FANTASIA CHEZ LES PLOUCS (Charles Williams) : Une courte tranche de rire

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fantasiachezlesploucsPour ceux qui ne connaîtraient pas encore l’anecdote, j’ai récupéré il y a deux ans maintenant une bonne cinquantaine de romans, abandonnés sur le trottoir par mes anciens voisins… Crime contre l’humanité certes, mais qui au final m’a bien profité, puisque leurs goûts littéraires étaient plutôt bons. Je lis donc régulièrement des bouquins issus de ce stock, dans un ordre qui tient totalement du hasard. Parmi eux, un Folio junior. Je l’ai regardé d’un air un peu circonspect, puisque malgré mon statut d’adulescent invétéré, je suis quand même passé depuis longtemps à des lectures plus adultes. Et puis bon, je me suis dit que ce Fantasia Chez les Ploucs serait vite lu, alors je ne prenais guère de risque. Et au final, j’ai surtout bien ri.

En pleine prohibition, Billy est un jeune garçon qui vit seul avec son père, dont la seule occupation est de fréquenter les champs de courses. Après avoir failli être séparés par la police, ils partent au fin fond de l’Alabama, dans la ferme de Sagamore, l’oncle de Billy. Cela ne doit constituer qu’une étape sur la route qui mène à la Côte Est, mais le séjour va finalement s’éterniser faute d’argent. Jusqu’à ce que débarquent le Docteur Severance, et sa nièce, Miss Harrigton dont le physique et sa propension à se balader vêtue uniquement d’un minuscule maillot de bain.

Fantasia Chez les Ploucs repose sur un procédé humoristique à la fois classique et simple. L’histoire est rapportée par Billy, jeune garçon pur et innocent, qui prend tout ce que l’on lui dit au pied de la lettre. Or il est entouré de personnes peu recommandables dont le mensonge et la dissimulation sont les premiers passe-temps. Il n’hésite pas à donner son point de vue sur les évènements de manière totalement décalée par rapport à ce que nous comprenons, nous, adultes, déjà pervertis par la société.

En fait, Fantasia Chez les Ploucs est typique d’une œuvre dont la lecture peut se faire à deux niveaux. Les plus jeunes trouveront cela amusants, surtout que la forme du roman, assez court, écrit dans un vocabulaire simple, est vraiment adaptée pour eux. Les plus âgés comprendront de manière beaucoup plus profonde tout le second degré de Fantasia Chez les Ploucs, notamment quelques allusions plus sexuelles. Après, il faut voir si le lecteur adulte arrive à aller au-delà de l’aspect grosse farce enfantine que ce roman revêt souvent. Globalement, l’humour reste majoritairement premier degré et très accessible.

Comme je l’ai évoqué plus haut, le style de Charles Williams, comme il s’adresse à un lectorat assez jeune est assez simple et directe. Personnellement, j’ai lu ce roman le temps d’un voyage en car entre la France et l’Allemagne et il m’a permis de trouver le temps beaucoup moins long. C’est sûr qu’il ne vous offre pas des heures et des heures de grande littérature, mais si un jour quelqu’un a l’idée d’offrir ce livre à votre gamin, n’hésitez pas à le lui piquer une fois qu’il aura fini.

La plus belle réussite de Fantasia Chez les Ploucs reste sa galerie de personnages certes très caricaturaux, mais variés et qui fonctionnent à merveilles. Charles Williams nous décrit à la fois avec tendresse et moquerie l’Amérique très profonde. Sous leurs aspects grossiers et un peu simplets, les protagonistes emploient souvent des trésors d’imagination et de finesse pour arriver à leur fin. Du coup, on apprend à s’y attacher, alors qu’à première vue, ils nous ont semblés plutôt antipathiques.

Charles Williams est un auteur policier qui a connu étonnamment en France un grand succès… cinématographique. Si Fantasia Chez les Ploucs a fait l’objet d’une très mauvais adaptation par Gérard Pirès en 1971, avec Lino Ventura, Jean Yanne et Mireille Darc, ses romans ont formé la base

des scénarios de plusieurs classiques du cinéma hexagonal comme L’Arme à Gauche de Claude Sautet ou Vivement Dimanche ! de François Truffaut.

Fantasia Chez les Ploucs est donc un roman familial très drôle, à défaut d’être hyper subtil. Se lisant rapidement et facilement, on lui pardonnera aisément ces quelques faiblesses et son ton parfois enfantin.

