TARGET : Léger…dans tous les sens du terme

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targetafficheLe triangle amoureux fait partie de ces ressorts éternels qui nous ont offert moult histoires et qui continueront à le faire tant que les humains continueront à tomber amoureux. Bon peut-être qu’un jour, ils comprendront peut-être enfin que l’amour n’existe pas, mais ceci est un autre débat que je ne vais pas entamer ici. Target est un film basé sur ce principe éternel. Il démontre qu’il continue encore de fonctionner, même si on final l’intrigue est assez limitée.

FDR et Tuck sont deux agents secrets, mais aussi deux inséparables amis. Ils sont tous les deux célibataires. Après une opération qui n’a pas très bien tourné, ils se retrouvent consignés au bureau et s’ennuient ferme. Ils ont donc tout le temps pour courir après les filles, avant de s’apercevoir qu’ils sont en train de courir après la même. Que le meilleur gagne se disent-ils. Mais leur amitié pourra-t-elle survivre à cette rivalité ?

Ceux qui ont vu la bande-annonce de Target ne seront pas étonnés par le synopsis que je viens d’établir. En fait, ils ne seront pas étonne par le film dans sa globalité. Il est basé sur une idée assez peu originale donc, l’exploite de manière assez réussie… mais n’est enrichi par quasiment rien. Il y a bien une vague intrigue secondaire liée à leur métier d’espion, mais elle ne constitue qu’un simple prétexte pour arriver à la scène finale. On n’est pas face à une comédie romantique d’espionnage, on est face à une comédie romantique tout court.

L’aspect comédie est cependant assez réussi. On rit assez souvent, même si les meilleurs moments figuraient évidemment dans la bande-annonce. L’imagination déployée par les deux compères pour empêcher l’autre d’arriver à ses fins est savoureuse, surtout qu’ils ne manquent pas de moyens technologiques à leur disposition. On aurait pu cependant imaginer un peu plus de fantaisie et de créativité, même si du coup, cela évite que Target ne sombre dans le n’importe quoi. L’équilibre trouvé aurait donc pu être meilleur, mais il aurait surtout pu être bien pire.

Target divertit tout de même grâce à ses personnages, que ce soient les deux héros ou la belle blonde qu’il courtise. Même s’ils ne sont pas très originaux, on se prend d’affection pour eux dès les premières minutes. Ce côté grand gamin rend ces deux espions beaucoup plus humains qu’un James Bond classieux et sûr de lui. Leur cible est loin d’être une écervelée au corps de rêve, mais fait preuve d’un charme et d’une personnalité qui nous séduit tout autant que nos deux héros. Bref, on a envie de croire à cette histoire et on se prend au jeu.

targetMais bon, tout cela reste un peu léger et surtout sans surprise. L’intrigue aurait pu être considérablement enrichie sans pour autant casser le rythme, cela n’aurait rien gâché. Le déroulement des évènements est largement linéaire et le choix final de la belle est de toute façon logique, si on considère certains éléments (que je ne dévoilerai pas ici naturellement). Ce ménage à trois n’est vraiment pas politiquement incorrect et comme souvent dans les comédies hollywoodiennes, la morale sera sauve au final. On y est habitué, mais on peut continuer à trouver ça dommage.

Le duo Chris Pine – Tom Hardy fonctionne très bien. Disons qu’ils sont parfait pour le rôle. Cependant, ce ne sont pas non plus d’extraordinaires acteurs et ils n’apportent pas non plus une plus-value énorme. Ca reste juste parfaitement professionnel. Reese Whiterspoon reste donc la vraie star de Target. Elle est à la fois le charme et l’humour de ce film qui perdrait une bonne partie de son intérêt sans elle. On peut d’ailleurs regretter que cette actrice soit toujours cantonnée à de sympathiques séries B (pas toujours si sympathiques que ça d’ailleurs).

Target reste donc un divertissement sympathique. Mais il ne va vraiment pas plus loin, tant le film est sans surprise.

Fiche technique :
Production : Overbrook Entertainment, Robert Simonds Productions
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : McG
Scénario : Timothy Dowling, Simon Kinberg
Montage : Nicolas De Toth, Jesse Driebusch
Photo : Russell Carpenter
Décors : Martin Laing
Musique : Christophe Beck
Durée : 100 mn

Casting :
Reese Witherspoon : Lauren
Chris Pine : FDR Foster
Tom Hardy : Tuck
Til Schweiger : Heinrich
Chelsea Handler : Trish
Angela Bassett : Collins

LES PIRATES ! BONS A RIEN, MAUVAIS EN TOUT : Wallace et Gromit sont sur un bateau…

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lespiratesafficheLa guerre entre Pixar-Disney et Dreamworks voit une troisième belligérant se mêler à cette lutte sans merci : Sony Pictures Animation. Après le très bon Tempête de Boulettes Géantes et le succès phénoménal des Schtroumpfs, voici Les Pirates ! Bon à Rien, Mauvais en Tout. Un divertissement familial, au vrai sens du terme, c’est à dire qui pourra séduire petits et grands, de 7 à 77 ans, voire même plus si affinités.

Le Capitaine Pirate est adoré de son équipage. Cependant, il n’est pas vraiment le plus redouté à naviguer sur les océans. Il décide pourtant de se présenter une nouvelle fois au concours du pirate de l’année, malgré de très nombreux échecs précédents, mais découvre vite que la concurrence est très très rude. Mais il ne se décourage pas et décide de redoubler d’effort. Jusqu’à croiser le chemin d’un scientifique nommé Charles Darwin.

Bon, soyons tout de suite clair, Sony Pictures Animation est loin d’avoir gagné la guerre. Les Pirates ! Bons à Rien, Mauvais en Tout reste très loin d’un Toy Story, d’un Là-Haut, d’un Kung-Fu Panda, d’un Wall-E et autres Indestructibles. On se contentera d’un divertissement sympathique qui fonctionne très bien et qui fait passer un très bon moment. C’est quand même déjà pas mal. Et comme je l’ai dit en introduction, il pourra séduire un public très large.

