CHRONIQUES DE LA HAINE ORDINAIRE : Il nous manque encore…

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chroniquesdelahaineordinaireLe 18 avril 1988 mourrait Pierre Desproges. Voilà une perte beaucoup plus lourde que d’autres. 24 ans plus tard, l’humour français est toujours un peu orphelin de ce maître de l’humour noir, qui a tant plaisanté sur le cancer avant d’y succomber. On est toujours un peu à la recherche de son héritier. Et si un Stéphane Guillon entretient un peu la flamme, il y demeure tout de même une très grande différence entre les deux hommes. Desproges maniait la langue française comme un véritable écrivain et n’avait quelque chose à envier dans ce domaine qu’à un Raymond Devos. Pour preuve, cette édition papier de ses Chroniques de la Haine Ordinaire, qui ont occupé l’antenne de France Inter du 3 février au 24 juin 1986.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, un petit mot sur l’édition dont je suis en possession. Il s’agit d’un livre des éditions 2. au format particulièrement original… et particulièrement pratique. En effet, il s’agit de livre au format 8x12cm, imprimé dans le sens inverse des livres de poche habituel. Ainsi, en l’ouvrant vous serez comme devant une seule page au format classique. Les caractères ne sont donc pas plus petits que d’habitude. Par contre, ces livres tiennent vraiment dans la poche et se lisent d’une seule main. L’idéal pour les transports.

Bon revenons à notre livre qui regroupe en deux vagues, correspondant aux deux tomes originaux, l’ensemble des chroniques radiophoniques. On y retrouve tout ce qui a fait le succès de Pierre Desproges. Cet humour toujours grinçant, acide et que certains qualifieront de méchant. Mais cela fonctionne et surtout cela égratigne toujours tous ceux qu’il faut savoir remettre à leur place. D’ailleurs, on pourra constater que certaines de ses têtes de turc sont toujours là, comme BHL ou Indochine, alors qu’il nous a quittés. Décidemment, il n’y a pas de justice ! D’autres de ses sujets favoris sont plus intemporels, comme le football, les jeunes et le surtout le racisme et l’antisémitisme qu’il pourfend régulièrement avec une efficacité inégalée.

Bien sûr, il vaut mieux avoir connu cette époque pour saisir tout ce à quoi il fait référence. Il commence très souvent l’actualité et les célébrités de l’époque avec un mordant qui fait passer les Guignols pour des Bisounours. Mais tous ceux qui sont en âge de se souvenir des années 80 apprécieront cette plongée nostalgique… même si Desproges se serait sûrement moqué de ce genre de sentiment. En tout cas, c’est une façon beaucoup plus intelligente de se replonger dans l’univers politiquo-médiatique de cette décennie que tous les éditions des Enfants de la Télé.

Comme je l’ai évoqué plus haut, les Chroniques de la Haine Ordinaire constituent également une occasion de se rappeler combien Pierre Desproges savait manier la plume. Les jeux de mots sont nombreux, subtils et servent toujours son propos. Il y a là un vrai amour de la langue française chez celui qui n’avait jamais peur de traiter ses propres auditeurs d’analphabètes. D’ailleurs, les chroniques dans lesquelles ils commentent le courrier qu’il reçoit sont parmi les plus drôles. Même s’il s’agit de retranscriptions de chroniques radiophoniques, on prend un vrai plaisir à la leur lecture, bien au-delà du simple humour noir.

Les Chroniques de la Haine Ordinaire constituent donc une très bonne occasion de se rappeler combien Pierre Desproges était grand et combien il manque aujourd’hui.

CHRONIQUES DES ANNEES NOIRES (Kim Stanley Robinson) : Passé recomposé

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chroniquedesanneesnoiresAvec des si, on mettrait Paris en bouteille. Et avec des si, on peut réécrire totalement l’histoire du monde. C’est exactement ce qu’a fait Kim Stanley Robinson dans ses Chroniques des Années Noires. Une fresque étonnante et vraiment passionnante par moment.

1381, une épidémie de peste ravage l’Occident à tel point que l’ensemble de sa population est exterminée. Le monde laisse alors deux grandes puissances se partager la domination du monde : l’Islam et la Chine, avec l’Inde et le Japon comme arbitres. Aux quatre coins du monde et à travers, les époques, les progrès, les grandes découvertes, les périodes de paix et de guerre, des âmes se réincarnent encore et encore.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, un peu coup de gueule contre la traduction du titre. Généralement, je fais cela pour les avis ciné, mais ça peut marcher également pour les livres visiblement. Le titre original est The Years of Rice and Salt, soit en français les Années de Sel et de Riz. Bon, c’est vrai que ça ne sonne pas super dans notre langue, mais tout de même, quelle perte de contenu. Surtout que le titre anglais fait référence à un élément du récit. Quelle pauvreté dans la traduction ! Car rien ne justifie l’emploi de l’expression « années noire ».