LES CHRONIQUES DE KRONDOR, TOME 3 : SILVERTHORN (Robert E. Feist) : Un petit coup de mou dans la saga

silverthorn

silverthornJuger objectivement un épisode isolé d’une saga est toujours un exercice difficile. En effet, si la série nous plaît et nous passionne, on va être forcément plus indulgent quand un épisode est un peu plus faible. On sera tout de même heureux de voir l’intrigue avancer et de retrouver des personnages que l’on apprécie. Je vais donc essayer de faire abstraction du contexte pour vous parler de Silverthorn, troisième tome des Chroniques de Krondor. Car si j’ai eu une nouvelle fois beaucoup de plaisir à lire cette œuvre de Raymond E. Feist, il faut bien avouer qu’elle n’est pas tout à fait de la même qualité que les deux tomes précédents.

Après la guerre de la Faille, la paix semble régner et le Prince Arthura va pouvoir enfin épouser Anita. Mais dans les rues de Krondor, un mystérieux complot semble naître voulant à tout prix empêcher cette union. Les assassins de la Fraternité des Ténèbres semblent être derrière tout cela, mais, dans l’ombre, des forces bien plus terrifiantes sont à l’œuvre.

Dans une saga, il y a souvent un tome où le récit marque quelque peu le pas et perd en intensité. Cela permet au lecteur de reprendre son souffle, mais cela est parfois source d’une grande frustration. On a toujours envie que les évènements se précipitent et nous emmènent vers de nouveaux rebondissements, puis finalement vers le dénouement. Tout ralentissement nous fait donc trépigner et maudire l’auteur qui n’arrive plus à contenter notre appétit. Les Chroniques de Krondor n’auront donc pas échapper à cette règle. Il faut juste espérer que le quatrième tome saura repartir de plus belle.

Les Chroniques de Krondor, tome 3 : Silverthorn donne donc un petit coup de mou à cette très bonne saga par ailleurs. On repart sur nouveau cycle, il y a donc beaucoup de choses à mettre en place. Cependant, Raymond E. Feist le fait avec moins de punch que précédemment. Le train dur récit est beaucoup plus pépère et donc cela donne une impression de délayage. Et comme on est déjà familier avec cet univers et la plupart des personnages, il n’y a plus ce plaisir de la découverte qui pourrait totalement compenser. L’univers est encore enrichi, mais on a perdu cette sensation de dépaysement.

Encore une fois, j’ai quand même pris beaucoup de plaisir à la lecture de Les Chroniques de Krondor, tome 3 : Silverthorn. Car si le rythme a baissé, les évènements relatés conservent leurs qualités : l’univers est cohérent, le récit solidement construit et les personnages échappent aux clichés du genre. On est pourtant vraiment dans un univers à la Tolkien avec ces nains, elfes et autres gobelins. Mais Raymond E. Feist a su réellement créer un univers bien à lui. Il recycle et réinvente et ne donne jamais dans la pâle copie.

Le style de Robert E. Feist reste très agréable à lire. Ce n’est pas de la grande littérature, mais cela vaut beaucoup mieux que la plupart des œuvres de ce genre. On appréciera en particulier la très grande clarté du récit qui nous emmène certes dans un univers imaginaire, mais n’y perd jamais le lecteur. Pas d’ellipses ou de références incessantes à des détails donnés deux tomes plus tôt dont on est censé se souvenir. Seul le fonctionnement politique de cet univers est un tantinet complexe, mais on arrive tout de même à s’y retrouver dans trop de difficultés.

Les Chroniques de Krondor, tome 3 : Silverthorn en ouvrant un nouveau cycle donne vraiment envie de découvrir la suite au plus vite. Mais on entre avec beaucoup moins d’enthousiasme que dans le précédent. Mais espérons que le dernier tome saura nous faire entrer à nouveau totalement dans un univers, dont on n’est de toute façon jamais totalement sorti.

FAUX REBOND (Harlan Coben) : Invraisemblances divertissantes

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fauxrebondA défaut d’être de grands auteurs à la plume puissante, prêts à s’attaquer aux sujets les plus graves et les plus complexes, de nombreux écrivains se contentent d’être tout simplement de formidables narrateurs. Savoir raconter une histoire n’est pas donné à tout le monde et on connaît tous des gens qui savent transformer la moindre anecdote insignifiante en récit passionnant et d’autres incapables de vous intéresser aux sujets qu’ils abordent quels qu’ils soient. Harlan Coben fait incontestablement partie de la première catégorie.

Faux rebond, troisième tome des aventures de Myron Bolitar est là pour le prouver.Myron Bolitar aurait du devenir une star du basket sans une vilaine blessure à l’aube de sa carrière. A la place, il est devenu mi-agent sportif, mi-détective privé. Alors quand, dix ans plus tard, Clip Arntein, directeur des New Jersey Dragons, lui propose de revenir sur les parquets, c’est inespéré. Mais il y a évidemment une contrepartie. L’obligation d’enquêter sur la disparition mystérieuse de la star de l’équipe, et ancien grand rival de Myron au temps de l’université, Greg Dowming.

