WHIPLASH : Ca valait vraiment la peine d’attendre

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whiplashafficheJe sais que vous vous demandez tous pourquoi je n’ai toujours pas proposé mon classement des meilleurs films de l’année alors que nous sommes déjà le10 janvier. Bon, je vous accorde que l’actualité permet difficilement de penser à des choses aussi futiles, alors je vous pardonne le fait que cela nous vous a pas même effleuré l’esprit. Si je tarde tant, c’est avant tout parce que cette semaine fut marquée de mon côté par de nombreuses réunions politiques pour cause de Conseil Municipal et par une bonne grippe qui m’a mis KO ces deux derniers jours. Mais surtout c’est parce qu’il fallait que je prenne le temps de rédiger la critique du dernier film devant figurer dans ce classement, à savoir Whiplash et que je n’ai vu que dans les premiers jours de janvier. (A noter que les films sorti le 31 décembre, notamment A Most Violent Year, que je n’ai pas encore vu, seront considérés comme des films sortis en 2015).

Whiplash est pendant 100 minutes un excellent film, mais qui m’a laissé quelque peu circonspect. Le thème n’est pas nouveau, celui du jeune prodige bourré de talent qui doit faire face à mentor incapable de la moindre compassion. Et la morale que le film en tire est ambiguë : justifie-t-il ces comportements proche du sadisme mais qui pousse à donner le meilleur d’eux-mêmes aux victimes de ces tortures ou bien les dénoncent-ils au contraire ? La réponse donnée par Damien Chazelle n’a rien d’évident et cela m’a quelque peu gêné car cela reste le thème central du film. Sans point de vue tranché, le film n’a pas vraiment de sens au-delà de ses qualités purement cinématographiques.

whiplashEt puis, vient les dernières minutes pour ce qui est peut-être la meilleurs scène de l’année. Un très grand moment de cinéma qui à lui seul justifie le très grand intérêt que l’on peut porter à ce film. Une scène qui change également quelque peu la perspective avec laquelle on regarde Whiplash. Il s’agit d’un face à face entre deux personnages quelque peu extrêmes, où il n’y a pas forcément un bon et un méchant (même si je pense que l’empathie du spectateur penche clairement d’un côté) et donc duquel il ne faut pas forcément attendre une leçon de morale.

Du coup, on peut enfin apprécier pleinement le travail artistique réalisé par Damien Chazelle. Je dois admettre que cet enthousiasme est une nouvelle preuve du faible très personnelle que j’éprouve pour les films où la musique joue un rôle central. Mais la qualité de Whiplash ne tient pas seulement au swing entraînant des morceaux qui le parcourt. La musique est bien présente, mais le film parvient aussi à nous faire ressentir toute la souffrance du personnage, celle qu’on lui inflige mais aussi celle qu’il s’inflige à lui-même, le tout sublimé par l’interprétation fantastique de Miles Teller, révélation éclatante de ce film. C’est une plongée au cœur des limites de la volonté humaine, une resplendissante mise en images du prix à payer pour n’être pas simplement très bon, mais tout simplement le meilleur. Le tout donne justement un des films parmi les meilleurs de 2014.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : Blumhouse Productions, Bold Films, Exile Entertainment, Right of Way Films
Réalisation : Damien Chazelle
Scénario : Damien Chazelle
Montage : Tom Cross
Photo : Sharone Meir
Décors : Hunter Brown
Distribution : Ad Vitam
Musique : Justin Hurwitz
Directeur artistique : Melanie Jones
Durée : 105 mn

Casting :
J.K. Simmons : Terence Fletcher
Miles Teller : Andrew Neyman

Austin Stowell : Ryan
Paul Reiser : le père d Andrew
Melissa Benoist : Nicole
Jayson Blair : Travis

 

MR TURNER : Le rôle, mais pas le film, d’une vie

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mrturnerafficheLes seconds rôles ne tiennent pas, contrairement à ce que leur nom indique, une place secondaire au cinéma. Ce sont souvent eux qui font basculer un long métrage du statut de très bon film à celui de chef d’œuvre. Certains acteurs auront passé toute leur carrière à occuper ce poste stratégique. Mais parfois ce genre de comédiens se voient tout de même à un moment donné offrir le grand rôle de leur vie, pour prouver qu’ils auraient pu occuper plus souvent le haut de l’affiche. C’est le cas de Timothy Spall, pilier du cinéma anglais, avec Mr Turner. Son interprétation lui a même valu un prix à Cannes. Mais un grand rôle fait-il forcément un grand film ?

