UNE TRAGEDIE, BEAUCOUP DE QUESTIONS

clementmeric

clementmericLa mort de Clément Méric a profondément touché tous ceux qui militent et se battent. Elle nous rappelle que ces engagements ne sont jamais anodins. Dans les Yvelines, en particulier, on nous rappelle souvent qu’il ne faut jamais coller des affiches en étant tout seul car nous gardons encore en mémoire la mort d’un de nos camarades en 1986, assassiné par un membre du Front National alors qu’il effectuait ce geste qui appartient à notre quotidien militant.

Ce genre de drame donne toujours lieu à de multiples tentatives de récupération, à des amalgames ou des caricatures. Face à ce genre d’horreur, il est tentant de repeindre la réalité en noir et blanc, de faire des victimes des héros et de mettre sur le dos des coupables des maux qui les dépasse. Cela n’a pas manqué et a alterné entre le pathétique et le franchement insupportable. J’ignore comment la famille et les proches de Clément Méric ont pu vivre ce déferlement médiatique. Sûrement partagés entre un élan de solidarité réconfortant et un sentiment de désappropriation d’un deuil intime.

Evidemment, les nombreuses questions que cette tragédie ont soulevé restent malgré tout légitimes, même si elles se posaient avant et se poseront avant ce qui reste tout de même avant tout un fait divers. L’existence de groupes d’extrême droite violents est un fléau dont la Manif pour Tous a rappelé la réalité (ce qui a conduit aux pires amalgames, dans les deux sens d’ailleurs). Les dissoudre n’apparaît que comme une façon de pousser la poussière sous le tapis. Mais cette décision constitue aussi l’affirmation d’une sanction contre ces agissements, de l’affirmation qu’il existe bien une ligne blanche que la société refuse de voir franchir, même s’il y aura toujours des gens pour le faire. On est peut-être dans le symbole ou l’angélisme, mais la normalisation du Front National a sûrement fait contribuer à effacer cette frontière. Il est donc bon de la rendre à nouveau clairement visible.

Je ne connaissais pas Clément Méric. Je ne sais pas s’il était un ange. J’en doute. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé ce soir là. Mais ce que je sais, c’est que lutte contre le fascisme reste une cause qui ne doit jamais s’éteindre car le bête est là, toujours présente et bien vivante.

L’ATTENTAT : Coeur et espoir perdus

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lattentatafficheLe conflit israelo-palestinien est une source malheureusement inépuisable d’inspiration cinématographique. Il donne aussi bien des films franchement pessimistes (The Bubble) que des comédies vraiment réussies (Le Cochon de Gaza). L’Attentat se situe incontestablement dans la première catégorie. Le réalisateur se défend d’avoir voulu faire un film politique, mais plutôt un film sur les relations humaines. Mais un tel environnement ne peut se contenter d’être un simple décor. Si l’intrigue ne livre au fond aucun point de vue, ne désignant ni bons, ni méchants, il n’en demeure pas moins un témoignage très réussi d’un monde si profondément divisé.

Par contre, les conditions de réalisation de l’Attentat sont porteuses d’espoir. Un réalisateur libanais, Ziad Doueiri, qui tourne en Israël, avec une actrice israélienne qui joue le rôle d’une Arabe, voilà un message qui dépasse de loin le propos même du film. Mais c’est désolant de voir que tout cela crée un énorme scandale au Liban, où le film ne sortira très certainement jamais. Comme dans son intrigue même, ce film nous amène à la conclusion que ces fractures sont insondables et que rien aujourd’hui ne semble prêt à les combler.

lattentatPour en revenir au film en lui-même, l’Attentat nous propose une histoire d’un très grand intérêt, à défaut d’être totalement passionnante. Elle est effectivement surtout axée sur son personnage principal, chirurgien arable, au passeport israélien, et prônant la réconciliation, qui cherche à comprendre comment sa femme a pu devenir kamikaze sans qu’il ne soupçonne rien de son glissement vers le terrorisme. Le propos n’est pas totalement convaincant parce que c’est le parcours de la femme est nettement plus intéressant que les états d’âme du mari. Ce sont pourtant ces dernières qui occupent le plus de place.

