
Filippo et son grand-père font partie des derniers pêcheurs d’une petite île au large de la Sicile. Ce n’est plus suffisant pour vivre, alors l’été venant, ils décident de louer leur maison et de transporter les touristes sur leur bateau. Mais l’arrivée d’un groupe de clandestins va venir bouleverser leurs projets.
Le plus grand mérite de Terraferma est d’aborder un sujet plutôt grave, la traversée de la Méditerranée, au péril de leurs vies, par des clandestins venus d’Afrique, tout en étant jamais plombant. Beaucoup d’humanité, de l’humour, de très beaux paysages, des personnages attachants, tout ça donne un savoureux mélange où on ne s’ennuie jamais. Autant, Respiro était purement contemplatif, autant celui-ci est rafraîchissant et jamais inutilement mélodramatique.
C’est donc avant tout un film profondément humain et qui pose de vraie question sur le devoir de désobéissance quand des vies sont en jeu. La valeur de l’existence est-elle supérieure à celle de la loi ? La réponse peut sembler évidente, mais quand on risque soit même de détruire tout ce que l’on a construit, elle l’est tout de suite beaucoup moins. Jusqu’où peut-on aller dans le sacrifice ? Où s’arrête l’indifférence coupable ? Terraferma ne prétend pas apporter la moindre réponse à ces interrogations, sur lesquelles on peut discourir à l’infini. Mais il ne nous fait pas échapper au « et moi, qu’est ce que je ferai ? »… Là encore, la réponse est rarement évidente…
Terraferma séduit aussi par ses personnages auxquels on s’attache immédiatement. A une ou deux exceptions près, il ne sont pas du tout manichéens, ce qui contribue à l’intérêt du propos, mais aussi au processus d’identification. C’est un élément clé de ce film, car si les protagonistes nous laissaient froidement indifférents, on n’arriverait jamais à tout à fait entrer dans cette histoire très bien menée par ailleurs. C’est par leur intermédiaire que le film échappe aux bons sentiments et au misérabilisme en nous mettant face à la complexité de certains problèmes quand ils sont vécus par de vrais gens, avec leurs problèmes, leurs qualités et leurs défauts. On échappe ainsi totalement au « il faut, y a qu’à » parce qu’Emmanuelle Crisale a su parfaitement nous faire partager les sentiments des personnages.

S’il y a une qualité que l’on peut reconnaître à Emmanuelle Crisale, c’est un vrai don pour la direction d’acteurs. Il a l’habitude de faire tourner des acteurs pas forcément hyper connus (même en Italie) et arrive toujours à tirer le meilleur. Dans Terraferma, nous pourrons découvrir notamment Donatella Finocchiaro, en mère de famille écartelée entre le soucis de préserver sa famille et son humanité, et le jeune Filippo Pucillo, écartelé entre à peu près les mêmes choses… A la fois, c’est le sujet central du film…
Terraferma est donc un film qui pousse à réfléchir, mais qui le fait sans être sinistre. Un film humaniste et rafraîchissant sous le magnifique soleil de la Méditerranée.
Fiche technique :
Production : Cattleya, Babe film, France 2 Cinéma, RAI Cinéma, Canal +
Distribution : Bellissima Films
Réalisation : Emanuele Crialese
Scénario : Emanuele Crialese, Vittorio Moroni
Montage : Simona Paggi
Photo : Fabio Cianchetti
Décors : Paolo Agnello
Musique : Franco Piersanti
Durée : 88 mn
Casting :
Filippo Pucillo : Filippo
Donatella Finocchiaro : Giuletta
Beppe Fiorello : Nino
Mimmo Cuticchio : Ernesto
Martina Codecasa : Maura
Tiziana Lodato : Maria
Claudio Santamaria : Finanziere

En fait, le Territoire des Loups est un bon film tout simplement parce qu’aucun aspect n’a été bâclé. Il est relativement rythmé. Certes, on n’échappe pas à un côté « amitié virile qui naît dans l’épreuve » qui peut prêter à sourire, mais qui finalement nous pousse à nous attacher aux personnages et à rentrer d’autant plus dans cette histoire. Enfin, le dénouement est assez réussi, ce qui permet de rester sur une très bonne impression. A noter que le film ne se termine vraiment qu’après le générique. 95% des spectateurs auront donc raté l’ultime plan, qui ne change pas grand chose, sinon à conclure définitivement l’histoire.

Le style graphique rappelle aussi celui de Valse avec Bachir, si on excepte le recours au noir et blanc. L’animation est cependant plus fluide dans Alois Nobel, mais le film est graphiquement moins imaginatif. Le style colle assez bien avec le scénario. Un rien austère, mais non dénué de profondeur. Il s’agit d’un vrai choix artistique. Tomas Lunak a incontestablement cherché à soigner la forme tout autant que le fond. Il n’a simplement pas chercher à être léger et encore moins sexy.
Hasta la Vista fonctionne si bien grâce à son trio de personnages. On devrait même dire son quatuor, en n’oubliant pas l’infirmière qui les accompagne pendant leur voyage. L’attachement est immédiat et ne va jamais se relâcher, même quand certains deviennent odieux. On n’a pas pitié d’eux. Au mieux on est admiratif. En fait, on les trouve juste sympathique avec leur humour, leur énergie et leur envie de connaître les mêmes joies. Ils aiment le vins et les jolies filles. Ca tombe bien, moi aussi !

Une des raisons pour lesquelles je n’ai pas vraiment accroché avec cette histoire, c’est peut-être pour son grand pessimisme. Je ne vais pas dévoiler ici la manière dont Oslo 31 août se termine, mais globalement le film parle largement de l’aspect inexorable de la tentation et du risque de rechute, qui apparaît alors inévitable tôt ou tard. La fatalité est un thème central de la réflexion. Or, j’ai parfois du mal avec les films qui nous montrent une situation dramatique juste pour nous dire qu’elle est dramatique. Je ne veux pas dire qu’il faut que tout se termine toujours pas un happy end, mais l’aspect « noir c’est noir » n’est pas forcément signe d’un propos très intéressant.

Au final, Les Infidèles est donc plutôt frustrant. On ne s’y ennuie pas, puisqu’au moins sa forme l’empêche de s’enferme dans d’interminables longueurs. Le thème aurait vraiment pu donner un contenu plus riche et surtout plus inattendu. On pourra peut-être regretter la suppression du sketch réalisé par Jan Kounen, qui, paraît-il, était trop fantaisiste par rapport aux autres. Enfin, ce n’est pas non plus comme si Jan Kounen avait du talent… (désolé, je ne lui pardonnerai jamais ce qu’il a osé faire du mythe de Blueberry! – Jean paix à ton âme !)
Reste tout de même de Martha Marcy May Marlene de très beaux personnages. Evidemment, celui de Martha est central et son parcours reste tout de même magnifiquement décrit. Celui du « gourou » est aussi très convaincant. Il aurait été facile de tomber dans la caricature entre la pauvre victime innocente et le manipulateur diabolique et vicieux. Il n’en est rien et, même si cela contribue sans doute au caractère quelque peu flou du propos, cela constitue tout de même une incontestable qualité.
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