BULLHEAD : Il était une fois en Belgique

bullheadaffiche

bullheadafficheLa Belgique est connu pour un certain nombre de choses, comme sa faculté à vivre sans gouvernement, ses frites et ses habitants particulièrement sympathiques. Elle l’est moins pour son cinéma, si ce n’est par C’est Arrivé Près de Chez Vous et un certains nombres d’acteurs et d’actrices qui font le bonheur des films hexagonaux, dont la magnifique Cécile de France. Et bien, c’est un tort puisque ce pays ne produit pas qu’un multitude de bières merveilleuses, mais aussi des films magistraux, comme Bullhead.

Jacky est fils d’éleveur taiseux, qui soit gérer les blessures du passé. Mais il tient tout de même une place importante dans un vaste trafic d’hormones. L’assassinat d’un agent fédéral qui enquêtait sur le sujet va rendre tout à coup les acteurs de la filières particulièrement méfiants. Les rapports deviennent tendus et l’étau se resserre autour de ce petit monde, qui ressemble à s’y méprendre à une mafia.

Ce film aurait pu s’appeler Le Parrain chez les taureaux. Mais c’est surtout à Il Etait une Fois en Amérique qu’il fait penser. Une histoire d’amitié entre l’enfance et l’âge adulte entre des personnages qui vivent dans un monde illégal et violent. On sait bien que ce genre d’histoire est particulièrement cinégénique et on le pensait réservé aux réalisateurs d’origine italienne. Mais Michael R. Roskam n’a rien à envier à un Sergio Leone ou à un Coppola tant son film est abouti, fascinant, passionnant.

Bon, je m’emballe un tantinet, mais c’est assez mérité. Il y a tout de même une grande différence entre Bullhead et les films que je viens de citer. On n’y retrouve pas ce romantisme, ces décors urbains magistraux et ce sens de l’esthétisme grandiose. On est ici dans le monde de la terre, pour un film noir, poisseux, où la violence dans les rapports humains n’est pas cachée par des manières et des apparences. Du coup, ce film a un côté dépaysant, malgré la proximité géographique, nous faisant découvrir un monde où le cinéma ne nous avait jamais emmené.

Bullhead est donc un film à la fois classique et radicalement original. Il explore également profondément la personnalité de son personnage principal, beaucoup moins séduisant, moins brillant, qu’un Don Corleone, mais infiniment plus complexe. On ressent pour lui une affection plus sincère qu’une simple admiration ou qu’une fascination morbide. Cela donne une vision plus réaliste, plus humaine d’une forme de grand banditisme, qui nous procure tout de même encore une fois le frisson d’une vie dictée par la violence.

Bullhead se démarque par un scénario particulièrement brillant, où la tension est palpable de la première à la dernière seconde. Il est d’une remarquable intelligence en nous dévoilant peu à peu des éléments qui viennent enrichir l’intrigue et nous apporte un regard nouveau sur les évènements qui ont précédé. On rentre totalement dans ce histoire pour n’en sortir qu’après un dénouement certes classique et logique, mais qui conclut parfaitement ce film. Une vraie maîtrise dans l’écriture, à partir d’un sujet qui peut laisser dubitatif.

bulheadLa réalisation est sobre, mais pas moins aboutie. La tension palpable ne l’est pas que par la qualité du scénario. Elle est aussi visuelle. Nous faire pénétrer dans l’esprit d’un personnage aussi peu bavard que Jacky peut passer que par les images. Les moments d’intimité, où il se retrouve seul dans sa chambre, en disent plus long sur lui que tous les dialogues. On pénètre dans son esprit, nous faisant plonger encore plus profondément dans cette histoire, dans cet univers à la fois étonnement proche et étonnement dépaysant.

L’interprétation est à l’image du film, sans esbroufe, pas forcément hyper spectaculaire, mais totalement maîtrisée et aboutie. Matthias Schoenaerts constitue la vraie révélation de ce casting. Et la qualité de sa performance ne se limite pas à son physique particulièrement impressionnant. Son rôle quasi muet (bon j’exagère un peu là) n’aurait pu être aussi convainquant sans un vrai talent d’acteur.

Bullhead est sans doute le deuxième grand film de 2012, après la Taupe. Comme quoi, certains cinémas ne font peut-être pas dans la quantité, mais dans la qualité.

Fiche technique :
Production : Savage Film, Eyeworks, Artemis produtions, Waterland Film
Distribution : Ad Vitam
Réalisation : Michaël R. Roskam
Scénario : Michaël R. Roskam
Montage : Alain Dessauvage
Photo : Nicolas Karakatsanis
Son : Benoit De Clerck
Musique : Raf Keunen
Directeur artistique : Walter Hoevenaars
Durée : 129 mn

Casting :
Matthias Schoenaerts : Jacky Vanmarsenille
Jeroen Perceval : Diederick Maes
Jeanne Dandoy : Lucia Schepers
Barbara Sarafian : Eva Forrestier
Tibo Vandenborre : Antony De Greef
Frank Lammers : Sam Raymond
Sam Louwyck : Marc De Kuyper

BLESSURES ETERNELLES

houllierginola

houllierginolaIl y a des blessures qui ne se referment jamais tout à fait. La plupart sont causées par des femmes, créatures cruelles par nature… Et d’autres par des hommes… enfin un homme… bulgare… et dénommé Emil Kostadinov. Le 13 novembre 1993, il a plongé toute une nation dans le désarroi, provoquant une déception bien sûr désormais lointaine, mais qui fut si brutale que personne ne l’a oubliée.

L’objet de ce billet n’est pas de tomber dans une nostalgie masochiste. Si ce match est revenu dans l’actualité 19 ans plus tard, c’est à cause du procès qui va s’ouvrir entre David Ginola et Gérard Houllier. Le premier reproche au second de l’avoir traité de salaud, ce qui constitue en fait la dernière d’une longue série d’invectives de l’ancien sélectionneur envers l’ancienne star du PSG. Que tout cela se finisse en justice démontre bien que ce match n’a pas été qu’une simple défaite pour beaucoup des acteurs, mais une honte nationale difficile à assumer.

