SPY : L’erreur sans fin

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spyafficheJe suis quelqu’un de relativement obstiné et têtu. Je dirais bien plutôt tenace, si je veux positiver les choses, mais la différence ne serait que purement rhétorique. Je suis aussi un fervent optimiste. Du coup, je m’acharne à aller voir certaines comédies, alors que les précédentes de la même équipe m’ont vraiment déçu. C’est ainsi que j’ai été voir de nombreux films d’Eric et Ramzy, sans jamais décrocher plus d’un sourire à la fois. De même, j’avais vraiment détesté Mes Meilleures Amies, du réalisateur Paul Feig et avec l’actrice Melissa McCarthy. Pourtant, j’ai été voir Spy du réalisateur Paul Feig et avec l’actrice Melissa McCarthy. Comme quoi, on n’apprend pas toujours de ses erreurs…

Alors certes, il m’est arrivé d’éclater de rire devant Spy. Et plus d’une fois, je l’avoue. Je ne nierai pas un certain nombre de bonnes idées qui dérident de manière soudaine les zygomatiques du spectateur. Mais pour quelques unes percutantes, combien sont sous ou mal exploitées ! Cela tient souvent du gâchis, surtout lorsque l’on rassemble un tel casting. Les personnages constituent d’ailleurs le point fort et la sympathie qu’ils inspirent constitue la principale raison qui nous font supporter tous les passages terriblement lourdingues…

Cspyomme toujours avec ce genre de comédie américaine très premier degré, Spy nous présente son lot d’humour pipi-caca-vomi. Je n’y peux décidément rien, mais cela ne me fait pas rire le moins du monde. Au contraire, pour un gag de cette nature, il me faut cinq gags « propres sur eux » pour passer à autre chose. C’est surtout le côté « passage obligé » que je trouve totalement ridicule. Bref, je n’ai pas trouvé dans ce film assez de densité pour passer outre. Je me suis donc parfois demandé ce que je faisais là. Certes, la vie est courte, il ne faut jamais cracher sur quelques éclats de rire. Mais je m’octroie aussi tout de même le droit d’avoir le rire un minimum exigeant.

LA NOTE : 08/20

Fiche technique :
Production : 20th Century Fox, Feigco Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Paul Feig
Scénario : Paul Feig
Montage : Melissa Bretherton, Brent White
Photo : Robert D. Yeoman
Décors : Jefferson Sage
Musique : Theodore Shapiro
Directeur artistique : Tom Brown
Durée : 120 mn

Casting :
Melissa McCarthy : Susan Cooper
Jason Statham : Rick Ford
Jude Law : Bradley Fine
Rose Byrne : Raina Boyanov
Miranda Hart : Nancy
50 Cent : lui-même

LE CONGRES, LE PARTI SOCIALISTE ET MOI…

congrespoitiers

congrespoitiersCela fait un moment que je n’ai pas écrit un billet dans cette rubrique de mon blog. Pourtant, le parti où je milite vient de traverser le moment qui se prête le plus aux analyses et aux commentaires sur sa propre action. Un congrès est une séquence longue qui aura occupé les militants socialistes pendant près de trois mois et qui vient à peine de s’achever avec la constitution des listes pour les Régionales, qui ont largement découlé du résultat des différentes élections internes.

Ce moment de militantisme intense prend évidemment beaucoup de temps… ce qui en laisse d’autant moins pour s’amuser à discourir sur le net. De plus, les affaires internes au PS ne concernent que ses militants et ont déjà trop tendance à s’étaler en dehors pour ne pas en rajouter une couche. En m’inscrivant dans une organisation collective, j’en accepte les règles du jeu et je serai publiquement solidaire de ce qui ressort de ce moment somme toute démocratique, même si le résultat n’est pas celui que j’escomptais. Que ça soit localement ou nationalement. Ceci explique donc mon silence pendant tout ce temps.

