LA DERNIERE TRIBU (Eliette Abécassis) : Parallèle osé

ladernieretribuReligion et polar font assez bon ménage. Le point d’orgue de ce mariage pas forcément évident à première vue a été le succès phénoménal de The Da Vinci Code. Depuis, beaucoup de livres de ce type sont mis en avant par les spécialistes du marketing, mais si on creuse on voit vite que le genre n’a rien de nouveau. Ainsi l’œuvre d’Eliette Abécassis compte une série de romans pouvant s’inscrire pleinement dans cette mouvance, débutée avant la publication de son best-seller par Dan Brown. La Dernière Tribu en fait partie et m’aura offert une lecture de vacances sympathique, mais loin d’être inoubliable.

L’intrigue de la Dernière Tribu repose sur un parallèle osé entre le judaïsme et le shintoïsme. Je ne dévoilerai pas ce qu’est la thèse finalement développée au final, mais je doute qu’elle ait la moindre crédibilité historique. Mais qu’importe au fond, il s’agit juste d’une fiction. Cependant, cet aspect des choses est extrêmement présent et ne pas vraiment y croire nuit quand même fortement à l’enthousiasme que l’on peut ressentir en lisant ce livre. A côté de cela, les mécanismes d’enquête sont cependant assez bien huilés pour happer la curiosité du lecteur quel est le fin mot de l’histoire. Le côté « osé » de l’intrigue permet en tout cas à cette dernière de ne pas être trop prévisible.

Le style d’Eliette Abécassis est très léger et vivant. Le roman n’est pas excessivement long et se lit facilement. Malgré ses grandes imperfections, on peut prendre la Dernière Tribu comme une curiosité littéraire qui ne prendra pas trop de place dans vos lectures d’été (ou d’hiver d’ailleurs). Ce roman s’inscrit dans un cycle autour de personnages récurrents. La qualité de ce roman n’est pas suffisante pour donner réellement envie de se plonger dans la totalité de l’œuvre de cette auteur, mais suffisante pour ne pas donner de regrets de l’avoir lu.

LE CYBER POULPE : L’union fait la force

lecyberpoulpeLe Poulpe est un personnage qui n’appartient à aucun auteur en particulier puisque chaque épisode de cette série en possède un différent. Mais le Cyber Poulpe va encore plus loin, puisque chaque chapitre de ce roman a été écrit par une personne différente dans le cadre d’un atelier d’écriture, organisé sur le site internet de Mano Solo (l’info n’a aucun intérêt en soi, si ce n’est que j’ai trouvé ça amusant). L’écriture collective bénéficie de l’intelligence du même nom puisque ce volume est à mon sens le meilleur de la série (parmi ceux que j’ai lus bien sûr).

Le Cyber Poulpe écrit donc à travers d’internet confronte le détective aux grands bras au monde numérique et aux sombres activités pratiquées en ligne. Le choc culturel est violent et donne lieu à des situations savoureuses. Ce volume respecte totalement l’esprit de la série, avec son ironie omniprésente. La source donnant vie à cette dernière paraît ici intarissable. Mais la qualité du Cyber Poulpe ne s’arrête pas là car l’enquête en elle-même est incontestablement une des plus riches, complexes et passionnantes que la série nous ait proposée.

Le Cyber Poulpe apparaît nettement plus épais que les autres romans de la série. Cela est du à la complexité de l’intrigue, bien supérieure, mais avant tout au fait que le roman nous propose trois fins alternatives, écrites chacune par un auteur différent. Ceci représente un peu plus qu’un gadget, car il montre à quel point un dénouement peut totalement renverser (ou pas) la vision complète que l’on porte sur les événements qui ont précédé. Cet épisode ravira donc les amateurs de la série, mais aussi tout simplement les amateurs de bons romans policiers.

