
Jamais une seule seconde, nous nous sommes interrogés de savoir si cela signifiait que le RPR ou le PS, c’était la même chose. Nous savions simplement qu’entre les valeurs démocratiques et le racisme, il n’y avait aucune hésitation à avoir. Cela ne prêtait ni à débat, ni à discussion, ni à controverse. Les adversaires d’un jour peuvent se retrouver alliés de circonstances quand les circonstances l’exigent. Etre adversaires ne signifient ni se haïr, ni se manquer de respect. Faire de la politique, c’est savoir agir de manière responsable et courageuse, et non de manière mesquine et calculatrice. Je suis le premier à revendiquer un certain droit à la mauvaise foi dans le débat d’idées et à reconnaître l’aspect théâtral de l’arène politique. Mais il est des temps où le jeu doit cesser pour faire place à l’action et à des décisions sans ambigüité pour faire barrage à ce qui menace les fondements même de notre société.
Tout était donc clair pour moi et si le 5 mai 2002 fut un jour douloureux, je n’avais jamais imaginé me dire que j’aurais pu faire autrement. Puis, j’ai entendu Jean-François Copé ce dimanche soir. Et d’un coup, j’en suis presque venu à douter du bien fait de mon attitude d’il y a 9 ans. Je sais bien que la mémoire est courte en politique et qu’il ne faut pas s’attendre à des renvois d’ascenseur, mais un tel mépris, une telle injure à l’histoire ne me semblait pas imaginable dans la bouche de celui qui reste, pour au moins un an, le chef de file du parti majoritaire en France.
Evidemment, tout cela est à replacer dans son contexte et l’attitude du peuple de gauche en 2002 est évidemment le seul qui reste justifiable. Une attitude qui reste une ligne de conduite intangible vu l’appel, dès dimanche soir, du PS, du PC et des Verts pour appeler à voter UMP en cas de duel entre un de leur candidat et un candidat du FN. C’est dans ces moments là que je me dis qu’ils ne sont pas près de me voir de l’autre bord.
On peut d’ailleurs déplorer avec force le silence plus que regrettable de Jacques Chirac dans cette affaire. On peut comprendre qu’après le report de son procès, il tente de se faire discret, mais une intervention de sa part aurait eu un poids considérable vues les circonstances. Décidemment, sa carrière politique l’aura toujours laissé à la porte de la grandeur.
Mais le plus grand enseignement que l’on peut tirer de cette attitude ignoble et inqualifiable est que l’UMP est définitivement aux abois. Il a renoncé à chasser les voix au centre et encore moins à gauche. Il concentre sa stratégie uniquement vers l’électorat frontiste. Il s’agit évidemment d’une stratégie perdante car les élections nationales se gagnent au centre. Nicolas Sarkozy avait su ménager ses deux flancs et c’est ce qui l’avait conduit à la victoire en 2007. Mais là, c’est à droite toute et il semble s’éloigner de plus en plus du chemin de sa réélection.
Notre Président a encore le temps de redresser la barre d’ici 2012, même si cela devient chaque jour un peu plus improbable. Mais son attitude et celle de son parti coupent encore et toujours un peu plus profondément le pays en deux blocs. Et ce qui est sûr, c’est qu’ils ne sont pas sur celui de la dignité.

Et si Fighter a donc un minimum de fond, il brille encore plus sur la forme. Le film s’ouvre sur le visage de Christian Bale, les yeux hallucinés, considérablement amaigri pour le rôle. Des ces premières secondes vous sentez que vous aurez affaire à un vrai moment de cinéma. Un acteur ne se transforme pas ainsi pour un rôle médiocre. Son Oscar du second rôle est amplement mérité et on attendait pas forcément cet acteur talentueux et solide à un pareil niveau de composition. Sa performance est un aspirateur à superlatifs de incroyable à hallucinant, en passant par énorme et inoubliable. 

Je lui reconnais cependant une grande maîtrise et un vrai talent dans la direction d’acteurs. Jamais son film ne part en sucette, ce qui arrive trop souvent dans les comédies. L’intrigue avance toujours et ne se voit jamais ralenti par des numéros de cabotinage lourdingue. Pour cela peut constituer un divertissement agréable lors d’une soirée pluvieuse passée devant la télé. Mais pour le grand écran, c’est un peu juste. 

Brothers constitue surtout son plus beau rôle pour un acteur qu’on attendait pas à ce niveau. Tobey Maguire absolument époustouflant. J’ai beau être fan des Spiderman de Sam Raimi, je dois bien avouer que l’interprète de l’homme araignée n’y avait pas offert des numéros d’acteur bouleversants. Pourtant c’est bien le cas ici, où il signe une performance tout en subtilité et en maîtrise, dans un rôle pourtant assez dur. A ses côtés, Jake Gyllenhaal est lui aussi remarquable, même si son rôle est nettement plus abordable. De plus, on connaît depuis longtemps son talent tout terrain qui s’exprime aussi bien dans un film intimiste que dans une grosse production hollywoodienne. Enfin, Natalie Porman donnait ici les prémisses d’un talent réellement révélé par The Black Swan. 

Winter’s Bone est une histoire de femmes. Debra Granik signe là un second long-métrage (le premier distribué en France) réellement remarquable et surtout superbement réalisé. Une nomination aux Oscars amplement méritée pour un film qui souffre simplement d’un léger manque de rythme dans la première demi-heure. On atteint jamais un rythme effréné, car sa caméra s’attache toujours à nous montrer avec précision l’environnement dans lequel le film se déroule. Mais il y a une vraie élégance dans la photographie et comme tout film noir, l’ambiance générale l’emporte largement sur l’action. 


Reste alors les sentiments amoureux entre les trois personnages. Ils forment réellement le corps de Never Let Me Go. Mais comme souvent dans ce cas-là, de notre attachement aux protagonistes dépend notre attachement au film tout entier. Si on n’aime pas Kathy, Tommy et Ruth, on n’aimera pas leur histoire. Et là encore, Mark Romanek a choisi la retenue. Leur histoire est au fond ordinaire, pour ne pas dire médiocre et mesquine, quand on pourrait s’attendre à une histoire passionnée et romanesque au vu des circonstances exceptionnelles. Il n’en est rien, mais cela ne rend pas moins attristant de les voir marcher ainsi vers une mort certaine. Au contraire, cela rend d’autant plus monstrueux l’indifférence à leur égard, alors qu’on peut si facilement se sentir proche d’eux.
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