Au final, c’est tout de même par sa dimension politique que l’Attentat prend tout sa dimension. Même si le message délivré n’incite guère à l’optimisme.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : 3B Production, Lama films, Scope pictures, Douri films
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Ziad Doueiri
Scénario : Joëlle Touma, Ziad Doueiri, d’après le roman de Yasmina Khardra
Montage : Dominique Marcombe
Photo : Tommaso Fiorilli
Décors : Yoel Herzberg
Son : Pierre Gauthier
Musique : Eric Neveux
Durée : 105 mn

Casting :
Ali Suliman : Amin Jaafri
Reymonde Zmsellem : Siham Jaafri
Evgenia Dodina : Kim
Karim Saleh : Adel
Uri Gavriel : Cap. Moshe

A CHACUN SES MOTS

famille

familleUn jour, en Conseil Municipal, j’avais été assez surpris par une réflexion de mon Maire qui avait fait une remarque ironique avant d’employer lui-même l’expression de justice sociale. Cela m’avait fait réaliser à quel point certains éléments de langages, certaines notions, concepts ou même thématiques sont tellement associés à un camps politique qu’il devient quasiment un gros mot pour celui d’en face. Pourtant, une pensée politique qui ne jure que par le mérite devrait défendre bec et ongles la justice sociale, même si elle consiste à sucrer des allocs à des chômeurs impénitents.

Cela marche aussi évidemment dans l’autre sens. Essayer de changer une Marseillaise dans une manifestation de gauche, on vous regardera tout de suite d’un œil suspect, alors qu’aux dernières nouvelles, il s’agit de l’hymne du pays tout entier. J’avais d’ailleurs beaucoup apprécié en 2002 l’initiative au Trocadéro, à l’entre deux-tours, d’un rassemblement pour chanter la Marseillaise et montrer qu’elle n’était en rien la propriété du Front National.

Le thème de la famille fait partie de ces mots qui semblent incompatibles avec une politique de gauche. Un peu comme pour la sécurité, un gouvernement socialiste est forcément soupçonné d’être anti-famille et de vouloir sournoisement casser des dispositifs qui fonctionnent. Que cela soit totalement absurde et que certains pans de notre politique familiale soient carrément injustes socialement (désolé, c’est mon ADN de gauche qui revient au galop) semblent hors sujet et la droite n’a même pas besoin de faire de propositions pour apparaître comme les premiers défendeurs de la famille.

Ce genre d’appropriation est le signe d’une défaite idéologique du camp d’en face, qui abandonne le champ de bataille à son adversaire. Devoir vaincre un soupçon avant de convaincre demande le double d’énergie et il vaut mieux surfer sur une vague de popularité pour y arriver. Mais c’est avant tout une grave défaite pour le débat public. On ne peut pas dans notre pays mettre vraiment à plat les politiques familiales, sécuritaires ou migratoires. A l’inverse, les débats sur le partage des richesses crées (ne parlons même pas de redistribution), l’égalité hommes/femmes ou les alternatives à la prison n’auront jamais vraiment lieu. En effet, y participer quand on n’est pas du bon camps paraîtra toujours suspect aux camarades de son propre bord. Du coup, les échanges se résument à des argumentations contrées par des cris d’orfraies et des postures purement idéologiques.

La famille n’est ni de gauche, ni de droite. A la vue des derniers évènements, il est par contre évident que tout le monde n’en a pas la même définition.

PANDEMONIUM (Les Standfiord) : Agents non provocateurs

pandemonium

pandemoniumUn avis vite fait sur un roman, Pandemonium de Les Standiford, qui souffre d’un sérieux manque d’intérêt. Une histoire d’agent bactériologique et d’agents gouvernementaux qui veulent effacer les preuves en éliminant des innocents. Bref, une intrigue un peu vue mille fois, qui ne tient pas là sa version la plus inoubliable. L’histoire ne démarre vraiment qu’au bout de 100 pages (sur 300) et la suite des évènements n’est guère transcendante. L’auteur essaye bien de donner un peu d’épaisseur à ses personnages, mais pour le lecteur cela ressemble plus à des anecdotes sans intérêt en attendant qu’il y ait un peu d’action. Si on ajoute à ça un style qui roule à l’ordinaire, on se dit que le seul mérite de ce roman est de ne pas être trop long.