Les Pirates ! Bons à Rien, Mauvais en Tout est à la fois jamais vulgaire, sans être pour autant totalement enfantin ou gnangnan. Les gags sont très souvent visuels, ça reste très premier degré et il n’y a pas non plus d’humour caché que seuls les adultes comprennent. Seulement, c’est assez drôle et rythmé, du coup, quelque soit son âge, on se retrouve à rire très souvent. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est plié en quatre du début à la fin, mais les moments un peu plus faibles sont vite remplacés par de vrais éclats de rire.

Avouons tout de même que l’intrigue principale de Les Pirates ! Bons à Rien, Mauvais en Tout ne casse pas non plus des briques. Cependant, elle est assez consistante pour que l’humour repose sur une vraie histoire, même si elle constitue plus un prétexte qu’autre chose. Il y a bien des rebondissements, mais cet aspect ne pourra enthousiasmer que les plus jeunes. Par contre, la grande force de ce film, ce sont les personnages. Tous les personnages. Loufoques, imaginatifs, ils constituent véritablement l’âme de cet aimable divertissement. On appréciera notamment le détournement de personnages historiques comme la Reine Victoria ou Charles Darwin… même si mon cœur de biologiste a été un peu chagriné à voir le plus grand scientifique de l’histoire (allez avec Copernic, Newton et Einstein) transformé ainsi en méchant de seconde zone. Mais bon, je m’en suis remis.

lespiratesVisuellement, Les Pirates ! Bon à Rien, Mauvais en Tout dégage une certaine personnalité, à défaut d’être splendide. Réalisé avec la même technique que Wallace et Gromit, il diffère ainsi de l’aspect un peu formaté de l’image de synthèse pure. Le film joue beaucoup sur un aspect cartoon, même s’il ne va pas jusqu’à aplatir les personnages quand ils percutent un mur. Les graphismes contribuent largement à la réussite de ce film et à lui donner ce charme transgénérationnel.

Le casting voix est d’un assez haut niveau. Le personnage principal est doublé par Hugh Grant. On retrouve aussi Brendan Gleeson, dont le nom ne vous dit peut-être rien, mais qui est un des seconds rôles récurrents du cinéma britannique (Alastor Maugrey dans Harry Potter notamment). Et puis, comme d’habitude, on retrouve Salma Hayek, dont le personnage fait une assez courte apparition, mais on se dit que la belle mexicaine doit vraiment adorer le travail de doublage.

Les Pirates ! Bons à Rien, Mauvais en Tout ne révolutionne pas le monde de l’animation. Mais prouve la montée en puissance d’un nouveau studio capable de proposer des divertissements très agréables.

Fiche technique :
Production : Aardman Animations, Sony Pictures Animation
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Peter Lord, Jeff Newitt
Scénario : Gideon Defoe, d’après ses propres livres
Photo : Frank Passingham
Décors : Norman Garwood
Musique : Theodore Shapiro
Directeur artistique : Matt Perry
Durée : 88 mn

Casting :
Hugh Grant : le Capitaine Pirate
Brendan Gleeson : le pirate à la goutte
Jeremy Piven : Black Bellamy
Salma Hayek : Liz Lafaucheuse
Imelda Staunton : La Reine Victoria

YOUNG ADULT : Le changement, c’est maintenant

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youngadultafficheAh notre amour de jeunesse ! Quand on y repense… On pensait s’aimer toute la vie, qu’on n’était fait l’un pour l’autre et que rien ne pourrait jamais nous séparer. Et puis la vie, les études, la distance, le temps, la maturité, les autres rencontres font que chacun prend un chemin différent. Mais si au fond, on était quand même deux âmes sœurs destinés à s’unir au final pour ne plus jamais s’éloigner l’un de l’autre ? Si la séparation avait été une simple erreur à corriger ? Vous avez un doute ? Et bien allez voir Young Adult, vous n’en aurez plus…

Mavis Gary a la quarantaine, un divorce, une vie dissolue et ne pense plus du tout au trou perdu dans lequel elle a grandi. Jusqu’au jour où elle reçoit une invitation pour fêter la naissance du premier enfant de son petit ami de lycée. Elle décide alors d’y aller, persuadée qu’elle va venir le délivrer d’une vie triste et morne.

Young Adult est un peu une comédie romantique adolescente, mais avec des adultes. Enfin, tout le monde ne l’est pas complètement. C’est d’ailleurs le thème central du film. L’acceptation du temps qui passe, des relations qui changent, les habitudes qui évoluent et les envies qui différent. Ce n’est pas vraiment un film sur la nostalgie, car pour être nostalgique, il faut accepter que cela soit révolu. Pas vraiment non plus sur le refus de grandir, même si le titre peut le laisser le penser. Plus sur le refus de voir les choses changer.

Young Adult joue aussi sur la corde du « la fille de la ville qui pense que sa vie est formidable et que la campagne, c’est l’enfer» contre « les gens simples de la campagne simplement heureux avec leur vie simple ». Un ressort très souvent utilisé et apporte un contrepoint comique à la réflexion générale. Car j’ai peut-être oublié de le préciser mais ce film est avant tout une comédie, même si l’humour est avant tout situationnel et ne repose pas sur des gags à proprement parler. Il fonctionne plutôt bien et on garde le sourire aux lèvres tout du long.

