PASSION : Un bon remake, pas de génie

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passionafficheBrian De Palma fait tant souffrir les cinéphiles. Comment un tel génie a-t-il pu exploser en vol à ce point ? Depuis son échec en 1990 avec le Bûcher des Vanités, on aimerait tant retrouver le réalisateur des inoubliables Phantom of the Paradise, Scarface ou les Incorruptibles. A chacune de ses nouvelles productions, on guette, on scrute le retour de la petite étincelle qui ferait toute la différence. Mais si Passion est un agréable polar, le retour du grand Brian se fait encore attendre. Encore et encore…

Isabelle travaille sous les ordres de Christine au sein d’une grande société internationale de marketing. Elle est fascinée par sa supérieure, qui ne fait rien pour éliminer l’ambiguïté de leurs rapports. Mais quand elle se fait voler une de ses idées par sa chef, son regard change et la relation se tend au point de devenir malsaine et violente. Une tension qui pourrait conduire au pire.

Passion est une remake de Crime d’Amour d’Alain Corneau, sorti à l’été 2010. Il est vrai que le scénario avait tout pour séduire Brian de Palma et ce dernier se l’est approprié avec une grande fidélité. C’est d’ailleurs une des principales limites du film, si vous avez déjà vu sa version originale. Certes, reste l’intérêt de voir dont les deux hommes traitent de manière un peu différente la même histoire, mais du coup, le suspense ne tient plus. Or c’est un des points fort de cette histoire.

Passion a le grand mérite d’arriver à nous faire croire à cette histoire, en rendant crédible la tension qui va naître entre les deux personnages, ce qui n’était pas toujours le cas de Crime d’Amour. Il faut dire que l’on touche là à certaines obsessions de Brian De Palma. La tension sexuelle est omniprésente et explique notamment les aspects parfois irrationnels des réactions des personnages. Le réalisateur américain est comme un poisson dans l’eau et s’en donne à cœur joie, avec tout le talent qu’il possède encore.

Mais il se heurte aussi aux limites de ce scénario qui n’a, dans sa trame principale, pas grand chose d’original. Or le cinéma de Brian De Palma a été fait à sa grande époque d’inattendu, de surprenant et de dérangeant. Dans Passion, si l’ambiance est parfois un rien malsaine, tout cela tient avant tout de l’exercice de style. C’est totalement maîtrisé, sans doute trop. Le film est peut-être moins froid que pouvait l’être Crime d’Amour, mais il n’arrive pas à faire naître des sentiments ambigus chez le spectateur. On assiste à l’affrontement entre les deux femmes, mais on reste trop en dehors, on ne prend pas partie.

passionBrian De Palma garde une certaine élégance dans la caméra, même si son esthétisme montre bien qu’une partie de lui-même est resté à jamais dans les années 80. On retrouve ses tics de réalisateur, notamment l’écran coupé en deux. Il le maîtrise tout ça à la perfection, mais cela donne un côté daté à sa réalisation. Il continue à nous offrir de beaux plans séquences, à soigner sa photographie et son montage. Mais il semble toujours en quête de lui même, cherchant à renouer le film d’une carrière en nous offrant ce qui a fait son succès. Cela reste beau à regarder, mais une beauté peut-être désormais un peu trop nostalgique.

Entre Passion et Crime d’Amour, le match du casting se termine sur un match nul. En effet, d’un côté Rachel McAdams ne peut lutter avec le talent et la classe de Kristin Scott Thomas. De l’autre, Noomi Rapace nous livre une interprétation beaucoup plus convaincante que Ludivine Sagnier qui n’était pas taillée pour le rôle. On pourrait alors rêver à une troisième version opposant Kristin Scott Thomas à Noomi Rapace.

Passion ne signera pas donc pas le retour du mot chef d’œuvre dans la filmographie de Brian De Palma, qui signe là un remake un peu superflu d’un film auquel il apporte son sens artistique, mais qui se heurte aux même limites du scénario.

Fiche technique :
Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Brian De Palma, d’après le scénario original d’Alain Corneau et Nathalie Carter
Directeur de la photographie : José Luis Alcaine
Montage : François Gédigier
Direction artistique : Astrid Poeschke
Décors : Cornelia Ott Décorateur de plateau : Ute Bergk
Costumes : Karen Muller Serreau
Musique : Pino Donaggio
Durée : 100 min

Casting :
Rachel McAdams : Christine
Noomi Rapace : Isabelle
Karoline Herfurth : Dani
Paul Anderson : Dirk
Rainer Bock : Inspecteur Bach
Benjamin Sadler : le procureur
Michael Rotschopf : l’avocat d’Isabelle
Max Urlacher : Jack Koch
Leila Rozario : la femme dans l’ascenseur
Alexander Yassin : le concierge

MIEUX QUE RIEN

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angleterrefranceUne bonne nouvelle est venue de Twickenham hier après-midi. Le XV de France sait finalement toujours jouer au rugby. Bon, moins bien que les Anglais certes, mais au moins les joueurs de l’Equipe de France ont-ils pratiqué un sport qui s’apparente à celui que l’on associe normalement à un ballon ovale. Après les avoir vu toucher à ce point le fond contre l’Italie et le Pays de Galles, on se rassure comme l’on peut ! Si on peut se moquer de notre pays et son habitude de perdre « avec les honneurs », au moins peut-on admettre que le match d’hier fut une simple défaite, pas une humiliation.

