TERRAFERMA : Le paradis n’est plus ce qu’il était

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terrafermaafficheAprès m’être rendu deux fois en Belgique (pour deux merveilleux voyages), en République Tchèque et en Norvège ces dernières semaines, je continue mon tour d’Europe du cinéma avec une destination plus classique cette fois-ci : l’Italie avec Terraferma. Il s’agit du nouveau film de Emmanuele Crialese, qui nous conduit sur la même petite île au large de la Sicile que dans Respiro, un film qui avait séduit le public et la critique, mais qui m’avait profondément ennuyé. Cette fois, par contre, je partage entièrement tout le bien qui a pu être écrit sur ce film !

Filippo et son grand-père font partie des derniers pêcheurs d’une petite île au large de la Sicile. Ce n’est plus suffisant pour vivre, alors l’été venant, ils décident de louer leur maison et de transporter les touristes sur leur bateau. Mais l’arrivée d’un groupe de clandestins va venir bouleverser leurs projets.

Le plus grand mérite de Terraferma est d’aborder un sujet plutôt grave, la traversée de la Méditerranée, au péril de leurs vies, par des clandestins venus d’Afrique, tout en étant jamais plombant. Beaucoup d’humanité, de l’humour, de très beaux paysages, des personnages attachants, tout ça donne un savoureux mélange où on ne s’ennuie jamais. Autant, Respiro était purement contemplatif, autant celui-ci est rafraîchissant et jamais inutilement mélodramatique.

C’est donc avant tout un film profondément humain et qui pose de vraie question sur le devoir de désobéissance quand des vies sont en jeu. La valeur de l’existence est-elle supérieure à celle de la loi ? La réponse peut sembler évidente, mais quand on risque soit même de détruire tout ce que l’on a construit, elle l’est tout de suite beaucoup moins. Jusqu’où peut-on aller dans le sacrifice ? Où s’arrête l’indifférence coupable ? Terraferma ne prétend pas apporter la moindre réponse à ces interrogations, sur lesquelles on peut discourir à l’infini. Mais il ne nous fait pas échapper au « et moi, qu’est ce que je ferai ? »… Là encore, la réponse est rarement évidente…

Terraferma séduit aussi par ses personnages auxquels on s’attache immédiatement. A une ou deux exceptions près, il ne sont pas du tout manichéens, ce qui contribue à l’intérêt du propos, mais aussi au processus d’identification. C’est un élément clé de ce film, car si les protagonistes nous laissaient froidement indifférents, on n’arriverait jamais à tout à fait entrer dans cette histoire très bien menée par ailleurs. C’est par leur intermédiaire que le film échappe aux bons sentiments et au misérabilisme en nous mettant face à la complexité de certains problèmes quand ils sont vécus par de vrais gens, avec leurs problèmes, leurs qualités et leurs défauts. On échappe ainsi totalement au « il faut, y a qu’à » parce qu’Emmanuelle Crisale a su parfaitement nous faire partager les sentiments des personnages.

terrafermaEnfin, Terraferma est un régal par ses décors. Emmanelle Crisale est visiblement amoureux de cette île, petit coin de paradis au milieu de la Méditerranée. Certes, il nous explique toujours qu’il n’est pas toujours facile de vivre au paradis, mais au moins, c’est un régal pour les yeux. On a vraiment envie d’y partir en vacances, de profiter des paysages et la mer bleue turquoise.

S’il y a une qualité que l’on peut reconnaître à Emmanuelle Crisale, c’est un vrai don pour la direction d’acteurs. Il a l’habitude de faire tourner des acteurs pas forcément hyper connus (même en Italie) et arrive toujours à tirer le meilleur. Dans Terraferma, nous pourrons découvrir notamment Donatella Finocchiaro, en mère de famille écartelée entre le soucis de préserver sa famille et son humanité, et le jeune Filippo Pucillo, écartelé entre à peu près les mêmes choses… A la fois, c’est le sujet central du film…

Terraferma est donc un film qui pousse à réfléchir, mais qui le fait sans être sinistre. Un film humaniste et rafraîchissant sous le magnifique soleil de la Méditerranée.

Fiche technique :
Production : Cattleya, Babe film, France 2 Cinéma, RAI Cinéma, Canal +
Distribution : Bellissima Films
Réalisation : Emanuele Crialese
Scénario : Emanuele Crialese, Vittorio Moroni
Montage : Simona Paggi
Photo : Fabio Cianchetti
Décors : Paolo Agnello
Musique : Franco Piersanti
Durée : 88 mn

Casting :
Filippo Pucillo : Filippo
Donatella Finocchiaro : Giuletta
Beppe Fiorello : Nino
Mimmo Cuticchio : Ernesto
Martina Codecasa : Maura
Tiziana Lodato : Maria
Claudio Santamaria : Finanziere

LE TERRITOIRE DES LOUPS : Loin d’être bête !

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leterrtitoiredesloupsafficheDans la série des films qui me donnaient l’impression d’être de gros navets à la vue de la bande annonce, mais en fait pas du tout, voici Le Territoire des Loups. Un principe de base assez éculé, un contexte particulier qui ne me disait vraiment rien. Bref, beaucoup de raisons pour ne pas aller le voir. Et bien, j’aurais eu tort car, si le film n’a rien d’un chef d’œuvre, il rassemble assez de qualités pour se laisser voir avec grand plaisir.

