L’AIGLE DE LA 9ème LEGION : Visit Scotland !

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laigledela9emelegionafficheDepuis Gladiator, le péplum a retrouvé une place de choix dans l’univers cinématographique. Mais très souvent cela donne de gros navets aux moyens limités, comme la Dernière Légion. Alors la première fois que j’ai eu l’occasion de voir la bande-annonce de l’Aigle de la 9ème Légion, j’ai vraiment craint d’être devant un film dans la même veine. Je me suis finalement décidé à vérifier mon intuition… qui s’est révélée être erronée.

Suite à la disparition des 5000 hommes de la 9ème légion et la perte de leur emblème, un aigle en or, au Nord de l’Ecosse, l’Empereur Hadrien a décidé d’ériger le mur qui porte son nom pour marquer la frontière de l’Empire et la mettre à l’abri des barbares qui vivent de l’autre côté. Le fils du centurion responsable de ce désastre a décidé de marcher sur les traces de son père et de tenter de restaurer son honneur. Surtout quand il a vent de rumeurs affirmant que l’aigle a été vu au cœur de ces terres hostiles.

L’Aigle de la 9ème Légion propose une version moderne de ce qui faisait le charme des grands films d’aventure d’autre fois. Ces deux hommes en terres inconnues, dont l’un veut restaurer l’honneur de son père, entourés de populations sauvages et hostiles, auraient pu être deux cow-boys cernés par des tribus indiennes il y a quelques décennies. Comme ce genre d’histoires sont désormais considérées comme politiquement incorrectes, on se rabat de nos jours sur les ancêtres des Ecossais. J’ignore si ces derniers apprécieront…

En tout cas, l’Aigle de la 9ème Légion se distingue déjà par un scénario beaucoup plus riche et intelligent que la bande-annonce laissait penser. Rien d’inoubliable, du très classique en fait, mais au moins, on ne s’ennuie pas, car les situations et les péripéties sont variées, à défaut d’être réellement inattendues. La recherche de l’aigle en elle-même n’occupe qu’une partie du film et il se passe bien des choses avant qu’elle ne commence. Si on a un œil sévère, on pourra juger un peu durement une fin aussi improbable que grandiloquente. De mon point de vue, on y retrouve avant tout une certaine naïveté qui faisait le charme d’un cinéma désormais désuet, où le réalisme n’était pas encore la qualité première recherchée.

laigledela9emelegionPar contre, visuellement, l’Aigle de la 9ème Légion ne ressemble en rien aux films qui enchantaient nos mardis soirs du temps béni de la Dernière Séance. Les moyens ont été mis et le réalisme est cette fois de rigueur. Les décors ne semblent pas en carton pâte, les costumes ne semblent pas sortis du pressing et les accessoires du bazar du coin. Si on ajoute à ça des paysages grandioses (Visit Scotland!), des scènes de bataille parfaitement orchestrées, ce film a tout du spectacle cinématographique de grande qualité, à défaut d’être génial.

Les acteurs sont eux-aussi dans cette même veine. Le duo Channing Tatum et Jamie Bell ne restera pas dans les annales des performances dramatiques, mais ils interprètent leur rôle avec assez de conviction et de professionnalisme pour que l’on croit à leur personnage et qu’on s’y attache. On appréciera l’apparition de Kifer Sutherland, toujours aussi rayonnant. Et on poussera un petit cocorico en voyant à l’écran notre Tahar « Un Prophète » Rahim, qui signe une prestation dans la même lignée que le reste de la distribution.

L’Aigle de la 9ème Légion constitue donc un divertissement à l’ancienne, mais réalisé avec les moyens d’aujourd’hui. Il en résulte un spectacle agréable, mais non inoubliable.

Fiche technique :
Titre français : L’Aigle de la Neuvième Légion4
Titre original : The Eagle
Réalisateur : Kevin Macdonald
Scénario : Jeremy Brock3
Musique : Atli Örvarsson, Dave Fleming
Casting : Des Hamilton, Des Hamilton, Jina Jay
Directeur de la photographie : Anthony Dod Mantle
Montage : Justine Wright
Direction artistique : Peter Francis, Neal Callow, Zsuzsa Kismarty-Lechner
Costumes : Michael O’Connor
Superviseurs des effets visuels : John Lockwood, Steve Street
Producteur : Duncan Kenworthy
Co-producteur : Caroline Hewitt
Producteurs exécutifs : Miles Ketley, Charles Moore, Tessa Ross
Production : Focus Features, Film4, Toledo Productions
Langues : anglais, gaélique écossais (pour certains dialogues)
Genre : Péplum
Durée : 114 minutes

Casting :
Channing Tatum : Marcus Aquila
Jamie Bell : Esca
Donald Sutherland : Aquila (oncle de Marcus)
Mark Strong : Guern
Denis O’Hare : Lutorius
Tahar Rahim : le prince phoque
Dakin Matthews : Claudius
Douglas Henshall : Cradoc

VOIR LA MER : Sur la route des vacances et de l’amour à trois

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voirlamerafficheChaque année nous livre son Woody Allen… En France, chaque année nous livre son Patrice Leconte. Mais si les œuvres du cinéaste new-yorkais continuent de faire la une de l’actualité cinématographique, ceux du réalisateur des Bronzés déchaînent de moins en moins les passions médiatiques. Voir la Mer vient tout juste de sortir au cinéma et cela s’est fait dans un relatif anonymat. C’est bien dommage vue la qualité du film, son meilleur depuis bien longtemps.

