Un film est constitué d’un début, d’un milieu et d’une fin. On peut pardonner un début raté, voire également un milieu médiocre, si la fin est à la hauteur et permet de sortir sur une note positive. Le crescendo est une caractéristique tout à fait acceptable cinématographiquement. Par contre, le decrescendo est beaucoup plus difficilement pardonnable. Il suffit d’aller voir Downsizing pour s’en rendre compte. Un film qui commence par nous séduire mais sans savoir où nous mener ensuite.
Downsizing est doté d’un excellent pitch et on sait à quel point certains films s’en sortent honorablement en s’en contentant. Mais en étirant son film sur plus de deux heures, Alexander Payne ne peut cacher très longtemps qu’il ne sait pas vraiment comment l’étoffer et surtout comment lui offrir une conclusion. Même la morale bienpensante n’est pas particulièrement nette et on ne sait pas vraiment quel message cette histoire cherche à transmettre. On décroche à mi-film environ et rien vient ensuite nous donner envie de reprendre le train en marche.
Les faiblesses de Downsizing se reflètent dans l’interprétation paresseuse d’un casting pourtant bien doté. Il est d’ailleurs regrettable que le personnage interprété avec le plus de conviction soit celui qui disparaisse assez tôt dans le film. Je ne dirais évidemment pas qui pour ne pas spoiler. Et comble du malheur pour ce film, cela fait un moment déjà que la qualité des effets spéciaux, même remarquables, ne permet pas de donner un intérêt supplémentaire à un long métrage. On est beaucoup trop blasé à ce niveau-là pour cela. On en reste donc sur une impression assez négative de ce film au démarrage pourtant prometteur.
LA NOTE : 9/20
Fiche technique : Production : Ad Hominem Enterprises, Annapurna Pictures, Paramount Pictures Distribution : Paramount Pictures France Réalisation : Alexander Payne Scénario : Alexander Payne, Jim Taylor Montage : Kevin Tent Photo : Phedon Papamichael Décors : Stefania Cella Musique : Rolfe Kent Durée : 135 min
Casting : Matt Damon : Paul Safranek Christoph Waltz : Dusan Mirkovic Hong Chau : Ngoc Lan Tran Kristen Wiig : Audrey Safranek Udo Kier : Konrad Jason Sudeikis : Dave Johnson Neil Patrick Harris : Jeff Lonowski Laura Dern : Laura Lonowski
On reste dans la politique avec ce nouvel avis, mais cette fois pour revivre un moment légendaire de l’histoire contemporaine. Un de ces moments où tout bascule, où l’action d’un homme fait toute la différence. Des moments évidemment que chaque personne engagée aimerait vivre. Enfin pas tout à fait non plus… Je n’aimerais évidemment pas vivre les événements racontés par les Heures Sombres. Mais disons que prononcer un discours comme celui de Wiston Churchill est chargé d’un peu plus de sens et de d’impact sur le destin d’une nation que de discuter des tarifs des concessions au cimetière au Conseil Municipal de Viroflay.
Certains reprochent à les Heures Sombres d’être clairement une hagiographie de Wiston Churchill. Ce dernier fait est incontestable, mais on peut simplement le prendre comme un choix artistique comme un autre. A la fois, on est bien devant un film, non un documentaire. Il est moins question ici d’explorer la complexité d’un homme que de faire revivre un épisode clé de l’histoire d’un pays. Un épisode chargé d’imaginaire collectif et qui ne correspond donc certainement pas tout à fait à la réalité historique au sens strict. Mais qu’importe en fait, donner corps à cette légende vaut bien un film.
