Les confessions de Lance Armstrong sont à la fois un non-événement complet et un tournant dans l’histoire du cyclisme. Un non-événement parce que la mise en scène ridicule a transformé des aveux en opération de communication. Le but était de sauver ce qui pouvait l’être encore et surtout d’éviter à l’Américain le même détour par la case prison que Marion Jones avant lui. Les journaux ont déjà souligné les nombreux mensonges qui ont encore émaillé ces soi-disant révélations. Tout reste sous contrôle. Si c’est à ça que ressemble le cœur ouvert de Lance Armstrong, c’est sans doute qu’il est totalement dénué de cet organe.
Le vrai tournant de cette affaire fut évidemment le rapport de l’USADA, qui a décrit avec minutie les techniques de dopage de Lance Armstrong et son équipe. Les aveux de ce dernier ne changent pas grand chose, les faits étaient déjà largement avérés. Mais tout de même, sa parole, même émaillée encore de bien des contre-vérités, n’autorisera plus d’ancien champion comme Eddy Merckx ou Miguel Indurain à avoir l’indécence de dire qu’ils croient encore en son innocence. Personne ne les écoutait plus, mais peut-être tout cela va les pousser à parler à leur tour.
Car si même un homme aussi haï que Lance Armstrong, un homme décrit comme monstrueux, tyrannique, manipulateur et j’en passe a fini par avouer qu’il s’est dopé, pour qui vont passer ceux qui gardent encore le silence ? On pense tout de suite à notre Laurent Jalabert national. Oui, on t’aime Laurent, comme on aimait Laurent Fignon, dont les confessions n’ont fait que renforcer le lien entre lui et le public français. Un éditorial célèbre de l’Equipe Magazine t’avait exhorté à parler. Tu avais fait une réponse aussi élusive qu’intelligente, un joli moment de ni oui, ni non, mais qui, avouons-le, nous avait tous déçus. Alors, aujourd’hui, il est vraiment temps de renouveler cet appel !
Et espérons que si d’autres parlent enfin, ils le feront avec infiniment plus de sincérité que Lance Armstrong, que nous avons enfin le droit d’oublier définitivement. Si l’Américain avait été programmé pour gagner, il aura pu découvrir que l’on peut bien plus difficilement programmer l’émotion. Adieu et sans regret !
La musique de Jacques Higelin fait depuis longtemps partie de ma vie. J’ai toujours adoré cet artiste, même si au final, je ne connais qu’une qu’une petite partie de sa discographie. Certes, j’aimerais qu’il occupe une place encore plus importante dans mon existence en devenant mon beau-père (épouse-moi Izia!), mais ceci est une autre question… Cela faisait longtemps que je n’avais pas été découvrir un de ses derniers albums. C’est chose faite avec Coup de Foudre, sorti en 2010, et qui confirme tout le bien que je pense de ce pilier de la chanson française.
Jacques Higelin a commencé sa carrière dans les années 60, signant au passage 18 albums studios. Coup de Foudre est le dernier en date. Un artiste exubérant et inoxydable, qui aura donné naissance également au chanteur Arthur H. et à la chanteuse Izia (je vous ai déjà dit que je voulais l’épouser?). Sa postérité est donc depuis longtemps assurée. Mais à 73 ans, on peut être sûr qu’il a encore bien des chansons à nous offrir.
Coup de Foudre est parcouru par la poésie et l’ironie qui ont toujours caractérisé l’œuvre de Jacques Higelin. Dans l’écriture pure, il reste un des tous meilleurs. Ses chansons méritent vraiment une écoute attentive pour comprendre la profondeur et la subtilité du propos. Les thèmes abordés sont souvent mélancoliques, livrant un regard assez sombre sur la société et les rapports humains. Il a souvent écrit sur les personnes « à part », comme ici dans Valse MF. Il y a sûrement toujours un peu d’autobiographie dans ces textes.
La qualité de l’écriture représente aussi paradoxalement la limite de l’œuvre de Jacques Higelin. En effet, il privilégie largement le sens aux sonorités. Coup de Foudre ne comporte pas un titre comme Tombé du Ciel que l’on va fredonner dès la première écoute, grâce à un texte qui reste vite à l’esprit. Apprécier cet album demande donc un minimum d’efforts. Mais les efforts sont plutôt bien récompensés.
Par contre, Coup de Foudre nous propose vraiment des instrumentations variées et de qualité. Jacques Higelin a connu des passages très rock dans sa carrière, notamment dans les années 70. Certains titres, notamment Hôtel Terminus, nous le rappellent. Mais il nous livre aussi des sonorités plus country et quelques accompagnement minimalistes dont la seule fonction est d’accompagner une voix qui se suffit à elle-même. Une voix souvent en décalage avec la musique, donnant à la musique d’Higelin sa sonorité. Une voix au registre peut-être limitée, mais dont la chaleur et le timbre suffisent pour que l’on soit toujours heureux de la retrouver.
Au final, Coup de Foudre est un album assez homogène en qualité. Seuls Hôtel Terminus et Août Put sont pour moi plus en retrait. Le reste se laisse écouter avec grand plaisir, avec une tendresse particulière pour Bye Bye Bye. Encore une fois, cela manque d’un titre vraiment marquant pour que l’album le soit définitivement à l’échelle de la carrière de Jacques Higelin. Mais à l’échelle de la chanson française, cela reste vraiment très bon !