Nicolas et Clément sont deux frères qui pour les vacances partent en stop jusqu’à St Jean de Luz voir leur mère. Mais cette année, ils font la route avec Clémence que Nicolas vient tout juste de rencontrer. Sa présence provoque dans un premier temps l’hostilité de Clément, avant que ne s’installe un triangle amoureux. Mais c’est sans compter sur Max, son ex, parti à sa recherche.

Voir la Mer est un film léger et original, entre road-movie et comédie romantique. Il n’y a ni leçons à tirer, ni grande intrigue, mais juste une belle histoire que l’on a plaisir à suivre, charmé que l’on est par les personnages. Un film rempli de tendresse, de sourire, de soleil et bien sûr d’amour. Bon, pas sûr que tout le monde serait prêt à vivre cette aventure quelque peu improbable, mais en tout cas on prend beaucoup de plaisir à la suivre.

Voir la Mer est pendant une bonne moitié pleinement réussi. On va de surprises en surprises et les tensions entre personnages donnent de l’épaisseur au tout. C’est à ce moment que l’on tombe amoureux de ces derniers et que l’on rentre totalement dans leur histoire, qui donne envie d’évasion et de vacances. Puis l’équilibre s’installe et alors le film commence quelque peu à tourner en rond. L’intrigue finit en roue libre et se trouve ponctuée de quelques longueurs. Mais bon, le film est globalement largement assez court, tout juste une heure et demi, pour ne pas laisser le temps à l’ennui de gagner le spectateur.

voirlamerPatrice Leconte avait tout juste de quoi faire un long métrage avec ce scénario. Il l’étire donc un tantinet pour qu’il colle avec le minimum syndical pour une distribution en salle (à la fois, le spectateur n’a pas droit à une réduction si le film est particulièrement court). Mais il le fait avec son talent habituel, sa capacité à mettre en valeur ses acteurs et ses personnages, qui forment toujours l’âme de ses films. Du coup, le charme du début ne s’éteint jamais vraiment et l’on ressort de Voir la Mer avec un large sourire et le cœur plus léger.

Voir la Mer est aussi l’occasion d’une vraie révélation, celle de Pauline Lefevre. L’ex-miss météo de Canal+ tient là un premier grand rôle qu’elle assume avec un talent, un charme et une grâce déconcertantes. Elle est le pivot de ce film et son sourire dévastateur est pour beaucoup dans la réussite qu’il représente. Ses deux compères ne sont pas en restent, même si on préfèrera la douceur et la sensibilité de Nicolas Giraud au numéro de grand dur blessé de Clément Sibony. Enfin Gilles Cohen confirme son statut de second rôle de qualité, qu’il occupe de plus en plus souvent dans les productions hexagonales.

Voir la Mer reste très loin des grands films de Patrice Leconte, du temps de Ridicule par exemple. Mais il signe là pour moi son meilleur film depuis dix ans. Un film qui, sans enthousiasmer, apporte assez de fraîcheur et d’originalité pour constituer un très bon moyen de patienter d’ici l’été.

Fiche technique :
Production : Produire à Paris
Distribution : Océan Films
Réalisation : Patrice Leconte
Scénario : Patrice Leconte
Montage : Joëlle Hache
Photo : Jean-Marie Dreujou
Décors : Ivan Maussion
Son : Paul Lainé
Musique : Etienne Perruchon
Maquillage : Claudia Chevailler
Durée : 91 mn

Casting :
Nicolas Giraud : Nicolas
Clément Sibony : Clément
Pauline Lefevre : Prudence
Gilles Cohen : Max

DETECTIVE DEE : LE MYSTERE DE LA FLAMME MYSTERIEUSE : Le tigre était presque parfait

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detectivedeeafficheDepuis Tigre et Dragon, le cinéma chinois a bien compris qu’en épousant quelques codes cinématographiques occidentaux, notamment au niveau du rythme de narration, il pouvait produire des succès mondiaux. L’exotisme et le savoir-faire local font le reste. Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme se situe exactement dans cette optique. Et s’il n’atteint pas les mêmes sommets que son illustre prédécesseur, il nous offre un divertissement fort réussi.

L’Empire du Milieu se prépare à connaître un événement sans précédent : le couronnement d’une femme au titre suprême. Evidemment, tout cela n’est pas du goût de tout le monde. Les complots se multiplient. Quand plusieurs dignitaires meurent de manière mystérieuse, la future impératrice se résout à faire appel à un de ses anciens et plus farouches opposants, qui croupit en prison, le détective Dee, pour résoudre cette affaire.

Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme nous propose un mélange étonnant et détonnant… Mon dieu, quel bon publiciste je ferai ! Un mélange entre film d’arts martiaux dans la pure tradition chinoise, avec ses combats spectaculaires et improbables, et une intrigue policière proche d’un Agatha Christie. Le tout au temps de la Chine impériale du 7ème siècle, apportant ainsi un aspect historique et exotique à l’ensemble.

Commençons par les scènes d’action, principalement des combats, type arts martiaux, avec ou sans armes. C’est sans doute sur cet aspect que l’on mesure vraiment la différence culturelle. Cela n’a rien à voir avec ce genre de scène dans un film d’action occidental. On ne cherche pas ici à faire ressentir la violence, on ne cherche pas le réalisme. Non, si ces scènes sont spectaculaires, c’est par le travail de chorégraphie. Les acteurs dansent plus qu’ils ne se battent. Certes des danseurs capables de faire des bonds de plusieurs mètres de haut, mais cela est secondaire. Encore une foi, le réalisme n’est en en rien un objectif, seul compte la beauté du ballet. Et ceux proposés par Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme sont de tout premier choix.