Cependant, il serait malhonnête à l’inverse de ne pas soulever le fait que la volonté de glorifier son personnage conduit à un moment donné Joe Wright à frôler le n’importe quoi. Une scène dans le métro, qui se veut pourtant décisive, est tout simplement ridicule et vient un peu gâcher la fin d’un film qui aurait du finir sur une apothéose. Cela ne remet pas heureusement pas le plaisir que l’on a devant l’incroyable numéro d’acteur d’un Gary Oldman méconnaissable mais absolument génial. Un rôle à Oscar assurément. Le film en lui-même n’en vaut certainement pas un, mais vous vaudra bien mieux que du sang, de la sueur et des larmes.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Perfect World Pictures, Working Title Films Distribution : Universal Pictures International Réalisation : Joe Wright Scénario : Anthony McCarten Montage : Valerio Bonelli Photo : Bruno Delbonnel Décors : Katie Spencer Musique : Dario Marianelli Costumes : Jacqueline Duran Durée : 125 min
Casting : Gary Oldman : Winston Churchill Kristin Scott-Thomas : Clemmie Ben Mendelsohn : le Roi George VI Lily James : Elizabeth Layton Ronald Pickup : Neville Chamberlain Stephen Dillane : Le Vicomte Halifax Nicolas Jones : Sir John Simon Samuel West : Sir Anthony Eden
Tout le monde connaît mon amour pour la politique, pour l’avoir moi-même pratiqué pour me remettre doucement à la pratiquer à nouveau. Tout le monde connaît aussi mon amour pour le cinéma, sinon vous ne seriez pas en train de lire cette critique écrite de mes propres petites mains. Vous ne connaissez peut-être un peu moins mon amour pour le cinéma argentin, né avec Dans Tes Yeux, et mon admiration pour Ricardo Darin. Donc vous imaginez bien mon impatience quand j’ai vu arriver sur nos écrans un thriller politique avec ce dernier. El Presidente n’a malheureusement pas déchaîné mon enthousiasme.
Pourtant, El Presidente possède une qualité que j’apprécie particulièrement au cinéma, à savoir qu’il propose un scénario vraiment surprenant qui vous emmène sur des chemins plutôt inattendus. J’en dirais rien pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui souhaiteraient y aller. Simplement, même si je ne m’y attendais pas, je n’ai pas vraiment été convaincu par ces choix audacieux. Je trouve que l’histoire perd progressivement en tension narrative et à force de partir dans trop de direction, chacune se dilue quelque peu. La fin laisse un peu perplexe et on aurait apprécié une conclusion beaucoup plus forte.
Il reste le plaisir assez unique d’admirer le talent et le charisme de Ricardo Darin. Il fait une nouvelle fois preuve de toute sa classe dans ce rôle visiblement taillé pour lui. Pourtant son jeu n’a rien de spectaculaire ou flamboyant. Mais quant on possède autant de classe, la sobriété est suffisante pour occuper toute la place à l’écran. La réalisation de Santagio Mitre parvient à créer de vraies ambiances qui mettent parfaitement en valeur ses comédiens. Cependant, le tout manque d’une vraie tension qui pourrait maintenir l’intérêt du spectateur au plus haut. Finalement, El Predisente se regarde surtout avec un œil poli mais guère enthousiaste.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : K&S films, Maneki films, La union de los rios, Mod producciones, Arte france cinéma, Memento films, Telefe Réalisation : Santiago Mitre Scénario : Santiago Mitre, Mariano Llinas Montage : Nicolas Goldbart Photo : Javier Julia Décors : Sebastian Orgambide Distribution : Memento Films distribution Musique : Alberto Iglesias Durée : 114 min
Casting : Ricardo Darin : Hernan Blanco Dolores Fonzi : Marina Blanco Eric Rivas : Luisa Cordero Elena Anaya : Claudia Klein Daniel Gimenez Cacho : Sebastian Sastre Paulina Garcia : Paula Scherson Gerardo Romano : Castex Christian Slater : Dereck Mc Kinley
A chaque défaite électorale, chaque parti politique déçu jure la main sur le cœur qu’il saura tirer toutes les leçons, de faire le bilan de ses erreurs et de revenir victorieux. L’expérience montre, au PS ou ailleurs, que c’est rarement le cas. Il est alors facile d’imaginer qu’une telle analyse n’est jamais réalisée en cas de triomphe. Cela serait pourtant nécessaire, comme l’a prouvé l’écrasante victoire du PS aux élections régionales de 2010.
