DOS AU MUR : Divertissant à défaut d’inspiration

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dosaumurafficheComme je ne sais absolument pas comment commencer cette critique, et bien je vais la commencer en vous racontant que je ne sais absolument pas comment commencer cette critique. Je ne sais pas si c’est un bon début, mais je n’ai pas trouvé mieux. Alors évidemment, ce n’est pas très bon signe de manquer à tel point d’inspiration pour vous parler d’un film, Dos au Mur en l’occurence. Pourtant, il fait passer un bon moment, à défaut d’être génial ou de réinventer quoique ce soit.

La foule se presse au cœur de Manhattan. Depuis quelques minutes, un homme se tient sur la corniche d’un grand hôtel de New-York, prêt à sauter. Une tentative de suicide qui va très vite monopoliser l’attention des badauds, des médias et de la police. Mais l’inspectrice qui négocie avec lui va rapidement avoir des doutes sur ses réelles motivations.

Le synopsis que je viens de vous livrer en dit beaucoup moins long que la très mauvais bande-annonce qui a fait la promotion Dos au Mur. Certes, le scénario reste globalement très linéaire et offre très vite au spectateur beaucoup d’éléments qui lui font comprendre le véritable fond de l’histoire. Mais tout de même, il est dommage, pour un film basé presque uniquement sur le principe « les choses ne sont pas ce qu’elles sont en apparence », de trop en dire puisque cela tue un peu tout intérêt.

Dos au Mur est en fait un film de « casse » très classique. Ce n’est pas tant sur le dénouement qu’il y a un suspense, mais sur le comment vont-ils y arriver. De ce point de vue, le film est assez bien mené, même si on a déjà vu mille fois mieux. Le film nous offre un dernier tiers beaucoup plus tourné vers l’action, encore une fois bien foutu, sans être la séquence la plus spectaculaire de l’année. Globalement, nous sommes là devant un pur divertissement, qui peut faire passer un vrai bon moment si on arrive à rentrer dans l’histoire, en oubliant limites et imperfections.

Paradoxalement, ce qui fait la plus grande force de Dos au Mur fait aussi sa faiblesse. En fait, le scénario déroule son idée de base, assez bonne au demeurant, et ne cherche pas constamment à nous entraîner dans de fausses pistes et surtout sans chercher à entretenir un faux suspense qui aurait ressemblé à de grosses ficelles bien trop visibles. Mais du coup, on peut reprocher au film un sérieux manque d’ambition. Cependant, il vaut absolument mieux qu’il se soit contenter de faire bien, sans chercher à faire mieux, au risque probable d’en devenir mauvais.

dosaumurLa réalisation de Asger Leth est à l’image du film. Professionnelle, efficace, mais sans prise de risque, ni imagination débridée. On aurait pu attendre mieux d’un ancien 1er assistant de Lars Van Trier. Là encore, le manque d’ambition est patent, mais d’un autre côté, il fait de Dos au Mur un film qui a au moins le mérite d’atteindre son but premier, sans se disperser.

Dos au Mur nous propose un casting lui aussi très professionnel. Le trio Sam Worthington, Elizabeth Banks et Jamie Bell s’acquitte de sa tâche sans zèle, mais avec le minimum de crédibilité. Ils ont quand même l’air de prendre un minimum de plaisir à jouer, un plaisir assez communicatif. Ed Harris est lui d’une autre trempe, mais son rôle de « méchant » est un peu trop caricatural et trop peu présent pour que son talent face à la différence. Enfin, un mot enfin sur la révélation de ce film : Genesis Rodriguez. Bon, soyons honnête, ce n’est pas vraiment une révélation artistique, mais plutôt esthétique. Les quelques secondes où on la voit en sous-vêtements pourraient presque justifier à elles-seules la vision de ce film. Quel corps, mama mia !

Dos au Mur fera sûrement partie de ces films qu’on aura déjà oublié quand on repensera à l’année cinématographique 2012, mais qu’on prendra éventuellement plaisir à voir, ou même revoir, un soir d’ennui devant sa télé.
Fiche technique :
Réalisation : Asger Leth
Scénario : Pablo F. Fenjves, Chris Gorak, Erich Hoeber et Jon Hoeber
Décors : Alec Hammond
Costumes : Susan Lyall
Photographie : Paul Cameron
Casting : Deborah Aquila, Ross Meyerson et Tricia Wood
Montage : Kevin Stitt
Musique : Henry Jackman
Production : Mark Vahradian et Lorenzo di Bonaventura
Durée : 102 minutes
 
Casting :
Sam Worthington : Nick Cassidy
Elizabeth Banks : Lydia Mercer
Jamie Bell : Joey Cassidy
Anthony Mackie : Mike Ackerman
Génesis Rodríguez : Angie
Ed Harris : David Englander
Kyra Sedgwick : Suzie Morales
Edward Burns : Jack Dougherty
Titus Welliver : Nathan Marcus
Geoffrey Cantor : Gordon Evans
J. Smith-Cameron : la psychiatre
William Sadler : le groom

LA VERITE SI JE MENS 3 : Plus deuxième division que champion du monde

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laveritesijemens3afficheVu que le premier était très bon et le deuxième encore meilleur, il était logique qu’il y en ait un troisième. La Vérité Si Je Mens n’échappe pas à la règle et revient pour un nouveau petit tour en compagnie de nos amis « chaaaaaaaaaaaampions du monde ! ». Mais bon, comme on pouvait s’y attendre, même si les retrouvailles font plaisir, c’est un petit coup de mou qui est au rendez-vous.

