BROTHERS (The Black Keys) : Une voix et une guitare

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brotherstheblackkeysAprès quelques chanteuses à la voix claire et douce et des groupes britanniques assez pop, retour à quelque chose de plus viril avec The Black Keys et leur album Brothers. Enfin, viril sans être trop énervé non plus quand même, mais qui permet de mesurer la différence de son entre les deux côtés de l’Atlantique. Comme j’aime varier les plaisirs, je ne les départagerai pas et me contenterai d’apprécier à sa juste valeur ce très bon album.

The Black Keys est en fait un duo, composé de Dan Auerbach à la guitare et au chant et Patrick Carney à la batterie. Ils sont originaires de Akron dans l’Ohio. Leur musique est qualifiée de blues rock, ce qui correspond effectivement assez bien à leur style. A noter que le nom du groupe se traduit par « les notes noires », pas les « les clés noires », ce qui aurait nettement moins de sens. Ils sortent leur premier album, The Big Come Up. Mais c’est le suivant, Thickfreakerness, sorti un an plus tard, qui leur fera connaître un succès mondial. Brothers est sorti en 2010. Il s’agit de leur 6ème album (un autre est sorti depuis) et a notamment été récompensé par un Grammy Awards.

Brothers commence pourtant moyennement. Everalsting Light est un titre rock assez tranquille, mais Dan Auerbach y pousse une voix aiguë qui laisse circonspect. La voix est immédiatement plus posée avec Next Girl, mais on n’est toujours pas totalement convaincu. Heureusement, Tighten Up vient définitivement nous rassurer avec des sonorités entre jazz et funk nettement plus enthousiasmantes. Howlin’ for You est à nouveau assez moyen, mais l’album est définitivement lancé avec She’s Long Gone.

Brothers est donc un album qui monte en puissance. Cela change de ceux où on sent bien que les titres les moins marquants sont relégués en queue de playlist pour servir de remplissage. Il n’en est rien ici, car la suite de l’album nous propose des titres très variés, aux influences diverses (même si on sent qu’elles sont avant tout américaines) dont la qualité ne faiblira plus. On en ressort donc largement satisfait, ayant depuis longtemps oublié le démarrage un peu poussif.

La musique de The Black Keys se démarque par deux éléments. Déjà la voix de Dan Auerbach possède une réelle personnalité et il sait jouer avec, même si, on l’a vu, le résultat est parfois surprenant. Mais heureusement, il y a aussi des titres comme Too Afraid to Love You où l’on peut l’admirer à loisir. Ensuite, en plus de posséder un bel organe, Dan Auerbach est un excellent guitariste qui met souvent en avant sa dextérité. Forcément puisqu’ils ne sont que deux, The Blakc Keys propose des instrumentations assez épurées, sans guitare basse, qui met du coup beaucoup plus en avant la guitare électrique. Et le jeune homme sait se servir de son instrument de manière remarquable… Que tous ceux qui ont pensé à autre chose que la musique à la lecture de cette phrase aille au coin immédiatement !

The Black Keys font donc preuve d’une vraie créativité dans le sens, où même si aucun de leur morceau n’est vraiment révolutionnaire, ils naviguent d’un univers à l’autre toujours avec le même bonheur. Cela démontre surtout une vrai maîtrise artistique derrière une simplicité qui n’est que de façade. En tout cas, ce groupe reste une valeur sûre de la scène américaine, ce que Brothers confirme avec un certain brio.

Si Brothers commence doucement, il constitue globalement un bel album pour découvrir ce groupe qui saura séduire un large public.

1.: Everlasting Light
Un rock tranquille pour commencer, où la voix se fait étonnamment aiguë.

2.: Next Girl
La voix se fait plus grave pour un titre posé et un rien sombre.

3.: Tighten Up
Un très bon titre aux sonorités jazz et funk.

4.: Howlin’ for You
Un titre avec de beaux rifs de guitare, mais pour un résultat un rien lancinant.

5.: She’s Long Gone
Un rock plus classique avec encore une guitare très présente.

6.: Black Mud
Un instrumental à la guitare.

7.: The Only One
La voix est à nouveau aigüe pour un titre tendance pop sucrée, qui a le mérite de sonner différemment du reste.

8.: Too Afraid to Love You
Un titre lent qui met parfaitement en valeur la personnalité de la voix.

9.: Ten Cent Pistol
Un morceau quasi acoustique, tendance crooner, pas mal du tout.

10.: Sinister Kid
Un rock assez épuré et qui sonne très américain.

11.: Go Getter
Un titre un peu transparent.

12.: I’m Not the One
Un morceau qui sonne un peu black music des 70’s.

13.: Unknown Brother
Un rock assez classique et parfaitement maîtrisé.

14.: Never Gonna Give You Up
Un son presque 50’s.

15.: These Days
Une ballade douce et mélodieuse qui constitue un bel au revoir.

HAPPINESS THERAPY : Hymne à la joie

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happinesstherapyafficheJ’adore les comédies romantiques. C’est comme pour Britney Spears ou les vignettes Panini, j’assume totalement, même si cela contredit mon image d’homme mature et viril… Comment ? Qui a dit que je n’avais jamais eu cette image ? Bref, passons et parlons plutôt de Happiness Therapy, la comédie romantique de ce début d’année 2013. Un film très réussi même s’il n’échappe pas aux limites du genre.

Pat sort de l’hôpital psychiatrique et revient vivre chez ses parents. Il est armé d’un optimisme à tout épreuve, prêt à reconstruire sa vie et surtout reconquérir sa femme. Mais la rechute n’est jamais loin et le chemin s’annonce long et difficile. Mais il va trouver un appui chez Tiffany, jeune veuve, dont la stabilité mentale n’est pas non plus le plus grand point fort. Du coup, leurs proches craignent qu’au lieu de s’aider, ils finissent pas se tirer mutuellement vers le bas.