John Ottway travaille pour une compagnie pétrolière en Alaska. Il protège les chantiers des bêtes sauvages. Une compétence qui va s’avérer utile lorsque l’avion qui le ramène à Anchorage s’écrase en plein milieu de nul part. Accompagné d’une poignée de survivants, il doit essayer de regarder la civilisation. Le seul soucis est qu’entre eux et la civilisation se dresse une meute de loups ayant très envie de les avoir pour dîner.

Le principe de Les Territoire des Loups est donc très simple. Un groupe et une menace qui en élimine les membres un à un. Combien vont survivre à la fin ? Triompheront-ils de ce mortel ennemi ? Ca résume pas mal de films d’horreur ou de zombies. Le danger en question a pris des formes diverses au cours de l’histoire du cinéma : des serial-killers, des mort-vivants, des dinosaures, des extra-terrestres, des monstres divers et variés. Les loups, ça a sûrement déjà été fait, même si je n’ai pas vraiment d’exemple en tête. Enfin bref, voici une idée de base assez peu originale et on se dit qu’on aura du mal à tomber sur quelque chose de nouveau.

Et puis quand les qualités s’accumulent, on finit par se dire qu’on est devant un film pas si inintéressant que ça. Pour le Territoire des Loups, on apprécie déjà… le décor. Ca paraît quelque peu anodin, mais les grands espaces sont quand même souvent très cinégéniques. Ceux de ce film jouent un vrai rôle, puisqu’ils contribuent à la situation de détresse des personnages. Et puis, c’est vrai que les immensités drapées de blanc, ça a de la gueule. Ce beau voyage en Alaska nous ferait presque oublier Sarah Palin… et les loups bien sûr.

La plus grande force de ce film est d’avoir réussi à créer un vrai méchant. Pourtant, une meute de loups, à premier vue, ça n’a rien de très engageant. On pouvait craindre que le film ne tombe dans anthropomorphisme à outrance. Il n’en est rien. Les loups restent des loups. En fait, s’ils sont vraiment inquiétants, c’est avant tout parce qu’on le voit finalement qu’assez peu. John Carnahan, à qui on doit notamment la très bonne adaptation de l’Agence Tous Risques, est arrivé à en faire une menace constante, mais quasi invisible, ce qui la rend d’autant plus inquiétante.

leterritoiredesloupsEn fait, le Territoire des Loups est un bon film tout simplement parce qu’aucun aspect n’a été bâclé. Il est relativement rythmé. Certes, on n’échappe pas à un côté « amitié virile qui naît dans l’épreuve » qui peut prêter à sourire, mais qui finalement nous pousse à nous attacher aux personnages et à rentrer d’autant plus dans cette histoire. Enfin, le dénouement est assez réussi, ce qui permet de rester sur une très bonne impression. A noter que le film ne se termine vraiment qu’après le générique. 95% des spectateurs auront donc raté l’ultime plan, qui ne change pas grand chose, sinon à conclure définitivement l’histoire.

J’avoue que j’avais un peu peur de la prestation de Liam Neeson dans le Territoire des Loups. J’aime bien cet acteur, mais avouons qu’il joue toujours un peu les mêmes rôles de grand sage taciturne. C’est encore un peu le cas ici, mais force est de constater que son charisme arrive toujours à le faire briller, même si on connaît son jeu par cœur. Le reste du casting est lui plus anodin, même si l’ensemble des seconds rôles sont solides.

Le Territoire des Loups est donc un film parfaitement maîtrisé, à défaut d’être révolutionnaire. De la qualité à tous les niveaux pour au final un film peut-être pas génial, mais qui sort du lot de manière quelque peu inattendue.

Fiche technique :
Production : Inferno, Scott Free, Chambara Pictures, LD Entertainment, 1984 Private defense Contractors
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Joe Carnahan
Scénario : Joe Carnahan, Ian Mackenzie Jeffers
Montage : Roger Barton
Photo : Masanobu Takayanagi
Format : 35mm
Décors : John Willet
Musique : Marc Streitenfeld
Effets spéciaux : Howard Berger
Durée : 117 mn

Casting :
Liam Neeson : Ottway
Franck Grillo : Diaz
Dermot Murlroney : Talget
Dallas Roberts : Henrick
Joe Anderson : Flannery
Nonso Anozie : Burke

TANT QU’IL Y AURA DES QUEVILLY

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quevillyLe sport en général, et le football en particulier, génère ses légendes, ses mythes, ses évènements inexplicables, qui fascinent les amateurs et laissent perplexes les rétifs. L’équipe de Quevilly contribue à cette irrationalité qui rend le sport si passionnant. Pourquoi ce petit club obtient-il si souvent, et ce depuis des décennies, des résultats aussi brillants en Coupe de France ? Bonne question, merci de l’avoir posé…

On peut arguer que Quevilly a toujours été un des meilleurs clubs amateurs de France. Du coup, qu’il soit le Petit Poucet le plus récurent de cette compétition aurait quelque chose de logique. Sauf que cela n’est plus vrai depuis longtemps, sans que les résultats en Coupe ne déclinent, et leur piètre classement en National cette année le démontre une nouvelle fois. Ce n’est pas la première équipe, même amateur, à avoir des résultats diamétralement opposés entre la Coupe et le Championnat, mais cela n’explique toujours pas pourquoi cela arrive à cette équipe si souvent et pas à une autre.

