LES INNOCENTES : Un peu de bonheur malgré tout

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lesinnocentesafficheL’autre soir au cinéma, j’ai enchaîné La Tour de Contrôle Infernale et les Innocentes. Passer d’une pure comédie absurde et déjantée à une histoire sur des nonnes polonaises violées lors de la deuxième guerre mondiale, le contraste peut paraître sévère et le choc rude. Cependant, passer d’une comédie qui ne m’a pas fait rire du tout à un film qui n’a rien de sinistre n’est pas si difficile que ça. Une chose est sûre, je suis passé d’un très mauvais film à un très bon.

Les Innocentes repose tout simplement une belle histoire. Des éléments sont terriblement dramatiques, mais au final il s’agit plus d’un film sur le bonheur malgré tout que sur le malheur. Il n’a rien de déprimant, il n’est en rien un regard un peu voyeur sur la détresse humaine, alors que le sujet aurait pu vite conduire Anne Fontaine à emprunter ce chemin. Elle nous livre au final un film absolument pas contemplatif, mais doté d’une vraie intrigue portée principalement par des personnages forts, subtils et que l’on découvre en profondeur.

lesinnocentesOn peut simplement reprocher à les Innocentes un léger manque de rythme. 10 minutes en moins n’aurait pas nuit à la qualité du film, bien au contraire. Sans cela, il n’y a pas grand chose à redire, la réalisation est vraiment soignée, au service de l’histoire et des comédiens. On saluera bien bas la performance de Lou de Laâge, peut-être pas aussi extraordinaire que dans Respire, mais qui s’affirme ici une nouvelle fois comme une future grande. En fait, pourquoi future ? Reste évidemment à confirmer dans la durée. En tout cas, elle a le talent pour cela.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Sabrina B. Karine, Pascal Bonitzer, Anne Fontaine et Alice Vial d’après une idée originale de Philippe Maynial
Photographie : Caroline Champetier
Montage : Annette Dutertre
Musique : Grégoire Hetzel
Production : Éric et Nicolas Altmayer et Philippe Carcassonne
Durée : 100 minutes

Casting :
Joanna Kulig : la religieuse Irena
Agata Kulesza : la mère supérieure
Agata Buzek : la religieuse Maria
Lou de Laâge : Mathilde Pauliac
Vincent Macaigne : Samuel

LES SPELLMAN SE DECHAINENT (Lisa Lutz) : Les détectives qui changent des détectives

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lesspellmansedechainentLa littérature a donné naissance à une foule de détectives privés, souvent symbole de la virilité, de l’intelligence et de la clairvoyance. La famille Spellman quant à elle symbolise plutôt la folie douce et le désordre. Mais c’est justement pour ça qu’on l’aime et qu’on est particulièrement heureux de les retrouver pour un deuxième volet de leurs aventures, intitulé les Spellman se déchaîne.

Le premier opus était particulièrement enthousiasmant par son originalité et son caractère quelque peu inattendu. Evidemment, ce coup-ci, on ne peut plus compter sur l’effet de surprise. Mais si l’enthousiasme est atténué, il n’a certainement pas disparu. En effet, les personnages restent égaux à eux-mêmes, c’est à dire terriblement attachants, bien qu’on n’ai pas forcément envie de les avoir comme voisins. Les Spellman se Déchaînent est justement fortement axé sur eux et plus on les connaît, plus on les aime. On ressort donc de ce livre avec un vrai sourire au lèvres, charmé par cet humour décapant.

Cependant, il est vrai que les Spellman se Déchaînent repose sur une intrigue à proprement parlé un peu faible. On est vraiment dans le portrait de famille, les péripéties ne sont là que pour servir de support. Cela ne rend pas le roman mauvais, mais ça l’empêche d’être totalement excellent. Mais il est quand même assez pour ne pas bouder son plaisir et saluer l’imagination de Lisa Lutz. Je ne sais pas si elle ressemble à ses personnages, mais leur folie douce est particulièrement communicative sous sa plume.

