L’année ne commence vraiment jamais tout à fait sans son premier grand film. Certes, j’ai lancé mes premiers bravos pour 3 Billboards, mais sans aller jusqu’à noter le film assez haut pour qu’il puisse figurer dans mon top de l’année. Ce sera bien le cas de Jusqu’à la Garde. Un film d’une force incroyable qui vous clouera à votre fauteuil. Rarement un film n’aura abordé un sujet aussi grave et aussi ancré dans le réel en produisant un tel effet sur le spectateur, sans que cela ne soit jamais gratuit.
L’angoisse est un sentiment plutôt associé aux films d’horreur. Aux sorcières dans le placard ou des fantômes griffus hantant les cauchemars des adolescents. Beaucoup plus près de nous, les cauchemars de certains sont peuplés d’inquiétudes nettement moins fantasmagoriques. Jusqu’à la Garde vous fera partager cette peur qui peut vous saisir sans avoir besoin pour cela de monstre ou de revenant. Il nous propose un récit brut, qui s’adresse avant tout au ressenti. Chacun en tirera une morale ou une conclusion, mais il aura de toute façon beaucoup de matière pour cela.
Xavier Legrand nous livre une leçon magistrale de cinéma pour son premier long métrage. Jusqu’à la Garde est un film totalement maîtrisé, où chaque plan, chaque élément à l’écran (et dans les enceintes) est pensé pour contribuer à créer cette ambiance qui deviendra de plus en plus pesante. Le travail sonore est entre autre totalement bluffant. Tout cela est au service d’une narration qui donne une parfaite idée du crescendo. Enfin, la distribution est remarquable et le couple Denis Menochet et Léa Drucker est étincelant dans deux rôles réellement exigeants. Grâce à eux, on ressort de ce film profondément secoué par un « spectacle » d’une intensité sidérante.
LA NOTE : 15,5/20
Fiche technique : Production : K.G. Productions, France 3 Cinémas Distribution : Haut et Court Réalisation : Xavier Legrand Scénario : Xavier Legrand Montage : Yorgos Lamprinos Photo : Nathalie Durand Décors : Jérémie Sfez Durée : 93 min
Cela tient désormais du lieu commun pour qui parcourt régulièrement mes critiques, mais la boxe représente pour moi le sport le plus (le seul ?) cinégénique. Pourtant dieu sait si je déteste le noble art en dehors du grand écran. Et ce lieu commun va encore se renforcer avec Sparring. Un film qui parle infiniment plus de boxeurs que de boxe, mais qui nous amène tout de même au bord du ring. Et force est de constater que cela reste un endroit particulièrement bien choisi pour poser sa caméra.
Sparring propose une nouvelle version du personnage éternel du combattant un peu trop vieux et usé pour les combats qu’il mène. Un personnage attachant autant que pathétique, mais dont le destin n’est pas écrit d’avance. La fin sera-t-elle noire ou optimiste ? Je ne répondrai évidemment pas à la question mais c’est bien elle qui maintient l’intérêt du spectateur tout du long. Les personnages qui peuplent ce film ne sont pas les plus inoubliables qui soient, mais tiennent assez la route pour nous faire pleinement apprécier ce scénario tout de même bien construit.
La réalisation de Samuel Jouy, dont c’est le premier passage de ce côté de la caméra pour un long métrage, est vraiment convaincante, aussi bien dans les moments intimistes que les quelques scènes de combat. Un vrai sens de l’image et de la narration qui font de Sparring un premier film remarqué. Ce dernier doit aussi beaucoup à Matthieu Kassowitz, dans un rôle sur mesure, lui qui s’est essayé à la boxe amateur à 47 ans. On sent bien qu’il met un peu de lui même dans son interprétation, ce qui offre à son personnage un supplément d’âme et d’épaisseur qui finisse d’emporter l’adhésion du spectateur. Au final, ce film n’est peut-être pas un championnat du monde, mais au moins un combat de très haut niveau.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Samuel Jouy Scénario : Samuel Jouy, Clément Roussier et Jérémie Guez Photographie : Romain Carcanade Montage : Tina Baz et Ronan Tronchot Décors : Frédérique Doublet et Frédéric Grandclere Costumes : Alice Cambournac Producteur : Bruno Nahon Production : Unité de Production Distribution : EuropaCorp Distribution Durée : 95 minutes
Casting : Mathieu Kassovitz : Steve Landry Olivia Merilahti : Marion Landry Souleymane M’Baye : Tarek M’Bareck Billie Blain : Aurore Landry Lyes Salem : Omar David Saracino : David Yves Afonso : Pierrot Alban Lenoir : l’adversaire de Tarek M’Bareck
Les anecdotes en disent parfois plus long que les grands discours théoriques. Des sujets particulièrement obscurs et complexes peuvent devenir nettement plus clairs grâce à un fait qui, dans un premier temps, vous semble anodin. L’Insulte en est une magistrale démonstration. Une histoire dont le point de départ peut sembler insignifiant mais qui nous offre au final toutes les clés pour mieux saisir les tenants et les aboutissants des tensions qui parcourent la société libanaise. Une leçon de géopolitique donc, mais à travers une histoire profondément humaine particulièrement prenante.
