Et le prix du scénario le plus éculé revient haut la main à L’Etudiante et Monsieur Henri. Parce que l’histoire du vieux bougon qui finit par s’attendrir au contact d’une personne beaucoup plus jeune que lui est une de celles qui a été le plus souvent racontées au cinéma. Etait-il vraiment nécessaire de nous proposer une nouvelle version ? Pas sûr… même si on a parfois la faiblesse se faire avoir encore et encore par les mêmes grosses ficelles.
L’Etudiante et Monsieur Henri, au-delà de son non-originalité la plus complète, souffre d’une direction d’acteurs quelque peu défaillante. Le casting surjoue et chacun semble vouloir en faire plus que le voisin en la matière. Au final, c’est sans doute la jeune Noémie Schmidt, révélation venue de Suisse et que l’on attend avec impatience dans la série Versailles qui va bientôt débarquer sur Canal+, qui s’en sort le mieux. Par contre, le trio Claude Brasseur, Guillaume de Tonquédec et surtout Frédérique Bel s’en donne à cœur joie dans des numéros mal maîtrisés.
Ivan Calbérac nous livre donc un film largement imparfait à partir d’une histoire que l’on connaît déjà. Pourtant, c’est peut-être cette imperfection qui finit par sauver le film. Cela lui donne une certaine fraîcheur assez réjouissante. Certes, les acteurs en font trop, mais ce surplus d’énergie a quelque chose d’assez communicatif. L’Etudiante et Monsieur Henri ne nous emballe pas, mais il arrive tout de même à nous divertir, à nous arracher quelques vrais sourires. Après tout, on ne lui en demandait pas tellement plus.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique :
Réalisation : Ivan Calbérac
Scénario : Ivan Calbérac
Production : Mandarin Films, StudioCanal, France 2 Cinéma
Ah l’Amérique Latine ! Sa cuisine, sa musique, son folklore ! Et bien sûr ces trafiquants de drogue sanguinaires et violents. Sans eux, le cinéma actuel perdrait une grande source d’inspiration, puisque les films où ils occupent une place centrale peuplent nos écrans de manière régulière. Peut-être trop ? C’est ce qu’on peut se demander en voyant Sicario, un film solide et sombre, mais qui n’apporte vraiment rien de nouveau sur le sujet.
Si Sicario sort un tout petit peu du lot, c’est avant tout par son casting prestigieux. Benicio Del Toro, Josh Brolin et Emily Blunt forment un trio de comédiens de très haut niveau, apportant chacun leur forte personnalité. Leurs personnages leur permettent de s’en donner à cœur joie et de donner la pleine mesure de leur talent. Ils ne sont pas loin d’en faire un peu trop, mais savent ce petit rien de retenu qui distingue le numéro d’acteur du cabotinage éhonté. Rien que pour ça, le film peut mériter le coup d’œil.
Le reste n’est pas dénué de qualité, mais totalement d’originalité. On a droit à un polar sombre, parfois violent, où l’ambiguïté des personnages créent une tension constante car chacun sait qu’il ne peut faire totalement confiance aux autres. C’est bien construit, offre quelques rebondissements qui vont bien, mais rien qu’on ait jamais vu. La réalisation colle assez bien à l’ambiance et a au moins le mérite de chercher à mettre avant tout en avant les acteurs. Rien à reprocher à ce film donc, mais sans pour autant avoir de réelles raisons de s’enthousiasmer.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Production : Black Label Media, Thunder Road Pictures
On commence cet avis par un monument de la musique, si ce n’est le plus grand des monuments encore vivants, à savoir Bob Dylan et son album Tempest, sorti en 2012. Avec le temps, la voix est plus profonde et plus grave, mais la magie opère toujours. L’ambiance est ici assez country, avec de belles mélodies et des morceaux assez épurées. Aucun d’entre eux ne ressort jamais. Si le début est très bon, il est vrai que la fin de l’album compte quelques titres plus lancinants et transparents. Bref, un album mineur dans cette immense carrière, mais qui en vaut bien d’autres.
