DES HOMMES SANS LOI : Des gangsters qui marchent droit

deshommessansloiaffiche

deshommessansloiafficheLorsque le gouvernement des Etats-Unis a imposé la prohibition en 1919, il ne se doutait pas de l’offrande qu’il faisait à l’humanité. Non que cette loi se ait été généralisée pour créer un monde sans alcool (heureusement !), mais parce que cette période allait constituer une source d’inspiration pour de nombreux auteurs. En effet, c’est à cette époque qu’est né la figure du gangster qui hante régulièrement la littérature et le cinéma. Dernier exemple en date, Des Hommes Sans Loi.

Les trois frères Bondurant font partie des nombreux des producteurs d’alcool de contrebande du comté de Franklin en Virginie. A leur tête, Forrest qui possède la réputation d’être invincible, acquise lors de la guerre de 14. Howard est l’aîné, mais se montre souvent trop bagarreur sous l’emprise de l’alcool. Enfin, le plus jeune, Jack est prêt à commettre bien des imprudences pour gagner le respect de ses frères. En refusant de se faire racketter par une police corrompue, ils déclenchent une guerre qu’ils pourraient bien ne pas gagner.

Commençons par ce qui fâche et qui fait de Des Hommes Sans Loi un film à l’intérêt somme toute limité. Le scénario est d’une linéarité totale et absolument sans surprise. Certes, le film se veut de facture classique, mais cela ne l’empêchait pas de proposer d’autres choses que les péripéties les plus attendues. Les personnages ne connaissent qu’une évolution minime, si ce n’est celle que l’on devine dès les premières secondes.

Le scénario est pourtant signé de quelqu’un d’un peu inattendu, à savoir le chanteur australien Nick Cave. Ce n’est pas son coup d’essai, mais le premier pour une production de cette envergure. Il s’appuie sur un roman, signé par un des membres de la famille Bondurant. Il s’inspire donc de faits réels, mais peut-être aurait-il du plus romancer pour nous offrir une histoire moins linéaire. Cela reste très manichéen et ne propose rien qu’on ait déjà vu.

Du coup, on n’apprécie pas à sa juste valeur les autres qualités de Des Hommes Sans Loi. Tout dans le scénario n’est pas à jeter. Il est assez rythmé pour que l’on ne s’ennuie pas et surtout les personnages arrivent à attirer notre sympathie, malgré leur aspect un rien caricatural. Il n’aurait pas fallu grand chose pour que le film ait une autre saveur. En gros, les ingrédients sont de qualité, la recette est respectée à la lettre, mais il manque le bouquet d’épices qui fasse vraiment frétiller les papilles du spectateur.

deshommessansloiC’est d’autant plus regrettable que Des Hommes Sans Lois est filmé avec une certaine élégance, très classique elle-aussi, mais qui porte la marque d’un vrai talent. En fait, Des Hommes Sans Loi rappelle un peu le film précédent de John Hillcoat, La Route. Un film qui se distinguait lui aussi par de vraies qualités esthétiques, mais un scénario décevant. Le réalisateur australien sait donc parfaitement mettre en image les histoires, mais ne sait pas vraiment les raconter.

Le casting de Des Hommes Sans Loi est assez prestigieux, avec comme bonne surprise un Shia LeBeouf qui jouerait presque la comédie. Bon je vous rassure, il n’est toujours pas le plus grand comédien que la terre n’ait jamais porté, mais il arrive déjà à être convaincant. C’est un bon début ! Mais il est éclipsé par le charisme de Tom Hardy, même si ceux qui viennent de voir The Dark Knight Rises auront l’impression d’entendre Bane dès qu’il ouvre la bouche. Ce film est aussi la confirmation du charme ravageur de Jessica Chastain et Mia Masikowsa.

Des Hommes Sans Loi est donc un film élégant mais décevant par la linéarité d’un scénario qui nous prive de la moindre surprise.

Fiche technique :
Production : Benaroya Pictures, FilmNation Entertainment, Ana^purna Pictures, BlumHansonAllen Films
Réalisation : John Hillcoat
Scénario : Nick Cave, d’après le livre de Matt Bondurant
Montage : Dylan Tichenor
Photo : Benoît Delhomme
Décors : Chris Kennedy
Distribution : Metropolitan FilmExport
Musique : Nick Cave, Warren Ellis
Costumes: Margot Wilson
Durée : 115 min

Casting :
Shia LaBeouf : Jack
Tom Hardy : Forrest
Jason Clarke : Howard
Jessica Chastain : Maggie
Mia Wasikowska : Bertha
Guy Pearce : Charlie Rakes
Gary Oldman : Floyd Banner