J’ai aimé Mike Leigh lorsqu’il remportât la Palme d’Or avec Secrets et Mensonges. Mais il est vrai que, depuis, j’ai bien du mal à suivre la critique dans son enthousiasme unanime à son sujet. Pour faire simple, je me suis quand même fermement ennuyé pendant les 2h30 que dure Mr Turner. Certes, un peu moins pendant la dernière heure, mais j’ai quand même trouvé le temps particulièrement long. Ce film nous montre certainement beaucoup de choses sur la vie de cet immense artiste, sur son travail et son époque, mais à force de ne rien vouloir expliciter, il ne nous apprend pas grand chose. Trop d’éléments nous échappent pour que l’on suive avec enthousiasme ce biopic qui n’en est pas vraiment un du coup.

mrturnerReste une réalisation élégante et l’interprétation assez exceptionnelle de Timothy Spall. Il n’y a strictement rien à dire sur son prix à Cannes. Il reste lui même, avec son physique relativement inoubliable, mais arrive tout de même à incarner totalement son personnage. Il prouve que la ressemblance physique n’est pas un point obligé pour donner vie à une figure historique à l’écran. Le talent suffit parfois. Et celui de Timothy Spall est sûrement plus immense que ne le laisse penser sa place habituelle dans les castings.

LA NOTE : 9/20

Fiche technique :
Production : A Thin Man Film, Film4, Focus Features, BFI, Diaphana, Amusement Park Films, France 3 Cinéma, Xofa productions, Lipsync Prod.
Réalisation : Mike Leigh
Scénario : Mike Leigh
Montage : Jon Gregory
Photo : Dick Pope
Décors : Suzie Davies
Distribution : Diaphana
Musique : Gary Yershon
Durée : 149 mn

Casting :
Timothy Spall : J.M.W. Turner
Paul Jesson : William Turner Sr
Dorothy Atkinson : Hannah Danby
Marion Bailey : Sophia Booth
Karl Johnson : John Booth
Ruth Sheen : Sarah Danby
Sandy Fister : Evelina Dupuis
Lesley Manville : Mary Somerville

COMING HOME : Mélo et Révolution Culturelle

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cominghomeafficheJ’aurais donc enchaîné en deux jours, un film sur AQMI (Timbuktu… la critique viendra plus tard… quand j’aurais vu la fin puisque ma projection a été interrompue 20 minutes avant le dénouement, pour cause de surchauffe inopinée du projecteur), un film sur les khmers rouges (le Temps des Aveux) et un film sur les conséquences de la Révolution Culturelle, Coming Home, donc je vais vous parler ici. Fallait garder le moral pendant les fêtes ! Il est intéressant de voir comment tous ces sujets pas si éloignés entre eux ont pu donner des films aussi radicalement différents.

Coming Home n’est pas un film politique, mais un mélo. Certes, le contexte historique sert de point de départ, mais ce qui compte ce sont les relations entre les personnages. Un triangle entre une femme amnésique, son mari de retour après des années mais qu’elle ne reconnaît pas et leur fille rongée par la culpabilité. Tout l’enjeu du scénario est de savoir si cette famille totalement éclatée va réussir à se reformer et permettre aux protagonistes d’accéder à une forme de bonheur et d’apaisement.

cominghomeAu final, Coming Home propose un scénario assez linéaire. Certaines scènes dégagent une émotion réelle et touchante, mais il manque quand même cette étincelle qui nous bouleverserait définitivement. On ne s’ennuie pas vraiment, mais on est bercé par un certain train-train dont rien ne vient jamais vraiment nous sortir. Une expérience pas désagréable donc, mais qui n’a rien d’exceptionnelle, malgré trois acteurs formidables, dont Gong Li, qui surjoue peut-être un tantinet, mais toujours avec son immense talent.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : LeVision Pictures
Réalisation : Zhang Yimou
Scénario : Zou Jingshi
Montage : Peicong Meng, Zhang Mo
Photo : Zhao Xiaoding
Distribution : ARP Sélection
Son : Tao Jing
Autres infos : D’après l’oeuvre de Yan Geling
Durée : 109 mn