Autant le dire tout de suite, Faux Rebond est sûrement un des romans les plus invraisemblables que je n’ai jamais lu. Ca ne tient pas de debout une seule seconde, tout y est aussi réaliste qu’une victoire de Arles-Avignon en Ligue des Champions. Le coup de « vous n’avez pas joué depuis dix ans, mais ce soir, vous êtes sur un parquet de NBA » peut vraiment faire rire… mais voilà, on s’en fout, car malgré tout, cela fonctionne.

Faux Rebond est donc une manifestation de ce que j’appelle toujours « le phénomène James Bond », c’est à dire la capacité d’une histoire qui défie toutes les lois des probabilités à divertir car assez bien construite pour que l’on pardonne toutes les incohérences. C’est là que l’on voit le génie de Harlan Coben, ce petit plus qu’il fait qu’il sort du lot dans un genre littéraire où les auteurs se bousculent quelque peu au portillon. Son humour, son sens du second degré aide largement à faire oublier tout ce qui défie la vraisemblance.

Après, soyons clair, Faux Rebond n’est sûrement pas ce que Harlan Coben a écrit de meilleur. C’est un peu moins bien que Balle de Match, le volet précédent de la série Myron Bolitar. Mais globalement, ça reste de très bonne facture, c’est terriblement divertissant et se lit avec une facilité déconcertante. Ce n’est définitivement pas de la grande littérature mais ça glisse tout seul, comme le bon jus de pomme, même s’il n’aura jamais rien à voir avec un grand vin. On retrouve avec plaisir les personnages de la série, toujours aussi attachants. Bref, ce n’est pas la pierre angulaire de la série, mais une jolie pierre à l’édifice.

Pour arrêter les métaphores à trente centimes d’euros et pour être plus précis, ce qui pêche un tantinet dans Faux Rebond, c’est le suspense qui s’étiole un peu au fur et à mesure. Non pas que l’on devine le dénouement mot de l’histoire des dizaines de pages avant la fin, disons plutôt qu’on se désintéresse quelque peu de l’intrigue principale pour plutôt se focaliser sur les histoires parallèles. Du coup, le récit part un peu dans tous les sens et on a du mal à être totalement passionné. On est donc loin d’un Ne le Dis à Personne.

Balle de Match est donc à conseiller à tous ceux qui aiment les polars légers, qui se lisent facilement, mais qui ne grave pas durablement les mémoires.

L’ETOILE DE PANDORE, TOME 3 : JUDAS DECHAINE (Pter F.Hamilton) : Le calme avant la tempête

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letoiledepandore3Dans une tétralogie située dans un monde imaginaire, le troisième tome permet généralement au lecteur de s’y attarder quelque peu. En effet, on sait bien que le dernier tome sera essentiellement consacré à l’action qui mène au dénouement et laissera peu de temps pour apprécier le décor dans laquelle elle se déroule. L’Etoile de Pandore, tome 3 : Judas déchaîné se situe exactement dans cette logique. Le récit perd un peu de son rythme, mais pour prendre le temps de mettre en place les éléments qui préparent l’apothéose finale qui s’annonce.

Le Commonwealth est sous le choc après la perte de 23 planètes suite à l’attaque des Primiens. La marine lance alors un plan pour se doter d’une flotte prête à contre-attaquer. Mais dans les coulisses, les intrigues se multiplient alors que planent de plus en plus la menace du mystérieux Arpenteur, dont de plus en plus de gens sont convaincus de l’existence.

L’Etoile de Pandore est une des meilleures séries de science-fiction que je connaisse. On m’a d’ailleurs assuré récemment que le final serait à la hauteur de mes espérances. En attendant, ce troisième tome, Judas Déchaîné, est peut-être moins enthousiasmant, mais semble constituer une pièce essentiel du récit. Après avoir ouvert beaucoup de récits parallèles, il était temps pour Peter F. Hamilton de les relier entre elles pour que se dessinent le tableau qui va nous conduire au dénouement.

L’Etoile de Pandore, tome 3 : Judas Déchaîné est donc quelque peu frustrant. On aimerait arriver plus vite au fin mot de toute cette, ou plutôt ces histoires. Or, l’intrigue n’avance sûrement pas aussi rapidement qu’on le souhaiterait. Mais cela ne retire en rien nos désir de tourner les pages, bien au contraire. Peter F. Hamilton joue donc avec notre impatience pour construire son récit, tout en gardant notre intérêt intact.

