
Confiteor se présente sous forme d’une sorte de confession (d’ailleurs le titre original est Jo Confesso). Le narrateur va revenir sur sa vie et plus largement l’histoire de sa famille, placée sous le signe de la culpabilité. Les fautes du père se transmettent au fils. Et plus largement, on porte le poids du mal commis avant nous. Ce thème central paraît assez peu réjouissant à première vue. Mais il donne vie ici à un récit intriguant, où l’on suit avec une certaines avidité une quête de vérité qui connaîtra son dénouement dans les dernières pages. Autour de ce fil rouge, se noueront tous les épisodes qui forment une vie (famille, amour, amitié…) mais qui prennent ici un sens inattendu. Ce roman est bien plus que le récit d’un destin. Il livre une réflexion qui interpelle fortement le lecteur, qui pourra mettre quelques temps à vraiment mesurer tout ce qu’il peut en tirer. Personnellement, en écrivant ces lignes, je me rends compte que je n’ai pas fini d’en faire le tour.
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Tous les héros connaissent leurs grands débuts. Ils les connaissent parfois lors du premier volet de leurs aventures racontées dans un ordre chronologique rigoureux. Mais souvent, les auteurs aiment à revenir à l’origine de leur héros après leur en avoir déjà fait vivre plusieurs. Robert Van Gulik n’aura pas attendu bien longtemps avant de raconter les premiers pas du Juge Ti et de ses acolytes. En effet, Trafic d’Or sous les T’ang est le premier roman de la série d’un point de vu temporel, mais le troisième qu’il ait écrit. C’est donc un héros à la fois débutant, mais déjà affirmé qui nous est présenté ici.
L’imagination a cet immense avantage qu’elle permet de stimuler les cinq sens, à travers un seul. A priori, quand vous lisez un livre, seule la vue est stimulée. Pourtant, en choisissant les bons mots, un auteur peut vous faire entendre une douce musique, sentir une caresse douce ou torride ou bien encore vous titiller les papilles gustatives. Ce sont bien ces dernières qui sont mises à contribution en lisant Une Gourmandise, un roman qui porte donc particulièrement bien son nom. Une œuvre courte pour une première œuvre qui lançait la carrière de Muriel Barbery en 2000. Une œuvre néanmoins originale et savoureuse.
Avant-dernier Poulpe… Non de la série qui compte plus d’une centaine de volumes, mais de ceux que j’ai récupérés il y a quelques années et qui trônent depuis dans ma bibliothèque. Vingt Mille Vieux sur les Nerfs est un épisode de grande qualité, qui me fera regretter de ne plus en lire régulièrement. Il me suffira de m’en racheter, me direz-vous, mais je n’ai pas toujours l’esprit très pratique. Un nouveau volume court mais suffisant, basé sur une idée de départ plutôt sympathique bien exploitée. Du divertissement littéraire léger et agréable, parfait pour oublier un été qui ressemble désespérément à un automne.
Certains récits prennent une dimension supplémentaire lorsque la marche du monde vient résonner avec lui. Brasier Noir nous plonge au cœur d’un des aspects les plus dramatiques de l’histoire américaine. Le racisme et la violence qu’il engendre ont bouleversé le monde entier et n’a pas fini de faire parler, comme on a pu le constater lors du dernier Euro de football et la polémique sur la génuflexion avortée de l’Equipe de France. La lecture de roman permettra de mieux comprendre à quel point cette violence est profondément ancrée dans les esprits et forge les relations sociales. Un résultat souvent passionnant mais qui malheureusement a quelque peu tendance à se diluer.
Etre juif et vivre dans un Kaboul contrôlé par les Talibans, voici un destin que l’on n’envie pas. Chicken Street nous permet de rencontrer Simon et Alfred, les deux derniers juifs d’Afghanistan. Une idée de départ inattendue mais qui se voit considérablement enrichie par bien d’autres éléments, malgré la brièveté de ce roman, qui a intégré ma bibliothèque par le plus grand des hasards, l’ayant ramassé un jour dans la rue. La surprise s’avéra cette fois très bonne, car le récit touchant nous fait naviguer entre rires et larmes.
J’entretiens un rapport particulièrement ambigu avec Michel Houellebecq. Il n’y pas grand chose que j’aime chez l’homme, voire même beaucoup de choses chez lui m’inspirent un profond mépris. D’un autre côté, je ressens une certaine affection du fait qu’il soit un des rares Agros Paris à avoir accédé à un tel degré de notoriété. Et surtout, il y a quelque chose dans son œuvre qui me parle profondément, que je retrouve nul par ailleurs et que je ne peux donc ignorer. Son roman Sérotonine allie ces deux aspects : il y fait transparaître clairement son titre d’ingénieur agronome et aborde une nouvelle fois avec force son sujet de prédilection. Malgré de nombreux défauts, je ne peux que reconnaître une nouvelle fois un profond attachement à ce roman.
Depuis que j’écris moi-même, je me montre particulièrement attentif à la manière dont les autrices et auteurs débutent leur roman. Et j’ai ainsi pris conscience que certains écrivains consacrent plusieurs dizaines de pages à la présentation des personnages et de la situation initiale, avant de faire réellement démarrer l’intrigue proprement dite. Cela permet de faire entrer le lecteur dans l’univers dans lequel le récit prend place. J’ai donc depuis moins de scrupule à le faire moi-même quand je met en marche ma propre plume. Celle de John le Carré est assez légendaire pour servir d’exemple à tous les auteurs amateurs comme moi. Mais à la lecture de Retour de Service, on peut se dire que même un artiste de cette trempe peut échouer à donner le bon équilibre à son récit.
Certaines régions du monde semblent encore des terres inconnues à nos yeux d’Occidentaux. Certains peuples nous apparaissent toujours totalement étrangers, comme si nous n’habitions pas sur la même planète, quand bien même elle est supposée être devenue un grand village. Ainsi, les Turkmènes n’évoquent pas forcément grand chose pour le grand public de notre pays. Cela n’est plus tout à fait le cas de ceux qui ont lu la Légende des Mille Taureaux de l’auteur turc Yacha Kemal. Un beau voyage dans l’espace et dans le temps qui nous ouvre les yeux sur une réalité que beaucoup de nous ignorent. Et tout le monde gagne à être moins ignorant.
Lentement mais sûrement, je m’approche de la fin de ma réserve de romans mettant en scène ce détective, qui n’en est pas vraiment un, surnommé le Poulpe. Après Un Singe en Isère, il ne m’en restera plus que deux et la source sera tarie. Peut-être que d’autres me tomberont sous la main, mais j’en lirai clairement moins régulièrement. A travers toutes ses aventures, toutes écrites par un auteur différent, j’aurais appris à aimer ce personnage assez unique et particulièrement attachant. Même si aucun volet ne m’aura transporté jusqu’au nirvana littéraire, chacun m’aura apporté sa dose de plaisir. Celui-ci ne fait pas exception.
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