Le chemin reste encore long avant de renouer avec les promesses de l’automne. La supériorité de l’Angleterre fut incontestable et la défaite largement limitée. Le plus inquiétant reste que nos adversaires du jour n’ont pas vraiment eu à forcer leur talent, qui est visiblement lui aussi limité, pour l’emporter. Ils ont pu se contenter d’attendre les fautes françaises avec discipline, patiente et abnégation. On ressort de ce match en ayant l’impression que le XV de France a marqué tous les points, tant les cadeaux distribués à leurs adversaires furent nombreux en deuxième période. Mais les meilleurs ont gagné, il n’y a rien à redire là-dessus.

Si on voit le verre à moitié vide, on retiendra surtout une troisième défaite d’affilée qui commence à nous faire redouter la cuillère de bois. Si on le voit à moitié plein, on peut dire que le XV de France monte en puissance. Mais bon, quand on part de moins que rien…

TOTAL LIFE FOREVER (Foals) : Loin du micro et loin de moi

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totalifeforeverfoalsIl y a des éléments qui reviennent souvent qui font que l’on a parfois l’impression de se répéter. Les causes produisant généralement les mêmes effets, on a envie de réécrire encore et toujours les mêmes commentaires. Nos sentiments ne changeant pas, il n’est pas évident de trouver de nouveaux mots, images ou métaphores pour les exprimer. Et c’est à ce moment-là qu’on se rappelle que nos lecteurs n’apprennent pas nos avis par cœur et qu’il y a peu de chance qu’ils aient repéré la répétition. Je ferai donc simple et dirai simplement que je trouve l’effet « loin du micro » relativement insupportable. Encore plus quand il est utilisé sur tous les titres, comme sur ce Total Life Forever de Foals.

Foals est un groupe tout ce qu’il y a de plus anglais puisque ces cinq garçons pas tout à fait dans la vent sont originaires d’Oxford. Il y a un chanteur (Yannis Philippakis), un guitariste (Jimmy Smith), un bassiste (Walter Gervers), un batteur (Jack Bevan) et un claviériste (Edwin Congreave). Une formation tout ce qu’il y a de plus classique, pour un groupe sans grande inspiration… Sinon, ils ont sorti un premier album en 2008, intitulés Antidotes, ce Total Life Forever en 2010 et un dernier, Holy Fire, cette année.

Il est vrai que sans cet effet loin du micro omniprésent, il est vrai que Total Life Forever ressemblerait tellement au reste de la musique que la perfide Albion nous envoie par containers entiers, qu’on imagine que leurs créations auraient eu alors quelques difficultés à traverser la Manche. Il est vrai que ce procédé leur confère leur personnalité et constitue une manière de se démarquer de la concurrence. Mais c’est un peu court et ne confère pas pour autant un réel intérêt à cet album, qui repose donc sur pas grand chose.

Je suis peut-être un peu sévère, aveuglé par le fait que je trouve l’effet horripilant. Mais en tout objectivité, il n’y a pas grand choses derrière. Ni réelle énergie, ni beaucoup de conviction dans les interprétation. Leur musique est souvent calme et éthérée, mais cela ressemble plus à un manque d’implication qu’à une réelle démarche artistique. Beaucoup de morceaux ressemblent à une longue introduction qui n’en finit pas. Les sonorités sont parfois riches, avec un vrai apport du clavier qui n’est pas là que pour faire joli. Mais Total Life Forever tout manque trop de punch pour avoir un réel impact sur l’attention de l’auditeur.

J’ai trouvé le temps d’autant plus long à l’écoute de Total Life Forever que j’avais sous la main la version 2CD. Les disques bonus s’apparentent souvent à des gadgets, ce coup-ci, c’est encore plus vrai qu’ailleurs. Il s’agit d’une addition de démo, de variations qui font sûrement très « artistes » si elles avaient le moindre intérêt. Les brouillons des grands artistes finissent parfois dans les musées, mais le plus souvent, ils sont très bien au fond d’une poubelle. Bon ok, je me lâche un peu contre ce groupe pas tellement plus mauvais qu’un autre, mais sûrement pas meilleur en tout cas.

Total Life Forever ne m’a donc pas du tout convaincu, au-delà de l’abus d’effet loin du micro. Je n’en sors même pas vraiment frustré, mais en ayant juste l’envie de passer rapidement à autre chose.

Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur cet album.

CD 1
1.: Blue Blood
Un titre qui commence lentement et reste longtemps épuré, avant une fin plus dynamique.