Casting :
Chen Daoming : Lu Yanshi
Gong Li : Feng Wanuy
Zhang Huiwen : Dan Dan

LE TEMPS DES AVEUX : Le bon, le bourreau et la Révolution

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letempsdesaveuxafficheIl y a-t-il un être humain derrière le bourreau ? Voilà une question difficile à laquelle beaucoup d’œuvres ont tenté de répondre. Le Temps des Aveux en fait partie. Il s’agit d’une histoire vraie, mais il n’en reste pas moins que la manière dont elle a été portée à l’écran est issue évidemment des choix scénaristiques et artistiques de Régis Wargnier. Ce dernier développe son film selon deux axes, mais qui ne présentent au final pas tout à fait le même intérêt.

Le Temps des Aveux nous plonge au cœur de la prise du pouvoir des khmers rouges au Cambodge. Il nous relate, aux premiers jours de la « Révolution », le face à face entre Douch, qui dirigera plus tard le terrible camp S21 où mourront des milliers de Cambodgiens, et un anthropologue français, fait prisonnier et soupçonné d’espionnage. Le film nous en apprend beaucoup sur cette période, le fonctionnement des khmers et sur l’évacuation des ressortissants étrangers lorsque la capitale est tombée. Pourtant le film est toujours focalisé sur l’intrigue, sans éléments purement descriptifs ou superflus pour l’avancée de la narration, nous faisant découvrir l’Histoire à travers l’histoire. De ce point de vue là, le film est une totale réussite.

letempsdesaveuxMon sentiment est par contre plus mitigé sur le portrait du bourreau. Je cherche peut-être la petite bête, mais je suis ressorti de le Temps des Aveux un petit peu frustré. A force de vouloir traité son sujet avec objectivité et distance, Régis Wargnier ne tire pas de conclusion ou de leçon. Peut-être parce qu’il y en a pas justement pour une question aussi complexe. Mais du coup, le film manque légèrement d’un sens profond pour prendre une dimension supplémentaire. Certes, il n’y a rien de mal à pousser le spectateur à tirer ses propres conclusions, mais cela donne à ce film une certaine froideur quand on aurait aimé un peu plus d’émotion et de parti pris. Il n’en reste pas moins que ce film est un des meilleurs de cette fin d’année cinématographique.

MA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Les films du Cap, Gaumont, Scope Pictures, Bophana production, France 3 Cinéma, OCS
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Régis Wargnier
Scénario : Régis Wargnier, Antoine Audouard, d’après le livre de François Bizot (Le portail)
Montage : Véronique Lange, Yann Malcor
Photo : Renaud Chassaing
Effets spéciaux : Joel Pinto
Costumes : Elisabeth Lehuger-Rousseau
Durée : 95 mn

Casting :
Raphaël Personnaz : Bizot
Phoeung Kompheak : Douch
Olivier Gourmet : Marsac
Thanet Thorn : Neang
Boren Chhith : Lay
Rathana Soth : Phuong

EXODUS : Au milieu du gué… ou de la Mer Rouge qui s’ouvre en deux

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exodusafficheRidley Scott semble se spécialiser désormais dans la réécriture des histoires mythiques déjà portées à l’écran. Après avoir donné une seconde jeunesse à Robin des Bois (enfin personnellement, j’avais été très déçu), le voilà lancé dans une sorte de remake des Dix Commandements. Une sorte simplement car le point de vue adopté dans Exodus n’est pas du tout le même que dans la chef d’œuvre de Cécil B. De Mille.