L’intrigue policière ensuite. Si le contexte est exotique, le déroulement est lui tout ce qu’il y a de plus classique : du mystère, des suspects, des fausses pistes, des rebondissements avant le retournement de situation final. Rien d’hyper original dans le fond, ni de fondamentalement génial en fait. Cela constitue un fil rouge qui maintient l’intérêt du spectateur tout du long, mais sans forcément le captiver. Voilà ce qui manque à Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme pour être véritablement un grand film. Mais n’y voyez pas une réelle critique, juste un léger bémol.

detecivedeeDétective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme s’est donné les moyens techniques pour conquérir le monde. Costumes et décors sont splendides et spectaculaires. Le cinéma chinois nous a souvent offert de grandes fresques, n’hésitant pas à mobiliser des centaines ou milliers de figurants. C’est encore le cas ici, donnant à certaines scènes une réelle grandeur. J’apporterais simplement un nouveau petit bémol concernant certains effets spéciaux, qui font un peu datés. A l’heure où quasiment tous les films hollywoodiens frôlent la perfection à ce niveau-là, on devient quelque peu intransigeant à ce niveau-là. Mais bon, ici, rien de bien méchant et rien qui ne vienne vraiment gâcher le grand plaisir procuré par ce film.

Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme fait donc perdurer une tradition des grandes fresques historiques du cinéma chinois. Certains puristes pourront regretter une certaine occidentalisation sur certains aspects, mais elle rend le film plus accessible à un large public (c’est d’ailleurs le but !). Et si on fait abstraction des débats de fond sur la mondialisation culturelle, on notera simplement que ce film est un excellent divertissement, spectaculaire et exotique.

Fiche technique :
Production : Huayi Brothers
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Tsui Hark
Scénario : Chia-Lu Chang
Montage : Chi Wai Yau
Photo : Chi Ying Chan
Décors : James Choo
Musique : Peter Kam
Durée : 123 mn

Casting :
Andy Lau : Detective Dee
Tony Leung Ka Fai : Shatuo
Bingbing Li : Shangguan Wan er
Carina Lau : Wu Zetian
Chao Deng : Pei Donglai

BON A TIRER : Tel est pris qui croyait prendre

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bonatirerafficheLes frères Farrelly sont les rois de la comédie américaine lourdingue mais drôle, voire très drôle. Mary à Tout Prix, Fous d’Irène ou encore L’Amour Extra-Large figurent à leur filmographie, autant de succès et autant de bonnes tranches de rires pour tous ceux qui ont eu l’occasion de les voir. Il semblerait d’ailleurs que ce genre cinématographique soit particulièrement propice aux collaborations fraternelles, puisque, avant eux, ce sont les frères Zucker (auteurs de la série des Y’a’t-il… ?) qui en étaient les maîtres incontestés. Lorsque j’ai vu pour la première fois la bande-annonce de Bon à Tirer, je me suis dit que, cette fois, ça avait l’air vraiment plus lourd que drôle et que j’allais sûrement m’abstenir. Mais plusieurs critiques élogieuses, dont celle de Télérama, pourtant pas connu pour idolâtrer ce genre de films, m’ont fait changer d’avis.

Rick et Maggie d’un côté, Fred et Grace de l’autre vivent la même crise de couple, entre routine et libido en berne. Excédées par leur maris, qui lorgnent sans arrêt et sans vergogne vers le popotins des belles plantes de près de 20 ans de moins, elles finissent, sur les conseils d’une amie, de leur accorder un bon à tirer, soit une semaine hors mariage, où ils pourront faire tout ce qu’ils leur chantent, à tous les points de vue, sans comptes à rendre à la fin. Les maris sont évidemment enthousiastes à l’idée d’être libérés ainsi de leurs femmes. Et les femmes de leurs maris ?

Bon à Tirer est tout à fait dans la droite lignée des films précédents des frères Farrelly. De l’humour très premier degré et un léger fond de réflexion sur les rapports humains. Ce second aspect est rarement celui que l’on retient en parlant leur filmographie, mais c’est pourtant ce qui fait leur originalité par rapport aux frères Zucker par exemple, ou la série des American Pie, qui sont eux dans le pur comique. Et dans ce film, il prend un intérêt tout particulier. Evidemment, ce n’est pas non plus d’une profondeur exceptionnelle, mais il y a une réelle intelligence dans le propos qui cherche à nous montrer que, finalement, les différences entre les sexes reposent avant tout des rôles que l’on joue et que la société nous pousse à jouer.

Et c’est heureux car Bon à Tirer m’a fait quand même moins rire que Mary à Tout Prix par exemple. Il y a bien quelques passages hilarants, mais que voulez-vous, depuis Very Bad Trip, on est devenu particulièrement exigeants en la matière. Il y a aussi quelques moments un peu scatophiles, ce qui doit être le seul truc dont j’ai du mal à rire… même si là, je ne peux que l’admettre à mon grand effroi, j’ai vraiment ri. Enfin bref, ce film reste tout de même très drôle, mais avec une certaine inconstance. Mais les meilleurs moments font largement oublier les passages un peu plus faibles.

bonatirerBon à Tirer repose largement sur le duo des deux maris. Voir ces quasi quarantenaires persuadés de pouvoir brancher toutes les petites minettes de 20 ans dès que leur femme aura tourné le dos constitue le principal ressort comique de ce film… puisque évidemment, tout ne va pas se passer exactement comme prévu. Il y a quelque chose d’un peu pathétique dans leur démarche, mais les Frères Farrelly réussissent, avec beaucoup d’intelligence, à nous les rendre de plus en plus sympathiques au fur et à mesure de l’envolée de leurs illusions. Ils quittent leur statut de mâles obsédés et basiques pour celui… d’êtres humains, ce qui est déjà pas mal.