Pourtant, les deux hommes ont beaucoup de choses à se reprocher. Pourtant, ni l’un, ni l’autre ne reconnaît ses torts. Ils assument une part de responsabilité, mais tombent tous deux à côté de ce qui constitue leur vraie faute. Déjà, l’obsession de Gérard Houllier envers David Ginola et son fameux coup-franc est le signe d’une nécessité inconsciente de décharger son écrasante culpabilité sur quelqu’un. Il était sélectionneur, c’était lui le patron, celui qui choisissait les joueurs et la tactique. Bref, cet échec a été avant tout le sien. Mais décevoir tout un pays n’est pas une responsabilité facile à assumer. Surtout que, 15 ans plus tard, il a prouvé, en niant son immense responsabilité dans le maintien de Domenech à la tête de l’Equipe de France après l’Euro 2008, qu’assumer n’était pas son fort.

De son côté, David Ginola est surtout connu pour avoir tiré ce fameux coup-franc qui a fait perdre la balle et permis le contre bulgare meurtrier. Mais ce fait de jeu a eu lieu à plus de 100m du tir de Kostadinov, qui se situe en diagonale à l’exacte opposée sur le terrain. Le lien entre les deux est donc ténu et ne mérite pas d’être entré ainsi dans la légende. Par contre, ses déclarations à la une de l’Equipe quelques jours plus tôt étaient impardonnables. Gérard Houllier dit regretter de ne pas l’avoir exclu à ce moment-là. Voici un des rares moments de lucidité de la part de l’ancien sélectionneur. En se comportant ainsi, David Ginola avait justifié la haine que lui a toujours voué une partie du public français. Trop beau gosse, trop parisien sans doute. Mais pour le coup, il a eu tout simplement un comportement indigne d’un joueur international. Et les incroyables tensions qui existaient alors au sein des Bleus entre Marseillais et Parisiens ne peut l’excuser.

Si ces deux-là avaient assumé la totalité de leurs responsabilités dès le début, ils ne se retrouveraient pas aujourd’hui devant un tribunal. Procès qui frôle le ridicule et paraît bien futile. Mais si objectivement tout cela n’a guère d’importance, le poids médiatique de ces évènements leur donne une ampleur qui pèse sur une existence.

Mais bon, delà à les plaindre…

CHEVAL DE GUERRE : Spielberg, intermittent du génie

chevaldeguerreaffiche

chevaldeguerreafficheLongtemps considéré comme le roi absolu du blockbuster, Steven Spielberg multiplie désormais les films qui divisent les critiques. On peut faire remonter cette tendance à Munich, qui remonte à 2006. Son adaptation de Tintin a laissé froid une bonne partie du public et Cheval de Guerre, qui vient de sortir sur nos écrans, divise carrément l’opinion. Certains y voient un grand film d’aventures à l’ancienne, d’autres soulignent un récit qui frise parfois le ridicule. En fait, les deux ont raison…

Albert et Joey vivent une amitié d’une rare intensité dans cette Angleterre du début du XXème siècle. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et va les séparer. Albert est trop jeune pour s’enrôler, tandis que Joey est réquisitionné. Mais ils se retrouveront, Albert le promet. Précision : Albert est un fils de fermier et Joey, un jeune cheval.

Bon, commençons par ce qui fâche. Enfin avant ça, je tiens à préciser que je n’ai absolument aucune sympathie pour les chevaux, si ce n’est bien saignant avec des pommes de terre sautées. Seulement, il existe bien d’autres choses à reprocher à ce scénario et je pense que, même si je trouve l’idée de base un peu ridicule, cela n’a guère jouer sur mon opinion sur ce film, que j’ai de toute façon globalement aimé. Mais voilà, cheval ou pas, Cheval de Guerre a une intrigue marquée pas de gros moments de faiblesse.

Cheval de Guerre repose sur un axe narratif clair : la relation entre Albert et Joey. Cependant, une longue partie du film nous rapporte les aventures de ce dernier, alors que le premier a totalement disparu du panorama. Du coup, tout tension disparaît, on a juste une série de péripéties qui, de plus, se rassemblent beaucoup. Le long passage avec Niels Arelstrup n’a tout simplement aucun intérêt et pourrait être éliminé sans que le film ne change d’un iota. Il y a globalement un défaut de maîtrise dans ce scénario dont on aurait pu retirer une bonne demi-heure. De plus, certains dialogues frisent le hors-jeu, notamment dans la première partie du film. Quant aux bons sentiments… A la fois, si on en a peur, il ne faut pas aller voir un Spielberg…

Autre facteur de division, la vison que nous donne Cheval de Guerre de… la guerre justement. Venant du réalisateur de Il Faut Sauver le Soldat Ryan, c’est un peu étonnant. La vision de la violence est très édulcorée et la scène de combat entre deux tranchées n’arrive pas à la cheville de la scène du débarquement. Pourtant, l’horreur a bien du être comparable entre ces époques. Les raisons de ce choix sont sûrement multiples.

Déjà, Steven Spielberg a du avoir en tête qu’un tel sujet, le cheval, pas la guerre, pouvait séduire un public large et pas seulement adulte. Il ne fallait pas le rebuter par une violence trop omniprésente. Mais plus sûrement, ce film est un hommage à un cinéma désormais désuet. On est plus proche du Jour le plus Long que du Soldat Ryan. Il y a là un choix artistique délibéré, qui rappelle un peu la volonté d’un Tarantino de faire revivre des genres cinématographiques en voix d’extinction, en reprenant la plupart des codes de l’époque. Personnellement, je l’ai accepté. Après, c’est sûr que Steven fait tout ça sans le moindre sens du second degré, contrairement à Quentin. Mais bon, chacun son style.