Sans vouloir trop dévoilé le contenu du film, Exodus propose une vision de la Fuite d’Egypte mettant en doute, sans vraiment trancher, la réalité d’une intervention divine. C’est un peu l’histoire de Moïse telle qu’elle aurait pu être historiquement. Malheureusement, l’idée n’est qu’à moitié exploitée. Déjà parce que la dernière des plaies ne peut difficilement être expliquée autrement que par une forme ou une autre de magie. C’est un point parmi tant d’autres, mais il suffit à remettre en cause toute la démarche et l’intérêt profond de cette réécriture de l’histoire.

exodusMais plus globalement, Exodus manque de consistance. Il n’y a pas réellement de temps morts, mais le film s’étire quelque peu en longueur. A 77 ans, il serait facile de parler de déclin au sujet de Ridley Scott, mais il est vrai qu’il a bien du mal à nous proposer un film dont le souffle épique ferait l’unanimité. Personnellement, j’ai adoré Prometheus, mais je sais bien que je suis un des rares dans ce cas. Je suis sûr qu’il y en aura pour être conquis par Exodus, car l’homme sait encore tenir une caméra avec un incomparable talent, mais il ne me comptera pas ce coup-ci dans ses supporters.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : Chernin Entertainment, Scott Free productions, Babieka, Volcano Films
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Steven Zaillian, Jeffrey Caine, Bill Collage, Adam Cooper
Montage : Billy Rich
Photo : Dariusz Wolski
Décors : Arthur Max, Celia Bobak
Musique : Alberto Iglesias
Costumes : Janty Yates
Durée : 150 mn

Casting :
Christian Bale : Moïse
Joel Edgerton : Ramses
John Turturro : Seti
Aaron Paul : Joshua
Ben Mendesohn : Hegep
Maria Valverde : Zipporah
Sigourney Weaver : Tuya
Ben Kingsley : Nun
Hiam Abbass : Bithia
Golshifteh Farahani : Nefertiti

UN REGARD SUR 2014

renaudlavillenie

renaudlavillenieBon, comme je n’ai pas été très fidèle à cette partie de mon site en 2014, je vais brosser d’un seul coup un rapide tour d’horizon de ce que dont j’aurais pu parler au cours de l’année.

Premièrement, je n’ai pas eu l’occasion de faire honneur à plusieurs de nos grands champions qui auraient mérité bien plus qu’un billet. Au premier rang d’entre eux, Renaud Lavillenie dont le record du monde au saut à la perche représente une performance historique pour le sport français et même mondial. On n’efface pas des tablettes une légende comme Sergueï Bubka sans y rentrer soi-même. Le grand public ne mesure pas encore assez la place qu’il occupe au panthéon des athlètes. Un deuxième titre olympique en 2016 l’y aiderait évidemment.

Un objectif qui sera aussi celui de Teddy Riner à Rio. Champion du monde pour la 7ème fois à seulement 25 ans, le géant écrase son sport comme rarement un sportif français l’avait fait. David Douillet avait lui aussi longuement dominé le judo mondial, mais pas avec cet éclat, cette écrasante facilité apparente et cette formidable aura de sympathie. A force, il banalise ses propres performances. Mais une telle constance ne peut que forcer le respect. Un immense respect !

Martin Fourcade aura lui gagné deux titres olympiques d’un seul coup, échouant pour quelques centimètres à réaliser le triplé comme Jean-Claude Killy avant lui. Mais il a triomphé dans une position qu’affectionnent rarement les athlètes français : celle du grand favori. Il fut cependant bien fidèle au rendez-vous et c’est tout en son honneur. Ne doutons pas qu’il règnera encore quelques temps sur sa discipline. Espérons-le pendant encore un peu plus de trois ans.

Moins médiatisée fut la résurrection de Julien Absalon. On l’avait quitté abandonnant à Pékin, échouant dans sa quête d’un troisième titre olympique. A nouveau champion du Monde, il peut envisager de le conquérir à Rio. La capitale brésilienne pourrait être le lieu du sacre de Florent Manaudou. Champion olympique surprise en 2012, il s’est imposé depuis comme le maître absolu du sprint court mondial. Mais un an et demi, c’est long et il faudra savoir rester au sommet.

