2016 sera définitivement l’année de la Corée au cinéma. En effet, ce n’est pas un, ce ne sont pas deux, mais bien trois petits chefs d’œuvre que nous aura livré le Pays du Matin Calme. Après The Strangers et Dernier Train pour Busan, Mademoiselle constitue un temps fort de cette fin d’année cinématographique. Un film sur lequel on souhaite pas trop en dire tant il réserve de surprises et de changements de perspectives. Il confirme les grandes forces du 7ème art de ce pays, un des plus vivants qui soient.
Le cinéma coréen se caractérise très souvent par deux choses. D’abord, des personnages qui mangent (je ne pense pas qu’il y ait de films de ce pays sans scène de repas), mais surtout un mélange des genres qui surprend toujours le spectateur occident pour qui les films sont souvent rangés dans de belles cases bien formatées. Mademoiselle ne le mélange peut-être pas au même moment, mais va évoluer tout au long de l’histoire pour passer d’un ton à l’autre, d’un sujet principal à l’autre, tout en gardant une vraie cohérence et un fil narratif fort. Si on ajoute à cela des rebondissements tout ce qu’il y a de plus classiques, mais toujours inattendus, cela donne une œuvre vraiment passionnante.
Mademoiselle est aussi remarquablement mis en scène. Le jeu des acteurs, les costumes, les décors, tout concourt à créer une ambiance très particulière à travers lequel le spectateur se laisse porter sans savoir une seule seconde où tout cela va le mener. La Corée confirme une nouvelle fois qu’elle possède un vivier de comédiens extraordinaires qui semble inépuisable. De comédiens, mais aussi de cinéastes. Park Chan-Wook signe là sans doute son film le plus abouti, après les excellents Sympathy for Mister Vengeance et Old Boy. Un film totalement maîtrisé, malgré une complexité certaine, qui figurera à coup sûr dans les palmarès de cette année cinématographique.
LA NOTE : 15,5/20
Fiche technique : Production : Moho Film, Yong Film Réalisation : Park Chan-wook Scénario : Chung Seo-kyung, Park Chan-wook, d’après le roman de Sarah Waters Montage : Kim Sang-Bum Photo : Chung-hoon Chung Décors : Seong-hie Ryu Distribution : The Jokers, Bac Film Musique : Cho Yung-wuk Durée : 144 min
Casting : Kim Min-Hee : Hideko Kim Tae-ri : Sookhee/Tamako Jo Jin-woong : Oncle Kouzuki Jung-woo Ha : Le Comte Hae-suk Kim : Le majordome
La comédie est un genre un part entière, mais comporte aussi une infinité de sous-genres. Il y a une infinité de degrés dans l’humour et une infinité de façon de les décliner. Ainsi, le cinéma français vient de nous offrir deux comédies très différentes. La Folle Histoire de Max et Léon est une comédie franche et directe. On est là pour rire et c’est exactement ce que l’on fait dans cette histoire échevelée et loufoque de deux losers maladroits, mais qui vont vivre des aventures passablement extraordinaires.
La Folle Histoire de Max et Léon a un léger goût rétro très appréciable. On sent une forme d’hommage à une certaine comédie française basée sur les duos. Certes, elle a connu quelques avatars modernes comme Bienvenue chez les Ch’ti ou Intouchables, mais on se retrouve ici plutôt dans la Grande Vadrouille ou les Compères. Si ce film ne deviendra certainement pas aussi culte, il possède beaucoup de charme et permet de passer un très bon moment à rire beaucoup et à ne jamais s’ennuyer. Certes le jeu des deux complices du Palmashow n’est pas toujours tout à fait digne du grand écran, mais ils mettent assez de cœur et d’énergie pour qu’on leur pardonne aisément.