Je ne vais donc pas rentrer dans les détails de tout ce à quoi j’ai pu assister pendant ces trois derniers mois. C’était la première fois que je suis autant impliqué dans une telle séquence, c’était la première fois que je me rendais physiquement à un congrès national, j’aurais donc beaucoup à dire sur la manière dont tout cela s’est passé, sur le microcosme politique en général et la manière dont se forment les élites politiques de notre pays. S’il me restait une once d’illusion idéaliste sur ce milieu, je l’ai définitivement perdue. Il me serait donc particulièrement facile de me lancer dans une diatribe contre ces hautes sphères qui ne se soucient guère du brave militant de terrain que je suis, et encore moins du peuple. Je pourrais sombrer dans l’aigreur et le mépris, charger le « système » et ceux qui le font vivre de toutes les fautes, de l’entière responsabilité de tous les malheurs du monde et de toutes les injustices. Mais je laisse ça à d’autres qui le font bien mieux que moi.

Un congrès devrait être un moment d’introspection pour chaque composante du Parti Socialiste. Du 1er secrétaire national au militant de base. Mais ce qui m’a frappé, c’est l’incapacité chronique de chacun à faire son propre bilan avant de faire celui, forcément mauvais, des niveaux supérieurs. Evidemment, cela n’a rien de spécifiquement socialiste, cela se vérifie dans à peu près toute organisation humaine pyramidale. Cela traduit à mon sens une perte du sens collectif que je ressens à tous les niveaux et dont j’ai déjà maintes fois parlé. Personne n’est plus responsable de rien, ne veut surtout pas l’être, mais ne se privera pas d’exprimer son mécontentement à la première décision qui lui déplaît. En tant qu’élu local, je le ressens au travers de l’indifférence décourageante de la population qui ne porte aucun intérêt aux sujets de fond, mais se mobilisera contre le premier immeuble construit en face de chez eux.

Si on en revient au congrès du PS, tout cela donne naissance à la figure du « saint militant », que personne n’osera jamais critiquer, tout comme aucun homme politique ne dira plus jamais « les Français sont de veaux ». Et comme la base ne s’adonne que très difficilement à l’autocritique cela aboutit à des analyses très incomplètes, pour ne pas dire creuses. Le Parti Socialiste ne va pas très bien, il serait difficile de le nier, mais non, ce n’est pas que la faute de François Hollande et de Solférino. La base dont je fais partie est loin d’être exempte de tout reproche, mais comme cette dernière se pose en victime permanente, il est quasi impossible de lui faire admettre quoique ce soit et encore moins de l’inviter à changer.

Ma première réunion de section a suivi directement l’élection de Nicolas Sarkozy, élément déclencheur de mon adhésion. Je me revois encore très bien écouter, un peu intimidé, mes camarades se livrer chacun à leur tour à leur analyse de la défaite. Je me rappelle surtout très bien m’être demandé de quoi ils parlaient… En effet, les discours étaient souvent ceux de militants analysant tout par le prisme de problèmes internes au Parti ayant eu un impact somme toute limité sur l’opinion. Les raisons profondes et réelles de cet échec ne furent que peu présentes dans la discussion. 8 ans après, j’espère avoir conservé la capacité à sortir d’une vision du monde déformée par une pratique militante, qui devient par la force des choses une part importante de son existence. Je n’ai absolument pas la prétention de toujours y arriver et je n’ai donc aucune envie de me poser en donneur de leçons.

Cependant, depuis lors, je me bats auprès de mes camarades pour qu’à mon niveau, au sein de mon parti, nous évitions de tomber dans le piège de cette déconnexion d’avec le monde réel… ou du moins du monde tel qu’il est vécu par la majorité de la population (et même de la seule population de gauche) qui n’est pas adhérente du Parti Socialiste. Pourtant, combien de fois, ai-je entendu un de mes camarades lancer ce reproche aux dirigeants de notre parti, sans considérer une seule seconde que ce travers existe déjà chez lui ? Je me bats pour que l’on arrête de considérer que la distribution de tracts au marché constitue l’alpha et l’oméga du militantisme politique. Je me bats pour que l’on ne sombre jamais dans l’autosatisfaction et l’irresponsabilité.

Ce congrès du Parti Socialiste a été l’occasion pour beaucoup de ses membres de commenter en long et large et en travers, en bien ou en mal, l’action de François Hollande et de ses gouvernements depuis son élection. Personne n’osera dire que le bilan est merveilleux, tout le monde s’accordera sur les erreurs, les manques, les échecs. Mais moi, en tant que militant de base, en tant que simple conseiller municipal, ai-je moi-même réussi la première partie de ce quinquennat ? Je n’en suis pas si sûr. Et cette question, chaque militant devrait se la poser, si ce n’est chaque personne se sentant un minimum appartenir au peuple de gauche.