Côté sports collectifs, l’année fut plutôt bonne, dans la foulée de nos handballeurs à nouveau invincibles, même si beaucoup d’exploits ont été suivis de petites déceptions. Ah le mal français ! Nos basketteurs ont signé contre l’Espagne, en quart de finale du Championnat du Monde, un exploit retentissant, faisant preuve d’une force et d’une maîtrise assez inattendues en l’absence de Tony Parker. Dommage qu’un début de match catastrophique en demi contre la Serbie les ai privés d’une finale contre les Américains que tout le monde attendait. Le crash de l’équipe féminine de handball à l’Euro a été lui aussi aussi spectaculaire que ses deux victoires du premier tour contre les deux favorites du tournoi. Enfin, quelle cruauté de voir nos rugbywomen échouer ainsi en demi-finale à domicile alors qu’elles avaient largement les moyens de conquérir ce titre de championne du monde !

Pour finir, un mot sur notre équipe de France de Coupe Davis. Elle résume à elle seule tous les paradoxes du sport français. Dans l’absolu, sa performance fut remarquable. Comment lui demander de dominer une équipe composée des 2ème et 4ème joueurs mondiaux ? Atteindre la finale dès sa première année de capitanat aurait du assurer à Arnaud Clément un avenir serein. Pourtant, on est ressorti de cette finale avec un goût d’inachevé. Faisant preuve d’une arrogance un peu mal placée avant le jour J, les joueurs français n’ont pas tous donné l’impression de donner le meilleur d’eux-mêmes et le public leur en a beaucoup voulu. Mais c’est peut-être le signe que notre pays perd peu à peu son goût pour les Poulidor. Et ça, c’est vraiment tant mieux !

LA FRENCH : Froidure

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lafrenchafficheOn considère souvent que Benjamin Gates est l’Indiana Jones du pauvre, ou encore que le Trou Noir est le Star Wars du pauvre. Et bien désormais, grâce à la French, nous avons le Heat du pauvre. Pourtant, le duo Jean Dujardin – Gille Lellouche a de la gueule, mais certainement pas autant que l’inoubliable confrontation entre Al Pacino et Robert de Niro. Mais si ce film est vraiment raté, c’est avant tout à cause d’un scénario particulièrement mal écrit et mal équilibré.

J’aurais pu émettre la même critique sur ce film que celle que j’ai formulée pour Secret d’Etat, c’est à dire la transformation du personnage « historique » en héros sans grande ambiguïté. Mais franchement, c’est le dernier des soucis comparés aux autres faiblesses de la French. Pour résumer, le film est atrocement long, hyper répétitif. On passe plusieurs heures à contempler Jean Dujardin tourner en rond sans arriver à avancer. Il perd son temps et nous aussi. Les à côtés du scénario, notamment la relation du Juge Michel avec sa femme, sont traités de la même façon : on s’éloigne du point de départ, non pour avancer, mais pour y retourner aussi sec. Et comme en plus, on sait très bien comment tout cela va finir, l’histoire finit de perdre le reste d’intérêt qu’il pouvait présenter.

lafrenchLa comparaison avec Heat n’est pas qu’un trait d’ironie. On se demande vraiment si Cédric Jimenez a volontairement voulu rendre hommage au chef d’œuvre de Michael Mann avec la French. La scène, largement dévoilée dans la bande-annonce, où le juge fait directement face aux voyou est une référence peut-être involontaire, mais flagrante. Le problème, c’est qu’en plus du scénario faiblard, les acteurs ne sont pas au top de leur forme. Gille Lellouche a ses limites, ce n’est pas nouveau. Quant à Jean Dujardin, il nous propose un jeu entièrement à base de froncements de sourcils. Certes, il fronce les sourcils comme personne, mais ça reste un peu léger quand même.