Chroniques des Années Noires, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, est certes de l’ordre du pavé. 1015 pages aux éditions Pocket. Mais c’est un « livre à sketchs » qui se lit très facilement et qui peut même éventuellement se parcourir en plusieurs fois. En effet, chaque épisode nous plonge dans un lieu, une époque, un contexte différents. Certes, on suit le parcours d’âmes d’une réincarnation à l’autre, mais les personnages auxquels ils donnent vie n’ont aucun lien entre eux. On suit simplement l’évolution du monde à travers eux.

Le plus grande originalité de Chroniques des Années Noires est la façon dont Kim Stanley Robinson arrive à varier la forme de son récit d’un épisode à l’autre. Cela tient parfois aux détails, comme la manière dont les chapitres sont découpés, mis en page et numérotés, mais cela donne vraiment l’impression de lire toujours quelque chose de nouveau. On sent tout de même que le style reste le même, mais si on nous disait qu’au contraire, chaque épisode a été rédigé par un auteur différent, on n’en serait pas plus étonné que cela.

Comme toute histoire « à sketchs », Chroniques des Années Noires reste quelque peu inégal. Certaines histoires (elles sont au nombre de 10) sont vraiment passionnantes, d’autres un peu moins. Mais par leur grande variété, elles maintiennent toujours l’intérêt du lecteur. Il y en aura pour tous les goûts, même si le récit est toujours axé autour de grands progrès scientifiques ou techniques. Certains épisodes constituent de vrais petits romans d’aventures, d’autres se focalisent pour sur les personnages. Mais toujours, le lecteur est amené à voyager et s’évader.

Chroniques des Années Noires n’est donc pas un roman historique. Ce n’est pas non plus vraiment une roman de science-fiction. On pourrait inventer pour lui la notion de passé-fiction… Un livre qui laisse une grande place à l’imaginaire mais qui relate des évènements qui auraient vraiment pu survenir. Je vous laisse découvrir le chemin que l’humanité empruntera en suivant les hypothèses inventées par Kim Stanley Robinson. Mais quand on y réfléchit, la conclusion qu’il nous propose est au final parfaitement logique.

Chroniques des Années Noires est original par son fond et sa forme. Sa longueur n’est pas forcément un problème, pouvant être lu en plusieurs fois. Kim Stanley Robinson n’est peut-être pas la plume du siècle, mais au moins il nous aura offert une œuvre vraiment unique.

MAIGRET A VICHY (George Simenon) : 1ère rencontre avec un grand détective

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maigretavichyCet été, j’ai enfin lu mon premier roman de George Simenon, à savoir l’Enterrement de Monsieur Bouvet. Il faut savoir que ma mère est une fan absolu de cet auteur et que ses livres ont toujours peuplé les rayons de nos bibliothèques. Cette fois, je franchis une seconde étape dans cette découverte étonnamment tardive en m’attaquant à mon premier Maigret, Maigret à Vichy.

Le Commissaire Maigret souffre de surmenage. Sur les conseils avisés de son médecin, il part en cure à Vichy, histoire de prendre du repos. Chaque jour, avec sa femme, il observe les habitués des lieux qu’ils sont amenés à fréquenter. Parmi elles, une femme d’un certain âge à propos de laquelle ils s’amusent à formuler diverses hypothèses. Jusqu’au jour où ils découvrent dans les journaux qu’elle a été retrouvée morte assassinée. Maigret n’est pas en service, mais sa curiosité lui permettra-t-il de rester en dehors de cette affaire ?

Comme pour l’Enterrement de Monsieur Bouvet, on comprend mieux à la lecture de Maigret à Vichy ce qui a fait le succès de plus célèbre des romanciers belges. Tout d’abord, l’histoire est particulièrement simple et accessible. Il s’agit d’une enquête policière extrêmement classique et sans grande surprise pour les habitués du genre. Le mystère se dévoile peu à peu, mais à la manière d’un puzzle qui se complète peu à peu et non pas avec de multiples rebondissements, comme c’est devenu l’habitude de nos jours, parfois jusqu’à l’excès.

Mais le grand intérêt de Maigret à Vichy, et pour le peu que j’en sais celui de l’œuvre de Simenon, c’est la manière dont il décrit et fait vivre ses personnages, afin de brosser un vrai portrait de société. Ceci se fait sur deux dimensions : une humaine, avec les petits travers et les faiblesses universels. Une plus sociale, en décrivant méticuleusement comment la position ou la profession engendrent des apparences souvent trompeuses.