Ces deux aspects sont traités avec beaucoup d’intelligence et de finesse. Young Adult n’est pas le film le plus profond de l’histoire, mais au moins il est cohérent, il tient de bout et surtout présente un minimum d’intérêt. C’est tout à fait convaincant et surtout la fin est particulièrement réussie. N’allez pas imaginer une conclusion cousue de fil blanc, elle est tout autre. Au final, on a donc vraiment l’impression d’assister à un film vraiment original par la consistance du propos, même si les thèmes de départ semblaient plutôt assez éculés.

youngadultPar contre, Young Adult souffre d’un petit défaut qui empêche ce film d’être totalement enthousiasmant. Le rythme est un peu mou du genou. Ca manque d’un rien de peps pour que l’on soit totalement emballé. On se laisse bercer plus qu’emporter par le film. On ne s’ennuie jamais certes, le film est relativement court, mais avance dans un petit traintrain très paisible. Le propos est intelligent, mais la mise en scène manque un peu de fantaisie et d’imagination. Les plus méchants d’entre vous diront que, du coup, on dirait presque un film français. En tout cas, cela différencie nettement ce film des deux petits chefs d’œuvre de Jason Reitman qu’étaient Juno et In the Air.

La promo du film a beaucoup insisté sur le fait que Young Adult serait LE rôle de Charlize Theron. Bon, je n’irais pas jusque là. Enfin, admettons tout de même que j’ai passé tout le film à me dire que je ne me rappelais pas à quel point elle pouvait être belle. Elle est ici carrément sublime ! Elle joue aussi très très bien je vous rassure, même si le léger manque d’énergie de la mise en scène l’empêche de vraiment totalement lâcher les chevaux. Les rôles masculins sont eux aussi parfaitement interprétés par Patton Oswalt et Patrick Wilson.

Young Adult est donc un film au propos intelligent et à l’humour subtil. Dommage que la forme soit par contre un chouïa planplan.

Fiche technique :
Production : Mandate Pictures, Paramount Pictures
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Jason Reitman
Scénario : Diablo Cody
Montage : Dana E. Glauberman
Photo : Eric Steelberg
Décors : Kevin Thompson
Directeur artistique : Michael Ahern
Durée : 93 mn

Casting :
Charlize Theron : Mavis Gary
Patton Oswalt : Matt Freehauf
Patrick Wilson : Buddy Slade
Elizabeth Reaser : Beth Slade
Collette Wolfe : Sandra Freehauf
Jill Eikenberry : Hedda Gary

CLOCLO : SI j’avais un Cloclo !

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clocloafficheQue celui qui n’a pas ramener les bras le long de son corps en poussant un râle sur Alexandrie Alexandra se dénonce ? Personne ? Evidemment, tout le monde l’a fait au moins une fois dans sa vie. Voici, tout le paradoxe de Claude François. Un chanteur, considéré pour beaucoup comme la négation de l’art et l’avènement de la sous-culture, mais qui continue à traverser les époques, comme si sa musique était finalement indémodable par sa simplicité. Et puis, n’est-il pas l’auteur de la chanson la plus reprise de l’histoire de l’humanité ? Bref, sa vie, son œuvre valait bien un film. C’est chose faite avec l’excellent Cloclo.

Le jeune Claude François est obligé de quitter Suez lorsque l’Egypte décide de nationaliser le Canal. Ce départ va traumatiser sa famille et surtout briser son père, qui ne s’en remettra jamais. Ce dernier est un homme dur et fier, qui coupe les ponts avec son fils quand il décide de se lancer dans la musique. Début alors une des plus extraordinaires carrières de l’histoire du show-business.

Le premier point fort de Cloclo est d’avoir dépeint Claude François tel qu’il était… soit un sale con. Je sais, je suis peut-être un peu sévère, mais il n’aurait pas été un tel artiste, tous ses défauts le classeraient immédiatement dans la catégorie psychopathe infréquentable. Ce film n’est donc absolument pas une hagiographie. Et ceci, même si ses deux fils en sont les producteurs. Au moins, ces deux là ont su prendre du recul face à la légende paternelle.

Ceci dit, cette vision réaliste du personnage est paradoxalement la plus grande limite du film. Cloclo est long, peut-être un peu trop, car il est totalement linéaire. Bien sûr, on déroule les anecdotes qui ont marqué sa carrière, mais le personnage en tant que tel n’évolue. Sale con un jour, sale con toujours. C’est sans doute là que le film rate vraiment le coche pour être inoubliable. On reste au stade de la biographie factuelle. Cela ne signifie pas que le film soit totalement dénué d’émotion, mais Florent Emilio Siri a choisi de ne prendre aucun risque dans le propos, de ne proposer aucun point de vue subjectif.

Cependant, le film fonctionne tout de même très bien. Il ne s’agit pas d’une comédie musicale, mais la musique y joue naturellement un grand rôle. On retrouve évidemment la plupart des grands succès de Claude François, joué en partie ou quasiment intégralement. Evidemment, il vaut mieux apprécier à la base, mais ce n’est pas comme écouter Si J’Avais un Marteau sur son autoradio. Les chansons participent à l’histoire, elles sont remises dans leur contexte et prennent du coup un autre sens, pour ne pas dire une autre dimension. Donc, pas forcément besoin d’être fan pour apprécier.

clocloComme tous les biopics, Cloclo, c’est aussi l’occasion de traverser les époques, de revivre l’évolution des modes, des codes vestimentaires, des mœurs, des coiffures… Bon, Claude François est mort un an avant ma naissance, je ne vois pas ça avec nostalgie, mais on prend toujours du plaisir lors de ce genre de voyage dans le temps. Celui est d’autant plus agréable que le chanteur a fait partie de ces gens qui faisaient les modes. C’était d’ailleurs la plus grande force de cet artiste, savoir humer l’air du temps pour durer et toujours se réinventer.

Cloclo constitue le plus grand rôle de la carrière de Jérémie Rénier. Un rôle à César assurément. La plus grande qualité de cette interprétation est n’avoir pas cherché à pousser le mimétisme à l’extrême. Les deux hommes ont déjà un air de ressemblance à la base. Il était nettement suffisant. L’acteur a donc pu se concentrer sur son jeu au sens strict et l’expression des émotions. Il en ressort une performance vraiment convaincante et qui participe pleinement à la réussite de ce film.