Bon allez, je commence par mon coup de gueule habituel dans ce genre de situation. Pourquoi un film dont le titre original Silver Linings Playbook sort en France sous le titre de Happiness Therapy ? Non sérieusement ?… Comme d’habitude, je n’aurai pas de réponse à cette interrogation existentielle, alors je vais m’arrêter là. Et puis, ce n’est quand même pas ça qui va gâcher notre plaisir.

En effet, Happiness Therapy (puisqu’il faut bien l’appeler comme ça) possède assez de qualités pour en procurer une bonne grosse dose. Evidemment, comme pour toutes les comédies romantiques, on n’a pas vraiment de doute sur la manière dont tout ça va finir. L’important, c’est le comment. Et pour le coup, le chemin est ici tortueux, comme l’esprit des deux protagonistes, ornés de quelques cicatrices. Il ne réserve pas non plus de moments totalement inattendus, mais au moins n’est-il pas cousu de fil blanc.

Par contre, Happiness Therapy se distingue de la concurrence par une chose : l’impression initiale laissée par les deux protagonistes. En effet, ils n’apparaissent pas immédiatement comme terriblement sympathiques. Ils sont horripilants et de la même manière qu’ils ont du mal à tisser des liens normaux avec les autres, ils n’inspirent pas forcément une tendresse instantanée aux spectateurs. Mais ce film raconte un processus, où les personnages se reconstruisent eux-mêmes pour pouvoir reconstruire des relations avec les autres. La relation avec les spectateurs suit le même chemin. C’est, pour moi, la grande force de ce film, mais aussi sa grande limite car il est vrai qu’on a un peu de mal à y rentrer, étant parfois au bord de l’ennui lors de la première heure.

Heureusement, au fur et à mesure que les personnages s’ouvrent aux autres, on rentre dans l’histoire et on sent monter l’enthousiasme. Le film devient plus classique, mais fonctionne parfaitement car cela ressemble à une récompense pour la patiente du spectateur. Il s’achève pour un très beau final, en confirmant à quel point la danse, même de salon, peut véhiculer une foule d’émotion à l’écran. Le spectateur est alors totalement conquis, avec l’impression d’avoir lui aussi suivi cette Happiness Therapy particulièrement réjouissante.

happinesstherapyBradley Cooper est une des coqueluches d’Hollywood, sûrement l’acteur le plus en vogue avec Ryan Gosling. Il confirme dans Happiness Therapy l’étendu de son charme et de son charisme. Ce coup-ci, il est pourtant presque éclipsé par la formidable performance de Jennifer Lawrence, dont le jeu est peut-être moins spectaculaire, mais dont la formidable présence à l’écran contribue de manière magistrale à rendre l’histoire convaincante. Après Winter’s Bone et Hunger Games, elle confirme l’étendue de son talent. Enfin, un mot sur un Robert De Niro en pleine forme qui lui transforme un personnage assez antipathique en second rôle particulièrement délectable.

Happiness Therapy est au final une comédie romantique très réussie, car assez originale, en moins dans sa première partie. Si le fond est un peu léger, il évite vraiment le pathos dans lequel il aurait pu si facilement tomber.

Fiche technique :
Production : The Weinstein Company, Mirage Enterprises
Distribution : StudioCanal
Réalisation : David O. Russell
Scénario : David O. Russell
Montage : Jay Cassidy
Photo : Masanobu Takayanagi
Décors : Judy Becker
Musique : Danny Elfman
Effets spéciaux : DIVE
Costumes : Mark Bridges
Durée : 100 mn

Casting :
Bradley Cooper : Pat
Jennifer Lawrence : Tiffany
Robert De Niro : Pat Sr.
Jacki Weaver : Dolores
Chris Tucker : Danny
Anupam Kher : Dr Cliff Patel
John Ortiz : Ronnie
Julia Stiles : Veronica

AUF WIEDERSEHEN !

benoitxvi

benoitxviL’annonce de la démission de Benoît XVI a fait couler beaucoup d’encre, très souvent humoristique, jusqu’à notre Président qui s’est permis de sortir une petite blague pour l’occasion. Il s’agit d’un évènement à la portée paradoxale puisqu’elle constitue un fait rare en 2000 ans de l’histoire d’une des institutions les plus solides et le plus puissantes qu’ait connu l’humanité, mais qui paraît bien dérisoire face aux problèmes que connaît notre monde. Ce fut aussi l’occasion pour moi de me demander à quel point je me sentais concerné.

Je me définis volontiers comme catholique, même si ma pratique est proche du néant et que je connais une forte opposition intellectuelle à beaucoup de discours venus du Vatican. J’ai d’ailleurs lu récemment un commentaire à un article sur l’opposition de l’Eglise au mariage pour tous, où un opposant rappelait que le catholicisme se caractérise notamment par une hiérarchie que l’on est censée respecter et qu’il y avait en fait beaucoup de protestants qui s’ignoraient chez les catholiques. Je pourrais facilement dire que je fais partie du lot, si j’avais passé l’âge de me soucier de ce genre d’étiquettes.

En effet, la question n’est pas pour moi de savoir si la manière dont je vis ma foi est plus proche de telle ou telle obédience. C’est quelque chose que je me suis entièrement approprié, qui ne regarde que moi et que je n’ai pas envie de voir rentrer dans une case. Par contre, mon héritage est bien catholique, même si je me suis accordé un droit d’inventaire. J’en ai tiré des valeurs et des préceptes dont j’assume pleinement l’origine. Certains actes, comme la communion, gardent un sens pour moi. Après, je n’ai aucune réponse à apporter à la question de savoir si le corps du Christ est vraiment présent ou non dans l’hostie à ce moment-là, car, franchement, la question n’a ni sens, ni intérêt.