Vous l’aurez compris le fond de l’Insulte présente un intérêt profond. Mais la forme le rend particulièrement passionnant. Une bonne partie du film revient à un film de procès qui n’a rien à envier aux modèles du genre hollywoodiens. On assiste avec une attention toute particulière à l’enchaînement des événements qui permet de passer de l’acte banal à l’affaire d’état, par une mécanique qui va vite dépasser les protagonistes. La narration est réellement remarquable avec son lot de surprises de rebondissements, qui surviennent à un rythme soutenu.
L’Insulte est aussi un film portrait. Le portrait de deux hommes que le poids de l’histoire sépare. Le tout est porté par un formidable duo d’acteurs. Adel Karam et Kamel El Basha donnent une grande humanité à leurs personnages et contribuent largement à la grande qualité de ce film. Ziad Doueiri peut réellement être fier de son travail, car sa réalisation donne vie de manière éclatante à ce scénario qu’il a lui même coécrit. Cette œuvre est donc largement la sienne et elle représente un film réellement marquant de ce début d’année cinématographique.
Adapter un roman au cinéma, cela revient un peu à transformer un carré en cercle ou un cercle en carré, comme vous préférez. Il s’agit bien de changer d’objet, avec son lot de renoncements, de sacrifices et de choix douloureux. Il faut faire le deuil du livre pour donner naissance à un film marchant sur ses deux pellicules. Emmanuel Finkiel n’a pas su faire les choix qui s’imposaient pour s’éloigner du texte originale de Marguerite de Duras pour faire de la Douleur un œuvre appartenant pleinement au 7ème art.
Sur les un peu plus de deux heures que dure le film, Mélanie Thierry en passe une partie significative à lire de longs passages du roman en voix-off. Du coup, la Douleur ressemble presque autant à un livre audio illustré qu’à un véritable long métrage. Cela plonge le spectateur dans un profond ennui, pour ne pas dire un ennui profond. Cela dilue tout début de tension narrative et prive le récit de toute intensité. Le film se transforme donc en fresque contemplative et faussement intimiste.
La grâce de Mélanie Thierry ne suffit pas à sauver la Douleur. Elle tente de donner de l’épaisseur à son personnage, mais condamné à de longues séquences sans dialogue, elle erre à l’écran un peu perdue, reléguée au rang de potiche. Ses compagnons à l’écran, aussi bien Benoît Magimel que Benjamin Biolay, surjouent quelque peu et on a bien du mal à croire à leurs personnages respectifs. Leur jeu est en fait aussi bancal que cette adaptation qui ne s’assume pas et sert ni la littérature, ni le cinéma.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : Les films du poisson, Cinéfrance, KNM Home Entertainment Distribution : Les films du losange Réalisation : Emmanuel Finkiel Scénario : Emmanuel Finkiel, d’après le roman de Marguerite Duras Montage : Sylvie Lager, David Vranken Photo : Alexis Kavyrchine Décors : Pascal le Guellec Durée : 126 min
Casting : Mélanie Thierry : Marguerite Duras Benoît Magimel : Pierre Rabier Benjamin Biolay : Dionys Shulamit Adar : Madame Katz Emmanuel Bourdieu : Robert Grégoire Leprince-Ringuet : Morland
Au-delà des polémiques concernant Woody Allen, son nouveau film constitue un rendez-vous annuel incontournable pour tous les cinéphiles éclairés. Avec un film par an, le réalisateur new-yorkais ne peut évidemment pas nous proposer à chaque fois un chef d’œuvre. Wonder Wheel restera comme une oeuvre mineure de sa filmographie. Seul l’avenir nous dira s’il s’agit de son dernier film ou non. Si c’était le cas, il aurait alors quelque peu raté sa sortie.