LA TOUR DE CONTROLE INFERNALE : On peut tromper mille fois une personne…

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latourdecontroleinfernaleafficheJe pense être quelqu’un d’intelligent et capable d’apprendre de ses erreurs. Pourtant certains éléments peuvent permettre d’en douter. Parmi eux, les films d’Eric et Ramzy. A chaque nouveau long métrage, j’en ressors en me promettant de ne plus me laisser avoir par les critiques élogieuses pour la simple et bonne raison qu’ils ne me font pas du tout rire sur grand écran. Et pourtant j’ai été voir la Tour de Contrôle Infernale.

D’après les commentateurs avisés, la Tour de Contrôle Infernale fait transparaître une plus grande maturité dans l’écriture et la réalisation. En toute honnêteté, je dois admettre que ce film est infiniment meilleur que leurs précédentes incursions dans le 7ème art en termes d’intensité et de rythme. Cette fois, ce n’est pas un gag tous les quarts d’heure, mais bien deux gags à la minute. Sauf que je trouve que 99% d’entre eux tombent à plat… et d’ailleurs l’absence d’enthousiasme collectif de la salle un samedi soir démontrait que cela ne traduit pas un quelconque mauvais esprit de ma part.

latourdecontroleinfernaleLe problème des films avec Eric et Ramzy… c’est justement Eric et Ramzy. Ou plutôt l’absence totale de direction dont ils semblent bénéficier. Eric Judor derrière la caméra oublie de faire sortir le duo, et en premier lieu lui-même, de son éternelle routine que l’on connaît par cœur. Au final le seul rayon de soleil qui éclaire la Tour de Contrôle Infernale vient de Phlippe Katerine qui lui livre un vrai numéro d’acteur maîtrisé et finement joué. Mais c’est bien peu.

LA NOTE : 07/20

Fiche technique :
Réalisation : Éric Judor
Scénario : Éric Judor, Ramzy Bédia et Nicolas Orzeckowski
Direction artistique : Philippe Lacomblez
Décors : Lieven Baes
Photographie : Vincent Muller
Montage : Jean-Denis Buré
Production : Alain Goldman
Sociétés de production : Légende Films ; 4 Mecs en Baskets Production, 4 Mecs à Lunettes Production, Cinéfrance 1888, France 2 Cinéma, Le 12e Art, Nexus Factory et BNP Paribas Fortis Film Finance (co-production)
Société de distribution : Légende Films (France)
Durée : 88 min.

Casting :
Éric Judor : Ernest Krakenkrick
Ramzy Bédia : Bachir Bouzouk
Marina Foïs : la conseillère du Ministre
Philippe Katerine : le colonel Janouniou
Serge Riaboukine : le Méchant
Grégoire Oestermann : le ministre de la Défense
William Gay : le général Mangedeurme
Michel Nabokoff : le père de famille
Lionel Beyeke : Jean-Peter McCallaway
Charles Nemes : le recruteur

YA NASS (Yasmina Hamdan), LIKE CLOCKWORK (Queens of the Stone Age), TROUBLE WILL FIND ME (The National) : Soigné n’est pas jouer

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yanassyasminehamdanTrois albums à la production soignée, mais qui ne déchaînent pas l’enthousiasme au programme du jour. On commence par Yamina Hamdam, une compositeur-interprète libanaise, et son album Ya Nass, sorti en 2013. Sa voix se pose sur une instrumentation minimaliste aux accents orientaux. Au début, on se dit qu’on risque de s’ennuyer quelque peu, surtout que sa voix n’est pas non plus si extraordinaire que ça. Quelques titres tirant vers l’électro ne sont vraiment pas terribles. Mais l’album propose par contre quelques jolies ballades et finalement on finit par trouver un certain charme à cet album certainement pas inoubliable, mais qui peut constituer une jolie musique d’ambiance.