Coup de Foudre confirme bien que Jacques Higelin a encore de beaux restes ! Longue vie à beau papa ! (oui je sais, je m’enflamme…)
Pour finir, faisons le tour des titre que l’on trouve sur cet album.
1-Coup de foudre Chanson romantique pour un démarrage en douceur.
2-J’ai jamais su Rythme un rien chaloupé, avec des cuivres bien présents.
3-Qu’est-ce qui se passe à la caisse ? Un titre contre le consumérisme. La voix n’est pas toujours en rythme avec la musique, mais c’est ce qui fait justement le style Higelin.
4-New Orleans Jazzy et entraînant.
5-Égéries, muses et modèles Un titre très mélancolique, avec une instrumentation minimaliste.
6-Kyrie eleison Sombre, la voix se fait très grave et avec une dissonance forte.
7-Hôtel Terminus Un fond musical plus rock, mais le résultat n’est pas très accrocheur.
8-Août put Un titre parlé plus que chanté sur un fond musical très ténu. Le texte n’est pas terrible et le morceau très long.
9-Valse MF Un morceau sur l’exclusion, mais qui permet d’apprécier toute la poésie d’Higelin.
10-Bye bye bye Des sonorités un peu country pour ce morceau très sympa.
11-Aujourd’hui la crise Un ton ironique sur la crise, sur une musique presque enjouée… Sauf que le morceau est une reprise d’un de ses morceaux des années 70…
12-Expo photos Un instrumental relaxant pour terminer.
Suite et bientôt fin de la série des romans de Ian Fleming ayant mis en scène son célèbre héros : James Bond ! On Ne Vit Que Deux Fois est en effet l’antépénultième roman de la série, le dernier à avoir été édité de son vivant. Mais aussi, et même avant tout, un des meilleurs et des plus élaborés. C’est aussi celui qui permettra à 007 d’affronter dans un duel à mort son plus grand ennemi : Ernst Stavro Bofeld.
James Bond n’est plus que l’ombre de lui-même, n’arrivant pas à se remettre de la mort de son épouse, Teresa, assassinée quelques heures après leur mariage par Irma Blunt, la complice de Ernst Bofeld. Ses supérieurs pensent sérieusement à le renvoyer, mais vont lui offrir une dernière chance. Il l’envoie au Japon pour tenter de convaincre le chef des services secrets nippons, Tigre, de donner au MI6 une machine capable de décoder les codes russes qu’ils ont en leur possession. Il finira par accepter, mais l’agent 007 doit pour cela lui rendre un service en échange. Un service qui va lui faire recroiser la route de vieilles connaissances.
On Ne Vit Que Deux Fois conclut la trilogie entamée avec Opération Tonnerre et poursuivie par Au Service Secret de Sa Majesté où James Bond affronte le SPECTRE et son chef, Ernst Bofeld. Depuis l’assassinat de l’épouse de l’espion britannique, les choses sont devenues personnelles entre les deux hommes et chacun ne trouvera de repos qu’à la mort de l’autre. Bon, je ne vous dis pas qui gagne à la fin, mais je me doute que vous avez une très légère idée sur la question.
Mais ces trois romans ne se distinguent pas que par leur unité scénaristiques. Ils ont surtout marqué le passage d’une littérature de gare sympathique mais assez médiocre souvent, à quelque chose de plus élaboré. Ce n’est toujours pas du grand roman d’espionnage, mais on retrouve tout de même avec toujours autant de plaisir le mythique agent 007. Surtout que Ian Fleming a définitivement transformé son personnage pour le faire coller avec celui présent sur grand écran, ce qui n’était pas du tout le cas à l’origine.
On Ne Vit Que Deux Fois franchit même encore un palier en proposant un humour plus présent et même un certaine originalité. Le roman repose beaucoup sur le choc des cultures entre le Grande-Bretagne et le Japon. Il passe en grande partie par le personnage de Tigre qui n’arrête pas de mettre notre héros dans des situations où ses habitudes occidentales vont être quelque peu bousculées. Une large partie de l’intrigue tourne autour de cela et, comme souvent chez Ian Fleming, l’action proprement dite n’interviendra qu’à la toute fin. En tout cas, le résultat fonctionne plutôt bien et donner une épaisseur supplémentaire à cet épisode par rapport au reste de la série.
Evdiemment, tout cela tourne parfois légèrement au cliché. Mais cela fait aussi partie du charme de James Bond, qui nous propose de toute façon toujours des aventures hautement improbables et réalise quelques prouesses assez peu crédibles. On Ne Vit Que Deux Fois ne cherche pas le réalisme, Ian Fleming reste tout de même largement avant tout un auteur de divertissement. Et dans cette optique, ce roman atteint plutôt son but.
La plume de Ian Fleming n’est toujours pas la plus élégante du monde, On Ne Vit Que Deux Fois le confirme une nouvelle fois. On lui reprochera comme souvent de ne pas toujours être totalement clair, surtout quand les situations se compliquent… On peut d’ailleurs trouvera ça assez logique… Mais, comme toujours dans cette série, ce roman n’est pas très long et on le lit tout de même avec grand plaisir, en sachant bien que l’on est pas en train de parcourir un chef d’œuvre impérissable de la littérature.
James Bond reste avant tout un héros légendaire du 7ème art. Mais son géniteur restera tout de même à jamais Ian Fleming, qui signa quelques romans dignes de la légende, comme On Ne Vit Que Deux Fois.