Le Petit Locataire est une comédie foncièrement différente. En fait, on pourrait même s’interroger sur la pertinence de ce statut. De mon point de vue, ça en est incontestablement une, car la volonté de faire rire en utilisant tous les degrés de l’humour est présente du début à la fin. Après que le rire se mêle à beaucoup d’autres choses est un fait également incontestable. Par contre, dire qu’elle est une comédie réussie ne serait pas tout à fait la vérité.
Car si le Petit Locataire cherche constamment à faire rire, mais n’y parvient pas toujours très bien. Au final, ce sont plutôt les éléments dramatiques qui apportent une vraie plus-value au film. La richesse du propos et des thèmes est appréciable, même si aucune ne donne lieu à une réflexion vraiment profonde. Ce n’est de toute façon pas le but ici. Mais tout cela contribue à donner l’impression d’un film quelque peu bancal. Il n’est pas désagréable, les personnages sont certes sympathiques, sans pour autant ne jamais réussir à nous enthousiasmer réellement.
LES NOTES : LA FOLLE HISTOIRE DE MAX ET LEON : 13,5/20 LE PETIT LOCATAIRE : 10/20
LA FOLLE HISTOIRE DE MAX ET LEON : Fiche technique : Réalisation : Jonathan Barré Scénario : Grégoire Ludig et David Marsais, avec la collaboration de Jonathan Barré Décors : Stéphane Cressend Costumes : Florence Sadaune Photographie : Sacha Wiernik Son : Gilles Vivier-Boudrier, Arnaud Trochu, Antoine Baudouin et François-Joseph Hors Montage : Delphine Guilbaud Musique : Charles Ludig Production : Ilan Goldman Durée : 98 minutes
Casting : Grégoire Ludig : Léon David Marsais : Max Bernard Farcy : Célestin Dominique Pinon : Michel Alice Vial : Alice Marchal Julien Pestel : Pichon Nicolas Marié : colonel Marchal Nicolas Maury : Eugène Saskia Dillais De Melo : Sarah Catherine Hosmalin : Mme Dormeuil Stefan Cuvelier : soldat costaud Thomas VDB : soldat idiot Jérémie Graine : soldat chétif Christophe Lambert : capitaine Lassard Bruno Wolkowitch : l’homme fataliste Kyan Khojandi : commandant Poulain Jonathan Cohen : commandant Beaulieu David Salles : client du bar fermé à Mâcon Kad Merad : l’acteur à la télévision anglaise Florence Foresti : une résistante Baptiste Lecaplain : un soldat du débarquement Philippe Duquesne : le cheminot délateur Fatsah Bouyahmed : Billal Simon Astier : un résistant Alban Lenoir : un résistant Monsieur Poulpe : un milicien
LE PETIT LOCATAIRE : Fiche technique : Réalisation : Nadège Loiseau Scénario : Fanny Burdino, Julien Guetta, Nadège Loiseau et Mazarine Pingeot Musique : Guillaume Loiseau Montage : Frédéric Baillehaiche Photographie : Julien Roux Décors : Pierre du Boisberranger Costumes : Anne-Laure Nicolas Producteur : Toufik Ayadi, Christophe Barral et Sylvie Pialat Durée : 99 minutes
Casting : Karin Viard : Nicole Payan Philippe Rebbot : Jean-Pierre Payan Hélène Vincent : Mamillette Manon Kneusé : Arielle Antoine Bertrand : Toussaint Stella Fenouillet : Zoé Raphaël Ferret : Vincent Côme Levin : Damien Grégoire Bonnet : Dr Gentil Nadège Beausson-Diagne : Jackie Bertrand Constant : le commandant en second Hyam Zaytoun : la directrice de l’école
La subtilité est une qualité cinématographique qui fait les grand film. Mais parfois, le pur divertissement ne l’exige pas forcément. Cela limite la portée du film, mais est-ce grave ? La réponse dépend du type de film comme nous l’on montré deux productions américaines actuellement sur nos écrans. On commence par Snowden, nouveau film d’Olivier Stone. Un biopic sur le plus célèbre des lanceurs d’alerte. Un film factuellement intéressant, réalisé avec un certain talent, mais qui reste particulièrement manichéen.