likeclockworkqueensofthestoneageOn enchaîne avec des poids lourds, à savoir Queens of the Stone Age et leur album Like Clockwork. Le premier tire non plonge dans une ambiance sombre, portée par une mélodie quelque peu lancinante, mais réellement puissante. Les titres démontrent une grande maîtrise artistique. Il ne sont pas basiques, mais toujours élaborés. Le son est très rock, mais avec une vraie ligne mélodique dans la voix. Cette dernière est cependant un peu limité. Au final, c’est très propre, mais ça manque passablement d’énergie parfois.

troublewillfindmethenationalJe termine par un avis, le troisième dans ces pages, sur un album du groupe américain The National, à savoir cette fois-ci Trouble Will Find Me. Le constat restera une nouvelle fois le même. Le style est maîtrisé, posé, aussi bien dans les instrumentations que dans la voix. La qualité reste constante, mais rien n’accroche fortement l’oreille. On se laisse séduire par cette ambiance douce et mélancolique, sans pour autant y trouver quoique ce soit de réellement marquant. Bref, encore bien, mais peut certainement mieux faire.

DEMOCRATIE PARTICIPATIVE… LE RENDEZ-VOUS MANQUE… POUR L’INSTANT

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democratieparticipativePour beaucoup de nos concitoyens, la démocratie n’est plus réelle. On peut discuter à l’infini du fondement de cette assertion, mais le malaise, lui, est incontestable. L’abstention monte, l’indifférence, quand ce n’est pas le rejet, gagne du terrain un peu plus chaque jour. Cela met en danger le fonctionnement de nos institutions, nuit à l’efficacité des mesures prises, qui ne sont plus appropriés par ceux qui doivent les mettre en œuvre ou en bénéficier. Face à ce problème éminemment complexe, il n’y a évidemment pas qu’une seule réponse. Le régler passera par une action à de multiples niveaux. Cependant, un concept fait indubitablement partie de la solution. Un concept encore flou, qui revient souvent dans les discours, mais qui a du mal à se traduire concrètement. Le concept de démocratie participative.

Ségolène Royal sors de ce corps, a-t-on envie de me lancer. Contrairement à beaucoup d’autres, je ne renie certainement pas mon passé ségoléniste et je continue de penser, et mon sujet d’aujourd’hui en est la preuve, qu’elle est une des rares personnalités politiques de premier plan de ces dernières années à avoir lancer des idées vraiment nouvelles, vraiment innovantes dans le débat. On peut discuter à l’infini également sur les raisons pour lesquelles elle n’a pas su les faire croître, mais ce n’est pas non plus le sujet du jour. Il n’empêche que c’est bien elle qui a fait entrer la démocratie participative dans le discours politique.

La démocratie participative est comme beaucoup d’idée révolutionnaire… absolument pas nouvelle. Il suffit d’ailleurs de remplacer ce mot par concertation, qui n’est pas un synonyme mais dont le sens est tout de même assez proche, et on revient vite à des notions manipulées depuis longtemps. Manipulées, mais certainement pas maîtrisées. Elles sont encore considérées par les élus, mais aussi parfois par les citoyens, de manière extrêmement réductrices et limitées. Rares sont ceux qui réalisent que ces processus ont besoin de compétences et d’outils spécifiques. Sans ces derniers, les démarches de ce type restent inabouties, décevantes et au final pas très utiles. Ce mauvais bilan ne débouche le plus souvent non pas sur une remise en question, mais plutôt sur des raisonnement du type « la concertation, j’ai essayé, ça ne donne rien ».

En tant qu’élu local, je mesure bien les limites du processus du type réunion publique accompagnée d’un registre de remarques et doléances. Il en sort parfois quelque chose d’intéressant, mais généralement à la marge des projets. C’est de la concertation médiocre, sûrement pas de la démocratie participative. On est loin de la coproduction de politiques publiques que cette dernière vise. On n’implique pas des tiers non élus à la réflexion, on leur demande simplement leur avis, ce qui n’est pas vraiment la même chose.