En fait, je ne peux pas m’empêcher de me sentir un tout petit peu concerné par la démission de Benoît XVI. Si je peux me permettre une comparaison osée, et donc forcément quelque peu mauvaise, le Pape pour quelqu’un pour moi, c’est un peu un maire de droite pour un de ses administrés de gauche (et j’en sais quelque chose). Vous avez beau être son premier opposant, vous n’avez pas envie qu’il dise n’importe quoi ou qu’il passe pour un con à la télévision, parce que ça rejaillirait sur l’image de votre ville. Bref, si certaines prises de positions du Pape, ou plus globalement de l’Eglise Catholique, me hérissent le poil, ce n’est pas uniquement parce que je suis en désaccord intellectuel avec elle, mais parce que cela touche quand même à une partie de ce que je suis, à laquelle je ne renoncerai pas, sous prétexte que je ne suis pas la ligne officielle.

Je ne regretterai pas Benoît XVI pour bien des raisons. Mais ce départ ne me réjouit pas que pour une question de désaccord intellectuel. Je le remercie de nous épargner le spectacle de déchéance physique et intellectuelle offert par Jean-Paul II. Je ne me fais guère d’illusion sur la relation que j’aurais avec son successeur. Mais être catholique, c’est aussi savoir ce qu’est l’espérance.

LA THESE DE L’ACCIDENT ABANDONNE

francepaysdegalles

francepaysdegallesIl y a une semaine, je concluais mon article concernant la défaite du XV de France face à l’Italie ainsi : Pour une équipe qui visait le Grand Chelem, le XV de France a tout simplement été lamentable aujourd’hui. Espérons qu’après avoir touché le fond, il saura rebondir. A moins qu’il ne puisse creuser encore… A ce moment-là, je n’imaginais pas sérieusement une seule seconde que la dernière option puisse se révéler finalement être une prédiction.

Comment les fringants vainqueurs des Australiens à l’automne ont-ils pu tomber si bas ? Qu’ils se ratent une fois, cela avait quelque chose d’étonnant, mais on pouvait dire que ce sont des choses qui arrivent. La défaite et surtout le niveau de jeu affiché contre le Pays de Galles ne permettent plus de soutenir la thèse de l’accident de parcours. Car la faillite fut une nouvelle fois totale et généralisée. Incapables d’avancer, les Bleus n’avaient aucune chance de marquer le moindre essai.

Rarement on a vu une Equipe de France si impuissante lorsqu’elle avait le ballon en main. Car elle l’a eu, il ne s’agit pas d’une défaite face à adversaire totalement dominateur qui vous prive de munitions. Mais les Français se sont désespérément heurtés à une défense galloise qui n’a jamais été prise à défaut. L’ultime action fut particulièrement révélatrice, voyant les Bleus reculer peu à peu alors qu’ils avaient la balle en main. C’était assez pathétique et totalement inattendu.

Encore une fois, l’ensemble des joueurs, à part Matthieu Bastareaud, a été tellement en-deçà de leur niveau réel qu’il est difficile de tirer la moindre conclusion d’une telle double déroute. Il s’agit de sortir de la spirale négative en injectant du sang neuf. Et ce coup-ci, le XV de France a vraiment besoin d’une grosse transfusion !

SCHIZOPHRENIE POLITIQUE

schizophrenie

schizophrenieA l’heure où l’argent public devient une denrée rare et précieuse, il est important d’éviter la schizophrénie politique et budgétaire. Certes, elle est toujours à proscrire. Disons que les temps actuels pourraient justement constituer l’occasion d’une réflexion sur le sujet. Surtout que l’actualité de ces jours derniers a donné de quoi largement alimenter le débat.

Au PS et plus largement à gauche, on aime parler d’Etat stratège ! A l’heure où l’on cherche à réindustrialiser notre pays, cette notion est d’autant plus importante. Favoriser l’industrie ne consiste pas, comme le voudraient certains, uniquement à baisser les salaire au nom de la sacro-sainte compétitivité (qui passe plus par la productivité que par le coût horaire, mais ceci est un autre débat). L’Etat doit être en mesure d’impulser de grandes politiques en faveur de secteurs d’avenir, avec tout un arsenal à sa disposition : subventions, orientation de la recherche publique, développement de la formation, commande publique…

Définir une stratégie revient à fixer des objectifs clairs et surtout cohérents, puis à chercher les moyens de les atteindre. Il faut alors définir des priorités, favoriser ce qui va dans leur sens et au contraire chercher à changer ce qui va dans le sens inverse. Cela paraît tellement évident qu’on voit mal le besoin de rappeler ce genre de banalités. Mais dans un monde politique dominé par l’urgence et le court terme, pressé par des médias qui changent de sujet et d’opinion comme Gérard Depardieu de nationalité et soumis à la dictature de l’image, il semblerait que certains principes de base soient ignorés.

On vient d’évoquer récemment une possible participation de l’Etat dans Petroplus et Peugeot. Si le sors des milliers de salariés sur le point de perdre leur emploi représente une urgence sociale, on peut vraiment s’interroger sur la pertinence d’un investissement de l’Etat dans le pétrole et l’automobile. Ce sont certes deux secteurs qui ne sont pas encore voués à disparaître. Mais à côté de cela, on dépense des millions d’euros d’argent public pour développer les transports en commun, favoriser le ferroutage, construire des pistes cyclables ou bien diminuer la consommation de fioul pour le chauffage.

Bref, l’argent public favorise, et heureusement, une mutation sociale qui va forcément engendrer un déclin de l’automobile et de la consommation de pétrole. Mais comment alors ne pas assumer la diminution des emplois dans ces secteurs ? Certes, les difficultés chez Peugeot ou Petroplus sont largement dues à la crise économique, mais cette dernière n’a fait qu’accélérer une tendance inéluctable à long terme, notamment du fait de l’intervention de l’Etat. Bref, ce dernier veut jouer les pompier sur un feu dont il a participé à l’embrasement. Voici un bel exemple de schizophrénie !

