Bien avant le mouvement BlackLivesMatter, de nombreuses œuvres ont abordé la différence de traitement de la justice américaine (et à vrai dire d’une large part de la société) selon l’origine ethnique des personnes concernées. C’est le cas de Papillon de Nuit, de R.J. Ellory. Pourtant, il s’agit d’un récit à la première personne d’un personnage caucasien (pour reprendre le terme le plus politiquement correct qui soit), mais l’histoire… Non je n’en dirai pas plus pour laisser d’éventuels lecteurs découvrir le contenu exact de l’intrigue de ce très bon roman.
La narration de Papillon de Nuit est construite à travers le récit d’un condamné arrivant dans le fameux couloir de la mort. On alterne le retour sur les événements passés avec des passages nous décrivant le présent du narrateur. Le procédé est classique mais R.J. Ellory l’utilise avec assez d’habileté pour qu’il se montre convaincant. Le lien entre le passé et le présent se dessine peu à peu et créer une réelle tension narrative. On parcourt donc le récit avec beaucoup d’envies, découvrant un panorama éloquent de l’Amérique profonde des années 60 et 70, mêlant histoire et Histoire.
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Tout au bout d’une grande saga, on s’attend d’abord à une fin, qui achève la narration et marque le bout des fils de l’intrigue, puis à un conclusion, qui tire les leçons de tout ce qui a été raconté. Pour la saga des Rougon-Macquart, Emile Zola nous propose d’abord la Débâcle, récit de la défaite militaire de la France face à l’Allemagne en 1870. Elle marquera la fin du règne de Napoléon III, dont la saga a cherché à brosser un portrait le plus exhaustif possible. Il s’agit donc de l’aboutissement du fil rouge avec lequel ont été brodé les 18 romans qui l’ont précédé. Un aboutissement d’une formidable intensité.
Cela fait quelques temps que l’heroic fantasy n’est plus une affaire uniquement masculine. Au niveau des personnages déjà. L’époque de JRR Tolkien, ou elles se retrouvaient reléguées aux rôles secondaires, est bien désormais révolue. Mais ce changement se fait également sentir de l’autre côté de la plume. On pense évidemment à Robin Hobb est son magnifique Assassin Royal. Mais une nouvelle génération lui a succédé. Je ne parle pas (encore) de l’autrice en devenir qui m’a offert le Prieuré de l’Oranger, mais bien de Samantha Shannon qui a signé cette œuvre riche et passionnante.
Depuis la série Sex in the City, on sait que le destin des femmes new-yorkaises peuvent faire un excellent sujet pour une fiction. Mais tout le monde n’a pas le talent pour faire naître une excellente fiction à partir d’un excellent sujet pour une fiction. Pour preuve, ce roman très moyen de Laura Jacobs, simplement intitulé New-Yorkaises. Le destin en parallèle de deux femmes au destin très ordinaire. Du coup, le récit l’est aussi largement.
Depuis les Rivières Pourpres, Jean-Christophe Grangé est une valeur sûre parmi les auteurs de polar de notre pays. Ses récits ont beaucoup de points communs, nous plongeant toujours dans des univers sombres, où de lourds secrets, généralement sanglants, sommeillent en attendant d’être révélés par un personnage refusant de se contenter des apparences. Lontano nous propose une nouvelle histoire de ce type. Mais heureusement ce schéma de base offre assez de possibilités pour ne pas donner l’impression de raconter toujours la même chose. Et continuer à donner bien du plaisir au lecteur.
Même le plus grands génies ont des moments de faiblesse. Enfin, au moins des moments où ils sont juste bons et non plus géniaux. Un auteur aussi incroyablement prolifique que Georges Simenon n’a évidemment pas pu écrire que de parfaits chefs d’œuvre. La Grande Perche ne figure certainement pas dans les lignes les plus inoubliables de sa bibliographie. Un roman non totalement dénué de qualité, mais qui ne propose pas la même profondeur et le même intérêt que ce à quoi le créateur du Commissaire Maigret nous avait habitué.
Le plus dur dans l’écriture d’une série est de savoir se renouveler continuellement pour maintenir l’intérêt de son histoire dans la durée. C’est vrai pour les scénaristes œuvrant pour Netflix bien sûr, mais c’était déjà vrai au XIXème siècle, quand la littérature était le seul vecteur de récits au long cours. La saga des Rougon-Macquart en est un parfait exemple. L’Argent en est le dix-huitième épisode. Emile Zola y explore le monde de la finance, et dans la moindre mesure celui du journalisme. Un nouveau thème qui vient compléter ce portrait volontairement exhaustif de la société du Second Empire. Par contre, le roman exploite largement des ressorts narratifs déjà exploités.
Il ne faut pas juger un livre à sa couverture. Non plus parfois parfois à la collection dans lequel il est édité. Ainsi, Intérieur Nuit se trouvait dans ma bibliothèque en me présentant la tranche blanche qui caractérise la collection Folio. Une collection que j’associe plutôt aux plus grands classiques et à une littérature contemporaine, en dehors de la littérature de genre. En tout cas, je ne l’associe pas à la publication de polars… pour lesquels la collection Folio Policier existe. Mais j’ai compris après quelques pages que je tenais dans les mains un roman très noir. Et très vite également qu’il s’agissait d’un excellent roman.
Peu à peu, je comble les plus gros trous qui font ressembler ma culture à un gruyère (même si le gruyère n’a pas de trous, contrairement à l’emmental… ma culture fromagère est par contre relativement complète). La littérature russe est un domaine que je n’avais guère exploré (peut-être même pas du tout d’ailleurs) jusqu’à présent. La lecture d’Anna Karénine de Léon Tolstoï constitue donc une vraie découverte. Et non des moindres, vue la notoriété de l’œuvre et sa longueur. 900 pages imprimées avec une petite police. Malheureusement, les découvertes ne sont pas toujours des surprises inoubliables.
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