Certes l’Alsace résistait encore mais sans cette tâche bleue, la France métropolitaine aurait été uniformément rose ce soir là. Partout, les scores étaient écrasants, dépassant parfois 60% pour certaines majorités reconduites. A Viroflay, la liste mené par Jean-Paul Huchon avait fait un score légèrement supérieur à 48%, score historique pour la gauche dans notre commune. Évidemment, lors de la soirée post électorale organisée chez notre regretté camarade Jean-Etienne, nous avions tous le sourire. Mais avons-nous raison ? Notre sourire n’était-il pas excessivement arrogant ?
Quels étaient donc les faits objectifs qui ont conduit à un tel triomphe ? La plupart des discours de victoire de la reconnaissance d’un bilan. Ce genre d’argument est incontournable et il est difficilement envisageable pour un élu venant d’être reconduit dans ses fonctions de dire autre chose… même si cette affirmation est clairement erronée. Dans le cas d’une élection régionale, ce critère joue un rôle mineur puisque l’immense majorité des citoyens sont strictement incapables de juger la qualité de l’action d’une collectivité dont ils ont bien du mal à saisir l’utilité. Même si les choses évoluent doucement, en 2010, les Conseils Régionaux s’apparentaient surtout à une collectivité « chéquier » vouée à financer des actions menée concrètement par les collectivités plus locales.
Je me souviens très bien d’un reportage un peu cruel du Petit Journal, suivant Jean-Paul Huchon qui remontait une rame de RER tout en saluant les voyageurs. Le journaliste interviewait ensuite les personnes qu’il venait de saluer pour leur demander s’ils avaient une idée de l’identité de celui qui venait lui serrer la main. Même si le montage est évidemment passé par là, la plupart avouait leur ignorance et n’avait absolument pas reconnu le Président de leur Région, dont ils ignoraient parfois même le nom. C’était plus drôle que méchant, mais terriblement révélateur.
Le PS avait-il triomphé alors du fait de la qualité de la campagne menée par ses militants ? Évidement un soir comme celui-là, le militant que j’étais, et tous les autres, ressentait une certaine fierté personnelle d’avoir participé à une victoire collective. Un sentiment tout à fait légitime, sans lequel d’ailleurs le militant arrêterait vite de militer. Mais il faut avoir la modestie de reconnaître que participer ne veut pas dire être décisif. Quand bien même notre action auait rapporté un, deux, allons jusqu’à 3% au PS, elle ne peut constituer qu’une explication mineure vu les scores pléthoriques réalisés.
Quant à la qualité des programmes… Si cela permettait de remporter des élections, ça se saurait. Je ne vais pas perdre mon temps à discourir là-dessus.
En y repensant, ces élections régionales étaient beaucoup moins une victoire du PS qu’une défaite cuisante pour le pouvoir sarkozyste. Une partie de ses supporters l’avaient boudé (il y a plus de 53% de gens de droite à Viroflay…) et il avait perdu une grande partie du soutien des électeurs habitués à changer de camps régulièrement (le fameux marais). D’ailleurs, si nous étions heureux ce soir-là, ce n’est pas tant pour la victoire à des élections régionales, que pour le sentiment que la victoire aux élections présidentielles de 2012 pouvait être sereinement envisagée.
Personne à gauche un soir comme celui-là ne s’est demandé si l’ampleur de la défaite du pouvoir en place ne présageait pas une d’une détestation du pouvoir tout court qui nous rattraperait une fois que nous l’occuperions à notre tour. A y voir la défaite des idées que nous combattions, nous nous sommes aveuglés et n’avons pas vu là le signe d’une déliquescence du système démocratique, devenu une machine à créer de l’insatisfaction, quant ce n’est pas du ressentiment chez nos concitoyens. Une détestation du pouvoir en place qui frappe de plus en plus fort et de plus en plus vite depuis trente ans.