Evidemment, il n’est pas question ici de passer sous silence les délocalisations pour profiter de coûts salariaux inférieurs ailleurs. Mais personne ne semble vouloir admettre que de toute manière l’emploi dans l’automobile est voué à décliner, que c’est une bonne chose, tant que cela correspond à un recul de la place de la voiture dans notre vie. On peut prendre tant qu’on voudra Volkswagen comme modèle, même si tout le monde avait adopté la même stratégie que le constructeur allemand, c’est n’est pas pour autant que les Européens auraient acheté plus de voitures. Bien sûr, on aurait aimé que ce soit une entreprise française qui résiste le mieux à cette évolution. Mais elle n’en est pas moins inéluctable.

Un Etat stratège doit mesurer toutes les conséquences des politiques qu’il met en place, pas seulement celles qui font plaisir. Sans cela, la schizophrénie n’est pas prête de quittée nos politiques publiques.

DEFENSE ET TRAHISON (Anne Perry) : La loi des séries

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defenseettrahisonJe suis un garçon plutôt fidèle. Non ce n’est pas le début d’un annonce Meetic, mais bien mon introduction pour vous parler de Défense et Trahison d’Anne Perry. Fidélité donc à cette romancière dont je parcours régulièrement les œuvres, grâce à une fournisseuse officielle qui me les prête. Mais cette fois-ci, c’est à ses personnages fétiches, Charlotte et Thomas Pitt, que je commets une infidélité puisque je m’attaque ici à la seconde série dont elle est l’auteur. Celle mettant en scène le détective privé William Monk.

Miltaire et héros de guerre, Thaddeus Carlyon meurt dans ce qui semble quelques instants être un terrible accident. Mais il s’agit bien d’un meurtre. Très vite, son épouse, Alexandra, avoue en prétextant un accès de jalousie. Cependant, si ses aveux suffisent à la police et pourraient lui valoir la corde, ses proches ne sont guère convaincus. Sans doute cache-t-elle quelque chose ou protège-t-elle quelqu’un. Ils engagent alors William Monk pour découvrir toute la vérité.

Si j’ai bien retrouvé beaucoup des qualités qui me font apprécier l’œuvre d’Anne Perry, je dois dire que cette seconde série me convainc un peu moins. En effet, elle est moins riche. Si on retrouve la description des milieux bourgeois anglais de l’époque victorienne, le personnage principal est quand même moins intéressant. On ne retrouve pas le choc des cultures comme avec Charlotte et Thomas Pitt, qui donne à la description un soupçon d’ironie. Ici, le style est plus direct. Cela reste un décor intéressant, mais amené de manière moins savoureuse.

Bref, il manque à Défense et Trahison, ce petit plus qui fait le charme de l’autre série d’Anne Perry. Reste donc une enquête assez classique. A l’anglaise, j’ai envie de dire, même si on n’est pas dans le huis-clos à la Agatha Christie. Il y a vraiment une volonté de décrire tout une société, pas simplement un contexte familial particulier. Et la grande différence avec la mère d’Hercule Poirot réside dans la conclusion, particulièrement osée. Naturellement, je ne vous en dirai rien ici.

Il serait injuste de dire que j’ai passé un mauvais moment à Défense et Trahison. Le style assez léger d’Anne Perry rend la lecture toujours aussi facile et plaisante. Cela reste une lecture vraiment divertissante, l’intrigue étant bien construite, avec de vrais rebondissements et surprises inattendus. Mais dans le marché particulièrement concurrentiel du polar, disons que tout cela manque d’à côté vraiment intéressants pour faire la différence et sortir du lot.

Evidemment, c’est un peu sévère de juger une série sur un seul de ses tomes. Défense et Trahison en est le troisième volet et fait référence au passé du personnage. On apprend notamment qu’il a eu un accident qui la fait quitter la police et devenir amnésique. D’ailleurs, le premier volet s’intitule Un Etranger dans le Miroir. Ne l’ayant pas lu, il est vrai qu’il y a un certain nombre d’éléments qui m’ont quelque peu échappé ou du moins dont je n’ai pas saisi l’intérêt, n’ayant aucun attachement préalable au personnage. Il en apprend plus sur son passé dans ce roman, en dehors même de l’enquête, et c’est vrai que j’ai plutôt vécu ça comme une intrigue secondaire parasite. C’est souvent le problème lorsque l’on prend des séries en cours.

Défense et Trahison ne constitue donc pas une réelle déception, mais me fait dire que je vais d’abord épuiser les aventures de Charlotte et Thomas Pitt, avant de voir ce que ce William Monk a vraiment dans le ventre !

SE JETER A L’EAU

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sejeteraleauC’est quand même très facile de faire son malin, de se dire qu’on va y arriver, qu’on sera à la hauteur, voire même que l’on fera mieux que les autres. Cela fait envie, vu de loin, on est presque impatient, on a plein d’idées, de volonté et même de l’enthousiasme. On a hâte que ça commence et on a très peur que finalement ça n’ait pas lieu. Et puis arrive le moment où on réalise qu’il est trop tard pour reculer et qu’on va devoir de toute façon se lancer…

Là forcément, il y a un moment où tout ce que l’on avait mis de côté dans sa réflexion revient au galop. Le doute et les questions existentielles surviennent. On réfléchit à certaines implications ou difficultés qu’on avait minimisées, histoire de se donner du courage, mais que l’on sent là, tout près et désormais inévitables. On n’a peut-être pas les jambes qui flagellent, mais au moins la gorge qui se sert quelque peu parce qu’on ne peut plus se cacher. Et si tout ce qu’on a imaginé tourne au bide, cela se fera au vu et au su de tous. Bref, on a intérêt à assurer pour de vrai, pas que dans son imagination !

Mais les hésitations n’ont plus lieu d’être. De toute façon, c’est trop tard, plus de retour en arrière possible. Les autres comptent sur vous et la retraite n’est plus une option. Il faut alors s’atteler à la tâche sans retenu, faire le mieux que l’on peut et ne plus penser à rien d’autre. La fonction fait l’homme souvent, alors il est inutile de se lancer dans un concours de pronostics pour savoir si on sera digne de la confiance qu’on vous témoigne. Ce n’est qu’à la fin que le bilan pourra être fait et on ne peut savoir à l’avance quel en sera la teneur !

