Chez les super-héros au cinéma, il y a le meilleur, mais aussi le nettement moins bon et le franchement décevant. Dans cette dernière catégorie, Thor avait remporté la palme. En effet, la présence de Kenneth Brannagh aux manettes nous avait fait espérer un film plus subtil et plus profond que la moyenne du genre. C’est exactement l’inverse qui s’est passé puisque le résultat fut extrêmement moyen et relativement inintéressant. Du coup, il n’y avait pas grand-chose à attendre de ce Thor, le Monde des Ténèbres, réalisé Alan Taylor, un illustre inconnu (en charge aussi de Terminator 5 néanmoins). Et pourtant…
Bon, soyons clair, Thor, le Monde des Ténèbres reste un divertissement basique. Mais au moins, il revient aux fondamentaux avec de l’action, de l’action et encore de l’action. L’intrigue ne casse pas trois pattes à un canard, mais offre au moins aux personnages l’occasion de prendre un tout petit peu d’épaisseur. Dommage simplement que le combat final soit si décevant et tourne un peu au grand n’importe quoi. Mais bon, on en a pris assez plein les yeux précédemment pour ne pas trop s’appesantir là-dessus.
Mais globalement, la plus grande limite de cette franchise reste Chris Hemsworth. Certes, il a le physique de l’emploi, mais certainement pas le talent. Dans le genre grand baraqué, on lui préfère mille fois Chris Evans, beaucoup plus convaincant en Captain America (qui fait une toute petite apparition dans le film… mais alors vraiment toute petite). Il n’arrive absolument pas à donner assez de personnalité à son personnage pour qu’on s’y attache vraiment. Cela tire vers le bas tous les élans épiques de Thor, le Monde des Ténèbres. Heureusement, son frère maléfique est toujours parfaitement interprété par Tom Hiddelson. Mais cette dissymétrie ne permet pas à ce duel de prendre la dimension qu’il devrait posséder.
Au final, Thor, le Monde des Ténèbres n’est pas décevant. Il est même un peu mieux que ce à quoi on pouvait s’attendre. C’est-à-dire un petit peu mieux que franchement médiocre.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Production : Marvel Films, Walt Disney Pictures
Distribution : The Walt Disney Company France
Réalisation : Alan Taylor
Scénario : Christopher Yost, Christopher Markus, Stephen McFeely, D’après l’oeuvre de Jack Kirby, Larry Lieber et Stan Lee
Montage : Wyatt Smith, Dan Lebental
Photo : Kramer Morgenthau
Décors : Charles Wood
Musique : Brian Tyler
Directeur artistique : Mike Stallion, Thomas Brown, Ray Chan, Jordan Crockett, Matthew Robinson, Mark Swain
J’adore Valéria Bruni Tedeschi. Ne me demandez pas pourquoi, ça fait partie des choses qui ne s’expliquent pas. Enfin, je l’apprécie avant tout comme actrice, parce que comme réalisatrice, je suis plus réservé. Je n’avais pas spécialement aimé Il est plus Facile pour un Chameau… et je me suis donc allé voir Un Château en Italie sans m’attendre à en ressortir débordant d’enthousiasme. Et c’est exactement ce qui s’est passé.
Pourtant, l’histoire d’Un Château en Italie est riche et intéressante. Beaucoup de personnages et d’intrigues qui se croisent, des rebondissements, des rires, des larmes, bref tout ce qu’il faut pour faire un bon film. Dommage que tout cela manque un peu de rythme. L’intrigue fait un peu le yo-yo entre des moments relativement intenses et d’autres beaucoup plus creux. Certes, du coup, cette histoire autobiographique sans l’être vraiment ressemble à la vie, mais la vie n’est pas tout à fait le cinéma.
Reste le plaisir réel d’admirer un beau casting. Valéria Bruni Tedeschi est égale à elle-même, avec son charisme et cette expressivité, qui fait oublier cette voix érayée qui serait insupportable chez n’importe qui d’autre. A ses côtés, Louis Garrel confirme qu’il n’a pas son pareil dans les rôles de jeune minet, même si son talent lui permettra sûrement d’être convaincant dans bien d’autres registres. Les acteurs italiens ne sont pas non plus en reste, avec en premier lieu Filippo Timi, particulièrement émouvant.