Alors que le quinquennat était à peine entamé, le peuple de gauche a vu se lever au moment du vote sur le Mariage pour Tous avec une force considérable un peuple réactionnaire que l’on imaginait en voie d’extinction. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le peuple de gauche s’est fait laminer face à ce déluge de haine et d’intolérance. Bien sûr, il est facile de dire qu’il fallait faire autrement, qu’Harlem Désir n’avait pas les épaules pour faire du parti la courroie de transmission d’une vaste mobilisation. Mais chacun de nous, qu’avons-nous fait ?

Je suis élu d’un territoire où se situe le cœur de ce mouvement réactionnaire. J’aurais pu être en première ligne, alors que ma ville était recouverte d’affiches abjectes. J’aurais pu m’exprimer quand le Maire de Viroflay, dont je suis le premier adversaire, s’est exprimé à l’occasion de ses vœux à la population et dans le journal municipal pour affirmer son opposition à la loi Taubira. J’aurais pu faire entendre ma voix quand le monde entier a vu Viroflay recouvert de drapeaux de la Manif pour Tous lors du passage du Tour de France. Au-lieu de ça, j’étais seul à pleurer de honte devant ma télévision. Honte pour ma ville, mais aussi honte de moi. Parce que j’ai choisi la voie de la lâcheté, quand, en accord avec les camarades de ma section, nous avons choisi de ne rien faire, prétendument pour ne pas jeter de l’huile sur le feu… Ne nous voilons pas la face, j’avais juste peur de me faire emmerder, insulter ou pire encore par un des crétins qui peuplent ma ville.

A quelques kilomètres de là, Erwan Binet, le rapporteur de la loi à l’Assemblée, n’a pas eu peur lui. Il s’est retrouvé nez à nez face à des opposants particulièrement agressifs à l’occasion d’un débat qui n’a, du coup, jamais eu lieu. Il ne s’est pas défilé, il n’a pas reculé. Il a beau être député, avoir un parcours d’apparatchik, faire partie de cette élite sur laquelle il serait facile de cracher, il a fait preuve du courage qui m’a manqué.

Et où étions-nous, militants de terrain, quand Marisol Touraine se battait seul contre les médecins, la droite et, avouons-le, une partie de son propre camps pour imposer le tiers-payant ? Où sommes-nous pour défendre la réforme du collège ? J’aurais aimé que le congrès de Poitiers servent aussi à répondre à ces questions. Mais faudrait-il encore que ceux sont à même d’apporter une réponse, c’est à dire tous les militants de base et les secrétaires de section daignent un jour eux aussi se remettre parfois en question…

Mais si j’espère que les militants socialistes soient les premiers à le faire, je ne désespère pas que demain, ce soit enfin tous les citoyens qui se décident à mener cette réflexion… Parce que de la base au sommet, un militant socialiste a au moins eu le mérite un jour de quitter la passivité dans laquelle l’immense majorité se complet. Peut-être que ce jour viendra où les actes remplaceront la litanie des complaintes. Comme quoi, il me reste encore peut-être quelques illusions…

LOVE & MERCY : Sous la plage, les pavés…

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loveandmercyafficheLes chanteurs ayant souvent un destin tragique (on attend tous avec impatience la déchéance de Justin Bieber!), adapter leur vie au cinéma est devenu une idée récurrente chez les scénaristes. Et il faut avouer que le résultat est souvent assez bon, car musique et cinéma forment à la base un couple particulièrement bien assorti. Une nouvelle preuve avec Love & Mercy qui nous raconte le parcours plutôt chaotique de Brian Wilson, leader des Beach Boys. Un film qui nous fait porter un regard neuf sur la musique de ce groupe mythique.