Oliver Stone s’est fait le spécialiste des films politiques. Malheureusement, depuis JFK, le chef d’œuvre de sa carrière, il n’a jamais réussi à être vraiment convaincant dans ce registre. Il ne laisse aucune place à l’ambiguïté et nous livre une lecture des événements relativement simplistes. Certes, on peut y voir un point de vue affirmé, voire même un film à thèse. Mais force est de constater que celui adopté pour Snowden est sans surprise. On peut partager l’admiration du réalisateur pour cet homme, tout en regrettant qu’il nous livre une vision si lisse et attendue. Reste le sens de l’image d’un vrai cinéaste qui nous permet de passer somme tout un bon moment, mais qui aurait pu être tellement mieux mis en valeur par un scénario plus profond.
Mr Wolff ne fait pas non plus dans la dentelle. Mais pour le coup, on ne lui en demande forcément pas tant. Entre polar, film d’action et film de gangster, il n’a d’autres ambitions que de divertir. Ou bien si ce n’est pas le cas, c’est passablement raté. En fait, on peut tout de même noter une réelle volonté de donner à ce film une certaine originalité avec ce personnage de comptable-tueur à gage-autiste. Une somme de qualificatifs relativement inattendue pour une seul et même homme. Mais malgré cela, les ficelles restent grosses et hyper classiques.
Au final, Mr Wolff prête parfois à sourire. Mais c’est relativement involontaire. Le dialogue final entre le personnage principal et son… attention spoiler… attention spoiler… son frère sonne remarquablement faux et voudrait apporter un semblant de profondeur et de morale à un film qui n’en a absolument pas besoin. Sinon pour le reste, on n’est guère déçu, si on attend ce que l’on devait attendre de ce film, c’est à dire pas grand chose. Ca passe le temps, ça offre quelques scènes bien troussées, mais ça ne restera sûrement pas dans les mémoires.
LES NOTES : SNOWDEN : 11/20 MR WOLFF : 10,5/20
SNOWDEN : Fiche technique : Production : Endgame Entertainment, Vendian Entertainment, KrautPack Entertainment Distribution : Pathé distribution Réalisation : Oliver Stone Scénario : Oliver Stone, Kieran Fitzgerald, d’après les livres de Anatoly Kucherena et Luke Harding Montage : Alex Marquez, Lee Percy Photo : Anthony Dod Mantle Décors : Mark Tildesley Musique : Craig Armstrong, Adam Peters Costumes : Bina Daigeler Durée : 134 min
Casting : Joseph Gordon-Levitt : Edward Snowden Shailene Woodley : Lindsay Mills Rhys Ifans : Corbin O’Brian Scott Eastwood : Trevor James Timothy Olyphant : L’agent de Genève Melissa Leo : Laura Poitras Zachary Quinto : Glenn Greenwald Tom Wilkinson : Ewen MacAskill Nicolas Cage : Hank Forrester Ben Chaplin : Robert Tibbo
MR WOLFF Fiche technique : Production : Warner Bros, Electric City Entertainment, RatPac-Dune Entertainment, Zero Gravity Distribution : Warner Bros. Pictures France Réalisation : Gavin O’Connor Scénario : Bill Dubuque Montage : Richard Pearson Photo : Seamus McGarvey Décors : Keith P. Cunningham Musique : Mark Isham Durée : 128 min
Casting : Ben Affleck : Christian Wolff Anna Kendrick : Dana Cummings J.K. Simmons : Ray King Cynthia Addai-Robinson : Marybeth Medina John Lithgow : Lamar Black Alison Wright : Justine John Bernthal : Brax Jeffrey Tambor : Francis Silverberg Robert C. Treveiler : le père de Christian
L’Affaire Jane Eyre a été un des romans les plus réjouissants et surprenant qu’il m’ait été donné de lire. Par son originalité et son humour, l’univers crée de Jasper Fforde donnait envie d’y revenir au plus vite. C’est donc ce que j’ai fait en m’attaquant à la lecture de Délivrez-moi !, tome suivant des aventures Thursday Next, détective littéraire et agent des OpSecs. Mais il est toujours difficile de rebondir après des débuts si réussis, surtout une fois que l’effet de surprise est passé. Ce n’est donc pas totalement étonnant que ce deuxième tome ne soit pas tout à fait à la hauteur.