Après le rock expérimental allemand de la dernière fois, voici le post-rock… Ne me demandez pas vraiment ce que cela veut dire, mais c’est ainsi que Wikipédia qualifie la musique de Goodspeed You ! Black Emperor, un groupe canadien, que j’ai découvert au travers de leur album Allujah ! Dont’ Bend ! Ascend ! Un album composé de 4 titres seulement… mais donc deux font chacun vingt minutes à eux seuls. Des titres qui ressemblent généralement à de (très) longues montées où l’instrumentation se complexifie au fur et à mesure. J’avoue que c’est musicalement plutôt intéressant, mais c’est beaucoup trop long et répétitif et donc vite lancinant. Ca ressemble même parfois à un gros bordel passablement inaudible. Bref, ça change de l’ordinaire… mais pas forcément en mieux.
On termine avec une autre découverte que j’ai espéré très bonne à l’écoute du premier morceau de Life is People, le 6ème album de Bill Fay, un auteur-compositeur-interprète anglais qui a commencé sa carrière en 1969 avant de connaître un trou de près de 30 ans. Le début rappelle un peu Bruce Springsteen, avec une voix beaucoup plus douce. La suite est malheureusement beaucoup plus sombre, parfois ennuyeuse ou simplement désespérément planplan et transparent. Il ne ressort que quelques ballades sympathiques, mais qui ne cassent pas trois pattes à un canard.
J’ai cru remarquer au cours de ma brève existence (enfin de moins en moins brève au fur et à mesure des années) que le connard est une espèce qui a beaucoup de succès auprès de la gente féminine. Ok, la remarque marche sûrement dans le sens inverse avec les connasses, mais ce n’est pas le sujet ici. En effet, Mon Roi, le nouveau film de Maïwenn, constitue l’illustration parfaite de l’histoire d’amour entre une fille bien et un homme qui tient plus de la nuisance que du bienfait. Un film qui a reçu un accueil mitigé, tant il est vrai qu’il provoque une impression contrastée.
Mon Roi fait partie de ces films dont vous ne savez pas très bien si vous les avez adoré ou si vous l’avais détesté. Parce que vous lui trouvez d’immenses qualités, mais d’un autre côté, vous avez un peu l’impression de vous être fait avoir par des tours de passe-passe. Maïwenn n’est peut-être pas magicienne, mais une cinéaste au talent assez rare pour masquer les faiblesses des histoires qu’elle raconte. Et le scénario en possède ici beaucoup. Le propos manque vraiment de profondeur et certains éléments, comme un parallèle entre l’histoire d’amour et une rééducation du genou, laissent perplexes… ou pire totalement indifférents.
A côté de ça, Maïwenn possède une faculté rare à sublimer le jeu de ses acteurs. Si Emmanuelle Bercot, qui est pourtant avant tout une réalisatrice, a reçu un prix d’interprétation à Cannes, ce n’est pas non plus pour rien. Elle en éclipserai presque un Vincent Cassel pourtant assez incroyable. Mais c’est l’ensemble du casting qui est sublimé, avec même un Norman vraiment excellent. Le jeu d’acteurs donne vie à cette histoire, transmet beaucoup d’émotion, sans arriver à masquer totalement la vacuité d’une histoire qui en rappelle beaucoup d’autres (et des réelles), mais sans rien en dire.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Production : Les Productions du Trésor, StudioCanal, France 2 Cinema
Matthias Schoenaerts est désormais à peu près aussi souvent à l’affiche que Kad Merad à une certaine époque. A la différence que l’acteur belge occupe les écrans des deux côtés de l’Atlantique et un peu partout en Europe. Un acteur polyglotte, doté d’une présence à l’écran assez phénoménale. C’est donc un plaisir, jamais une corvée de le voir figurer au casting. Surtout que ses très larges épaules (c’est le moins que l’on puisse dire) sont capables de supporter à elles seules tout le poids d’un film, comme ici avec Maryland.
Maryland est un polar à quasi huis-clos un rien paranoïaque. Un film dont le principal ressort est une tension qui va en grandissant au fur et à mesure qu’un danger d’abord imperceptible se concrétise. Rien de très nouveau ici et Alice Winocour déroule son film avec un grand académisme. On ne s’ennuie pas, mais on guette tout de même un éclair d’originalité, à défaut de génie, qui nous sortirait d’un chemin trop bien balisé. C’est propre, c’est net, mais cela manque au final d’épaisseur et de personnalité.