Reste le fameux, « c’est une équipe de Coupe ». Sauf que ce n’est pas une explication, c’est juste une autre façon de formuler le même constat. Certes, cela renvoie à une forme de « culture » d’un club, de son attachement, de sa motivation pour une certaine compétition. Mais on ne sait toujours pas comme cela naît et comment surtout cela finit par se traduire par des résultats sur le terrain. Ce n’est pas l’histoire, l’héritage du passé qui ont marqué trois buts hier soir face à l’OM. Ce sont les joueurs d’aujourd’hui, pas ceux d’hier.

En fait, cette réussite renvoie à un élément primordial pour la réussite d’un sportif : la confiance. En rentrant sur le terrain avec ce maillot sur les épaules, les joueurs de Quevilly étaient persuadés que l’exploit était possible. On est là dans une forme de superstition auto-réalisatrice, d’effet placébo comme la confiture sur le nez du schtroumpf chétif dans les Schtroumpfs Olympiques. Et sans doute, les joueurs de l’OM ont subi l’effet exactement inverse. En s’imaginant qu’ils pouvaient perdre, ils avaient sans doute déjà perdu.

Tant qu’il y aura des Quevilly, la Coupe de France restera une compétition à nulle autre pareil. Sa légende s’est encore enrichie hier soir, sans pouvoir vraiment comprendre comment tout cela a pu arriver une nouvelle fois. Mais si on arrivait à trouver des explications rationnelles à tout ça, la magie disparaîtrait.

Et ça serait bien dommage…

ALOIS NOBEL : Austérité de velours

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aloisnobelafficheAller voir un film qui ne se joue que dans un seul cinéma dans toute l’Ile de France (et ce même la semaine de sa sortie), demande une certaine motivation. Enfin, quand il s’agit de l’UGC des Halles, cela reste tout de même assez accessible. Il n’empêche. Mais bon, ceux qui me connaissent un tantinet savent bien que je ne manque jamais de motivation quand il s’agit d’aller au cinéma. J’ai donc été voir Aloïs Nobel, un film d’animation venu de République Tchèque.

Aloïs Nobel est un chef de gare plutôt solitaire. Il travaille dans le fin fond de ce qui est encore la Tchécoslovaquie. Nous sommes en 1989 et l’histoire de ce pays s’apprête à basculer. Mais avant cela, un fugitif va venir bouleverser la vie monotone d’Aloïs.

Aloïs Nobel est d’abord original, ou plutôt inattendu, par sa forme. Un film d’animation en noir et blanc pour un sujet qui s’adresse clairement à un public adulte. On retrouve là un peu la démarche de Valse avec Bachir, avec lequel ce film partage pas mal de choses, j’y reviendrai. Le pari semble osé, mais ce film a su séduire des distributeurs un peu partout en Europe. Si la sortie est restée discrète, elle confirme la bonne santé du cinéma européen.

Aloïs Nobel est un film qui, au-delà de l’histoire d’un personnage, baigne dans l’histoire d’un pays tout entier. L’intrigue se déroule alors que des évènements clé bouleversent le destin de cette nation. Mais elle fait aussi appel à beaucoup de flashbacks qui nous renvoient à d’autres heures marquantes. Cela donne une dimension supplémentaire à cette histoire, qui, sinon, serait beaucoup plus anodine et ne justifierait sûrement pas un film.

En effet, l’histoire d’Aloïs et des personnages qui l’entourent a un peu de mal à réellement passionner. Elle constitue plus un fil rouge que le cœur du film. Cependant, elle n’en est pas pour autant simpliste. Les évènements entre présent et passé ne prennent tout leur sens qu’à la toute fin. Mais ce type de construction, utilisant largement les flashbacks reste quand même extrêmement classique et Aloïs Nobel ne va pas révolutionner le 7ème art sur ce plan là.

Du coup, j’avoue j’ai parfois flirter avec l’ennui. Mais je dis bien flirter, car la curiosité face à ce film quelque peu inattendu maintient tout de même l’intérêt du spectateur. Le film dure un peu moins de 1h30. S’il avait été plus long, pas sûr que l’on aurait pas fini par sortir de cette histoire intéressante mais un rien austère. Cela ne signifie pas qu’il ne se passe rien, il y a des péripéties, l’intrigue avance, mais on ne peut pas dire que Tomas Lunak ait vraiment cherché à produire un divertissement.

aloisnobelLe style graphique rappelle aussi celui de Valse avec Bachir, si on excepte le recours au noir et blanc. L’animation est cependant plus fluide dans Alois Nobel, mais le film est graphiquement moins imaginatif. Le style colle assez bien avec le scénario. Un rien austère, mais non dénué de profondeur. Il s’agit d’un vrai choix artistique. Tomas Lunak a incontestablement cherché à soigner la forme tout autant que le fond. Il n’a simplement pas chercher à être léger et encore moins sexy.

