En 13 ans, de 1900 à 1913, Paris a vu se créer 10 lignes de métro. 3 autres naîtront pendant l’entre-deux guerre. Depuis, il ne s’était pas passé grand chose. La création du RER a certes eu un impact réel, mais son développement s’est étalé sur près de 50 ans. Mais le développement de la métropole parisienne s’est poursuivi sans que l’offre de transport ne suive, engendrant les difficultés que l’on connaît aujourd’hui. Et surtout, quasiment tous les liaisons ont été pensées pour relier la banlieue à Paris, alors qu’une majorité des déplacements quotidiens des Franciliens se fait de banlieue à banlieue.
C’est donc une véritable révolution que nous propose le projet du Grand Paris Express. En une quinzaine d’années devraient naître autant de kilomètres de voies nouvelles et de gares que n’en compte le métro parisien aujourd’hui. Le réseau sortira également de son schéma en étoile pour enfin connecter des territoires de petite et grande couronne sans passer par le centre de la capitale. Un projet ambitieux qui répondra à des besoins qui existent depuis bien longtemps. Mais pourquoi alors avoir attendu aussi longtemps ?
Il serait tentant de dénoncer une inertie propre à notre époque. Il faut pourtant savoir que le premier projet de métro parisien date de 1854. Il aura donc mis 46 ans pour voir le jour. La lenteur des décisions n’est donc pas nouvelle, même si ce coup-ci, on n’a plus l’excuse d’une innovation technique sans précédent. Il y aura bien quelques débats politiciens sur les modalités exactes, le calendrier ou le financement, mais le projet fait l’objet d’un consensus quant à son utilité. Que dis-je, sa nécessité.
Le calendrier prévisionnel prévoit 15 ans de travaux, ce qui fut la durée de la création de l’essentiel du réseau du métro parisien. Malheureusement, on peut s’attendre à ce que cette durée se voit allongée par tous les obstacles propres à notre époque et la lourdeur de notre société. Combien de recours, de contre-temps, de procédures interminables viendront bousculer ce calendrier initial ? Je joue peut-être les oiseaux de mauvais augure, mais ma maigre expérience dans le domaine de l’urbanisme m’a montré à quel point tout peut devenir un enfer, même quand le projet est objectivement indispensable. Les pertes d’énergie, de temps et de croissance qui en résultent sont particulièrement dommageables à notre économie et à notre société.
Reste le problème du financement. On a déjà longuement parlé de la revalorisation du coût prévisionnel du projet. Parions que ce n’est pas la dernière et que le budget sera allégrement dépassée, comme pour tous projets de ce type, forcément soumis à une part d’incertitude. Par contre, il est inquiétant que l’on considère le financement d’un tel projet comme une difficulté. Toutes les études montrent à quel point il apportera une valeur ajoutée aux territoires, et plus largement à l’économie francilienne, dépassant de très loin le coût de construction.
Voici typiquement le genre d’investissements publics utiles et rentables qui devraient pouvoir se financer sans difficulté, sans forcément passer par les marchés financiers. En Europe, on s’est interdit les prêts directs de la banque centrale aux états, ce que l’on résume par faire tourner la planche à billets. Certes, on connaît les effets néfastes d’un abus d’une telle pratique. Mais pourquoi donc se condamne-t-on au tout ou rien ? Financer ainsi un tel projet, qui aboutira à la création d’un actif bien réel et qui engendrera de la valeur ajoutée, n’aura pas d’impact inflationniste, comme si l’on avait créé de l’argent qui ne vaudrait rien. Mais voilà un tabou qui n’est malheureusement pas prêt de tomber, tant l’orthodoxie économique en vigueur, qui a pourtant largement prouvé son inefficacité et son côté destructeur, dicte encore sa loi.
En tout cas, le Grand Paris Express représente bien un projet historique dont on ne mesure certainement pas encore l’impact. Espérons donc qu’il voit rapidement le jour pour le bien des millions de Franciliens qui font face à une offre de transport inadaptée à leurs besoins.