Premier film événement de l’année 2013, The Master est arrivé sur nos écrans. Très remarqué à la dernière Mostra de Venise, il pourrait offrir à une partie de son casting quelques statuettes lors de la prochaine cérémonie des Oscars. Un long métrage très attendu donc (enfin quand même moins que le nouveau Tarantino, il ne faut pas déconner!), mais qui, autant le dire tout de suite, m’a profondément fait chier… Reste maintenant à expliquer un peu plus en détail pourquoi…
Freddie Quel revient de la guerre dans le Pacifique légèrement perturbé. Enfin plus que légèrement… Instable et violent, il semble partie pour une vie d’errance et d’expédients. Un soir, complètement saoul, il s’embarque clandestinement sur un bateau. Le navire a été loué par Lancaster Dodd, le chef spirituel d’un mouvement appelé la Cause. Ce dernier va prendre Freddie sous son aile… ou plutôt en faire un cobaye.
Aux Etats-Unis, The Master a beaucoup fait parler de lui car l’histoire est largement inspiré par celle du fondateur de la scientologie. Ceci n’a évidemment guère plu à la secte qui a fait enfler la polémique. Paul Thomas Anderson a eu beau contester le parallèle, il est pourtant évident. Si les péripéties du film sont purement fictives, elles font tout de même écho à des situations bien réelles présentes et passées.
Que l’on considère ce film comme une pure fiction ou non, il souffre d’un grave défaut qui m’a laissé en dehors de l’histoire tout du long. Et quand un film dure 2h17, tout du long, c’est très long ! Le personnage principal a certes de bonnes excuses pour être quelque peu perturbé, mais il est avant tout hautement antipathique. Du coup, on a bien du mal à ressentir une forte empathie face à son parcours et tout ce que le gourou va lui faire subir. Peut-être que je n’ai pas de cœur, mais j’avoue que ce film ne m’a tout simplement pas touché. Et vu la nature de l’histoire, cela conduit forcément à un désintérêt certain.
Un autre défaut de The Master est son aspect purement descriptif, pour ne pas dire contemplatif. Certes, Paul Thomas Anderson cherche à dénoncer par l’exemple, mais il ne nous livre pas réellement de point de vue. On peut y voir une force car cela oblige le spectateur à arriver à ses propres conclusions, sachant qu’il a peu de chance de se dire « oh quel chic type ce gourou ! » . D’un autre côté, cela confère à ce film un rythme assez monotone où les évènements s’enchaînent sans sembler nous mener où que ce soit.
Paul Thomas Anderson réalise de toute façon des films qui laissent rarement indifférent (et qui sont généralement assez longs). Personnellement, j’étais plutôt fan, surtout de Punch Drunk Love et There Will Be Blood. En fait, The Master m’a fait la même impression mitigée que Magnolia, que j’avais déjà trouvé particulièrement maîtrisé artistiquement, mais développant un propos qui m’avait personnellement laissé largement indifférent. En fait, la réalisation est peut-être justement trop parfaite, trop académique, pour ne pas dire trop lisse.
En tout cas, Paul Thomas Anderson reste un formidable directeur d’acteurs. Il faut dire qu’il sait toujours s’entourer d’un casting de très haut niveau. Joaquin Phoenix et Phillip Seymour Hoffman ont été justement récompensés à Venise (ce qui a d’ailleurs coûté le Lion d’Or au film, la règle étant de ne pas donner plusieurs prix à un même film). Mais si leur performance est impressionnante, demandant un investissement à la fois mental et physique hors du commun. Cependant, comme tout le reste dans ce film, cela n’arrive pas à dépasser l’admiration pour passer au stade de l’émotion.
Autant le dire, The Master m’a déçu. Un film trop long, trop froid, qui laisse trop le spectateur en dehors de l’histoire pour qu’il puisse vraiment l’apprécier.
Fiche technique : Production : The Weinstein Company JoAnne Sellar, Ghoulardi Film Company, Annapurna Pictures Distribution : Metropolitan Filmexport Réalisation : Paul Thomas Anderson Scénario : Paul Thomas Anderson Montage : Leslie Jones, Peter McNulty Photo : Mihai Malaimare Décors : Jack Fisk, David Crank Musique : Jonny Greenwood Durée : 137 mn
Casting : Joaquin Phoenix : Freddie Quell Philip Seymour Hoffman : Lancaster Dodd Amy Adams : Peggy Dodd Laura Dern : Helen Sullivan Jesse Plemons : Val Dodd Rami Malek : Clark
J’ai été voir Maniac pour trois raisons. D’abord, les bonnes critiques, inhabituelles pour un film de ce genre. Ensuite, ma culture dans ce genre cinématographique connaît de sérieux trous et il y a de nombreux classiques que je n’ai pas vu. Il est donc important de ne pas rater les nouvelles productions susceptibles de le devenir ! Ensuite, je maintiens que la performance d’Elijah Wood dans le Retour du Roi a été bien trop éclipsée par le déluges d’effets spéciaux et d’action. J’ai donc toujours plaisir à le revoir. Trois bonnes raisons… Mais de mon point de vue, un mauvais film…
Frank est un garçon renfermé qui vit seul dans sa boutique, spécialisée dans la réparation de vieux mannequins. Son hobby ? Serial killer, collecteur de scalps de jeunes et jolies jeunes filles. Il faut dire que feu sa maman a un peu perturbé son rapport avec la gente féminine. Mais un jour, il croise la route d’Anna, une photographe qui semble fascinée par son travail et semble pouvoir le comprendre. Pourra-t-il créer une relations normale avec elle ?