Comme Aloïs Nobel n’est pas non plus le film le plus bavard de l’année, je n’ai pas grand chose à dire sur le casting voix. Et je doute de toute façon que ce film fasse appel à des « people » tchèques.

Aloïs Nobel est donc incontestablement un film différent, dans le bon sens du terme. Son austérité peut rebuter, mais il nous permet de nous replonger au cœur d’évènements qui nous semblent désormais lointain, mais qui ont profondément changé le monde. Un film qui fait le lien entre petite et grande histoire.

Fiche technique :
Production : Negativ, Ceska Televize, Pallas Film
Distribution : ARP Selection
Réalisation : Tomas Lunak
Scénario : Jaroslav Rudis, Jaromir Svejdik
Montage : Petr Riha
Photo : Baset Jan Strtezsky
Décors : Henrich Boraros
Musique : Petr Kruzik
Costumes : Katarina Hollà
Durée : 84 mn

Casting :
Miroslac Krobot : Alois Nebel
Marie Ludvickova : Kveta
Leos Noha : Wachek
Karel Roden : le muet
Alois Svehlik : Wachek vieux

HASTA LA VISTA : Vive la Belgique, deux fois !

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hastalavistaafficheBon, l’autre jour, à l’occasion de ma critique de Bullhead, lorsque j’ai parlé du cinéma belge très peu présent sur nos écrans, il est vrai que j’avais oublié les frères Dardenne. Bon c’est peut-être parce que je ne suis pas dépressif, ni suicidaire. Enfin, j’aurais donc du parler du cinéma flamand. Où s’était-il donc caché depuis tout ce temps, lui qui vient d’envoyer un film aux Oscars (Bullhead justement) et qui nous offre un nouveau pur chef d’œuvre intitulé Hasta la Vista ?

Philip, Lars et Jozef sont trois jeunes gens qui regardent les filles avec envie et désir. Le problème est qu’ils ont peu de chance de les séduire. L’un est tétraplégique, l’autre hémiplégique et le dernier mal voyant. Mais ils aiment la vie, le bon vin et n’ont aucunement l’intention de finir puceaux. Ils décident alors de partir en voyage jusqu’au sud de l’Espagne où se trouve un bordel spécialisé dans l’accueil des handicapés.

Des handicapés, beaucoup de bonne humeur et d’humour, mais c’est Intouchables ! Evidemment, la comparaison est inévitable. Pourtant, elle n’est guère pertinente, alors évacuons là tout de suite. Certes, une partie du sujet est similaire. Mais sur bien des aspects, ces deux œuvres n’ont rien à voir. Hasta la Vista n’est pas une pure comédie, même si on rit beaucoup. C’est un roadmovie, où l’humour est au service de l’histoire et non l’inverse. Le regard porté est lui aussi différent, puisque ce film est plus sur la vision qu’on les handicapés d’eux-mêmes que sur le regard que le reste de la société a sur eux.

Bon, concentrons-nous donc sur Hasta la Vista. Si on n’éclate pas de rire du début à la fin, on traverse le film avec un sourire jusqu’aux oreilles. Bon, il y a des passages plus tristes, plus difficiles, car la réalité n’est forcément pas toute rose. Je ne peux pas vous promettre que vous ne fondrez pas en larme à un moment ou à un autre. Mais le rire n’est ici jamais loin des larmes et il se dégage de ce film une énergie et un optimisme qui vous donnent un incroyable pêche. Le film n’est jamais moralisateur et évite tout apitoiement. Certains passages pourraient s’intituler « les handicapés sont des pauvres types comme les autres » et c’est particulièrement salutaire.

On peut peut-être reprocher à Hasta la Vista un excès de bons sentiments. Ou du moins une certaine simplicité dans le message. C’est vrai qu’il n’y a que peu d’ambiguïté dans les personnages. Mais une histoire simple n’en est pas forcément moins forte. Celle-ci fonctionne parfaitement, frappe droit au cœur, tout en nous faisant passer un très bon moment. Elle ne veut pas forcément faire réfléchir à tout prix, mais n’oublie pas aussi de divertir. On se laisse totalement emporter et on en ressort joyeux et bouleversé, heureux et ému.

hastalavistaHasta la Vista fonctionne si bien grâce à son trio de personnages. On devrait même dire son quatuor, en n’oubliant pas l’infirmière qui les accompagne pendant leur voyage. L’attachement est immédiat et ne va jamais se relâcher, même quand certains deviennent odieux. On n’a pas pitié d’eux. Au mieux on est admiratif. En fait, on les trouve juste sympathique avec leur humour, leur énergie et leur envie de connaître les mêmes joies. Ils aiment le vins et les jolies filles. Ca tombe bien, moi aussi !

Les quatre acteurs sont eux aussi formidables. J’en mettrai deux plus particulièrement en avant. Tout d’abord, Robrecht Vanden Thoren qui incarne le garçon tétraplégique et qui est le véritable instigateur du voyage. Au-delà, de la difficulté « technique » d’un tel rôle, il est vraiment l’âme du film, surtout que son personnage est aussi le plus complexe. Je saluerai également Isabelle De Herthogh qui joue l’infirmière. Un rôle plus « facile » mais qu’elle interprète avec une justesse formidable.