LA VIE D’ARTISTE (Marc Villard) : Courte vie

laviedartiste

laviedartisteOù se situe la frontière entre le roman et la nouvelle ? Ah en voilà un débat de fond qui pourra animer les longues soirées d’hiver dans les chaumières. Vous avez quatre heures ! Plus sérieusement, la discussion n’aurait guère d’importance si les livres étaient gratuits. Bien sûr la littérature ne se juge pas au poids, mais le lecteur en veut quand même un minimum pour son argent. Enfin, je ne sais pas pourquoi je parle de tout ça en fait pour introduire ma critique de la Vie d’Artiste, roman noir de Marc Villard, puisqu’il s’agit d’un livre que j’ai sauvé d’une mort atroce et que je n’ai de toute façon pas payé.

Siren, jazzman de son état, vient de passer un petit mois en prison pour possession de stupéfiants, alors il a envie de la jouer profil bas et de se faire discret. Mais comment faire quand votre copine vient de mourir d’une overdose, avec une bonne quantité de drogue à côté d’elle ? D’abord se débarrasser des objets du délit (le corps et la came) puis aller dans le Nord se planquer chez un de ses potes qui va l’initier aux combats de coqs.

Vous l’aurez compris à la lecture de passionnante introduction, la Vie d’Artiste est un roman extrêmement court. Ou une longue nouvelle si vous préférez. 150 pages chez Rivage Noir, avec une police plutôt généreuse et des marges trop larges pour êtres honnêtes et qui donnent vraiment l’impression qu’on cherche à épaissir le volume de manière artificielle. Bon, personne n’en voudrait à l’éditeur si le texte était hyper original ou terriblement passionnant. Mais là, le résultat est sympa sans plus.

Allez, n’en voulons pas à Marc Villard qui a bien droit d’écrire des textes de la longue qu’il souhaite. Il nous propose donc un roman (appelons-le tout de même comme cela) raconté à la première personne. L’intérêt repose donc autant sur l’intrigue proprement dite que sur les réflexions qu’en tire le narrateur. Les deux aspects sont d’ailleurs traités avec la même réussite et s’équilibrent plutôt bien. La vision désabusée de Siren apporte un recul plein de second degré sur les évènements relativement savoureux.

Cependant, l’intrigue de La Vie d’Artiste est quand même un peu trop légère pour vraiment passionner. C’est trop court ou trop long en fait. Trop court pour que la psychologie des personnages soit vraiment creusée, ainsi que les relations qu’il entretiennent entre eux. Trop court également pour que l’histoire prenne vraiment de l’épaisseur, ni même un minimum de complexité. Trop long par contre pour que le récit aille directement à son but premier comme c’est le plus souvent le cas dans les meilleures nouvelles. Bref, Marc Villard reste un peu le cul entre deux chaises.

C’est dommage parce que sa plume est sympathique. Il arrive quand même à nous faire éprouver un minimum de sympathie envers son personnage principal. La Vie d’Artiste est en fait un long portrait de ce dernier et il faut reconnaître qu’il est plutôt subtil et assez bien emmené. Mais du coup, on reste un peu sur notre faim car on aurait aimé que tout cela soit plus développé. Les réflexions de Siren démontre un vrai sens de la formule de la part de Marc Villard, mais il semble avoir été incapable de dépasser la simple ébauche d’une histoire et d’un personnage. Bref, c’est un peu comme un bel emballage autour d’un cadeau finalement un peu décevant.

Si un jour la Vie d’Artiste tombe entre vos mains, vue sa brièveté, vous ne risquerez pas grand chose à sa lecture. Vous ne passerez pas forcément un mauvais moment, mais il y a peu de chance qu’il vous marque réellement.

 

CONTRA (Vampire Weekend) : Créatif et foufou

contravampireweekend

contravampireweekendEtre artiste, cela peut signifier se torturer les méninges et être pris de passions irrépressibles et spectaculaires. On peut aussi créer pour changer le monde, faire avancer la société, dénoncer les injustices ou soutenir de grandes causes. On peut aussi vouloir à travers son œuvre explorer le plus profond de l’âme humaine, ses contradictions, ses tourments les plus intimes. Mais on peut surtout créer pour s’amuser sans se prendre la tête le moins du monde. C’est exactement le cas de Vampire Weekend et leur album Contra.

Vampire Weekend est un groupe fondé en 2006 à New York. Quatre copains issus de la fac de Columbia : Ezra Koening (chant et guitare), Rostam Batmanglij (clavier, guitare, chant), Chis Tomson (batterie), Chris Baio (basse). Une formation rock assez classique, même si au final leur musique ne l’est pas tout à fait. Ils ont sorti le premier album, simplement intitulé Vampire Weekend en 2008, avant d’enchaîner avec ce Contra deux ans plus tard.