Le style de la réalisation de Maniac tient en deux mots : caméra subjective. En effet, le film est tourné comme si les yeux du tueur était la caméra. On passe de temps en temps devant des miroirs pour se rappeler que l’acteur principal est bien Elijah Wood, mais sinon on voit ce qu’il voit, en plus de quelques flashbacks. Le principe n’est pas inintéressant, mais utilisé tout au long de l’heure et demi que dure le film, il devient lassant et on aimerait parfois voir les événements d’une autre façon. Enfin, disons que c’est un parti pris du réalisateur et il va jusqu’au bout, on peut au moins respecter la démarche.
Comme on voit tout ce que voit le tueur, Maniac est particulièrement cru puisqu’il nous permet de voir très en détail les mutilations post-mortem qu’il pratique sur ses victimes. C’est parfois assez gore, âmes sensibles s’abstenir ! Cela en est même parfois dérangeant, mais comme elles se répètent à plusieurs reprises, là aussi l’impact décroit progressivement. Tout comme l’intérêt que l’on porte à cette histoire.
En fait, Maniac se distingue quand même par son personnage principal. Frank est un psychopathe qui aurait pu être beaucoup plus marquant s’il apparaissait dans un meilleur film. Il n’a rien du sadique cruel et sûr de lui, à la Hannibal Lecter. Il est plutôt du genre pauvre type perturbé, qui ne gère pas du tout ses pulsions, mais qui même sans cela ne semblerait pas aller très bien. Le problème est qu’il est strictement impossible de s’y attacher et, comme tout le film nous fait partager son regard, on a bien du mal à profiter du spectacle.
En fait, j’ai surtout trouvé Maniac dérangeant et malsain, mais au final de manière assez gratuite. Le rapport entre le tueur et sa mère fait un peu psychologie de bas étage et n’arrive pas vraiment à donner une épaisseur à tout cela. Visiblement, certains l’ont perçu, moi j’ai surtout trouvé le temps long, pour ne pas dire pénible. En plus, tout cela se prend désespérément au sérieux !
Maniac me conforme par contre dans l’opinion qu’Elijah Wood est un acteur qui mériterait des rôles plus intéressants et surtout mieux dirigés. Ce rôle n’avait rien de facile et il s’en sort de manière convaincante, même si ce n’est pas pour ça que cela rend le personnage plus « aimable » ou le propos plus intéressant. On appréciera aussi le charme discret de la Nora Arzemeder, seul raison de se réjouir dans ce film en fait.
J’ai donc été loin d’apprécier Maniac. Un film qui mal à l’aise comme jamais, mais finalement de manière totalement vaine.
Fiche technique : Production : Aja/Levasseur Productions, La Petite Reine, Studio 37, Blue Underground, Ciné+ Réalisation : Franck Khalfoun Scénario : Alexandre Aja, Grégory Levasseur, C.A. Rosenberg, d’après le scénario de Joe Spinell Montage : Baxter, Franck Khalfoun Photo : Maxime Alexandre Distribution : Warner Bros Entertainment France Musique : Rob Durée : 93 mn
Casting : Elijah Wood : Frank Nora Arnezeder : Anna Sammi Rotibi : Jason America Olivo : la mère de Frank Liane Balaban : Judy Freedom : le policier
Alors que la manifestation homophobe parcourt les rues de Paris…
Bon, commençons ce billet par un peu de sémantique. Beaucoup de personnes participant au cortège ou postant des commentaires sur les articles traitant du sujet vous rappelleront que ce terme désigne, en théorie, quelque chose de bien particulier en rapport avec la « peur » (d’où le suffixe phobe), ce qui n’est pas du tout ce qu’ils ressentent. Ils ont tout à fait raison. De même que la xénophobie est différente du racisme, l’homophobie est différente du… Ah on s’aperçoit vite qu’il manque un mot dans la langue française. Mais ne voulant pas alourdir mon texte par d’incessantes périphrases, ni me sentant le droit de créer un néologisme, je maintiens le terme homophobe qui est peut-être légèrement impropre, mais tant que ça non plus !
Le débat autour du mariage pour tous montre bien que l’acceptation de l’homosexualité dans notre société a encore bien du chemin à parcourir. D’ailleurs, même des personnes soutenant le projet vont se définir comme tolérant vis-à-vis de l’homosexualité. Or, on n’a pas être tolérant avec l’homosexualité, comme on n’a pas à être tolérant avec les grands, les petits, les blonds, les bruns ou encore les noirs… Eventuellement, on est tolérant avec son voisin du dessus qui apprend à jouer de la clarinette tant qu’il le fait à des heures acceptables, mais on n’a pas à « tolérer » ce que les autres sont, quand cela n’a aucun impact sur sa propre vie et quand en plus les autres en question n’ont pas choisi de l’être.
En fait, être homosexuel aujourd’hui, c’est un peu comme être noir il y a encore un siècle ou deux. Cette comparaison, hasardeuse comme toutes les comparaisons, permet de voir comment les mœurs suivent une certaine évolution et comment les positions de chacun sont à remettre dans le contexte de l’époque. Les membres de la Société des Amis des Noirs au XVIIIème siècle étaient à la pointe du progrès social, des hommes admirables. Ce n’est pas pour ça qu’ils étaient tous prêts à accorder le droit de vote (qui de toute façon n’existait pas) aux gens de couleurs ou encore moins à autoriser leur fille à en épouser un, ce qui aujourd’hui en feraient des gros cons de racistes.