Délivrez-moi ! souffre d’une histoire qui a bien du mal à démarrer et dont on a un peu de mal à saisir les enjeux profonds. Le lecteur parvient donc difficilement à y rentrer pleinement. Cela ne déclenche donc guère d’enthousiasme, même si le dénouement est quelque peu plus animé. Jasper Fforde reprend donc les éléments du premier volet mais cette fois-ci, il ne semble pas savoir trop quoi en faire pour donner vie à un récit qui ne soit pas qu’un support négligeable de son imagination débordante.
Le roman reste écrit avec un certain talent, même si l’auteur ne prend peut-être pas assez le temps de reposer discrètement les bases de son univers, dont on ne se souvient pas forcément de tous les ressorts si on a lu le premier volet quelques mois avance celui. Cependant, je reste persuadé que Thursday Next nous doit une revanche et que ses aventures suivantes sauront redonner de l’intérêt à cet univers relativement unique. J’imagine mal l’imagination de Jasper Fforde ne pas lui permettre de faire bien mieux que ce Délivrez-moi ! assez moyen.
J’ai longtemps dit que les films sur l’adolescence donnait plus souvent le pire que le meilleur. Du coup, je m’extasiais particulièrement devant une œuvre plutôt réussie sur le sujet. Force est de constater que depuis quelques années cette logique s’est inversée puisque nos écrans accueillent régulièrement d’excellents longs métrages sur le passage à l’âge adulte. Nouvel preuve de ce changement avec deux films français à l’affiche en ce moment. Tout d’abord, Tamara, comédie romantico-adolescente quelque peu maladroite, mais tout de même réjouissante.
Tamara est loin d’être un chef d’oeuvre. Mais il possède la qualité qui permet d’apprécier ce genre de film : des personnages terriblement attachant. On ne peut que féliciter les deux jeunes actrices qui donnent un charme fou à ce film et nous fait oublier ses faiblesses. Tout d’abord, Oulaya Amamra, révélation de Divines (le meilleur film de l’année assurément) qui confirme là tout son potentiel dans un rôle infiniment plus léger. Mais le plus grand mérite revient surtout à Héloïse Martin qui tient là un premier premier rôle réussie ! Bref, pas la comédie de l’année, mais une agréable divertissement.
Maman a Tort peut faire croire dans sa première moitié qu’elle est aussi une comédie sympathique. En fait, on ne sait pas trop ce que ce film est censé être. Ca semble avancer sans aller nulle part, ça semble plutôt drôle et léger, mais être non plus vraiment hilarant. Mais peu à peu l’histoire prend une tout autre tournure pour aborder un ton beaucoup plus grave. Au final, on a vrai propos sur la fin de l’innocence, sur le moment où on arrête d’idéaliser ses parents pour s’apercevoir qu’ils sont des êtres humains comme les autres, avec leurs erreurs et leurs failles, parfois béantes.
Ce brusque revirement est à double tranchant. L’effet de surprise donne une certaine force au propos, puisqu’on suit le même chemin que la jeune héroïne. Tout comme elle, on change de regard sur l’histoire et bien sûr les personnages. Cependant, on peut quand même reprocher à Marc Fitoussi de laisser flotter son histoire aussi longtemps. Evidemment, c’est toujours préférable de finir sur une bonne note, mais on peut qu’admettre que les deux moitiés du film sont du coup d’un intérêt très inégal. Au final, le film est imparfait mais quand même globalement réussi grâce à un propos inattendu et bien mené.