Cependant, jamais le récit ne se dilue, ne perd de sa cohérence ou ne s’affaiblit comme dans certaines séries où la qualité décroît au fil des chapitres. On sent bien que Peter F. Hamilton sait où il veut nous emmener et qu’il est loin d’avoir épuisé son stock de bonnes idées. Il y a derrière tout ça une vraie maîtrise, pas de la dilution, faute de contenu. Au contraire, L’Etoile de Pandore, tome 3 : Judas Déchaîné est très dense. Simplement, l’action laisse plus la place aux relations entre les personnages. Mais c’est, à n’en doutons pas, pour mieux ré-accélérer ensuite.

La multiplicité des intrigues parallèles et des personnages ne diminuent donc en rien par rapport aux deux tomes précédents. A force, on connaît assez les différents protagonistes pour que cela ne pose plus de problèmes. Mais heureusement le roman s’ouvre une nouvelle fois sur une liste qui permet de suite qui est qui en cas de doute au fil de la lecture. Une très bonne idée pour qui a une mémoire ne serait-ce que normal.

Le style de Peter F. Hamilton continue d’être très vivant, à défaut d’être génial. En tout cas, il sait parfaitement accrocher son lecteur et le maintenir dans une impatience de tous les instants. Encore une fois, son récit est extrêmement dense, alors heureusement que sa plume ne rajoute pas une couche de lourdeur. En privilégiant les dialogues par rapport aux descriptions, il maintient un souffle constant qui nous fait dévorer les pages comme un Big Mac après un jeûne de trois jours.

L’Etoile de Pandore, tome 3 : Judad Déchaine constitue donc une sorte de calme avant la tempête. Une tempête que l’on est impatient de traverser.

CASIORA : Un début sans fin

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casioraJ’ai quelque peu hésité à écrire cet avis sur ce roman de science-fiction dénommé Casiora. Non pas qu’il soit particulièrement mauvais, mais simplement il constitue la première partie d’une trilogie qui n’a pas de fin. En effet, un deuxième tome a été publié, mais jamais le troisième. Et il ne semble y avoir plus aucune trace de l’auteur, puisqu’elle n’a rien publié d’autre et est totalement absente du net. En attendant, il reste un roman sympathique, à défaut d’être génial.

La guerre fait rage dans la galaxie de Deir-Caer. Les troupes bexanes viennent de détruire au prix de lourdes pertes une forteresse tenue par les forces Libertaires. A leur tête, le commandant Heerto qui va se révéler être en fait un agent au service de l’Empire. Mais pourquoi alors avoir conduit les troupes de ses ennemis à la victoire ?

Casiora est un roman qui compte de multiples intrigues parallèles que le récit finira par relier entre elles. La forme de ce roman est donc extrêmement classique, tout comme les personnages : un guerrier expérimenté bourru, une jeune fille embarquée dans l’aventure sans avoir rien demander, un homme dangereux dont la tête a été mise à prix, une mystérieuse femme échappée d’un monastère, un agent des services de renseignements… Tout ce beau monde est à la recherche d’un mystérieux objet qui peut changer la destinée de l’univers. Bref rien de bien original.

Casiora recycle donc bien plus qu’il invente. Il le fait cependant plutôt bien et on prend plaisir à suivre cette histoire (en oubliant que l’on en connaîtra jamais la fin…). On a fait mieux, mais le récit est assez agréable pour qu’on parcourt ce livre sans le regretter. Les personnages sont plutôt attachants, à défaut d’être inoubliables.

La plus grande qualité de l’intrigue réside dans sa capacité à entretenir une interrogation constante chez le lecteur. Les mystères se dévoilent peu à peu, mais jamais complètement. On voit bien que ce premier tome était surtout là pour mettre les éléments en place. On apprend beaucoup de choses, mais on reste sur l’impression constante que le vif du sujet est sur le point de commencer. Bon, il faudra bien que le récit finisse un jour par passer la seconde. Et si c’était prévu pour le troisième tome… Enfin, on n’en est pas encore là.

Casiora est très riche, mais a le mérite de ne pas avoir fait naître toutes les intrigues parallèles d’emblée. Le récit donne le temps au lecteur de bien situer qui sont les personnages, avant d’introduire de nouveaux protagonistes, de nouveaux lieux, de nouveaux enjeux. On ne se sent donc jamais perdu et c’est une qualité à souligner dans ce genre de littérature.

La plume de Juliette Ninet n’est certes pas exceptionnelle, mais Casiora n’est pas plus mal écrit que beaucoup d’autres publications. Je ne sais pas exactement ce qui l’a conduit à ne pas persévérer dans cette voie (il est possible que l’on ne lui ait pas trop laissé le choix), mais elle fait preuve ici d’assez d’imagination et de clarté dans le récit pour prendre plaisir à lire ce roman.