Les ex-rois du Sentiers, désormais expatriés à Aubervilliers font face à une nouvelle concurrence : celle des Chinois. Alors le jour où ils sont victimes d’un coup tordu, ils accusent immédiatement le plus puissant de la communauté asiatique et lui annoncent qu’ils seront prêts à se battre. Mais ils ne pourront guère compter sur l’aide de Patrick, englué dans un contrôle fiscal. Et évidemment pas sur celle de Serge qui gère désormais les affaires de son beau-père à sa manière. C’est à dire en les conduisant tout droit à la catastrophe.

Allez, ne boudons pas notre plaisir, ceux qui ont aimé les deux épisodes précédents auront plaisir à retrouver toute cette petite bande dans la Vérité Si Je Mens 3. Les codes sont les mêmes, les personnages n’ont pas changé, bref, on retrouve tout le charme qui a fait leur succès. Mais bon, l’amour s’étiole toujours un peu avec le temps, c’est bien connu, à moins de toujours redoubler d’imagination et au prix d’un éternel renouvellement. Dans ce domaine, Thomas Gilou a été frileux. Très frileux. Trop frileux ?

En effet, le scénario de la Vérité Si Je Mens 3 souffre de deux gros défauts. Déjà et sans rien dévoiler des rebondissements qui le ponctuent, la mécanique mise en œuvre ressemble comme deux gouttes d’eau à celle du deuxième épisode. Du coup, on est guère surpris et on se doute immédiatement de comment tout cela va finir. Il y a peut-être un petit suspense sur le comment, mais sur le gros du déroulé des évènements, c’est copie conforme. Du coup, l’incontestable atout du deuxième épisode devient ici un air de déjà-vue qui gâche un peu le plaisir.

Ensuite, la Vérité Si Je Mens 3 manque parfois cruellement de rythme. Le film dure deux heures, c’est une demi-heure de trop pour une comédie. Les dix dernières minutes notamment sont absolument interminables, rappelant un peu les multiples dénouements du Seigneur des Anneaux… sauf que ce dernier intervenait après 9h de film. Cela confirme l’impression générale d’un manque de courage chez Thomas Gilou, qui semble n’avoir osé rien couper de peur de supprimer un passage amusant ou de raccourcir le rôle d’un de ses acteurs vedettes. Mais cela se fait au prix d’une dilution qui sans jamais vraiment nous conduire à l’ennui ne permet jamais au film de devenir réellement enthousiasmant.

laveritesijemens3Restent néanmoins quelques passages vraiment drôles, faisant de la Vérité Si Je Mens 3 un divertissement passable pour soir de pluie. Les éléments du scénarios sont plus ou moins bien réussis. Le meilleur reste l’histoire d’amour entre Patrick et sa contrôleuse fiscale. A l’inverse, les relations entre Serge et son beau-père n’apportent vraiment rien et n’arrachent guère qu’un sourire circonspect. Sans parler d’épisode de trop, ce film fait rentrer la saga dans le rang et une quatrième volet pourrait facilement la faire basculer du côté obscur du navet.

La bande d’acteurs est toujours la même, à part Vincent Elbaz qui reprend son rôle du premier volet, abandonné à Gad Elmaleh dans le deuxième. La Vérité Si Je Mens repose quand même largement sur le duo Gilbert Melki et José Garcia qui apporte le plus d’impact comique. Les autres s’acquittent de leur rôle avec talent, à défaut de génie.

La Vérité Si Je Mens 3 est donc très loin de constituer une totale réussite. Il ne fait pas passer un moment désagréable, mais un manque de rythme en fait une comédie de seconde zone.

Fiche technique :
Production : Les films Manuel Munz, Vertigo productions, La vérité productions, Télégraphe
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Thomas Gilou
Scénario : Michel Munz, Gérard Bitton
Montage : Catherine Renault
Photo : Robert Alazraki
Décors : Jacques Rouxel
Musique : Hervé Rakotofiringa
Costumes : Catherine Bouchard
Durée : 119 mn

Casting :
Richard Anconina : Eddie
José Garcia : Serge
Bruno Solo : Yvan
Vincent Elbaz : Dov
Gilbert Melki : Patrick
Aure Atika : Karine
Amira Casar : Sandra
Léa Drucker : Muriel Salomon
Elisa Tovati : Chochona

EL CHINO : Humour argentin sauce aigre-douce

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elchinoafficheDepuis le triomphe mondial de Dans Ses Yeux, récompensé par un Oscar du meilleur film étranger, le cinéma argentin à droit de cité sur nos écrans. Après les Acacias, une très jolie histoire d’amour, voici El Chino, deuxième film venu de Bueno Aires sorti en 2012 en France. On y retrouve la grande star nationale, Ricardo Darin, qui prouve ici sa polyvalence puisqu’il quitte le monde du polar pour la pure comédie.

Roberto est un vieux garçon, à la vie réglée comme du papier à musique, à la fois quincailler et misanthrope. Bref, l’archétype du grognon au grand cœur, même s’il n’admettra jamais cette dernière qualité. Il la met pourtant en œuvre, le jour où il croise Jun, un Chinois ne parlant pas un mot d’Espagnol, perdu et qui recherche son oncle. Mais en attendant que l’ambassade fasse le nécessaire pour retrouver ce dernier, il se retrouve obligé d’héberger ce compagnon avec lequel il n’est guère possible de communiquer.