Comme il semble chaque jour un peu plus improbable que je devienne George Clooney plus tard dans la vie, je viens de changer d’ambition et de décider de devenir finalement Jean Dujardin. Parce que franchement, à chaque nouveau film, notre star nationale gagne en classe et en charisme. Nouvelle preuve avec Möbius, un polar plutôt bien foutu (je rajouterais pour un film français, si j’étais mauvaise langue), qu’il éclabousse de son talent même s’il ne peut en gommer tous les défauts.
Le scénario de Möbius a pour moi une grande qualité, celle de se concentrer sur l’essentiel. Du suspense et de la tension qui provoquent un vrai intérêt chez le spectateur et qui arrive donc à se passer des rebondissements et des contre-pied à répétition qui sont devenus la norme pour ce genre de film. Une intrigue qu’on pourrait qualifier à l’ancienne et qui nous porte tout au long du film avec beaucoup de plaisir. Il est simplement dommage que tout cela aboutisse à un dénouement à rallonge pas hyper convaincant, avec pour moi quelques incohérences (ou alors quelque chose m’a échappé) qui donne un peu l’impression qu’Eric Rochant ne savait pas trop comment conclure. Cela n’enlève rien par ailleurs à sa très belle réalisation.
Un mot tout de même sur l’autre star de ce film, Cécile de France. Si on connaît son immense talent depuis fort longtemps, on est vraiment heureux de la voir quitter dans Möbius ses habits de femme-enfant pour celle d’une adulte. Elle ne perd rien de son charme bien au contraire. Elle y gagne en assurance et en impact dans son interprétation. Comme une deuxième naissance pour devenir définitivement une très grande actrice.
Möbius est un polar globalement maîtrisé qui nous maintient sous tension tout du long, mais se montre un peu plus hésitant au moment d’achever le chemin.
Fiche technique :
Production : Samsa Films, Recifilms, Axel Films, Artémis Productions, Les Productions du Trésor
Ce dimanche, j’ai passé une après-midi cinématographique fortement marquée par la vodka. Tout d’abord avec Flight, dans lequel le personnage principal, un pilote de ligne qui arrive miraculeusement à sauver son avion du crash grâce à une manœuvre aussi audacieuse que désespérée, en boit beaucoup. Ceci lui vaudra évidemment beaucoup d’ennuis lorsque les enquêteurs se demandent si sa consommation d’alcool et de stupéfiants n’auraient pas joué un rôle dans l’accident. Un film qui commence comme un film catastrophe, mais qui se révèle en fin de compte être consacré à l’alcoolisme et à ses méfaits.
Ah ce qu’on aimerait revoir Robert Zemeckis nous livrer un grand et beau film, comme il savait le faire dans les années 80, avec notamment la trilogie Retour Vers le Futur ou Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ?. Ce ne sera pas pour cette fois, tant il s’efforce de crasher son film à l’inverse de son personnage. En effet, le Flight débute par 30 superbes premières minutes, celles qui se passent dans l’avion. Ensuite, nous avons le droit à un propos sur l’alcoolisme qui arriverait presque à être un minimum subtil, avec certaines ambiguïtés, même si tout cela reste quelque peu attendu.
Puis vient tout d’abord l’avant-dernière scène, celle qui constitue le dénouement de l’intrigue. Elle est marquée par une forte tension narrative, qui aurait pu la rendre acceptable, même si forcément elle nous conduit à la conclusion que l’alcool et le mensonge, c’est mal ! A la fois, on peut difficilement attendre autre chose d’un film hollywoodien. Mais le pire est à venir avec une ultime scène d’une lourdeur apocalyptique, un long discours moralisateur à l’excès, qui donne avant tout envie de se coller deux doigts au fond de la gorge pour vomir. Elle prend surtout le spectateur pour un débile profond, lui expliquant comme à un enfant de quatre ans ce qu’il est censé conclure de tout cela, alors que le propos était déjà au final assez limpide et direct. Cela vient balayer tout ce qu’on avait pu aimer dans cette histoire pour ranger Flight dans la catégorie des films ratés, malgré une réalisation (Robert Zemeckis reste Robert Zemeckis) et une interprétation (Denzel Washington, toujours aussi impeccable et Kelly – L’Auberge Espagnole – Reilly, toujours aussi charmante) au top.