Qui vivra verra ! Advienne que pourra ! Mais après le temps des proverbes va vite venir le temps de l’action…

LES TRIBULATIONS D’UN CHINOIS EN CHINE : Le poids des ans

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lestribulationsdunchinoisenchineafficheJ’ai récemment revu Y’a-t-il Un Pilote Dans l’Avion que je n’avais pas depuis près de 25 ans et j’ai autant ri qu’à l’époque. J’ai fait encore plus fort en revoyant Les Tribulations d’un Chinois en Chine que j’avais dû voir une année ou deux plus tôt, alors que je n’étais qu’un tout jeune bambin pur et innocent (comme les choses ont bien changé…). J’en gardais un souvenir assez extraordinaire, un de mes premiers émois cinématographiques. Malheureusement, cette fois-ci, le poids des ans s’est fait sentir… et pas qu’au niveau de ma chute de cheveux…

Arthur Lempereur a tout pour lui : beau, jeune, immensément riche et une fiancée particulièrement charmante. Mais du coup, il s’ennuie, il s’ennuie terriblement. Alors sur les conseils de M. Goh, il part à Hong-Kong où le vieux sage lui explique que pour pimenter sa vie, il vient de commanditer son assassinat. Sentant sa vie menacée, Arthur doit y reprendre goût… Et cela semble marcher, même si la belle stripteaseuse, Alexandrine Pinardel, n’y est pas non plus étrangère.

Les Tribulations d’un Chinois en Chine est la seconde collaboration entre Philippe De Broca et Jean-Paul Belmondo, après le mythique Homme de Rio. Mais si ce dernier, au moins dans mon souvenir plus frais, mais qui date quand même d’une petite quinzaine d’années, reste un film d’aventure rythmé et divertissant, celui-ci sent le bric-à-brac monté un peu à la va-vite, sûr du succès du simple fait des têtes l’affiche. Mais au final, c’est terriblement inégal et parfois légèrement consternant.

Certes, en 1965, les moyens du cinéma français était à des années-lumière de ce qui se pratiquait de l’autre côté de l’Atlantique. Alors quand il s’agissait de donner dans le divertissement aventureux et exotique, la maigreur du budget était compensée par une bonne dose d’imagination et beaucoup, beaucoup de second degré. Les Tribulations d’un Chinois en Chine en est effectivement rempli, mais il apparaît du coup comme un écran de fumée pour masquer les très nombreuses faiblesses.

Le seul élément drôle de Les Tribulations d’un Chinois en Chine repose sur la présence constante aux côtés d’Arthur de son fidèle valet, interprété par Jean Rochefort, qui porte les valises même quand il s’agit d’escalader l’Himalaya. Le côté décalé du personnage, le comique de répétition fonctionnent très bien et auraient pu donner au film un supplément de charme et d’originalité. Cela lui permet au moins de ne pas se prendre au sérieux, mais cela n’est pas suffisant pour compenser son côté poussif et parfois un rien crétin.

Les amateurs de Jules Verne ne reconnaîtront que de loin l’histoire originale de Les Tribulations d’un Chinois en Chine. Certes, l’idée de base est la même, ça se passe en Asie, mais sinon pas grand chose en commun. Déjà, le film aurait du s’appeler les Tribulations d’un Français en Chine… Mais passons… Le film est entièrement conçu pour mettre en valeur un Jean-Paul Belmondo alors au faîte de sa gloire. Mais on a souvent l’impression qu’il est a été mis à l’écran et que tout le reste est vaguement improvisé, sans que personne ne sache vraiment très bien où tout cela doit aller. Cela donne des scènes beaucoup trop longues et chaque début de bonne idée est dilué par un manque de rythme flagrant, qui laisse au spectateur du XXIème siècle tout le temps de se focaliser sur certains décors de pacotille.

lestribulationsdunchinoisenchineReste évidemment à Les Tribulations d’un Chinois en Chine le charme immortel de Jean-Paul Belmondo. Le grand acteur, pas celui qui amène son yorkshire à Roland-Garros. Mais il se lance ici dans d’interminables cabotinages qui lassent vite. Alors, encore une fois, on lui préfèrera un Jean Rochefort dont le flegme et le second degré sont un vrai régal. Certains seront avant tout sensible au charme dévastateur d’Ursula Andress… ah Ursula…

J’aurais du rester sur le souvenir enfantin que j’avais de Les Tribulations d’un Chinois en Chine… Trop tard…

Fiche technique :
Réalisation : Philippe de Broca
Assistant : Claude Pinoteau
Scénario : Daniel Boulanger, d’après le roman éponyme de Jules Verne
Décors : François de Lamothe
Costumes : Jacqueline Moreau
Photographie : Edmond Séchan
Son : Antoine Bonfanti
Musique : Georges Delerue
Montage : Françoise Javet
Effets spéciaux : Gil Delamare
Durée : 110 minutes

Casting :
Jean-Paul Belmondo : Arthur Lempereur
Ursula Andress : Alexandrine Pinardel
Jean Rochefort: Léon
Maria Pacôme : Suzy Ponchabert
Valérie Lagrange : Alice Ponchabert
Darry Cowl : Biscoton, le fondé de pouvoirs
Paul Préboist : L’adjudant Cornac
Jess Hahn : Cornelius
Mario David : Le Sergent Roquentin
Valéry Inkijinoff : M. Goh
Alexandre Mnouchkine : Le directeur de la compagnie d’assurances
Joe Saïd : Charlie Fallinster, l’Al Capone des Mers du Sud
Gil Delamare : le pilote de l’avion
Boris Lenissevitch : le professeur

1983 (Sophie Hunger) : Une jolie faim

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1983sophiehungerQuand on est chanteuse et que l’on a une voix claire et pure, on se destine souvent à interpréter des morceaux doux, mélodieux aux instrumentations épurées. Par contre, si on possède une voix plus grave, plus profonde, voire même un tantinet cassée, on va chanter du blues, de la folk ou de la country. Mais Sophie Hunger ne fait pas comme tout le monde. Car avec sa voix à la Janis Joplin, elle nous offre un album, 1983, que n’aurait pas renié Tori Amos.