Si Maryland reste tout de même un minimum plaisant, c’est grâce au plaisir que procure la prestation de Matthias Schoenaerts. Certes, ce n’est pas ici que l’acteur sera repoussé dans ces derniers retranchements de comédien, mais sa seule présence suffit. Il éclipse totalement une Diane Kruger qui ne fait pas le poids dans un rôle il est vrai pas particulièrement intéressant. Il est la star de ce film en incarnant un personnage taillé pour lui. Et tailler quelque chose pour Matthias Schoenaerts n’a rien d’évident, vu le gabarit du bonhomme !
LA NOTE : 12/20
Fiche technique :
Production : Dharamsala, Darius Films
Réalisation : Alice Winocour
Scénario : Alice Winocour
Montage : Julien Lacheray
Photo : George Lechaptois
Décors : Samuel Deshors
Distribution : Mars Distribution
Son : Pierre André, Marc Doisne, Gwennolé Le Borgne
Doit-on toujours être forcément misérabiliste pour parler de certains sujets ou de certains populations ? Le cinéma nous a souvent prouvé que non, il n’y aucune obligation en la matière. Nouvelle preuve avec ce très beau Much Loved. Un long métrage qui nous transportera dans le quotidien mouvementé de prostituées de Marrakech, à travers des personnages qui nous transmettent leur énergie, leur humour et leurs émotions.
Much Loved est un film de personnages. Il nous raconte une histoire, mais nous permet avant tout de faire des belles rencontres. De ces rencontres inoubliables qui valent bien un film ! On ressent pour ces femmes magnifiques une infinie et immédiate sympathie. Mais jamais la moindre trace de pitié. On partage avec elles leurs aspirations à autre chose ou à un ailleurs, sans pour autant devoir porter un jugement sur leur vie, sur leurs choix. Nabil Ayouch arrive à les filmer de manière à créer un véritable sentiment d’intimité avec ses personnages, en échappant totalement à l’impudeur ou au voyeurisme.
Much Loved n’élude évidemment pas l’horreur de certaines situations. Il n’y a là aucune apologie de la prostitution. Mais ce n’est pas parce qu’il ne nous présente pas des personnages brisés par ces difficultés que l’on en vient à dire que finalement leur situation n’est pas si terrible. La beauté des actrices, la beauté des images nous éblouissent, mais ne nous rendent pas aveugles. Le regard sur les clients est lui naturellement plus sévères, même s’il reste plein de cet humanisme qui caractérise ce très beau film.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Les Films du Nouveau Monde, New District, Barney Production, Ali n’ productions
Chaque année revient la déclaration de revenus et le Woody Allen. Celui de 2014, Magic in the Moonlight était un pur bijou, prouvant que le réalisateur américain ne perd rien de son imagination, de son talent et de sa capacité à nous offrir des histoires réjouissantes et originales avec les années. Sa capacité aussi à diriger merveilleusement bien les acteurs qu’il accueille devant sa caméra. Le voir tourner avec Joaquin Phoenix dans L’Homme Irrationnel faisait particulièrement envie.
A force de faire un film chaque année, Woody Allen nous aura livré un très grand nombre de scénarios. A force, évidemment, on retrouve certains éléments redondants d’un script à l’autre. Avec l’Homme Irrationnel, j’ai trouvé quand même beaucoup de ressemblance notamment avec Match Point. Ce n’est pas grave en soi puisque c’est vraiment un de mes films préférés, mais cela a quelque peu limité mon enthousiasme. Certains diront que je suis quelque peu sévère, puisque les différences entre les deux sont tout aussi flagrantes. De toute façon, je ne dis pas du tout qu’il s’agit là d’un mauvais film, ni même d’un film moyen.
En effet, il reste le plaisir procuré par le numéro de duettiste entre Joaquin Phoenix et Emma Stone. Les deux sont vraiment excellents, même si l’aura du premier reste tout de même relativement écrasante. Mais la jeune actrice ne s’en laisse pas compter pour autant. Encore une fois, Woody Allen brille par sa direction d’acteurs. Il brille également par son écriture de personnages sortant de l’ordinaire, tout en renvoyant à des sentiments, des faiblesses que l’on rencontre chez le commun des mortels. L’Homme Irrationnel n’est donc pas son meilleur film, mais il serait irrationnel de ne pas aller le voir simplement pour ça.