LA VIE SECRETE D’UNE MERE INDIGNE (Fiona Neill) : Moralement médiocre

laviesecretedunemereindigneAyant tout juste dépassé l’âge canonique de 40 ans, il est normal que les histoires portant sur la fameuse « mid-life crisis » me parle un minimum. Effectivement, c’est un moment dans son existence où on est amené à se poser bien des questions. Bon, quand le récit tourne autour de la vie de couple après de nombreuses années de mariage, je me sens un tantinet moins concerné. C’est peut-être pour cela que je n’ai guère apprécié la Vie Secrète d’une Mère Indigne de Fiona Neill. Il était assez évident qu’il ne s’agissait pas de grande littérature. Mais je ne m’attendais pas forcément à une morale aussi convenue.

Un couple, un membre fait une rencontre « troublante » et voici venir la tentation de l’adultère. Voilà comment on pourrait résumer la Vie Secrète d’une Mère Indigne. Une situation assez classique, sauf qu’ici tout cela sera traité de manière très superficielle pour vanter simplement à la fin le bonheur de vivre avec un con, mais un con qu’on aime et avec qui on est lié par les liens sacrés du mariage. Tout ça pour ça ? Et bien oui. Et comme les à côtés de l’histoire sont parfois sympathiques, mais sans plus, il n’y a pas beaucoup de raisons de trouver un intérêt à ce roman.

Heureusement, la Vie Secrète d’une Mère Indigne est sauvé par deux choses. D’abord, le style de Fiona Neill est très vivant et léger. Définitivement pas de la grande littérature, mais pour une lecture d’été, cela passe tout seul. Ensuite, le personnage principal par sa maladresse et ses gaffes à répétition nous inspire assez de sympathie pour nous accrocher un minimum au récit. Elle rappelle beaucoup Bridget Jones ou l’Accro du Shopping, mais on lui pardonne malgré tout ce manque d’originalité flagrant. On pardonne un peu moins par contre la médiocrité globale de l’œuvre à son auteur.

LES GENS D’EN FACE (Georges Simenon) : Bon baisers d’URSS

lesgensdenfaceQuand vient l’été, vient le temps de passer quelques jours à la campagne et de piocher dans la bibliothèque, relativement bien fournie, qui s’y trouve. Et celle-ci s’avère particulièrement riche en ouvrages signés par Georges Simenon. Il est donc habituel que l’un d’entre eux fasse partie de mes lectures estivales. Cette fois-ci, mon choix (et un peu le hasard puisque j’ai pris le premier qui venait) s’est porté sur Les Gens d’En Face. Un livre écrit suite au voyage de l’auteur belge en Union Soviétique en 1933.

Les Gens d’En Face nous emmène à Batum, une ville portuaire de la Mer Noire, où le personnage principal a été nommé consul de Turquie. C’est donc à travers ses yeux d’étranger que l’on va découvrir la réalité de la vie de la population locale, notamment la surveillance policière permanente. Procédé classique et vieux comme la littérature, mais qui fonctionne toujours aussi bien, surtout sous une plume aussi brillante que celle de Georges Simenon. Surtout, que le roman s’enrichit par une exploration de l’âme humaine comme ce dernier sait en proposer.

Je le dis à chacune des critiques des romans de cet auteur, mais je ne peux encore une fois que le constater. Georges Simenon écrit dans un style absolument merveilleux. Comme j’aimerais posséder ne serait-ce qu’une once de son talent. Comme en plus ici, le propos est doublement intéressant (d’un point vue historique et d’un point de vue psychologique), les Gens d’En Face est réellement passionnant. Même si le format reste très classique pour cet auteur (un peu moins de 200 pages), le décor inhabituel apporte un peu de piment supplémentaire aux habitués de cet auteur. Bref, un vrai petit bonheur estival !

PEUR BLEUE (Stephen King) : L’art difficile de l’adaptation

peurbleueStephen King est connu pour avoir écrit beaucoup d’excellents romans dont ont été tiré de très mauvais films. Les quelques chefs d’œuvre cinématographiques issus de son œuvre, au premier rang duquel Shining, s’avèrent souvent assez peu fidèles au texte dont ils sont nés. Cela peut paraître totalement paradoxal. Ou peut-être est-ce simplement la preuve que la narration littéraire et cinématographique sont deux exercices très différents. Il existe un moyen de s’en rendre compte en lisant Peur Bleue, au moins dans son édition J’ai Lu, qui nous permet de découvrir une excellente nouvelle… et l’exécrable scénario qui en est tiré.