Die Hard 5 – Belle Journée pour Mourir nous amène en Russie, patrie de la vodka. Malheureusement, on sent dès les cinq premières minutes que le scénario sera catastrophique et qu’il y a de fortes chances que tout le reste suive. C’est effectivement bien le cas, tant la pauvreté de l’intrigue est désespérante malgré deux rebondissements obligatoires. Les scènes d’action sont sans aucune imagination et Bruce Willis erre au milieu de tout ça, en essayant de rappeler au spectateur qu’il est bien John McLane, le même personnage que dans l’inoubliable Piège de Cristal. Mais cela ne prend pas, ce vieux sur le retour n’a rien à voir avec le héros du génial Une Journée en Enfer ! Bref, un cinquième épisode sans aucun intérêt et qui maintient artificiellement en vie une franchise sous perfusion.
FLIGHT
Production : Paramount Pictures, Parkes / MacDonald Productions, Imagemovers
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : John Gatins
Montage : Jeremiah O’Driscoll
Photo : Don Burgess
Format : 35mm
Décors : Nelson Coates
Son : Randy Thom
Musique : Alan Silvestri
Effets spéciaux : Michael Lantieri, Kevin Baillie
Durée : 138 mn
Casting :
Denzel Washington : Whip Whitaker
John Goodman : Harling Mays
Kelly Reilly : Nicole
Don Cheadle : Hugh Lang
Melissa Leo : Ellen Block
Bruce Greenwood : Charlie Anderson
DIE HARD 5 – BELLE JOURNEE POUR MOURIR
Production : Dune Enetrtainment, Ingenious Film Partners, Origo Film Group, 20th Century Fox
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : John Moore
Scénario : Skip Woods, d’après les personnages de Roderick Thorp
Aujourd’hui, avec une jolie découverte, en la personne de Karen Elson, une jeune (forcément jeune, elle a mon âge… bon ok pas si jeune que ça alors) anglaise, qui possède notamment la particularité d’avoir été l’épouse de Jack White pendant 6 ans et de lui avoir fait deux enfants. Mais elle a surtout sorti en 2010 un très bel album, The Ghost Who Walks, produit par celui qui était alors encore son mari.
Karen Elson navigue à la frontière entre Sheryl Crow, Norah Jones et the Corrs. Bref, un très beau mélange entre folk et jazz, avec des pointes de rock et quelques influences celtiques. Le tout porté par une jolie voix, à la fois profonde pour le folk, mais tout de même féminine pour le jazz. Un mélange de Sheryl Crow et Norah Jones, je vous dis !
The Ghost Who Walks se caractérise par une qualité vraiment constante. Les titres ne se ressemblent pas du tout et sont tous de grande qualité. Karen Elson interprète tous les morceaux avec beaucoup d’énergie et de conviction, y compris les ballades qui vont bien. Il faut dire qu’avec Jack White à ses côtés, elle était à bonne école et nous livre un très bel album qui aurait mérité un tout autre succès commercial.
Dire du mal de Leonardo, voilà une activité que j’aime beaucoup et à laquelle je ne me suis pas adonné depuis longtemps. Mais sa sortie d’hier soir, après la piteuse défaite du PSG à Reims, vaut bien de s’y remettre un coup. Sa théorie de l’équipe bâtie pour la Ligue des Champions et non pour le championnat a fait rire la France entière. Un récent sondage publié dans France Football a parfaitement souligné le problème d’image du club parisien. Il faut dire que son directeur sportif fait tout pour entretenir le désamour.
Quitte à trouver des excuses en bois, il aurait pu au moins respecter les traditions de notre beau pays et s’en prendre à l’arbitre, puisque le but d’Ibrahimovic qui aurait tout changé était bel et bien valable. Parce qu’essayer de nous convaincre qu’en fait son équipe est de trop haut niveau pour battre un promu qui n’avait pas gagné depuis plusieurs mois est une tâche relativement vaine, vu le côté ridicule de la théorie. Surtout qu’il n’y avait pas besoin d’en développer une. Les joueurs parisiens, après deux matchs à enjeu contre Marseille et avant un match de Ligue des Champions, étaient tout simplement absents mentalement, parce qu’ils sont humains et qu’ils ont leurs limites, même si certains en ont plus que d’autres.