On commence par une drôle d’idée, à savoir télécharger du rock allemand expérimental… Des fois, je ferais mieux de lire les critiques sur lesquelles je base mes acquisitions, plutôt que de ne regarder que les notes décernées par les journalistes. Bref, voici Lost Tapes, compilation de titres studio et live du groupe Can, qui a produit de nombreux albums entre 1969 et 1989. Beaucoup de morceaux reposent sur un chant minimaliste qui vient se poser sur une même phrase musicale se répètant en boucle pendant dix minutes. Si je veux être gentil, je dirais que c’est souvent décousu, mais plus honnêtement, je dirais simplement que c’est juste insupportable, s’apparentant parfois plus à du bruit qu’à de la musique.
On poursuit avec une autre découverte, mais beaucoup plus réjouissante avec Rumer, une artiste britannique d’origine pakistanaise. Boy’s Don’t Cry est sorti en 2012 et est sont deuxième album (sur trois). L’album est particulièrement frais et entraînant, porté par une voix claire et mélodieuse. Bon, ça fait parfois un peu soupe, mais ça se laisse écouter avec plaisir. Ca rappelle beaucoup Dido par certains côtés. On retiendra un titre aux accents jazzy très sympa, Soulsville, et une jolie ballade : Flyin’Shoes.
On termine avec un des acteurs majeurs de la scène française, M et son album Il. Il y enchaîne des titres particulièrement variés : musique douce, titres plus rock, d’autres éthérés ou encore certains aux accents latinos. Ce n’est donc jamais monotone, mais ça n’atteint jamais des sommets. Le single Mojo est sympa, mais à côté de ça, d’autres titres sont limites chiants. Personnellement, je trouve qu’il n’a jamais retrouvé la qualité de ses débuts, même s’il reste un artiste majeur dans notre pays.
Pendant très longtemps, le public fréquentant les cinémas pouvait être segmenté en deux groupes distincts : les grands et les petits, ou si vous préférez les adultes et les enfants. Et puis, les producteurs ont découvert une troisième catégorie d’êtres humains susceptibles de se rendre en masse dans les salles obscures : les adolescents. Cette espèce à part semble particulièrement friande de fantastique… bon ou alors les producteurs ont tout simplement voulu imiter le succès de la saga Twillight. Bon, ce n’est pas le débat du jour, qui peut se résumer ainsi : Le Labyrinthe : la Terre Brûlée est il un bon film ?
Après un premier épisode plutôt bien foutu, mélangeant Hunger Games et Cube, voici un deuxième opus également plutôt bien troussé qui tire son influence de Mad Max… et bon de Hunger Games toujours, parce qu’il faut bien suivre les franchises qui cartonnent. Bien sûr, ça reste assez gentillet, faudrait pas traumatiser le boutonneux, mais Le Labyrinthe : la Terre Brûlée est rythmé, convaincant et assez différent du premier épisode pour que l’on échappe à l’impression de réchauffé. On prend plaisir à retrouver les personnages et d’assister à leur évolution dans des décors spectaculaires.
Le Labyrinthe : la Terre Brûlée reste néanmoins un film assez mineur dans son genre. Déjà parce que les thèmes abordés, les éléments de l’intrigue, sont eux quand même quelque peu usés à force d’être utilisés dans la plupart des œuvres du genre, combien même le résultat tient ici debout. La saga manque aussi d’un personnage et d’acteurs vraiment charismatiques. N’est pas Jennifer Lawrence qui veut. Bref, un film qui est un bon moyen d’attendre la conclusion de Hunger Games. Un sorte d’apéro avant le plat principal !
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Production : Gotham Group, Temple Hill Entertainment, TSG Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Wes Ball
Scénario : T.S. Nowlin, d’après La Terre brûlée de James Dashner
Pourquoi s’engager en politique ? Pourquoi s’engager tout court d’ailleurs, mais puisque je vais vous livrer là une réflexion toute personnelle, je vous livre cette question existentielle telle que je me la pose. Mais mon propos pourra largement s’appliquer à d’autres formes d’engagement. Un tel acte est forcément mû à des degrés divers par une volonté de changer le monde. Voilà un beau lieu commun, mais je n’ai pas trouver meilleure formulation pour résumer ce qui habite à peu près tous les militants que j’ai pu croiser dans ma vie. Ceci n’empêchant pas le fait que chacun d’eux propose une définition très personnelle de ce que ce que peut bien être ce changement désiré.