Enfin, Maigret à Vichy est surtout la marque d’une très grande plume. Comme pour l’Enterrement de Monsieur Bouvet (bon, il faut vite que j’en lise d’autres pour arrêter d’avoir un seul point de comparaison), des passages qui chez n’importe quel auteur aurait pu paraître anodin prennent ici une toute autre dimension. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas écrit avec les pieds. On voit bien ici comment le style peut faire toute la différence et comment le choix des mots en eux-mêmes détermine une large partie du plaisir de la lecture.

En seulement deux romans, je comprends beaucoup mieux la passion de ma mère pour cet auteur. Elle aussi très attachée à Agatha Christie. Il y a un certains nombres de points communs, malgré aussi d’immenses différences. Les deux s’attachent à démonter les faux-semblants sociaux (en gros : les gens biens sont des voyous comme les autres) autour d’enquêtes policières. Après, Simenon a une plume d’un autre calibre (la faute à la traduction ?) alors que l’Anglaise se caractérise par des intrigues d’une complexité supérieure. En tout cas, tout cela me donne envie de rattraper mon retard car j’ai pour l’instant lu plusieurs dizaines d’Agatha Christie contre deux Simenon.

Maigret à Vichy peut donc constituer une bonne porte d’entrée à l’univers de Simenon. Mais en fait, face à l’œuvre d’un tel auteur, y’a-t-il vraiment une entrée meilleure qu’une autre ?

TRAFIC DE RELIQUES (Ellis Peters) : Les débuts du moine détective

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traficdereliquesFrère Cadfael est un des premiers personnages du type « détective historique » puisque ses enquêtes nous mènent au cœur de l’Angleterre du XIIème siècle. Il a été crée en 1977 par Ellis Peters avec ce premier tome, Trafic de Reliques. Le roman ne nous présente pas encore un personnage ou une intrigue tout à fait mature, mais les prémisses du succès sont déjà là.

Le monastère bénédictin de Shrewsbury souffre d’un handicap majeur. Il ne recèle pas en son sein de reliques susceptibles d’attirer les pèlerins et leurs donations. Le Pays de Galles voisin, lui, en compte des centaines un peu partout. Un beau jour, Sainte Winifred apparaît à un des moines et lui ordonne d’aller chercher et de ramener ses ossements. Une délégation est alors envoyée dans ce but, mais va se heurter à l’hostilité du seigneur des lieux. Ce dernier est retrouvé mort assassiné le lendemain. Le signe d’une vengeance divine pour certain. Mais frère Cadfael pense très rapidement que la vérité est ailleurs.

Trafic de Reliques reprend les éléments d’un polar classique avec son crime, son mobile à déterminer puis enfin un coupable à confondre. Que le tout se passe en plein moyen-âge ne change pas grand-chose au fond. Les amateurs du genre ne seront pas déçus et trouveront là leur petit jeu préféré. Frère Cadfael est un détective qui en vaut bien d’autre et, tel un Hercule Poirot, se base sur les éléments matériels et une grande attention aux comportements humains pour dénouer les fils du mystère.

Cet aspect de Trafic de Reliques ne réserve donc pas de grande surprise. Cela constitue le fil rouge principal et il est assez solide pour que la lecture reste un plaisir. Le suspense n’est pas non plus insoutenable et l’intrigue suscite plus de la curiosité qu’une véritable passion. Le dénouement n’est pas non plus hyper surprenant et on ne peut pas dire que le roman est parcouru de bout en bout par une insoutenable tension.

Mais ce qui aurait pu faire la différence ce sont évidemment tous les à-côtés, les personnages et le contexte historique. J’ai déjà lu un autre roman de la série (l’Apprenti du Diable) et il m’avait fait une meilleure impression. Ellis Peters ne semble pas encore tout à fait sûr de la personnalité qu’il souhaite donner à Frère Cadfael. Il porte déjà son regard détaché de l’hypocrisie de la vie monastique, du à une vocation survenue sur la fin d’une vie pleine d’aventures. Mais il le fait ici avec moins d’acuité et sans l’ironie mordante qui a fait le succès de cette série.

Trafic de Reliques laisse donc quelque peu le lecteur sur sa faim. Il s’agit certes d’un premier épisode, on peut donc aisément pardonner les imperfections et les hésitations. Il est tout à fait possible que s’il avait été le premier de la série que j’avais lu, il m’aurait fait bien meilleure impression, puisque je n’aurais pas pu comparer avec les tomes suivants. On sent cependant le potentiel du personnage et savoir qu’il a été bien mieux exploité par la suite (enfin au moins dans l’épisode que j’ai lu) permet de relativiser les défauts de cet épisode.