Construire un biopic revient généralement à choisir entre deux options. Soit opter pour l’ordre chronologique bête et méchant, soit construire son scénario à base de flash-backs. Love & Mercy a la bonne idée, pour ne pas dire le bon goût, de se situer entre les deux approches. La démarche retenue n’est pas là simplement pour donner un peu d’originalité à la narration, elle sert réellement le propos qu’elle soutient. Il est du coup particulièrement convaincant, surtout que Bill Pohlad ne succombe pas à la tentation de nous livrer une simple hagiographie d’un artiste qu’il admire visiblement. Au contraire, il nous offre un étude approfondie sur l’acte de création et la folie que cela est susceptible d’engendrer.

loveandmercyLove & Mercy fonctionne aussi grâce à un choix d’acteurs particulièrement judicieux. Bill Pohlad n’a pas cherché à jouer la carte de la ressemblance physique à tout prix. Faire croire que Paul Dano et John Cusack sont la même personne à 20 ans d’écart pouvait paraître un pari osé… Mais un pari parfaitement réussi, car ils incarnent tous deux leur personnage d’une manière assez magistrale pour que cela paraisse au final totalement naturel, pour ne pas dire évident. Un mot également sur deux personnages qui démontrent qu’on n’a pas besoin de porter un costume noir et être asthmatique pour être parfois carrément flippant. Paul Giamatti et Bill Camp sont tout simplement parfaits dans leur rôle de manipulateurs poussant Brian Wilson vers son côté sombre.

Love & Mercy est enfin une autre façon d’envisager la musique de Beach Boys. Une musique qui ne se limitait pas à une simple célébration du soleil californien et des jolies filles… malgré les pressions pour qu’elle s’en tienne à cette recette assurant son succès commercial. Les scènes de création musicales, absolument formidables, vous feront porter une oreille attentive sur les sonorités étranges qui peuplent les instrumentations des Beach Boys. Avec ce film, on ne découvre pas un chanteur parmi d’autre que le succès a détruit, mais un artiste qui se heurte à des logiques qui ne sont pas celles de la création et qui, en broyant son génie, ont broyé l’homme qui le portait.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : River Road Entertainment, Battle Mountain Films
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Bill Pohlad
Scénario : Oren Moverman, Michael Alan Lerner, d’après la vie de Brian Wilson
Montage : Dino Jonsäter
Photo : Robert D. Yeoman
Décors : Keith P. Cunningham
Musique : Atticus Ross
Durée : 121 min

Casting :
Paul Dano : Brian Wilson (années 60)
John Cusack : Brian Wilson (années 80)
Elizabeth Banks : Melinda Ledbetter
Paul Giamatti : Dr Eugene Landy
Dee Wallace : Rosemary
Jake Abel : Mike Love
Kenny Wormald : Dennis Wilson

TERMINATOR GENISYS : Le grand recyclage

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terminatorgenisysafficheComme je disais l’autre jour, il y a des films dont on attend beaucoup et qui sont juste géniaux, à l’image de Vice-Versa. Malheureusement, il existe l’exact symétrique, c’est à dire les films dont on n’attend rien et qui sont juste terriblement médiocres. C’est le cas de Terminator Genisys qui occupera une place de choix dans le panthéon des suites en mal d’inspiration. Un film qui arrive à être à la fois un reboot, un remake et une suite. Bref un grand recyclage à l’intérêt écologique limité néanmoins.

Terminator Genisys, par un tour de passe-passe scénaristique à base de lignes temporelles alternatives, arrive à justifier le fait de réexploiter à peu près toutes les idées des trois premiers épisodes, à nous faire revivre des événements largement similaires et à nous livrer un plat qui sent passablement le réchauffé. A côté de ça, le film nous propose bien quelques idées nouvelles, quelques nouveaux concepts. Mais leur exploitation est souvent maladroite, même si certains sont assez sympathiques. Bref, l’impression d’assister à une vaste escroquerie cinématographique n’est absolument pas compensée par ces quelques nouveautés.