Mais nous n’allions pas tarder à être rattrapé par cette réalité. Et elle allait faire très mal…
L’univers du jeu représente une source d’inspiration non négligeable pour les scénaristes. Quoi de mieux pour commencer 2018 que se plonger dans une histoire de poker et des gros sous qui vont avec. Une histoire vraie en plus. Mais la réalité dépasse-t-elle toujours la fiction ? On peut en douter en allant voir le Grand Jeu. Un film brillant sur la forme, au scénario riche, à la distribution de haut vol, mais auquel il manque un petit quelque chose. Un départ mi-figue mi-raisin donc pour cette année cinématographique. Une paire de deux, pas un carré d’as.
Le Grand Jeu est tiré de la vraie vie d’une certaine Molly Bloom au destin qui, il est vrai, vaut bien un film. J’ignore évidemment à quel point le film est fidèle à son autobiographie et à quel point cette dernière était fidèle à la réalité. Mais le récit nous amène vers un dénouement assez plat et décevant, rendant un peu futile et vain ce qui a précédé. Cela s’est peut-être réellement passé comme ça. Cependant, le spectateur n’est pas venu voir un documentaire, mais bien un film dont il attend une histoire convaincante et forte. Ce n’est pas le cas ici et on en ressort un peu chagrin.
Aaron Sorkin signe là un premier film, lui qui était précédemment un des plus brillants scénaristes d’Hollywood. Il fait prendre d’une grande maîtrise dans la réalisation, mais peut-être d’un peu trop justement. Le Grand Jeu est un produit formaté, maîtrisé et efficace, mais sans génie, surprise ou avouons-le génie. La seule réelle étincelle vient de la présence à l’écran toujours aussi remarquable et remarquée de Jessica Chastain. Elle éclipse totalement le reste de la distribution, y compris Kevin Costner, je dois bien l’admettre. Et pourtant Dieu sait si j’ai une admiration sans borde pour Kevin Costner. Au final, le film reste un objet aussi rutilant qu’un jeton de casino neuf, mais aussi vain qu’une partie de jeu de hasard.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Réalisation : Aaron Sorkin Scénario : Aaron Sorkin, d’après les mémoires Molly’s Game: From Hollywood’s Elite to Wall Street’s Billionaire Boys Club, My High-Stakes Adventure in the World of Underground Poker de Molly Bloom Décors : Patricia Larman Costumes : Susan Lyall Photographie : Charlotte Bruus Christensen Montage : David Rosenbloom Musique : Daniel Pemberton Production : Mark Gordon et Amy Pascal Durée : 140 minutes
Casting : Jessica Chastain : Molly Bloom Idris Elba : Charlie Jaffey, l’avocat de Molly Kevin Costner: Larry Bloom, le père de Molly Chris O’Dowd: Douglas Downey Brian d’Arcy James : Bad Brad Michael Cera : joueur X J. C. MacKenzie : Harrison Wellstone Bill Camp : Harlan Eustice
Le continent africain reste encore le parent pauvre du cinéma. Mais dans le monde du 7ème art, comme ailleurs, les choses évoluent doucement, le succès de Timbuktu aux Césars il y a trois ans est là pour le rappeler. I Am Not a Witch vient poursuivre cette lente émergence. Il nous emmène cette fois en Zambie pour nous faire découvrir un monde qui nous semble incroyablement éloigné du monde occidental, tout en ayant des liens forts avec lui (une scène inoubliable sur des perruques vient le rappeler). Un voyage dépaysant donc, mais aussi un portrait social assez sombre et qui laisse peu de place à l’optimisme.
Comme son titre l’indique, I Am Not a Witch nous fait découvrir le sort réservé aux femmes accusées d’être des sorcières et reconnues comme telle par les autorités gouvernementales (largement corrompues) elles-mêmes. Un destin dramatique qui vient frapper une jeune fille juste parce que la femme qu’elle croise trébuche alors qu’elle la regarde. Le film précise bien en introduction qu’il s’agit d’une pure fiction, mais qu’il décrit une situation qui reste encore une réalité à notre époque en Zambie.