Je ne sais donc pas s’il faut conseiller Trafic de Reliques à ceux qui voudraient découvrir les enquêtes de Frère Cadfael. Commencer par le commencement peut paraître logique, mais les lecteurs impatients seront peut-être déçus. En tout cas, cette série reste indispensable pour tous les amateurs de polars historiques.

 

MOTEL 007 (Ian Fleming) : James Bond vu par la une James Bond Girl

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motel007Poursuite de l’exploration des romans originaux écrits Ian Fleming et mettant en scène le plus célèbre espion, avec ce dixième roman de la série des James Bond : Motel 007. Peut-être le plus anecdotique et qui s’apparente plus à une longue nouvelle, mais aussi le plus original sur la forme.

Vivienne Michel doit garder un motel pour la nuit avant le retour des propriétaires le lendemain. Frappent alors à sa porte deux hommes qui se font passer pour des experts en assurance, mais qui se révèlent bientôt être en fait deux gangsters chargés de mettre le feu au bâtiment et de maquiller ça en accident dont la jeune femme serait responsable. Un plan simple, mais qui n’avait pas anticipé l’arrivée impromptu d’un voyageur anglais.

Motel 007 a comme titre original « The Spie who Loved Me », soit en français, l’Espion qui m’aimait. Le amateurs de James Bond auront reconnu le titre d’un des films, mais ne verront pas vraiment le rapport entre le synopsis du livre et celui du film. C’est tout à fait normal car il n’y en a aucun. Ian Fleming était tellement mécontent de son roman qu’il a demandé aux producteurs de ne reprendre que le titre et rien qui soit en rapport avec l’histoire originale… Ce qui fut fait…

Il est vrai que Motel 007 n’est certainement pas un grand roman. En dehors de tout autre contexte, il n’aurait même aucun intérêt. Simplement, Ian Fleming a essayé ici de proposer une forme totalement différente des autres épisodes de la série. En effet, le récit est raconté à la première personne, mais le narrateur n’est en rien James Bond, mais Vivienne Michel. D’ailleurs, elle commence par raconter sa vie depuis sa naissance et ses différentes mésaventures sentimentales et on se demande bien alors quel sera le rapport avec notre agent secret préféré. Ce dernier n’interviendra que dans seconde moitié du roman.

L’idée à la base de Motel 007 aurait pourtant pu se révéler excellente. En effet, elle permet de voir ce personnage déjà fort célèbre à l’époque avec un regard extérieur. Ce dernier se caractérise notamment par son charme irrésistible et ses conquêtes féminines multiples (même si ce trait de caractère est né avec l’adaptation cinématographique et n’était pas du tout omniprésent dans les premiers romans). Du coup, adopter le regard d’une « James Bond Girl » aurait pu vraiment casser la routine de cette série de romans d’espionnage au final très classique sans la renommée de son personnage principal.

Malheureusement l’idée reste totalement sous-exploitée. La faute à une intrigue très simpliste et qui ne ménage quasiment aucun suspense. On se doute bien que les deux gangsters de bas étage ne vont pas triompher d’un espion de haut niveau qui d’ailleurs vient se jeter dans la gueule du loup en toute confiance. En plus, cette partie où l’action commence enfin n’occupe que le dernier tiers d’un roman certes très court, mais qui ne nous avait pas du tout passionné jusqu’à présent. Cela met un peu d’animation, mais cela ne soulève toujours pas le grand enthousiasme.

Restent tout de même quelques réflexions sur ce bel étranger qui fascine immédiatement la narratrice. Mais là encore, ça reste très basique. On sent bien là les limites du talent de Ian Fleming qui a donné naissance à un personnage légendaire, mais plus par hasard que par le talent de sa plume. L’idée de base était bonne, mais il se montre incapable d’en tirer le maximum, de véritablement faire preuve d’humour, d’originalité ou d’auto-dérision. Le fait qu’il est lui même était très insatisfait du résultat montre bien à quel point Motel 007 est passé à côté de quelque chose qui aurait pu vraiment se démarquer du reste de la série.

Au final, Motel 007 est un objectivement un mauvais roman, mais aussi une curiosité littéraire qui pourra titiller celle des fans du mythe.

CASIORA 2 (Juliette Ninet) : Le mérite d’essayer

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casiora2Dans la série, je suis un parfait masochiste, voici ma critique du 2ème tome de Casiora, une trilogie qui restera, a priori, à jamais inachevée. Je l’ai découvert après avoir lu par hasard le premier volet, mais je me suis tout de même procuré le volume suivant. J’aime bien perdre mon temps et de l’argent diront certains, mais bon, j’avais très envie de lire la suite. Après libre à moi d’imaginer le dénouement. Enfin entre temps, il y a ce second épisode qui confirme que de toute façon la saga n’allait pas changer la face de la science-fiction.