Pour poursuivre sur la même logique, beaucoup de justifications à l’opposition au mariage pour tous reprend une rhétorique pseudo-scientifique qui rappelle justement celle de tous ceux qui ont défendu le racisme, l’eugénisme et bien d’autres idées abjectes qui ont longtemps eu pignon sur rue. Ils brandissent l’enfant comme un talisman inattaquable qui peut justifier leur haine et leur mépris. Mais remplaçons dans leur discours le mot homosexuel par le mot pauvre et vous obtiendrez un discours tout aussi valable. Les enfants de pauvres ont plus de problèmes que les enfants des classes aisées. Doit-on donc en conclure qu’il faut empêcher les pauvres de se marier et de se reproduire ?
Quant à la rhétorique religieuse, elle pourrait faire sourire si à l’heure actuelle l’Ouganda ne tentait pas de rétablir la peine de mort pour les homosexuels, au nom de ce qui est marqué dans la Bible. La peine de mort pour les homosexuels est explicitement prescrite dans l’Ancien Testament, exactement comme la Génèse explique clairement que les Noirs ont été crées par Dieu pour êtres des esclaves. C’est notamment comme ça que le Ku Klux Klan, mouvement évangéliste, justifie ses exactions (cf. l’excellent film de Costa-Gavras, la Main Droite du Diable à ce sujet). Bref, on peut tout faire dire à la Bible sur à peu près n’importe quel sujet. Toutes les religions d’ailleurs sont devant un combat qu’elles savent perdus d’avance. Leur position est tout simplement intenable. Il suffit d’écouter le discours du recteur de la Grande Mosquée de Paris tenir à la fois un discours positif autour du fait que l’homosexualité est une réalité qui doit être vécue sans remords au grand jour, sans incompatibilité avec le fait d’être un bon musulman, tout en condamnant une égalité des droits.
On peut comprendre que beaucoup de personnes continuent à ressentir un certain malaise à la vue de deux hommes qui s’embrassent, car trop en contradiction avec les schémas qui leur ont été inculqués dès leur plus jeune âge. C’est plus fort qu’eux et on peut qualifier ça d’homophobie. Mais heureusement, la plupart de ces gens là ne la transforment pas en haine et en sont pas près à battre pour le crier sous les toits, quand tant de causes, tant de souffrances, tant d’injustices mériteraient bien d’autres manifestations. Ceux qui sont dans la rue à l’heure où j’écris ces lignes constituent donc la frange la plus en opposition avec une évolution inéluctable de la société. Chaque époque de l’humanité a son meilleur et son pire. Ils représentent le pire et leur combat ne mérite à ce titre qu’un profond mépris.
Il ne faudra plus attendre très longtemps avant que s’opposer au mariage pour tous ne devienne aussi saugrenu et extrémiste que de s’opposer au mariage entre blancs et noirs. D’ici quelques décennies, on ne pourra plus voir dans un parti de gauche comme le PS un militant exprimer son opposition à une telle idée sans qu’on lui indique la porte de sortie pour le renvoyer dans le même caniveau où nous considérons que les idées du Front National demeurent. L’exemple de l’Espagne est frappant. L’opposition au mariage pour tous était d’une ampleur bien supérieure à celle en France (1,5 millions de personnes dans les rues de Madrid pour 20 millions d’habitants de moins). Un peu moins de dix ans après, plus personne n’en parle, sinon quelques irréductibles à la haine viscérale.
Le mariage pour tous verra le jour et deviendra vite une norme car il rajoute des droits à une partie de la population, sans en priver qui que ce soit. C’est l’immense différence avec le combat de 1984 contre la réforme de l’Education Nationale qui aurait mis fin à l’enseignement privé. Les organisateurs de la manifestation d’aujourd’hui ont tort d’espérer que l’histoire se répète, car elle est bien différente. Bien sûr, il restera toujours une homophobie ordinaire, comme il existe un racisme ordinaire, mais on ne pourra jamais éradiquer totalement ces faiblesses humaines.
Mais cette vision assez optimiste ne doit nous faire oublier que le combat vaut encore le coup d’être mener avec force. N’oublions pas qu’il y a 7 fois plus de suicides chez les homosexuels que chez les hétérosexuels, 13 fois même chez les adolescents. L’homophobie tue ! La bêtise humaine non. Sinon, les rues de Paris seraient jonchés de cadavres cette après-midi…
Les chiens ne font pas des chats, mais parfois un peu quand même. La famille Renoir peut en fait illustrer les deux versions du proverbes. En effet, on peut considérer qu’un immense artiste a engendré un immense artiste, ou bien qu’un peinte a engendré un cinéaste. Comme quoi tout est relatif, comme dirait Albert. En tout cas, toute cette belle famille nous a donné un bien beau film pour débuter l’année, sobrement intitulé Renoir.
Au cœur de la guerre 14-18, la jeune et belle Andrée se rend à la propriété d’Auguste Renoir, désormais perclus de rhumatismes, pour proposer ses services comme modèle. Dans la maison, les domestiques et le jeune fils du maître lui font vite comprendre qu’il s’agit d’un emploi qui l’emmènera très certainement dans le lit du peintre. Mais c’est sans compter le retour de Jean, blessé à la cuisse au cours du conflit.