Il n’y a pas là forcément une volonté des élus de s’accrocher à un pouvoir de décision qu’ils ne voudraient pas partager. Il y a souvent simplement une ignorance du fait que l’on peut faire différemment et mieux. Lors de la révision du Plan Local d’Urbanisme de la ville où je suis élu, l’adjointe à l’urbanisme en charge du dossier a animé les réunions de 4 groupes de travail, chargés de faire émerger des idées… Force est de constater qu’il n’est à peu près rien sorti de ces heures passées. Quand bien même je me suis opposé à elle sur de nombreux points du projet final, je ne voudrais pas paraître trop critique en disant qu’elle n’était tout simplement pas compétente pour faire vivre un tel processus de concertation. Elle a fait incontestablement le mieux qu’elle pouvait et beaucoup aurait fait encore moins bien. Simplement, animer une concertation exige un savoir-faire spécifique professionnel qui ne s’improvise pas.

La démocratie participative cherchant à aller nettement plus loin que la simple concertation, les besoins en compétences et en outils spécifiques s’en trouvent décuplés. Et ces derniers en sont encore à leurs balbutiements et les innovations et expériences en la matière peinent à être diffusées et reconnues. Pourtant, l’émergence des outils numériques constitue une chance d’aller plus vite et plus loin. Les choses bougent lentement, mais sûrement. Le site internet Parlement & Citoyens est typiquement le genre de très bonne idées qui n’auraient pas pu exister il y a même encore dix ans, faute des moyens techniques.

Il est donc urgent que le monde politique s’en ré-empare pour de bon du concept. Le chemin sera long pour convaincre, mais il semble capital que des élus de premier plan prennent réellement cette notion à bras-le-corps pour la faire exister au niveau national. Sur les territoires, des initiatives existent déjà. Il faut que ceux qui les ont fait naître et vivre le clament et en fassent un argument pour briguer des responsabilités au niveau supérieur. Cela est d’autant plus vrai au Parti Socialiste que le parti a raté un premier rendez-vous avec cette notion. Elle est vaguement restée dans les discours, mais peine à se traduire concrètement.

L’immense succès des primaires de 2011 montre que cette démarche répond à une vraie attente. Beaucoup de citoyens ont envie de saisir la moindre occasion de s’exprimer, du moment qu’ils mesurent concrètement les conséquences de leur mobilisation. Il faut que ce lien entre l’acte qu’on leur demande d’accomplir et les évolutions qu’il est susceptible d’engendrer soit lisible, explicite, quantifiable et surtout irréversible. Sans cela, pas de confiance et beaucoup de déception à la fin.

Mais pour que cela fonctionne, il faudra aussi que le citoyen sorte de son attitude de consommateurs qu’il adopte désormais trop souvent. S’engager dans la démocratie participative (et en fait dans la démocratie tout court), c’est aussi accepter que le processus aboutisse à une décision qui n’est pas celle que l’on souhaite. Là encore, la transparence, condition indispensable à la confiance, est fondamentale pour qu’il ne subsiste aucun sentiment d’injustice ou crainte de manipulation.

La démocratie participative pose la question fondamentale du rôle de l’élu, question que j’ai déjà évoqué dans un billet précédent. Elle ne fonctionnera que si aussi bien les acteurs politiques que les citoyens acceptent le fait que l’élu n’est pas forcément celui qui apporte la solution mais celui qui apporte la méthode par laquelle elle va émerger. On peut regretter par exemple qu’un outil comme Parlement et Citoyens ne soit pas né à l’initiative d’un parti politique ? Mais à la fois est-ce si grave ? Les bonnes idées, les idées innovantes, les idées efficaces ne vont évidemment pas forcément toujours naître d’un cercle aussi restreint que celui des militants politiques. Il y a là une vraie révolution culturelle à réaliser, qui me semble inévitable, mais qui ne me semble malheureusement pas en marche à grand vitesse.