Cheval de Guerre possède tout de même une qualité qui fait qu’il serait dommage de totalement bouder son plaisir. Il y a un grand réalisateur derrière la caméra et ça se voit. Peut-être un peu par intermittence pour le coup, mais ce film recèle quelques moments de grâce cinématographique qui porte la marque des plus grands. Le temps d’une chevauchée à travers les tranchées, sur une musique de John Williams, un vrai souffle épique se lève, porté par une photographie de toute beauté. Ca ne dure que trois minutes, mais trois minutes qui nous rappellent pourquoi Steven Spielberg fait partie des réalisateurs qui ont fait aimer passionnément le cinéma à des millions de gens. Certes, il en fait parfois un peu trop, comme ces derniers plans avec en fond un ciel improbable ou cette exécution vue à traver les pales d’un moulin, mais le 7ème art ne s’est jamais nourri de mesure et de retenu.

chevaldeguerreNiveau casting, le meilleur acteur de Cheval de Guerre reste de loin… le cheval. D’ailleurs, je trouve dommage qu’il n’est pas été crédité au générique… Je n’ai peut-être pas bien vu, mais il doit bien avoir un nom dans vraie vie et il n’est pas cité… Sinon, ce film nous fait rendre compte que tout le monde vieillit, y compris Emma Watson, qui joue désormais les mères de famille. Si les ans ont ajouté quelques rides, ils n’ont rien enlevé de son talent. Par contre, ce qui m’a vraiment gêne, c’est le fait d’avoir choisir des acteurs anglais, allemands et français pour jouer les différents personnages de différentes nationalités pour finalement les faire tous parler anglais, souvent avec un accent à couper au couteau… Ca renforce la faiblesse de certains passages, en y ajoutant un soupçon de ridicule.

Cheval de Guerre n’est définitivement pas un grand Spielberg. Mais certains passages nous prouvent qu’il ne lui manque qu’un scénario en béton armé pour nous proposer à nouveau un vrai chef d’œuvre inoubliable.

Fiche technique :
Production : DreamWorksSKG, Reliance Entertainment, Amblin Enetrtainment, The Kennedy/Marshall Company, Touchstone Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Lee Hall, Richard Curtis, d’après le roman de Michael Morpurgo
Montage : Michael Kahn
Photo : Janusz Kaminski
Décors : Rick Carter
Musique : John Williams
Durée : 146 mn

Casting :
Jeremy Irvine : Albert Narracott
Peter Mullan : Ted Narracott
Emily Watson : Rose Narracott
Niels Arestrup : le grand père
David Thewlis : Lyons
Tom Hiddleston : Capitaine Nicholls
Benedict Cumberbatch : Major Jamie Stewart
Eddie Marsan : Sergent Fry

LES LIMITES DE LA VALEUR TRAVAIL

impots75

impots75La proposition de François Hollande de taxer les revenus supérieurs à 1 000 000 euros annuels a fait couler beaucoup d’encre. C’était d’ailleurs le but, avouons-le, mais c’est le jeu de la campagne. La droite dénonce une mesure démagogique, la gauche parle pudiquement de mesure symbolique. Il s’agit tout simplement d’une question hautement politique et il regrettable que ce terme prenne alors une connotation négative. Car cela signifie en fait tout simplement, qu’au-delà de son efficacité technique, cette proposition soulève tout un tas de débats de fond sur le modèle de société que l’on souhaite. Et il serait dommage de passer à côté.

Un des enseignements de cette mesure peut sembler le plus anecdotique, mais ne l’est pas tant que ça. Ceux qui ont eu l’occasion de débattre de la question autour d’eux ont eu l’occasion de s’apercevoir que beaucoup de contribuables ignorent totalement comment est calculé leur impôt sur le revenu. C’est quand même assez embêtant, alors que la fiscalité est un des grands thèmes de cette campagne électorale. Non, François Hollande ne veut pas taxer à 75% l’ensemble du salaire de ceux qui gagnent plus de 1 000 000 euros par an. Il veut taxer à 75% ce qui est gagné au-delà de   1 000 000 euros par an.

En fait, il y a deux niveaux dans le débat. Un aspect moral et un aspect technique. Le premier est évidemment sujet à d’infinies discussions puisque totalement subjectif. En fait, ce n’est pas tant les montants des très hautes rémunérations qui est choquante, mais leur croissance à deux chiffres chaque année, même en période de crise. L’économie va mal, mais pas les salaires des grands patrons. Du coup, il est difficile d’admettre le fameux « oui mais vous comprenez, cet argent, ils le méritent, ils ont de lourdes responsabilités, ils font marcher l’économie…».

Ce n’est peut-être qu’un point de vue personnel, mais pour moi, la notion de responsabilité fonctionne dans les deux sens ; quand ça va bien et quand ça va mal. Donc s’augmenter en temps de crise n’est vraiment pas la démonstration de responsabilités assumées. C’est seulement la preuve que ces niveaux de rémunération n’ont tout simplement aucune signification objective, aucune relation avec l’économie réelle, la compétence, le talent ou la réussite, mais simplement le résultat d’un pouvoir économique hors de tout contrôle et aux mains d’une oligarchie qui ne rend plus de comptes.

Reste l’argument du « oui mais les riches font marcher l’économie ». En voilà, une maxime de bon sens qui jusqu’à preuve du contraire… n’a jamais été prouvé par quoi que ce soit. Au contraire, les contre-exemples sont désespérément nombreux. Les pires dictatures où la misère règne en maître ne manquent jamais d’immenses fortunes. Et sans aller jusque là, l’impact négatif des inégalités salariales sur l’économie est assez simple à comprendre. En effet, elles ne tirent vers le haut aucun des deux moteurs de l’économie que sont l’investissement et la consommation.

tvaparrevenuMais pourtant les riches consomment plus que les pauvres… C’est du bon sens, c’est mathématique… C’est vrai en valeur absolue, sauf que si on regarde la part des hauts revenus consacrée à la consommation, on voit qu’elle est bien inférieure à celle des ménages les plus modestes. On peut le voir sur ce graphique qui montre le poids de la TVA, et donc de la consommation, dans le budget des ménages. Et encore, cet indicateur minimise le phénomène puisque les produits de première nécessité, qui pèsent plus dans le budget des plus modestes, bénéficient d’une TVA très réduite. Quoiqu’il en soit, si vous avez 1 million d’euros à distribuer, vous stimulerez plus la consommation en donnant 1 000 euros à 1 000 bénéficiaires des minima sociaux, que 1 000 000 à un PDG.