Il est regrettable que la promotion du film survende à ce point une forme finalement assez classique. Rugano Nyoni possède de vraies qualités de réalisatrice, c’est incontestable, mais sa mise en scène reste sobre, nous montrant la réalité de manière assez crue. Mais on est marqué à jamais en allant voir I Am Not a Witch par le regard de la jeune Maggie Mulubwa qui voit impuissante sa vie lui échapper totalement puisque le reste du monde a décrété qu’elle était une sorcière sans aucune raison valable. On ne peut être que touché par ce destin funeste et par ce film plus incroyable par l’histoire qu’il raconte que par la forme du récit.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Rungano Nyoni Scénario : Rungano Nyoni Directeur de la photographie : David Gallego Montage : George Cragg, Yann Dedet, Thibault Hague Son : Maiken Hansen, Olivier Dandre Décor : Nathan Parker Durée : 93 minutes
La grande leçon de cette année 2017 aurait pu être le retour au premier plan du cinéma hollywoodien. Avec 6 films (dont un indépendant il est vrai) sur 10, les Etats-Unis prouvent qu’ils restent bien la première puissance cinématographique mondiale. Cela constitue tout de même une très bonne nouvelle pour le 7ème art car il était dommage de voir autant de moyens engloutis dans autant de productions médiocres ces dernières années.
Cependant, on retiendra avant tout la seconde première place consécutive pour un film français. Là aussi, il s’agit d’une excellente nouvelle. J’ai assez souvent dénoncé ici les insuffisances du cinéma hexagonal pour ne pas me réjouir de voir mon pays capable de nous proposer aussi régulièrement de grands films comme 120 Battements par Minute. On pourrait faire remarquer qu’ils ne sont que deux à figurer dans le classement, contre trois l’année dernière, mais Au-Revoir Là-Haut est un moment assez magistral de cinéma pour oublier ce détail insignifiant.
Ce palmarès prouve également que ce sont souvent les grands réalisateurs qui font les grands films. Christopher Nolan, Damien Chazelle, Kathryn Bigelow et Albert Dupontel avaient déjà prouvé l’immensité de leur talent à plusieurs reprises avant cette année 2017. On verra si Robin Campillo les rejoindra sur le long terme au panthéon des cinéastes.
Niveau interprétation, 2017 aura été marqué par la révélation brutale et éclatante de Nahuel Perez Biscayart, tête d’affiche des deux films français figurant au palmarès.Rarement une année aura été aussi faste pour un comédien. Du côté des actrices, aucune performance n’écrase les autres, alors j’ai là aussi envie de mettre en avant quelques jolies révélations : Noée Abita pour son rôle dans Ava, Danielle McDonald dans Patty Cake$ et Daphné Patakia dans Djam. Autant de nom encore très méconnus du grand public, mais dont le talent ne mérite pas d’être passé sous silence.
Pour finir, une petit retour sur tous les films qui forment ce palmarès 2017 :
1-120 Battements par Minute Un film qui ressemble à un coup de poing dans l’âme. Un film d’une force incroyable qui vous secoue très fort. Un film qui fait revivre un combat peut-être un peu tombé dans l’oubli, alors qu’il est toujours d’actualité, et qui a marqué au plus profond d’eux les gens de ma génération. Du cinéma comme on en voit rarement.
2-Dunkerque Christopher Nolan réinvente le film de guerre en nous proposant une œuvre magistrale du point de vue formelle et un récit surprenant dans sa narration. Dommage que le film ait reçu d’injustes critiques sur ce qu’il ne raconte pas, au lieu de souligner à quel point ce qu’il raconte est raconté magnifiquement.
3-Lalaland Il y a eu l’Italie en finale de l’Euro 2000 et Lalaland aux derniers Oscars. Mais au final, il reste surtout une grande comédie musicale, qui change des comédies musicales. Le récit d’un amour qui n’aura au final rien d’éternel, sans que cela empêche les personnages d’être heureux l’un sans l’autre. Bref, un vrai moment de vie.
4-Detroit Un film qui a eu une résonance particulière avec l’actualité. Un film magnifique et puissant qui vaut mille fois mieux que les quelques polémiques qui là-aussi l’ont accompagné. La compétition avec Dunkerque s’annonce rude aux prochains Oscars.