LES NOTES : TAMARA : 12,5/20 MAMAN A TORT : 13/20
TAMARA : Fiche technique : Réalisation : Alexandre Castagnetti Scénario : Alexandre Castagnetti, d’après la bande dessinée de Christian Darasse et Benoît Drousie Musique : Alexandre Castagnetti et Clément Marchand Montage : Thibaut Damade Photographie : Yannick Ressigeac Décors : Costumes : Producteurs : Gaëlle Cholet et Guillaume Renouil, Sylvain Goldberg et Serge de Pouques
Casting : Héloïse Martin : Tamara Sylvie Testud : Amandine Cyril Guei : Chico Ina Castagnetti : Yoli Rayane Bensetti : Diegow Bruno Salomone : Philippe-André Oulaya Amamra : Jelilah Blanche Gardin : Valérie (la voisine) Jimmy Labeeu : Wagner Lou Gala : Anaïs François Rollin : Professeur de Français
Le cinéma est source de bien des plaisirs divers et variés. Le plaisir procuré par un film X n’a évidemment rien à avoir avec celui apporté par un film muet kosovar. Il reste quand même le plus souvent simplement source d’un plaisir léger, celui du divertissement bien troussé. Les deux films dont je vais vous parler ici répondent parfaitement à cet objectif. Tout d’abord Doctor Strange, nouvelle production Marvel. Niveau qualité, les films de super-héros ressemblent de plus en plus à une loterie. On ne décroche pas ici le gros lot, mais un lot d’un fort beau gabarit néanmoins. Il confirme surtout que Marvel a su trouver l’élément indispensable pour réussir ses productions : l’humour !
Pourtant il ne semblait pas évident d’offrir à ce personnage passablement vieillot une nouvelle jeunesse, surtout avec la volonté toujours affichée de coller au plus près des comics originaux. Comme pour Captain America, Marvel réalise une nouvelle fois ce tour de force avec Doctor Strange. En jouant du second degré, en portant sur ses propres personnages un regard un peu amusé, il livre une œuvre qui arrive à être convaincante. Elle repose sur une histoire plutôt bien construite, qui sans être surprenante outre mesure n’est jamais cousue de fil blanc. Elle bénéficie également d’un méchant rendu charismatique par la performance du toujours excellent Mads Mikkelsen. Mais face à lui, Benedict Cumberbatch arrive à donner un minimum d’épaisseur à son personnage et le rendre assez crédible pour séduire bien au-delà du cercle des lecteurs nostalgiques des comics de leur enfance.
Une douce nostalgie flotte également sur Sing Street, nouveau film de John Carney, qui m’avait tant enthousiasmer avec New York Melodies l’année dernière. Il revient avec un nouveau film plaçant la musique au cœur de l’histoire. Il prouve qu’il a un talent incontestable pour créer une synergie entre les deux avec une histoire qui explore sûrement une part de sa propre adolescence. Et qui rappellera quelques souvenirs à ceux qui ont grandi dans les années 80.
Sing Street reprend beaucoup d’éléments typiques des films sur les adolescents « différents ». Il n’échappe pas complètement aux clichés, mais il le fait toujours avec un léger sens de la dérision et toujours beaucoup de tendresse, alors on passe outre. Surtout que tout cela est au service d’un fil rouge narratif axé sur la musique qui lui fonctionne à merveille. Mais un film étant toujours plus que la somme de ses parties, c’est vraiment l’équilibre et la complémentarité qu’il arrive à créer entre les différentes aspects du film qui fait de Sing Street un film réellement réjouissant. Un feel good movie pour mélomanes qui fait du bien alors que la grisaille et le froid s’installent !