LA NOTE : 08/20

Fiche technique :
Production : Légende Films, Gaumont, France 2 Cinéma, Scope pictures
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Cédric Jimenez
Scénario : Cédric Jimenez, Audrey Diwan
Montage : Sophie Reine
Photo : Laurent Tangy
Décors : Jean-Philippe Moreaux
Musique : Guillaume Roussel
Durée : 135 mn

Casting :
Jean Dujardin : Le juge Pierre Michel
Gilles Lellouche : Gaëtan « Tany » Zampa
Céline Sallette : Jacqueline Michel
Mélanie Doutey : Christiane Zampa
Benoît Magimel : le Fou
Guillaume Gouix : José Alvarez
Bruno Todeschini : Le banquier

METALS (Feist), INNERQUAKE (Phoebe Killdeer and the Short Straws), GENTLE SPIRIT (Jonathan Wilson) : Voix sans sommets

metalsfeist

metalsfeistOn commence cet avis musical avec Metals de l’auteur et interprète canadienne Leslie Feist. Il s’agit de son sixième album, sorti en 2011. Il nous propose une musique douce, où sa voix se pose sur des instrumentations simples, voire parfois minimalistes. Malheureusement, la voix manque quelque peu de profondeur pour se suffire à elle-même. Le résultat est néanmoins sympathique, sans néanmoins casser trois pattes à un canard. Et oui, j’ai fait exprès d’écrire deux fois néanmoins dans la même phrase, j’ai trouvé ça trop stylé ! (on s’amuse comme on peut!). On retiendra au final surtout le titre Confort Me.

innerquakephoebekilldeerandtheshortstrawsOn enchaîne avec une artiste née en France, mais de parents australiens, Phoebe Killdeer et son groupe Phoebe Killdeer et the Short Straws. Innequake est son deuxième album. Ce dernier part plutôt mal avec un titre d’ouverture sombre, lancinant porté par une voix amorphe. Heureusement, les choses s’arrange très vite avec un deuxième titre assez pop qui nous fait penser à du Texas, puis un troisième sensuel et jazzy, suivi d’un quatrième beaucoup plus rock… L’album va se poursuivre comme cela en offrant une certaine variété, mais sans jamais atteindre de vrais sommets. Le résultat est néanmoins (encore un !) solide et de qualité constante.

gentlespiritjonathanwilsonOn termine rapidement avec Jonathan Wilson et son album Gentle Spirit. Une musique caractérisée par un piano mou du genou, une voix éteinte, pour un résultat, disons-le tout net, plutôt chiant. C’est certes mélodieux, rarement lancinant, mais reste toujours d’une platitude désespérante. En plus, l’album compte treize titres, tous très longs. Bref on est pressé que ça se termine, mais ça n’en finit pas !

LA FAMILLE BELIER : Le film qui vous fera chanter du Sardou (et dieu sait si ce n’était pas gagné…)

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lafamillebelierafficheCocorico ! Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de faire de cette critique un moment d’autosatisfaction nationale ! Peut-être parce qu’à bien des niveaux, dire tout le bien que je pense de la Famille Bélier va me pousser à émettre des opinions inhabituelles pour moi. Alors, moi qui me désespère souvent du cinéma français, j’ai envie de crier cette fois-ci à sa suprématie ! Ca durera peut-être uniquement le temps de quelques paragraphes, mais ce film m’aura donné les arguments pour le faire, alors autant en profiter.

Si la Famille Bélier avait été un film américain, il aurait été un très mauvais film. D’ailleurs, pendant un petite demi-heure, j’ai eu l’impression qu’il prenait ce chemin et je commençais à regretter mon choix. Hollywood nous propose souvent ces « feel good movie », bref ces films qui donnent le moral, où se mêlent la comédie, le mélo avec derrière toujours une leçon de vie. Ok, parfois ça donne un très bon résultat, comme pour Happiness Therapy, mais cela donne le plus souvent souvent des films lourdingues, à l’humour lourdingue, à l’émotion lourdingue et à la morale lourdingue. On échappe ici à tout cela.

Commençons par l’humour. Dans une comédie américaine, il y a toujours un passage d’humour scatophile. Peut-être parce qu’avec ça, Hollywood est persuadé d’être transgressif et politiquement incorrect. Il n’en est rien, c’est juste une autre manière d’être horriblement conformisme, en plus de ne jamais m’arracher personnellement ne serait-ce qu’un sourire. Dans la Famille Bélier, il y a aussi de l’humour à propos de fluides corporels, mais sans être une seule seconde vulgaire, alors cette fois, oui, j’ai ri aux éclats ! Ca n’a rien d’artificiel, c’est juste la vie qui est comme ça. On reste peut-être au premier degré, mais au moins c’est vraiment drôle. Bon, je veux bien admettre que dès que ça parle de cul, ça me fait rire, mais quand même !