L’armée bexiane est toujours à la recherche de la mystérieuse boîte noire dont les pouvoirs apparaissent de plus en plus destructeurs. Luc et Cléis qui la déteignent voient l’étau se resserrer autour d’eux. Mais à d’autres coins de l’univers, le destin d’autres personnages semble être lié l’arme mystérieuse.

Casiora, tome 2 proposer la même structure que le premier tome avec une multitude d’intrigues parallèles. Si dans le premier volet, elles semblaient sans relation les unes par rapport aux autres, elles se lient ici peu à peu. Le récit renforce donc sa cohérence, ce qui donne plus d’épaisseur et d’intérêt à l’intrigue. Du coup, si on était entré dans le tome précédent, on ne risque pas d’en sortir ici. On retrouve simplement cette impression de calme avant la tempête, classique pour l’épisode central d’une trilogie, coincé entre la découverte totale d’un univers et de personnages et un final où tout s’accélère. Sauf que ce dernier n’existera sûrement jamais…

Casiora, tome 2 possède les mêmes limites que le premier volet. Le récit, les thèmes abordés, les personnages, les péripéties, tout cela est très classique et il est vrai que ce récit n’a rien d’innovant. Les plus méchants parleront de recyclage pur et simple. Je dirais simplement que l’on trouve ici ce à quoi on pouvait s’attendre et rien que ça. Il y a bien une tentative de mélanger science-fiction et heroic fantasy, mais là encore, Juliette Ninet n’est pas la première à s’y essayer et il y a longtemps que la frontière entre les deux domaines et devenue floue.

Ce qui a peut-être tué l’ouvre et la carrière de Juliette Ninet (à propos de laquelle je n’ai trouvé strictement aucun renseignement sur le net), c’est un style parfois un peu approximatif. Si vous parcourrez d’autres critiques, vous tomberez sur quelques avis assassins, à la limite méchant, se moquant notamment d’erreurs récurrentes quant à la concordance des temps. Personnellement, cela ne m’a pas choqué plus que ça et aucune faute de syntaxe n’a pas littéralement sauté à la figure. Après, c’est sûr que ce n’est pas spécialement bien écrit. Mais enfin, on trouve par ailleurs sur le marché bien des livres pour lesquels on pourrait formuler exactement les mêmes reproches.

Pourquoi avoir écrit cet avis sur un livre que je ne peux vous conseiller de lire puisqu’il n’a pas de fin ? Je me dis que cette jeune femme (enfin, je subodore qu’elle ne devait pas être très âgées quand elle a écrit ça) a fait ce que beaucoup de fans de science-fiction et de fantasy rêvent vaguement de faire sans jamais l’oser. Moi, le premier, avec mon rythme d’écriture à un chapitre par an. Alors peut-être qu’elle n’était pas un génie de la littérature et qu’elle a désormais un « vrai » métier, mais elle aura eu au moins le courage d’essayer.

J’aurais vraiment aimé savoir où toutes les péripéties de Casiora 2 étaient censées nous mener. Je ne le saurais jamais. Cela ne va pas m’empêcher de dormir. Mais si seulement, ça pouvait me motiver pour écrire…

LE DERNIER TEMPLIER : Un beau gâchis final

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lederniertemplierLe succès du Da Vinci Code a fait se multiplier les romans situé autour des mystères religieux et les zones d’ombre qui pèse sur l’histoire du catholicisme. Le Dernier des Templiers se situe dans cette droite lignée et on peut même penser que Raymond Khoury a délibérément choisi de surfer sur cette vague. Sauf qu’il s’agit d’un manuscrit d’abord refusé par les éditeurs en 1996, avant d’être publié en 2005 et de connaître un grand succès commercial. Comme quoi il ne faut pas être dans l’air du temps avant l’heure. Au final, on est là devant un roman très agréable à lire, mais qui s’est achevé pour moi par une grosse déception.

Au Metropolitan Museum de New York, on inaugure une grande exposition sur des trésors venus du Vatican. Soudain, quatre cavaliers en costume de templier surgisse, dérobe plusieurs objets et en viennent même à décapiter un des vigiles d’un coup d’épée. Très vite, Sam Reilly, agent du FBI, et Tess Chaykin, archéologue, vont se mettre sur la piste de ces mystérieux voleurs.

Quand on lit le synopsis de Le Dernier des Templiers, on n’a vraiment du mal à se dire qu’il n’a pas été directement inspiré par l’œuvre de Dan Brown, tant les similitudes sont nombreuses. Visiblement, ce n’est pas le cas, mais il n’est guère utile de polémiquer deux cents ans sur ce point-là. De toutes les manières, cela ne retire rien aux qualités de ce roman… ni à ses défauts. La forme est hyper classique, le fond aurait pu être original s’il n’était pas autant à la mode.