Renoir est un film aux thématiques nombreuses et riches. Il faut dire qu’avec deux tels personnages, il y a de quoi faire. Certes à cette époque, Jean Renoir n’était qu’un simple soldat convalescent qui rêvait vaguement de cinéma. Mais cela n’empêchera pas très vite de voir naître une rivalité entre le fils et le père. La belle Andrée en sera bien sûr le catalyseur, mais le propos va plus loin, car le thème de la figure paternel écrasante existe même sans la jeune fille.
Mais Renoir est bien plus qu’un simple triangle amoureux ou un énième film sur les relations père-fils. Il nous parle aussi de rapports sociaux, du poids des convenances, du désir d’émancipation, de la déchéance physique ou à l’inverse des ambitions et des rêves de jeunesse. Mais il parle aussi évidemment avant tout de l’acte de création. Et on ne peut que constater encore une fois que ce processus est particulièrement cinégénique. On ne compte plus les beaux films qui font leur élément central (Frida, Séraphine, Ivre de Femmes et de Peintures…). On en a un nouvel exemple ici.
On peut cependant reprocher à Renoir un léger aspect contemplatif qui nuit quelque peu au rythme du film. On ne s’ennuie pas vraiment, mais le scénario offre un long moment de flottement en son milieu où ni la situation, ni les personnages n’évoluent vraiment, ou du moins assez lentement. Le film n’est pas spécialement long, il est très riche, mais on peut cependant trouver que le propos manque quelque fois un peu d’épaisseur. Mais comme chacun trouvera une thématique qui lui parle, on peut tout de même apprécier ce film pour de multiples raisons.
On peut également apprécier Renoir parce que c’est un beau film. Il est évidemment difficile de parler de peinture et de création artistique, si les images ne possèdent pas elles-mêmes des qualités esthétiques. La réalisation de Gilles Bourdos reste sobre, mais surtout subtile. Il arrive à nous faire saisir ce qui charme le regard du grand peintre. Des paysages bien sûr, mais aussi et même surtout le corps de la belle Andrée. La caméra épouse la vision de l’artiste, une vision partagée entre désir primaire et l’amour de ce qui est tout simplement beau. Cela passe aussi d’ailleurs par de très bons dialogues.
Renoir nous propose une vraie révélation en la personne de Christa Théret que l’on avait découvert il y a quelques années dans le sympathique Et Toi, t’es Sur Qui ? En plus d’être tout simplement sublime, elle dégage un charisme sur lequel repose une large partie du film. Sa carrière devrait prendre une nouvelle dimension et méritera d’être suivie. On ne n’en dirai pas autant de Vincent Rottiers dont la performance est convaincante, mais sans être particulièrement brillante. Tout cela sous le regard d’un Michel Bouquet qui ne rajeunit pas et qui, après le Promeneur du Champs de Mars, nous livre encore une fois une interprétation sublime d’un personnage historique au crépuscule de sa vie.
Renoir confirme que peinture et cinéma font toujours bon ménage. Un beau film sur la création et l’amour. Mais peut-il exister l’un sans l’autre ?
Fiche technique : Titre : Renoir Réalisation : Gilles Bourdos Scénario : Gilles Bourdos, Michel Spinosa et Jérôme Tonnerre Directeur de la photographie : Mark Ping Bing Lee Montage : Valérie Deloof, Cyril Holtz et Yannick Kergoat Direction artistique : Elsa Pharaon Musique : Alexandre Desplat Production : Olivier Delbosc et Marc Missonnier Producteur exécutif : Christine De Jekel Durée : 1 h 51
Casting : Michel Bouquet : Auguste Renoir Christa Theret : Andrée Heuschling Vincent Rottiers : Jean Renoir Thomas Doret : Coco Romane Bohringer : Gabrielle Michèle Gleizer Carlo Brandt : Dr Prat Hélène Babu : Odette Stuart Seide : Dr Barnes Paul Spera : Secrétaire de Barnes
Pour toucher du doigt la perfection, il faut beaucoup de travail et d’entraînement. Pour livrer un pur chef d’œuvre du 7ème art comme The Dark Knight, il fallait bien quelques brouillons de bien moindre qualité. Ils aurait pu rester à jamais sur le papier ou bien être tout de même porté sur pellicule. Ce fut le cas de Batman Begins, un film où Christopher Nolan explore les origines de l’homme chauve-souris. Et le fait assez mal…
Bruce Wayne croupit au fond d’une geôle asiatique, après avoir fui un Gotham City rongé par la corruption, qui a vu le meurtrier de ses parents sortir prématurément de prison. Il est libéré par l’intermédiaire d’un mystérieux personnage qui lui propose de le mettre à l’épreuve pour voir s’il est digne de poursuivre un entraînement lui procurant la force de combattre le mal. Mais les intentions de son maître d’arme apparaissent vite beaucoup plus ambiguës qu’il n’y paraît.
Batman Begins est divisé en deux aspects bien distincts. Le premier est la manière donc le jeune Bruce Wayne est devenu Batman, comment il a crée son propre personnage et pourquoi il s’est placé sous le signe de la chauve-souris, animal qui ne fait pas vraiment rêver à la base. Tous les fans plus ou moins absolus de ce super-héros seront heureux de voir comment tout cela a commencé, car il est vrai que ses origines sont moins célèbres que celles d’un Superman ou d’un Spiderman.