Comme je suis un peu masochiste, j’ai commandé le second tome. Enfin à 4 euros en occasion, je ne me suis pas vraiment ruiné. J’en viendrai presque à espérer qu’il soit franchement mauvais (j’ai pu lire une critique désastreuse sur le net) pour m’éviter de trop regretter l’absence du tome final. Vue les dates de parution, 2002 et 2003, il est peu probable qu’il n’arrive jamais, mais qui sait.

J’ai donc plutôt aimé ce Casiora. Mais il ne serait pas très sympa d’en conseiller la lecture, sauf pour les grands masochistes.

LE FILS DE L’HOMME INVISIBLE (François Berléand) : Court, original et réjouissant

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lefilsdelhommeinivisibleFrançois Berléand est un acteur à la carrière étonnante. En effet, s’il est présent sur nos écrans depuis les années 70, il a connu un succès phénoménal et soudain ces dernières années. Si bien qu’au début des années 2000, on ne pouvait quasiment pas voir un seul film français sans qu’il figure au casting. Cela s’est quelque peu calmé depuis, mais c’était quand même étonnant de voir ça pour un comédien qui allait vers ses 50 ans. Mais François Berléand ne sait pas que jouer la comédie. Il sait aussi écrire. Pour preuve, son seul et unique roman, le Fils de l’Homme Invisible, qui prouve que c’est un homme aux multiples talents.

Le jeune François Berléand a tout juste 11 ans quand un jour son père lui dit, au détour d’une conversation, « De toute façon, toi, tu es le fils de l’Homme Invisible… ». Quelle révélation ! Mais du coup, est-il lui aussi invisible ? Il va très vite s’en persuader… ce qui ne va pas tarder à lui attirer bien des ennuis.

Le Fils de l’Homme Invisible est une sorte de recueil de souvenirs d’enfance, racontés avec humour… mais pas que. Car que ce qui n’était qu’une imagination enfantine quelque peu débordante va se révéler être le catalyseur d’un malaise qui va le poursuivre toute son adolescence. Heureusement, François Berléand a désormais assez de recul pour nous raconter cela avec infiniment de détachement, de tendresse et de dérision.

Les Film de l’Homme Invisible est avant tout très drôle. On se délecte à chaque page des trésors d’imagination déployés par le jeune François pour justifier ses échecs et sa faculté d’auto-persuasion. Il n’est jamais à cours d’arguments envers lui-même et arrive toujours à se convaincre, même si tout lui indique son erreur. Cela a des conséquences souvent anodines, parfois plus dramatiques, mais cela nous arrache toujours un large sourire.

François Berléand nous fait part entre les lignes de la grande souffrance qu’a été son adolescence, mais d’une manière intelligente et originale. Le ton évolue tout au long de Le Fils de l’Homme Invisible car si croire de telles illusions est mignon lorsque l’on est enfant, cela devient peu à peu pathétique, lorsque les années s’accumulent. Et surtout, elles ne permettent pas de se construire en tant qu’adulte. Mais encore une fois, jamais ce livre n’est déprimant ou même triste. Le ton est toujours ironique et plein d’une auto-dérision qui n’est pas accessible à tout le monde.

Le Fils de l’Homme Invisible est un roman très court, on est presque à la limite de la longue nouvelle. Du coup, François Berléand n’a pas le temps d’épuiser l’idée de départ, ni de s’appesantir de trop et du coup tourner en rond. C’est vif et va droit au but. Cela se lit donc d’autant plus avec un grand plaisir, surtout la plume de l’auteur est elle aussi très agréable. Ajouté à l’originalité du sujet, on tient là un petit concentré de bonheur littéraire à consommer sans modération.

On peut facilement imaginer que l’écriture de Le Fils de l’Homme Invisible a été avant tout une démarche pour lui-même de la part de François Berléand. On ne mesure aussi guère facilement à quel point tout cela est romancé, car cela l’est forcément un minimum. Mais ce livre se situe à des années lumières d’une sorte d’autobiographie complaisante. Il resterait très agréable à lire, combien même il aurait été écrit à partir de la pure imagination d’un auteur totalement inconnue.

Le Fils de l’Homme Invisible constitue donc une curiosité littéraire courte, mais drôle et originale. Une œuvre vraiment unique, à la fois personnelle et réjouissante.

 

LES CHRONIQUES DE KRONDOR, TOME 2 : MILAMBER, LE MAGE : Un monde toujours aussi agréable à explorer

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milamberlemageBon, je l’ai déjà dit précédemment pour une autre saga littéraire, mais le plus dur est de confirmer après un premier tome prometteur. J’avoue, je me répète. J’ai bien cherché à dire autre chose en introduction, mais je ne n’ai pas trouvé. Comme je me fais vieux et que je n’ai surtout pas que ça à faire de mon dimanche, il vous faudra vous contenter de cette introduction pour vous parler de Les Chroniques de Krondor, tome 2 : Milamber, le Mage.