Je suis peut-être rancunier. Je n’ai peut-être toujours pas digéré le renvoi injuste d’Antoine Koumbouaré. Mais même en essayant de faire preuve de la plus grande honnêteté intellectuelle, je ne vois toujours pas ce que Leonardo a apporté au club parisien. Ses réseaux en Italie diront certains, mais de mon côté je dirais plutôt que c’est là le problème. Il s’est montré incapable de recruter ailleurs qu’en Série A et c’est plutôt inquiétant. Quand tous les grands clubs ont des yeux et des recruteurs partout en Europe, voire dans le monde, le PSG semble uniquement capable de recycler des joueurs venus de l’autre côté des Alpes. Certes, au dernier mercato, les arrivées de Lucas et Beckham ont changé un tout petit peu la donne, mais pas encore assez pour évacuer le doute.
J’aime infiniment le PSG mais je n’aime définitivement pas Leonardo. Pour moi, n’importe qui (ou presque) ferait aussi bien avec le chéquier des Qatari. Mais j’espère me tromper… Sincèrement…
Critique littéraire nouveau format, donc beaucoup plus courte pour un livre qui ne m’a pas vraiment convaincu. La Nuit du Sérail de Michel De Grèce avait pourtant de quoi me séduire : un roman historique et exotique, relatant une histoire supposée véridique, celle de Aimée Dubuc de Rivery, née en 1776 et qui, suite à une attaque par des pirates, aurait intégré le harem du palais de Topkapi à Istanbul pour finir sultane.
L’intérêt historique est indéniable. On en apprend beaucoup sur le fonctionnement de ce qui est le cœur de l’Empire Ottoman, un des plus puissants que notre monde ait connu, mais aussi sur la diplomatie au moment des guerres napoléoniennes. Ces dernières constituent en effet la toile de fond de La Nuit du Sérail. Malheureusement, cette histoire racontée à la première personne est à l’étroit, comme son héroïne, entre les murs de ce harem qu’elle ne peut quitter. Les évènements sont toujours raconté de manière indirecte. Bref, cela manque d’un souffle épique, alors qu’on évoque batailles et évènements d’ampleur quasi planétaire.
La Nuit du Sérail est donc avant tout un livre avant tout politique, pleins d’intrigues de cour et de complots. Il peut satisfaire une certaine curiosité intellectuelle, mais ne comblera pas les amateurs de grands romans historiques. Par contre, si ce livre vous intéresse, surveillez les bancs du métro puisque je vais continuer la chaîne de bookcrossing à laquelle ce livre appartient.
Le hasard du calendrier et de la programmation cinématographique m’a conduit à voir dans la même soirée deux films assez proches par leur sujet : Wadjda et Syngué Sabour – Pierre de Patience. Deux films sur la condition féminine dans deux pays dont ce n’est pas vraiment le point fort, à savoir l’Arabie Saoudite et l’Afghanistan. Deux très beaux films surtout, très émouvants, même si l’un m’a plus convaincu que l’autre.
Wadjda est déjà un événement en soi puisqu’il s’agit du premier film tourné en Arabie Saoudite, un pays où il n’y a aucune salle de cinéma. Un film qui plus est réalisé par une femme, Haifa Al Mansour, et qui traite forcément de sujets assez tabous. Une histoire simple, celle d’une jeune fille qui a l’aube de l’adolescence ne rêve que d’une seule chose : avoir un vélo. Mais dans une société d’une telle lourdeur, aussi oppressante pour les femmes, cela tourne vite à l’aventure qui va demander beaucoup de courage et d’entêtement.
Wadjda rejoint la démarche de Une Séparation, le film iranien qui a séduit le monde entier l’année dernière. Il ne s’agit pas d’un film revendicatif ou porteur d’un message contestataire flagrant. Non, il nous montre la société saoudienne telle qu’elle est, sans rien qui puisse être frappé par la censure. Mais il nous la montre avec un rien d’ironie qui en souligne son absurdité parfois totale. Pas la peine d’en rajouter, le quotidien se suffit à lui-même pour délivrer un message fort. Une démonstration brillante qui amène le spectateur à sourire, tout en mesurant toute l’horreur de cette oppression.