2.: Miami
Rythme un peu chaloupé, mais l’effet trop loin du micro gâche tout.

3.: Total Life Forever
Un titre un peu martelé.

4.: Black Gold
Un morceau assez évaporé, aussitôt écouté, aussitôt oublié.

5.: Spanish Sahara
Comme une longue introduction qui ne décolle jamais vraiment.

6.: This Orient
Un titre plus pop, plus entraînant.

7.: Fugue
Un court intermède.

8.: After Glow
La voix aurait pu être mise en valeur, sans cet effet loin du micro.

9.: Alabaster
Un manque d’énergie, malgré une instrumentation qui cherche à prendre de l’ampleur.

10.: 2 Trees
Transparent et mou.

11.: What Remains
Assez lancinant et toujours pas transcendant.

CD 2
1.: Bloo Blood
2.: Bloo Blood 2
3.: TLF
4.: TLF 2
5.: TLF 3
6.: TLF 4
7.: TLF 5
8.: Black Gold
9.: Black Gold 2
10.: Spanish Sahara (sonar)
11.: Untitled
12.: Alabastr
13.: Two Trees
14.: Two Trees 2
15.: Remains

DES ABEILLES ET DES HOMMES : Les abeilles font le buzz

desabeillesetdeshommesaffiche

desabeillesetdeshommesafficheIl paraît que l’humanité est bientôt vouée à disparaître. Non que notre espèce soit sur le point de s’échanger quelques bombes nucléaires en guise de politesses, mais nous serions des victimes collatérales du déclin du nombre d’abeilles de part le monde. En effet, ces petites bêtes sont indispensables à la reproduction de bon nombre de végétaux. Sans elles, nous allons mourir de faim. On en est un peu plus persuadé en allant voir des Abeilles et des Hommes, un documentaire qui laisse cependant un peu sur sa faim.

Markus Imhoof nous fait voyager d’un bout à l’autre de la Terre pour établir toujours le même constat : partout les populations d’abeilles reculent. Doit-on alors prendre très au sérieux la citation d’Einstein qui veut que si l’abeille disparaît du globe, alors l’humanité n’a plus que quatre ans à vivre ?

Des Abeilles et des Hommes est sûrement très intéressant pour qui ne connaît pas du tout le sujet, grâce à une très jolie forme, sur laquelle je reviendrai. Ceux qui ont déjà un peu étudié le problème iront voir ce film pour avoir des éléments de réponses supplémentaires à deux questions : pourquoi les abeilles disparaissent-elles ? Quelles seraient les conséquences de leur extinction ? Malheureusement, ils ne seront guère plus éclairés en sortant. Le film devient réellement concret et factuel que dans son dernier tiers. Les deux premiers sont plutôt consacrés à une réflexion et une présentation générale du problème.

Des Abeilles et des Hommes a la bonne idée de ne pas désigner de boucs émissaires. En tant qu’ingénieur agronome, j’y suis allé avec une certaine appréhension, ayant la crainte d’assister à un énième brûlot à charge contre ces vilains agriculteurs, dont on oublie trop souvent qu’ils nous nourrissent. Non, le propos est plus général et rappelle bien la multiplicité des causes. C’est l’occasion d’une réflexion plus globale sur nos modes de vie et sur l’absurdité de certains de nos choix. Le tout est présenté avec une certaine poésie et le propos reste totalement accessible, même pour ceux qui ne savent même pas ce que ce signifie le terme entomologie.

Des Abeilles et des Hommes n’aboutit pas à une conclusion pessimiste sur le « on va tous mourir ». La dernière partie, la plus intéressante à mon sens, n’épargne pas non plus les apiculteurs, se demandant si ce n’est pas non plus une trop forte domestication qui est à la base de ce déclin, quand des espèces sauvages gagnent du terrain sur leurs petites sœurs. Il y a là une vraie prise de hauteur, une volonté de regarder la situation de manière globale et de se démarquer des débats trop partisans. Le film apporte alors un éclairage original sur la question et présente alors un intérêt indéniable. Cependant, encore une fois, je regrette l’absence d’éléments plus factuels pour éclairer l’ensemble.

desabeillesetdeshommesAu-delà de son intérêt intellectuel, Des Abeilles et des Hommes constitue également un très beau film cinématographiquement parlant. Les gros plans sur les insectes n’échappent pas à une certaine anthropisation, mais est-ce vraiment évitable si on veut un minimum toucher le spectateur ? Certaines séquences sont vraiment superbes et rendent le propos très vivant. Markus Imhoof enchaîne parfaitement les témoignages d’humains, avec les scènes de la vie animale. Là encore, le tout n’est pas dénué d’une certaine poésie qui nous fait oublier à quel point certaines séquences constituent avant tout des prouesses techniques.

