
Intersection est un livre en deux parties. Chacune raconte le passé d’un des deux personnages dont la rencontre constitue le fil rouge du roman. La première nous envoie dans l’URSS de l’avant-guerre, du temps des purges et la mise sous contrôle de la création artistique au service du régime. C’est la plus réussie et intéressante. La seconde nous emmène au sein de l’armée française au cours de la Seconde Guerre Mondiale, de la débâcle puis de la collaboration. Le propos est historiquement et sociologiquement intéressant, mais moins percutant.
Mais Intersection souffre des mêmes défauts que les deux précédents volets. Il souffre avant tout d’une lourdeur intellectuelle parfois désolante. Donner une ambition philosophique et artistique à son œuvre est une démarche louable, mais la plume de Vladimir Volkoff n’est pas tout à fait au niveau. Son écriture tout d’abord ne porte ni le récit, ni le lecteur, bien au contraire. Et ses fausses bonnes idées viennent aussi ajouter leur poids. La narration est entrecoupée de chapitres où les deux anges gardiens des personnages discutent entre eux. Le problème est que les commentaires sont abscons et pour le coup sans intérêt et le roman aurait peut-être perdu de l’originalité en y renonçant, mais gagné tellement par ailleurs…
Mon ancien voisin n’a abandonné sur le trottoir que les trois premiers volets de cette tétralogie. Vu mon sentiment plus que mitigé à leur sujet, je devrais raisonnablement m’arrêter là. Mais suis-je vraiment du genre raisonnable ?

En effet, il est clair que Peter Jackson a largement épuisé son stock d’idées pendant la vingtaine d’heures de films qui auront précédé ce final. Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées ressemble parfois à un « best of » des meilleures scènes de tous les films précédents. Et je doute que la volonté de Peter Jackson ait été de proposer des clins d’œil au reste de son œuvre. Il ne sait tout simplement plus quoi inventer de nouveau. Et que Legolas défie la gravité, et que je filme le champ de bataille vu du dessus, et que les trolls sont transformés en machines de siège, et que le méchant a une grosse masse d’arme, et que les aigles arrivent à la fin… Ah oui, non, pour le dernier point, c’est Tolkien qui est à blâmer. Enfin bref, sans être déçu, on a bien du mal à s’enthousiasmer pour cet air de déjà-vu.
Au-delà de ça, Secret d’Etat est un très bon film d’enquête journalistique. La tension est réelle de bout en bout et même si aucun rebondissement n’est réellement original, au moins ne les voit-on pas venir de trop loin. Le casting des seconds rôles est plutôt prestigieux avec notamment Andy Garcia et Ray Liotta. Et demi-surprise, Jeremy Renner est presque bon dans le rôle titre. Quand on connaît sont inexpressivité habituelle, c’est déjà pas mal pour lui. En tout cas, il ne tire pas ce bon film vers le bas et on l’en remercie.

Un Illustre Inconnu offre un rôle très riche à Matthieu Kassowitz, qui doit rentrer dans la peau de plusieurs protagonistes. Sa prestation est à la hauteur du défi, mais manque sans doute d’un trait de génie pour donner au film une autre dimension. Il est d’ailleurs plus convaincant quand son personnage est lui-même, c’est à dire un homme effacé et en retrait, que lorsqu’il doit donner vie à un artiste à la personnalité flamboyante. Il est donc à l’image du film, solide, mais jamais enthousiasmant.
En fait, The Search dit beaucoup de choses que le cinéma répète encore et encore. Oui, la guerre, c’est mal, horrible, cela déshumanise aussi bien les victimes que ceux qui la font. Le propos est certes salutaire, mais sans surprise et donc au final sans fort impact. Michel Hazanvicius n’a pas su traiter dans son film les aspects vraiment spécifiques de ce conflit (l’attitude russe concomitante à l’arrivée de Vladimir Poutine au poste de Premier Ministre, la passivité de l’UE…) qui sont au final juste évoqués, comme une toile de fond, sans constituer réellement le sujet du film. Le film aurait pu avoir une dimension politique très forte, il n’en est rien. Heureusement, il nous offre par ailleurs de vrais beaux moments à travers les rapports humains qu’entretiennent les personnages entre eux. Certains passages auraient pu se passer dans un tout autre contexte, mais ça ne leur empêche pas d’apporter une vraie touche d’émotion à un film qui n’atteint peut-être pas le son but premier, mais qui ne méritait sûrement pas tant d’indifférence.
On enchaîne avec une jolie découverte. Cults, duo new-yorkais d’indie pop, plein de charme et de fraîcheur. Pourtant, la jolie voix de Madeline Follin est souvent traitée avec un effet « loin du micro » qui d’habitude m’énerve. Mais là il faut avouer que cela donne son style à ce groupe qui rappelle The Dø. Une vraie personnalité qui n’empêche pas des titres aux sonorités variées et surtout toujours très bons. Notamment un titre intitulé Bumper.
On termine par une confirmation. J’avais déjà dit beaucoup de bien de l’album précédent de Jill Scott, une artiste soul-R&B qui écrit elle même ses musiques et ses textes. Elle nous gâte avec son album The Light of the Sun, qui compte pas moins de 18 titres. Elle nous offre une nouvelle fois un son jazzy mélodieux, smoothy et surtout très agréable. Les titres sont tous sur un ton très calme, avec beaucoup de maîtrise dans la voix. Peut-être trop en fait. On aimerait parfois qu’elle la lâche un peu plus, qu’elle fasse preuve de moins de retenue pour donner la petite touche de peps qui ferait la différence. Mais globalement l’album est homogène en qualité, même si on peut regretter l’absence du coup d’un titre phare.


Bon cette parenthèse refermée, parlons plus précisément de ce film. Voilà le genre de long métrage qui nous fait haïr et aimer les Etats-Unis. Haïr car il nous plonge dans ses pires aspects. Ici le voyeurisme des chaînes de télévision locales, pour lesquelles des « journalistes » circulent la nuit à l’affût du moindre fait divers pour en tirer les images les plus choquantes possibles qu’ils vendront au plus offrant. A côté, BFM TV, c’est le Monde Diplomatique. Aimer aussi car Night Call confirme l’incroyable faculté de ce pays à dénoncer ses propres travers avec une force et une audace bien trop rare dans l’Hexagone.
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