Pour résumer et conclure, la démocratie participative apparaît comme devant prendre une place de plus en plus large dans le fonctionnement de notre système institutionnel et politique. Pour cela, il faut réunir trois conditions
-des outils et des compétences spécifiques : ils sont en cours de développement mais restent trop méconnus. Les possibilités d’innovation sont très certainement immenses et insoupçonnées.
-des acteurs politiques qui s’en emparent et en fassent leur cheval de bataille. La notion est malheureusement encore très certainement trop associée à Ségolène Royal pour être prise au sérieux (c’est un constat, pas un avis personnel!!)
-des citoyens qui abandonnent l’attente d’un homme ou de solutions providentiels. Ils répondent présents quand ils sont consulter dans les conditions que j’ai énoncé plus haut, alors il n’y a certainement pas là d’obstacle insurmontable.

Cette évolution sera longue et sûrement chaotique. Mais elle semble incontournable pour éviter des chaos infiniment inquiétants.

STEVE JOBS, CHOCOLAT : Portraits croisés

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stevejobsafficheCela faisait un moment que je n’avais pas fait une critique croisée entre deux films. Mais ce mardi soir au cinéma, j’ai été frappé par les points communs, mais aussi les différences, entre les deux biopics que j’ai vu à la suite l’un de l’autre. Le premier, Steve Jobs, est américain, le second, Chocolat, est français. Deux destins extraordinaires, des grands acteurs, des mises en scène soignées, par de nombreux côtés les deux films se ressemblent. Beaucoup moins par d’autres.

Steve Jobs présente une efficacité toute hollywoodienne. Cependant, il y a aussi de l’audace dans ce scénario qui ne nous raconte pas la vie du fondateur d’Apple. Il nous raconte uniquement trois moments clés de sa vie, trois lancements de produit, trois de ces shows dont il avait le secret. Et à travers ces quelques heures, le film cherche à nous raconter l’ensemble de son parcours, à cerner un personnage qui se complexifie au fur et à mesure. Et il faut bien admettre qu’il y a arrive de manière assez brillante et étonnante. Mais en payant un certain prix…

chocolatafficheChocolat adopte lui un récit linéaire de la vie du premier artiste noir ayant connu la célébrité en France. Ce traitement hyper classique est sans surprise, mais permet du coup de connaître de manière exhaustive son parcours éclairant sur une page de notre histoire et de notre société. A côté de ça, le film a mis les moyens pour nous faire partager cette histoire. Les décors et les costumes sont très réussis et jamais on ne retrouve le côté cheap de certains films historiques français. On est là face à une vraie superproduction, au bon sens du terme. Mais est-ce totalement suffisant ?

En choisissant une structure audacieuse, Dany Boyle a confirmé qu’il est bien un des réalisateurs les plus imaginatifs et Aaron Sorkin, à qui on doit aussi le superbe The Social Network, un des scénaristes les plus talentueux. Leur portrait est sans concession et démonte largement le mythe. Steve Jobs n’a rien d’une hagiographie et ce n’est pas là sa moindre qualité. Mais voilà, à force de faire ressembler le film à un exercice de style brillant, il en perd un peu en authenticité. On ne sait plus très bien s’ils ont plié la réalité aux besoins de la forme ou ont mis leur audace au service de la vérité. Mais après tout, c’est un film, non un documentaire, mais cela reste un petit caillou dans la chaussure.

stevejobsChocolat avait tout pour faire un grand film chargé en émotion forte et sincère. Les sujets graves abordes sont nombreux et les personnages assez attachants pour que l’on soit touché par toutes les injustices qu’ils subissent. Mais voilà, Roschdy Zem n’arrive pas à insuffler à son film le souffle nécessaire pour que l’on soit vraiment enthousiaste. Un manque de rythme, une forme de flottement, qui rend le propos moins percutant, moins efficace. L’histoire en elle-même est intéressante, touchante, dramatique, mais le film oublie de la sublimer.