Wadjda n’est jamais frappé de lourdeur grâce notamment à son remarquable personnage principal. Cette jeune fille espiègle, un rien rebelle et surtout terriblement têtue délivre à elle seule un formidable message d’espoir. La tendresse que l’on ressent immédiatement pour elle nous fait rentrer dans l’histoire et surtout apporte un vrai rayon de soleil dans une société qui en manque tant. Le film n’est donc jamais déprimant et l’on en sort avec une petite part de l’énergie déployée par la jeune fille pour accéder au vélo de ses rêves. Un grand bravo donc à Waad Mohammed qui lui donne vie.
Syngué Sabour – Pierre de Patience est quant à lui l’adaptation par l’auteur elle-même du Prix Goncourt 2008. Une histoire qui nous emmène en Afghanistan, où la guerre vient de commencer, à la rencontre d’une femme qui veille son mari, un taliban, plongé dans le coma depuis quelques jours. Devant cet homme à la fois si familier et étranger, immobile et silencieux, elle va libérer sa propre parole, lui dire enfin ce qu’elle peut ressentir et par la même se libérer le corps et l’esprit.
Syngué Sabour – Pierre de Patience est donc un monologue face à un personnage immobile, sous forme d’un huis-clos dans une pièce assez réduite. On peut reconnaître un grand mérite à Atiq Rahimi pour avoir tout de même réussi à nous livrer un vrai film, grâce à quelques flashbacks, mais surtout une caméra jamais statique. Mais forcément elle se heurte aux limites de l’exercice et d’un point de vue purement artistique, le résultat est parfois à l’étroit. Ceci n’enlève rien à l’intérêt du propos, même si tout cela nous mène à une fin que l’on voit venir d’un peu trop loin.
Cependant, on ne peut que saluer la prestation de Golshifteh Farahani sur les épaules de laquelle repose une grande partie du film et qui s’en sort magistralement. Et je ne dis pas ça que parce qu’elle est incroyablement belle. L’émotion ne pouvait passer que par elle et elle parvient parfaitement à nous la transmettre. C’est en grande partie grâce à elle que Syngé Sabour – Pierre de Patience constitue tout de même globalement une belle réussite.
WADJDA : Production : Razor Film Distribution : Pretty pictures Réalisation : Haifaa Al Mansour Scénario : Haifaa Al Mansour Montage : Andreas Wodraschke Photo : Lutz Reitemeier Décors : Thomas Molt Son : Sebastian Schmidt Durée : 97 mn
Casting : Reem Abdullah : La mère Waad Mohammed : Wadjda Abdullrahman Al Gohani : Abdallah Ahd : Mme Hussa Sultan Al Assaf : le père
SYNGUE SABOUR – PIERRE DE PATIENCE Production : Studio 37, The Film, Razor Film, Corniche, Arte France Cinéma, Jahan-E-Honar Productions Distribution : Le Pacte Réalisation : Atiq Rahimi Scénario : Atiq Rahimi, Jean-Claude Carrière d’après le roman d’Atiq Rahimi Montage : Hervé De Luze Photo : Thierry Arbogast Décors : Erwin Prib Son : Dana Farnzanehpour, Noemi Hampel, Lars Ginzel Musique : Max Richter Durée : 102 mn
Casting : Golshifteh Farahani : La femme Hamidreza Javdan : L’homme Massi Mrowat : Le jeune soldat Hassina Burgan : La tante
Une page se tourne… Bon ok, ça peut paraître un peu excessif comme formulation, mais quand je fais le bilan, ça restera quelque chose qui aura compté dans ma vie… au moins en termes de temps passé. 1151 avis, en comptant disons 30 minutes pour chacun, cela fait 575 heures, soit environ 24 jours. Si on ajoute à cela au moins une heure de lecture par semaine de avis des autres membres, on n’est pas loin des 40 jours passés sur Ciao. Le tout pour entre 15 et 40 euros par semaine, soit en tout sûrement entre 1500 et 2000 euros. Et surtout pour avoir échangé et même rencontré des gens intéressants et curieux.
Bien sûr, j’écrivais ce genre d’avis avant et j’ai bien l’intention de continuer après (je vous sens soulagé d’un coup). Si j’arrête, ce n’est pas que parce que les avis que j’écris vont cesser d’être rémunérés correctement. Disons que c’est l’étincelle qui a finalisé un processus en cours. C’est aussi une envie de retrouver une certaine liberté et du temps pour faire autre chose. Je pourrais désormais abandonner le formatage Ciao, soit environ une page Word par avis, pour écrire deux lignes sur un film s’il ne mérite pas plus, ne parler que des livres ou des disques qui m’ont vraiment marqué. Cela va surtout arrêter de rythmer ma vie. Je ne penserai plus aux nombres d’avis que j’ai à écrire en rentrant chez moi le soir.