terminatorgenisysDans les rares raisons de se réjouir, figure, malgré ce qu’on pouvait craindre, l’éternel Arnold Schwarzenegger. Trop vieux pour le rôle ? Le scénario arrive justement à utiliser les années qui ont passé de manière assez intelligente et nous offre sûrement l’aspect le mieux réussi de Terminator Genisys. On pourra aussi saluer la prestation convaincante de Emilia Clarke, que les fans de Game of Thrones connaissent bien. Par contre, celle de Jai Courtney est bien fade. Comme l’est ce film, parmi les plus inutile jamais tourné.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : Skydance Productions, Paramount Pictures
Distribution : Paramount Pictures
Réalisation : Alan Taylor
Scénario : Laeta Kalogridis, Patrick Lussier
Montage : Roger Barton
Photo : Kramer Morgenthau
Décors : Neil Spisak
Musique : Lorne Balfe
Effets spéciaux : ILM
Durée : 126 mn

Casting :
Arnold Schwarzenegger : Guardian
Jason Clarke : John Connor
Emilia Clarke : Sarah Connor
Jai Courtney : Kyle Reese
J.K. Simmons : O’Brien
Dayo Okeniyi : Danny Dyson
Courtney B. Vance : Miles Dyson
Matt Smith : Alex
Byung-hun Lee : Flic, T-1000

50 WORDS OF SNOW (Kate Bush), BIRD’N’ROLL (Dionysos), PORT OF MORROW (The Shins) : Retour aux sources et au sommet

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50wordsofsnowkatebushJe poursuis ma série des monstres sacrés dont je ne connaissais que les tubes les plus connus avec Kate Bush, à travers son album 50 Words for Snow, sorti en 2011 (son dernier en date). Bon, il ne constituait pas vraiment la meilleure porte d’entrée pour découvrir plus en profondeur l’oeuvre de la chanteuse britannique. Il s’agit en effet d’un album assez anecdotique, constitué uniquement de chansons dont les textes se rapportent tous à la neige. Or, il commence par un titre assez doux, où la voix se fait discrète… mais qui dure finalement dix minutes et se révèle particulièrement ennuyeux. Malheureusement, le deuxième est sur le même ton… ainsi que les suivants… Bref, un album définitivement chiant et largement dénué d’intérêts.

birdnrolldionysosOn poursuit avec quelque chose de nettement plus réjouissant avec Bird’n Roll, album d’un de mes groupes préférés, à savoir Dionysos. Un album sorti en 2012, largement en lien avec le roman de Matthias Malzieu, Métamorphose en Bord de Ciel, à l’image de ce qu’ils avaient fait pour la Mécanique du Cœur. L’album nous plonge immédiatement dans une ambiance qui rappelle vraiment ce qu’ils nous proposaient à leurs débuts. Un rock énergique et quelque peu déstructure, portant des textes poétiques et un rien déjantés. L’album compte aussi quelques titres plus pop. En tout cas, le groupe est au meilleur de sa forme et cela fait plaisir. Les chansons donnent vie à des personnages incroyables et originaux pour notre plus grand bonheur !

portofmorrowtheshinsOn termine avec une découverte plutôt sympathique, The Shins et leur album Port of Morrow. Une musique pop rock convaincante qui allie énergie et maîtrise. La voix de James Russel Mercer a assez de personnalité pour apporter un vrai plus. Les plus critiques diront que le côté pop fait parfois ressemblé leur musique à de la soupe, mais on peut au moins leur reconnaître qu’ils arrivent à apporter assez de variété pour que les titres ne se ressemblent pas. Bref, pas inoubliable, mais quand se laisse écouter avec un vrai plaisir.

COMME UN AVION : Larguez les amarres !

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commeunavionafficheQui n’a jamais rêvé de tout laisser tomber, son boulot, son quotidien et même son couple, pour partir à l’aventure ? Une aventure qui ne nous emmène pas forcément à l’autre bout du monde, mais à faire plus simplement du kayak sur une rivière tout près de chez soi, jusqu’à atteindre la mer. C’est le rêve qui un jour germe dans la tête du personnage principal de Comme un Avion, le nouveau film de Bruno Podalydes. Une fable humaniste et joyeuse tout à fait réjouissante !

Comme un Avion est à la fois tendre et drôle. Tendre envers ses personnages tous un peu perchés, mais tous terriblement attachants ! Bruno Podalydes arrive à créer des protagonistes dont le vrai grain de folie fait qu’ils ressemblent rarement globalement à des gens que l’on connaît (même si je connais quand même beaucoup de gens qui ont un grain…), mais qui présentent des forces et des faiblesses qui sont celles de tout à chacun. On arrive donc à s’identifier malgré tout au propos de ce film qui donne envie, comme son personnage principal, de larguer les amarres quelques temps.