J’avoue, je n’ai jamais vu Peur Bleue, le film réalisé à partir de ce scénario. Mais les avis spectateurs laissés sur Allociné ne donnent vraiment pas envie de le découvrir. Ils confirment surtout l’impression laissé à la lecture du script. Mais parlons d’abord de La Nuit du Loup-garou, titre officiel de la nouvelle de base. On y retrouve tout l’extraordinaire talent de narrateur de Stephen King. L’histoire est racontée par des cours chapitres, de deux à quatre pages le plus souvent, racontant un événement survenu chaque mois d’une même année. Le récit ne suit donc pas un cours classique et on apprécie réellement la maîtrise de l’art de la nouvelle qu’a toujours démontré Stephen King. Soit comment à travers un texte court faire naître une intrigue, des personnages, un décor, une ambiance. Il y parvient une nouvelle fois à la perfection avec un talent infini.

Vient donc ensuite le scénario, pourtant écrit par Stephen King lui-même. Pourtant, on se demande vraiment s’il s’agit du même homme. En effet, les impressions laissées par le deux textes sont radicalement différentes. On peut évidemment comprendre qu’on ne puisse pas garder la structure narrative originale et qu’il faille étoffer un peu l’histoire pour occuper la durée minimale d’un long métrage. Mais Stephen King abandonne du coup tout ce qui faisait l’originalité de son histoire pour la rendre d’une banalité affligeante. De plus, les ajouts n’apportent strictement rien, voire s’avèrent quelque peu ridicules. Quand aux indications de mise en scène… on comprend que le film soit mauvais si Daniel Attias, le réalisateur, les a suivies à la lettre. Bref, on comprend mieux à quel point l’adaptation est un art difficile, surtout quand l’œuvre de base n’est pas retranscriptible en scénario directement. Et pas sûr que l’auteur du texte littéraire soit le mieux placé pour réaliser cette adaptation.

NUITS DE PRINCES (Joseph Kessel) : Exotisme de proximité

nuitsdeprincesIl y a des livres qui traînent dans la bibliothèque familiale depuis longtemps, que l’on a jamais lus mais qui nous semblent du coup à force familiers. Parfois, il nous semble qu’on en connaît le sujet, voire même l’histoire. Un peu comme ces habitants de son quartier que l’on croise régulièrement sans leur avoir parlé, mais dont à l’impression qu’on pourrait raconter leur vie. Mais le jour où on se décide enfin à vraiment faire connaissance… bref à lire le livre en question, on s’aperçoit que c’était uniquement notre imagination qui avait travaillé et que son contenu n’a rien à voir avec ce que l’on pensait. Ce fut mon cas avec Nuits de Princes de Joseph Kessel.

Avec un titre pareil, j’imaginais que ce livre allait nous entraîner dans des pays lointains, très certainement orientaux. Or, Nuits de Princes nous emmène à… Montmartre, à deux pas de chez moi. Par contre, il n’est pas totalement dénué d’exotisme puisqu’il nous plonge au cœur de la communauté russe exilée dans les années 20. Nous suivons en particulier le parcours de l’héroïne, partagée entre sa recherche du bonheur, la préservation de son honneur… et le besoin d’argent pour survivre. Le roman fourmille de personnages hauts en couleur et peut être vu avant tout comme un livre portrait d’une société dans la société. C’est surtout par cet aspect de découverte qu’il présente de l’intérêt.

Nuits de Prince est en effet un peu moins convaincant dans son aspect purement romanesque. L’installation de la situation prend un bon tiers du livre et du coup, on se demande vraiment quand l’histoire va enfin réellement commencer. Ensuite, les états d’âmes et les péripéties vécues par l’héroïne ne sont pas toujours totalement convaincants et se montrent parfois un peu répétitifs. Le roman est assez court pour que l’on n’est pas vraiment le temps de s’ennuyer, mais on termine pas la lecture débordant d’enthousiasme. Peut-être aurais-je mieux fait de continuer à y voir un roman d’aventures exotiques. Cependant, il ne faut jamais regretter d’avoir ouvert les pages d’un livre !