Hasta la Vista est donc un vrai coup de cœur cinématographique. Une petite merveille dont on ressort avec le plein d’émotions, après avoir passé un très bon moment de joie et d’humour.

Fiche technique :
Production : Fobic Films, K2
Distribution : Les Films 13
Réalisation : Geoffrey Enthoven
Scénario : Pierre De Clercq
Montage : Philippe Ravoet
Photo : Gerd Schelfhout
Décors : Kurt Rigolle
Son : Geert Vlegels
Durée : 113 mn

Casting :
Robrecht Vanden Thoren : Philip
Gilles De Schrijver : Lars
Tom Audenaert : Jozef
Isabelle De Hertogh : Claude
Kimke Desart : Yoni

DECEVANT, CERTAINEMENT PAS SURPRENANT

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tournoi2012Le Tournoi des 6 Nations vient de s’achever sur une défaite contre le Pays de Galles, brillant et incontestable vainqueur. Deux victoires, un nul, deux défaites, le bilan est incontestablement moyen d’un point de vue comptable pour le XV tricolore. Tout le monde parle de déception, puisqu’en tant que vice-championne du monde, l’Equipe de France était en droit de viser la victoire finale dans ce Tournoi. Pourtant était-ce si surprenant que ça ?

On a beaucoup parlé des entames de matchs ratées avant des secondes mi-temps bien meilleures. On a regretté que la défense ait eu tant de faiblesses avant qu’elle ne se reprenne contre le Pays de Galles, qui aurait pu sans cela nous mettre 30 points dans la vue. Bref, le XV de France fut particulièrement inconstant. Mais n’oublions pas que lors de la Coupe du Monde, il a réussi dans le même tournoi à perdre contre les Tonga et à être à un cheveu de conquérir le titre suprême. En fait, rien de nouveau sous le soleil, à part qu’on est passé d’une inconstance d’un match à l’autre à une inconstance en cours de match…

Une large partie des observateurs espérait que ces performances sinusoïdales étaient le résultat du management très critiqué de Marc Lièvremont. On était persuadé que sans lui, seul le meilleur resterait. Force est de constater que ce sont aussi les joueurs qui sont à l’origine de cette fâcheuse habitude. Et comme le groupe est resté sensiblement le même, il n’y avait aucune raisons qu’elle disparaisse.

Laissons donc le temps à Philippe Saint-André le temps de vraiment poser sa patte sur cette équipe. Il y a toute de même des évolutions intéressantes, des joueurs nouveau qui s’affirment, à l’image de Wesley Fofana. Bien sûr, d’autres secteurs, notamment la charnière 9-10, demeurent un vaste chantier. Un chantier ouvert depuis bien avant sa nomination.

Un Tournoi peut-être pas réussi, ça, c’est certain. Mais un Tournoi qui peut quand même constituer le début d’une belle aventure… ou pas. Seul l’avenir le dira.

OSLO, 31 AOUT : Rendez-vous manqué

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oslo31aoutafficheLe cinéma norvégien nous livre rarement mais régulièrement des films pour agrémenter nos salles obscures hexagonales. Jusqu’à présent, il s’agissait généralement plutôt de comédies légères, comme le très sympathique Happy Happy sorti l’été dernier. Cette fois-ci, changement complet de ton, avec Oslo 31 août. Un film unanimement salué par la critique et qui connaît un joli succès en salle, au vu de sa faible distribution et de son sujet difficile. Un film que je n’ai pas réussi à apprécier à sa juste valeur.

Anders est en cure de désintoxication depuis plusieurs mois. Son addiction semble proche d’être définitivement derrière lui. Il a la permission de passer la journée à Oslo pour un entretien d’embauche. Il en profitera pour revoir des proches, retrouver le goût de la vie et croire à nouveau à l’avenir. Mais à plus de trente ans peut-on encore espérer un nouveau départ ?

Je crois bien qu’entre moi et Oslo 31 août, c’est un peu un rendez-vous manqué (oui, j’adore prendre un ton hyper profond et grave pour une simple critique de film). Je vais en dire beaucoup de bien, mais pourtant, je dois l’avouer, ce film ne m’a pas touché. Je ne saurais dire vraiment pourquoi, on est sûrement là dans le subjectif pur, et donc dans l’inexplicable. Evidemment, dans cette situation, pour un film qui repose uniquement sur l’émotion et ni sur l’action, le suspense ou l’humour, on flirte très vite avec l’ennui.

Pourtant, j’avoue avoir été charmé par les premières minutes de Oslo 31 août. Une introduction sous forme d’ode à la nostalgie de l’enfance, de inconscience, de ce bonheur simple, immédiat, naturel qui disparaît trop souvent à l’âge adulte. Joachim Trier est incontestablement un réalisateur très talentueux. Il sait soigner la forme, sans faire pour autant dans l’esbroufe. La photographie est travaillée, transformant la ville, son décor, son ambiance en un personnage à part entière de cette histoire. Si le film repose largement sur les dialogues, beaucoup de choses passent par la manière dont tout cela est mis en image.