Sophie Hunger, de son vrai nom Emilie Jeanne-Sophie Welti, nous vient de Suisse, de Berne plus précisément, où elle est née en 1983 (ce qui j’imagine a donné son nom à cet album). Elle propose une musique folk-blues et s’est fait notamment connaître par l’intermédiaire du festival jazz de Montreux. Elle compose la plupart de ses morceaux, qui sont le plus souvent en anglais mais aussi parfois en suisse-allemand. Elle a sorti son premier album Sketches on Sea en 2006. 1983 est lui sorti en 2010 et constitue son troisième album. Un quatrième, The Danger of Light, est sorti depuis (il figure aussi dans ma liste, vous aurez un jour droit à sa critique…).

1983 est un album sympathique. Le décalage entre la voix et le style des morceaux donne un résultat presque originale, tout de moins doté d’une réelle personnalité. Sans que cela soit révolutionnaire, au moins n’a-t-on pas l’impression d’entendre ça tous les jours. Sur quelques morceaux, comme Travelogue, le mélange prend vraiment pour un résultat assez envoûtant. Bon parfois, la sauce ne prend pas, comme Citylights Forever ou D’Red et on frise alors l’ennui. Heureusement, cela reste rare !

Cependant, il manque quand même un petit je-ne-sais quoi pour que 1983 ne décolle vraiment. On a toujours l’impression que Sophie Hunger joue avec le frein à main serré. Pas à fond, mais juste assez pour allumer le voyant sur votre tableau de bord bien que vous rouliez quand même. A part à la fin de Approximately Gone, elle ne se lâche jamais, alors que je suis sûr qu’un soupçon d’énergie supplémentaire aurait ajouté de la qualité à plusieurs des morceaux.

1983 est donc un rien frustrant, car à côté de ça la maîtrise artistique est remarquable. Les titres ne se ressemblent pas vraiment. Sa musique est parcourue par des rythmes plus folk, plus jazz ou plus blues selon les morceaux. Elle garde toujours une ligne mélodique claire et la voix livre toujours une interprétation pleine de conviction, à part pour les quelques titres plus en retrait que j’ai évoqué plus haut. D’après, ce que j’ai lu sur Wikipédia, j’ai l’impression que ses albums ont aussi variés entre eux et je ressors de cet album avec une grande envie de découvrir le reste de sa discographie.

On notera sur 1983, une très belle reprise de la chanson de Noir Désir, Le Vent Nous Portera. Certes, la voix de Sophie Hunger n’a pas la complexité de celle de Bertrand Cantat, mais la douceur avec laquelle elle l’interprète en fait un des meilleurs moments de l’album. Il confirme également que l’artiste est polyglotte, puisque l’on trouve également un titre en suisse-allemand (1983) qui est au passage un des meilleurs de l’album.

Au final, 1983 ne constitue pas la révélation du siècle, mais donne envie d’en savoir un peu plus sur la carrière de son interprète.

Pour finir, un passage en revue des titres que l’on trouve sur 1983.

1.: Leave Me with the Monkeys
La voix claire se pose sur un fond musical très léger, qui sonne comme un message de bienvenue.

2.: Lovesong to Everyone
La voix est plus posée, le rythme un rien jazzy, mais le tout manque un tout petit peu de souffle.

3.: 1983
Un titre plus punchy et en suisse-allemand.

4.: Headlights
Un morceau lent et un rien mélancolique.

5.: Citylights Forever
Un peu sombre et ennuyeux.

6.: Your Personal Religion
Plus rythmé, avec une instrumentation plus présente. Dommage qu’il manque toujours ce petite je ne sais quoi pour prendre une dimension supplémentaire.

7.: Le Vent Nous Portera
Une belle reprise très mélodieuse.

8.: Travelogue
Lent, mais la voix rend le titre assez envoûtant.

9.: Breaking the Waves
Un morceau entre jazz et pop.

10.: D’Red
Lente, un peu évaporé, mais malheureusement pas terrible.

11.: Approximately Gone
Un bon plus sombre, mais de la conviction. Sophie Hunger se lâche presque sur la fin.

12.: Invisible
Un titre plus original, part un peu dans tous les sens, mais pour un résultat final plutôt sympa.

13.: Broken English
Une ballade épurée pour apprécier la voix particulière de Sophie Hunger.

14.: Train People
Un titre très doux qui constitue un joli au revoir.

QUESTION LARGE, REPONSE LONGUE

voteetrangers

voteetrangersN.B : J’ai écrit ce texte dans le cadre d’un débat d’actu sur le site Ciao.fr. La question était « pour ou contre le vote des étrangers ». Vu comme la question était posée, c’était déjà mal parti et le contenu des interventions a confirmé mes craintes. Je n’ai donc pas pu résister à l’envie de participer 

Je m’étais toujours dit que je ne participerai jamais à un débat d’actualité sur Ciao. J’avoue même éviter au maximum de lire les avis de cette rubrique, qui pour moi, n’a rien à faire sur ce site. Mais m’exprimant régulièrement sur l’actualité sur mon blog et assez édifié par ce que j’ai pu lire pour l’instant, je prends ma plume (enfin mon clavier) cette après-midi pour ne pas laisser la pensée unique triompher.

Déjà, la question est formulée de la manière la plus vaste possible et dépasse largement ce qui devrait être débattu prochainement en France. Du coup, je trouve quand même terrifiant de voir comment tous ces avis quasi unanimes passent complètement sous silence le fait que ce droit existe déjà. Certes, il se limite aux ressortissants de l’Union Européenne et aux élections municipales (et européennes, mais pour le coup, tout le monde s’accordera que c’est logique), mais il existe. Et jusqu’à preuve du contraire, les panzers allemands n’occupent aucune de nos 36 000 communes et la mafia roumaine n’a pris le contrôle d’aucune d’elle. Mais j’y reviendrai.