5-Au Revoir Là-Haut Il existe des gens particulièrement énervant qui réussissent dans tout ce qu’ils entreprennent. Avec ce petit chef d’œuvre, Albert Dupontel confirme qu’il est un artiste protéiforme mais qui transforme en or tout ce qu’il touche.
6-Logan Le film de super-héros qui change des films de super-héros. Une vision crépusculaire, des personnages prenant une réelle dimension dramatique, autant de risques pris par Marvel (et donc Disney) avec ce film assez inattendu. Une très belle réussite.
7-Dans un Recoin de ce Monde L’école japonaise d’animation compte bien des immenses artistes. Sunao Katabouchi n’a rien à envié à Hayao Miyazaki avec ce récit bouleversant sur le quotidien des Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Tout cela porté par un trait particulièrement gracieux.
8-Corps et Ame Ours d’Or au Festival de Berlin, ce film a connu un parcours de tout juste deux semaines sur les écrans français. Incompréhensible pour un film aussi beau et touchant. Une injustice artistique majeur.
9-Moonlight Un Oscar surprise et inattendu, mais pas immérité pour cette histoire forte, merveilleusement bien mise en scène.
10-Spiderman : Homecoming Que pouvait-on espérer du deuxième reboot d’une série ? Et bien le meilleur finalement pour ce film aussi drôle que spectaculaire, aux personnages particulièrement réussis.
En tant que passionné d’histoire, j’apprécie particulièrement les films qui vous apprennent quelque chose sur une époque, des événements ou un personnage historique. Je le souligne régulièrement dans mes critiques en considérant l’aspect « pédagogique » comme une qualité cinématographique comme une autre. C’est pourquoi, aller voir l’Echange des Princesses a représenté un vrai plaisir. Cependant, au-delà de ma culture un peu moins lacunaire, il est vrai que le film n’est pas exempt de défauts.
L’intérêt historique de l’Echange des Princesses est multiple. Il nous offre un regard éclairé à la fois sur la géopolitique de l’époque et la vie quotidienne à la cour. La petite et la grande histoire se rejoignent constamment, ce qui rend le film particulièrement enrichissant. Il aurait sans doute gagné à être un peu moins long, mais il est assez riche pour que l’amateur d’histoire ne s’ennuie pas une seule seconde. Pour les autres, j’ai moins de garantie malheureusement.
Les costumes et les décors de l’Echange des Princesses sont réellement convaincants et les moyens ont été mis pour vraiment faire revivre les cours françaises et espagnoles du 18ème siècle. Par contre, le film pêche vraiment par son interprétation. Le casting est pourtant particulièrement alléchant, mais la direction des comédiens est défaillante et le film est surjoué par l’ensemble de la distribution. Au moins les personnages sont marquants, mais sonnent parfois un peu faux. Cela ne remet pas tout en question, mais ressemble à petit caillou dans la chaussure du spectateur qui lui gâche quelque peu le spectacle. Un petit caillou, mais un caillou quand même.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : High Sea Productions, Scope Pictures Distribution : Ad Vitam Réalisation : Marc Dugain Scénario : Marc Dugai, Chantal Thomas, d’après son roman Montage : Monica Coleman Photo : Gilles Porte Décors : Patrick Dechesne, Alain-Pascal Housiaux Musique : Marc Tomasi Durée : 100 min
Casting : Igor Van Dessel : Louis XV Lambert Wilson : Philippe V Catherine Mouchet : Madame de Ventadour Olivier Gourmet : Philippe d’Orléans Kacey Mottet-Klein : Don Luis Juliane Lepoureau : Marie-Victoire Anamaria Vartolomei : Louise Elisabeth Andréa Ferreol : Princesse Palatine
Le ciel d’azur et Disneyworld. La Floride a de quoi faire rêver. Le poète dit que la misère serait moins pénible au soleil. The Florida Project peut sembler lui donner raison dans un premier temps . Mais la légèreté du début va vite laisser place à un portrait sans concession de la pauvreté aux États-Unis. Une pauvreté qui se moque bien du climat ou des parcs d’attraction et brise les vies. Un film aux deux visages donc qui nous montre avec brio que la surface des apparences peut vite cacher des réalités bien sordides.