Comme un Avion est aussi très drôle. On rit vraiment, de vrais fous rires francs et massifs. Le film est aussi parcouru par un humour situationnel constant, plus subtil, mais tout aussi efficace. Bref, le ton est léger, avec de vraies fulgurances comiques. Du coup, le sourire ne quitte jamais le visage d’un spectateur vraiment ravi !

commeunavionComme un Avion se démarque aussi par la forme. En effet, Bruno Podalydes fait preuve d’une véritable imagination visuelle pour illustrer son propos. Cela contribue à l’ambiance un peu décalée de ce film. Cette créativité n’est jamais gratuite, elle est toujours là pour souligner un point précis, décupler un effet comique. Bref, un vrai travail de réalisateur.

Enfin, Comme un Avion, c’est un très beau casting. On passera vite sur les deux frères Podalydes, absolument parfaits dans des rôles écrits de toute façon pour eux-mêmes. Par contre, j’ai été personnellement agréablement surpris par la performance d’Agnès Jaoui dans un registre plus large et un peu différent de ce qu’elle nous propose d’habitude. Elle y est rayonnante et sensuelle et c’est un vrai régal. Un mot enfin sur la charmante Vimala Pons qui donne à son personnage une fraîcheur incroyable. Une fraîcheur qui parcourt tout ce film particulièrement réussi et donc particulièrement salutaire en ces temps de canicule.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Scénario : Bruno Podalydès
Photographie : Claire Mathon
Montage : Christel Dewynter
Son : Laurent Poirier, Nicolas Moreau et Cyril Holtz
Décors : Guillaume Deviercy
Costumes : Dorothée Guiraud
Société de production : Why Not Productions et France 3 Cinéma
Producteur : Pascal Caucheteux
Durée : 105 minutes

Casting :
Bruno Podalydès : Michel
Sandrine Kiberlain : Rachelle
Agnès Jaoui : Laetitia
Denis Podalydès : Rémi
Jean-Noël Brouté : Damien
Michel Vuillermoz : Christophe
Vimala Pons : Mila
Pierre Arditi : le pêcheur, sosie de Pierre Arditi
Noémie Lvovsky : la voisine de l’ascenseur
Stéphanie Cléau : la femme du jardin
Blutch : Bastien
Benjamin Lavernhe : Bernard
Leslie Menu : Annabella
Samir Guesmi : le livreur
Olivier Miconi : le trompettiste
Mehdi Djaadi : le vigile

VALLEY OF LOVE : Papys sans résistance

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valleyofloveafficheDécidemment, les papys du cinéma français font de la résistance. Après Catherine Deneuve éblouissante dans La Tête Haute, voici Gérard Depardieu et Isabelle Huppert en tête d’affiche de Valley of Love, nouveau film de Guillaume Nicloux. Un réalisateur à la filmographie plutôt éclectique, à qui on doit notamment le Poulpe et la Réligieuse (ce dont deux films différents…). Il signe là un film éclectique à lui tout seul. Et convaincant ? C’est déjà moins sûr !

Valley of Love aurait pu être un film assez classique sur le deuil et les restes d’amour et d’affection au sein de couples depuis longtemps séparés. L’originalité vient d’un point de départ quelque peu surprenant et d’un aspect ésotérique un peu déstabilisant. Tous ces aspects se mélangent, mais se superposent plus qu’ils ne se complètent. Il n’y a pas de synergie entre eux et le propos attise au mieux la curiosité, mais guère plus. Et la conclusion laisse quelque peu sur sa faim, du genre « tout ça, pour ça ».

valleyofloveValley of Love aurait pu au moins être l’occasion de s’extasier devant la qualité du jeu de deux monstres sacrés. Mais même pas… Faute à des rôles qui ne les poussent pas vraiment dans leurs derniers retranchements. Du coup, ils déroulent leur jeu avec maîtrise, et même un certain brio, mais sans qu’il y ait vraiment de quoi s’extasier. Bref, cela fait peu de raison pour aller voir un film, devant lequel notre curiosité nous empêche de vraiment nous ennuyer, mais dont on ressort plus déçu que satisfait.