LES CHRONIQUES D’ALVIN LE FAISEUR, TOME 6 : LA CITE DE CRISTAL (Orson Scott Card) : Conclusion claire

lacitedecristalSuite et fin (provisoire) des aventures d’Alvin le Faiseur, avec le sixième tome des Chroniques portant son nom, intitulé la Cité de Cristal. Fin provisoire car l’auteur, Orson Scott Card a annoncé qu’il écrivait (ou écrirait) un septième tome. En attendant, ce volet apporte tout de même une vraie conclusion à cette saga quelque peu inégale, mais qui tient là un solide dénouement. L’approche de ce dernier force l’auteur à faire avancer les différents fils de l’intrigue, redonnant un rythme à la narration qui avait manqué lors des deux épisodes précédents.

Les Chroniques d’Alvin le Faiseur, tome 6 : la Cité de Cristal renoue avec ce qui avait fait du deuxième volet, le Sorcier Rouge, le meilleur épisode de la saga. Ici les aventures prennent une autre dimension que les simples mésaventures du personnage principal et de ses compagnons. C’est un destin beaucoup plus large qui se joue et les enjeux sont tout autres. Pas sauver le monde, mais presque. Cela donne au récit un souffle épique supplémentaire, celui-là même qui a manqué à certains volets de l’histoire.

On quitte donc les Chroniques d’Alvin le Faiseur sur une bonne note. La saga s’est avérée trop inégale pour que l’on soit profondément attristé par cette perspective. On retiendra donc plutôt la satisfaction d’assister à une jolie conclusion qui nous fait dire que l’on n’a pas totalement perdu son temps en parcourant les six volumes. La Cité de Cristal nous rappelle pourquoi on s’attache à cette uchronie auquel on reconnaîtra une vraie originalité. Cette lecture m’aura également donné envie de découvrir l’œuvre la plus culte de Orson Scott Card, la Stratégie Ender.

1275 AMES (Jim Thompson) : Humour noir

1275amesOn associe rarement le roman noir avec l’humour. Cela semble relativement antinomique. Pourtant, il existe bien un humour noir, il semble donc possible que les deux cohabitent. Il existe quelques exemples d’œuvres qui parviennent à concilier les deux. C’est le cas de 1275 Ames, un roman de Jim Thompson de 1964, qui flirte gentiment avec la parodie. Il nous fait découvrir un personnage principal relativement inoubliable et surtout totalement décalé. Pour notre plus grand bonheur.

Nick Corey, héros et narrateur de 1275 Ames, n’est pas un shérif comme les autres. Dans ce coin reculé et calme de l’Amérique profonde, il maintient l’ordre en laissant à peu près tout le monde faire à peu près ce qu’il veut. Comme ça personne ne se plaint, il n’y pas de vagues et il assure sa tranquille réélection. Mais au cours de ce roman, on découvrira que sous ses airs placides et débonnaires se cache.. Bon, je n’en dirai par plus car tout l’intérêt de ce roman repose justement sur la surprise et l’inattendu. Et Jim Thompson manie ces deux éléments avec beaucoup de talents pour nous proposer une histoire dont l’immense mérite est d’être drôle.

Sur la forme, 1275 Ames reste un roman de gare dans la tradition de l’époque. Assez court et imprimé sur du papier de mauvaise qualité, il aurait pu rester une œuvre anonyme parmi la profusion de livres de ce type. Mais on tient là un vrai morceau de littérature, à l’ironie terriblement mordante. Le style renforce encore cette impression en nous faisant partager les pensées du personnage principal, qui sont aussi décalées que son comportement. On se prend d’une profonde sympathie pour lui et on dévore cette petite curiosité littéraire, qui ressemble à une savoureuse friandise.

AU REVOIR LA-HAUT (Pierre Lemaître) : Bonjour chef d’oeuvre !