Un Château en Italie n’est pas peut-être pas l’œuvre d’une grande cinéaste. Mais d’une grande dame du cinéma, oui, sûrement.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique :
Production : SBS Productions
Réalisation : Valeria Bruni-Tedeschi
Scénario : Valeria Bruni-Tedeschi, Agnès de Sacy, Noémie Lvovsky
J’aime bien les adaptations, parce qu’elles présentent un double intérêt. D’un côté, évidemment, la qualité du film indépendamment de son origine et de l’autre, la manière dont le cinéaste a géré le passage du papier à l’écran. Il y a les fidèles absolus et ceux qui ne cherchent visiblement qu’à attirer les fans, sans témoigner le moindre respect pour l’œuvre initiale. Ainsi, j’ai trouvé que le Parfum au cinéma était aussi crétin que le roman, mais que la manière dont le rapport aux odeurs a été mis en image était vraiment remarquable. Cela donne un avis contrasté. Le même avis que pour Quai D’Orsay.
La manière dont Bertrand Tavernier est arrivé à transposer d’une manière extrêmement fidèle la bande-dessinée de Christophe Blain et Abel Lanzac s’apparente à un tour de force. En effet, ni le style graphique, ni la narration de Quai d’Orsay ne semblait pouvoir passer facilement de l’un à l’autre. On arrive pourtant à retrouver les personnages, l’ambiance et le sens de la caricature subtile et ironique qui la caractérise. Pour cela, on peut tirer un grand coup de chapeau au réalisateur.
Cependant, on peut aussi poser la légitime question de l’utilité d’une telle adaptation. En effet, Quai d’Orsay propose de vrais moments de bonheur, mais le tout paraît un peu bancal et inabouti. En restant trop près de la bande-dessinée, Bertrand Tavernier a peut-être oublié de faire un film. Je suis pourtant un grand défenseur de la fidélité dans les adaptations, mais dans le cas qui nous intéresse, le film aurait gagné à une plus grande distance entre les deux versions. Mais plus largement, on peut globalement remettre en question la pertinence d’une retranscription à l’écran d’un univers graphique fait pour le papier.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : Little Bear, Pathé, Alvy Developpement, CN2 productions, France 2 Cinéma
Distribution : Pathé distribution
Réalisation : Bertrand Tavernier
Scénario : Bertrand Tavernier, Christophe Blain, Antonin Baudry, d’après la BD de Christophe Blain et Abel Lanzac
Montage : Guy Lecorne
Photo : Jérôme Alméras
Décors : Emile Ghigo
Musique : Philippe Sarde, Bertrand Burgalat
Maquillage : Agnès Tassel
Durée : 113 mn
Casting : Thierry Lhermitte : Alexandre Taillard de Worms
Dieu sait si j’aime le cinéma des frères Coen. Sa poésie, sa variété, ses personnages, sa profondeur, le tout couplé à une mise en scène toujours élégante et imaginative. Ils apportent films après films l’éclatante démonstration que c’est avant tout le talent qui compte, quelque soit le genre cinématographique auquel on s’attaque, bien avant le budget dont on dispose. Leur dernière œuvre, Inside Llewyn Davis, a reçu un accueil critique très favorable au dernier Festival de Cannes et à sa sortie en salle. C’est donc avec une certaine avidité que je m’y suis rendu. Mais voilà, en toute honnêteté, je ne peux que souligner ce constat… Je me suis fait un peu chier…
Inside Llewyn Davis me rappelle A Serious Man. Bon, autant je n’avais pas accroché du tout à ce dernier, autant je trouve au film qui nous intéresse bien des qualités. Simplement, j’ai trouvé que cela manquait trop souvent de souffle, que les bonnes idées, notamment chez les personnages secondaires, n’étaient pas exploités jusqu’au bout. Et surtout, au final, l’absence d’intrigue forte et de réel dénouement ne nous permet pas de rester totalement dans le film dans les moments un peu plus faibles, qui ne sont quand même pas négligeables.
Inside Llewyn Davis a cependant par ailleurs de grandes qualités. Tout tourne largement autour du personnage principal et ce dernier est très réussi. La manière dont il subit une loi de Murphy implacable est un ressort comique qui n’a rien de nouveau, mais les frères Coen l’utilisent avec leur poésie et leur subtilité habituelles et arrivent ainsi à donner un réel intérêt à leur histoire par ce biais. Le tout est complété par l’omniprésence de la musique folk qui ravira tous les amateurs du genre. Mais encore une fois, j’ai trouvé qu’il manquait un petit quelque chose, une petite étincelle pour que tout ça décolle vraiment.