Mais à côté de ça, il faut bien que ce héros débutant soit confronté à des premiers ennemis et une première menace planant sur Gotham. Et c’est là que les choses se gâtent ! Cet aspect de Batman Begins n’a pas le temps d’être assez développé pour être vraiment intéressant. Du coup, cela donne l’impression d’être là juste pour que le film soit assez long. Les méchants n’ont pas de profondeur et laissent passablement indifférents. Il est vrai que rien ne peut rivaliser avec le Joker de The Dark Knight, mais le mal est plus profond. Le récit, au moins dans cette partie, est tout simplement médiocre.
Je mentirai si je disais que je me suis ennuyé devant Batman Begins. Il se passe toujours quelque chose, les scènes d’actions sont nombreuses et souvent spectaculaires. Mais il manque vraiment uns souffle épique pour que tout cela prenne véritablement une autre dimension. Même notre héros avec des allures de jeune premier hésitant ne nous séduit pas, car on l’aime généralement pour sa noirceur et son ambiguïté qui ne sont qu’esquisser.
Il faut cependant regarder Batman Begins pour ce qu’il est désormais, c’est à dire la première partie d’une trilogie tout de même magnifique dans son ensemble. Ces débuts sont moyens mais posent bien les fondations qui permettront à The Dark Knight et The Dark Knigth Rises de voir le jour et de donner à la vision de Christopher Nolan toute sa profondeur et tout son impact. J’aurais sûrement encore moins aimé ce film si je l’avais vu avant les autres et non après. Mais tout de même, il reste trop de faiblesses et d’insuffisances pour être totalement magnanime.
A l’image de son réalisateur, Christian Bale semble un peu hésitant dans son costume de chauve-souris. En fait c’est tout le casting de Batman Begins qui, comme le film dans son ensemble, ne semble jamais vraiment convaincu par ce qu’il joue et donc jamais vraiment convaincant. Liam Neeson nous livre encore un rôle de mentor et ce n’est sûrement pas son meilleur. Katie Holmes est bien gentillette mais un peu transparente. Seul Cillian Murphy arrive à mettre un peu de folie et de conviction dans son personnage.
Batman Begins ne laissait donc pas présager l’immense réussie qu’allait représenter la trilogie de Christopher Nolan. Avec un peu de recul, les prémisses étaient bien là… Mais trop isolés dans des éléments bien trop médiocres…
Fiche technique : Production : Syncopy Distribution : Warner Bros.Pictures Réalisation : Christopher Nolan Scénario : Christopher Nolan et David S. Goyer Montage : Lee Smith, A.C.E Photo : Wally Pfister, A.S.C Décors : Nathan Crowley Son : David G. Evans, Stephan Henrix Musique : Hans Zimmer, James Newton Howard Effets spéciaux : Janek Sirrs, Dan Glass Costumes : Lindy Hemming Maquillage : Peter Robb-King Directeur artistique : Simon Lamont Durée : 139 mn
Casting : Christian Bale : Bruce Wayne / Batman Michael Caine : Alfred Liam Neeson : Ducard Katie Holmes : Rachel Dawes Gary Oldman : Jim Gordon Cillian Murphy : Dr. Jonathan Crane Tom Wilkinson : Carmine Falcone Rutger Hauer : Earle Ken Watanabe : Ra’s Al Ghul Morgan Freeman : Lucius Fox
Suite et fin de l’excellente trilogie justement intitulée la Trilogie de l’Empire, avec le troisième volet (logique pour une trilogie…) Maîtresse de l’Empire. Une saga qui nous prouve que la fantasy ne rime pas toujours avec un monde sans femmes comme chez Tolkien. Une saga qui nous prouve surtout que les femmes peuvent faire de la politique, voire même le faire mieux que les hommes. De la fantasy féministe donc !
Après avoir acquis le titre de Pair de l’Empire, Mara semble avoir amené la paix et la prospérité à la maison des Acoma. Mais elle n’a visiblement pas terrassé tous ses ennemis puisqu’une nouvelle tentative d’assassinat est perpétuée contre sa personne. La tentative échoue, mais aboutit à la mort de son fils aîné. Plongée dans le plus grands des désespoirs, elle devra vite reprendre ses esprits pour lutter contre de nouvelles menaces. Et s’opposer à la plus grande puissance de son monde : l’Ordre des Magiciens.
Commençons directement par l’élément qui fait légèrement tâche dans La Trilogie de l’Empire, Tome 3 : Maîtresse de l’Empire. Un épilogue parsemé de réflexions sorties tout droit du monde des Bisounours ou bien de chez McDonald…. Bah oui, ça se passe comme ça chez McDonald. Bref, c’est dommage de finir comme ça… Sauf que ces quelques pages sur trois tomes de pur bonheur littéraire, on les oublie vite, même si ce sont les dernières.
Si je veux vraiment continuer à chercher la petite bête, je dirais que La Trilogie de l’Empire, Tome 3 : Maîtresse de l’Empire aurait pu être encore plus passionnant. En effet, une partie du récit nous fait entrevoir de grandes révélations qui n’arrivent jamais vraiment. Mais pris dans le flux de l’intrigue, on n’a pas trop le temps de s’y attarder pendant un final riche en péripéties et en rebondissements.
La Trilogie de l’Empire, Tome 3 : Maîtresse de l’Empire est le plus long des épisodes, mais aussi le plus riche en évènements. En effet, le décor est déjà posé depuis longtemps et si le récit va nous faire découvrir quelques territoires encore inconnus, c’est largement l’action qui domine dans ce roman. Des intrigues de cour bien sûr, mais aussi beaucoup d’action plus directe. Moins de complot, plus d’affrontements. Cela permet à l’esprit de la saga de se renouveler quelque peu, en tout cas de ne pas faire naître chez le lecteur la moindre lassitude.