La Guerre de la Faille continue de ravager Midkemia, mais les deux armées semblent avoir stabilisé leurs positions. Pug vit désormais depuis plusieurs années dans le monde de ses ennemis, Kelewan. Il y est réduit en esclavage mais son don naturel pour la magie va finir par modifier radicalement son destin. Et celui des deux mondes.

A l’origine, les deux premiers tomes des Chroniques de Krondor, Pug l’Apprenti et Milamber, le Mage formait un seul et même livre, appelé Magicien. Il est vrai que ces deux volumes forment un tout cohérent et l’on pourrait presque s’y arrêter et faire l’impasse sur les deux tomes suivants (sans parler des autres séries qui se déroulent dans le même monde). Mais cela serait dommage tant cette série regorge de qualités et passionnera tous ceux qui aiment, de près ou de loin, l’heroic fantasy.

Les Chroniques de Krondor, tome 2 : Milamber, le Mage apporte donc une conclusion, même temporaire, à l’ensemble des sous-intrigues ouvertes précédemment. De nombreuses réponses seront apportées aux questions qui ont pu être soulevées. C’est assez plaisant car cela permet de ne pas se sentir perdu, surtout si on ne lit pas tous les livres de la saga dans la foulée les uns des autres. On en apprécie ainsi d’autant plus la richesse de cet univers imaginaire.

Raymond E. Feist ne fait pas l’imitation compulsive de Tolkien, comme bien des auteurs d’Heroic Fantasy, même des très bons. Bien sûr, un univers moyenâgeux peuplés de magiciens, d’elfes, de nains et de gobelins, nous revoient à cette mythologie bien connu. Mais cet auteur a son style bien à lui et ne cherche pas à en faire encore plus que son illustre prédécesseur. On se situe donc dans un univers sûrement moins complexe et décrit de manière moins exhaustive, mais avec une intrigue beaucoup plus directe et accessible.

Cette dernière est très agréable à suivre. Très classique, elle recèle néanmoins quelques surprises et les pages se dévorent avec une grande facilité. On est ravi de parcourir cet univers et l’attachement aux personnages, né à la lecture du premier tome, se renforce dans les Chroniques de Krondor, tome 2 : Milamber, le Mage. C’est vraiment l’élément qui fait la différence et qui nous pousse à vivre les péripéties avec passion et impatience.

Ceci est renforcé par le style fluide et agréable de Raymond E. Feist. Vous l’aurez compris, les Chroniques de Krondor, tome 2 : Milamber, le Mage n’est pas alourdi par de multiples descriptions. Mais les qualités d’écriture vont au-delà de cette simple constatation. On n’est pas face à du Victor Hugo certes, mais devant un auteur contemporain qui n’a rien à envier à bien de ses collègues. Après, évidemment, la qualité de la traduction a du forcément jouer…en bien ou en mal.

Les Chroniques de Krodor, tome 2 : Milamber, le Mage constitue donc une suite qui donne envie de poursuivre cette saga et plus largement de mieux connaître cet univers crée par Raymond E. Feist. Une livre et une saga pleins de qualités, dont le seul défaut éventuel est peut-être son grand classicisme.

L’ENTERREMENT DE MONSIEUR BOUVET (George Simenon) : Ma première rencontre avec une très grande plume

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lenterrementdemonsieurbouvetMa mère est une grande admiratrice de George Simenon et d’Agatha Christie. Il y a toujours eu de nombreux romans de ces deux auteurs dans les rayonnages de nos bibliothèques. Mais si j’ai déjà lu un grand nombre des livres de la maman d’Hercule Poirot, à 32 ans, je n’avais jamais ouvert un de ceux de l’écrivain belge. C’est désormais chose faite avec l’Enterrement de Monsieur Bouvet

Monsieur Bouvet est un homme sans histoire, apprécié de ses voisins et de sa concierge. Alors quand il meurt subitement, tout le monde s’imagine que tout se passera simplement. Jusqu’au moment où une femme se fait connaître et prétend que le défunt ne s’appelle pas Monsieur Bouvet et qu’il était son mari, disparu mystérieusement des années de cela.

L’Enterrement de Monsieur Bouvet est un roman plutôt court. On peut le classer dans le genre policier, même s’il ne s’agit pas ici de trouver un coupable, mais de déterminer la réelle identité d’un macchabée. Le rebondissement que je présente dans le synopsis n’est que le premier d’une longue série, la vérité ultime n’était connu que dans les dernières pages du roman. De ce point de vue, ce livre pourrait s’apparenter des romans de gare et autres séries noires qui ont connu leur heure de gloire dans les années 60. Mais, il reste tout de même une différence de taille.