Si Vampire Weekend a tout d’un groupe de rock classique à première vue, dès les premières secondes de Contra, on s’aperçoit qu’il n’en est rien. En effet, leur musique est pleine de sonorités étranges et originales qui viennent agrémenter l’immuable trio guitare-basse-batterie. Les apports sont généralement artificiels, mais on ne peut pas vraiment pas parler de rock-électro. En effet, les mélodies sont rarement jouer au clavier, mais ce dernier vient compléter l’instrumentation classique, un peu comme le fait la batterie en fait.

Ce qui marque immédiatement est également le côté un peu foufou et enthousiaste de Vampire Weekend. Contra est un album qui ne se prend pas au sérieux, bourré d’énergie et de joie de vivre. Le groupe se fait plaisir et c’est le plus souvent relativement communicatif. C’est assez débridé parfois, mais au moins, cela ne ressemble en rien à un produit formaté produit à la chaîne. Le son livré ici est réellement original et possède une vraie personnalité.

Mais voilà, une fois tout cela dit, est-ce que le résultat est vraiment convaincant ? De mon côté, je suis resté un peu circonspect. Je suis entré tout de suite dans Contra et j’ai vraiment apprécié les premiers titres. Cependant, peu à peu, le côté un peu brouillon a commencé à me lasser. C’est hyper créatif, mais on a parfois du mal à suivre Vampire Weekend dans cette musique qui part dans tous les sens. Quelques fois, on aimerait qu’ils se posent, histoire que l’on puisse mesurer vraiment l’étendu de leur maîtrise derrière toute cette énergie déployée.

Le meilleur titre de Contra reste le principal single, Cousins, qui résume assez bien l’album et qui nous propose ce qu’il y a de mieux chez Vampire Weekend. J’ai aussi un petit faible pour Giant (une chanson bonus pas présente sur toutes les versions de l’album). White Sky et Holiday s’écoutent aussi avec beaucoup de plaisir et y sont pour beaucoup sur la bonne impression initiale que procure l’album.

Au final, Contra nous propose un son réellement original, vertu devenue très rare, mais qui manque un peu trop de maîtrise pour être vraiment génial.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Contra.

1.: Horchata
Un morceau introductif aux sonorités originales.

2.: White Sky
Une ballade pop dynamique, avec toujours beaucoup d’originalité dans l’instrumentation.

3.: Holiday
Enjoué, un peu délirant et sympa.

4.: California English
Un titre assez dissonant, mais rigolo.

5.: Taxi Cab
Une ballade douce et mélancolique.

6.: Run
Une instrumentation plus symphonique, mais cela ne leur ressemble pas trop du coup.

7.: Cousins
Un single dynamique et créatif. Très bon !

8.: Giving Up The Gun
Un titre pop-rock plus classique, mais pas forcément hyper intéressant.

9.: Diplomat’s Son
Un titre un rien chaloupé, mais qui manque un peu d’épaisseur.

10.: I Think Ur A Contra
Un morceau plus épuré, entre voix et piano, accompagné de quelques effets sonores tout de même.

11.: Giant
Un titre très dynamique, chaloupé et assez festif.

12.: California English (Pt. 2)
Psychédélique et évaporé, mais guère convaincant.

TOUT VIENT A POINT…

andymurray

andymurrayLe big four du tennis mondial compte désormais réellement quatre protagonistes. En remportant l’US Open, Andy Murray quitte enfin le titre peu enviable de « joueur le plus fort de l’histoire à n’avoir jamais remporté de titre du Grand Chelem ». Son titre olympique l’avait déjà fait changer de dimension, mais son palmarès est désormais réellement celui d’un grand champion. Mais peut-être n’est-il pas encore tout à fait à la hauteur de son immense talent.

On peut aisément parier, malgré la noble incertitude du sport, qu’il ne s’arrêtera pas là. On peut même penser que les années à venir verront les plus grands tournois trustés par le duo Andy Murray – Novak Djokovic. Roger Federer est rattrapé par son âge, Rafael Nadal par les blessures. Ces deux-là sont loin d’être finis mais leur avenir est marqué désormais de plus d’interrogations que de certitudes. Et derrière, il y a un fossé entre ce quatuor et leurs poursuivants les plus immédiats, David Ferrer et Jo-Wilfried Tsonga, qui ne semblent guère posséder de marges de progression. Au-delà, on ne voit pour l’instant rien venir.