Mon esprit de biologiste est donc ressorti quelque peu frustré de Des Abeilles et des Hommes. Je n’y ai rien trouvé qui m’ait choqué, mais je n’en suis pas ressorti avec l’impression d’avoir appris beaucoup de choses.

Casting :
Réalisateur et scénariste : Markus Imhoof
Chef monteur : Anne Fabini
Ingénieur du son : Nils Kirchhoff
Directeur de la photographie : Attila Boa
Compositeur : Peter Scherer (II)
Mixage : Bernhard Maisch
Directeur de la photographie : Jörg Jeshel

Avec la voix ce Charles Berling

LA CHUTE DES FAUSSES IDOLES

oscarpistorius

oscarpistoriusLe procès d’Oscar Pistorius fascine toute la planète, d’une manière que l’on peut juger assez malsaine, car ce n’est jamais qu’un fait divers. Mais l’accusé est bien plus qu’un homme. C’est un symbole, une icône porteuse de tant de choses tellement positives que la voir chuter est un spectacle qui inspire à la fois horreur et fascination.

Pourtant, si l’on en croit ce qu’on a pu lire ces derniers jours, il y avait de quoi classer Oscar Pistorus dans les individus de la pire espèce depuis déjà bien longtemps. Son amour des armes à feux, dont il se vantait d’une manière proche de l’aliénation mentale, aurait du nous épargner la surprise face à ce drame affreux. Mais qui en a parlé, alors que tout le monde saluait le fait de voir un invalide courir au milieu des valides ? Le coureur sud-africain était alors un héros, une icône médiatique chargée de soulager la culpabilité du monde. A ce titre, il fallait nous faire croire à tout prix que l’homme était digne des symboles qu’il portait.

Il était alors interdit de critiquer un homme supposé si admirable. Un athlète paralympique est forcément tellement plus respectable et courageux qu’une vulgaire star du foot, le contraire est inimaginable. L’aveuglement dont les médias et le public ont fait preuve est terriblement symptomatique de l’idolâtrie souvent arbitraire de notre époque. Enfin pas si arbitraire que ça, car Oscar Pistorius a cherché par tout les moyens à devenir cette idole. Il a mené de nombreuses campagnes pour s’auto-promouvoir, pour nous expliquer qu’il était victime d’une injustice. Au final, on retiendra surtout qu’il s’est révélé être un meilleur agent marketing qu’un être humain.

Oscar Pistorius n’a pourtant jamais rien eu d’un héros. Certes, il restera un très bon athlète paralympique. Mais sa défaite aux derniers JO et les accusations qu’il a lancé à son vainqueur, qui aurait porté des prothèses trop longues, montrent bien que lui-même n’avait rien à faire dans une course avec des valides, tout simplement parce qu’il faut comparer ce qui est comparable. La moindre variation dans les normes techniques lui aurait fait perdre ou gagner de nombreuses places dans la hiérarchie, totalement indépendamment de la valeur profonde de l’athlète. Oscar Pistorius a vendu du rêve à une foule avide trop heureuse d’y croire, mettant de côté toute objectivité.

Le sport est vecteur de valeur positive et nous souhaitons à tout prix qu’il le reste. C’est pourquoi, on blâme l’argent qui circule dans le sport comme responsable de tous les maux de la Terre, car il faut bien un coupable, une excuse, c’est tellement plus rassurant. Une partie de nous n’a toujours pas renoncé à cette image ridicule du sport amateur et pur. Il faut voir comment on idéalise à l’excès nos handballeurs, qui gagnent pourtant très bien leur vie. On veut faire d’eux les remparts contre l’image déplorable renvoyée par les footballeurs. On veut se prouver que tant qu’ils ne sont pas corrompus, les sportifs restent tous des mecs formidables, pour ne pas dire des saints. Or, entre la mise à sac de plateau télé et les paris contre sa propre équipe, un athlète comme Nikola Karabatic n’est pas le demi-dieu que l’on essaye de nous vendre, mais bien un pauvre type assez méprisable. Bref, un être humain…

La reconnaissance médiatique d’Oscar Pistorius n’a pas été une victoire pour les sportifs handicapés, mais un triomphe du mensonge et de la manipulation médiatique. Même pour une bonne cause, cela ne constitue jamais une bonne nouvelle.

 

LOVE AND ITS OPPOSITE (Tracey Thorn) : Gentillet

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loveanditsoppositetraceythornDans la série des gens que l’on pense ne pas connaître, mais en fait oui, voici Tracey Thorn. Mais qui est-ce donc ?, vous entends-je (pas facile à prononcer) murmurer, saisi par l’intensité du terrible suspense que je viens d’instaurer soudainement, sans crier gare. Et bien, il va falloir patienter un peu avant d’avoir la réponse, sinon cela serait trop facile. Sachez simplement que je suis là pour vous parler de son album Love and Its Opposite. Une œuvre que l’on qualifiera de gentillette.