Tout cela ne fonctionnerait pas sans un duo Owen Wilson – Jason Sudeikis. Bon, il faut bien reconnaître que le premier écrase un peu de son talent le second, qui connaît là son rôle le plus marquant de sa carrière. Encore une fois, ce n’est pas forcément dans les moments de comédie pure qu’ils se distinguent. C’est la totalité de leur prestation qui tire le Bon à Tirer vers le haut, sans néanmoins l’emmener vers d’inoubliables comédies.

Bon à Tirer est donc une bonne comédie, sans être géniale. Elle ravira tous ceux qui n’ont pas peur de l’humour au ras des pâquerettes, mais pourra séduire au-delà de ce public, grâce à une certaine intelligence dans le propos.

Fiche technique :
Production : Warner Bros Entertainment, Conundrum Entertainment, New Line productions,
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Peter Farrelly, Bobby Farrelly
Scénario : Pete Jones, Kevin Barnett, les Frères Farrelly
Montage : Sam Seig
Photo : Matthew F. Leonetti
Décors : Arlan Jay Vetter
Durée : 105 mn

Casting :
Owen Wilson : Rick
Jason Sudeikis : Fred
Jenna Fisher : Maggie
Christina Applegate : Grace
Nicky Whelan : Leigh
Richard Jenkins : Coakley
Alyssa Milano : Mandy
Stephen Merchant : Gary

MOI, MICHEL G, MILLIARDAIRE, MAITRE DU MONDE : Une comédie aux deux visages

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moimichelgmilliardairemaitredumondeafficheLa comédie sociale est à la mode dans le cinéma français. Il faut dire que la dernière crise économique constituer une inépuisable source d’inspiration. Après, le très moyen Ma Part du Gâteau, voici Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde. Si le film de Klapisch affichait un ton parfois sérieux, le film de Stéphane Kazandijan lui lutte dans la catégorie de la comédie pure. Le résultat est mitigé, mais pas désagréable.

Joseph Klein est un réalisateur de documentaires qui cherchent à dénoncer agissement des grands de ce monde. Un Michael Moore à la française en quelque sorte. Il porte son dévolu sur Michel Gagniant, un homme d’affaire à qui tout sourit. A sa grand surprise, ce dernier finit par accepter d’être suivi et de se dévoiler alors qu’il s’apprête à réaliser le coup de sa vie, en rachetant sa principale société rivale.

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde cherche avant tout à faire rire. C’est donc sur ce paramètre que l’on va juger sa qualité. Pendant une petite moitié, il y réussit parfaitement. Les principaux ressorts du film se mettent en place et fonctionne très bien. On s’amuse de la fausse naïveté du milliardaire, qui cherche à passer pour un homme comme tout le monde, et de l’ironie féroce du journaliste qui ne se laisse par berner et qui fait preuve parfois d’un très mauvais esprit.

Ensuite le film s’essouffle quelque peu. Les ressorts restent les mêmes, du coup, le spectateur finit par se lasser. On rit de moins en moins, faute de se voir servir quelque chose de vraiment nouveau. Plus globalement, Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde tourne en rond et si l’intrigue avance, elle n’est qu’un prétexte à la description des personnages et ne suffit pas à susciter un fort intérêt par elle-même. Les bonnes idées sont surexploitées et finiraient presque par paraître pas si bonnes que ça.

Du coup, le seul espoir de voir Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde basculer du côté des divertissements réussis repose sur un dénouement réussi. Et si Ma Part du Gâteau avait sombré dans une fin ridicule, celle de ce film tire l’ensemble vers le haut. La dernière réplique, que je ne dévoilerai évidemment pas ici, laisse le spectateur sur une très bonne impression. Même si le propos ne se veut pas d’une profondeur exemplaire, finalement, cette seule réplique en dit plus que des heures de longs discours.

moimichelgmilliardairemaitredumondeMoi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde repose essentiellement sur le duo d’acteurs, François-Xavier Demaison et Laurent Laffite. Ils livrent tous deux une prestation correcte, à défaut d’être inoubliable. Leur personnage est à l’image du film : intéressant dans sa découverte, mais qui finit par quelque peu tourner en rond. Du coup, ils sont condamnés aux mêmes mimiques, aux mêmes effets comiques. Ils réussissent néanmoins à rendre leurs personnages assez crédibles et sympathiques pour que l’on prenne plaisir à les suivre tout du long.

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde se distingue par contre par une réalisation plutôt imaginative. Ce n’est pas non plus Kubrick, mais l’habillage visuel, avec l’utilisation de petites séquences d’animation, démontre une volonté de faire preuve d’un minimum de créativité. Cela contribue à faire passer au spectateur un agréable moment, malgré les passages un peu plus faibles qui ponctuent ce film.

Une moitié réussie, une seconde un peu moins, avant un dénouement intelligent, voilà résumé ce qui fait de Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde un sympathique divertissement, pas inoubliable, mais qui se laisse regarder.