Reste l’investissement… Parce que bon, le bénéficiaire des minima sociaux, il n’investit pas quand le riche fait travailler des dizaines, des milliers des salariés. C’est en partie vrai, mais il est bon de regarder d’où vient l’argent de ces supers riches. Je vais me permettre un petit moment de narcissisme et je vais m’auto-citer en reprenant ce que j’ai écrit dans un billet que j’ai écrit le 24 octobre 2010 : Sachez que depuis 2005 (c’est à dire avant et après la crise), le montant des dividendes distribuées aux actionnaires par les entreprises françaises a dépassé leur résultat comptable (sauf en 2007). C’est à dire que les entreprises s’endettent pour continuer à rémunérer leurs actionnaires. Cette situation est évidemment intenable à moyen terme. Mais le plus grave est que cela se traduit mécaniquement par un sous-investissement. Or, l’investissement, c’est le progrès, l’emploi, l’avenir… Je ne citais alors que la rémunération actionnaires, mais le salaires des patrons du CAC 40, particulièrement concernés par le taux à 75%, qui s’augmentent alors que l’économie stagne contribue elle aussi évidemment à ce sous-investissement.

Mais alors si les très haut revenus ne servent ni la consommation, ni l’investissement, ni la croissance, où va l’argent ? Il vient les inonder les marchés financiers et la spéculation, dont l’efficacité et l’apport à l’économie réelle est difficilement défendable depuis la dernière crise. On est là face à un système de vampirisation dont certaines rémunérations constituent un des aspects. Etre payé plusieurs millions d’euros par an, c’est être payé au-delà de la richesse que l’on contribue à créer. Ca ne s’appelle pas du vol, puisque c’est légal, mais l’outil fiscal est tout à fait dans son rôle s’il contribue à compenser cette injustice flagrante.

La nouvelle tranche d’imposition proposée par François Hollande n’est donc pas que moralement juste, elle est aussi économiquement rationnelle. Les seules limites qui n’existent pas sont celles que l’on refuse de poser. Les citoyens sont en droit de poser le principe d’une limite quant à la valeur que l’on peut donner au travail d’un homme, qui est forcément subjective, et non totalement rationnelle, comme voudrait faire croire les ayatollah du marché.

Espérons qu’ils en useront dans 70 jours.

ALBERT NOBBS : Glenn Close pas si loin de l’Oscar

albertnobbsaffiche

albertnobbsafficheOn a beaucoup parlé de la performance de l’extraordinaire Meryl Streep dans le très mauvais la Dame de Fer (enfin d’après ce que j’ai lu, je ne l’ai pas vu), récompensé par un Oscar visiblement mérité. Il est par contre fort regrettable que celle-ci ait éclipsé celle de Glenn Close dans Albert Nobbs, un très beau film qui est malheureusement sorti dans l’anonymat, lors d’une semaine très riche cinématographiquement.

Au XIXème siècle, Albert Nobbs est un majordome d’un hôtel de Dublin. Il est particulièrement discret, réservé, presque secret. Ceci pour une très bonne raison, il est en fait une femme qui se travestit pour travailler et survivre. Alors qu’elle semble condamnée à l’isolement, elle croise la route de Hubert, homme à tout faire, embauché pour des travaux de peinture et qui s’avère partager le même secret. Cette rencontre va la pousser à s’ouvrir et reprendre, un peu, confiance en elle.

Albert Nobbs est un film à la fois social et humain. Le premier aspect lui donne son intérêt, le second son émotion, formant un tout indivisible qui nous offre un résultat remarquable. L’histoire se focalise sur un personnage, son destin, son expérience si particulière, mais arrive par ce biais là à nous offrir un tableau très large de toute une société et de toute une époque. Cette richesse donne à ce film une dimension auquel son caractère assez sobre ne le destinait pas forcément.

Que le titre de ce film soit tout simplement le nom du personnage principal n’est évidemment pas un hasard. Il constitue avant tout le récit du destin de cette femme qui doit nier ce qu’elle est pour pouvoir survivre. Elle vit évidemment dans la crainte que son secret soit éventé, ce qui l’empêche de nouer de réelles relations avec autrui. D’ailleurs, le spectateur a un peu de mal à se connecter avec ce personnage si fermé. Puis, on suit le même chemin qu’elle et on apprend peu à peu à la connaître. A mesure qu’elle retrouve un peu d’assurance, on s’attache de plus en plus et on la soutient dans ses projets. Qu’on soit obliger d’apprendre à l’aimer ne diminue en rien l’affection qu’on lui porte, bien au contraire, il est d’autant plus solide et sincère.

Albert Nobbs nous propose également une large galerie de personnages qui constitue un vrai portrait de société. Certes, cela ressemble parfois à un catalogue d’archétypes, mais sans pour autant tomber dans le cliché. Et puis, si le film ne nous permettait pas de comprendre pourquoi cette société pouvait amener une femme à se travestir pour travailler, le propos aurait grandement perdu en intérêt et aurait eu une portée limitée. Le personnage d’Albert Nobbs n’est pas qu’un objet de curiosité, c’est avant tout le produit d’une lutte pour survivre, à une époque où la société n’aidait pas les plus faibles et où le basculement dans la misère était toujours irrémédiable.

albertnobbsAlbert Nobbs est à la fois un film historique et universel. Car si le contexte sociétal est bien daté, les sentiments sont intemporels. Le temps passe, mais beaucoup de gens sont encore obligés de cacher ce qu’ils sont pour avoir droit à une chance de réussir. Le poids du regard des autres joue un rôle très important dans ce film d’une remarquable intelligence et d’une grande sensibilité. On ne peut qu’être touché par cette histoire subtile, parfois surprenante, qui arrive à créer une vraie tension narrative. Jamais le film ne sombre dans la facilité et ne devient cousu de fil blanc. Jusque dans les dernières minutes, on se demande où va nous mener l’intrigue.