El Chino est une comédie drôle. J’aurais presque envie d’arrêter ma critique ici, tant cette qualité est suffisante pour un film de ce type. L’humour est ici purement situationnel et repose sur le ressort archi-classique du solitaire qui voit ses habitudes bousculées par un tiers avec lequel il est obligé de cohabiter. Un principe déjà mille fois mis en œuvre. Mais quand cela fonctionne, et c’est le cas ici, on continue d’en rire volontiers de bon cœur.

Si El Chino se démarque par une certaine originalité, c’est grâce à ces personnages. Non qu’ils soient vraiment révolutionnaires, mais ont assez de personnalité pour être marquants. Celui de Roberto est à la fois un archétype et quelqu’un auquel on s’attache immédiatement. Jun est lui plus inattendu, mais il joue quand même essentiellement un rôle de faire-valoir, ou du moins d’élément perturbateur. Vous rajoutez au milieu une femme essayant désespérément d’attirer l’attention de ce vieux garçon et vous obtenez un cocktail qui fonctionne vraiment bien.

El Chino est un film qui exploite pleinement une bonne idée de départ, sans chercher à se dissiper. Cependant, du coup, le scénario tourne quand même un tout petit peu en rond. Il n’y a guère de surprises entre le début et le dénouement. Certes, il y a des péripéties, mais rien qui ne remette en cause le concept initial. C’est sans doute là la plus grande limite de ce film, mais que cela ne soit réellement problématique.

elchinoComme tous les films basé sur un solitaire obligé de renoncer à sa solitude, El Chino véhicule un message humaniste. Vous vous doutez bien que tout cela ne se termine pas sans que le personnage central ne soit quelque peu sorti de sa misanthropie. Il est délivré avec beaucoup d’intelligence et n’alourdit en rien le film. Il fait même partie intégrale du charme que dégage cette production argentine. Là encore, certains éléments sont plutôt inattendus, à défaut d’être totalement inoubliables.

El Chino repose beaucoup, pour ne pas dire essentiellement, sur le formidable charisme de Ricardo Darin. Il est clair que sans lui, le cinéma argentin serait toujours dans un total anonymat cinéphile. Il nous livre là une nouvelle très grande performance. Il s’amuse visiblement à interpréter ce personnage qui tient plus de l’ours que de l’humain. Et cet enthousiasme est tout à fait communicatif. A ses côtés, Muriel Santa Ana et Ignacio Huang se montrent à la hauteur, contribuant eux-aussi incontestablement au charme de ce film.

Au-delà d’un certain dépaysement, El Chino est une très bonne comédie, sans prétention, mais avec quelques qualités rares, insufflées par son merveilleux interprète principal.

Fiche technique :
Production : Pampa films, Tornasol Films, Telefe
Distribution : Eurozoom
Réalisation : Sebastián Borensztein
Scénario : Sebastián Borensztein
Montage : Pablo Barbieri Carrera
Photo : Rodrigo Pulpeiro
Son : Eduardo Esquide
Musique : Lucio Godoy
Directeur artistique : Valéria Ambrosio, Laura Musso
Durée : 100 mn

Casting :
Ricardo Darin : Roberto
Muriel Santa Ana : Mari
Ignacio Huang : Jun
Enric Cambray : Roberto jeune
Ivan Romanelli : Leonel

UNE BOUTEILLE A LA MER : Les mots par delà les murs

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unebouteillealamerafficheLes tensions religieuses au Proche-Orient ont inspiré deux très bons films en 2011 : le magnifique Et Maintenant On Va Où ? et la surprenante comédie le Cochon de Gaza. 2012 semble partie sur cette lancée avec une nouvelle production française de qualité qui nous plonge au cœur du conflit israélo-paléstinien : Une Bouteille à la Mer. Une œuvre au message simple, pleine d’un optimiste humaniste qui redonne un peu d’espoir.

Tal est une jeune française de 17 ans, dont la famille vient tout juste de s’installer en Israël. Un attentat dans son quartier la bouleverse et la pousse à vouloir comprendre le sens de tout ceci. Par l’intermédiaire de son frère, militaire à la frontière avec Gaza, elle envoie un message dans une bouteille, espérant qu’elle s’échoue et soit récupérée par un Palestinien acceptant de dialoguer avec elle. Quelques jours plus tard, le miracle se produit et elle reçoit une réponse.

Une Bouteille à la Mer est une belle histoire. Comme beaucoup de belles histoires, elle est un peu trop belle pour être vraie. Mais comme beaucoup de belles histoires trop belles pour être vraie, on a envie d’y croire. On est au cinéma, face à une fiction, pas face à un documentaire. Alors pourquoi pas ne pas rêver deux secondes. Surtout que, je vous rassure, le film ne se termine pas par « ils se marient et ont beaucoup d’enfants ». Le film n’est pas (trop) fleur bleue. Il est tout simplement optimiste. Et il n’y pas forcément de mal à l’être de temps en temps.