Que vais-je donc faire de ce temps gagné ? Une grande partie sera encore consacrée à l’écriture. Sur ce site déjà en vous livrant encore plus souvent mon regard sur l’actualité, qui n’intéresse peut-être que moi, mais que je suis quand même heureux de partager (c’est l’avantage du net). Ensuite, pour écrire des choses plus « littéraires », ce dont j’ai toujours envie et mais auxquelles je consacre un temps dérisoire et surtout terriblement épisodique. Enfin, entre les réunions, la politique, les jeux vidéos auxquels je ne joue pas, les dizaines de livres et de DVD encore emballés qu’il y a chez moi, je n’aurais que l’embarras du choix pour occuper ce temps supplémentaire.
Et surtout quand j’aurais fini mon régime, j’aurais beaucoup plus de temps pour prendre l’apéro !
Prenons l’objet en main ! Il est rectangulaire et a pour dimensions exactes 17,8 sur 10,7 cm L’objet est souple, un peu trop pour être une cale pour table bancale, comme on aurait pu le penser dans un premier temps. Il est composé de multiples sous-couches, la première et la dernière étant d’une épaisseur un peu supérieure. Elles sont reliées entre elles sur un côté, ce qui assure la cohésion de l’ensemble, tout en permettant un accès à chacune d’entre elles. Elles sont généralement recouvertes de lettres formant des mots, accompagnées de ponctuation afin de former des phrases. On retrouve en bas de chacun d’elles un numéro, toujours différent, mais on constate vite qu’ils se suivent. Bref, c’est un livre, intitulé L’Oasis du Désir.
La contemplation de la couverture incite au rêve. Déjà, le logo « Arlequin » est en soi une promesse. Cette collection mythique a fait rêver des générations entières de jeunes filles encore pures et innocentes, souhaitant s’acoquiner avec une littérature qui éveillerait leurs premiers émois. Et combien de femmes négligées par un mari alcoolique et légèrement impuissant sur les bords ont trouvé dans ces pages un peu d’évasion, s’imaginant à la place de l’héroïne dans les bras d’un amant beau et vigoureux ? Ensuite, on voit que le livre fait partie de la collection Azur. Ce mot et la couleur de la couverture nous renvoient au bleu d’un ciel que l’on a envie de contempler à deux, au moins cinq minutes, avant de s’adonner à des activités qui vont souvent plutôt nous faire contempler le sol. Enfin, le livre porte la mention « Prince du Désert » qui renvoie à la sensualité orientale parcourant ce livre, qui va nous entraîner dans des sables particulièrement brûlants !
Et que dire de l’image qui orne la couverture. Cette brune troublante à la robe bleue azur, assortie aux bords du dessin, qui laisse entrevoir une future scoliose, vu la cambrure un peu trop prononcée de ses reins. Son regard se pose sur ce torse puissant, et surtout complètement glabre, parce que le poil, c’est mal ! Ah quel bel homme, dont les mains qui enserrent la jeune femme constituent un appel à l’amour sauvage et bestial. Quelle sensualité ! Quel érotisme ! Le tout dans un décor féérique, où se dessine dans le fond un dromadaire, et non un chameau puisqu’il n’a qu’une bosse. Evidemment, le palmier qui va bien est là aussi, nous rappelant que nous sommes dans un oasis, clin d’œil au titre du livre et non à la boisson sucré. Comment alors ne pas se jeter sur ce livre pour le lire d’une seule traite !
Surtout quand on sait que l’Oasis du Désir a été écrit par Abby Green. Une auteur tellement talentueuse qu’elle n’a même pas de page Wikipédia, ce qui constitue quand même un peu la honte en short, ta mère devant le Prisu ! Par contre, elle possède tout de même sa page sur Romancewiki.com… Ouf l’honneur est sauf ! On apprendra qu’elle compte aussi à la bibliographie des romans au titre aussi évocateur que Mistress to the Merciless Millionaire et surtout The Virgin’s Secret ! Ca fait rêver… On y apprendra aussi que la demoiselle est titulaire d’un diplôme d’anthropologie sociale, ce qui prouve une nouvelle fois que c’est bien beau de faire des études dans n’importe quoi, mais au final ce n’est pas avec ce genre de diplôme que l’on trouve un vrai travail !