Tracey Thorn est donc née en Angleterre en 1962… Et oui, tous ceux qui espéraient découvrir une jeune et jolie minette en seront pour leurs frais. Elle a surtout été connue pendant 20 ans pour avoir été… attention, je vais tout vous dire… la chanteuse d’Everything But the Girl ! Voilà, vous savez tout désormais… Bon si les plus jeunes ne voient pas du tout de quoi je veux parler, je les invite à aller écouter la chanson Missing, qui a été le plus gros tube de l’année 1995. Le groupe s’est séparé en 2000. Elle a depuis sorti trois albums solos (en plus d’un premier paru en 1982), dont ce Love and Its Opposite en 2010.

Bon j’avoue que je vais avoir un peu de mal à vous parler très longuement de ce Love and Its Opposite. En effet, il ne m’a pas inspiré grand chose, que ça soit en mal ou bien d’ailleurs. C’est propret, gentillet, plein de belles ballades et de jolies mélodies, mais j’ai bien eu du mal à m’enthousiasmer pour ce que j’entendais, même si je n’avais pas non plus grand chose à lui reprocher. Peut-être étais-je simplement de mauvaise humeur quand je l’ai écouté, mais je crois tout simplement qu’il manque une réelle étincelle à cet album.

Même si les titres de Love and Its Opposite ne se ressemblent pas trop entre eux, il n’y en a pas non plus qui brille par une réelle originalité. On reste toujours sur un rythme assez lent et mélodieux, même assez sombre par moment, tout en navigant de la pop au folk. Le problème réside dans le fait que dans chacun de ces genres, on connaît toujours beaucoup mieux et surtout beaucoup plus charismatiques. Ce n’est pas désagréable aux oreilles, mais cela a bien du mal à vraiment capter l’attention.

Les instrumentations restent toujours quelque peu en retrait, à part éventuellement sur Swimming. Et comme Tracey Thorn n’est toujours pas une grande cantatrice, cela donne toujours plus ou moins l’impression d’une musique jouée avec le frein à main quelque peu serré. Cela offre des titres sympathiques comme Hormones, You Are a Lover ou Come on Home to Me, mais le tout manque de liant pour faire de Love and Its Opposite un album vraiment intéressant en tant que tel.

Si je devais résumer Love and Its Opposite, j’en resterai sur le mot gentillet. J’aurais pu être tenté d’utiliser le qualificatif de médiocre, mais cela serait vraiment injuste. Tracey Thorn met beaucoup d’application dans ce qu’elle nous propose. C’est juste un peu lisse et ne semble pas non plus posséder une dimension personnelle ultra développée. Le tout est interprété avec une certaine maîtrise, voire même une certaine dextérité, mais sans que cela ne remplace le talent pur et la créativité débridée.

Love and Its Opposite permet donc de prendre des nouvelles de Tracey Thorn. Mais personnellement, si je n’ai pas passé un mauvais moment en l’écoutant, j’ai surtout envie d’aller réécouter Missing !

Pour finir, faisons le tour de ce que l’on trouve dans Love and Its Opposite.

1.Oh, the Divorces!
Une ballade très épurée au piano

2,Long White Dress
Ballade classique et guère plus élaborée.

3.Hormones
Plus pop et dynamique.

4.Kentish Town
Une chanson plus mélancolique, plus sombre et au final un peu chiante…

5.Why Does the Wind?
De la pop gentillette.

6.You Are a Lover
Une très jolie ballade, très douce.

7.Singles Bar
Une ballade assez sucrée.

8.Come on Home to Me
Duo de voix pour un titre plutôt sympa, assez lent et sombre.

9.Late in the Afternoon
Une ambiance plus folk pour cette nouvelle ballade épurée.

10.Swimming
Une instrumentation plus symphonique pour finir, même si le titre reste globalement dans la lignée du reste de l’album.

MORT D’UNE HEROINE ROUGE (Qiu Xiaoling) : Au coeur d’un système absurde

mortduneheroinerouge

mortduneheroinerougeLes romans policiers se distinguent généralement par leur suspense. Mais ce dernier peut provenir de deux types de construction de l’intrigue. Soit, on se demande jusqu’à la dernière page qui est le coupable. Soit, on se demande jusqu’à la dernière page comment celui qui mène l’enquête va enfin pouvoir prouver la culpabilité de celui qu’il pourchasse. En gros, c’est la différence entre les enquêtes d’Hercule Poirot et celles de l’inspecteur Columbo. Mort d’une Héroïne Rouge, premier roman de Qiu Xiaolong, fait partie de la deuxième catégorie, nous plongeant au cœur du fonctionnement de la société chinoise.

Le corps de Hongying est repêchée dans le canal, après avoir été visiblement violée et étranglée. Elle n’est pas n’importe qui, mais une Travailleuse Modèle de la Nation, soit une jeune fille censée être la communiste parfaite. L’enquête des inspecteurs Chen et Yu va donc se dérouler sous le regard attentif des cadres du parti. Ces derniers ne vont pas leur faciliter la tâche quand le principal suspect s’avère être le fils de l’un d’entre eux.