Au-delà de la naissance d’une amitié épistolaire improbable, Une Bouteille à la Mer cherche à mettre en parallèle le quotidien de chaque côté de la frontière. Les deux personnages n’ont rien d’exceptionnel, à part leur volonté d’échapper à la haine brute et aveugle. Mais ni l’un, ni l’autre ne peut échapper la peur, à la violence et la pression de la société dans laquelle ils vivent. Un des grands mérite du film est ne pas chercher à tout prix à nous expliquer qu’au fond, ils sont pareils. Non, ils vivent dans des mondes très différents, même s’ils ne vivent qu’à 45 km l’un de l’autre et forcément, leur personnalité, leur façon de voir le monde en est profondément affecté. Après, contrairement à tous ceux qui les entourent, il acceptent de considérer le point de vue l’autre, mais sans forcément le comprendre ou le partager.

Une Bouteille à la Mer est aussi un film sur l’adolescence. Une adolescence dans un contexte assez particulier, mais une adolescence quand même, avec son premier amour, ses premières cigarettes, ses interrogations. On regretterait presque que cet aspect ne soit que secondaire, tant il est traité avec beaucoup d’intelligence. Je souligne trop souvent que la vision cinématographique de cet âge si particulier tourne le plus souvent à la caricature et au ridicule. Il n’en est rien ici et cela joue beaucoup à l’attachement que l’on peut ressentir pour les personnages. Sans cela, on n’arriverait pas à rentrer aussi profondément dans cette histoire et on n’arriverait définitivement pas à y croire.

unebouteillealamerLa réalisation de Thierry Binisti est sobre et parfaitement au service de son histoire et de ses personnages. Il alterne les passages touchants, drôles et dramatiques avec le même bonheur. Il arrive à insuffler ce qu’il faut de rythme pour arriver à nous faire entrer dans cette histoire entre deux êtres qui ne peuvent se voir et se rencontrer.

Les deux acteurs sont parfaitement dans leur rôle. On avait remarqué Mahmud Shalaby dans les Hommes Libres, où il incarnait…un juif. Comme quoi, ces deux peuples ne sont définitivement pas si éloignés que cela. Quant à la jeune Agathe Bonitzer, elle quitte ici définitivement les rôles de petite fille qu’elle interprète depuis longtemps dans divers films français. Beaucoup de sensibilité dans une interprétation sobre et crédible.

Une Bouteille à la Mer est donc une belle histoire, très bien racontée. On espère juste un jour pouvoir en retrouver quelques unes de ce type au journal de 20h.

Fiche technique :
Production : TS productions, EMA Films, Lama Films, France 3 Cinéma
Distribution : Diaphana
Réalisation : Thierry Binisti
Scénario : Valérie Zenatti, Thierry Binisti, d’après le roman de Valérie Zenatti
Montage : Jean-Paul Husson
Photo : Laurent Brunet
Décors : Boaz Katznelson
Musique : Benoît Charest
Costumes : Halada Attalah
Durée : 99 mn

Casting :
Agathe Bonitzer : Tal
Mahmoud Shalaby : Naïm, Gazaman
Hiam Abbass : Intessar
Riff Cohen : Efrat
Abraham Belaga : Eytan
Jean-Philippe Ecoffey : Dn
Smadi Wolfman : Myriam
François Loriquet : Thomas
Salim Daw : Ahmed

LA MEDIOCRITE INTELLECTUELLE AU POUVOIR

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sarkoallegreNicolas Sarkozy est certainement très content de lui. Je suis persuadé qu’il y a en lui une jubilation quelque peu enfantine, que l’on pourrait aisément qualifiée de mesquine. L’arrivée de Claude Allègre dans son équipe de campagne est sûrement pour lui la preuve de sa supériorité sur son adversaire, qui ne compte pas auprès de lui d’anciens ministres du camp d’en face. Mais s’il est content de lui, pas sûr qu’il tire le moindre bénéfice électoral.

Ce ralliement, très certainement recherché par le chef de l’Etat, montre bien à quel point il pousse loin la médiocrité intellectuelle. On avait raillé le soir de son élection les « artistes » qui l’entouraient : Faudel, Mireille Matthieu… On n’a pu se moquer des ministres qui ne devaient leur nomination à des postes à si hautes responsabilités qu’à leurs qualités de courtisans : Luc Chatel, Laurent Wauquiez et l’inénarrable Nadine Morano. Ce manque de discernement et de prise de hauteur est tout à fait symbolique du quinquennat qui vient de s’achever.

Nicolas Sarkozy est donc soutenu par deux anciens ministres de gauche : Claude Allègre et Bernard Tapie. Bon, déjà ce n’est guère une surprise puisque ces deux là avaient déjà retourné leur veste en 2007. La prise de responsabilités de l’ancien ministre de l’éducation montre bien que ce cirage de bottes peut finir par payer et ne doutons pas qu’il y a derrière tout ça un rêve (une promesse ?) de retour au gouvernement, en cas de victoire du Président sortant. Mais bon soyons sérieux. Ni l’un, ni l’autre ne sont des modèles de probité et de pertinence intellectuelle.

La présence de Claude Allègre, négationniste de l’origine humaine du réchauffement climatique, aux côtés de Sarkozy sonne même comme une provocation. On peut en rire, tellement tout cela semble ridicule. On pourrait y voir là un mépris de la droite sur les questions environnementales. Mais il ne faut même pas pousser le raisonnement aussi loin. Le calcul est avant tout politique et seul son statut d’ancien ministre de Lionel Jospin vaut au géophysicien son entrée dans l’équipe de campagne. Les idées, la pertinence face aux graves problèmes que notre pays, et pour le coup l’humanité entière, affrontent, la compétence, rien de tout cela ne rentre en ligne de compte. Et c’est particulièrement désolant, pour ne pas dire inquiétant.