Cloclo est donc un biopic réussi, malgré une certaine longueur. On y découvre aussi bien la face claire que la face sombre de Claude François. Et on ressort avec un air de magnolias dans la tête.

Fiche technique :
Production : LGM productions, StudioCanal, TF1 Films, Flèche productions, 24C Prod, Rockworld, JRW Entertainment, uFilm, Emilio Films
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Florent Emilio Siri
Scénario : Julien Rappeneau
Montage : Olivier Gajan
Photo : Giovanni Fiore Coltellacci
Décors : Philippe Chiffre
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 148 mn

Fiche technique :
Jérémie Renier : Claude François
Benoît Magimel : Paul Lederman
Monica Scattini : Chouffa François
Sabrina Seyvecou : Josette François
Ana Girardot : Isabelle Forêt
Joséphine Japy : France Gall
Marc Barbé : Aimé François
Maud Jurez : Janet Woolacot
Edouard Giard : Ticky Holgado

LA DAME EN NOIR : Angoisses éternelles

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ladameennoirafficheNous avons tous eu peur étant petit des bruits étranges venant du grenier. Certes, on sait aujourd’hui que c’est simplement du à la dilatation du bois, mais on garde tous cette angoisse tapie au fond de nous. Depuis toujours, les cinéastes ont su l’exploiter pour nous offrir des films nous replongeant dans nos terreurs enfantines. Et on a beau avoir grandi, il faut avouer que cela fonctionne encore très souvent. Dans La Dame en Noir notamment, même si le film souffre par ailleurs de beaucoup de défauts.

Arthur Kipps a bien du mal à se remettre du décès de son épouse, morte en couches. Plusieurs années sont passées pourtant. Son employeur, un notaire de Londres, lui offre une dernière chance de se ressaisir pour conserver son emploi. Il est envoyé dans un petit village isolé, régler une succession. Très vite, il se heurte à l’hostilité des habitants qui font tout pour qu’il reparte au plus vite. Il va surtout se heurter à des phénomènes mystérieux et inquiétants qui surviennent dans le manoir de la défunte.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier la jeune femme (enfin pas si jeune que ça, mais je suis gentleman, alors je vais faire comme ci) qui a vécu particulièrement intensément la Femme en Noir. Cris, sursauts, réactions immédiates aux moindres mouvements de caméra… Ca a fait parfois rire la salle, mais au moins ça a rendu la séance très vivante. Surtout qu’elle ne parlait pas non plus tout le temps. Par contre, elle a une phrase qui résume très bien ce film et c’est sans aucun scrupule que je vais la lui emprunter « il ne se passe rien dans ce film, mais qu’est ce que ça fait peur ! ».

Voilà, commençons par ce qui fâche un peu. A part les grincements de parquet inquiétants et les apparitions de spectres pas vraiment bien attentionnés, il est vrai que la Dame en Noir ne propose pas grand chose. Scénario très basique, personnages, décor (manoir isolé dans la brume) vu mille fois et rebondissements faméliques. On peut dire qu’il se concentre sur l’essentiel, ce qui fait qu’il fonctionne, on va y revenir, mais voici un genre où on compte des dizaines de film lui ressemblant, on est donc en droit de rechercher un minimum d’originalité et de nouveauté. Ce n’est pas ici qu’on le trouvera.

ladameennoirCependant, comme dirait donc ma voisine, c’est vrai que la Dame en Noir nous met dans une situation de stress assez permanent. Les ressorts sont archi-éculés, mais il fonctionne encore. A la fois, ce n’est pas parce qu’il fait nuit tous les jours, que certaines personnes arrêtent d’avoir peur du noir. Le fantôme qui se cache à l’étage et fait grincer le parquet continue de nous effrayer, malgré toute la rationalité dont on peut faire preuve. Reconnaissons à James Watkins le talent d’avoir su le faire revivre une nouvelle fois avec efficacité. Le film atteint finalement pleinement son but et c’est bien là l’essentiel.

Daniel Radcliffe constitue lui aussi une limite sérieuse. Je n’ai rien contre Harry Potter, mais on a pu déjà constaté au fur et à mesure de la saga que l’adolescence n’avait pas fait de lui un grand acteur. La Dame en Noir le confirme. Il n’est pas à proprement parler mauvais, mais n’apporte pas grand chose et se révèle bien trop souvent totalement inexpressif. De plus, lui faire endosser le rôle d’un jeune veuf, alors qu’il semble être tout juste sorti de l’adolescence, ne se révèle pas non plus être l’idée du siècle.

La Dame en Noir est donc un film qui cherche à faire peur et qui fait peur. Mais il ne fait vraiment que cela.

Fiche technique :
Production : Talisman productions, Hammer, UK Film Council, Cross Creek Pictures, Filmgate, Film i Väst
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : James Watkins
Scénario : Jane Goldman, d’après le roman homonyme de Susan Hill
Montage : Jon Harris
Photo : Tim Maurice-Jones
Décors : Kave Quinn
Musique : Marco Beltrami
Durée : 95 mn

Casting :
Daniel Radcliffe : Arthur Kipps
Ciaran Hinds : Mr Daily
Janet McTeer : Mrs Daily
Liz White : Jennet Humfrye
Sophie Tuckey : Stella Kipps
Liz White : Jennet

PROJET X : Réussite inattendue

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projetxafficheDans la série des films que ne prévoyais pas du tout de voir, et elle est longue vu le nombre de fois que j’utilise cette phrase pour introduire mes critiques, voici un qui décroche la palme absolue. Jamais je n’aurais imaginé que Projet X puisse recevoir des critiques aussi bonnes (3/5 au bilan Allociné). Bon, ce n’est clairement pas le film du siècle, juste une idée exploitée pleinement et avec un certain talent et un peu d’imagination.