Le Dernier des Templiers reste tout de même avant tout un mélange entre un roman policier et un roman d’aventures. Poursuivre la trace d’un coupable, tout en voyant du pays, voilà un déroulé pas franchement original. Mais quand le tout marche aussi bien, pourquoi bouder son plaisir. Le récit reste rythmé, les rebondissements nombreux, même s’ils se répètent un peu parfois. On n’est pas franchement surpris, mais à la fois, on y trouve exactement ce que l’on y attendait, il serait donc assez hypocrite de jouer les déçus. Surtout que le tout est tout de même solide et bien construit.

Ensuite, le tout est complété sur une exploration des mystères religieux. Ceux-ci sont intimement liés à l’intrigue puisqu’ils constituent le mobile des protagonistes. Ils se dévoilent peu à peu, de manière très progressive et constante, avant la grande explication finale. Là encore, Le Dernier des Templiers est vraiment bien foutu, solidement documenté et plutôt convaincant. Il suffit d’avoir vu les documentaires réalisés par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur pour ne pas apprendre non plus grand chose de révolutionnaire. Mais au moins, on peut constater que Raymond Khoury sait de quoi il parle.

Le style de Raymond Khoury est vraiment agréable à parcourir. Le Dernier des Templiers peut apparaître comme un pavé, mais les chapitres sont courts et il se lit donc beaucoup plus rapidement que ce que l’épaisseur de l’ouvrage donnait à penser. Le style est alerte, ne s’embarrasse que très peu de descriptions. La psychologie des personnages est un peu sommaire, ce qui peut apparaître comme une limite, mais qui a l’avantage d’alléger l’écriture et de la concentrer sur l’avancée de l’intrigue.

Alors pourquoi ne pas être totalement enthousiaste face à tant de qualités. Personnellement, j’ai trouvé le Dernier des Templiers gâché par un dénouement qui se veut être un rebondissement, mais qui vient en fait détruire une large part du propos. Pour faire simple, on passe d’une réflexion qui bouscule les conventions à une conclusion simpliste et lénifiante. Du coup, tout ce qui a précédé semble vain et nous laisse sur une sensation amère de déception, voire même un peu de colère. Raymond Khoury prend un peu son lecteur pour un con et ce dernier lui en veut un tantinet…

Le Dernier des Templiers a connu une suite. Je suis partagé entre l’envie de m’y plonger et l’envie de bouder face à cette fin qui est venue tout gâcher. Parce que revivre une déception similaire serait particulièrement désagréable.

RUTLAND PLACE (Anne Perry) : Le charme à l’anglaise opère toujours

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rutlandplaceanneperryAh il s’en passe de belles dans les riches demeures du Londres de l’époque victorienne. Si vous en doutez, c’est que vous ne connaissez pas encore Anne Perry et sa série de romans policiers mettant en scène l’Inspecteur Pitt et son inénarrable femme, Charlotte. Un couple que l’on a toujours plaisir à retrouver. Un plaisir renouvelé une nouvelle fois avec ce Rutland Place.

Charlotte rend visite à sa mère qui semble étonnamment inquiète. Elle finit par avouer qu’elle vient de perdre ou de se faire voler un médaillon contenant un secret inavouable. Très vite, elles vont s’apercevoir que tout le quartier est touché par une série de disparitions d’objets personnels divers et variés. Et quand une jeune femme est retrouvée morte pour des raisons obscures, Charlotte commence à se demander si tous ces évènements ne sont pas liés.

Anne Perry se situe dans la grande tradition des romancières anglaises, filles spirituelles d’Agatha Christie. Rutland Place, comme les tomes précédents, fait forcément penser à la maman d’Hercule Poirot. Mais il y a une vraie différence entre les deux puisque l’une aimait les huis-clos dans une seule et même demeure, quand sa successeur nous fait toujours découvrir tout un quartier d’un coup. Mais les deux s’attachent à nous montrer l’hypocrisie d’un milieu où les conventions sociales étouffent totalement l’expression des sentiments, y compris les passions les plus enflammées qui peuvent conduire jusqu’au meurtre.

La grande qualité de Rutland Place repose avant tout sur la manière dont Anne Perry déroule et étoffe progressivement son intrigue qui part sur des bases très anodines. Puis les évènements visiblement sans lien se rassemblent et constituent peu à peu un corps narratif plus consistant. Ensuite, le récit se poursuit de manière beaucoup plus classique. Ce roman est donc un peu un double puzzle : un qui dessine la nature du crime, l’autre, évidemment, l’identité du coupable et ses motivations. Ainsi l’intérêt du lecteur est toujours en éveil, dans un récit qui aurait pu pourtant ressembler à tant d’autres.