Cela en dit long surtout sur le degré de convictions de tout ce joli petit monde. Faire de Nathalie Kosciusko-Morizet, censée incarner la sensibilité écologiste de l’UMP, le parte parole de la campagne, tout en faisant entrer Claude Allègre dans l’équipe qui doit la mener, montre bien que seuls importe l’assurance d’avoir un poste dans le futur gouvernement, qu’importe ce qu’on y fera. Mais le plus incroyable est de penser que Sarkozy et son équipe pensent « l’arrivée de Claude Allègue dans notre équipe va nous faire gagner des voix ». Ont-il perdu à ce point le sens de réalité ou bien est-ce encore une fois une manœuvre de désespoir devant une défaite de plus en plus inexorable ?

Place au ridicule politique, les problèmes de la planète attendront.

LA TAUPE : Londres, nid d’espions

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lataupeafficheJohn Le Carré est un auteur au style unique et et reconnaissable. Une écriture puissante, épaisse et d’une formidable densité. Des intrigues complexes dans lesquels les lecteurs sont plongés sans ménagement et de manière brutale. Bref une œuvre qu’on ne peut adapter fidèlement à l’écran sans un immense talent. Tomas Alfredson avait prouvé qu’il en avait à revendre avec Morse, petit bijou du cinéma européen (lamentablement adapté aux US sous le titre Laisse-moi Entrer). Il le confirme avec le premier vrai chef d’œuvre de 2012, la Taupe.

Le patron MI6 envoie en secret un de ses agents en Hongrie pour une mission secrète, connue que des deux hommes. Et pour cause, il s’agit de récolter des informations sur une taupe qui aurait été implantée par les Soviétiques au sommet de l’espionnage britannique. Mais la mission tourne au fiasco et il est renvoyé, entraînant avec lui son fidèle adjoint, George Smiley. Ce dernier est cependant rappelé quelques temps plus tard par le ministre lui-même pour enquêter sur un éventuel agent-double, dont l’existence semble de plus en plus probable.

La Taupe est tout simplement un film remarquable, passionnant, alors que l’œuvre littéraire n’était certainement pas celle qui se prêtait le plus à un adaptation cinématographique. Mais le résultat est à la hauteur, tous les pièges ayant été évités avec un formidable brio. Un film aux qualités si nombreuses que l’on ne sait où commencer, tant le travail de Tomas Alfredson est impressionnant. Il prouve ici que l’on peut créer une incroyable tension et un fascinant suspense sans aucune scène d’action.

Comme on pouvait s’y attendre, la Taupe possède un scénario incroyablement dense. Pourtant le film arrive à éviter une complexité excessive. Certes, il faut rester un minimum concentré, mais tout est exposé de manière claire, logique et parfaitement ordonné. Pourtant, les nombreux flashbacks, la multitude des personnages auraient pu créer la confusion. Il n’en est rien, ce qui permet au spectateur de reste totalement dans l’histoire et de la dévorer, comme on dévore un roman passionnant.

La Taupe est un film tout en tension. Un tension qui naît des rapports entre les personnages où se mêlent la défense de la patrie avec l’ambition, l’hypocrisie et la jalousie. La vision du MI6 donnée par John Le Carré, lui-même ancien espion, n’est guère flatteuse. Si 2011 nous a livré deux très beaux films sur les coulisses de la politique (les Marches du Pouvoir et l’Exercice de l’Etat), ceux de l’espionnage ne sont pas mal non plus.

lataupeMais cet aspect de la Taupe ne prend vraiment son intérêt que par la merveilleuse façon dont cette tension est visuellement retranscrite à l’écran. La manière dont Tomas Alfredson capte les regards, fait ressortir par des petits riens la nature profonde des personnages fait de ce film une œuvre totalement aboutie. Le travail sur la photographie, la musique et surtout les couleurs démontre à quel point la réussite de ce film ne doit rien au hasard. On est face à un travail cinématographique majeur qui n’est pas là juste pour épater la galerie, mais au service, on l’a vu plus haut, d’un scénario fort et complexe.

La Taupe acquiert définitivement son statut de grand film par son casting. Mais ce n’est pas que la liste de noms qui est impressionnante, c’est aussi la manière dont Tomas Alfredson a su transformer ses acteurs. Au premier rang d’entre eux, un Gary Oldman totalement méconnaissable. On connaissait son immense talent, mais il tient là peut-être son plus grand rôle. Il incarne littéralement son personnage, donnant même l’impression d’avoir abandonné son propre corps pour celui d’un autre. Le reste de la distribution est au diapason. On citera en particulier un Colin Firth égal à lui-même, ce qui est en soit un beau compliment, et Toby Jones, dont le physique particulier ne lui permet pas de mener une carrière à la hauteur de son talent.

Adapter la Taupe à l’écran était donc un vrai pari, mais parfaitement relevé par Tomas Alfredson qui nous offre là le premier moment de pur enthousiasme cinématographique de 2012.