Thomas est un adolescent timide et introverti. Bref, pas vraiment monsieur Populaire ! Pour ses 17 ans, son meilleur ami, Costa, le convainc d’organiser une grande fête d’anniversaire en profitant de l’absence de ses parents pour le week-end. Mais la fête va prendre une ampleur inattendue, qui va mettre le feu à tout le quartier. Et pas qu’au sens figuré…

Projet X est un objet cinématographique indéterminé. Ce n’est pas vraiment une comédie adolescente, sûrement pas un film sérieux, encore moins une réflexion sur l’adolescence. C’est juste l’histoire d’une soirée qui tourne mal… Ok, dis comme ça, on dirait vraiment que ce film n’a vraiment aucun intérêt. Bon, clairement, il est totalement anecdotique, mais même une idée minuscule peut donner au final un film qui se laisse voir quand elle est vraiment exploitée jusqu’au bout.

Projet X fonctionne tout simplement, et il est assez difficile d’expliquer pourquoi. Mais bon, je vais quand même m’y essayer. Déjà, Nima Nourizadeh ne cherche pas à se justifier. Quelque part, ça limite forcément la portée du film, mais d’un autre côté il se concentre sur l’essentiel, sans chercher à faire passer son film pour autre chose que ce qu’il est. On est dans le divertissement pur, qui ne cherche d’ailleurs même pas l’originalité. Tous les éléments de ce film ont déjà été vu par ailleurs, parfois dans des films peu recommandables, mais ils se trouvent ici dans un tout qui vaut bien plus que la somme de ses parties.

Les personnages ? Quatre archétypes des ados loser, qui peuplent films et séries, mais on s’y attache tout de même immédiatement. Ils sont à la fois caricaturaux (l’exubérant, le maigre timide, le gros à lunette, le gothique…), mais sans en rajouter… Du coup, ils sont un minimum crédibles, humains et sympathiques. Certes la série des évènements qu’ils vont provoquer est totalement invraisemblable, mais Projet X arrive à arriver à ce résultat par une série de petites étapes qui une à une pourrait presque se produire.

L’humour ? Il y en a, mais sans être omniprésent. Projet X est en fait parsemé d’éléments comiques, comme les deux ados prépubères chargés de la sécurité et qui prennent leur rôle vraiment au sérieux. Mais on n’est pas du tout dans American Pie, tout n’est pas destiné à préparer des gags dont on voir arriver la chute dix minutes à l’avance. Non, ici les éclats de rires viennent soudainement, par des éléments inattendus qui parcourent le film sans en constituer du tout le fil rouge. Du coup, si on peut trouver ce film totalement inintéressant, au moins n’est-il pas lourdingue, alors qu’on pouvait le craindre.

projetxLa réalisation ? En caméra subjective, puisqu’un protagoniste est chargé de filmer la préparation et la soirée et c’est par lui que l’on vit les évènements. Cela donne à Projet X un aspect « faux documentaire », technique assez éculée, mais qui, encore une fois, fonctionne très bien ici. Et surtout, cela nous permet d’échapper à l’aspect clip vidéo puisque, du coup, le film est plutôt constitué de plans-séquences.

Les trois acteurs principaux ne feront peut-être pas une grande carrière de comédien. Mais Thomas Mann, Oliver Cooper et Jonathan Daniel Brown ont vraiment l’air de s’amuser et c’est tout à fait communicatif. La réussite inattendue de ce film est donc aussi à mettre à leur crédit.

Projet X est un film surprenant parce qu’il fonctionne à partir de pas grand chose. On peut bien sûr retenir le pas grand chose, mais aussi ne pas bouder son plaisir et passer un bon moment en le regardant.

Fiche technique :
Production : Green Hat Films, Silver Pictures
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Nima Nourizadeh
Scénario : Michael Bacall, Matt Drake
Montage : Jeff Groth
Photo : Ken Seng
Décors : Bill Brzeski
Directeur artistique : Desma Murphy
Durée : 88 mn

Casting :
Thomas Mann : Thomas
Oliver Cooper : Costa
Jonathan Daniel Brown : JB
Dax Flame : Dax
Kirby Bliss Blanton : Kirby
Brady Hender : Everett

LES ADIEUX A LA REINE : La petite et la grande histoire

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lesadieuxalareineafficheLes Adieux à la Reine est la deuxième grosse production française de cette année 2012, après les Infidèles qui a divisé, pour ne pas dire déçu. Cette fois-ci, la critique est unanime pour saluer la réussite de ce film historique qui mêle grand et petite histoire. Un film plus intelligent qu’ambitieux, mais qui brille par le fond et la forme.

Sidonie Laborde est la jeune lectrice de la Reine Marie-Antoinette, à laquelle elle est entièrement dévouée. Elle ne s’imagine pas ailleurs qu’à ses côtés, à la servir. Mais nous sommes le 14 juillet 1789 et le petit monde versaillais va bientôt être bouleversé par une tempête aussi violente qu’inattendue. Une tempête qui va changer le cours de histoire de France et le cours du destin de la jeune femme.

Soyons honnête, j’ai eu un peu de mal à entrer totalement dans les Adieux à la Reine. La première demi-heure donne l’impression d’un film en costume pas très dynamique, guère intéressant et surtout aux dialogues absolument pas crédibles. Puis, quand tout ce petit beau monde commence à être secouer par un tremblement de terre venu de la Bastille, le film prend véritablement son envol pour devenir un mélange passionnant entre des destins individuels et celui d’une nation tout entière.

Le premier grand intérêt de les Adieux à la Reine est de nous montrer l’envers du décor de la cour de Louis XVI. La vie des domestiques, mais aussi celles des courtisans et des nobles de seconde zone quasiment logés à la même enseigne. Et puis, les film nous raconte surtout comment toute cette belle mécanique s’est totalement enrayée pour finir dans une débâcle assez pathétique. Ou comment l’instinct de survie finit par prendre le pas sur les conventions sociales. Le film casse un peu un certain nombre d’images d’Epinal, nées dans nos livres d’histoire. Ou plutôt les enrichit en nous montrant ce qu’il se passait derrière les belles tapisseries.