Par contre, Steve Jobs et Chocolat constituent l’occasion de saluer l’immense talent de deux grands acteurs. Michael Fassbender démontre une nouvelle fois l’étendue de sa classe, avec un jeu incroyablement sobre, mais qui lui permet néanmoins d’incarner totalement son personnage, jusqu’à lui ressembler sans chercher à l’imiter (même s’il y a un vrai travail sur ses postures). Omar Sy tient lui vraiment son film sur ses épaules par son énergie communicative. Mais ce sont dans les moments plus intimistes que l’on admire vraiment le magnifique comédien qu’il est.

chocolatAu final, entre le classicisme et l’audace, je choisis l’audace. Steve Jobs est un film incontestablement plus percutant et d’une efficacité redoutable. Je me suis surpris à verser ma petite larme à la fin, alors que je déteste ce personnage et que le dénouement n’est certainement pas le moment le plus intéressant. Cependant, voilà, on est vraiment pris dans le film, comme pris au piège. Chocolat laisse malheureusement plutôt sur une légère frustration. Encore une fois, il y avait matière à faire un grand film. Mais, je ne pense pas lui faire injure en constatant simplement que Roschdy Zem n’a pas tout à fait le génie de Dany Boyle.

LES NOTES :
STEVE JOBS : 14/20
CHOCOLAT : 12,5/20

STEVE JOBS
Fiche technique :
Production : The Mark Gordon Company, Universal Pictures, Legendary Pictures, Management 360,
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Danny Boyle
Scénario : Aaron Sorkin
Montage : Jon Harris
Photo : Alwin H. Küchler
Décors : Gene Serdena
Musique : Daniel Pemberton
Directeur artistique : Guy Hendrix Dyas
Durée : 122 min

Casting :
Michael Fassbender : Steve Jobs
Kate Winslet : Joanna Hoffman
Seth Rogen : Steve Wozniak
Jeff Daniels : John Sculley
Michael Stuhlberg : Andy Hertzfeld
Katherine Waterston : Chrisann Brennan
Perla Haney-Jardine : Lisa Brennan

CHOCOLAT
Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Gaumont, Korokoro, M6 Films
Distribution : Gaumont
Réalisation : Roschdy Zem
Scénario : Cyril Gely, Olivier Gorce, Roschdy Zem, d’après le livre de Gérard Noiriel
Montage : Monica Coleman
Photo : Thomas Letellier
Décors : Jérémy Duchier
Musique : Gabriel Yared
Costumes : Pascaline Chavanne
Durée : 110 min

Casting :
Omar Sy : Rafael Padilla dit Chocolat
James Thierrée : Footit
Clotilde Hesme : Marie
Olivier Gourmet : Oller
Frédéric Pierrot : Delvaux
Noémie Lvovsky : Mme Delvaux
Alice de Lencquesaing : Camille
Olivier Rabourdin : Germier
Alex Decas : le compagnon de cellule

TWAIN (Rebecca Martin), LIGHT UP GOLD (Parquet Courts), SUPER FORMA (Orval Carlos Sibelius) : Dans le rétro

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twainrebeccamartinRien d’extrêmement réjouissant dans cet avis, mais on commence tout de même par une artiste qui peut mériter d’y jeter une oreille. Rebecca Martin nous plonge avec son album Twain dans une ambiance douce et rétro. Cette chanteuse américaine née en 1969 possède une fort jolie voix qui permet à sa musique de couler toute seul, avec tout un petit swing qui accroche l’attention. Dommage que la qualité fluctue quelque peu, certains titres étant moins fluides faisant perdre son impact à l’album sur la fin.

lightupgoldparquetcourtsOn reste aux Etats-Unis, à Brooklyn pour être extrêmement précis, avec le groupe de rock Parquet Courts et leur album Light Up Gold, sorti en 2012. Là aussi un style plutôt rétro, avec parfois des accents punk. Mais c’est malheureusement le plus souvent assez lancinant. Leur musique manque passablement d’énergie. Et s’ils mettent parfois beaucoup d’énergie dans certains titres, cela n’est jamais malgré tout très intéressant.

superformaorvalcarolssibeliusRetour en France pour le dernier album du jour, pourtant chanté en anglais. Orval Carlos Sibelius nous propose avec Super Forma une musique presque symphonique et souvent psychédélique. Ca rappelle parfois les Beach Boys… mais en beaucoup, mais alors beaucoup moins bien. Certains titres plus rock surnagent un peu. C’est maîtrisé, élaboré, mais assez ennuyeux. C’est varié, toujours différent, mais jamais emballant. Ceci dit, il s’agit vraiment là d’un goût personnel, car je reconnais la qualité du travail de création et sa profondeur.