Fiche technique :
Réalisateur : Stéphane Kazandjian
Scénario : Stéphane Kazandjian
Photographie : Hugues Poulain
Musique : Arnaud Gauthier
Montage : Vincent Zuffranieri
Son : Laurent Benaïm
Costumes : Nadia Chmilewsky
Producteurs : Caroline Adrian et Antoine Rein
Production : Delante Films
Distribution : Rezo Films
Durée : 87 min.
Pays : France

Casting :
François-Xavier Demaison : Michel Ganiant
Laurent Lafitte : Joseph Klein
Laurence Arné : Déborah Ganiant
Xavier de Guillebon : Philippe Monk
Guy Bedos : Frank-David Boulanger
Patrick Bouchitey : Charles Prévost
Alain Doutey : Jérôme Prévost

LA PROIE : Le film où Albert Dupontel court, court et court encore

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laproieafficheDepuis le Casino Royale avec Daniel Craig, le monde entier sait qu’une poursuite à pied peut-être aussi spectaculaire qu’une poursuite en voiture. Le cinéma français nous en a déjà offerte une particulièrement réussie dans l’excellent Ne le Dis à Personne. La Proie, un polar plutôt musclé, nous en livre quelques autres… Peut-être même quelques unes de trop.

Franck Adrien n’a plus que quelques mois à passer en prison suite à un braquage. Mais lorsqu’il est sans nouvelle de sa femme et sa fille, il décide de s’évader, soupçonnant son ancien compagnon de cellule d’être derrière tout ça. Ce dernier réussit alors à faire accuser Franck de ses propres crimes. Franck va alors le traquer… tout en étant lui même traqué par la brigade des fugitifs.

La Proie se veut un polar spectaculaire « à l’américaine », comme l’on dit. Le problème est qu’il reste la pellicule entre deux chaises. D’un côté, il nous offre des scènes pas vraiment crédibles…. Par exemple, sauter depuis un pont sur le toit d’un train en marche n’est quand même pas à la portée du premier venue. Mais d’un autre côté, il ne va pas assez loin pour que le spectacle vaille vraiment assez le coup et qu’on oublie totalement le manque de réalisme. Quand James Bond saute dans le vide, rentre dans un avion en pleine chute, prend les commandes et redresse l’appareil, ce n’est pas possible « physiquement », mais on s’en moque, c’est du cinéma ! Là, ça ne va pas assez loin pour devenir un pur spectacle… du coup, ce n’est guère enthousiasmant, ni convaincant.

Et puis, la Proie abuse quand même un tantinet des poursuites à pied. Albert Dupontel cours très bien, vous aurez de multiples occasions de vous en apercevoir tout au long de ce film. C’est un tantinet répétitif et donne l’impression d’un sérieux manque de créativité et d’imagination. Alors certes, ces scènes sont parfaitement réalisées, avec punch et rythme. Mais tout ça ressemble à un manque de moyens qui ne s’assume pas.

Enfin, la Proie souffre quand même fortement de la grosseur de certaines ficelles. Il ne faut pas vraiment être devins pour deviner ce qui va se passer par la suite. Par exemple, le plan qui nous montre avec insistance que le père d’une victime, passablement encore marqué par la mort de sa fille et persuadé que Franck est le coupable, possède des armes à feu… Oulala, on se demande bien ce qui va pouvoir se passer… Et bien, ça se passe exactement comme prévu… Bref, le scénario et sa mise en scène manquent parfois franchement de subtilité et on lit dedans comme dans un livre ouvert. Pourtant, il n’est quand même pas superflu de ménager un minimum de suspense dans un polar, ça peut toujours servir.

laproieLa seule vraie satisfaction de ce film s’appelle Albert Dupontel. Mais est-ce vraiment étonnant pour cet acteur qui confirme à chaque sortie son immense talent et surtout sa polyvalence, longtemps ignoré du fait de son statut d’ex-comique. Il tire la Proie vers le haut et apporte assez de crédibilité à son personnage pour le sauver de la noyade. Surtout que son adversaire, remarquablement interprété par Stéphane Debac, fait quand même bien froid dans le dos par son cynisme et son redoutable pouvoir manipulateur. Par contre, Alice Taglioni, si elle reste une des plus belles actrices de l’hexagone, n’est vraiment pas crédible dans un rôle d’inspectrice de police totalement transparent.

Je suis peut-être un peu sévère avec la Proie, film assez rythmé pour que le spectateur ne s’y ennuie pas une seule seconde. Mais les faiblesses sont un peu trop nombreuses et visibles pour qu’on lui pardonne totalement, surtout que ce film se situe dans un genre où les productions ne manquent pas, même si elles nous viennent souvent de l’autre côté de l’Atlantique. Ce film y tire son inspiration, mais est loin de faire aussi bien.

La Proie peut donc se laisser voir, mais dans le même genre, on préférera nettement revoir A Bout Portant.

Fiche technique :
Production : Brio Films, StudioCanal, TF1 Films PRoduction, Cinemage 5, A plus Image 2
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Eric Valette
Scénario : Luc Bossi, Laurent Turner
Montage : Christophe Pinel, Fabrice Rouaud
Photo : Vincent Mathias
Format : 35mm
Décors : Bertrand Seitz
Son : Dider Coudoul, Pascal Villard, Cyril Holtz
Musique : Noko
Durée : 102 mn

Casting :
Albert Dupontel : Franck Adrien
Alice Taglioni : Claire Linné
Sergi Lopez : Manuel Carrega
Stéphane Debac : Jean-Luois Maurel
Natacha Régnier : Christine
Caterina Murino : Anna
Zinedine Soualem : Lucciani
Serge Hazanavicius : Lafay

SOURCE CODE : Ou comment laisser le spectateur sur sa faim

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sourcecodeaficheUne très bonne idée de base, ou pitch pour les anglophiles, peut conduire à réaliser d’excellents films, même avec peu de moyens. Mais ce n’est évidemment pas suffisant car il faut également savoir la développer, l’enjoliver, pour au final la sublimer. Source Code ne manquait pourtant pas de moyens pour y arriver. Mais il se contente de trop peu pour être véritablement intéressant.