Oslo 31 août nous livre également un propos profond, intelligent et subtil. Il ne s’agit pas d’un film sur la drogue, puisque Anders n’en prend plus, mais sur les traces que tout cela laisse sur l’individu et son entourage. Ce dernier se veut compréhensif et encourageant, mais un fossé s’est creusé et reste à savoir s’il peut se combler un jour. Si le film est tout de même relativement contemplatif, il n’est n’en pas moins doté d’une certaine tension narrative. Le personnage principal marche sur le fil du rasoir entre espoir et résignation. Au fur et à mesure de ses rencontres, il va avancer sur ce chemin étroit dont on ne sait où il va le mener.

oslo31aoutUne des raisons pour lesquelles je n’ai pas vraiment accroché avec cette histoire, c’est peut-être pour son grand pessimisme. Je ne vais pas dévoiler ici la manière dont Oslo 31 août se termine, mais globalement le film parle largement de l’aspect inexorable de la tentation et du risque de rechute, qui apparaît alors inévitable tôt ou tard. La fatalité est un thème central de la réflexion. Or, j’ai parfois du mal avec les films qui nous montrent une situation dramatique juste pour nous dire qu’elle est dramatique. Je ne veux pas dire qu’il faut que tout se termine toujours pas un happy end, mais l’aspect « noir c’est noir » n’est pas forcément signe d’un propos très intéressant.

Le film repose énormément, pour ne pas dire exclusivement, sur l’interprétation de Anders Danielsen Lie, qui jouait déjà dans le film précédent du réalisateur, Nouvelle Donne, qui avait déjà été distribué en France. Si je dois adresser des reproches à Oslo 31 août, ils ne le concerneront pas. Il arrive à donner une grande profondeur et une grande crédibilité à son personnage, qu’il incarne peut-être pas de manière spectaculaire, mais de manière très juste.

Oslo 31 août est un film qui peut potentiellement bouleverser. Les ingrédients sont là. Après la sauce ne peut pas forcément prendre avec tout le monde. Elle ne m’a pas convaincu, mais d’autres seront très certainement beaucoup plus enthousiastes.

Fiche technique :
Production : Don’t Look Now, Motlys
Réalisation : Joachim Trier
Scénario : Joachim Trier, Eskil Vogt, d’après le roman de Pierre Drieu La Rochelle
Montage : Olivier Bugge Coutté, Gisle Tveito
Photo : Jakob Ihre
Décors : Jørgen Stangebye Larsen
Distribution : Memento Films
Musique : Torgny Amdam, Ola Flottum
Directeur artistique : Solfrid Kjetsa
Durée : 95 mn

Casting :
Anders Danielson Lie : Anders
Hans Olav Brenner : Thomas
Ingrid Olava : Rebecca
Oystein Roger : David

UNE CHANCE AU GRATTAGE, UN PEU MOINS AU TIRAGE

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sondageMon dieu, les courbes se croisent ! La droite reprend espoir, Nicolas Sarkozy reprend sa marche en avant que rien ne va arrêter et qui va le conduire tout droit à un nouveau mandat… ou pas. Comme la campagne intéresse de moins en moins les Français semble-t-il, il fallait bien essayer de lui redonner un peu de suspense. Pour ça les médias s’en donnent à cœur joie pour faire mousser un non-évènement.

Que le score de Nicolas Sarkozy au premier tour s’améliore, c’est relativement logique. Déjà parce que les « petits » candidats le plus à même de lui piquer des voix sont tous sortis de la course les uns après les autres. Une Boutin ou maintenant un De Villepin faisaient peut-être rire avec avec leur score compris entre 0 et 2%, mais c’est comme ça que l’on passe de 25 à 27% au premier tour. Et puis, le président sortant n’avait aucune chance de réellement progresser tant qu’il n’était pas pleinement candidat, ce qu’il est désormais.

Reste le problème du deuxième tour qui est, rappelons-le, a priori le seul susceptible de désigner le futur Président de la République. Et là, les choses restent très compliquées pour Nicolas Sarkozy. Le dernier sondage en date donne encore un score de 55-45 en faveur de Hollande. Bien sûr, il y a moins de deux mois, on était à 60-40. Le président sortant progresse, c’est incontestable. Cependant, personne n’a jamais imaginé sérieusement que l’élection se jouerait avec 20 points d’écart. Ce mouvement était inexorable et même si les Socialistes pouvaient espérer qu’il soit le plus tardif possible, ils savaient bien qu’il finirait par se produire.

Cependant, le temps presse pour Nicolas Sarkozy. Surtout que la campagne va désormais changer de visage avec l’instauration de l’égalité du temps de parole. Il ne pourra plus envahir la télévision et bénéficiera de la même exposition que Jacques Cheminade. Cependant, un mois avant le premier et un mois et demi avant le second laissent encore le temps pour que beaucoup de choses se passent… Au moins en théorie, car jamais dans l’histoire un tel écart a pu être ainsi remonté sur une si courte période. On cite souvent l’inversion de tendance entre Chirac et Balladur en 1995. Je peux en témoigner, car, à cette époque, j’étais au Kenya pour 15 jours et quand nous sommes rentrés, le paysage avait changé de manière brutale et inattendue. Mais il s’agissait là de deux champions du même camp. Il ne s’agissait pas de convaincre des électeurs de passer du blanc au noir.