Après, évidemment, Anne Perry ne produira jamais de très grande littérature. Rutland Place n’échappe pas à la règle. Cela reste du polar gentillet et divertissant, se lisant à grande vitesse, pas complètement inoubliable, mais qui permet de passer un agréable moment. Le charme de ce genre de série tient aussi dans le plaisir que l’on a à retrouver les principaux protagonistes. Le couple Pitt fonctionne toujours aussi bien, même si le ressort narratif qu’il active reste un peu toujours le même. Mais Anne Perry a la très bonne idée de moins se focaliser sur ses personnages et un peu plus sur l’intrigue. Du coup, on échappe largement à l’impression de déjà vu. De plus, ce roman peut très bien se lire, même si on n’a pas déjà parcouru les épisodes précédents de la série, même si, du coup, les héros pourront sembler décrits un peu succinctement.

La plume d’Anne Perry reste légère et agréable. Le récit est vivant, construit surtout à base de dialogue. Là aussi, on reconnaîtra la trace d’une tradition née avec Agatha Christie. Rutland Place se lit vraiment vite et il est difficile de l’imaginer comme cause première de la moindre migraine. Il nous livre une nouvelle galerie de portraits, les habitants de la rue, mais toujours de manière aussi vivante et savoureuse. Encore une fois, on retrouve un peu les mêmes archétypes que dans le reste de la série, mais le charme continue d’agir, alors on ne se plaint pas trop.

Même si l’hiver est là, Rutland Place constitue une lecture légère, parfaite pour la plage, mais qui peut aussi agrémenter une petite soirée au coin du feu… avec un bon thé… à l’anglaise.

LES CHRONIQUES DE KRONDOR, TOME 4 : TENEBRES SUR SETHANON (Raymond E. Feist) : Une conclusion après rebond

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tenebressursethanonraymondefeistTénèbres sur Sethanon constitue 4ème tome des Chroniques de Krondor qui ont donné vie au monde de Midkemia, exploité par Raymond E. Feist à travers de nombreuses suites. Après un troisième volet, Silverthorn quelque peu décevant, cette conclusion provisoire place définitivement cette saga d’heroic fantasy dans les œuvres solides du genre. Le petit coup de moins bien était donc provisoire et c’est tant mieux !

Les Faucons de la Nuit sont de retour à Krondor et tentent une nouvelle fois de tuer Arthura, afin d’accomplir la prophétie. Ils finissent par arriver à leur fin. Du moins, c’est ce que leur laisse penser le Prince, qui simule son propre décès pour quitter la ville et se rendre dans les lointaines terres du Nord pour terrasser directement son ennemi. Pendant ce temps, Pug, aidé de Tomas, part à la recherche du seul être capable de les aider à défendre le Royaume contre les forces qui le menace : Macros le Noir.

Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon confirme donc que les promesses des deux premiers épisodes n’étaient pas vaines. On y retrouve un récit solide, rythmé, riche en péripéties et rebondissements. Le fait que l’on arrive à l’achèvement d’un cycle aide évidemment à accélérer les évènements, mais Raymond E. Feist retrouve réellement toute l’inspiration qui avait séduit au début de la saga. Au final, le troisième tome n’aura donc constitué qu’un ralentissement passager, mais absolument pas une rupture.

Une des grandes qualités de Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon est d’exploiter pleinement les éléments restés en suspens lors des épisodes précédents. Je ne jurerai pas sur ma propre existence que Raymond E. Feist savait dès la première ligne de Pug, l’Apprenti où il allait finir par conduire son récit, mais ce dernier possède tout de même une vraie cohérence. Jamais il ne s’affranchit de ce qu’il a pu exposer précédemment et y puise au contraire constamment pour donner toujours plus de consistance à l’univers qu’il a créé.

Comme le reste de la saga, Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon souffre d’un léger manque d’originalité. Ce n’est pas vraiment un défaut, mais une réelle limite. On est en effet ici devant de l’heroic fantasy pure et dure, sans jamais utiliser autre chose que des éléments ultra classiques. Encore une fois, le tout forme un récit dans lequel on entre facilement et un monde cohérent et solide, mais qui ne dépaysera pas tant que ça les vrais amateurs du genre.

A l’inverse, Raymond E. Feist possède tout de même une plume bien plus aiguisée que beaucoup de ses collègues qui ne jurent que par les elfes et les dragons. Le récit est vivant, se parcourt sans difficulté, malgré sa richesse. La partie descriptive a été largement achevé lors des trois tomes précédents, du coup, Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon laisse une très large part à l’action pure. Evidemment, on n’échappe pas aux explications finales du pourquoi du comment, mais elles sont suffisamment convaincantes pour ne pas du tout alourdir le récit.