Après l’enthousiasme des débuts, le militant va vite s’apercevoir que le monde évolue en se foutant largement des actions qu’il peut mener. Déjà parce que le monde ne peut se résumer à une seule et même cause. La politique est censée être le domaine voué à embrasser toutes les causes et traiter tous les sujets. Cependant, nos vies, nos comportements, nos choix individuels façonnent notre monde peut-être infiniment plus que les lois et les règlements, finalité de l’action politique. Et heureusement, j’ai envie de dire. Mais dans une optique purement militante, cela ne condamne-t-il pas toute action à l’impuissance ?
Cette année 2015 fut malheureusement particulièrement propice à ce blues du militant de terrain (je trouve ça plus sympa que « de base »). Commencée avec Charlie, elle se poursuit dans un flot de migrants et se terminera avec une grande messe consacrée au réchauffement climatique. Autant de problèmes géopolitiques qui semblent rattraper notre réalité quotidienne, mais dont l’ampleur nous dépasse largement. Autant de sujets de révolte qui nourrissent le feu militant en chacun de nous, mais qui peut aussi nous plonger dans une abîme de découragement. Les réponses apportées par en haut semblent toujours loin de l’importance des enjeux et l’action de terrain ne peut apporter qu’une réponse insatisfaisante.
Cette impuissance conduit également parfois à une forme de culpabilité. En effet, le militantisme rend particulièrement attentif aux discours dénonçant l’inaction ou l’inefficacité face à ces problèmes. Ces reproches s’adressent avant tout aux « puissants », mais se faire interpeller directement sur un marché fait partie du lot de tout militant politique un tant soit peu actif. Du coup, on se sent parfois un peu complice, comme s’il l’on servait d’alibi à tous ceux qui du haut de leur tour d’ivoire complote pour leur propre intérêt, au détriment de l’intérêt général.
Du coup, il est tentant de renoncer tout simplement. Car si, individuellement, notre action n’a qu’un effet ridiculement négligeable, notre défection ne changera pas non plus la face du monde. J’y gagnerais des heures plus agréablement passées qu’en réunions un peu vaines ou en tractages dans le froid face à une foule totalement indifférente. J’y gagnerais le droit de critiquer tant qu’on voudra, sans jamais avoir à défendre une position commune qui n’est pas tout à fait celle qu’on aurait adopté. J’y gagnerais le droit de ne pas être cohérent, pragmatique, mesuré. Bref une tranquillité d’esprit soudaine. Le monde continuerait à aller toujours aussi mal, mais au moins je ne me sentirais plus coupable, responsable ou complice de quoi que ce soit.
Pourquoi continuer alors ? Pourquoi continuer à faire partie d’un système dont je mesure toujours un peu plus les travers parfois insupportables ? Pourquoi dépenser autant de temps et d’énergie dans des combats électoraux dont l’impact sur la marche du monde est au fond minime, si ce n’est pour ceux qui y gagneront un mandat ? 2015 aura été l’année où je me serai posé le plus cette question. Pour beaucoup de raisons, tenant aussi bien du contexte international, que de la politique purement nationale et de ma vie personnelle. Pourtant, je suis encore là et j’ai encore finalement l’intention d’y rester.
Déjà parce que l’impression que tout va mal, que rien ne change, que personne ne peut rien pour rien ne résiste pas à une analyse objective et sereine. Notre culture de l’immédiateté nous fait oublier que le si les crises sont souvent violentes et soudaines, les solutions se construisent dans la durée. Il y a une différence fondamentale entre critiquer une politique parce qu’elle va dans le mauvais sens et la critiquer parce qu’elle ne va pas assez vite ou pas assez loin. Mais le citoyen se comporte de plus en plus comme un consommateur ne supportant pas que l’action collective ne se plie pas à ses exigences. J’ai été frappé de lire un article il y a quelques jours sur l’augmentation trop lente du nombre de professeurs en primaire. Frappé par l’agressivité, le manichéisme des propos rapportés. Cela tient sûrement en partie d’un certain travers du style journalistique, mais il y a quand même une différence abyssale entre ce gouvernement qui augmente le nombre de postes, même si cette augmentation se heurte à des contraintes budgétaires et techniques (postes ouverts mais non pourvus faute de candidats, formation initiale rétablie, ce que tout le monde souhaitait, mais qui mécaniquement décale le temps entre le recrutement et l’arrivée des nouveaux professeurs devant les classes…) et le précédent qui supprimait des postes. Mais rien dans le texte, les citations ne semblaient vouloir faire cette distinction, faire preuve de mesure. C’est blanc ou c’est noir ! Et comme cela ne va pas assez vite, c’est noir !