François Hollande reste donc de très loin le mieux placé pour l’emporter. Il subit simplement aujourd’hui les désagréments d’être parti le premier, ce qui a longtemps constitué un avantage mais qui forcément implique une descente sur le long terme. Il part de si haut qu’on a du mal à l’imagine finir sa course sous les 50%.

Mais l’élection de Sarkozy en 2007 avait prouvé une chose. Si le pire n’est jamais sûr, il n’est jamais impossible…

LES INFIDELES : L’inégalité des sketches

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lesinfidelesafficheLes Infidèles est un film dont on a beaucoup parlé. Il a fait le buzz comme l’on dit. Entre les affiches censurées et l’Oscar de Jean Dujardin (un petit cocorico au passage), il est vrai qu’il a eu le droit d’occuper l’actualité, même en dehors des pages cinéma de vos magazines et journaux préférés. Mais était-ce vraiment relatif à la valeur artistique de ce film à sketches, forcément victime des limites du genre ? Soyons clair, la réponse est plutôt non.

L’infidélité chez les hommes s’apparente quelques fois (souvent ?) à une maladie chronique et incurable. Elles les poussent à recourir au mensonge, à la ruse et à des stratagèmes divers et variés. Qu’ils tombent amoureux d’une lolita, qu’ils changent de partenaire tous les soirs, qu’ils essayent de draguer leurs collègues de travail, qu’ils le gardent comme un lourd secret, les hommes ne reculent parfois devant rien pour arriver à leur fin.

Par son principe même, le film à sketchs tend à être inégal. Confier un même thème à plusieurs réalisateurs conduit forcément à un résultat hétérogène. C’est bien sûr là que réside tout l’intérêt et l’originalité du genre, mais, forcément, il y en a toujours des cinéastes plus inspirés que d’autres. Les Infidèles n’échappe donc pas à la règle. Pourtant, le programme était alléchant. Un thème universel, intemporel et surtout inépuisable et surtout du beau monde derrière la caméra. Tout d’abord, Michel « j’ai un Oscar » Hazanavicius, mais aussi Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Eric Lartigau, Alexandre Courtès et même Jean Dujardin et Gilles Lelouche themselves !

Le problème avec Les Infidèles, c’est que les passages moins réussis sont carrément sans intérêt. Et les moments beaucoup plus sympathiques le sont sans pour autant vous plonger dans un enthousiasme démentiel. La plus grosse déception vient du sketch de Michel Hazanavicius qui va vite se rendre compte que, désormais, on en attendra toujours beaucoup. Eric Lartigau nous propose également une revisite du mythe de la lolita qui laisse passablement de marbre.

Heureusement, deux réalisateurs ont tout de même parfaitement accompli leur mission. Tout d’abord, Alexandre Courtes, le moins expérimenté de la bande, mais qui nous arrache les plus gros éclats de rire. Ensuite, Emmanuelle Bercot qui nous livre le passage le plus intelligent, le plus subtil, le plus sensible… et le seul à être réalisé par une femme… Peut-être y a-t-il un lien de cause à effet… S’ils sont le plus réussis, c’est avant tout parce que ce sont les deux sketchs dont le ton est clairement choisi et exploité à fond. Le reste est beaucoup plus hésitant entre rire et réflexion et ne réussit totalement ni l’un, ni l’autre.

lesinfidelesAu final, Les Infidèles est donc plutôt frustrant. On ne s’y ennuie pas, puisqu’au moins sa forme l’empêche de s’enferme dans d’interminables longueurs. Le thème aurait vraiment pu donner un contenu plus riche et surtout plus inattendu. On pourra peut-être regretter la suppression du sketch réalisé par Jan Kounen, qui, paraît-il, était trop fantaisiste par rapport aux autres. Enfin, ce n’est pas non plus comme si Jan Kounen avait du talent… (désolé, je ne lui pardonnerai jamais ce qu’il a osé faire du mythe de Blueberry! – Jean paix à ton âme !)

Tout comme les sketchs, Jean Dujardin et Gilles Lelouche nous livrent des prestations de niveau varié. Ils n’arrivent pas à vraiment tirer vers le haut les passages le plus faibles. En fait, les deux moments où les Infidèles atteint quelques hauteurs, c’est avant tout grâce à ses seconds rôles. La vraie révélation de ce film est Alexandra Lamy, que l’on connaît déjà bien, mais pas à ce niveau-là de justesse et de subtilité. On prend également à voir Guillaume Canet s’amuser comme un petit fou dans son personnage et surtout Sandrine Kiberlain se lâche quelque peu… ce qui ne fait pas pourtant partie de ses habitudes. 

Les Infidèles est donc nettement moins marquant que le buzz qui l’a accompagne. Restent quelques passages très réussis, malheureusement noyés dans un ensemble beaucoup plus anodin.