On retrouve bien sûr dans La Trilogie de l’Empire, Tome 3 : Maîtresse de l’Empire toutes les qualités qui nous a fait tant apprécier les deux premiers volumes. Tout d’abord, ces personnages si réussis que l’on connaît très bien désormais. Le récit à la bonne idée de continuer à les faire évoluer, de leur donner encore une épaisseur supplémentaire. Il continue également à être toujours clair. Les évènements sont plus directs, plus simples à comprendre, Raymonde E. Feist n’allait donc pas commencer ici à nous perdre dans une intrigue confuse.
Toutes ces qualités tiennent toujours à la qualité de la plume de Raymond E. Feist et Jamy Wurts. Je le répète à chaque fois que je rédige un avis sur un roman du premier, mais son style est bien meilleur que ce que la fantasy nous offre d’habitude. C’est donc avec un plaisir toujours aussi grand que l’on parcourt, que dis-je, que l’on dévore ces pages au sein de cet incroyable univers sorti de son imagination.
La Trilogie de l’Empire peut être lue indépendamment du reste de l’ouvre de Raymond E. Feist. Elle s’achève en beauté avec ce troisième tome, Maîtresse de l’Empire qui nous fait quitter à grands regrets sa merveilleuse héroïne.
Connaître un certain succès à l’international avec un film français offre peut offrir un billet pour les Etats-Unis à un réalisateur de chez nous. Ce fut le cas il y a deux ans d’Olivier Dahan qui après la Môme, récompensé par un l’Oscar de la meilleure actrice, avait réalisé le bien trop anonyme My Own Love Song, avec notamment Renée Zellweger. C’est au tour de Laurent Cantet, qui avait remporté la Palme d’Or à Cannes avec Entre les Murs, de traverser l’Atlantique pour nous proposer Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles. Un film dont les grandes qualités se diluent malheureusement dans une longueur inutile.
Dans les années 50 et une petite ville de l’Amérique profonde, la condition féminine n’est pas la plus enviable qui soit. Un groupe d’adolescentes, emmené par la charismatique Legs, va former une société secrète qui visera à les émanciper et à se venger des humiliations qu’elles subissent. Elles décident même de louer une maison pour y vivre toutes ensemble. Mais elles vont surtout se heurter très vite à la réalité.
Je ne déflorerai pas le suspense en indiquant que Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles repose sur le schéma classique de la construction d’un groupe, d’une utopie avant de voir naître les tensions qui vont aboutir à son délitement. Le film est raconté en flash-back et il est immédiatement précisé que tout cela finira assez mal. Il n’y a donc pas de volonté de créer un faux suspense à ce niveau-là. Le scénario n’a donc rien de surprenant, ni de radicalement original. Même le fait que les protagonistes soient des adolescentes le rapproche de 17 filles sorti il y a un an.
Il est donc dommage que le film soit si long. 2h23, c’est quasiment une bonne demi-heure de trop. Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles connaît une sorte de trou d’air narratif entre l’installation du groupe et le dénouement qui aboutira à son éclatement. Certes, on partage le quotidien et on voit certains tensions monter, mais on reste quand même longtemps sur un certain status quo. Et le status quo en cinéma, ce n’est jamais très bon, très longtemps.
Cependant, Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles restera tout de même comme un des premiers bons films de l’année 2013. Je trouve les critiques un tantinet dithyrambique, mais il est vrai que si le film se traîne un peu, il ne nous entraîne jamais vers l’ennui. Le propos est quand même remarquablement traité. Cela reste avant tout un film de personnages et le portrait de ces jeunes filles est vraiment réussi. Elles nous sont présentées à travers leurs actes, jamais le film n’est contemplatif ou bien introspectif. Certes, la narratrice nous fait part de réflexion personnelle, mais elles restent ténues et n’alourdissent en rien l’intrigue.
Laurent Cantet nous fait étalage ici d’aspects de son talent qu’on ne lui connaissait pas encore. En effet, Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles est un film situé dans l’Amérique profonde des années 50 et a donc nécessité un travail important de reconstitution des décors et des costumes. La photographie est elle aussi soignée, afin de recréer une ambiance visuelle collant avec l’époque. On est très loin de l’aspect documentaire de Entre les Murs, mais a au contraire nécessité une grande maîtrise artistique.
Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles demeure tout de même une réussite grâce à son magnifique casting. Les personnages jouent un rôle trop central pour qu’on puisse pardonner une faiblesse à ce niveau là. On saluera en particulier trois des jeunes filles : Katie Coseni, Madeleine Bisson et surtout Raven Adamson qui interprète la leader du groupe avec un charisme sans lequel son personnage n’aurait pas été crédible une seule seconde. Incontestablement un nom à suivre !
Foxfire, Confessions d’un Gang de Filles est donc un bon film, mais aurait pu être un grand film avec plus de rythme. Il aurait alors eu le souffle qui lui manque parfois par moment, sans pour autant jamais nous mener jusqu’à l’ennui.
Fiche technique : Production : Haut et Court, The Film farm, France 2 Cinéma Distribution : Haut et Court Réalisation : Laurent Cantet Scénario : Laurent Cantet, Robin Campillo, d’après le roman de Joyce Carol Oates Montage : Sophie Reine Photo : Pierre Milon Musique : Timber Timbre Durée : 143 mn
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