Je suis donc définitivement heureux d’avoir entamé ce voyage à Midkémia. Les Chroniques de Krondor, tome 4 : Ténèbres sur Sethanon n’est sûrement pas l’œuvre d’heroic fantasy du siècle. Mais elle possède assez de qualités pour pousser le lecteur à vouloir poursuivre sa route dans ce monde.

L’ETOILE DE PANDORE, TOME 4 : JUDAS DEMASQUE (Peter F. Hamilton) : Une fin en apothéose

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letoiledepandore4Il arrive très souvent qu’en commençant une saga qui s’annonce longue, l’auteur ne sache pas exactement où son récit va le mener. Cela est d’autant plus difficile quand il ouvre maintes et maintes sous-intrigues qui devront toutes trouver une conclusion cohérente avec tout le reste. Et lorsque c’est le cas, le lecteur le sent bien et le dénouement est alors frustrant et décevant. On aurait pu craindre une telle fin malheureuse pour l’Etoile de Pandore qui s’achève avec Judas Démasqué. Il n’en est rien et on a au contraire droit à une véritable apothéose.

Le Commenwealth est tout juste en train de mettre au point une véritable flotte de combat qu’il essuie une seconde attaque, de plus grande ampleur encore, de la part des Primiens. La survie même de l’humanité est en danger. Mais le péril vient aussi de l’intérieur, où l’existence réelle de l’Arpenteur devient chaque jour un peu plus probable. Mais les ennemis d’hier pourront-ils s’allier pour se débarrasser de cette menace ?

Si la lecture des trois premiers tomes m’avait déjà fait dire que l’Etoile de Pandore constituait une des tous meilleures séries de science-fiction qui soit, ce quatrième et dernier tome, Judas Démasqué, rend cet état de fait définitivement certain et incontestable. J’ai toujours souligné la richesse des intrigues et sous-intrigues et à force d’ouvrir des portes, on se demandait si Peter F. Hamilton arriverait à toute les refermer de manières satisfaisantes. A la lecture de ce livre, on est désormais sûr que, depuis la première ligne, il savait où tout cela allait mener. Tous les éléments apparus précédemment prennent ici tout leur sens et il est évident que tout cela ne s’est pas fait au hasard ou au petit bonheur la chance.

L’Etoile de Pandore forme donc une œuvre d’une remarquable cohérence. Les quatre tomes ne s’empilent pas, ils se succèdent dans une totale fluidité pour nous compter une seule et même histoire, où chaque détail compte. Du coup, la lecture de Judas Démasqué est un vrai bonheur pour tous ceux qui ont apprécié les trois tomes précédents. Passionnant dès la première ligne, on l’avale d’une seule traite, impatient de voir toutes les questions que l’on se pose trouver réponse et toutes les intrigues trouver une conclusion. Jamais ces dernières ne sont bâclées ou semblent sortie de nulle part. Jamais le lecteur n’a l’occasion de lever le nez de son livre pour exprimer la moindre déception. Au contraire, il plonge de plus en plus profondément dans un récit qui l’avait déjà happé dès le premier tome.

Si Peter F. Hamilton brille donc dans la construction du récit, son style contribue lui aussi au caractère très immersif de L’Etoile de Pandore, tome 4 : Judas Démasqué. J’ai déjà souligné à quelle point son écriture est claire malgré la foule de personnages et d’intrigues croisées. Ceci prend encore une autre dimension quand les lignes narratives fusionnent jusqu’au dénouement final. Jamais cela ne se passe dans la confusion et au fur et à mesure que les intrigues se resserrent, l’intérêt du lecteur se renforce. Les dernières pages apportent une conclusion à la hauteur des quatre tomes précédents et ceci vraiment assez rare pour être souligné.

Avec Judas Démasqué, la lecture de l’Etoile de Pandore devient définitivement indispensable à tout amateur de science-fiction qui se respecte. Et pour ceux qui n’y goûte que très rarement, avec cette saga, il seront sûrs de faire le bon choix et de ne pas s’attarder sur une œuvre de seconde zone. A la fois très classique et particulièrement inventive, elle brille par sa richesse, ses rebondissements innombrables et sa tension narrative constante, même si le troisième tome est un tout petit peu moins intense. Mais c’était vraiment le calme avant la tempête.

J’ai découvert l’Etoile de Pandore par hasard. Mais ce quatrième et dernier tome, Judas Démasqué finit de me convaincre que parfois il fait bien les choses.