LES NOTES : DOCTOR STRANGE : 14/20 SING STREET : 14/20
DOCTOR STRANGE Fiche technique : Production : Marvel Studios Distribution : The Walt Disney Company Réalisation : Scott Derrickson Scénario : Thomas Dean Donnelly, Joshua Oppenheimer, Jon Spaihts, d’après les personnages créés par Steve Ditko, Stan Lee Montage : Wyatt Smith Photo : Ben Davis Décors : Charles Wood Musique : Michael Giacchino Effets spéciaux : Industrial Light & Magic Directeur artistique : Ray Chan Durée : 130 min
Casting : Benedict Cumberbatch : Dr Stephen Strange, Doctor Strange Benedict Wong : Wong Rachel McAdams : Christine Palmer Chiwetel Ejiofor : Karl Mordo / Baron Mordo Tilda Swinton : L’Ancien Michael Stuhlbarg : Dr Nicodemus West Mads Mikkelsen : Kaecilius Scott Adkins : Lucian, Strong Zealot Amy Landecker : Dr Bruner
SING STREET : Fiche technique : Production : Likely Story, Merced Media, PalmStar Entertainment, Irish Film Board, Cosmo Films, Distressed Films Distribution : Mars distribution Réalisation : John Carney Scénario : John Carney Montage : Andrew Marcus, Julian Ulrichs Photo : Yaron Orbach Décors : Alan MacDonald Musique : John Carney Directeur artistique : Tamara Conboy Durée : 106 min
Casting : Ferdia Walsh-Peelo : Conor Lucy Boynton : RaphinaAnn Jack Reynor : Brendan Aidan Gillen : Robert Maria Doyle Kennedy : Penny Kelly Thornton : Ann Ben Carolan : Darren Mark McKenna : Eamon Percy Chamburuka : Ngig Conor Hamilton : Larry
On commence cet avis musical plutôt positif par I’m a Dreamer de Josephine Foster. J’ignorais le nom même de cette chanteuse folk américaine, pourtant prolifique (14 albums en 14 ans). Ce n’est pas la révélation du siècle mais elle propose un son agréablement rétro sur lequel se pose sa voix claire. L’album donne un peu l’impression d’être un recueil de vieilles ballades douces et mélodieuses. On appréciera aussi particulièrement le titre My Wandering Heart où l’instrumentation est plus marquée. Au final, il s’agit d’un très joli album, même s’il manque tout de même d’une petite étincelle.
On reste aux Etats-Unis, mais on change de genre avec Kelis, une artiste RnB, et son album Food. Là encore la voix est belle, le son délicatement funky, parfois un peu éthéré. Les titres sont parfois un peu répétitifs, mais au moins ils ne se ressemblent pas les uns les autres. C’est du coup quelque peu inégal, mais ça a le mérite d’explorer des sonorités différentes. Il y a une vraie maîtrise artistique qui en fait un album solide et agréable.
On termine par un petit voyage en Angleterre avec Sun Structures du groupe anglais Temples. Un rock psychédélique maîtrisé et agréable, rythmé et envoûtant. Leur musique dégage une vraie élégance. C’est propre, même si du coup ça l’est peut-être un peu trop. Mais cela pourra plaire à un public allergique à la brit’pop et qui préfère un travail sur les mélodies plus intéressant et abouti. On retiendra avant tout le titre the Golden Throne.
Une Palme d’Or vaut bien une critique pour elle toute seule. Même si pour le coup, Moi, Daniel Blake ne donnera pas lieu de ma part à une critique dithyrambique. Je sais que c’est un de mes travers, mais il est difficile de ne pas juger ce film à l’aune de l’œuvre d’un réalisateur aussi prolifique et qui, surtout, traite le plus souvent du même sujet. Sans être un mauvais film, très loin de là, celui-ci n’atteint pas les même sommets que bien d’autres longs métrages de Ken Loach.