Et là, je vous sens brûlant d’impatience ! Vous vous demandez quelle peut bien être la troublante histoire de l’Oasis du Désir ! Alors voilà, Jamilah et Salman sont deux amis d’enfance que la vie a séparés. Quand ils se retrouvent une fois adultes par hasard à Paris, ils débutent très vite une histoire torride, la jeune fille lui offrant sa virginité sans qu’il n’ait à se donner trop de mal. Mais le jeune homme finit par congédier sa partenaire d’une manière forte inélégante (mais tout ça à cause de blessures morales profondes, secrètes et intimes, bien entendu). Ils se recroisent quelques années plus tard, mais elle le repousse. Ils se recroisent quelques années plus tard, vu que Jamilah bosse dans le palais du royaume de Merkazad et que Salman n’est personne d’autre que le frère du prince, qui aimerait bien les caser tous les deux, mais elle le repousse. Ils finissent par se croiser à nouveau et là, ils couchent ensemble mais elle considère que cela ne va pas être possible entre eux, puisque de toute façon, il va partir. Ensuite, ils continuent à coucher ensemble en se disant que c’est une mauvaise idée et qu’ils feraient mieux d’arrêter, mais que s’ils arrêtaient, bah l’histoire serait déjà finie, alors que le livre ne fait quand même que 150 pages avec une grosse police, donc faut bien délayer un peu… Bref, à la fin, ils s’avouent qu’ils s’aiment, surtout qu’il lui a prouvé son amour en faisant du cheval (vous ne voyez pas le rapport… et bien lisez le livre !) et se marient tout ça, tout ça…
Vous le voyez, il s’agit d’une histoire absolument pas répétitive, pleine de rebondissements qu’on ne voit pas du tout arriver, le tout conclu par une fin totalement inattendue. En plus, c’est écrit avec la verve et le talent littéraire des meilleures notices de montage Ikea, c’est dire si c’est un vrai bonheur de la première à la dernière page. Chacune d’elle m’a bouleversé et emplit d’émotion, au moins autant qu’à chaque fois qu’il faut éliminer quelqu’un à la Star Academy. J’étais là, dans mon lit (bah oui, je n’allais quand même pas lire ça dans un lieu public, je fais de la politique, je vous le rappelle) et je m’écriais « mais tu vas te la faire, putain de bordel de merde ! » à chaque page avec un enthousiasme toujours renouvelé ! Que l’on est triste de quitter le très célèbre royaume de Merkazad (l’avantage des pays fictifs, c’est que vous pouvez les charger de tous les clichés du monde sans que l’on puisse vous reprocher quoique ce soit…), mais heureusement, il existe d’autres romans de la même collection qui nous y ramène. Je vais donc vite les commander… Ou pas… (non, non, inutile de m’offrir la suite à mon prochain anniversaire, je vous jure que ça va aller…).
Et que dire des scènes de sexe. Bah oui, faut pas déconner, on est là pour ça ! Si la ménagère de moins de cinquante ans lit ce genre de mer…veilleux roman, c’est bien pour retrouver un peu de chaleur à un endroit intime de son anatomie que ne vient plus visiter que son gynécologue. Ah mais quelle puissance érotique dans ces descriptions de corps dévorés par un désir incontrôlable, mais qu’ils arrivent à contrôler pendant une bonne moitié du roman, avant de s’en donner à cœur joie et de niquer comme des lapins en rut, ou plutôt des chameaux puisque nous sommes dans le désert, ne l’oublions pas, ce roman ne s’appelle pas non plus l’Oasis du Désir pour rien ! Après avoir lu ce fantastique moment de littérature, j’ai même commencé à regarder mon phoque en peluche bizarrement… Mais une bonne douche froide et tout va mieux d’un seul coup !