LA GRANDE BELLEZZA : Le bûcher des vanités

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lagrandebellezzaafficheNouveau film ayant reçu un accueil chaleureux à Cannes avec la Grande Bellezza, de l’Italien Paolo Sorrentino. Malheureusement, contrairement à Le Passé, je ne partage pas vraiment le même enthousiasme pour ce film, très beau par moments, mais inégal sur la longueur. Et comme il dure 2h20, cela laisse le temps pour des moments d’ennui.

La Grande Bellezza nous parle beaucoup de superficialité et de vanité. Et il faut bien avouer que le film tombe parfois dans les travers qu’il décrit. Le personnage s’interroge sur l’impossibilité d’écrire un livre sur le néant. On peut légitimement se poser la question pour un long métrage. Heureusement, le film monte en puissance. Une fois que l’on a appris à connaître le personnage, à s’y attacher, on commence à vraiment partager ses réflexions et son regard désabusé. Mais attendre une bonne heure pour rentrer complètement dans un film laisse forcément des traces.

lagrandebellezzaLa Grande Bellezza reste cependant esthétiquement très recherché et parfaitement maîtrisé. Mais encore une fois, on peut voir parfois dans cette mise en images aux accents psychédéliques une forme de vanité de la part de Paolo Sorrentino. Le film est comme un bel objet, au design d’exception, mais dont on se demande au final à quoi il sert vraiment.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : Pathé, Babe Films, Indigo Films, Medusa films, France 2 Cinéma
Réalisation : Paolo Sorrentino
Scénario : Paolo Sorrentino, Umberto Contarello
Montage : Cristiano Travaglioli
Photo : Luca Bigazzi
Décors : Stefania Cella
Distribution : Pathé
Musique : Lele Marchitelli
Durée : 142 mn

Casting :
Tony Servillo : Jep Gambardella
Sabrina Ferilli : Ramona
Iaia Forte : Trumeau
Pamela Villoresi : Viola
Galatea Ranzi : Stefania
Carlo Verdone : Romano
Carlo Buccirosso : Lello Cava

LES GOONIES : Jeunesse éternelle

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lesgooniesafficheDans la série des films culte que je n’avais pas vu depuis l’adolescence, voire même l’enfance, voici les Goonies. Je pouvais craindre légitimement que ce film d’aventures pour adolescents ait beaucoup vieilli et que mes yeux d’adultes soient moins indulgents face à toutes les faiblesses inhérentes à ce genre de film. Mais certaine magie ne s’éteigne jamais et on garde toujours le même regard un peu émerveillé en regardant encore et encore ce qui a constitué la source même de notre imaginaire. Bref, ces films ne vieillissent pas… du moins pas plus que moi !

Une bande d’amis, formant un groupe surnommé les Goonies, vont se voir séparés par l’expulsion de la famille Walsh, dont la maison doit laisser place à un grand complexe immobilier. Mais la découverte d’une carte au trésor va les pousser à vivre une incroyable aventure, sous la menace de dangereux gangsters tout juste évadés de prison.

Comment juger objectivement un tel film ? Cela est évidemment impossible. Il est peu probable que les jeunes générations ne voient jamais ce film avec le même regard que ceux qui auront connu les téléphones à cadran ou rembobiné leurs cassettes audio avec un stylo bille. Mais cet aspect un peu désuet fait aujourd’hui incontestablement partie du charme de ce film qui a donné à toute une génération l’envie de partir à la chasse au trésor. Les Goonies, c’est un pur moment de nostalgie qui faut vivre avec l’innocence que l’on avait à l’époque, avant que les poils ne nous poussent sur le torse (ou ailleurs pour les filles).