On dit souvent que les films restent toujours moins bons que les livres dont ils sont tirés. Comme toute idée toute faite, elle souffre de nombreuses exceptions, mais il est vrai qu’elle se vérifie tout de même dans un grand nombre de cas. C’est donc avec beaucoup d’envie que j’ai attaqué la lecture de Au Revoir La-haut de Pierre Lemaître, vu tout le bien que je pense de son adaptation par Albert Dupontel. Si le livre était encore meilleur, cela devait être forcément un petit chef d’œuvre. Et comme la vie est parfois bien faite (mais parfois non), c’est bien le cas. Il s’agit d’un grand, d’un très grand roman qui a bien mérité son Prix Goncourt.

Au Revoir La-haut est de ces rares histoires d’une originalité assez forte pour qu’on puisse se dire que l’on n’avait jamais rien lu de tel. Les personnages, leurs relations, les péripéties, tout cela forme un tout totalement cohérent, où chaque élément entre en synergie avec le reste, tout en proposant quelque chose d’inattendu. Le récit s’avère extrêmement riche et chacune de ses parties présente un immense intérêt. En un mot, c’est tout simplement passionnant. Ici, le terme n’est vraiment pas galvaudé. Je ne sais pas comment l’idée d’une telle histoire est venue à Pierre Lemaître, mais c’est un coup de maître… Bien meilleur que ce très mauvais jeu de mots en tout cas !

Mais le talent de Pierre Lemaître ne s’arrête pas là. Sa plume est elle aussi assez extraordinaire. Au Revoir La-haut se dévore avec une facilité déconcertante. Le style est léger et vivant, toujours précis et tellement agréable à lire. Peu d’auteurs contemporains peuvent rivaliser. Ce roman allie donc de manière magistrale la forme et le fond. On comprend donc mieux son succès et ne doutons pas qu’il occupera vite un statut de classique. S’il est toujours difficile de savoir quelles œuvres l’histoire retiendra, on ne prend guère de risque en imaginant qu’elle n’oubliera pas celle-ci.

LA NAUSEE (Jean-Paul Sartre) : Le dégoût des autres

lanauseeDe temps en temps, il faut savoir combler les trous qu’on a laissé dans sa culture. J’en ai encore beaucoup, mais ne jamais avoir lu Jean-Paul Sartre n’en fait désormais plus partie, puisque je viens de lire la Nausée. Une œuvre légère et joyeuse… Euh non pas vraiment. Un œuvre profonde en tout cas, mais dont on ne ressort pas vraiment le cœur en fête, nageant dans l’allégresse et l’optimisme. Bien au contraire. J’avoue ne pas avoir été loin de passer à côté de cette morceau majeur de la littérature française. Mais les dernières pages, explicitant le sens global du propos, m’ont permis d’embrasser pleinement la pensée sartrienne. Et d’y trouver le profond intérêt qui explique se place dans l’histoire de la philosophie.

Les premières pages de la Nausée attise la curiosité. C’est donc avec un certain entrain qu’on attaque ce roman. La suite peut laisser plus circonspect. On a du mal à bien comprendre ce que Jean-Paul Sartre cherche à nous dire, au-delà de la simple litanie des états d’âme du personnage. Mais quand le propos prend de la hauteur, on est interpellé par la puissance du propos. Que l’on se sente proche ou au contraire à l’opposé du narrateur, on découvre toute la pertinence de la réflexion. Elle l’est encore plus quand elle se mêle vraiment au récit, comme dans les dernières pages du roman.

La Nausée est donc un peu plus qu’un roman. C’est un œuvre littéraire d’une immense force. La plume de Jean-Paul Sartre n’est pas la plus spectaculaire ou flamboyante, mais elle sait faire naître les idées d’une profondeur rare. Je n’ai jamais été un amateur éclairé de textes philosophiques. Ce roman m’a cependant ouvert de vrais horizons de réflexion. Rarement un récit n’aura à ce point porter une vision de la nature humaine et de la manière donc chacun appréhende le rapport à l’autre. « L’enfer c’est les autres » n’est pas une citation de ce roman, mais elle prend sens à travers ce roman et témoigner des fondements de la pensée sartrienne. Une pensée que la curiosité donne vite envie d’approfondir.