Sur la forme, Wonder Wheel est un Woody Allen tout ce qu’il y a de plus classique. Les dialogues occupent une place extrêmement importante. Mais ce qui fait le charme de son oeuvre alourdit ici terriblement le film. Le scénario aurait gagné à être traité de manière moins bavarde. L’histoire avance du coup au ralenti et on décroche parfois un peu. Mais quand on se concentre à nouveau sur l’intrigue, on reprend le fil sans aucune difficulté. Bref on flirte souvent avec l’ennui, un peu trop en tout cas pour s’enthousiasmer pour ce film.
Du coup, les comédiens, aussi brillamment dirigés soient-ils, ont bien du mal à faire vivre leurs personnages respectifs et à leur donner une réelle crédibilité. La dhiarrée verbale permanente n’a rien de naturel. Dommage car, comme pour chaque Woody Allen, le casting vaut le détour. Au final, on retiendra avant tout de Wonder Wheel une délicieuse bande-originale qui, comme d’habitude, est composée de jazz essentiellement. Ce n’est pas rien, mais certainement pas assez pour un réalisateur qui nous a habitué à tellement mieux.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : Amazon Studios, Gravier Productions Distribution : Mars Films Réalisation : Woody Allen Scénario : Woody Allen Montage : Alisa Lepselter Photo : Vittorio Storaro Décors : Santo Loquasto Durée : 101 min
Casting : Kate Winslet : Ginny James Belushi : Humpty Juno Temple : Carolina Justin Timberlake : Mickey Max Casella : Ryan Jack Gore : Richie
La famille au cinéma, c’est un peu comme une boîte de chocolat. On ne sait jamais vraiment sur quoi on peut tomber. Sur le pire, version Festen, au meilleur, version Little Miss Sunshine. Gaspard Va au Mariage est plutôt à ranger dans le deuxième groupe, nous faisant découvrir une famille frappée d’une folie douce savoureuse. Et quoi de plus agréable de tomber sur un des meilleurs chocolats de la boîte (celui au cœur de praliné pour moi), soulagé d’avoir évité celui fourré par un alcool infâme ?
J’ai été voir Gaspard Va au Mariage sans en savoir grand chose, si ce n’est le bon retour des critiques. Il a constitué au final une vraie bonne surprise. Un film drôle, touchant et doté d’une belle profondeur. Une leçon de vie servie tout en subtilité, sans aucune lourdeur, sans même en avoir l’air. Il livre une très belle conclusion qui donne à réfléchir et qui mériterait presque de devenir proverbiale. Les personnages sont d’une réelle originalité et tous assez attachants pour que l’on ait une folle envie d’y croire, malgré leur côté quelque peu improbable.
Antony Cordier nous livre une leçon de direction d’acteurs. Il tire vraiment tout son casting vers le haut, chacun donnant une épaisseur et un charme supplémentaires à leur personnage. Or c’est avant tout sur eux que repose Gaspard Va au Mariage. Ils jouent donc un rôle central dans la réussite de ce film, même s’il faut souligner l’élégance d’une réalisation qui met parfaitement en lumière leur performance. Très honnêtement, je n’aimerais pas avoir la famille que nous fait découvrir ce film. Mais je suis vraiment heureux d’avoir passé un joli moment de cinéma avec eux.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Agat Films & Cie Distribution : Pyramide distribution Réalisation : Antony Cordier Scénario : Antony Cordier Montage : Christel Dewynter Photo : Nicolas Gaurin Musique : Thylacine Durée : 103 min
Casting : Félix Moati : Gaspard Laetitia Dosch : Laura Christa Théret : Coline Marina Foïs : Peggy Guillaume Gouix : Virgil Johan Heldenbergh : Max
Les prophètes amateurs sont souvent prompts à annoncer l’inexorable déclin de certains. Mais comme souvent, les prophéties se révèlent aussi fiables qu’un porte-parole de Volkwagen qui parle d’environnement. Roger Federer en a encore fait taire quelques uns ce dimanche et Steven Spielberg a fait de même la même semaine. Pentagon Papers nous prouve à quel point il reste un immense réalisateur. A 71 ans, il est cependant peu probable qu’il corrige ses petits défauts qui nous gâche parfois un tout petit peu le plaisir.