Parler des invraisemblances, de l’humour parfois un peu lourdingue, des effets spéciaux parfois un rien approximatifs ne serait pas pertinent. Car comme tout film culte, Les Goonies fonctionne parce qu’il fonctionne et puis c’est tout ! Bien sûr, il y a le talent de Richard Donner, qui aura signé aussi dans sa carrière Superman, Ladyhawke ou encore l’Arme Fatale. Bref, autant de films qui auront connu un succès bien plus grand et qui auront marqué beaucoup plus profondément les mémoires que ce que la somme de leurs qualités aurait du leur permettre.

lesgooniesLes Goonies possède tout de même bien des qualités objectives. C’est un pur divertissement, sans connotation négative. Le scénario est rythmé, les personnages sont immédiatement sympathiques et le tout est parcouru de vrais moments d’imagination pure. Le film recycle bien des influences, de la plus classique et la plus évidente (l’Ile au Trésor) à d’autres qui étaient dans l’air du temps au moment de la sortie du film en 1985 (l’Inspecteur Gadget). Un peu comme Star Wars, le film crée à la fois son propre imaginaire, tout en livrant des éléments faisant parti d’un imaginaire commun accessible à tous.

Les Goonies fut aussi l’occasion des débuts à l’écran de Josh Brolin. Entre l’adolescent à bandeau de ce film et son rôle dans No Country For Old Men, plus de vingt ans plus tard, l’acteur aura pris de l’épaisseur et du charisme. Mais les prémices dont déjà visibles. Son jeune frère est interprété par Sean Astin, qui disparaîtra un peu des radars avant de revenir en hobbit dans le Seigneur des Anneaux. Il a d’ailleurs quelque peu disparu à nouveau depuis. Le reste du casting est plus anodin mais joue avec assez d’enthousiasme pour faire fonctionner le film.

J’ai donc pris un plaisir immense à revoir les Goonies après de longues années d’abstinence. Et tant que j’y prendrai du plaisir, c’est que mon âme d’enfant ne sera pas tout à fait morte. Bref, ce n’est pas demain la vieille que j’arrêterai d’aimer ce film !

Fiche technique :
Réalisation : Richard Donner P
Scénario : Chris Columbus, d’après une histoire de Steven Spielberg
Production : Harvey Bernhard et Richard Donner
Producteurs délégués : Steven Spielberg, Kathleen Kennedy et Frank Marshall
Direction de la photographie : Nick McLean
Direction artistique : Rick Carter
Chefs casting : Jane Feinberg, Mike Fenton et Judy Taylor
Chef décorateur : J. Michael Riva
Chef costumier : Richard La Motte
Chefs monteurs : Michael Kahn et Steven Spielberg
Musique : Dave Grusin
Durée : 114 minutes

Casting :
Sean Astin : Mickael « Mickey » Walsh
Corey Feldman : Clark « Mouth » Devereaux
Jonathan Ke Quan : Richard « Data » Wang
Jeff Cohen : Lawrence « Chunk » Cohen
Josh Brolin : Brandon « Brand » Walsh
Kerri Green : Andrea « Andy » Carmichael
Martha Plimpton : Stephanie « Stef » Steinbrenner
Anne Ramsey : Ma Fratelli
Joe Pantoliano : Francis Fratelli
Robert Davi : Jake Fratelli
John Matuszak : Lotney « Sloth » Fratelli
Mary Ellen Trainor : Harriet Walsh
Keith Walker : Irving Walsh
Steve Antin : Troy Perkins

TOUT MAIS PAS L’INDIFFERENCE !

gillessimon

gillessimonLe tennis français nous propose depuis quelques temps de nouveaux Mousquetaires. Si leur palmarès n’est pas vraiment au niveau de leurs glorieux aînés, si leurs exploits ne sont pas aussi légendaires que ceux de D’Artagnan, ils partagent la particularité d’être trois alors qu’ils sont quatre, ou quatre alors qu’ils sont trois, comme on veut. Le rôle de celui qu’on oublie toujours de compter est occupé par Gilles Simon.

Hier après-midi, à peu près à la même heure, Gilles Simon se qualifiait pour les 8ème de finale, tandis que Gaël Monfils se faisait éliminer. Sur ma boîte mail, j’ai reçu une « alerte info » de l’Express pour m’annoncer la défaite du second. Sur la victoire du premier, rien, pas d’envoi de mail ou de mention dans le message. On peut y voir là un signe de notre masochisme national qui nous pousse à ne mettre en avant que ce qui ne marche pas. On peut surtout considérer que Gilles Simon n’existe pas médiatiquement.