Fiche technique :
Production : JD Prod, Black Dynamite Films
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Eric Lartigau, Alexandre Courtès
Scénario : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Nicolas Bedos, Stéphane Joly, Philippe Carerivière
Montage : Anny Danché
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Maamar Ech-Cheikh
Musique : Evgueni Galperine
Costumes : Carine Sarfati
Durée : 109 mn

Casting :
Jean Dujardin : Fred, Olivier, François, Laurent, James
Gilles Lellouche : Greg, Nicolas, Bernard, Antoine, Eric
Alexandra Lamy : Lisa
Géraldine Nakache : Stéphanie
Guillaume Canet : Thibault
Sandrine Kiberlain : Marie-Christine
Manu Payet : Simon
Isabelle Nanty : Christine
Mathilda May : Ariane

MARTHA MARCY MAY MARLENE : Pas tout à fait concluant

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marthamarcymaymarleneafficheCe n’est pas la première fois que je le dis, mais il y a des films dont on sait pas très bien quoi penser. On ne sait pas bien si on a aimé ou non. On peut en dire le plus grand bien, mais aussi le critiquer très sévèrement. Martha Marcy May Marlene a fait cet effet sur moi. Peut-être que, comme j’enchaîne les films, je ne me suis pas laissé le temps de bien digérer et de me faire une opinion définitive. Enfin, je vais tout de même faire de mon mieux pour vous décrire mon ressenti.

Après deux ans de silence, Martha affolée, perdue, appelle sa sœur, Lucy pour qu’elle vienne la chercher dans un coin isolé. Elle a fuit une secte et son leader, manipulateur et séducteur, mais s’enferme dans le silence et cache la vérité. Il va être dur de se reconstruire et impossible d’oublier. Surtout quand monte la peur d’être pourchassée par ses anciens compagnons.

Martha Marcy May Marlene est un film relativement inclassable. Bien sûr, il possède tout de même un thème central bien identifié : celui du processus d’embrigadement qui peut faire glisser un individu vers un comportement totalement aberrant et destructeur et évidemment, son pendant, la difficulté presque insurmontable de pouvoir totalement en sortir. Pourtant, on ne sent pas chez Sean Durkin la volonté de vraiment faire un film sur ça. Il n’y a pas de volonté de généraliser le propos, mais simplement de nous montrer un parcours individuel. Bien sûr, le spectateur peut toujours extrapoler et en tirer des conclusions, mais le film ne le fait pas pour nous.

En fait, ce qu’il manque à Martha Marcy May Marlene, c’est une conclusion claire. Le dénouement est lui-même interprétable de manières diverses, mais plus généralement, c’est le propos qui n’aboutit pas vraiment. Le spectateur passe tout le film à se demander où l’histoire va le mener, quel va être le sens de tout ça, mais il est bien obligé de constater à la fin qu’il n’est arrivé nul part. Cela l’empêche de rentrer totalement dans le film et c’est dommage.

C’est d’autant plus dommage que Martha Marcy May Marlene est un film par contre totalement maîtrisé sur la forme. La photographie est très réussie, sobre comme l’est la réalisation. Les deux récits parallèles, le présent et le passé, se mélangent de manière claire et logique. Il y a une vraie progression dans la tension, qui est présente dès les premières secondes, mais qui se renforce au fur et à mesure que le tableau devient plus clair. On apprécie donc ce que l’on voit, mais comme je viens de l’expliquer, on reste trop à l’extérieur pour être totalement enthousiaste.

marthamarcymaymarleneReste tout de même de Martha Marcy May Marlene de très beaux personnages. Evidemment, celui de Martha est central et son parcours reste tout de même magnifiquement décrit. Celui du « gourou » est aussi très convaincant. Il aurait été facile de tomber dans la caricature entre la pauvre victime innocente et le manipulateur diabolique et vicieux. Il n’en est rien et, même si cela contribue sans doute au caractère quelque peu flou du propos, cela constitue tout de même une incontestable qualité.

La direction d’acteurs et évidemment ces derniers font incontestablement partie des points fort de Martha Marcy May Marlene. Elizabeth Olsen est une jolie révélation, déjà parce qu’elle l’est, jolie, mais avant tout parce que c’est visiblement une comédienne talentueuse. A suivre donc. En face d’elle, John Hawkes, qu’on avait pu découvrir dans la série Deadwood et dans divers seconds rôles, tient là un rôle beaucoup plus consistant, qu’il interprète avec beaucoup de justesse, malgré l’ambivalence du personnage.

Martha Marcy May Marlene est objectivement un bon film. Mais on en reste sans doute trop purement spectateur pour l’apprécier à sa juste valeur.

Fiche technique :
Production : Fox Searchlight Pictures, Maybach Cunningham, FilmHaven Entertainment, BorderLine Films, This is That prod.
Réalisation : Sean Durkin
Scénario : Sean Durkin
Montage : Zachary Stuart-Pontier
Photo : Jody Lee Lipes
Décors : Chad Keith
Distribution : 20th Century Fox France
Musique : Daniel Bensi, Saunder Juriaans
Costumes: David Tabbert
Durée : 102 mn

Casting :
Elizabeth Olsen : Martha
John Hawkes : Patrick
Christopher Abbott : Max
Brady Corbet : Watts
Hugh Dancy : Ted
Maria Dizzia : Katie
Julia Garner : Sarah
Sarah Paulson : Lucy