La Famille Bélier fait aussi un peu pleurer. Ok, là aussi, les esprits chagrins feront remarquer que je pleure à la fin des épisodes de Cold Case et que je ne suis donc pas une référence en la matière. Mais ce film reste un beau film sur l’adolescence. Et dieu sait si je déteste au plus haut point la plupart des films sur l’adolescence. Certes, je dois admettre que ce n’est pas la première fois ces derniers temps que j’apprécie un film sur ce sujet (Respire notamment… mais c’est aussi un film français, donc tout va bien). Peut-être que je vieillis et que j’oublie ce que c’était vraiment que cette période de la vie. Mais je ne crois pas. Enfin si, je vieillis bel et bien, mais telle n’est pas la question ici…

lafamillebelierLa Famille Bélier est aussi un film sur la différence. Dis comme ça, ça peut faire peur. Il y avait un milliers de pièges tendus devant Eric Lartigau et ils les évitent tous brillamment. Il y a une morale à cette histoire, mais elle n’est jamais assénée avec les gros sabots que l’on pouvait craindre. Déjà parce que le scénario s’amuse à renverser constamment les rôles. Parce que le message n’est pas simplement « faut être gentil avec les gens différents », mais aussi « les gens différents, faites un effort vous aussi ! ». Et ça, jamais un film hollywoodien ne l’aurait dit ! Bien sûr, cela ne suffit pas de rendre ce film digne des meilleurs traités de philosophie, mais le propos n’en reste pas moins convaincant et réellement enthousiasmant ! On en ressort le cœur léger, un petite larme aux coins des yeux, mais surtout un sourire aux lèvres qui mettra de longues minutes à disparaître.

De toute façon, j’étais obligé d’adorer la Famille Bélier, parce qu’il offre la scène de meeting électoral que tout élu local ou militant politique rêverait de vivre. Alors rien que pour ça, merci Monsieur Lartigau !

La Famille Bélier est aussi un film sur la musique. Je sais que, à la base, j’adore les films sur la musique. Si mon autre moment d’enthousiasme comparable à celui-ci cette année a été pour New York Melody, ce n’est certainement pas pour rien. Et là, je lis dans les yeux de beaucoup d’entre vous… Michel Sardou… putain Michel Sardou !!!!! Alors déjà, soyons clair, on n’entend pas Michel Sardou chanter une seule seconde dans ce film, il n’y apparaît pas et on ne l’entend jamais ! Et ce film prouve une chose, c’est que la valeur d’une chanson dépend beaucoup de celle de son interprète ! Peut-être que le film aurait été encore meilleur si Eric Lartigau avait choisi Brel à la place. Mais ça n’enlève rien à la performance assez étonnante de Louane Emera et ce qu’elle arrive à susciter dans les scènes où elle chante.

Certes Louane Emera chante certainement mieux qu’elle ne joue la comédie. Mais franchement, il n’y a pas grand chose à reprocher à sa performance, si ce n’est qu’elle ne constitue pas la révélation dramatique du siècle. Cependant, c’est juste insupportable de voir tous les commentaires se focaliser sur François Damiens, Karine Viard et Eric Elmosnino, sous prétexte qu’ils ont déjà leur diplôme de vrais acteurs adultes. C’est la jeune fille qui porte la Famille Bélier sur ses épaules et c’est avant tout elle qu’on doit féliciter pour la grande réussite que constitue ce film. Un mot tout de même sur les autres : François Damiens est excellent, Karine Viard aussi et Eric Elmosnino insupportable. Ah merde… ça, c’est que j’aurais logiquement du dire si je ne déviais pas de mes habitudes. Bon je maintiens la première partie de ma phrase. Par contre, Karine Viard en fait quand même des tonnes (pardon Karine, je reste ton plus grand fan, je ne dirai plus jamais du mal de toi, promis) et Eric Elmosnino est juste génial, lui qui d’habitude me donne des boutons.