Albert Nobbs permet surtout de mesure l’immense talent de Glenn Close. Cette grande dame du cinéma n’en est pas à son premier grand rôle, mais celui-ci occupera à n’en pas douter une place spéciale dans sa carrière. Elle y est absolument extraordinaire et si l’Oscar lui avait été accordé, cela aurait été tout autant mérité. Du coup, elle éclipse quelque peu le reste du casting, même si on retiendra la nouvelle très belle performance de Mia Wasiwoska (la Alice de Tim Burton) et Janet McTeer, remarquable pour une actrice qui avait pour l’instant essentiellement jouer des seconds rôles dans des séries.

Albert Nobbs est donc un des tous meilleurs films de ce premier trimestre cinématographique. On peut vraiment regretter la discrétion de sa sortie, alors que cette histoire terriblement émouvante pourra en séduire plus d’un.

Fiche technique :
Production : Chrysalis Films, Mockingbird Pictures, Parallel Film prod., WestEnd Films
Distribution : Chrysalis Films
Réalisation : Rodrigo Garcia
Scénario : Glenn Close, John Banville, Gabrielle Prekop, Istvan Szabo, d’après George Moore
Montage : Steven Weisberg
Photo : Michael McDonaough
Décors : Patrizia von Brandenstein
Musique : Brian Byrne
Durée : 113 mn

Casting :
Glenn Close : Albert Nobbs
Mia Wasikowska : Helen
Brendan Gleeson : Dr. Holloran
Jonatha Rhys Meyers : Vicomte Yarrell
Aaron Johnson : Joe
Brenda Fricker : Polly
Janet McTeer : Hubert Page

SECURITE RAPPROCHEE : Efficace et ryhtmé

securiterapprocheeaffiche

securiterapprocheeafficheParadoxalement, une bande-annonce qui ne donne pas envie peut se révéler finalement être une bonne bande-annonce. J’ai vu celle de Sécurité Rapprochée un très grand nombre de fois et jamais cela n’a fait naître chez moi la moindre envie, sans vraiment savoir pourquoi. Cependant, après avoir lu des critiques plutôt positives, je me suis quand même décidé à aller le voir. Et j’ai pu alors constater que la bande-annonce, contrairement à ce qu’on pouvait craindre, ne racontait qu’une toute petite partie d’un film qui se laisse finalement voir avec plaisir.

Matt Weston travaille pour la CIA mais n’a pas vraiment la carrière qu’il espérait. Il est basé au Cap, en Afrique du Sud, et chargé de garder une planque qui ne sert quasiment jamais. Ce n’est pas vraiment le poste qui lui permettra de se faire remarquer et d’obtenir sa mutation à Paris. Un jour, Tobin Frost, un ancien espion, considéré comme un traître, que l’agence recherchait depuis des années, est emmené dans la planque, sous bonne garde, après qu’il se soit rendu et avant son rapatriement pour les Etats-Unis. Mais très rapidement, la cachette est prise d’assaut et Matt Weston doit fuir avec le prisonnier dont il a désormais la charge.

Le scénario de Sécurité Rapprochée constitue à la fois la plus grande force et le plus grande faiblesse de ce film. En effet, ce dernier possède tout d’abord la qualité indéniable d’être particulièrement rythmé. C’est solide, percutant, bref on ne s’ennuie pas une seconde et on se laisse facilement prendre par l’intrigue. Le tout est vraiment tourné vers l’action et les à-côtés, comme les interrogations philosophiques sur la condition d’espion, restent assez limités pour ne pas alourdir le tout. Nous sommes donc là devant une œuvre terriblement efficace, qui atteint parfaitement son but, du moment que l’on n’attend pas trop de lui.

D’un autre côté, Sécurité Rapprochée est aussi un scénario extrêmement classique. L’histoire a comme des airs de déjà-vu. Le principe du face à face entre un agent inexpérimenté et un vieux baroudeur et celui de l’agent qui ne peut plus faire confiance, ni recevoir l’appui de ses collègues et de ses supérieurs, n’a rien de révolutionnaire, bien au contraire. De plus, ce qui sert de rebondissement final est quand même extrêmement prévisible. Cependant, comme déjà dit, on se laisse vraiment prendre par le rythme de l’action et on ne prend guère le temps de se focaliser sur ces légers défauts.

securiterapprocheeLa réalisation de Sécurité Rapprochée est plutôt soignée. Comme le scénario, elle est plutôt nerveuse et nous place au cœur de l’action. Cependant, jamais elle ne se transforme en bouilli type clip vidéo provoquant le décès de tous les épileptiques photosensibles de la salle. On avait remarqué le réalisateur, Daniel Espinosa, suédois, contrairement à ce que peut laisser penser son nom, avec Easy Money, film venu du Nord de l’Europe, contrairement à ce que peut laisser penser son titre. Le passage de l’autre côté de l’Atlantique est plutôt réussi et il s’est visiblement bien adapté à l’efficacité hollywoodienne. On peut peut-être simplement lui reprocher une photographie tirant un peu sur le sépia, qui faisait hyper novateur y a dix ans, mais qui tient désormais plus du tic que de la prouesse artistique.

Le casting est à l’image du film, c’est à dire avant tout efficace, mais de manière quelque peu idéal. En effet, Denzel Washington ne tient pas là le rôle de sa vie, mais s’en acquitte avec un grand professionnalisme, suffisant pour donner à son personnage un minimum de crédibilité. Par contre, Ryan Reynolds est définitivement un acteur relativement inexpressif et la plus-value qu’il apporte à Sécurité Rapprochée est somme toute limitée.

Sécurité Rapprochée est donc un film efficace à défaut d’être génial et vraiment innovant. Mais son rythme lui permet de faire oublier ses faiblesses et de faire totalement entrer le spectateur dans l’histoire.