Ceux qui ont vu la bande-annonce de The Florida Project seront peut-être surpris par mon introduction, pensant plutôt que j’allais décrire un film plus léger sur l’innocence de l’enfance. C’est effectivement ainsi que ce long métrage débute avant de changer peu à peu de ton. Le scénario illustre à la perfection la notion de trappe à pauvreté, c’est-à-dire l’ensemble des forces qui ramènent inexorablement un pauvre vers la pauvreté, ruinant ses espoirs et ses aspirations à en sortir.
La forme de The Florida Project contribue également à renforcer la force de son propos. Une photographie lumineuse souligne à la perfection cette volonté de paraître de ce territoire se voulant paradisiaque. Mais on se souviendra surtout de l’intelligence du récit. Le personnage incarné par Willem Defoe partage le sort du spectateur en étant lui aussi le témoin impuissant mais bienveillant de destins brisés. On ne peut être que touché par un casting enfantin détonnant et surtout par la performance aussi émouvante qu’énergique de Brooklyn Kimberly Prince. Un film aussi lumineux que sombre dont on ne sort pas indemne.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Cre film, Freestyle Picture Company, June Pictures, Sweet Tomato Films Réalisation : Sean Baker Scénario : Sean Baker, Chris Bergoch Montage : Sean Baker Photo : Alexis Zabe Décors : Stephonik Youth Distribution : Le Pacte Musique : Lorne Balfe Durée : 111 min
Casting : Brooklynn Prince : Moonee Willem Dafoe : Bobby Bria Vinaite : Halley Valeria Cotto : Jancey Christopher Rivera : Scooty Mela Murder : Ashley Sandy Kane : Gloria
Ridley Scott appartient au cercle des réalisateurs pour lequel j’ai le plus d’admiration. Cependant, il faut avouer que sa filmographie particulièrement fournie est peuplée de chefs d’œuvre, mais aussi de quelques navets. Aller voir un de ses films revient donc à prendre le risque d’être déçu. Pourtant, j’ai un peu de mal à décider de quel côté de sa carrière placer Tout l’Argent du Monde. Un film formellement réussi mais qui a bien du mal à soulever l’enthousiasme.
Le principal reproche que l’on peut formuler à l’encontre de Tout l’Argent du Monde est de ne rien proposer de nouveau dans aucun domaine. Ridley Scott y apparaît comme un réalisateur en roue libre, fort de ses certitudes, sûr de son talent, mais incapable ici de le forcer. On ne s’ennuie pas, mais on suit les événements avec un intérêt plus poli que profond. On apprécie la qualité de la mise en scène, le scénario est assez riche pour ne jamais connaître de réels temps mort malgré la longueur du film. Pourtant, aucun éclair de génie ne vient éclairer tout ça.
Le fait que l’histoire est supposée être une histoire vraie aurait pu donner à Tout l’Argent du Monde une dimension historique. Il n’essaye même pas d’exploiter cette dimension. Il se contente d’éléments déjà vus. Le casting de trés haut niveau est à l’image du film. Ne pas le trouver talentueux serait injuste, mais jamais il ne transcende les personnages, les situations ou les dialogues. Je ne sais donc si je dois conseiller à quiconque d’aller voir ce film à qui il ne manque pas grand chose, si ce n’est beaucoup.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : Imperative Entertainment, Scott Free Productions Distribution : Metropolitan Filmexport Réalisation : Ridley Scott Scénario : David Scarpa Montage : Claire Simpson Photo : Dariusz Wolski Musique : Daniel Pemberton Durée : 132 min
Casting : Michelle Williams : Gail Harris Mark Wahlberg : Fletcher Chase Christopher Plummer : J. Paul Getty Charlie Plummer : John Paul Getty III Andrew Buchan : John Paul Getty II Romain Duris : Cinquanta Timothy Hutton : L’avocat
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