LA NOTE : 10,5/20

Fiche technique :
Production : Les Films du Worso, LGM productions
Réalisation : Guillaume Nicloux
Scénario : Guillaume Nicloux
Montage : Guy lecorne
Photo : Christophe Offenstein
Décors : Olivier Radot
Distribution : Le Pacte
Durée : 91 mn

Casting :
Gérard Depardieu : Gérard
Isabelle Huppert : Isabelle
Dan Warner : Paul
Dionne Houle : une femme

LES MAITRES DU TEMPS (Vladimir Volkoff) : Bon, ça, c’est fait…

lesmaitresdutemps

lesmaitresdutempsJ’en ai donc fini avec cet exercice un peu masochiste qui a consisté à lire les 4 tomes de la tétralogie Les Humeurs de la Mer, écrite par Vladimir Volkoff, qui est également, dans une autre vie, le père de Langelot, sous le nom de Lieutenant X. Après, avoir récupéré les trois premiers tomes sur mon trottoir, j’ai fait preuve d’une certaine abnégation pour acheter le dernier, les Maîtres du Temps, pour achever la lecture de ce cycle qui possède certes des qualités, mais aussi bien des défauts.

Le principal défaut reste quand même une lourdeur assez incroyable. Le côté philosophico-ésotérico-intellectuel ne vient pas enrichir un propos qui n’est pas inintéressant en soi, mais vient le plomber de manière particulièrement regrettable. Les Maîtres du Temps aurait pu se contenter d’être une simple comédie des mœurs qui remet en scène nombre de personnages croisés précédemment. Mais il cherche à être quelque chose de plus… et n’y arrive pas. Je dois admettre que ce travers est peut-être moins marqué dans ce dernier volet, mais comme le sujet en lui-même est également moins passionnant, on a bien du mal à s’enthousiasmer.

Surtout qu’après 4 tomes de réflexions intellectuelles un peu fumeuses, Vladimir Volkoff ne semble aboutir nul part. Il y a peut-être une morale à tirer de toutes ces histoires, mais je n’ai pas bien saisi laquelle. Reste juste une figure centrale remarquable et des personnages plus secondaires souvent réussis. Du point de vue de leur parcours et de leur évolution, Les Maîtres du Temps peut être vu comme une vraie conclusion. On ne les quitte pas vraiment à regret, mais on regrette fortement que l’auteur n’ait pas su nous les faire véritablement aimé.

MUSTANG : Ode à la liberté

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mustangafficheUne œuvre cinématographique peut être faite pour divertir, émouvoir, faire rire, informer, faire rêver… Et peut aussi porter un message fort, dénoncer les petits et les grands travers de notre monde et du genre humain. Quelque fois, elle peut faire tout cela (ou presque) à la fois. C’est le tour de force de Mustang, un des films les plus remarqués du dernier festival de Cannes, couronné par une Caméra d’Or (meilleur premier film) amplement méritée.

Mustang brille avant tout par le fond. Le propos présenté ici est d’une rare intelligence. Ce n’est pas un film à thèse, plutôt un témoignage sur une situation dont chacun pourra se faire une opinion… même si cette dernière sera vite vue pour toute personne un minimum saine d’esprit. Le film nous emmène au cœur de la Turquie où le poids des traditions va venir écraser le destin de cinq sœurs qui n’aspirent qu’au bonheur et à la liberté. A mon sens, Deniz Gamze Ergüven a fait un choix décisif et incroyablement pertinent en supprimant de son film quasiment toute référence à la religion. Il dénonce bien l’attitude d’une société toute entière, l’hypocrisie d’individus qui bénéficient pourtant de leur libre arbitre. En faisant ça, elle n’élude pas une part importante du problème, au contraire, elle se concentre sur l’essentiel pour frapper au cœur le spectateur.