L’argument le plus étonnant reste quand même le fait que cela ne constitue pas une priorité et que le gouvernement devrait s’occuper d’autre chose. Ok, bon moi je ne fais pas de sport, alors je vais demander la suppression du Ministre des Sports ! Depuis quand des difficultés économiques doivent-elles empêcher de traiter des problèmes de société ? On s’est tous arrêté de vivre à cause des subprimes ? En fait, c’est juste une façon de dire de façon détournée que l’on est contre et non concerné. Mais la question n’est pas de savoir si c’est prioritaire ou non, mais de savoir si c’est souhaitable ou pas. Si ça l’est, cela doit être adopté, quel que soit l’heure ou l’instant !

L’argument du contre-feu médiatique allumé pour détourner le débat des vrais problèmes est totalement fallacieux, pour ne pas dire qu’il constitue un monstrueux foutage de gueule ! Surtout quand il provient des mêmes personnes qui vont bloquer l’Assemblée Nationale pendant deux semaines et cherchent à tout prix à occuper les médias pour s’opposer à une autre réforme de société, tout en proclamant qu’on ferait mieux de s’occuper d’autre chose. Le parallèle entre les deux débats est d’ailleurs frappant.

Un deuxième argument absurde est que cette réforme est une manière pour la gauche de gagner des voix. Il serait évidemment malhonnête de dire que cela ne va pas globalement la favoriser (mais dans une infime proportion). Mais on peut tout à fait retourner l’argument en disant que la droite s’y oppose parce que cela va la défavoriser. Il faut alors se rappeler que c’est la gauche qui s’est le plus opposé au droit de vote des femmes, de peur que ces douces créatures sous l’influence de l’Eglise ne votent majoritairement contre eux. La question n’est pas de savoir pour qui ces gens vont voter, mais de savoir s’il est légitime qu’ils en aient le droit. Accorder ou non le droit de vote selon pour qui la personne va voter n’est pas vraiment compatible avec la démocratie.

Un autre argument qui n’en est pas un est le fait que les étrangers vont prioritairement voter pour des gens issus du même pays qu’eux et vont défendre leur intérêt particulier. Bref, ils vont voter pour des gens qui leur ressemblent et qui pensent comme eux. Non, sans blague ? Parce que les bons Français ne font pas ça ? J’avais pourtant l’impression que, vivant dans une ville très à droite et très catholique (je touche Versailles), la majorité municipale est essentiellement composée de personnes fréquentant assidument la paroisse et de beaucoup de mère de famille nombreuse au foyer. Encore une fois, il n’est toujours pas question de savoir pour qui ces gens vont voter, mais de savoir s’il est légitime qu’ils en aient le droit. Je me répète, je sais… De plus, cet argument se heurte à un problème technique, du moins pour les élections municipales, mais j’y reviendrai plus tard.

Enfin, peut-être mon préféré, c’est le « vous n’imaginez pas, un étranger va venir voter, influencer des décisions que les bons Français vont subir pendant des années, alors que lui sera peut-être reparti dans son pays ! ». Bon alors, prenons l’exemple de Monsieur X et Monsieur Y aux élections municipales… Très bon exemple, les élections municipales puisque c’est a priori la seule élection potentiellement concernée par une éventuelle réforme.

Monsieur X est Marocain, il vit depuis dix ans dans la commune de Z. Ses deux enfants y sont scolarisés. Il travaille comme épicier (oui je sais les clichés) dans cette même commune, où il est un commerçant très apprécié. Il paye ses impôts locaux en tant que contribuable privé et entreprise.

Monsieur Y est Français, il vient de finir son BTS commercial. Il a pris un studio dans la commune de Z, mais a bien l’intention de prendre un appart avec sa copine dès qu’elle aura fini ses études l’année prochaine. Ils ont envie de partir dans la commune de W, d’où est originaire sa copine.

La question est : qui de Monsieur X et de Monsieur Y est le plus à même de fonder son vote aux élections municipales sur des critères objectifs, défendant l’intérêt général des habitants de la commune de Z à court et long terme ? Ne répondez pas Monsieur Y, vous seriez de mauvaise foi. Cependant, c’est bien lui qui aura le droit de vote, pas Monsieur X. Certes, un contre-argument peut être que Monsieur X n’a qu’à demander la nationalité française. Il est fondé, j’y reviendrai également. Mais le but était de démontrer que la nationalité n’est pas forcément un critère pour savoir si vous êtes à même de prendre ou non les bonnes décisions au niveau local.

D’ailleurs, il est intéressant de regarder quels sont les critères qui permettent d’établir votre domicile électoral :
• Soit à la mairie de votre domicile,
• Soit à la mairie d’une commune dans laquelle vous êtes assujetti aux impôts locaux depuis au moins 5 ans,
• Soit à la mairie de votre résidence si vous y résidez de manière effective et continue depuis au moins 6 mois,
• Soit à la mairie de la commune où vous êtes assujetti à résidence obligatoire en tant que fonctionnaire public.

On s’aperçoit donc que l’on peut très bien voter dans une commune où on n’habite même pas. Il suffit d’être propriétaire sur la commune depuis au moins cinq ans. Bon, il est évident que c’est un cas d’école et que ce cas ne doit représenter qu’un nombre infinitésimal d’électeurs. Mais si j’écoute certains, ils doivent être abattus sur le champ !

En fait, de mon point de vue, le débat doit prendre de la hauteur et reformuler la question en se demandant sous quelle condition devient-on citoyen ?
La définition du mot citoyen est : Personne faisant partie de ceux qui, dans un état organisé, jouissent des mêmes droits et obéissent aux mêmes lois. Un étranger n’est donc pas un citoyen puisqu’il n’a pas le droit de vote.