Fiche technique :

Production : Studiocanal, Working Title, Karla films, Paradis films, Kinowelt
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Tomas Alfredson
Scénario : Bridget O’Connor, Peter Straughan, d’après le roman de John Le Carré
Montage : Dino Jonsäter
Photo : Hoyte Van Hoytema
Décors : Maria Djurkovic
Musique : Alberto Iglesias
Costumes : Jacqueline Durran
Durée : 127 mn

Casting :

Gary Oldman : George Smiley
Mark Strong : Jim Prideaux
Colin Firth : Bill Haydon
John Hurt : Control
Ciaran Hinds : Roy Bland
Tom Hardy : Ricky Tarr
Benedict Cumberbatch : Peter Guillam
Toby Jones : Percy Allenine
Kathy Burke : Connie Sachs

LE TRAVAIL DE GAUCHE A DROITE

travail

travailLe travail, c’est la santé, clame la droite. Ne rien faire c’est la conserver, lui répond la gauche ? Pas du tout ! Hier à Rouen, à l’occasion de son deuxième grand meeting de campagne, François Hollande a lui aussi placé le travail au rang des valeurs qu’il entend défendre. Au moins, Nicolas Sarkozy et lui sont d’accord sur quelque chose. Enfin au moins sur les mots, parce que lorsque l’on creuse, on voit bien que les positions sont très divergentes.

Il est vrai que pendant près d’un siècle et demi, la gauche s’est surtout construite sur la libération du « travailleur » de l’aliénation représentée par le travail. Le prolétaire, l’ouvrier formait le gros de ses troupes, avec comme bras armé les syndicats. Aujourd’hui, tout cela a bien sûr volé en éclats. Les frontières sont devenues floues. Un cadre de haut niveau est un employé, mais ne s’apparenterait-il pas plutôt au patronat du 19ème siècle ? Quand on parle du patronat, désigne-t-on les PDG ou les actionnaires ? Bref, le blanc contre noir qui a présidé le vocabulaire de gauche ne peut plus aboutir à un discours cohérent. L’appropriation par François Hollande de la valeur travail montre bien que les choses ont profondément changé à ce niveau-là.

Si on schématise, le travail est un droit pour la gauche, un devoir pour la droite. C’est assez caricatural, mais cela montre bien comment les deux camps abordent la même problématique par des côtés complètement opposés. Contre le syndicalisme de gauche, la droite s’est nourrie au cours de son histoire de l’union de deux catégories sociales.

D’un côté, les propriétaires du capital. Ils attachent évidemment une grande importance à la valeur travail, puisque c’est le travail qui leur permet de gagner de l’argent… sans eux-même travailler. Comme cette catégorie sociale ne peut assumer pleinement cette oisiveté pour dénoncer celle des autres, elle utilise deux stratagèmes. Tout d’abord, elle explique le plus souvent que ce capital est la récompense d’un dur labeur passé. Bref qu’elle mérite ! Sauf que l’héritage existant, ces efforts ont parfois été consentis un siècle plus tôt par un lointain ancêtre. On se retrouve face à des dynasties rentières où la notion de mérite a disparu depuis longtemps pour se laisser porter par l’adage que « l’argent va à l’argent ». Ensuite, elle essaye de monter ceux qui pourraient se retourner contre elle contre d’autres. Les étrangers ou les assistés, c’est au choix. On est là au cœur de l’idéologie de droite, donc Nicolas Sarkozy a été un de plus beaux instigateurs. Je mets le travail en avant, mais je commence par baisser la fiscalité des rentiers. Beau paradoxe révélateur !

De l’autre, ceux qu’on qualifient d’indépendants. Les commerçants, artisans et autres professions libérales. Le discours est ici beaucoup plus sincère. Pour la plupart, ils exercent des métiers difficiles, au moins en termes d’horaires et pour une rémunération parfois incertaine. Ils ne jouissent que de très peu de protection sociale et la liberté d’être son propre patron trouve vite ses limites quand on travaille 6 jours sur 7 et 12h par jour. Ils ressentent un sentiment d’injustice vis-à-vis d’un salariat qu’il considère comme privilégié, sans parler des bénéficiaires des minimas sociaux. Du coup, le propriétaires du capital trouvent ici un allié de circonstance, dont il flatte d’autant plus le mérité que parfois la frontière entre les deux groupes est floue : un artisan possède le capital, même modeste, de son entreprise et peut avoir des salariés. Mais l’un travaille dur, l’autre pas. Mais ce dernier arrive bien à le faire oublier.

Comment la gauche peut-elle alors se positionner ? Vis-à-vis du premier groupe, il semble difficile d’éviter le conflit. Pourtant, il est parfois bon de lui rappeler que tout cela, en un mot l’économie de marché, ne fonctionne que parce qu’il y a des clients en bout de chaîne. Et ces derniers se comptent même parmi ceux qu’ils désignent comme des assistés. Même l’agriculteur céréalier le plus réactionnaire ne cherchera pas à empêcher un RMIste de lui acheter son pain. Personne n’a intérêt à la précarisation d’une large majorité de la population, ce qui a un impact négatif sur l’ensemble de l’économie… et donc a fortiori sur les plus riches. Ces derniers se sont parfois entièrement réfugiés dans la finance, mais la crise de 2008 a bien montré que l’économie réelle finit toujours par les rattraper.

Mais si la gauche doit vraiment réellement effectuer une mutation indispensable, c’est en apprenant à parler au second groupe. Et là, François Hollande apporte une vraie nouveauté, même si Ségolène Royal avait déjà amorcé le virage. En insistant autant sur les PME, il fait déjà un choix pertinent d’un point de vue économique. Mais politiquement, il s’attaque à un public qui a beaucoup moins de raisons de voter à droite que les actionnaires des multinationales. Il sort de ce discours anti-patronat qui englobe tout et n’importe quoi. Il était temps !