L’Oasis du Désir est donc un des plus merveilleux cadeaux qu’on ne m’ait jamais fait. En effet, je n’ai jamais eu en ma possession du si beau papier pour emballer le poisson !
Lorsque j’ai écrit une critique de Boxer, le précédent album de The National, je l’avais intitulé « une belle voix pour un album sans surprise ». Je serais malheureusement tenté de réutiliser le même titre pour vous parler de High Violet, leur album suivant, si je refusais de m’adonner à une telle paresse intellectuelle. En effet, les caractéristiques de ce nouvel album restent les mêmes pour une qualité globale même inférieure. Bref, une petite déception, il faut bien l’admettre, mais si tout n’est pas à jeter, loin de là.
The National est toujours un quintette américain, originaire de Cincinnati. Il est formé d’un chanteur et compositeur, Matt Berninger et de deux paires de frangins : Aaron et Bryce Dessner d’un côté, Bryan et Scott Devendorf de l’autre. Ils ont sorti leur premier album en 2001. High Violet est quant à lui leur sixième et est sorti en 2010.
Le principal défaut de High Violet reste une certaine hétérogénéité. L’album a notamment du mal à démarrer puisque les trois premiers morceaux sont relativement médiocres. Ensuite, la qualité se maintient et arriverait presque à nous faire oublier le début raté. Cependant, ça n’atteint jamais des sommets. Les titres sont ensuite tous tout à fait écoutables, mais on regrette cependant qu’après un Little Faith ou un Runaway, largement au-dessus du lot, l’album ne continue pas sur sa lancée pour nous proposer quelque chose de globalement plus marquant.
La musique de The National repose beaucoup sur la voix de Matt Berninger. Une voix qui rappelle celle de Nick Cave, pas son côté caverneuse. Quand il la pose et la maîtrise totalement, le résultat est toujours particulièrement convaincant. Mais dans High Violet, il la laisse souvent flotter, pour un résultat plus éthéré. Certes, cela assure une certaine variété au sein même de l’album, mais on peut regretter que le groupe ne s’appuie pas plus sur ce qui constitue tout de même leur point fort. Le résultat n’est pas forcément mauvais, mais arrive encore moins à se démarquer des autres productions du genre.
Globalement, High Violet se laisse donc tout de même écouter. Les amateurs de rock américain très tranquille, puisant beaucoup dans ses racines blues, apprécieront cet album malgré ses imperfections. Il aura sa place dans leur discothèque, même s’il n’occupera pas une place de choix. The National doit pourtant sûrement se voir sur scène avec grand plaisir, car la voix de Matt Berninger doit alors transmettre une réelle émotion. Dommage que sur cet album studio, il n’exploite tout son potentiel que sur Runaway et sur England. Le groupe confirme malheureusement après Boxer les limites de sa créativité, qui n’enlève rien à ses qualités, mais le condamne à jouer en deuxième division dans l’arène musicale. Je sais c’est cruel, mais c’est un monde impitoyable !
High Violet sort donc trop peu du lot pour être vraiment marquant. Il n’est pas dénué de qualités, mais ne possède pas cette étincelle de talent supplémentaire qui fait vraiment la différence.
Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur High Violet
1.: Terrible Love Une introduction assez sombre et un peu brouillonne.
2.: Sorrow La voix est magnifique, parfaitement posée, mais le titre ne semble jamais vraiment démarrer.
3.: Anyone’s Ghost Matt Berninger ne prend plus la peine d’articuler. Le titre est plus évaporé et c’est dommage.
4.: Little Faith Enfin tout est réuni : la voix est posée, la mélodie est assez jolie et l’instrumentation est parfaitement maîtrisée.
5.: Afraid of Everyone Retour à une musique plus éthérée, mais avec conviction et maîtrise.
6.: Bloodbuzz Ohio Un titre plus rock, mais un rien lancinant.
7.: Lemonworld Le ton est plus sombre. Cela manque d’un tantinet de conviction, mais le résultat n’est tout de même pas si mal.
8.: Runaway Une jolie ballade, avec beaucoup d’émotion à travers la voix.
9.: Conversation 16 Un morceau Presque pop et pas mal du tout.
10.: England Un titre un rien mélancolique. La voix est très profonde et très belle.
11.: Vanderlyle Crybaby Geeks Un morceau qui sonne comme un au revoir.
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