L’Enterrement de Monsieur Bouvet est écrit par une des plus belles plumes de la littérature francophone et cela se ressent à chaque page. Un style incomparable qui donne une plus-value énorme à ce roman. Il ne s’agit sûrement pas de plus grand chef d’œuvre de cet auteur, mais on mesure tout de même facilement à qui on a affaire. L’écriture est contemporaine, rien à voir avec le style puissant d’un Hugo, ou d’un Zola, cependant, il en émane cette part du génie qui ne s’explique pas et ne peut que se ressentir.

Au-delà de ça, l’Enterrement de Monsieur Bouvet nous propose une histoire agréable à suivre, à défaut d’être totalement passionnante. On pourrait s’attendre à ce que les révélations se multiplient et se contredisent, avant que l’on découvre le fin mot de l’histoire et qui ment et pourquoi. Il n’en est rien. Ce roman ressemble plutôt à un puzzle dont les pièces s’assemblent peu à peu, mais dont aucune ne finit pas par trouver sa place. Il s’agit ainsi d’une sorte de biographie à l’envers, du récit d’une vie qui se reconstruit en partant de la fin. Enfin quand je dis une, le Monsieur Bouvet en question en a vécu plus d’une.

L’Enterrement de Monsieur Bouvet est aussi l’occasion pour George Simenon de nous livrer un tableau de son époque et surtout des personnages qui l’habitent. L’autre grande force de ce roman, en dehors du style, c’est cette galerie de personnages finement croquée et livrée au lecteur avec un rare talent. Des personnages ordinaires, mais qui prennent vie et relief sous la plume de cette figure majeure de la littérature du 20ème siècle.

L’Enterrement de Monsieur Bouvet peut donc constituer une très bonne porte d’entrée à une œuvre qui emmène parfois le lecteur dans des recoins beaucoup plus sombres et inavouables de la nature humaine (enfin pour ce que j’en sais… et pour les adaptations cinématographiques que j’ai pu voir). Un roman presque léger et anodin, même s’il possède des qualités extraordinaires.

L’ETOILE DE PANDORE, TOME 2 : PANDORE MENACEE (Peter F. Hamilton) : Une suite qui tient ses promesses

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letoilepandore2Ecrire le premier tome d’une saga qui met l’eau à la bouche du lecteur et lui procure une irrésistible envie de lire la suite n’est certes pas donné à tout le monde. Mais il y a encore plus dur : écrire une suite qui soit à la hauteur ! L’Etoile de Pandore, tome 1 m’avait particulièrement séduit, pour ne pas dire enthousiasmé. J’attendais donc beaucoup de la suite, surtout que la saga compte au final 4 volets. Heureusement, l’essoufflement n’est pas du tout de rigueur avec l’Etoile de Pandore, tome 2 : Pandore Menacée.

Le Seconde Chance est revenu de sa mission en catastrophe, suite à l’ouverture du champ de force emprisonnant une galaxie entière qu’il était chargé d’étudier. La civilisation extra-terrestre enfermée semble particulièrement belliqueuse et agressive. Cependant, elle ne semble pas encore en mesure de voyager à grande distance par l’intermédiaire de trous de vers et d’attaquer directement le Comenwealth. Mais pour combien de temps encore ?

Après avoir mis en place le décor et les acteurs dans le premier volet, L’Etoile Pandore, tome 2 : Pandore Menacée se devait donc de mettre tout cela en branle. De nombreuses réponses aux questions précédemment posées y sont apportées, mais heureusement pas à toutes. Le récit a incontestablement changé de nature, les couches de mystère cessant de s’accumuler, sans pour autant assécher la curiosité du lecteur. On lui fourni très régulièrement de quoi la satisfaire, sans la combler totalement.

L’Etoile de Pandore, tome 2 : Pandore Menacée n’est donc pas un de ces tomes quelque peu inutiles, qui surferaient sur les qualités du premier volet, sans faire véritablement avancer les choses. Le récit ne temporise pas, au contraire. Il y’a désormais beaucoup plus d’actions. J’attends de savoir si ce rythme sera tenu jusqu’au bout, mais pour l’instant, je n’ai pas du tout l’impression que Peter F. Hamilton nous raconte en quatre tomes une histoire qui aurait pu tenir en deux ou trois. Et ça, c’est une qualité rare.

Le livre s’ouvre sur une liste des personnages et d’une courte description de qui ils sont. C’est une très bonne idée, car cette saga est très riche en intrigues parallèles et il est parfois un peu difficile de s’y retrouver entre tous ces protagonistes. Enfin, n’allez pas croire que le récit est le moindre monde confus. Simplement, notre mémoire a parfois besoin d’un peu d’aide. De toute façon, on sent bien à chaque page que Peter F. Hamilton a le souci de conserver cohérence et clarté, histoire de ne pas perdre des lecteurs en route, ce qui est plutôt appréciable quand on les entraîne sur un si long chemin.