Et pour conclure, je ne dirais qu’une seule chose : la vie c’est plus marrant, c’est moins désespérant, en chantant…

PS : ce film m’a fait prendre conscience qu’à part détester l’homme et ses prises de position, je ne connaissais pas du tout la discographie de Michel Sardou, vu qu’aucun de ses disques de lui n’a jamais franchi le seuil de la maison. C’est clair que Sardou par Sardou, avec sa voix toute plate, ça le fait quand même nettement moins…

LA NOTE : 15,5

Fiche technique :
Production : QUARANTE 12 Films, Nexus Factory, Jérico, UMedia, Vendôme production, Mars Films
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Eric Lartigau
Scénario : Victoria Bedos, Eric Lartigau, Thomas Bidegain, Stanislas Carre de Malberg
Montage : Jennifer Augé
Photo : Romain Winding
Décors : Olivier Radot
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine, Michel Sardou
Costumes : Anne Schotte
Durée : 105 mn

Casting :
Louane Emera : Paula
Karin Viard : Gigi
François Damiens : Rodolphe
Eric Elmosnino : Monsieur Thomasson
Luca Gelberg : Quentin
Roxane Duran : Mathilde
Ilian Bergala : Gabriel

ASTERIX – LE DOMAINE DES DIEUX : Alexandre Astier digne de Goscinny

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asterixledomainedesdieuxafficheLe Domaine des Dieux est, avec la Zizanie, mon album d’Astérix préféré. Enfant, je l’ai lu des dizaines de fois sans me lasser. C’est dire si je le connais par cœur. C’est dire surtout que c’est avec un grande impatiente que j’attendais son adaptation à sur grand écran. Avec une petite appréhension aussi car un seul album offre rarement à lui seul assez de contenu pour un long métrage. Le film allait donc proposer des péripéties supplémentaires. Allaient-elles être dignes du génie de Goscinny ? Dis comme ça, c’est sûr que ce n’était pas gagné.

Heureusement, ces ajouts ont été signés Alexandre Astier. Un choix réellement judicieux car les univers des deux hommes ont quelques similitudes. Si dans une première moitié, Astérix – le Domaine des Dieux est strictement fidèle à l’album, la seconde sort elle de l’imagination de l’auteur de Kaamelott. Mais il faut vraiment connaître l’original pour s’en rendre compte ! C’est sans doute là la plus grande réussite de ce film qui ravira petits et grands. Les grands aussi car cet album est certainement un de ceux où Goscinny se moquait le plus des travers de son époque par l’intermédiaire de ces Gaulois qui ressemblent en fait étrangement aux Français d’aujourd’hui.

asterixledomainedesdieuxGraphiquement ensuite, Astérix – le Domaine des Dieux est très beau. Le style d’animation rompt totalement avec tout ce qui avait été fait auparavant pour Astérix pour entrer pleinement dans le 21ème siècle. La transition est parfaitement réussie, le film était à la fois extrêmement moderne et respectant totalement le pinceau d’Uderzo. Par contre tout est plus fluide et surtout beaucoup élaboré en termes de mise en scène. Cela permet de rentrer dans le film comme on le ferait pour un film « normal ». Mais jamais le film ne cherche à proposer un dessin réaliste. Une jolie prouesse à ce niveau là qui fait de ce film définitivement une réussite.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : M6 Films, Belvision, SNC, Mikros Image
Distribution : SND
Réalisation : Louis Clichy, Alexandre Astier
Scénario : Alexandre Astier, Jean-Rémi François, Philip LaZebnik, d’après l’album de René Goscinny et Albert Uderzo
Montage : Soline Guyonneau
Son : Raphaël Seydoux
Musique : Philippe Rombi
Directeur artistique : Thierry Fournier
Durée : 85 mn

Casting :
Roger Carel : Astérix
Guillaume Briat : Obélix
Lorànt Deutsch : Anglaigus
Laurent Lafitte : Duplicatha
Alexandre Astier : Centurion Oursenplus
Alain Chabat : Sénateur Prospectus
Géraldine Nakache : Dulcia
François Morel : Ordralfabétix
Florence Foresti : Bonemine