Colter Stevens se réveille un jour en sursaut dans un train en direction de Chicago, dans lequel il n’a aucun souvenir d’être monté. Il va surtout vite s’apercevoir qu’il occupe le corps d’un autre. 8 minutes plus tard, le train explose et il se retrouve dans un endroit étrange où on finit par lui expliquer sa mission. Il doit revivre encore et encore ces 8 minutes pour découvrir l’auteur de l’attentat et l’empêcher de remettre ça sous peu. Une course contre la montre commence, où Colter va surtout chercher à modifier le présent et sauver les passagers, tandis qu’on lui explique qu’il est trop tard et qu’il est impossible de modifier la réalité.

Source Code se base sur un thème classique de la science-fiction, celui des voyages dans le passé et leur impact paradoxal éventuel sur le présent. En le mélangeant avec une intrigue policière, cela aurait pu, aurait du, aboutir un film réellement original, et surtout passionnant. Malheureusement, le scénario semble ne pas trop savoir quoi faire se sa bonne idée et rien ne vient l’enrichir. Ni vrai sens du suspense, ni fausses pistes, ni réels rebondissements. Bref, si les premières minutes offrent aux spectateurs de réelles promesses, la suite ne permet pas du tout au film de les tenir.

Et c’est vraiment en cela que Source Code constitue une réelle déception. Car, objectivement, le film n’est pas si mal foutu que ça. Des moyens, du rythme, des acteurs plutôt bons, font que l’on ne s’ennuie jamais vraiment, surtout que le film est court. Au moins n’est-il pas rempli de vide. J’aurais même envie de dire qu’au contraire, on aurait aimé que tout soit développé un peu plus longuement. Mais bon, on est quand même face à un divertissement qui se laisse regarder et pendant lequel, tout du long, on se demande bien comment tout cela va finir.

N’empêche qu’au final, la déception domine, surtout que le dénouement est d’une platitude désespérante. Sans se dire qu’on a passé un mauvais moment, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu, sans grandes difficultés, être bien meilleur. J’ai peut-être là le regard d’un spectateur exigeant, mais l’idée de départ est objectivement terriblement sous-exploitée.

sourcecodeEn tout cas, on ne pourra pas blâmer les acteurs. Jake Gyllenhall s’affirme de films en films comme une valeur très sûre d’Hollywood. Certes, on attend de lui un nouveau grand rôle après Le Secret de Brokeback Mountain, mais il est incontestable qu’il tire tous les films où il apparaît vers le haut, que ce soit du gros film d’action, comme Prince of Persia, ou de la comédie romantique américaine, comme Love, et Autres Drogues. A ses côtés, un très charmant duo composé de Michelle Monaghan et Vera Farmiga. On ne sait pas très bien laquelle on aimerait le plus emmener faire un tour, mais en tout cas, on n’osera les départager d’un point de vue purement cinématographique, tant les deux s’acquittent de leur rôle avec talent.

Au final, Source Code est un film mineur… dont on a envie qu’Hollywood fasse au plus vite un remake pour enfin exploiter pleinement la très bonne idée de départ.

Fiche technique :
Production : Vendôme Pictures, the Mark Golden Compagny
Distribution : SND distribution
Réalisation : Ducan Jones
Scénario : Ben Ripley
Montage : Paul Rish
Photo : Don Brugess
Format : 35mm
Décors : Barry Chusid
Musique : Chris Bacon
Effets spéciaux : Louis Morin
Durée : 93 mn

Casting :
Jake Gyllenhaal : Colter Stevens
Michelle Monaghan : Christina Warren
Vera Farmiga : Collen Goodwin
Jeffrey Wright : le docteur Rutledge
Michael Arden : Derek Frost

RABBIT HOLE : Juste émotion

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rabbitholeaffichePerdre un enfant est sans doute l’épreuve la plus douloureuse que l’on puisse connaître ici-bas, une douleur que nul ne peut imaginer sans l’avoir vécu. En faire le thème central d’un film est donc extrêmement périlleux, surtout si l’on veut dire autre chose qu’une simple description de la souffrance et du deuil. Mais le moins que l’on puisse dire est que Rabbit Hole y parvient avec un brio, teinté de beaucoup d’émotion.

Huit mois après la perte de leur fils, Becca et Howie forment un couple qui a du mal à se reconstruire. Il reste présent à chaque moment de leur vie et ils se retrouvent déchirés entre l’envie de tourner la page et celle de se replonger inlassablement dans les mêmes souvenirs. Une épreuve qui les sépare chaque jour un peu plus, malgré leurs efforts pour l’affronter ensemble.

A la lecture de ce synopsis, on pourrait facilement imaginer que Rabbit Hole est un film sinistre et déprimant. Bien sûr, il ne va pas vous tordre de rire du début à la fin, même s’il est loin d’être dénué d’humour. Mais il ne va pas non plus vous plonger dans les tréfonds de la tristesse et de la souffrance. Le film ne parle pas de cela, mais de la manière dont les deux personnages principaux tentent de surmonter cela. Et s’il ne se termine pas par un happy-end béat, il est tout de même parcouru par un certain optimisme.