La plus grande qualité de Gilles Simon ne pousse pas à la reconnaissance, en particulier dans notre pays. Il est régulier, caractéristique rare chez nos sportifs. Sa présence continue depuis plusieurs années dans les quinze premiers mondiaux devraient faire de lui un champion reconnu comme ont pu l’être en leur temps un Fabrice Santoro ou un Arnaud Boetsch, qui n’ont pourtant jamais eu cette constance à un tel niveau. Mais jouer régulièrement des quarts de finale tout au long de l’année ne permet pas de faire la une de l’actualité sportive, contrairement aux coups d’éclat en Grand Chelem ou en Coupe Davis, compétitions où il n’a jamais signé de performance d’exception.

Les raisons de cette indifférence ne tient évidemment pas qu’à ses résultats sportifs. Gilles Simon souffre certes de l’ombre sportive de Jo-Wilfried Tsonga, qui est quand même un cran au-dessus de ses petits camarades tricolores. Mais il a aussi la bonne ou mauvaise idée, comme on veut, de ne jamais faire de vagues médiatiques suite à une consommation de stupéfiants à l’insu de son plein gré. Sa personnalité est aussi moins originale et démonstrative que celle d’un Gaël Monfils, dont le côté gamin un peu rebelle lui donne la cote auprès du public. Bref, il n’est pas un bon client pour les médias, qui mettent avant tout en avant les personnalités formatées pour eux.

Evidemment si Gilles Simon remporte Roland-Garros, il deviendra une immense star. Malheureusement, il n’est pas certain que Roger Federer lui laissera demain mettre en œuvre ce plan média pourtant infaillible.

CRAZY FOR YOU (Best Coast), IN MEMORY OF LOSS (Nathaniel Rateliff) : Sympathiques Américains

crazyforyoutbestcoast

crazyforyoutbestcoastDeux albums sympathiques au programme de ce billet. D’abord, Crazy for You, premier album sortie en 2010 du groupe californien Best Coast. Une musique pop-rock, avec un petit côté rétro. Les titres sont assez homogènes et le résultat est plutôt bon. Je l’aurais trouvé encore meilleur sans un effet loin du micro, qui donne peut-être une certaine personnalité à leur musique, mais qui ne nous permet pas d’apprécier pleinement la belle voix de la chanteuse, Bethany Cosentino.

inmemoryoflossnathanielrateliffNathaniel Rateliff nous vient lui du Colorado avec son album In Memory of Loss, sorti lui aussi en 2010 (oui, j’ai un peu du mal à rattraper mon retard, j’avoue…). Il nous livre des mélodies plutôt épurées, aux accents country, folk ou blues. Il arrive à mettre une vraie personnalité dans sa musique, mais surtout à nous livrer 13 morceaux qui ne se ressemblent pas du tout. Car l’aspect épuré ne signifie pas forcément une absence de recherche puisque la guitare est accompagnée au fil des titres par des touches de piano, d’harmonica ou de batterie, donnant des sonorités toujours différentes. Bref, un artiste méconnu mais qui mériterait de l’être beaucoup moins !

LOINTAIN SOUVENIR DE LA PEAU (Russel Banks) : A 760 mètres de l’humanité

lointainsouvenirdelapeau

lointainsouvenirdelapeauIl y a bien longtemps que je n’avais pas été aussi enthousiaste à propos d’un livre. Non que Lointain Souvenir de la Peau soit sans défaut, mais il traite de manière remarquable d’un sujet auquel peu aurait osé s’attaquer. Il nous plonge en effet dans le monde des délinquants sexuels qui aux Etats-Unis sont souvent condamnés à demeurer à plus de 760 mètres de toute école ou terrain de jeu. Or, dans un espace urbain, cela les condamne à vivre entre eux dans les rares endroits répondant à ces critères.