C’est un exemple parmi tant d’autres, à notre petite échelle hexagonale qui plus est. 2015 ne fut pas marqué que par des catastrophes. On ne s’est malheureusement pas trop attardé sur l’accord signé par 62 pays pour lutter contre l’évasion fiscale, événement historique. Là encore, on peut sombrer dans le « ça ne va passez loin », mais il n’empêche qu’il s’agit d’un progrès sans précédent dans un domaine où la coopération internationale à cette échelle n’existait pas. 2015 fut l’année où l’ONU s’est dotée de nouveaux objectifs de développement. On pourrait n’y voir que de la poudre aux yeux, mais ce fut aussi l’occasion de faire le bilan des objectifs du millénaires fixés en 2000 pour constater que beaucoup ont été atteints, certains largement dépassés même. Pas tous certes, on aurait pu encore faire mieux, mais des gens se sont battus pour obtenir ces résultats et leur combat n’a pas été vain.
Bien sûr, en tant que militant socialiste viroflaysien, je peux difficilement mettre à mon crédit la moindre de ces avancées. Mais il y a là des raisons de ne pas désespérer. Elu d’opposition, mon bilan est de toute façon limité. Cependant, j’ai aussi des raisons d’être fier. D’avoir dirigé une campagne des départementales où nous aurons privé le Front National d’une deuxième tour sur notre canton. De voir notre travail de fond sur l’accessibilité porter ses fruits et obliger la majorité municipale à bouger. Ce travail, ce ne fut pas de nous contenter de pousser des cris d’indignation sur Facebook, mais a nécessité un travail d’appropriation des textes de lois, de l’ensemble des enjeux que recouvre ce problème plus large que l’on imagine, un travail de recherche sur les solutions apportées dans d’autres communes. Tout cela pour bâtir des argumentaires assez solides pour être irréfutables. Bien sûr, on reste loin d’avoir apporté une solution à tous les problèmes qui se posent dans ce domaine dans notre commune. On peut même dire que l’on n’a même pas encore commencé. Mais les quelques remerciements reçus par des personnes qui souffrent de handicap juste pour en avoir parlé redonnent une motivation qui pourrait s’éteindre par ailleurs.
Pour finir, je voudrais aussi dire que si je continue à être militant politique, c’est aussi parce que je connais la valeur de ceux qui partagent ce combat. Et pas forcément que dans mon camp d’ailleurs. Certes, le jeu politique fait que l’on offre trop souvent un spectacle navrant. Je suis désespéré en constatant que l’immense majorité de la parole politique rapportée dans les médias consistent à entendre un acteur politique dire du mal d’un autre acteur politique ou de ce qu’il propose. Personnellement, je conçois l’action politique comme un combat pour défendre des idées, des valeurs, pas pour attaquer qui ou quoi que ce soit.
Si je militerai dans les semaines à venir pour la liste socialiste pour les élections régionales dans les Yvelines, c’est aussi parce que je connais chacun de ceux qui la composeront. Certes, pour certains, je pourrais facilement mettre en avant certains reproches que je pourrais formuler à leur encontre. Mais je sais surtout que tous ont choisi la voie de l’action face à l’indifférence, en politique, mais aussi souvent en parallèle dans des engagement associatifs. J’ai été profondément marqué de voir à l’occasion du dernier forum des associations ou lors de la récente réunion sur l’accueil des migrants à Viroflay combien ma génération est tout simplement absente. Pas simplement du combat politique, mais de toute forme d’engagement ou de solidarité. Alors il n’est pas question d’abandonner moi aussi et d’abandonner ceux qui ont fait le choix de l’engagement, combien même cela ne fait pas d’eux des anges ou des êtres parfaitement vertueux et capables de trouver une solution à tous les problèmes qu’ils affrontent.
Oui ce combat, comme les autres, ne changera pas radicalement la face du monde. Mais je sais que si je ne le mène pas, d’autres s’en chargeront, mais pas forcément dans le sens que je souhaiterais. Et cette fois-ci, c’est une culpabilité que je ne suis pas prêt à assumer.
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