Avec Pentagon Papers, Steven Spielberg démontre sa maîtrise totale. Pas un plan qui ne soit un modèle du genre. Comme pour Licoln ou le Pont des Espions, il parvient à créer une tension permanente et forte, alors que les événements se déroulent avant tout entre les quatre murs d’un bureau ou d’un appartement. Mais c’est bien un moment de l’histoire américaine qui nous est raconté, un moment à la portée universelle, pour un combat qui mérite d’être encore mené dans encore bien des endroits du monde.
Malheureusement, Steven Spielberg ne peut s’empêcher d’alourdir quelques scènes par des discours plein d’une morale bien pensante toute américaine. Et même servi par l’immense Meryl Streep, ce genre de discours s’apparente à un petit four indigeste au milieu d’un festin par ailleurs particulièrement succulent. Au final, Pentagon Papers s’apprécie pleinement par sa perfection académique, mais ne parvient pas à transcender totalement son sujet pour faire basculer le spectateur dans un enthousiasme complet. Cependant, qui aime le 7ème art, ne pourra que savourer ce cours magistral de cinéma.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Amblin Entertainment, DreamWorks, Participant Media, Pascal Pictures, River Road Entertainment, Star Thrower Distribution : Universal Pictures International France Réalisation : Steven Spielberg Scénario : Liz Hannah, Josh Singer Montage : Michael Kahn, Sarah Broshar Photo : Janusz Kaminski Décors : Rick Carter Musique : John Williams Durée : 116 min
Casting : Meryl Streep : Kay Graham Tom Hanks : Ben Bradlee Sarah Paulson : Tony Bradlee Bob Odenkirk : Ben Bagdikian Tracy Letts : Fritz Beebe Bradley Whitford : Arthur Parsons Bruce Greenwood : Robert McNamara Matthew Rhys : Daniel Ellsberg Alison Brie : Lally Graham
On a parfois l’impression que les scénaristes ont bien du mal à nous proposer des histoires vraiment nouvelles. J’aime assez les comparaisons pour admettre qu’il est généralement facile de trouver pour l’immense majorité des synopsis qui nous sont proposés un autre avec lequel établir un parallèle. Pourtant, certains arrivent encore à nous proposer des histoires qui sortent vraiment de l’ordinaire et proposent un cheminement narratif et des personnages inattendus, car ne ressemblant à aucun autre. C’est le cas de 3 Billboards, le premier très bon film de cette année 2018.
Pour ceux qui auraient vu la bande-annonce de 3 Billboards et qui pensent avoir à travers elle déjà plus ou moins vu le film (on m’a fait la réflexion), détrompez-vous. Elle ne brossait que le point de départ et ne disait rien sur les multiples développements qu’elle connaît au fur et à mesure. Jusqu’à la dernière minute, le spectateur ignore quels événements vont survenir ensuite. Mais évidemment tout ceci n’aurait pas grand intérêt si ces derniers ne formaient pas une histoire réellement prenante, subtile et livrant une réflexion sur la nature humaine qui échappe à tous raccourcis malheureux.
3 Billboards ne pouvait de toute façon ne pas être un film totalement raté puisqu’il compte la formidable Frances McDomarnd à son casting. Sa seule présence justifie presque l’achat de se rendre dans une salle obscure pour voir ce film. Mais la distribution ne s’arrête pas là avec un Woody Harrelson dans un rôle taillé pour lui et un Sam Rockwell qui parvient à donner une épaisseur supplémentaire à son personnage. Tous concourent à faire de ce film une réussite. Un bon moment de cinéma, qui donne vie à une histoire qui méritait bien d’être racontée et de prendre vie sur grand écran.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Blueprint Pictures, 20th Century Fox Distribution : 20th Century Fox France Réalisation : Martin McDonagh Scénario : Martin McDonagh Montage : John Gregory Photo : Ben Davis Décors : Inbal Weinberg Musique : Carter Burwell Durée : 115 min
Casting : Frances McDormand : Mildred Hayes Woody Harrelson : Willoughby Sam Rockwell : Dixon Caleb Landry Jones : Red Welby Abbie Cornish : Anne Lucas Hedges : Robbie Peter Dinklage : James Sandy Martin : Maman Dixon John Hawkes : Charlie
Le football et le cinéma sont deux des éléments culturaux les plus universels. Les stars du 7ème art et du ballon rond sont des figures mondialement connues. Pourtant, ils cohabitent très mal, le football étant un sport particulièrement peu cinégénique. Restent alors la possibilité de proposer une histoire sur les à-côtés de ce sport très médiatique, mais bizarrement ces derniers n’inspirent que peu les scénaristes. Il est donc surprenant de considérer que la Surface de Réparation est un film à l’histoire originale. Ou du moins qu’on a pas l’habitude de voir sur grand écran.