Fiche technique :
Production : Intrepid pictures, Moonlighting films, Relativity Media, Stuber productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : David Guggenheim
Montage : Richard Pearson
Photo : Oliver Wood
Décors : Brigitte Broch
Musique : Ramin Djawadi
Costumes : Susan Matheson
Durée : 116 mn

Casting :
Denzel Washington : Tobin Frost
Ryan Reynolds : Matt Weston
Vera Farmiga : Catherine Linklater
Brendan Gleeson : David Barlow
Sam Shepard : Harlan Whitford
Ruben Blades : Carlos Villar
Nora Arnezeder : Ana Moreau

CHRONICLE : Anti-héros

chronicleaffiche

chronicleafficheDepuis un peu plus de dix ans, les super-héros sont devenus des sujets à la mode au cinéma. Tous les héros de comics américains ont eu droit à leur adaptation, voire même déjà en plusieurs versions différentes (Hulk et bientôt Spiderman). Evidemment, le sujet a fini par inspiré des histoires en dehors de l’archétype du héros en costume qui sauve le monde. Après les super-héros sans super-pouvoirs dans Kickass, voilà les adolescents dotés de super-pouvoirs, mais qui n’ont rien de héros, avec Chronicle. Un film plutôt bien foutu, à défaut d’être génial.

Un soir de fête, trois étudiants tombent sur un phénomène mystérieux. Très vite, ils font découvrir qu’ils sont désormais dotés de pouvoirs télékinésiques. Ils semblent d’ailleurs devenir chaque jour un peu plus puissants. Mais l’un d’entre eux, Andrew, est un adolescent mal dans sa peau qui a de plus en plus de mal à gérer ces extraordinaires capacités. Au point d’en devenir dangereux ?

Bon qu’il se dénonce ! Qui ? Celui qui a réalisé la bande-annonce de Chronicle ! Parce que ceux qui, comme moi, l’ont vu 53 fois ont en fait vu 53 fois le film, aux cinq dernières minutes près. Ce n’est peut-être qu’un détail, qui n’enlève rien aux qualités intrinsèques de ce film, mais c’est le genre de choses qui m’énerve au plus haut point. Bon certes, il faut dire aussi que le scénario est quelque peu linéaire et ne réserve guère de véritables renversements de situation. C’est d’ailleurs là sa principale limite, qui en fait un film plaisant… mais limité justement.

En fait, Chronicle est un film avant tout sur l’adolescence. C’est juste le contexte qui est un peu original et qui rend le film nettement plus spectaculaire qu’un film intimiste. Et force est de constater que le propos, sans atteindre des sommets de profondeur (c’est une figure de style ça, non ?), est nettement mieux senti que bien des films sérieux qui tombent dans la caricature ou le n’importe quoi caractérisé. La tension est vraiment basée sur les rapports entre les personnages, les interrogations, le mal-être ou la jalousie propres à l’adolescence. Déjà que les jeunes gens de cet âge sont généralement des êtres malfaisants, alors imaginez avec des super-pouvoirs…

Par contre ceux qui iraient voir Chronicle uniquement pour voir un film spectaculaire et plein d’action, risquent fort de ressortir déçu. Seuls les dix dernières minutes nous proposent vraiment un déluge d’effets spéciaux et du grand spectacle. Et cela ne constitue pas forcément le meilleur moment de ce film, qui est visuellement moyen, comparé à ce que l’on peut réaliser aujourd’hui. Cependant, l’essentiel est une nouvelle fois ailleurs, principalement dans la longue glissade de ce jeune adolescent sous le regard impuissant de ses amis. Un sujet en fait universel et extrêmement classique.

chronicleGlobalement, si Chronicle fonctionne, c’est parce que le film est rythmé, focalisé sur son sujet et ne se perd ni dans des considérations ésotériques, ni dans des scènes spectaculaires mais qui ne feraient pas avancer l’intrigue ou les personnages. Le film dure un peu moins d’une heure et demi et c’est suffisant. Comme je l’ai dit, le sujet et le film sont limités, mais cette limite est assumée et Josh Tank ne cherche jamais à les masquer artificiellement.

Le casting nous offre trois acteurs adolescents faisant leur job proprement, mais on ne décèle chez aucun d’eux une vraie graine de stars. Mais bon depuis qu’un certain Jean D. est passé de Brice de Nice aux Oscars, on ne peut plus jurer de rien. Dane DeHaan arrive tout de même à donner assez de crédibilité à son fondage de plombs pour que l’on y croit. Il ne faudrait donc pas lui retirer tout mérite quant à la réussite que constitue Chronicle.

Chronicle est donc un film globalement très réussi, même si aucun élément n’est génial ou révolutionnaire. Mais le tout est rythmé, tient de bout et au final emporte l’adhésion du spectateur.

Fiche technique :
Production : Film Afrika Worldwide, Adam Schoreder productions, Davis Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Josh Tank
Scénario : Josh Tank, Max Landis
Montage : Elliot Greenberg
Photo : Matthew Jensen
Décors : Stephen Altman
Costumes : Dianna Cilliers
Durée : 84 mn

Casting :
Dane DeHaan : Andrew Detmer
Alex Russell : Matt Garetty
Michael B. Jordan : Steve Montgomery
Michael Kelly : Rochard Detmer
Ashley Jinshaw : Casey Letter
Bo Petersen : Karen Detmer
Anna Wood : Monica

AGRICULTURE : SMALL IS NOT ALWAYS BEAUTIFUL

sia

siaSalon oblige, voici que tous les candidats aux prochaines élections présidentielles ne parlent plus que d’agriculture. Ah bah voilà un sujet que j’ai la prétention de connaître, puisque c’est un peu le domaine dans lequel je travaille. Pour preuve, j’ai toujours des bottes dans le coffre de ma voiture, parce que parfois, la terre, ça colle. Cela fait dire aussi beaucoup de conneries.

S’il y a bien une chose que m’ont apportée mes études d’ingénieur agronome, c’est bien la prise de conscience que les médias relayent un certain nombre d’inepties, trouvant échos dans l’opinion. Ou alors, c’est le contraire, je ne sais pas trop. Ce qui m’inquiète vraiment, c’est qu’il n’y a pas de raison que ce phénomène soit uniquement limité à l’agriculture, ce qui me fait sérieusement douter de la fiabilité des informations que l’on peut trouver et surtout de mes propres croyances. Mais ceci est un autre débat.