Le personnage principal n’a rien d’un prédateur et tient plutôt du pauvre type. L’équilibre était difficile à trouver tant ce genre d’acte n’incite pas à l’empathie. Il fallait faire preuve d’une infinie subtilité pour nous faire aimer quelqu’un à propos duquel le terme d’antihéros est un doux euphémisme. Le Kid, c’est son nom, n’est présenté ni comme une victime, ni comme un coupable. Lointain Souvenir de la Peau illustre justement la complexité réelle d’une situation qu’on aurait vite fait de repeindre en noir et blanc.

Russel Banks est un véritable auteur militant. Son œuvre a toujours constitué un moyen pour délivrer un message, dénoncer, pointer les absurdités et les injustices. Lointain Souvenir de la Peau est évidemment une réaction à cette société où l’on construit de minuscules terrains de jeu juste pour empêcher des condamnés à vivre à proximité, sans se préoccuper une seule seconde des implications d’un système aussi binaire. Mais ce livre a l’immense mérite de ne juger personne, de ne pas donner de leçon, mais cherche simplement à enrichir la réflexion du lecteur.

Lointain Souvenir de la Peau est surtout remarquablement bien écrit. Le style de Russel Banks est fluide et vivant et c’est un vrai plaisir de se laisser imprégner par ses mots. Le récit nous est livré à travers différents points de vue, différents modes de narration. Mais ces techniques sont toujours employées à bon escient, pour souligner le propos et non simplement pour la frime ou l’originalité. Le seul vrai reproche que je formulerais à propos de ce roman est peut-être un dénouement qui n’est pas au niveau du reste, comme si l’auteur n’avait pas vraiment su comment conclure.

Lointain Souvenir de la Peau nous montre donc à quel point l’humanité est capable du meilleur comme le pire, sans qu’il soit toujours facile de savoir de quel côté on se situe. Mais une chose est sûre, ce roman fait partie du meilleur.

VIVE LES MARIES ! VIVE L’AMOUR !

vivelamour

vivelamourIl n’y a donc pas que dans les films que l’amour triomphe à la fin. Cela arrive aussi dans la vraie vie, même si cela reste un phénomène trop rare. Cela peut paraître un propos cucul, insupportablement fleur bleue, mais cela fait du bien après avoir subi un tel flot de mépris, d’intolérance et d’ignorance. Ce fut un moment difficile à vivre pour un bon nombre d’entre nous, une vraie souffrance, où il n’a pas toujours aisé de ne pas se laisser aller à une haine pour répondre à la haine. Tout n’est évidemment pas fini, mais les gens biens ont gagné. Les autres n’ont plus que leur bêtise à ruminer.

Le mariage de Vincent et Bruno est un simple acte privé. Mais évidemment aussi un moment historique, un symbole de quelque chose de beaucoup plus grand qu’un simple mariage dont la banalité aurait du être la première caractéristique. C’est une victoire de l’Humanité, avec un grand H. Une petite victoire dans le long combat éternel contre l’obscurantisme et tous ceux qui le propagent. Une bête souvent immonde qui recule constamment, mais ne meurt jamais totalement. Ne doutons pas que nos arrière-arrière-arrière petits enfants nous reprocherons sûrement des parts d’inhumanité, même chez ceux qui nous semblent à la pointe du combat.

L’obscurantisme aura toujours ses défenseurs, parce qu’il est le premier vecteur de pouvoir. La connaissance, la tolérance, l’humanisme conduisent à l’émancipation, qui conduit elle-même à la liberté. Dans bien des lieux, sous bien des formes, parfois par des discours pleins de bonnes intentions, des chaînes sont forgées. Des chaînes qui empêchent l’autre d’être indépendant, d’être fort, d’être heureux. Vincent et Bruno s’aiment, leur bonheur d’aujourd’hui, c’est celui de la liberté, du progrès, celui du bien. Oui, la notion de bien et de mal n’appartient pas qu’à ceux qui aujourd’hui crient une haine qui fait d’eux les premiers à propager la noirceur et les ténèbres. Quand je lis dans le journal de ma paroisse que j’appartiens à la frange malsaine de la société, je me dis que je suis mieux placé pour revendiquer ces termes que certains qu’ils les emploient pourtant à l’envi.

Vive les mariés ! Vive l’amour !