Qui Xiaolong est un chinois réfugié aux Etats-Unis. Son père, professeur, avait été victime de la Révolution Culturelle et lui-même avait été interdit d’études. Il s’est néanmoins accroché, a réussi à apprendre l’anglais malgré tout et a obtenu le droit de passer un an à l’université de Saint-Louis en 1988. Mais les évènements de la Place Tian’anmen l’année suivante lui feront choisir l’exil définitif. Ce parcours n’a rien d’anecdotique pour comprendre son œuvre qui est visiblement très marquée par son parcours personnel. A travers, Mort d’une Héroïne Rouge, il cherche à nous décrire, avec beaucoup d’intelligence, ce qu’il a fui, c’est à dire un système hyper administratif et totalement hypocrite.

Mais le plus grand mérite de Qui Xialong dans Mort d’une Héroïne Rouge est de faire tout ça avec beaucoup d’intelligence et de subtilité, et surtout beaucoup d’humour. Il cherche à nous démontrer l’absurdité du système. Ses personnages portent un regard assez désabusés sur les situations qu’ils vivent et on partage largement leur point de vue. On sourit donc beaucoup à la lecture de ces pages, même si on devine le côté assez monstrueux de cette société parfois écrasante. Il utilise l’ironie pour fustiger l’attitude des cadres du parti qui font tout pour échapper aux contraintes de politiques dont ils sont pourtant les garants. Ces aspects là du roman sont vraiment passionnant et apportent un vrai plus à l’intrigue.

En effet, à côté de ça la partie policière proprement dite est bien menée, mais sans rien de bien original. On aurait aimé pourquoi pas quelques fausses pistes, alors que l’intrigue se concentre vraiment sur la remontée d’une piste tournant autour d’un seul et même suspect. C’est un choix de départ, qui permet à Qiu Xialing de se concentrer sur l’autre aspect de Mort d’une Héroïne Rouge, mais mener les deux de front aurait rendu le roman encore meilleur. Mais que voulez-vous, on ne peut jamais tout avoir dans la vie.

Le style de Qiu Xialing est assez vivant. On suit l’avancée de l’histoire soit à travers la vision de l’inspecteur Chen ou celui de son collègue. Le récit est toujours à la troisième personne, mais on partage largement leurs pensées et leurs sentiments. Cela permet vraiment de rentrer au cœur de l’hypocrisie du système en montrant le décalage entre les apparences qu’il faut conserver et ce que pense vraiment les protagonistes. On parcourt donc Mort d’une Héroïne Rouge avec beaucoup de plaisir et de facilité.

Mort d’une Héroïne Rouge est le premier roman d’une série. S’il n’est pas parfait, ce point d’entrée donne vraiment envie de parcourir les tomes suivants. Cela tombe bien, j’en ai qui m’attendent dans ma bibliothèque.

 

RETOUR VERS LE PASSE… 2007 ? 2002 ?

nicolassarkozy

Après Alain Juppé, voici Bernadette Chirac qui prend la parole dans la presse pour appeler de ses vœux la candidature de Nicolas Sarkozy en 2017. Hasard ou bien manœuvre souterraine pour préparer son retour ? On le sait en politique, il est fréquent de lancer des idées l’air de rien, histoire de tester la température de l’opinion, avant éventuellement de passer aux choses sérieuses. On peut donc vraiment se demander si l’ancien chef de l’Etat n’a pas fait comprendre à certains qu’il serait bon qu’ils s’expriment sur le sujet.

Les sondages qui ont suivi ont montré que l’opinion n’est pas vraiment enthousiaste à cette idée. Mais la route est longue jusqu’en 2017 et le spectacle affligeant donné par le couple Fillon-Copé peut lui faire espérer que la concurrence sera trop faible pour s’opposer à une réelle volonté de retour. L’élection de Nicolas Sarkozy dans 4 ans tient encore de la politique fiction, mais pas non plus de la science-fiction.

On peut cependant s’inquiéter d’un tel scénario. Déjà, il en dirait long sur l’incapacité de notre pays à renouveler son élite politique. Quand on est au pouvoir en France, on l’est souvent pour longtemps et qu’importe votre bilan et vos erreurs passées, vous trouverez toujours des électeurs à la mémoire courte pour voter pour vous. Mais ce phénomène n’est pas nouveau et existera indépendamment de la candidature de Nicolas Sarkozy.

En fait, tout dépendra de la situation économico-sociale de notre pays en 2017. Soit le bilan de François Hollande s’avère finalement positif, ce qui n’est pas gagné avouons-le, et dans ce cas-là le Président actuel aura l’image de celui qui aura redressé la situation laissée par son prédécesseur. On voit mal alors les électeurs voter pour ce dernier, qui, à mon sens, ne se présenterait de toute façon pas dans ce cas de figure. Soit, la situation ne s’est pas améliorée significativement et la grogne sociale sera plus forte que jamais. Nous aurons alors une élection qui opposera les deux hommes qui seront considérés par l’opinion comme les deux principaux responsables de la situation. On imagine alors facilement qu’un troisième homme saura profiter de la situation.