L’étendue de la citoyenneté est un débat constant et légitime, car c’est une notion qui a beaucoup évoluée au cours de l’histoire. On pense évidemment au droit de votes des femmes qui va bientôt fêter ses 70 ans, mais on se souvient qu’au XIXème siècle, il a longtemps fallu être propriétaire ou justifier d’un certain revenu pour pouvoir voter. Plus récemment, on a abaissé l’âge d’entrée dans la citoyenneté de 21 à 18 ans.

Aujourd’hui, quelles sont les conditions pour être un citoyen en France :
– avoir 18 ans
– ne pas être déchu de ses droits civiques
– être de nationalité française…

…sauf qu’on l’a vu cette dernière condition souffre déjà des exceptions. Ce sont ces exceptions que certains, dont je fais pleinement partie, voudraient voir étendre.

Avant d’aller plus loin (pour ceux qui sont déjà arrivés jusque-là), un petit rappel. Les élections municipales sont des scrutins de liste. Donc ceux qui brandissent la crainte de voir apparaître des dérives communautaristes oublient de dire qu’il faut pour cela que se constituent des listes composées de personnes d’une même communauté. Et croyez mon expérience d’élu local, constituer une liste n’est pas une chose facile. Mais admettons. On oublie de dire également, que les postes de Maire et d’adjoints restent, et resteront dans le projet de réforme, réservés aux seuls citoyens français. Il faut donc que la liste en question soit composée d’un certain nombre de citoyens français. Une liste composée entièrement d’étrangers ne peut se constituer…

Bon, pour clarifier mon propos, mettons les pieds dans le plat. En gros, ce dont on a peur, c’est que des Magrébins barbus prennent le contrôle d’une commune de Seine-Saint-Denis. Déjà, dans beaucoup de ces communes, rien n’empêche une liste d’obédience islamiste de se présenter, du moment que ceux qui la composent aient acquis la nationalité française. Or, ces personnes existent déjà et aux dernières nouvelles, aucune mairie n’est tombée sous leur joug. Ah oui, mais si les étrangers votent, ils auront plus de voix et cela risque d’arriver…

Cela relève clairement du fantasme, mais admettons. On se retrouve là face à un typique « tant que le problème n’est pas trop visible, il n’existe pas ». Si jamais cela arrivait, le problème n’est pas que l’on ait donné le droit de vote des étrangers, mais que des territoires se retrouvent à ce point confinés dans leur statut de ghetto. Ce problème est une réalité que je ne vais pas développer ici, mais qui existera indépendamment de ces histoires de droit de vote. Et je reste persuadé que l’accorder à tous ceux qui font vivre ces territoires ne pourra qu’améliorer leur fonctionnement.

Pour finir (enfin dirons certains), j’en viens à la deuxième définition du mot citoyen : Celui qui habite dans une ville et y jouit du droit de cité. La commune reste l’échelon territorial administratif auquel on est profondément attaché, par lequel on est le plus concerné (en dehors du national bien sûr). Je le vis en tant que conseiller municipal. On n’a pas le même rapport avec sa ville de résidence qu’avec son département ou sa région, qui reste des notions largement administratives. Une commune, c’est une communauté de vie (non le mot communauté n’est pas un gros mot quand il n’est pas pris au sens de replis sur soi), où chacun joue un rôle et où chacun devrait avoir le droit de donner son avis, de participer à sa gestion et donc de voter pour désigner ceux qui en sont chargés. A Viroflay, nous avons une Allemande au Conseil Municipal et elle apporte une richesse au débat par un point de vue peut-être différent, mais tout aussi légitime que le mien (et pour le coup, on n’a pas du tout le même !).

Si je m’installe à Marseille, moi le Parisien, je serai toujours moins Marseillais que l’étranger qui habite cette ville depuis longtemps. Mais contrairement à lui, j’aurais le droit de vote. Et s’il vient d’un pays qui ne reconnaît pas la double nationalité, de quel droit vais-je lui demander de renoncer à sa première nationalité pour exercer un droit pour lequel il est plus légitime que moi ? C’est vrai que la France est un des rares véritable Etat-Nation et que nous restons très jacobins. Mais lier de manière irréductible nationalité, identité et citoyenneté ne correspond absolument pas à la manière dont chacun d’entre nous va se définir.

Après, on peut discuter à l’infini des modalités exactes d’une telle réforme. Faut-il l’accorder au bout de 5 ou 10 ans ? Personnellement, 5 ans me semble un bon chiffre. Les ressortissants de l’UE ont ce droit immédiatement, alors instaurer ce droit au bout de 10 ans seulement pour les autres serait pour moi totalement déséquilibré.

Après doit-on s’arrêter aux municipales ? Pourquoi pas les départementales ou les régionales ? Personnellement, je n’y serais pas opposé, mais vu le peu d’intérêt que ces élections suscitent, je doute que cela motive tellement plus les électeurs étrangers qui verront ces institutions comme des objets encore plus flous que les électeurs français.

Pour les législatives, je suis partagé. D’un côté, ce n’est pas totalement absurde que les étrangers qui payent des impôts élisent ceux qui en fixent le montant, alors que les Français de l’étranger ont désormais leurs députés (invention sarkozienne puisque ils sont censés voter plutôt à droite…) qui fixent le montant d’impôts qu’ils ne payeront de toute façon pas. Cependant, l’Assemblée Nationale prend aussi des décisions qui concernent la Nation en tant qu’entité. C’est pourquoi, je suis finalement tout de même plutôt opposé à étendre le collège électoral aux étrangers.

Pour le Président de la République, la question ne se pose pas. En tant que chef des armées, il ne peut naturellement être désigné que par les seuls électeurs nationaux.

En tout cas, je remercie tous ceux qui ont été au bout de cette lecture qu’ils soient ou non d’accord avec moi. Mais tant de fantasmes et d’inepties viennent troubler ce genre de débat qu’il m’a semblé important d’y apporter ma voix.