mustangLa qualité de Mustang tient aussi par sa forme. Non pas tellement la réalisation qui est particulièrement sobre. On peut considérer que c’est ce qui manque à ce film, c’est un peu plus d’imagination visuelle pour prendre définitivement une dimension supplémentaire, mais on peut aussi considérer que cela aurait détourner le spectateur de l’essentiel. Par contre, la narration qui sous-tend le propos est elle absolument remarquable. Alternant les moments de joie, d’inquiétude et aussi quelques fois de profonde tristesse, le scénario n’est jamais misérabiliste, ne laisse jamais le pathos prendre le dessus. Les personnages sont parfaitement équilibrés pour que l’on sente bien à la fois le poids des choix individuels et ceux d’un poids social beaucoup plus larges. On peut certes distinguer des gentils et des méchants, mais au fond, le film nous montre bien qu’il n’y a avant tout que des victimes de traditions absurdes qui broient les rêves de bonheur de chacun, mais broiera la vie tout entière de quiconque voudra y échapper.

Mustang est aussi l’occasion de découvrir cinq jeunes actrices qui portent le film sur leurs épaules avec une force, un talent et une énergie assez incroyables. La synergie entre elles crée un attachement immédiat chez le spectateur, qui ressort de ce film le cœur plein de sentiments aussi forts que contraires. Un hommage particulier à la plus jeune d’entre elles, Gunes Nezihe Sensoy, formidable de la première à la dernière minute. Mais c’est bien tout ce film qui est formidable du début à la fin.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : CG Cinéma
Réalisation : Deniz Gamze Ergüven
Scénario : Deniz Gamze Ergüven, Alice Winocour
Montage : Mathilde Van de Moortel
Photo : David Chizallet, Ersin Gök
Distribution : Ad Vitam
Musique : Warren Ellis
Directeur artistique : Serdar Yemisci
Durée : 97 mn

Casting :
Güne Nezihe Şensoy : Lale
Do Zeynep Doğuşlu : Nur
Tu Sunguroğlu : Selma
Elit Iscan : Ece
Layda Akdoğan : Sonay
Nihal Kolda& : La grand-mère
Erol Afsin : Osman

WOLFROY GOES TO TOWN (Bonnie Prince Billy), TARANTA (Mina Tindle), FAITHFUL MAN (Lee Fields & the Expressions) : Pas d’enthousiasme à l’horizon

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wolfroygoestotownbonnieprincebillyRien de bien enthousiasmant à se mettre sous l’oreille pour cet avis. On commence avec Wolfroy Goes to Town de Bonnie Prince Billy, pseudonyme sous lequel se cache l’auteur-compositeur américain Will Oldham. Un artiste particulièrement prolifique qui sévit depuis le début des années 80 et dont l’univers musical se situe entre folk, country et rock. L’album nous propose de douces mélodies, aux instrumentations relativement minimalistes. La voix de Bonnie Prince Billy est très posée, mais malheureusement pas très intéressante. Du coup, le résultat est plutôt lancinant, pour ne pas dire franchement chiant. Le seul titre un peu plus rythmé, franchement country, Quail and Dumplings, est le seul à faire lever un peu l’oreille, mais sans vraiment atteindre de sommet.

tarantaminatindleOn enchaîne avec Mina Tindle, une artiste française plutôt en vogue, que j’étais heureux de découvrir au travers de son premier album, Taranta, sorti en 2012 (oui je sais, j’ai toujours 3 ans de décalage). Et pour le coup, je suis déçu d’être déçu. C’est certes sympa et maîtrisé, mais ça manque franchement de profondeur. La voix de Mina Tindle n’est pas non plus super intéressante et est de toute façon, assez mal mis en valeur. Les paroles de la grande majorité des titres sont en anglais. Seuls deux morceaux sont en français et les paroles ne cassent pas trois pattes à un canard. Bref, peut mieux faire !

faithfulmanleefieldsOn finit par quelque chose de quand même plus intéressant, mais si c’est un peu monotone. Lee Fields, son groupe The Expressions et leur album Faithful Man nous livrent un bon album, au son rétro, qui sonne comme une musique de film de blaxplotaition des années 70. Ce n’est pas illogique, dans la mesure où cet artiste américain né en 1951 est connu pour sa ressemblance vocale et physique avec James Brown. On retrouve donc une voix poussée qui insuffle beaucoup d’énergie à chaque titre. Malheureusement, tous ceux qui composent l’album se ressemblent trop pour que l’on ne finissent pas par relâcher son attention à l’écoute de ce disque sympathique, sans être inoubliable.