Inside Llewyn Davis m’a donc laissé sur une impression quelque peu mitigée. Un film que j’aurais aimé adorer, mais qui n’a pas su au final m’enthousiasmer.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique : Production : Mike Zoss Productions, Scott Rudin Productions, StudioCanal
Suite des aventures littéraires de James Bond, avec un nouveau roman de Ian Fleming, l’Homme au Pistolet d’Or. Suite et bientôt fin, puisqu’il s’agit de l’avant dernier roman écrit par le créateur de 007. On sent d’ailleurs que la série était alors à un rythme de croisière qui ressemblait fort à une routine. Après ses aventures au Japon, qui avaient laissé notre agent secret pour mort, le voilà qui revient et se rappelle au bon souvenir de M. Et quoi de mieux pour s’assurer qu’il est toujours opérationnel que de le renvoyer sur le terrain ?
Ce point de départ aurait pu connaître un développement qui aurait participer à l’évolution du personnage. Malheureusement, il est très vite oublié pour laisser place au James Bond que l’on connaît déjà par cœur. Du coup, L’Homme au Pistolet d’Or se heurte aux mêmes limites que la plupart des romans de la série. Le face à face entre James Bond et Scaramanga s’éternise sans que l’on sache bien pourquoi et on a vraiment l’impression que l’agent britannique attend d’être démasqué pour agir. Ce nouveau méchant a bien des qualités, mais elles sont le plus souvent à demi-exploitées. Heureusement, la confrontation finale constitue peut-être ce que Ian Fleming aura écrit de meilleur. Mais quelques pages, cela fait peu pour donner un intérêt profond à ce roman, au-delà du plaisir d’explorer les racines d’un mythe désormais purement cinématographique.
De mon point de vue personnel, qui n’engage évidemment que moi, Guillaume Canet est un très bon acteur, mais un très grand réalisateur. Dis le à Personne et les Petits Mouchoirs font partie des meilleurs films hexagonaux de ce début de siècle. C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais ces débuts de l’autre côté de l’Atlantique avec des moyens et un casting de haute volée. Malheureusement, Blood Ties m’aura au final laissé largement sur ma faim.
On retrouve dans Blood Ties le talent de metteur en scène de Guillaume Canet. C’est tourné avec beaucoup de classe et de style, sans jamais être tape à l’œil, en restant surtout totalement au service des acteurs. Il fait partie de ces réalisateurs dont le génie, un peu à l’image de Polanski, est de savoir se faire oublier pour que l’on admire pleinement tout le reste, les comédiens, le décor, les costumes, la musique et bien sûr le scénario… mais ça j’y reviendrai un peu plus loin.
Le casting est de haute volée, même si chacun reste dans un registre assez habituel pour lui. On a souvent raillé les limites d’une Marion Cotillard ou d’un Clive Owen, mais Guillaume Canet arrive vraiment à tirer le meilleur de ces derniers, leur permettant d’exprimer pleinement leur charisme naturel. A leurs côtés, Mila Kunis et le toujours épatant Matthias Schoenaerts restent des valeurs sûres, eux-aussi parfaitement mis en valeur. Enfin, le personnage principal est interprété par un Billy Crudup qui tient là son rôle le plus marquant depuis Watchmen.
Mais alors qu’est ce qui cloche ? Le vrai problème de Blood Ties réside dans son scénario. Non qu’il soit inintéressant dans l’absolu ou mal construit. Mais cette histoire de deux frères l’un flic, l’autre voyou, c’est du archi-réchauffé. Et pas seulement parce que ce film est un remake d’un film français passé largement inaperçu. Mais en choisissant un thème aussi classique et en l’alliant à une réalisation qui l’est tout autant, Guillaume Canet n’apporte vraiment rien de bien nouveau et encore moins de surprenant. Du coup, sans s’ennuyer, on n’est guère passionné pas cette histoire déjà entendu mille fois.
Au final, Blood Ties confirme tout le bien que l’on peut penser de Guillaume Canet en tant que cinéaste. Simplement, le meilleur réalisateur du monde ne peut pas facilement donner de l’intérêt à un sujet trop éculé.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique :
Production : Les productions du Trésor, Worldview Entertainment, Canéo Films, Mars films, Wild Bunch, Le Grisbi productions, Chi-Fou-Mi productions
Réalisation : Guillaume Canet
Scénario : Guillaume Canet, James Gray, d’après le film de Jacques Maillot
Décidément cette fin d’année cinématographique nous réserve de vrais moments de bonheur. Certes, Snowpiercer ne boxe pas tout à fait dans la même catégorie que La Vie d’Adèle ou Gravity, mais il constitue indéniablement un des moments forts de 2013. Il apporte la preuve qu’il est encore possible de livrer des œuvres originales, même dans des domaines où tout semble avoir été déjà raconté.