GUY NOVES N’EST PAS LE MESSIE

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guynovesL’arrivée de Guy Novès à la tête de l’Equipe de France de rugby a ravi tous les amateurs du ballon ovale. En effet, s’il y avait un entraîneur que l’on rêvait de voir un jour diriger le XV de France, c’était lui. Après plusieurs rendez-vous ratés, il a succédé à un Philippe Saint-André sorti par la petite porte après une défaite humiliante contre les All Blacks. Après avoir touché le fond, on ne pouvait imaginer qu’une amélioration rapide et probante. Le match d’hier a montré que cela était loin d’être gagné.

La qualité de jeu du XV de France est un peu comme l’inversion de la courbe du chômage. On l’attend depuis de longues années mais rien ne vient. Guy Novès a été à deux doigts de débuter son mandat par une défaite humiliante face à une équipe italienne dont l’Equipe évoquait le départ du Tournoi, faute d’un niveau suffisant. Preuve que la suffisance est peut-être justement ce qui caractérise notre pays. Le changement n’est pas pour maintenant. Car le changement prend toujours du temps.

Personne ne blâmera Guy Novès pour le piètre spectacle proposé hier après-midi par l’Equipe de France. Le rugby est un sport éminemment collectif et même avec les meilleurs joueurs du monde, cela prend du temps pour atteindre un niveau de jeu optimum. On mesurera vraiment l’apport de l’ex-entraîneur du Stade Toulousain à la fin du Tournoi, voire même dans un an après le Tournoi 2017. Après cette date, il n’aura guère d’excuse et c’est bien le résultat de son travail que l’on jugera sur le terrain.

Cependant, à l’impossible nul n’est tenu. Depuis 8 ans, le XV de France multiplie les performances médiocres. Les deux derniers sélectionneurs ont été désignés comme les coupables de cet état de faits, le public ayant été renforcé dans cette idée par la finale miraculeuse de 2011 qui aurait le résultat d’une reprise en mains de la part des joueurs. Mais à trop se focaliser sur les entraîneurs, on a peut-être perdu de vue que le rugby de Français ne produit plus de joueurs d’un niveau suffisant pour prétendre à une victoire dans le Tournoi et encore moins à un titre de champion du Monde. Les victoires de Toulon en Coupe d’Europe ont été acquises à grands renforts de joueurs étrangers et il n’est pas sûr que l’Equipe de France soit capable d’atteindre le niveau de l’armada toulonnaise.

Le travail qui attend Guy Novès s’annonce donc difficile. Son passé et son incroyable palmarès font que personne ne doute de ses qualités exceptionnelles d’entraîneurs. Seront-elles suffisantes pour remettre le XV de France au niveau que l’on rêve ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, les joueurs, largement épargnés par l’opinion depuis 8 ans, n’auront plus un sélectionneur derrière lequel se cacher.

SPOTLIGHT : Bienvenue en 2016 !

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spotlightafficheLe cinéma hollywoodien a bien des travers, mais aussi beaucoup de génie. Ce dernier s’exprime d’autant mieux dans certains genres cinématographiques qui semblent l’apanage exclusif du 7ème art américain. Les scénarios d’enquête journalistique en font partie. La preuve avec Spotlight, premier grand film de 2016. Un film totalement maîtrisé avec quelques défauts typiquement hollywoodien, mais qui reste extrêmement limité.