Le plus remarquable dans Rabbit Hole est justement son équilibre et sa justesse. Entre tristesse et tendresse, entre douleur et espoir, entre deuil et volonté d’avancer, entre oubli et acceptation… tout cela est merveilleusement bien traité pour ne jamais plomber l’ambiance inutilement et surtout nous couper de personnages qui auraient pu être trop tournés vers leur chagrin pour être réellement attachants. Ce film dégage une grande émotion par sa subtilité, sa retenue et au final sa simplicité.

Rabbit Hole n’est donc pas un film sur des gens tristes, mais sur des gens qui se battent. Pas de grande leçon de morale sur la vie qui continue malgré tout ou sur la nécessité d’aller de l’avant. Mais une vraie conclusion sur laquelle je ne dirai rien, si ce n’est qu’elle est au fond la seule vraiment possible. Elle achève brillamment un scénario jamais contemplatif, qui, au contraire, nous permet de suivre un processus qui constitue un fil narratif assez épais pour que jamais l’intérêt du spectateur ne faiblisse.

rabbitholeParadoxalement, cette justesse pudique constitue la grande force, mais aussi la principale limite de Rabbit Hole. Si on s’attache aux personnages, il est difficile de partager leur peine, de s’identifier à eux, à moins d’avoir soi-même connu un drame similaire. En ne nous faisant pas partager le drame, en refusant tout voyeurisme, le film crée malgré tout une distance qui nous empêche de rentrer totalement dans cette histoire remarquablement touchante, mais pas bouleversante. Il s’agit là d’un choix, qui se comprend très bien. Et chercher à dépasser ces limites aurait conduit à un autre film, pas forcément plus réussi.

Le tout est merveilleusement interprété par deux grands acteurs. On ne présente plus Nicole Kidman qui tient un rôle peut-être moins glamour que d’habitude. Mais un tel talent de comédienne lui permet de se sentir aussi à l’aise et surtout crédible dans la peau d’une madame « tout le monde »… Enfin une très belle madame tout le monde…. A ses côtés, l’excellent Aaron Eckhart qui tient là un de ses rôles les plus intéressants, lui qui souvent se contente, avec brio certes, de seconds rôles.

Rabbit Hole est un film touchant mais jamais sinistre, non dénué optimisme, d’humour et d’espoir. En tout cas, il s’agit d’une belle réussite qui appréhende parfaitement un sujet particulièrement difficile.

Fiche technique :
Production : Olympus pictures, Blossom films, Oddlot entertainment
Distribution : Haut et Court
Réalisation : John Cameron Mitchell
Scénario : David Lindsay-Abaire, d’après sa propre pièce
Montage : Joe Klotz
Photo : Frank G. DeMarco
Décors : Kalina Ivanov
Musique : Anton Sanko
Costumes : Ann Roth
Durée : 92 mn

Casting :
Nicole Kidman : Becca
Aaron Eckhart : Howie
Dianne Wiest : Nat
Tammy Blanchard : Izzy
Miles Teller : Jason
Giancarlo Esposito : Auggie
Sandra Oh : Gabby

FAUX PROBLEMES, MAUVAISES SOLUTIONS ET GROSSE BETISE

laurentblanc

laurentblancDécidément, le football français et ses instances aiment faire la une des médias pour des raisons totalement étrangères aux résultats sportifs. On pensait avoir connu le pire, mais le pire n’est jamais sûr. La FFF touche le fond mais creuse encore…

Cette polémique autour des propos tenus lors d’une réunion de travail sur l’instauration de quotas pour le recrutement des apprentis footballers prend une dimension médiatique absolument délirante. Bien sûr, le sujet est relativement grave, mais le traitement qui en est fait frise le n’importe quoi et élude totalement les vraies questions qui sont posées. Entre les vierges effarouchées et les inquisiteurs du dimanche, Laurent Blanc et ses collègues doivent vraiment se demander ce qu’ils arrivent, victime d’une tempête disproportionnée… et de leur propre bêtise.

Les discussions lors de cette fameuse réunion a porté sur deux sujets bien distincts. Tout d’abord, le problème des bi-nationaux qui finissent, après avoir fréquenté les différentes sélections françaises chez les jeunes, par choisir de jouer pour le pays d’origine de leurs parents. Effectivement, cela pourrait constituer en soi un problème. Sauf qu’il s’agit là d’un faux problème auquel on a tenté d’apporter une très mauvais réponse.

Tout ceci ne devrait soucier personne dans la mesure où cela est pratiquement sans conséquence pour l’Equipe de France. Si des joueurs choisissent de rejoindre une autre sélection, c’est dans quasiment tous les cas parce qu’ils savent bien qu’ils n’ont pas le niveau pour jouer sous le maillot bleu. Sur ces dix dernières années, les seuls joueurs dans ce cas-là qui auraient été susceptibles de le porter s’appellent Frédéric Kanoute et Moussa Sow… En dehors de ces deux-là, je ne vois qui on pourrait citer d’autre. Et si encore, les sélections qui profitaient de cet apport de joueurs formés par la FFF figuraient parmi nos plus dangereux rivaux. Bien sûr il y a eu la défaite contre le Sénégal en 2002, mais ce n’est pas non plus l’Allemagne, le Brésil ou l’Italie qui profitent de cette situation.