La Surface de Réparation n’est certainement pas un grand film, mais incontestablement un film réussi. Il est évident qu’il touchera différemment les amateurs de football et les autres. Non qu’il faille maîtriser parfaitement la règle du hors-jeu pour comprendre le scénario. Mais la passion viscérale que peut engendrer ce sport se situant au cœur de l’intrigue, on s’identifiera d’autant mieux aux sentiments des personnages qu’on est capable de les ressentir soi-même. Dans tous les cas, le film recèle un intérêt sociologique qui pourra intéresser tous les publics.
La principale faiblesse de la Surface de Réparation reste son interprétation parfois un peu hésitante. Franck Gastambide fait du mieux qu’il peut, mais son talent reste trop limité pour donner une dimension supplémentaire à son personnage. Quant à Hippolyte Girardot, il n’est guère crédible dans un rôle un peu bancal il est vrai. Heureusement, la jeune Alice Isaaz parvient elle à transcender son personnage et apporte un élan supplémentaire à cette histoire. La réalisation de Christophe Régin est propre mais sans génie. Un peu à l’image de ce film de milieu de tableau, à l’abri de la relégation, mais qui ne peut pas prétendre jouer l’Europe.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Christophe Régin Décors : Pascale Consigny Costumes : Vincent Garson Photographie : Simon Beaufils Montage : Frédéric Baillehaiche Musique : Para One Son : Emmanuel Bonnat Directeur de production : Christophe Grandière Producteurs : Hugues Charbonneau et Marie-Ange Luciani Durée : 94 minutes
L’enfance et la mort apparaissent comme deux notions antinomiques. Cependant, le jeune âge ne protège évidemment pas de la mort de ses proches. Et même de ses parents. Cette fausse contradiction a inspiré bien des scénaristes pour des films plus ou moins sombres et plus ou moins tristes. Le Rire de ma Mère adopte un ton tragi-comique, qui fait passer du rire aux larmes en un instant. Un joli film chargé d’émotion, même si tout n’y est pas parfait.
Quand on s’attaque à un sujet aussi potentiellement chargé de tristesse, on peut facilement tomber sur l’écueil de l’émotion facile. Cette sorte d’injonction du style : c’est triste donc soyez émus ! Sauf que la vraie émotion demande beaucoup de subtilité et ne vient pas forcément sur commande. Le Rire de ma Mère ne tombe absolument pas dans ce piège. Il propose déjà une vraie richesse dans le propos en nous faisant partager le point de vue de l’ensemble des protagonistes et pas seulement celui de l’enfant. Ensuite, il nous propose des personnages qui sont loin d’être attachants en toutes circonstances. Ils n’en sont que plus réels et permet que ça soit bien à l’histoire que l’on s’attache avant tout.
Le Rire de ma Mère bénéficie d’un très beau casting. Suzanne Clément tient là un des rôles les plus marquants de sa carrière et elle porte une bonne partie du poids du film sur ses épaules. Pascal Demolon y est vraiment excellent alors que j’ai rarement été convaincu par cet acteur. Il serait enfin particulièrement injuste d’oublier la jolie performance du jeune Igor Van Dessel, donc le jeu est peut-être un rien hésitant parfois, mais qui y est pour beaucoup dans l’émotion véhiculé par ce film. Au final, on est touché par cette histoire et ces personnages. Et si le film donne parfois l’impression de tourner un peu en rond, on en ressort quand même avec un gros pincement au cœur.
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