Ce dernier peut s’appeler François Bayrou… non, je rigole…, Jean-Luc Mélenchon, même si je n’y crois guère, mais plus certainement Marine Le Pen. Même en dehors d’une éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy, on sait que chaque jour supplémentaire où la crise s’éternise lui fait gagner de nouveaux suffrages. Mais lui opposer les deux derniers Présidents reviendrait à lui dérouler le tapis rouge vers le deuxième tour.

Cela montre l’étendue de la responsabilité à laquelle fait face le gouvernement et François Hollande. Déjà parce que notre pays va mal, mais aussi parce que, pour l’instant, aucun alternative acceptable ne semble émerger dans le camps d’en face. L’échec est donc définitivement interdit…

QUEEN OF DENMARK : Harmonie ironique (enfin paraît-il…)

queenofdenmarkjohngrant

queenofdenmarkjohngrantNon, je ne vais pas vous emmener dans les rues de Copenhague, malgré le titre, Queen of Denmak, de l’album dont je vais vous parler aujourd’hui. En effet, John Grant est bien américain, même s’il nous propose une musique assez européenne. En tout cas, le voyage est tout de même très agréable, porté par de belles ballades, toutes différentes.

John Grant est l’ancien chanteur de The Czars, un groupe qui n’a pas marqué profondément les mémoires, en tout cas pas la mienne. Il est originaire de Denver et a commencé une carrière solo avec ce Queen of Denmark, sorti en 2010. Il y est accompagné du groupe Midlake, dont je vous ai parlé récemment à travers leur album The Courage of Others.

Il y a une qualité de Queen of Denmark dont je ne parlerai pas ici, alors qu’elle semble être importante si j’en crois ce que j’ai pu lire. En effet, si je comprends relativement bien l’anglais, ce n’est pas au point de saisir le sens précis d’une chanson que j’écoute pour la première fois. Or, sur cet album, John Grant manierait l’ironie l’humour avec beaucoup de talent, notamment pour parler de son homosexualité (d’où le Queen j’imagine…). Visiblement, c’est vraiment un de ses points forts et peut-être que d’autres qui liront ces lignes maîtrisent assez la langue de Shakespeare pour pouvoir l’apprécier pleinement.

Tout cela n’empêche en rien d’être en mesure d’apprécier pleinement Queen of Denmark. Certes, il vaut mieux aimer les chanteurs pas trop énervés, car John Grant donne plutôt dans le mélodieux et le tranquille. Mais il arrive tout de même à apporter une certaine diversité à ses compositions. On passe du sucré au mélancolique, de la ballade rock aux sonorités électro. Le résultat est inégal, mais le positif domine largement. Seuls Chicken Bones et JC Hates Faggots ne m’ont pas vraiment plu, le reste se laisse écouter avec plaisir.

Queen of Denmark n’a clairement rien de révolutionnaire. John Grant est un artiste talentueux, un musicien qui maîtrise parfaitement son sujet, mais qui ne fait pas non plus preuve d’une créativité débordante. Sauf peut-être dans les textes… Bref, l’album manque quand même d’un titre phare qui sortirait vraiment du lot. Personnellement, mon préféré reste Silver Platter Club, peut-être qu’il est le plus dynamique et donc se démarque quelque peu des autres. Mais j’aime aussi beaucoup I Wanna Go to Marz ou encore Leopard and Lamb, qui sont plus représentatifs du reste de l’album.

J’ai donc globalement apprécié ce Queen of Denmark, qui reste tout de même un album solide et très agréable. John Grant reste un artiste à suivre, car je reste persuadé qu’il peut proposer encore mieux que ça. Il est à l’aise dans assez d’ambiances différentes pour pouvoir pousser plus loin sa créativité. Après, il est fort possible qu’il cherche avant tout un habillage à ses textes… Il faudra donc que je me remette rapidement à l’anglais pour pouvoir enfin appréhender toutes les qualités dont il fait preuve.

Queen of Denmark n’est donc pas l’album à posséder à tout prix. Mais il ne fera tâche dans aucune bonne discothèque.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur cet album.

1.: TC and the Honeybear
Une entrée en matière douce et un rien éthérée.

2.: I Wanna Go to Marz
Un slow assez harmonieux.

3.: Where the Dreams Go to Die
Une belle ballade un rien sucrée, avec un accompagnement aux violons.

4.: Sigourney Weaver
Une ballade un peu plus rock.

5.: Chicken Bones
Un titre assez lancinant.

6.: Silver Platter Club
Un titre plus guilleret et surtout très sympa.

7.: It’s Easier
Une ambiance plus sombre et mélancolique, mais cela reste toujours harmonieux.

8.: Outer Space
Un son pop assez 80’s.