Ensuite, les Adieux à la Reine est avant tout le récit d’un destin, celui d’une jeune femme, simple domestique, mais qui côtoie un monde qui lui semble devoir durer éternellement. Un monde qui lui est à la fois totalement étranger et complètement familier. Ce personnage, plutôt effacé au début du film, prend de l’épaisseur à mesure que se déroule l’intrigue. On apprend à l’aimer pour finalement épouser ses espoirs et ses craintes. Il y a un final une grande intelligence dans ce scénario qui arrive à nous surprendre jusqu’au bout, malgré un contexte historique que l’on pouvait penser déjà archi-connu.

lesadieuxalareineEnfin, les Adieux à la Reine reste un magnifique film en costumes. Evidemment, étant un familier du Château de Versailles, cela me fait particulièrement plaisir de le voir revivre le temps d’un film tel qu’il était quand il occupait encore la fonction pour laquelle il a été conçu. Je n’ai rien contre les touristes, mais disons que je doute que Louis XIV n’ait jamais imaginé qu’ils pourraient un jour envahir quotidiennement le symbole de son pouvoir absolu. Mais on l’a vu, heureusement, ce film ne s’arrête pas à la beauté des décors et des costumes. Il serait cependant injuste de ne pas souligner la qualité du travail réalisé. Les moyens ont été mis et jamais une seule seconde, le film n’apparaît kitch ou cheap (désolé pour les anglicismes).

Les Adieux à la Reine confirme la montée en puissance de Lea Seydoux qui tient là son rôle le plus marquant dans un film français. Tout comme son personnage, son jeu gagne en épaisseur à mesure que le film progresse. Le film repose en grande partie sur ses seules épaules et on ne peut par souligner la réussite qu’il représente sans lui en attribuer une large part. A ses côtés, Diane Kruger nous livre une très belle interprétation de Marie-Antoinette, même si elle confirme aussi les limites de ton talent. Quant à Virginie Ledoyen, son rôle quasi-muet permet de se rendre compte que sa seule présence à l’écran suffit pour faire parler son charisme.

Les Adieux à la Reine constitue donc le premier film français vraiment marquant de 2012. Cependant, la cuvée 2011 fut tellement exceptionnelle qu’on en deviendrait presque trop exigeant.

Fiche technique :
Production : Morena Films, Les films du lendemain, France 3 Cinéma, GMT Productions
Distribution : Ad Vitam
Réalisation : Benoît Jacquot
Scénario : Benoît Jacquot, Gilles Taurand
Montage : Luc Barnier
Photo : Romain Winding
Décors : Katia Wyszkop
Musique : Bruno Coulais
Durée : 100 mn

Casting :
Léa Seydoux : Sidonie Laborde
Diane Kruger : Marie-Antoinette
Virginie Ledoyen : Gabrielle de Polignac
Xavier Beauvois : Louis XVI
Noémie Lvovsky : Mme Campam
Julie-Marie Parmentier : Honorine
Lolita Chammah : Louison
Grégory Gadebois : Le comte de Provence
Michel Robin : Jacob Nicolas Moreau

38 TEMOINS : A lâche, lâche et demi

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38temoinsaffichePour faire un bon film, ou tout du moins écrire un bon scénario, il faut un bon sujet. Bien sûr, certains arrivent à passionner à partir de pas grand chose, mais sans fond, la plus belle forme du monde ne sera jamais qu’un sapin de Noël avec les guirlandes, mais sans les boules. Malheureusement, ce n’est pas non plus suffisant. On peut parfois tenir un vrai bon point de départ, avant de s’apercevoir très vite que l’on ne sait pas vraiment où l’on va. C’est malheureusement le cas de 38 Témoins.

Louise rentre d’un voyage professionnel en Chine. En rentrant, elle apprend que la nuit précédente, une jeune femme a été assassinée en bas de chez elle. Tout le monde dans le voisinage dit n’avoir rien entendu. Son propre mari, Pierre, lui dit même qu’il était encore au travail au moment des faits. Mais il est distant, comme si quelque chose le rongeait. Une nuit, il finit par tout lui raconter. Il était bien dans l’appartement, il a bien entendu les cris de la victime, mais par lâcheté, il n’a pas bougé, même pas pris son téléphone. Et si lui a entendu, tous ses voisins aussi…

Que l’être humain soit capable de lâcheté et d’indifférence face à une personne en détresse et même en danger de mort est un fait incontestable. Après, dire que la lâcheté est une caractéristique presque généralisée en est une autre. Ce n’est pas tout à fait le propos de 38 Témoins, mais pas loin. Qu’autant de personnes ne daignent même pas passer un simple coup de fil (on ne parle pas de descendre se battre avec l’agresseur) est trop gros pour être plausible. Le film s’appellerait 5 témoins, cela tiendrait déjà plus debout.

Ensuite, il y a la réaction des 37 autres témoins quand Pierre se met à parler, bien trop unanime, trop monolytique. Que la plupart lui en veuille, parfois jusqu’à la haine, d’avoir brisé la loi du silence, je trouve ça même logique. Mais qu’il n’y ait pas des réactions plus nuancées et même des soutiens nuit à l’intérêt du propos. Le personnage apparaît que comme une sorte de héros solitaire, le seul à ne pas accepter sa propre lâcheté, le seul à ne pas réussir à assumer sereinement sa culpabilité. Sa parole devrait, à mon sens, libérer d’autres personnes. Le seul contre tous, net parti pris de 38 Témoins, constitue pour moi une erreur.