Cependant, espérons qu’en réalisant ce changement de discours, la gauche n’oublie pas une chose. Le travail restera toujours un facteur d’aliénation pour une large part de la population. Tout le monde ne s’épanouit pas dans son travail. Il restera toujours des tâches ingrates, engendrant au mieux ennui, au pire souffrance. De manière générale, Le travail n’est de toute façon pas une fin en soi. La réduction du temps de travail est une tendance lourde de l’humanité depuis plusieurs siècles. Et c’est tant mieux ! Cela s’appelle tout simplement le progrès et il serait regrettable que la gauche perde sa foi dans cette notion.

Enfin, espérons que l’électeur ne confonde pas la valeur travail avec la valeur du travail, c’est à dire le salaire. Car à une époque où augmenter les salaires est presque devenu un gros mot, il ne faut pas oublier qu’on continue chaque année à être plus productif, à produire globalement plus de richesses. Le partage de cette valeur ajoutée doit être au centre des débats car voilà un domaine où le clivage gauche-droite à encore tout son sens.

Et après dix ans d’explosion des inégalités provoquée par la droite, se traduisant par une stagnation de l’économie, il est temps d’amorcer un virage à 90° !

UN CARTON ROUGE MERITE MAIS TARDIF

christianvanneste

christianvannesteA force de flirter avec la ligne blanche, Christian Vanneste a fini par passer définitivement du côté obscur de la Force. C’est d’ailleurs un vrai prodige qu’il vient de réaliser, car on pensait que l’UMP de Claude Guéant n’aurait plus honte de quoi que ce soit. Mais le révisionnisme reste encore un tabou absolu dans la politique française et on ne peut que s’en réjouir. La droite nous prouve qu’elle pouvait encore s’indigner, alors qu’on commençait à en douter.

Mais cela ne doit évidemment pas faire oublier le lent glissement du parti du Président vers l’extrême-droite. Christian Vanneste a toujours milité pour une alliance entre l’UMP et le FN et il a du croire que certains propos lui donnaient carte blanche pour nous livrer toutes ses idées les plus indignes. On n’avait plus trop de doute sur les véritables convictions du personnage, cette fois même son propre camp est obligé de le mettre au ban. Non qu’ils soient tous foncièrement en désaccord malheureusement, mais certains savent quand même avancer leur pions avec plus de subtilité.

On peut légitimement poser la question du pourquoi avoir attendu aussi longtemps. En effet, ce débordement de Christian Vanneste n’est pas simplement un débordement, mais un énième débordement. Mais il pose une question plus large qui concerne l’ensemble des formations politiques. Que faire de leurs membres qui se livrent à ce genre de propos scandaleux ? Le PS a eu son George Frêche et, si elle a fini par l’exclure, cela ne fut ni facile, ni immédiat. Il est navrant de voir qu’il faut attendre le mot de trop pour voir ceux dont les convictions sont évidentes et contraires aux valeurs qu’ils sont censés défendre être renvoyés de leur parti.

Si ce n’est pas si simple, c’est tout simplement qu’un Frêche ou un Vanneste ont quelque chose en commun. La légitimité des urnes. On peut le regretter, mais dans notre système démocratique, elle reste celle qui compte en dernier ressort. Espérons tout de même que les électeurs du Nord sauront la retirer définitivement à ce triste sire.

DD LE MAUDIT

didierdrogba

didierdrogbaJ’aime beaucoup Didier Drogba. Je sais, cela peut paraître étonnant de la part d’un supporter du PSG comme moi. Mais que voulez vous, je lui pardonne son attachement indéfectible à l’OM. Déjà parce qu’il est sympa et surtout parce qu’il a été et reste un immense joueur, spectaculaire et efficace. Peut-être le plus grand joueur africain de tous les temps. Alors quelle tristesse de le voir encore une fois échouer dans sa conquête d’un titre continental.

La défaite contre la Zambie est cruelle à bien des égards. Déjà parce que c’est le deuxième échec des Ivoiriens aux tirs aux buts dans une finale qu’ils auraient du mille fois remporter. En 2006, l’arbitrage avait tout fait pour que l’Egypte triomphe chez elle. Cette fois, l’injustice n’est que sportive, mais tout aussi douloureuse. Surtout que Drogba, en ratant un penalty à vingt minutes de la fin, a failli à titre personnel. Certes, il rejoint Michel Platini ou Roberto Baggio dans la légende des grands champions ayant échoué dans cet exercice au pire des moments. Mais je doute que cela le console.

Surtout que Didier Drogba n’est plus tout à fait un fringant jeune homme. A bientôt 34 ans, il n’aura plus beaucoup d’opportunité pour décrocher ce titre qui lui manque cruellement. Mais dans son malheur, demeure une lueur d’espoir puisqu’il la prochaine édition de la Coupe d’Afrique des Nations a lieu… dès l’année prochaine, afin que cette compétition soit en décalage par rapport à la Coupe du Monde ou à l’Euro. Et ses performances sur le terrain ont prouvé qu’il pouvait encore largement contribuer à ce triomphe de la Côte d’Ivoire attendu depuis près d’une décennie.

Enfin, un mot de félicitation à la Zambie de Hervé Renard dont la victoire surprise fait souffler un petit courant d’air frais sur le monde du ballon rond.