Pourtant, Snowpiercer a une base hyper éculée. Une vision du futur où une minorité de riches oppressent une majorité réduite à la misère suite à une apocalypse quelconque, voilà un point de départ qui tourne au cliché. Elyseum a déjà cette année tenté d’exploité le filon, mais sans vraiment renouveler le genre. Ce coup-ci, c’est le décor qui fait toute la différence, puisque toute l’action se déroule dans un train, dernier refuge d’une humanité réduite à une poignée de survivants, sur une Terre totalement recouverte de glace. Le genre d’idée qui peut paraître saugrenue et surtout dont on peut facilement craindre qu’elle aboutisse à un navet complètement idiot.
Or le scénario de Snowpiercer est d’une remarquable intelligence. Il réserve un nombre incroyable de surprises et jusqu’aux dernières secondes, il est très difficile de savoir ce qui nous attend. Les personnages sont eux aussi beaucoup moins attendus que ce que l’on peut craindre après quelques minutes. Du coup, on oublie ce point de départ assez peu crédible pour entrer totalement dans cette histoire rythmée et par moment vraiment passionnante.
Mais ce qui fait encore plus la différence, c’est le petit plus apporté par le réalisateur Bong Joon -Ho, qui nous avait déjà enchantés avec The Host ou Mother, réalisés en Corée du Sud. Avec Snowpiercer, il réalise la synthèse parfaite entre le cinéma coréen et hollywoodien. Il allie une maîtrise narrative, visuelle et technique propre au cinéma américain, tout en insufflant l’énergie et surtout la diversité du cinéma venu de Séoul. En effet, on passe ici de scène d’action ultra-violente à des passages flirtant avec la comédie sans aucun problème. Cela donne un résultat peut-être quelque peu déstabilisant pour le spectateur occidental, mais qui ravira tous ceux qui aiment ce cinéma si particulier et toujours si jouissif.
Au final, Snowpiercer est tout simplement un putain de bon film, de ceux qui ressortent du lot en alliant créativité débridée avec maîtrise artistique.
LA NOTE : 15,5/20
Fiche technique :
Production : Moho Film, Opus Pictures, Stillking Films
Distribution : Wild side, le Pacte
Réalisation : Bong Joon-ho
Scénario : Bong Joon-ho, Kelly Masterson, d’après l’oeuvre de Jean-Marc Rochette, Jacques Lob, Benjamin Legrand
L’Eté des Danois est le quatrième roman de la série des Cadfael que j’ai l’occasion de lire. Visiblement, mes anciens voisins étaient plutôt fans puisqu’ils font partie des livres qu’ils destinaient à la poubelle que j’ai récupéré in-extremis. Pour rappel, il s’agit de romans « policier », mais où les investigations sont menés par un moine gallois du 12èms siècle. Il mêle donc reconstitution historique et intrigue classique du genre.
Cependant, l’Eté des Danois diffère un peu des autres volets de la série. En effet, il est beaucoup moins axé sur l’élucidation d’un meurtre que sur une intrigue plus géopolitique. Comme son titre l’indique, ce roman nous plonge dans le contexte des raids vikings sur les côtes britanniques. L’intrigue est axée sur la rivalité entre deux frères pour l’exercice du pouvoir sur une contrée reculée du Pays de Galles.
L’Eté des Danois a donc le mérite de renouveler quelque peu la série. Au-delà de ça, cela reste agréable à lire, mais sans proposer un récit totalement passionnant, ni vraiment surprenant. L’intérêt « historique » est réel, le côté investigation est plus banal. Le seul personnage vraiment marquant reste le héros, les protagonistes secondaires sont à l’image de la série : sympathiques, mais rarement hyper marquants.
Il s’en est fallu de quelques minutes pour que je passe la plus extraordinaire soirée cinématographique de toute mon existence. En effet, j’ai failli voir dans la foulée Gravity et la Vie d’Adèle. Il est difficile d’imaginer tellement mieux, tant ces deux films resteront comme les deux grands chef d’œuvres de cette année 2013. Deux films très différents, mais qui confirment l’infinie richesse du 7ème art, capable de nous offrir toute la palette des émotions grâce à sa diversité sans limite.
Gravity vous permet de vous envoyer en l’air. Et ce dès les premières secondes. Rarement un film ne vous aura emmené si loin en quelques secondes. Vous ne contemplez pas simplement l’espace, vous y êtes ! C’est incroyablement immersif, même quand vous vous y attendez à force de lire des critiques dithyrambiques. De toute façon, après quelques instants, vous ne penserez plus à rien qu’à la beauté des images, totalement transporté, dépaysé, bouleversé par ce fascinant et intense voyage.