Deux choses m’ont quelque peu chagriné chez Moi, Daniel Blake. Si le film dénonce avec force un système bien réel et injuste, il le fait avec quand même un certain nombre de failles dans le scénario. J’ai notamment passé tout le film à me demander pourquoi il n’appelait pas son docteur. Cela ressemble un peu à de la poussière poussée sous le tapis et cela fragilise quand même beaucoup l’argumentation. Cela donne l’impression, pas totalement infondée, qu’il se base sur un cas improbable et poussé à l’extrême pour dénoncer quelque chose de globalement monstrueux. Or, on le sait, technocratique ou généreux, tout système génère des cas imprévus générateurs d’injustice. Paradoxalement, baser le film sur un cas moins extrême aurait être au final plus solide et convaincant.
Le deuxième élément qui a douché mon enthousiasme reste ce dénouement bien trop prévisible. On le voit arriver de très loin et cela dénote une volonté de charger la mule du drame autant que possible, sans discernement, ni subtilité. Ken Loach arrive à créer assez d’empathie avec ses personnages pour que l’on soit tout de même profondément ému par tout ce déluge de malheur, mais le procédé est un peu trop facile pour être totalement honnête. C’est d’autant plus dommage que Moi, Daniel Blake recèle en son sein des passages d’une force prodigieuse justement parce qu’elles sont inattendues, notamment une scène dans la Banque Alimentaire qui justifierait presque à elle seule cette Palme d’Or.
Certains me trouveront peut-être sévère avec ce film qui peut difficilement laisser indifférent. Mais comme la Loi du Marché, il penche un peu trop vers le misérabilisme pour être totalement enthousiasmant, malgré des passages d’une grande force. Il m’a donné envie de revoir It’s a Free World ou Bread and Roses qui sont pour le coup deux chefs d’œuvres absolus. La carrière de Ken Loach vaut bien deux Palme d’Or, il n’y a rien à dire à ce propos. Mais Moi, Daniel Blake n’en méritait pas forcément une.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : Sixteen Films, Why Not Productions, Wild Bunch Réalisation : Ken Loach Scénario : Paul Laverty Montage : Jonathan Morris Photo : Robbie Ryan Décors : Fergus Clegg, Linda Wilson Distribution : Le Pacte Musique : George Fenton Durée : 100 min
Casting : Dave Johns : Daniel Blake Hayley Squires : Katie Micky McGregor : Ivan Dylan McKiernan : Dylan
Les personnages à première vue inadaptée au monde dans lequel ils vivent sont légion au cinéma. Cela peut donner des situations drôle, cocasses ou dramatiques. Le cinéma français nous a récemment offert deux exemples très différents avec simplement ce trait en commun des deux personnages principaux. On commence par Mal de Pierres, un film à la facture très classique. Réalisation élégante, casting de prestige avec Marion Cotillard en tête d’affiche, histoire qui pourrait être celle d’un classique de la littérature. Ce genre de recette donne parfois naissance à de grands films. Malheureusement pas toujours…
Mal de Pierres souffre de deux défauts. Le film traite d’un mal-être profond chez plusieurs personnages. Si le jeu des comédiens, en particulier un Louis Garrel éblouissant, parvient à nous transmettre certaines émotions, la mise en scène est bien trop lisse pour les sublimer. Nicole Garcia met trop de distance entre le spectateur et les personnages, quand le sujet appelait la plus grande intimité. Enfin, le film souffre aussi d’une fin qui tient à peine debout et peine vraiment à convaincre. On en ressort avec un léger sourire moqueur pas vraiment flatteur.