9.: JC Hates Faggots
Des sonorités assez électro… Mouais…

10.: Caramel
La voix de John Grant poussée dans les aigües se pose sur un air au piano encore une fois très harmonieux.

11.: Leopard and Lamb
Un morceau assez épuré mais tout de même assez convaincant.

12.: Queen of Denmark
Une ballade au piano qui sonne vraiment comme un aurevoir.

CARLOS DANS SON OASIS

carlosghosn

carlosghosnL’avantage quand on est riche et puissant, c’est que l’on peut se foutre de la gueule du monde sans vraiment craindre pour ses fins de moi. Si cette sentence peut paraître un cliché facile pour gauchistes convaincus, elle a pourtant été magnifiquement illustrée par Carlos Ghosn, le merveilleux patron de Renault. Son annonce de renoncement à 30% de la part variable de son salaire de 2012, si jamais l’entreprise arrivait à faire passer l’accord de compétitivité qu’elle veut imposer à ses salariés (consistant, pour faire court, à travailler plus pour gagner autant, voire moins) frise la provocation.

Petit rappel historique, Carlos Ghosn est arrivé en 2005 à la tête de Renault, auréolé d’un sauvetage inespéré de Nissan. Il a immédiatement présenté un plan ambitieux et s’est, au passage, augmenté de 40% pour porter la part fixe de son salaire à environ 1,2 millions d’euros. Le tout est complété par une part variable qui peut facilement doubler son salaire, comme en 2011. Le problème réside dans le fait que quasiment aucun des objectifs qu’il avait fixé n’ont été atteints. Renault perd régulièrement des parts de marché (au-delà de la baisse générale des ventes d’automobiles due à la crise et aux changements de comportement), si bien que certains soupçonnent une volonté de sa part de faire disparaître totalement Renault au profit de Nissan, entreprise qui le rémunère à une hauteur 5 fois supérieure.

Je n’irai pas jusque-là (non pas que je sois convaincu du contraire, je n’ai juste aucune opinion sur le sujet), mais cette affaire pose déjà deux questions. Déjà, on mesure à quel point la gouvernance des entreprises n’est plus guidée par la rentabilité financière à court terme. En effet, en diminuant sa production tout en maintenant ses profits, une entreprise préserve certes ses revenus mais perd du capital. Pour un particulier, cela revient à maintenir son train de vie en vendant son patrimoine. C’est évidemment une logique qui ne peut pas durer éternellement et qui surtout ne correspond en rien à un enrichissement. Depuis l’arrivée de Carlos Ghosn à sa tête, Renault n’est ni plus riche, ni plus solide, éventuellement parvient-elle à maintenir une certaine rentabilité à coup de licenciements et de délocalisation, ce qui représente une perte nette de capital humain. Même si certains ont du mal à l’admettre, ce dernier reste tout de même une des principales richesses d’une entreprise.

Ensuite, cela pose la question de la signification de la part variable des salaires des grands patrons. Dans mon ancienne boîte, une année s’étant soldée par un déficit m’a valu un chèque d’intéressement de 150 euros, ce qui ressemblait à un pourboire quand les bonnes années le montant approchait les deux mois de salaire. Mais au moins, cela avait un sens ! Les 1,5 millions de Carlos Ghosn en ont-ils un quand on considère qu’il n’a pas réussi à atteindre les objectifs qu’il avait fixé (et qui justifiait son augmentation initiale, rappelons-le) ? Quand on considère que Renault est vu comme une entreprise en déclin, mal positionné sur le marché et qui ne propose plus de produits innovants ?

Les défenseurs des rémunérations délirantes rappellent à l’envie que ces salaires sont mérités. Alors comment expliquer que Carlos Ghosn gagne chez Nissan sept fois plus que le patron de Toyota, pourtant premier producteur automobile mondial ? Certes, il a sauvé l’entreprise de la faillite et continue de bénéficier d’une certaine aura grâce à cela. On peut aussi opposer que le patron de Volkswagen gagne lui le double. Mais les résultats de la firme allemande font rêver tous ses concurrents. Tout cela démontre en fait un fonctionnement oligarchique totalement déconnecté d’une quelconque réalité ou performance. Ce ne sont pas tant les montants dans l’absolu que cette déconnection qui est grave. Tant qu’il arrose les actionnaires, un PDG peut s’octroyer tout l’argent qu’il veut sans que personne ne s’inquiète de la solidité à long terme des résultats. De toute façon, la variable d’ajustement sera l’emploi, pas le salaire, y compris la part variable, de sa direction.

Carlos Ghosn a essayé de nous faire croire le contraire, mais c’est trop gros pour être convaincant. Au football, quand une équipe va mal, on commence souvent par virer l’entraîneur. Chez Renault, personne ne semble avoir compris que l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne »a un corollaire en cas de mauvais résultats. En attendant, les salariés, eux, savent bien ce qu’ils risquent de perdre !