TUCKER ET DALE FIGHTENT LE MAL : Quand George Feydeau rencontre Sam Raimi

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tuckeretdalefightentlemalafficheMélanger des genres peut donner des résultats assez inattendus. Parfois pour le pire, mais souvent pour le meilleur. Rien que par son titre, on sent bien que Tucker et Dale Fightent le Mal est une parodie de « slash movie ». C’est un genre qui a le vent en poupe depuis Scream et il est vrai que l’on supporte de moins en moins quand ce genre de film se prend trop au sérieux. Mais ce nouveau mélange d’horreur-comédie brille par une originalité particulière.

Une groupe de jeunes étudiants partent camper au fin fond de l’Amérique profonde, peuplée, on le sait depuis Délivrance, de dégénérés, ayant tendance à se muer en tueurs en série. C’est exactement ce qu’ils pensent de Tucker et Dale, qu’ils croisent à une station service. Or, ces derniers ne sont en fait que deux braves types, tout heureux d’avoir enfin pu acheter une petite maison au bord d’un lac pour pouvoir y passer leurs vacances à pêcher et boire des bières. Mais quand ils sauvent une des étudiantes de la noyade et la mettent au chaud, ses camarades sont persuadés qu’ils vont la tuer, ou même bien pire, et se décident à la sauver.

Tucker et Dale Fightent le Mal est tout simplement un vaudeville. Bon, il n’y a pas d’amant dans le placard, mais on retrouve exactement la même mécanique comique, à base de quiproquos et de mauvaises interprétations dues à de mauvais timings. Un ressort classique au théâtre, un rien ringardisé au cinéma, mais qui retrouve ici une seconde jeunesse. Cela ne ressemble surtout à rien de connu et renouvelle vraiment un genre qui se basait jusqu’à présent toujours un peu sur les mêmes idées.

La première qualité de Tucker et Dale Fightent le Mal est donc d’être très drôle. Un humour très premier degré certes, mais terriblement efficace. Cela ne tombe surtout jamais dans le vulgaire ou l’utra-lourdingue, alors que ce n’était pas gagné au départ. Certes, on retrouve les clichés du genre, comme les étudiantes aux formes généreuses assez peu habillées, mais sans qu’il n’y est pour autant de blagues en dessous de la ceinture. Pas de pipi-caca non plus. Bref, le plus grand mérite de Eli Craig est d’avoir constamment renoncé à la facilité, de s’être tenu à sa très bonne idée de départ, sans perdre son sang froid et sans en faire trop. Il y a donc une vraie maîtrise qui fait de ce film un peu plus qu’une série B.

D’un autre côté, la plus grande limite de Tucker et Dale Fightent le Mal, c’est de n’être que drôle. C’est là la grande différence avec Scream qui fasait rire, mais qui faisait aussi peur. Rien de cela ici. Le film commence comme un film d’horreur classique, mais une fois que l’on a compris que la mécanique était tout autre, il n’essaye plus de reprendre les codes du genre, à part les morts qui s’accumulent et l’hémoglobine qui coule. Ces derniers sont au service de l’humour, pas pour effrayer les âmes sensible. Le scénario se concentre uniquement sur l’idée de départ et l’exploite jusqu’au bout. C’est peut-être tant mieux, mais cela condamne ce film à rester dans le sympathique, sans entrer dans le génial.

tuckeretdalefightentlemalTucker et Dale Fightent le Mal fonctionne à la perfection aussi grâce aux petits à côté. Mine de rien, ce film apporte une petite dose de réflexion sur les préjugés et la confiance en soi. Pas de la philosophie hyper profonde, mais le tout est traité avec assez d’intelligence pour apporter un vrai plus et surtout nous permettre de nous attacher terriblement aux personnages. Cela confirme vraiment la qualité d’écriture d’un scénario dont le titre ne nous le laissait pas présager.

Tucker et Dale Fightent le Mal nous livre un quatuor d’acteurs plutôt sympathiques. Le seul qu’on a déjà eu l’occasion d’apercevoir est Alan Tudyk, dans l’excellent Chevalier notamment. Mais lui, comme ses compagnons ont pour l’instant plutôt joué dans des troisièmes rôles et le plus souvent dans des séries. Mais on peut remercier comme il se doit Tyler Labine, Katrina Bowden et Jesse Moss pour le très bon moment qu’ils nous font passer en leur compagnie.

Tucker et Dale Fightent le Mal est donc un film plutôt surprenant, remarquablement bien écrit pour une comédie premier degré, mais qui fait vraiment rire.

Fiche technique :
Réalisation : Eli Craig
Scénario : Morgan Jurgenson et Eli Craig
Décors : Sean Blackie, Amber Humphries et Thomas Walker
Costumes : Mary Hyde-Kerr
Pays d’origine : Canada
Genre : Horreur, comédie
Durée : 88 minutes
Dates de sortie française : 1er fevrier 2012 (en salles)
Producteur : Thomas Augsberger
Musique : Natasha Duprey et Andrew Kaiser

Casting :
Tyler Labine : Dale
Alan Tudyk : Tucker
Katrina Bowden : Allison (Ally)
Jesse Moss : Chad
Philip Granger : Sheriff
Brandon Jay McLaren : Jason
Christie Laing : Naomi
Chelan Simmons : Chloe
Travis Nelson : Chuck
Alex Arsenault : Todd
Adam Beauchesne : Mitch
Joseph Allan Sutherland : Mike
Karen Reigh : Cheryl
Tye Evans : Le père de Chad