusieurs décennies, mais il s’agit là plus d’un mal très français que d’un vice fondamental de notre système démocratique.
Depuis Pierre Bérégovoy, on manque d’un homme politique qui soit arrivé dans les sommets de l’Etat sans être passé par une formation et un métier à Bac+5, sans être donc considéré comme issu de l’élite, aussi modestes soient ses origines familiales. Il est plus facile de se plonger dans des dossiers techniques, de parler en public, d’écrire des discours quand on a fait des études qui vous familiarisent avec ce genre d’exercice. Mais encore une fois, la plupart des hommes politiques ne sont pas des « fils de », mais bien des hommes et des femmes qui par leur talent, leur charisme et leur engagement ont gravi les échelons et se sont faits remarquer. Certes, parfois très jeunes, sans donc passer par la case « monde réel », mais on ne peut pas non plus être gouverné que par des quinquagénaires expérimentés.
Dans une démocratie qui fonctionne, les périodes de crise devraient pousser plus de citoyens vers l’engagement politique, non les en détourner. Car la nature et encore plus le pouvoir ont horreur du vide. Il y aura toujours quelqu’un pour le saisir. Et ceux qui restent quand tout le monde tourne le dos sont rarement les plus vertueux et désintéressés…
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