La plus grande qualité de Spotlight est d’être tout simplement passionnant. Le scénario est parfaitement écrit en termes de déroulé de l’enquête. On est immédiatement happé par l’histoire et on brûle de savoir comment l’équipe de journalistes va finir par faire surgir une vérité dont il ne soupçonne pas l’ampleur au début du film. Les étapes sont franchies une à une, chaque difficulté est contournée, sans que cela ne soit jamais cousu de fil blanc, ni à l’inverse capillotracté. Les personnages sont convaincants… même si on peut voir là, le seul travers du film. Il s’agit d’un bel hommage à ces reporters dont il s’agit là de l’histoire vraie. Cependant, la scénarisation leur donne une dimension héroïque qu’ils méritent sans doute, mais qui du coup fait de ce film un produit quelque peu formaté, un rien manichéen, où aucune ambiguïté n’existe.

spotlightMais le format est tellement efficace et plaisant qu’il serait vraiment idiot de bouder notre plaisir. Et notre plaisir est décuplé par un casting de très très haut niveau, parfaitement mis en valeur par la réalisation sobre de Tom Mc Carthy. Un cinéaste que l’on connaissait grâce à une filmographie plutôt intimiste, mais uniquement composée de petit bijoux (The Visitor!!!). Avec plus de moyens, il ne perd rien de son talent, mais garde au contraire une certaine modestie qui lui a permis de servir son sujet et les comédiens sans chercher le spectaculaire outre mesure. Cet équilibre fait au final la force de Spotlight et notre plus grand plaisir.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : Anonymous Content, First Look, Participant Media, Rocklin / Faust
Distribution : Warner Bros.
Réalisation : Tom McCarthy
Scénario : Tom McCarthy, Josh Singer
Montage : Tom McArdle
Photo : Masanobu Takayanagi
Décors : Stephen H. Carter
Musique : Howard Shore
Directeur artistique : Michaela Cheyne
Durée : 128 min

Casting :
Michael Keaton : Walter ‘Robbie’ Robinson
Mark Ruffalo : Michael Renzendes
Rachel McAdams : Sacha Pfeiffer
Liev Schreiber : Marty Baron
John Slattery : Ben Bradlee Jr
Brian D’Arcy James : Matt Carroll
Stanley Tucci : Mitchell Garabedian
Billy Crudup : Eric MacLeish

LE CERCLE BLEU DES MATARESE (Robert Ludlum) : Le complot tel qu’on l’aime

lecerclebleudesmatarese

lecerclebleudesmatareseLes thèses complotistes fleurissent désormais sur Internet et surtout dans les cerveaux de beaucoup de gens qui croient dur comme fer que les Illuminatis existent réellement. Il était une époque pas si éloignée où ce genre de théorie ne prenait vie que dans les romans d’espionnage. Des romans comme le Cercle Bleu des Matarèse de Robert Ludlum, le père de Jason Bourne. Un roman écrit en 1979, une année décidément riche en événements heureux.

Le Cercle Bleu des Matarèse est un roman moins épais qu’il en a l’air car il se dévore avec une avidité qui ne faiblit jamais. L’intrigue met du temps à démarrer mais c’est pour mieux faire monter le mystère. La tension narrative ira crescendo pendant les deux tiers du roman. On se prend au jeu, on s’attache aux personnages et on brûle d’envie de connaître toute la vérité sur ce complot aussi secret que terrible. C’est parfois un peu improbable mais comme le sont les meilleurs romans d’espionnage. Le style et incisif et toujours clair, permettant une lecture facile et gourmande sans que le lecteur ne se sente jamais perdu.

Le plus difficile dans ce genre d’exercice est de lever le mystère sur une vérité convaincante. Robert Ludlum nous amène à une conclusion cohérente et qui découle de manière fluide du récit qui l’a précédée. Cependant, sans être décevante, la fin du Cercle Bleu des Matarèse n’est pas tout à fait à la hauteur du reste. Peut-être que l’auteur qui était alors au début de sa carrière n’a pas osé nous proposer un dénouement vraiment spectaculaire, de peur d’en faire trop. Du coup, cette puissance obscure censée dominer le monde apparaît d’un coup beaucoup moins effrayante et on se dit « tout ça pour ça… ». Mais le tout ça reste tout de même réellement excellent.