Revenons à nos vaches, cochons, couvées. En tant qu’expert dans le domaine de l’agriculture (enfin paraît-il, si j’en crois certaines invitations professionnelles), je dois avouer qu’aucun des candidats n’a apporté le moindre début d’une analyse précise et pertinente, ou même d’une simple réelle connaissance du sujet. En tout cas, rien qui soit à la mesure de la complexité des questions agricoles, qui ne peuvent se régler avec deux trois idées qui flottent dans l’air du temps. Cela illustre aussi à quel point on peut faire passer une contre-vérité pour du simple bon sens.

Je ne prendrai qu’un seul exemple : le culte que semble vouer les élus pour les « petites exploitations ». Bah oui, parce que les « gros », c’est rien que des méchants qui s’enrichissent sur le dos du système et qui ne font rien qu’à polluer. Ils sont le symbole d’une agriculture productiviste, peu soucieuse de la nature, du goût et de la santé du consommateur, mais uniquement du profit. Alors que le paysan à la surface modeste traite la terre avec respect, vous vend des produits sains et défend des valeurs autrement plus respectables que l’argent.

Evidemment, tout cela est totalement caricatural. Pire, cela est souvent complètement faux. Pour le premier reproche, c’est à dire l’enrichissement par le système, si le raccourci est facile, il y a un fond de vérité. Voilà un domaine, le contrôle des structures, dont j’ai été un acteur, et il est incontestable que la Politique Agricole Commune, malgré quelques évolutions, apportent une rente de situation qui profite à ceux qui gagnent déjà très bien leur vie, à qui ont donne ainsi encore plus de facilité pour s’agrandir et accroitre leur patrimoine et leurs revenus.

Par contre, il est absolument faux de penser qu’il est logique qu’un petit agriculteur va polluer moins qu’un gros. C’est même exactement l’inverse. Si vous ne cultivez que 100 hectares, vous devrez, pour avoir un revenu convenable, tirer le maximum de profit de la moindre parcelle de terre et vous serez condamné à une agriculture la plus intensive possible. Mais le bio alors ? Effectivement, le bio rompt avec cette logique… en vous proposant des produits plus chers. J’y reviendrai.

Par contre, si vous exploitez 300 hectares, vous aurez énormément plus de latitude dans vos choix économiques et techniques. Les économies d’échelle pourront constituer des leviers puissants qui vous autoriseront à opter pour une agriculture plus extensive, c’est à dire moins polluante. Je pourrais rentrer dans de longues explications techniques, mais il faut simplement garder à l’esprit, que plus le tracteur est gros, moins il pollue. Ca paraît contre-intuitif, mais c’est en fait logique. Un tracteur plus puissant vous permettra avec le même litre de gasoil de cultiver une surface plus importante et donc de faire pousser une quantité plus importante de blé. Au final, le grain de blé qui a poussé chez l’agriculteur à 300 hectares aura généré moins de pollution et de pression sur les écosystèmes que celui qui pousse chez l’agriculteur à 100 hectares.

Comme je l’ai dit, reste le cas de l’agriculture biologique. On le sait, se situer dans cette logique augmente les coûts de production. C’est d’ailleurs tout à fait logique. En effet, l’agriculteur biologique augmente la quantité de main d’œuvre à l’hectare et nécessite le plus souvent un matériel spécifique qui est plus cher que le matériel classique. L’agriculture biologique demande donc des investissements plus importants. Et d’ailleurs, toute amélioration des techniques culturales pour les rendre plus écologiquement efficientes demandent des investissements parfois très lourds. Mais qui possède le plus de moyens d’investir, l’agriculteur à 100 hectares qui se démène déjà pour dégager un maigre revenu ou celui à 300 hectares qui dégagent lui de confortables marges ?

Mais voilà, la réponse à cette question complexifie considérablement les problèmes agricoles. Car il existe bien d’autres raisons valables de promouvoir une agriculture de petites exploitations : l’emploi, le lien social avec la population locale, le dynamisme des zones rurales profondes… Mais pour ce qui est de la pollution, c’est le modèle à grosses exploitations qui est le plus efficace pour à la fois diminuer l’impact de l’agriculture sur l’environnement et proposer des produits de qualité à des prix accessibles pour les classes sociales le plus modestes. Vouloir à la fois de l’agriculture biologique et des petites exploitations, la condamne à rester cher et limite donc sa diffusion et son développement. C’est emmerdant, mais c’est comme ça. Et ça ne sert à rien de tomber dans le déni de réalité généralisé en cours actuellement dans les discours de beaucoup d’acteurs politiques ou de la société civile.

Je n’ai aucunement l’intention ici d’affirmer qu’il faut promouvoir une agriculture qui ne compterait plus que des exploitants cultivant des surfaces toujours plus importantes. Simplement, les arbitrages doivent être rendus en ne se voilant pas la face, sinon les politiques qui en sortiront engloutiront des sommes colossales pour n’atteindre au final que très partiellement les objectifs initiaux. Mon expérience professionnelle me montre chaque jour que c’est malheureusement exactement ce qui est en train de se passer.

Et les débats actuels tendent à me faire penser que ce n’est pas prêt de changer. En attendant, il y a de quoi être inquiet pour l’environnement. Et sûrement dans bien d’autres domaines auxquels je ne connais rien…

AU PAYS DU SANG ET DU MIEL : Loin d’Hollywood, si près de nous

aupaysdusangetdumielaffiche

aupaysdusangetdumielafficheAngelina Jolie a un parcours des plus étonnants. Icône glamour d’Hollywood, elle enchaîne les navets avec quelques grands rôles parfois difficiles (l’Echange ou Un Cœur Invaincu notamment). Elle est à la fois connue pour son histoire d’amour avec Brad Pitt et ses engagements humanitaires, pour lesquels elle ne fait pas que de la figuration (ambassadrice du Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU). Pour son premier film de l’autre côté de la caméra, elle a effectué un choix étonnant et passablement risqué. Un film, Au Pays du Sang et du Miel, sur un sujet difficile, la guerre en Bosnie, tourné sur place avec des acteurs locaux dans la langue du pays. Un véritable défi, relevé avec un talent non exempt de maladresses.