Je suis désolé de raconter quelque peu le film, mais je voulais exprimer clairement pourquoi je n’ai pas été convaincu par la démonstration de Lucas Belvaux. Je suis resté froid face à cette réflexion sur un vrai sujet, qui à mon sens, méritait un peu plus de subtilité. Si d’un point de vue collectif, je le trouve mal traité, par contre, d’un point de vue individuel, c’est nettement plus réussi. Le parcours intellectuel de Pierre et l’impact sur son couple constituent le cœur du film et cela permet à 38 Témoins de ne pas être tout à fait un échec. Mais il aurait été totalement réussi s’il s’était limité à cette dimension là.

38temoins38 Témoins reste tout de même l’œuvre d’un réalisateur brillant. Tout le talent de Lucas Belvaux se ressent pleinement dans un dernier quart d’heure vraiment poignant. On oublie alors toutes les incohérences ou les faiblesses pour se laisser porter par l’émotion. Notre cœur se sert et on ressent enfin à quel point la culpabilité peut être un étau oppressant et insupportable quand on doit y faire face. On pourra simplement regretter que tout le film ne soit pas à l’image de cette magnifique séquence.

Yvan Attal est égal à lui-même dans ce film. Il n’est clairement pas l’acteur le plus expressif qui soit, mais il colle du coup totalement à son personnage. La vraie révélation se nomme Sophie Quiton… sauf que ça fait au moins la troisième fois qu’elle se révèle après Qui a Tué Bambi et surtout le très bon Poupoupidou, sorti l’année dernière. Espérons que cette nouvelle très belle performance lui permettra de l’installer définitivement comme une valeur sûre du cinéma français.

38 Témoins est donc au final un film inégalement réussi. On peut donc voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Malheureusement pour moi, c’est surtout la frustration qui a prédominé, du au sentiment qu’il ne manquait pas grand chose à ce film pour être nettement plus convaincant.

Fiche technique :
Production : Agat Films & Cie, France 3 Cinéma, Artémis production, Jérodiade, Films sous influence
Distribution : Diaphana Films
Réalisation : Lucas Belvaux
Scénario : Didier Decoin, d’arpès son roman
Montage : Ludo Torch
Photo : Perric Gantelmi d’Ille
Décors : Frédérique Belvaux
Musique : Arne Van Dongen
Durée : 104 mn

Casting :
Yvan Attal : Pierre Morvand
Sophie Quinton : Louise Morvand
Nicole Garcia : Sylvie Loriot
François Feroleto : le Capitaine Léonard
Natacha Régnier : Anne
Patrick Descamps : Petrini
Didier Sandre : le procureur Lacourt

JOHN CARTER : Pas mal pour un film des années 60…

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johncarterafficheImaginez que vous viviez dans les années 60 et que vous soyez projeté à notre époque. Et là, après une période de désorientation, intrigué par l’extension qui semble avoir poussé au bout des bras des humains, à savoir le smartphone, vous vient l’idée d’aller au cinéma voir John Carter. En effet, le personnage vous est familier, puisqu’il a été crée en 1912. Vous vous dites que cela va vous permettre de retrouver un univers connu. Vous en ressortez particulièrement enthousiaste en vous écriant « Que c’est bien fait ! Que c’est beau ! Que c’est criant de vérité !». Et encore, je ne parle pas de l’effet de la 3D. Bon, le problème, c’est qu’aucun de nous n’est un voyageur temporel venu des années 60…

John Carter est mort. Il lègue à son neveu un récit de ses aventures. Des aventures qui l’ont mené… sur Mars, ou Barsoon comme on dit là-bas. Un monde en guerre dont le destin va se retrouver bouleverser par ce Terrien égaré.

 Autant le dire tout de suite, John Carter n’est pas kitch. Parce que kitch, ça inspire un petit peu de sympathie et de tendresse. Comme un retour à l’enfance, c’est presque rassurant. Non, ce film est juste totalement ringard. Pas moche, pas mal fait, ringard… Les moyens techniques sont là, le numérique permet de créer tout et n’importe quoi d’un clic de souris. Cependant, les équipes artistiques en charge de ce film ont réussi l’exploit de créer des décors et des costumes aussi convaincants que du temps du carton pâte. Voir le personnage faire des bons, habillé d’un pauvre pagne, rappelle au mieux le Tarzan version Johnny Weissmuller, au pire la série des Maciste, le héros en slip doré !

John Carter est parti pour être un des plus gros bides de l’histoire du cinéma, avec 200 millions de dollars de perte (au final, ça sera beaucoup moins grâce à l’exploitation à l’étranger et en DVD). C’est totalement mérité car ce film est un pur foutage de gueule. Quelle mouche a donc piqué Andrew Stanton, le réalisateur de Wall-E ? Même Roland Emmerich fait preuve de plus d’ambition artistique que lui dans ses film. Si au moins, il y avait l’excuse du manque de moyens… Au contraire, on sent bien que ce film a coûté un bras, puisque, encore une fois, c’est bien fait… C’est juste sans âme, ridicule à en devenir déprimant.

Après, si je fais preuve d’une totale honnêteté intellectuelle, je ne me suis pas ennuyé devant John Carter. La consternation est une forme d’intérêt, mais c’est surtout qu’il se passe des choses, y a de l’action ! Bon, le scénario n’est pas top-top, mais on a fait pire en la matière, puisqu’il y aurait presque un peu de complexité dans cette histoire. Il souffre par contre d’une trop grande naïveté. Certes, cela peut s’expliquer par le côté avant-gardiste de l’œuvre dont il est issu, la première à mélanger fantasy et science-fiction. Mais franchement, les scénaristes ne se sont pas foulés pour réinventer le mythe. Ca reste hyper basique et rien ne les obligeait à nous servir des dialogues tout droit sortis d’un nanar des années 60.

johncarterMais là où John Carter finit de sombrer, c’est au niveau du casting. Il faut dire qu’en choisissant un acteur principal portant le nom de Kitsch (ça ne s’invente pas), les producteurs de chez Disney ont donné le bâton pour se faire battre. Ce bellâtre a autant de talent que Liliane Bettancourt de lucidité. A ses côtés, Lynn Collins s’en sort beaucoup mieux, avec un minimum de personnalité. Sans parler de sa plastique… Par contre, ayons une pensée ému pour ce pauvre Mark Strong et son costume ridicule…

John Carter est un film où l’argent investi est inversement proportionnel au talent artistique mis en œuvre pour sa réalisation. Résultat, un vrai navet !