Mais Gravity n’est évidemment pas que beau, sinon le souffle retomberait vite. Si l’histoire est au fond assez classique, elle est assez rythmée (le film a la bonne idée d’être court) pour créer une tension très forte et constante qui ne relâche pas une seule seconde son étreinte sur le spectateur. Alfonso Cuaron est arrivé à insuffler un vrai souffle épique sur son film, ne s’accordant qu’un seul moment un petit peu faible. C’est sans doute le seul moment où le film oublie d’être simplement génial, mais c’est aussi une façon de mieux repartir de plus belle.
Des images d’une telle beauté ne doivent pas faire oublier le duo d’acteurs qui participent largement à la réussite de Gravity. Si George Clooney fait jouer sa classe habituelle, on peut être plus surpris par le charisme dont fait preuve Sandra Bullock. On lui connaissait un certain talent, mais sa filmographie ne nous avait pas habitué à des choix aussi judicieux. Il y a des rôles à ne pas rater, qui peuvent effacer d’un coup tous les navets de la terre et celui-ci en fait partie.
Cependant, il est indéniable que la plus grande star de Gravity est de loin le décor. Il nous offre des séquences comme on en a rarement vues, de celles qui font les grands classiques inoubliables. La scène qui voit la destruction de la Station Spatiale Internationale est proprement ahurissante, sublime, incroyablement intense. On est au-delà de la maîtrise, on est dans la composition la plus totale, mais une composition tellement criante de vérité, dotée d’une telle profondeur qu’elle happe le spectateur pour ne le relâcher qu’au générique de fin.
Gravity restera comme le film hollywoodien de l’année 2013… et sûrement un des plus marquants de la décennie. Un moment cinématographique rare où tout concorde pour nous offrir un chef d’œuvre.
LA NOTE : 17,5/20
Fiche technique :
Production : Esperanto Filmoj, Heyday Films, Warner Bros
Il est quelque peu difficile de m’assurer de mon objectivité pour cette critique de L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet, le dernier film de Jean-Pierre Jeunet. Et pas simplement parce que j’ai eu la chance de lire ce livre, un des plus étonnants et extraordinaires qui soit. Mais aussi parce que ce roman occupe une place particulière dans ma vie et ce film a été pour moi chargé d’une émotion totalement personnelle.
L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet fait partie de ces livres que l’on pense inadaptable. Mais si quelqu’un en était capable, c’est bien Jean-Pierre Jeunet dont l’imagination visuelle pouvait permettre de retranscrire à l’écran la richesse d’un roman qui se lit aussi bien dans le texte que dans les multiples notes, schémas, dessins qui peuplent les marges des pages. A ce niveau-là, l’objectif est atteint, mais peut-être qu’à moitié. Car ceux qui auront aimé le livre trouveront sûrement qu’il ne va pas assez loin dans l’exploitation de cette particularité. Mais sans doute, cela était le prix à payer pour ne pas perdre le spectateur néophyte qui n’aurait pas saisi le sens profond de tout cela.
Il en résulte que L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet est un film sans doute plus classique dans la forme que ce l’on aurait pu imaginer. Mais cela n’enlève rien à ses qualités de poésie, à cette douce mélancolie qui le caractérise. Il ne s’agit pas d’un film pour enfants, contrairement à ce qu’on essayé de nous vendre les distributeurs, mais un film sur l’enfance, sur les souffrances et l’incompréhension qui naissent de la distance et des non-dits entre parents et enfants. Un road movie qui prend les codes du genre à l’envers, où le personnage principal ne va pas grandir, mais au contraire apprendre à nouveau à n’être qu’un enfant.
Le tout est mis en images avec élégance et douceur par Jean-Pierre Jeunet. Comme je l’ai souligné précédemment, il est peut-être moins flamboyant que ces œuvres précédentes, mais cela épouse totalement le rythme et l’esprit du scénario. Mais on sent bien sa maîtrise habituelle où chaque centimètre carré de l’image est travaillée pour être correspondre à ce qu’il souhaite. L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet reste donc une œuvre aboutie, sûrement pas au niveau du livre (que je vous conseille de lire au plus vite), mais qui offre assez de poésie et de surprises pour parcourir le chemin avec plaisir et émotion.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Epithète Films, Tapioca Films, BBR Productions, Filmarto, Cross Creek Pictures, Gaumont
Distribution : Gaumont
Réalisation : Jean-Pierre Jeunet
Scénario : Jean-Pierre Jeunet, Guillaume Laurant, d’après le roman de Reif Larsen
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