La plume de Peter F. Hamilton ne se laisse donc jamais déborder par son imagination. C’est trop souvent le cas dans ce genre de littérature. Le style est ici solide et clair, à défaut d’être génial, et colle parfaitement à une œuvre vraiment très bien construite. Il ne constitue pas forcément la plus grande qualité de L’Etoile de Pandore, tome 2 : Pandore Menacée, mais le liant indispensable pour que toutes celles qu’il possède par ailleurs forment ce tout remarquable.

L’Etoile de Pandore confirme donc avec ce deuxième tome qu’elle constitue une excellente saga de science-fiction, tendance space opera. Pandore Menacée donne donc furieusement envie de se jeter sur les troisième et quatrième volets de la saga.

LES HEROS MEURENT AUSSI (Matthew Woodring Stover) : Savoureux mélange des genres

lesherosmeurentaussi

lesherosmeurentaussiQui n’a jamais rêvé de vivre réellement les aventures d’un héros de film d’aventures ou de science-fiction ? D’affronter des dangers incommensurables, de visiter des contrées inconnues, de triompher d’ennemis puissants et terrifiants ? Bref, de devenir un héros ? Dans Les Héros Meurent Aussi, un excellent roman entre fantasy et science-fiction, cela devient possible.

Sur Terre, Hari Michaelson est une star. Mais une star au service des plus hautes castes qui dirigent de manière autoritaire une société où le divertissement le plus prisé constitue à suivre les aventures d’acteurs envoyés dans un monde lointain, mais bien réel, baptisé Autremonde. Là-bas, Hari s’appelle Caine et son nom est synonyme de crainte et de respect, car il est l’assassin le plus redouté. Mais lorsque son épouse, actrice elle-aussi, est en danger de mort, il bravera l’autorité des puissants, sur Terre comme sur Autremonde.

Les Héros Meurent Aussi recyclent beaucoup d’idées, de personnages ou de situations relativement classiques. Mais cet assemblage est une très grande originalité, car il mélange avec bonheur des éléments issus de genres littéraires qui ne se croisent pas forcément très souvent, principalement la science-fiction et la fantasy, mais pas que. De plus, le tout est d’une remarquable cohérence et ne donne jamais la sensation d’être face à un patchwork décousu. La richesse ne se fait jamais au détriment de la solidité de l’intrigue et de la crédibilité des univers dans lequel les personnages évoluent.

A cela, s’ajoute une histoire vraiment prenante et des protagonistes parfaitement mis en scène. Matthew Woodring Stover a su parfaitement dosé la complexité inhérente à tout récit se déroulant dans un monde totalement imaginaire. Du coup, on s’y sent parfaitement à l’aise dès les premières pages et on ne sent jamais perdu. On peut ainsi apprécier pleinement cette intrigue particulièrement prenante, riche en action et en rebondissements. On est vraiment ici face à une très bonne histoire et non pas simplement dans le plaisir de découvrir un univers totalement inconnu. En outre, la galerie des personnages est vraiment réussie et, sans parler de réelle profondeur, ils possèdent tous une certaine dose de complexité.

D’ailleurs, le seul reproche que l’on peut formuler à propos de Les Héros Meurent Aussi, c’est un manque de descriptions… Pour certains, cela représentera une qualité particulièrement appréciable. Il est vrai que cela rend le style très léger et nous permet de dévorer ce livre très rapidement et avec une facilité déconcertante. Mais on aimerait parfois en savoir plus, aussi bien sur la vision futuriste de notre planète que sur cet Autremonde, mystérieux, ampli de magie et aux allures quelques peu moyenâgeuses. C’est vraiment une question de goût, mais, personnellement, j’ai ressenti une très légère frustration à ce niveau.

En fait, ce que l’on regrette vraiment, c’est de devoir quitter cet univers si vite. La science-fiction et la fantasy nous offrent très souvent des sagas s’étirant sur plusieurs tomes. On peut du coup apprécier le fait que Les Héros Meurent Aussi soit un récit unique, mais quand un univers est aussi bon, on se dit qu’il aurait pu servir de base à quelque chose de plus large. L’idée de base est très bonne, ce roman l’exploite parfaitement, mais ne cherche pas à broder quelque chose par-dessus. Je trouve ça dommage, mais là encore, c’est une question de préférence personnelle.

Les Héros Meurent Aussi constitue donc une vraie bonne surprise littéraire, qui ravira aussi bien les amateurs de fantasy que de science-fiction. En fait, il plaira surtout à tous ceux qui apprécient les intrigues solides, plutôt que les vagabondages dans des univers imaginaires ou mystérieux.