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Compagny
Réalisation : Andrew Stanton
Scénario : Andrew Stanton, Mark Andrews, Michael Chabon, d’après le Cycle de Mars d’Edgar Rice Burroughs
Montage : Eric Zumbrunnen
Photo : Dan Mindel
Format : 35mm
Décors : Nathan Crowley
Musique : Michael Giacchino
Effets spéciaux : Eamonn Butler
Durée : 140 mn

Casting :
Taylor Kitsch : John Carter
Lynn Collins : Dejah Thoris
Samantha Morton : Sola
Williem Dafoe : Tars Tarkas
Dominic West : Sab Than
Mark Strong : Matai shang
Thomas Haden Church : Tal Hajus

POSSESSIONS : Ligne trop droite

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possessionsafficheBeaucoup de films tirent leur intérêt du suspense quant au dénouement de l’intrigue. Mais comment cela va-t-il finir ? se demande alors le spectateur, qui, du coup, reste intéressé jusqu’au bout. Et puis, il y a ceux qu’on appelle… en fait, non ceux que j’appelle, puisque c’est une expression que je crois avoir plus ou moins inventé… les films de processus. On sait à peu près d’où on part, on sait immédiatement ou très vite où on va arriver. Tout l’intérêt réside dans la manière dont le chemin entre les deux se déroule. Possessions fait partie de cette catégorie puisqu’il est basé sur un fait divers connu. Malheureusement, le chemin est bien trop droit pour être vraiment intéressant.

 Marilyne et Bruno Caron s’apprêtent à changer de vie. Ils quittent le Nord et une vie très grise pour venir s’installer à la montagne. Mais surprise, quand ils arrivent sur place, leurs propriétaires, les Castang, vont leur annoncer que leur chalet n’est pas fini. C’est cependant presque une bonne nouvelle pour eux puisqu’ils sont installés dans un chalet plus grand. Cette solution s’avère vite temporaire et ils vont être obligés de changer de logement plusieurs fois, transformant le rêve en cauchemar. Et la sympathie en haine.

Si je devais résumer ce que je reproche à Possessions en une seule phrase, je dirais simplement que ce film n’a aucun intérêt. Tout simplement, parce qu’il nous présente un processus totalement linéaire. Pas de rebondissements, pas de surprises, juste une ligne droite entre un point A et un point B. Donc, on assiste exactement à ce à quoi on pouvait s’attendre. On a donc bien du mal à se passionner pour cette histoire, qui, de plus, mets face à face des personnages tout ce qu’il y a de plus antipathiques.

Mais ce qu’il m’a le plus gêné, c’est sans doute la caricature sociale. Possessions repose sur le contraste entre un couple en bas et l’autre en haut de l’échelle de la réussite, du pouvoir de l’achat et du patrimoine. Les uns sont plutôt élégants, les autres franchement beaufs et amoureux du tuning. Le portrait de ces derniers prête souvent à sourire tant il emprunte des lieux communs. Par exemple, quand il rentre chez lui, Bruno se met sur le canapé et il ouvre sa braguette… Bah oui, il est pauvre et n’a pas d’éducation, donc il déboutonne sa braguette. Logique… Bon, c’est un détail parmi tant d’autres, mais Eric Guirado use et abuse de ces facilités qui décrédibilisent son propos. Sûrement parce que, à l’image d’Etienne Chatillez dans la Vie est un Long Fleuve Tranquille, il décrit un milieu qui lui est étranger.

 

possessionsPossessions reste tout de même avant tout une réflexion sur la jalousie, la frustration sociale qui peut mener à la violence. Comment face à un ascenseur qui ne fonctionne pas, on est tenté de brûler tout l’immeuble… C’est beau ce que je dis… Sauf que trop d’imperfections viennent parasiter le fond du sujet. De plus, on est là face à une histoire très particulière, qui n’est pas vraiment symptomatique de quoique ce soit. On n’est pas là face à un film social, même si on y retrouve une forme de lutte des classes. Bref, tout concourt pour que ce film reste tout simplement purement anecdotique.

Le couple Jérémie Renier – Julie Depardieu n’a pas grand chose à se reprocher. Le premier n’est guère convaincant, mais c’est avant tout son personnage qui ne l’est pas. A l’impossible nul n’est tenu. Par contre, la seconde est presque surprenante dans un rôle plus dur que d’habitude. Elle sort un peu de ses habituels rôles de femme fragile et s’en sort vraiment bien. Un mot enfin sur Alexandra Lamy qui confirme, après Infidèles, qu’elle peut être utilisée à bon escient ailleurs que dans des comédies.

Possessions est un film dont on aurait pu saluer la forme, si le fond ne le rendait totalement inintéressant.

Fiche technique :
Production : Incognita Films
Distribution : UGC Distribution
Réalisation : Eric Guirado
Scénario : Isabelle Claris, Eric Guirado
Montage : Laure Gardette
Photo : Thierry Godefroy
Décors : Valérie Faynot
Son : Philippe Mouisset
Musique : Maidi Roth
Durée : 98 mn
 
Casting :
Jérémie Renier : Bruno Caron
Julien Depardieu : Maryline Caron
Lucien Jean-Baptiste : Patrick Castang
Alexandra Lamy : Gladys Castang
Benoît Giros : Christophe
Ludmila Ruoso : Sabrina