Ajla et Danijel sont deux jeunes gens qui auraient pu commencer une histoire d’amour comme il en existe tant. Mais ce soir là, un attentat ravage le dancing où ils se trouvent. Très vite, une guerre civile ravage la Bosnie et les transforme en ennemis. Ils se retrouvent quelques mois plus tard dans un camps militaire où elle est gardée comme esclave. Mais de tels sentiments peuvent-ils perdurer au milieu d’un telle barbarie ?

Au Pays du Sang et du Miel est un film témoignage, bien plus qu’un film politique à thèse. Bien sûr, il y a des méchants, les Serbes, et des victimes, les musulmans bosniaques. Mais le film ne juge pas, il relate. Son plus grand défaut est même de tourner quelque peu au catalogue. Toutes les formes d’exactions doivent être montrées, étirant ainsi l’intrigue sur plus de deux heures, la faisant souvent tourner en rond, au point d’en devenir répétitive. La prise de recul est minimale, il n’y a pas d’explications, à part quelques discours nationalistes de la part du général serbe, et Angelina Jolie ne cherche pas à remettre les choses dans leur contexte. Le film ne s’attarde même pas vraiment sur la passivité de l’Occident, même si elle est tout de même évoquée. Mais reste la barbarie, que l’on sait réelle, mais dont on prend conscience ici de manière très directe.

Au Pays du Sang et du Miel reste avant tout l’histoire de Ajla et Danijel. Une histoire d’amour au milieu de l’horreur, voilà un sujet bien casse-gueule, où les bons sentiments peuvent facilement rendre ridicule le reste du propos, aussi honorable soit-il. Angelina Jolie a presque réussi à éviter tous les pièges qui se dressaient devant elle. La relation ambiguë entre un bourreau et sa victime ne constitue pas non plus un sujet nouveau. Il est traité ici avec beaucoup d’intelligence, sans lourdeur et si le dénouement est au fond le seul possible, il s’en dégage tout de même l’émotion d’une grande histoire. On ne ressort pas tout à fait indemne de ce film.

aupaysdusangetdumielOn sent bien qu’Angelina Jolie a mis beaucoup d’elle dans ce film. Dénoncer tout ce qu’on veut, bien au chaud à Hollywood est à la portée de la première star venue. Mais le risque artistique est ici trop réel pour que la démarche ne soit pas d’une totale sincérité. On ne réalise pas un film en bosniaque de plus de deux heures, aussi dur, pour se faire mousser. Surtout que sa réalisation reste d’une sobriété remarquable, entièrement au service de son sujet. Certes, le point de vue reste romanesque, avec toutes les limites que cela suppose, mais Au Pays du Sang et du Miel reste une fiction, pas un documentaire.

Le casting est donc composé entièrement d’acteurs locaux, presque tous entièrement inconnus. Seul Rade Serbedzija est un visage connu d’Hollywood, puisqu’on l’a vu dans des seconds rôles dans Eyes Wide Shut, Mission Impossible II, Snatch, Harry Potter ou X-Men le Commencement. Les deux personnages principaux sont interprétés pas deux très beaux acteurs. On savait grâce à Emir Kusturica que la région n’en manquait pas. On pourra donc ajouter Zana Marjanovic et Groan Kostic à la liste.

Au Pays du Sang et du Miel n’est donc vraiment pas ce qu’on attendait d’une actrice comme Angelina Jolie. Mais c’est l’être humain qui s’est investi dans cette œuvre poignante et convaincante, malgré un caractère romanesque parfois maladroit.

Fiche technique :
Production : GK Films
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Angelina Jolie
Scénario : Angelina Jolie
Montage : Patricia Rommel
Photo : Dean Semler
Décors : Jon Hutman
Musique : Gabriel Yared
Durée : 127 mn

Casting :
Rade Serbedzjia : Nebojsa
Zana Marjanovic : Ajla
Goran Kostic : Danijel
Nikola Djuricko : Darko
Branko Djuric : Aleksandar
Dzana Pinjo : Nadja

UNE JOURNEE PAS COMME LES AUTRES

hoaraupsg

hoaraupsgLe suspense continue… et le championnat de France s’annonce plus passionnant que jamais. Et quelque soit le résultat final, cette 25ème journée restera un moment décisif de la compétition. Si c’est Montpellier qui est finalement sacré, elle aura marqué sa prise de pouvoir. Dans tous les cas, personne n’aurait parié sur une place de leader pour le club de Loulou Nicollin à l’orée du printemps. Pourtant, elle ne doit rien au hasard et est amplement méritée, à tel point qu’un triomphe final ne semble plus tenir du fantasme. Des individualités, de la qualité de jeu, de la confiance et de la réussite. Bref, un vrai profil de champion.

Si le favori parisien l’emporte à la fin, on se souviendra longtemps de cet incroyable match contre Lyon. Mené 3-1, puis 4-2, il a su arracher à la dernière seconde le point du match nul qui lui fait certes perdre sa place de leader, mais qui ressemble à une victoire au vu du scénario du match. Mais c’est surtout le niveau de jeu affiché ce soir qui a rassuré. Le match fut de toute beauté et si on peut toujours considérer que ce sont les défenses qui ont failli, le PSG a su se créer des occasions comme rarement cette saison. Il a aussi marqué le retour en grande forme de Javier Pastore et surtout Guillaume Hoarau, auteur d’un doublé. Si ces deux joueurs restent à ce niveau, on voit mal ce qui pourrait arrêter le rouleau compresseur parisien.

Et si un troisième larron finit par l’emporter, cette 25ème journée aura tout simplement été celle où tout a semblé perdu. Car il apparaît de plus en plus improbable que le duo Paris-Montpellier soit inquiété. Lille n’est pas très loin, mais il n’a jamais affiché cette saison un niveau de jeu comparable à ces deux équipes. Mais tout peut aller très vite en football.

En tout cas, le 4-4 entre Paris et Lyon a démontré que le championnat de France pouvait lui aussi proposer des match splendides au scénario improbable. Alors, que le meilleur gagne le titre et que le spectacle continue d’être beau !