La France devrait donc au contraire être fière de voir tant des joueurs qu’elle forme revêtir un maillot national. Les conséquences restent minimes tant que les Adil Rami, Mamadou Sakho ou Yann M’Vila jouent bien sous le maillot bleu. En ce sens, Laurent Blanc mène un combat inutile, compréhensible d’un côté, mais qui prête trop à confusion pour y consacrer la moindre énergie. Mais dans ce domaine, il est vraiment détestable de voir ses propos largement déformés et les passages de son intervention où il insiste sur le fait qu’il se moque complètement du fait que l’Equipe de France puisse être composés essentiellement de joueurs de couleur aussi peu relayés dans une presse, qui se rue par contre sans scrupule sur des citations beaucoup plus tendancieuses.

Le deuxième sujet est lui un vrai sujet. A-t-on, ces dernières années, privilégié à l’excès les qualités physiques des jeunes joueurs que l’on a formés ? Les succès récents de l’Espagne et de Barcelone ont rappelé au monde entier quel merveilleux football on pouvait pratiquer avec des joueurs mesurant moins d’1m80 sous la toise. Voilà, un débat technique qui n’aurait du intéresser que les mordus de football. Cependant, a surgi au milieu de la conversation, l’image d’Epinal du grand black costaud…

Associer des qualités physiques à un couleur de peau est très vite taxé de racisme. C’est loin d’être faux dans bien des cas, car ce genre de propos sert souvent des discours aux relents nauséabonds. Mais si on en reste à un discours scientifique et rigoureux, qui maîtrise la notion de variations au sein d’une population, il ne s’agit que de faits que l’on ne peut nier. Dire que les Norvégiens sont blonds est une affirmation fausse en soi, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on dit la majorité des Norvégiens sont blonds. Mais dans ce cas, cela ne choquera personne et personne ne vous taxera de racisme anti-Norvégien. Par contre, dire que les noirs courent vite, affirmation tout autant rigoureusement inexacte, vous exposera aux pires accusations.

Le raccourci qui apparaît dans les échanges rapportés par le site Médiapart tiennent de l’approximation regrettable et de la simplification à outrance. Laurent Blanc et d’autres présents à cette réunion devraient repenser à Yvon Le Roux, défenseur central de l’Equipe de France des années 80, et surnommé l’armoire bretonne. Le parallèle entre la couleur de peau et le physique privilégié par les recruteurs étaient donc totalement superflu, n’a rien apporté de plus au fond du problème et n’a fait que créer une polémique aux proportions incroyables. Il n’empêche que si on est très heureux de voir un Sakho ou un M’Vila en Equipe de France, on aimerait aussi que les futurs Gameiro ou Nasri soient un peu plus nombreux.

La perte de qualité technique des joueurs formés ces dernières années en France est indéniable. Cela provient sans doute de la formation qu’ils sont reçus, mais quand Lilian Thuram, que l’on a connu nettement plus inspiré, prétend que cela en est la seule cause, il dit une connerie aussi grosse que son talent. Les centres de formation, qu’ils soient fédéraux ou liés aux clubs, recrutent bien des jeunes selon certains critères et il est évident que ces derniers jouent un rôle dans le type de joueur qui est susceptible d’en sortir quelques années plus tard. Avoir une réflexion sur la nature de ces critères est une démarche nécessaire et salutaire.

Mais il est sûr que la couleur de peau ne doit pas en faire partie…

UN MONDE PLUS SUR… DE RIEN

benladen

benladenJe ne sais pas pour vous, mais de mon côté, je ne me sens pas spécialement plus en sécurité en me levant le matin depuis la mort de Ben Laden. Bon déjà peut-être parce que je ne me sens pas vraiment en danger à la base. Bon passons, ce n’est pas ici le sujet.

L’élimination de l’ennemi mondial numéro 1 ne change pas grand chose aux tensions qui peuvent habiter notre monde et qui se manifestent malheureusement trop souvent par des flambées de violence. Le terrorisme se développe sur un terreau de pauvreté et frustration que la disparition d’un homme ne saurait éliminer. Bien sûr pour pousser des hommes à donner leur vie pour semer la mort, il faut aussi à leur tête de purs manipulateurs froids et qui n’ont aucun respect pour la vie humaine. Il faut aussi des figures inspiratrices, le plus souvent à la dimension mystique prononcée. Dieu est évidemment la meilleure d’entre elles. Les martyrs sont également de bons candidats.

Ben Laden était une icône, un personnage à la dimension mystérieuse et légendaire, objet de tous les fantasmes, de toutes les haines, mais aussi quelque fois de la plus grande et fervente admiration. L’homme en lui-même n’avait pas tant d’importance que ça. Ses décisions, ses actes, ses idées ont naturellement joué un rôle, mais d’autres auraient pu et continueront à faire de même. Le Maroc vient d’en faire la tragique expérience. Par contre, son aura et son impact sur l’imaginaire lui n’est pas près de trouver un équivalent. Et ses qualités ne sont pas mortes avec lui. Bien au contraire.

Les scènes de joie sur Time Square étaient donc doublement indécentes. Célébrer la mort d’un homme, quel qu’il soit, est déjà en soi choquant, surtout quand on prétend célébrer ainsi la victoire de la civilisation sur l’obscurantisme. Mais c’est surtout, oublier de quoi se nourrit le terrorisme. Justice ne sera vraiment rendu que le jour où l’existence même d’un Ben Laden deviendra inimaginable dans notre monde. Ce jour ne viendra sans doute jamais. Cela révèle justement l’immensité de la tâche qui attendent les Nations qui entendent lutter contre la violence et la haine. Une tâche tellement immense que la mort d’un homme ne peut y jouer qu’un rôle sinistrement anecdotique.