Willy 1er est quant à lui un réel OVNI cinématographique. Une histoire improbable pour une forme qui ne l’est pas moins. On est plus proche de reportage de l’émission Strip-tease que du long métrage. La présence à l’écran de Noémie Lvosky est là pour nous rappeler qu’il s’agit bien d’un film. Cependant, l’acteur principal joue en fait quasiment son propre rôle. En effet, le scénario s’inspire de la véritable histoire de Daniel Vannet, cinquantenaire illettré, qui décide à 50 ans, après le suicide de son frère jumeau de quitter la ferme familiale et de monter à la ville… Enfin à Caudebec le petit bourg voisin.
Willy 1er est un film relativement indescriptible. Mais il est avant tout un film drôle et touchant, donc la forme surprend parfois. Mais à chaque fois que l’on est tenté de décrocher, le film nous propose un moment savoureux et tellement inattendu. Il ne dure qu’une heure et vingt minutes, assez court donc pour ne pas épuiser la curiosité du spectateur devant ce film relativement improbable. Improbable mais salutaire de voir que l’on peut parler de gens « différents » sans misérabilisme, sans bons sentiments, sans au fond vouloir à tout prix passer un message à vocation universelle. Le film se contente de nous faire partager une histoire qui se suffit à elle-même et c’est bien suffisant.
LES NOTES : MAL DE PIERRES : 09/20 WILLY 1er : 13/20
MAL DE PIERRES Fiche technique : Production : Les Productions du Trésor, StudioCanal Réalisation : Nicole Garcia Scénario : Jacques Fieschi, Nicole Garcia, d’après l’oeuvre de Milena Agus Montage : Simon Jacquet Photo : Christophe Beaucarne Décors : Arnaud de Moleron Distribution : StudioCanal Musique : Daniel Pemberton Durée : 116 min
Casting : Marion Cotillard : Gabrielle Alex Brendemühl : José Louis Garrel : André Sauvage Brigitte RouanAlex Brendemühl : Adèle Aloïse Sauvage : Agostine Victoire Du Bois : Jeannine Victor Quilichini : Marc, le fils Jihwan Kim : Blaise Daniel Para : Martin
WILLY 1er Fiche technique : Production : Les Films Velvet, Baxter Films Distribution : UFO Distribution Réalisation : Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas Scénario : Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas Montage : Xavier Sirven, Héloïse Pelloquet Photo : Thomas Ramès Musique : Hugo P. Thomas, Shakedon Durée : 82 min
Casting : Daniel Vannet : Willy / Michel Noémie Lvovsky : Catherine Romain Léger : Willy 2 Robert Follet : le père de Will Eric Jacquet : José
J’ignore pourquoi j’ai toujours cru que Mon Ami Maigret était le premier de la série écrite par George Simenon. En préparant cette critique, je viens de m’apercevoir que ce n’est pas du tout le cas (mais alors pas du tout) et cela met en l’air tout le fil rouge que je pensais donner à mon texte. Cependant, cela ne va pas me gâcher le plaisir de vous parler de ce roman qui se situe dans la droite lignée de l’œuvre du romancier belge. Et il est des lignées nettement moins prestigieuses.
Pour Mon Ami Maigret, le célèbre inspecteur à la pipe se délocalise à Marseille. Cela n’empêche pas George Simenon d’explorer encore et toujours les dessous inavouables de la société de son temps. Cela donne comme à son habitude une jolie galerie de personnages plus ou moins fréquentables. L’inspecteur y navigue avec sa capacité habituelle à percer à jour les motivations et tout ce qu’ils cherchent à cacher. Même si cette fois, il a dans ses pattes un collègue de Scotland Yard venu étudier ses méthodes.
La présence d’un alter ego apporte une touche de nouveauté à Mon Ami Maigret. Pour une fois, il doit parfois justifier et expliquer ses méthodes, alors que d’habitude il peut en user à loisir sans que ses collègues, et accessoirement le lecteur, ne sache où cela va le mener. Cela fait apparaître le personnage sur un jour quelque peu différent. Mais une nouvelle fois très court, ce roman ne va pas non plus très loin dans cette exploration et ce petit surplus néanmoins agréable reste largement anecdotique.
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