Andy Murray à une autre époque aurait déjà un palmarès long comme le bras. Il a eu la malchance de connaître la densité de champions la plus forte que le tennis n’ait jamais connu. Mais il n’a pas accepté la situation comme une fatalité et n’a jamais renoncé. Il en est aujourd’hui logiquement récompensé. Espérons que l’avenir lui offre une reconnaissance à la hauteur de son formidable talent.

THEM CROOKED VULTURES (Them crooked vultures) : Beau casting un peu brouillon

themcrookedvultures

themcrookedvulturesLes groupes de rock, c’est bien connu, ne prêchent que rarement l’amour éternel et la fidélité tout au long de la vie. C’est plutôt sexe, drogue et sexe… Du coup, on ne s’étonnera pas que la carrière de certaines rock-stars ressemblent plus à de l’échangisme à outrance, plutôt qu’un long et tranquille mariage. Et que je forme un groupe avec machin un jour, puis je joue avec trucmuche le lendemain… Bref, on s’y perd, c’est encore plus dur à suivre que les Feux de l’Amour. Pour preuve, Them Crooked Vulture, un groupe au casting plutôt prestigieux, venu de divers horizons.

The Crooked Vulture est donc formé de Davd Grohl, ancien membre de Nirvana et batteur de son état, Josh Homme, le chanteur des Queens of the Stone Age, et John Paul Jones, bassiste de Led Zeppelin. Il y a donc du lourd dans ce groupe américano-britannique qui n’a pour l’instant produit qu’un seul album, sobrement intitulé Them Crooked Vulture, en 2009. Mais le trio aurait un nouvel album en projet.

Pour être tout à fait honnête, Them Crooked Vulture n’est pas tout à fait à la hauteur de son casting. On est très loin de la qualité de The Queens of the Stone Age, sans même parler des légendaires Led Zeppelin. Bon, pour The Foo Fighters, le groupe actuel de Dave Grohl, ça se discute, vu qu’il propose du bon et du moins bon. Bref, si j’ai bien aimé cet album, je reste persuadé que ce trio pouvait faire nettement mieux. Mais au moins, ils donnent l’impression de vraiment prendre du plaisir.

En effet, Them Crooked Vulture reste quand même relativement basique. Il s’agit de bon gros rock, plein d’énergie et de fougue, mais qui manque parfois sérieusement de maîtrise. C’est même parfois franchement brouillon. D’ailleurs, les meilleurs morceaux sont certainement ceux où le groupe joue plus posément et font preuve d’une plus grande maîtrise. Après, la musique est assez dynamique pour se laisser écouter et donner parfois même envie de pogoter. C’est simple, direct et atteint le plus souvent son but.

Them Crooked Vulture manque quand même d’un très grand tube pour vraiment marquer les esprits. Personnellement, mes deux titres préférés sont Dead End Friends et Bandoliers. Un titre plus rock, un plus calme, mais sûrement les deux où le groupe fait preuve d’un peu plus de maîtrise. Et je trouve que ça leur va plutôt bien. Et pour ce qui est des titres plus énergiques et un peu plus brouillons, j’aime aussi assez Mind Eraser No Chaser. En dehors de ça, il n’y a rien vraiment à jeter, à part éventuellement Warsaw or the First Breath You Take After You Give Up et Spinning in Daffodils. Globalement, l’album est d’une très bonne densité.

Au final, Them Crooked Vulture reste un bon moment de rock’n’roll. Mais trop basique par moment, il n’exploite clairement la totalité du potentiel offert par le prestige des membres qui le compose.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Them Crooked Vulture.

1.: No One Loves Me and Neither Do I
Un rock classieux et efficace.

2.: Mind Eraser No Chaser
Un rock énergique et dynamique, un peu brouillon.

3.: New Fang
Toujours brouillon mais moins enthousiasmant.

4.: Dead End Friends
Pluus maîtrisé et pas mal du tout.

5.: Elephants
Rock très US eténergique. C’est basique et bon.

6.: Scumbag Blues
Voix poussée dans les aigues pour un titre quasi-parodique.

7.: Bandoliers
Presque une ballade au style très maîtrisé. Cela leur va bien aussi.

8.: Reptiles
Style original avec la voix un peu dissonante par rapport à la musique.

9.: Interlude with Ludes
Un titre psyché et évaporé.

10.: Warsaw or the First Breath You Take After You Give Up
Un titre sombre et un peu chiant, malgré un joli solo. Un morceau de 7 minutes quand même.

11.: Caligulove
Un titre très rock. L’énergie compense encore.

12.: Gunman
Un titre plus orchestral et surtout pas mal du tout.

13.: Spinning in Daffodils
Un titre plus transparent pour finir.

L’HISTOIRE BELGE DU MOMENT

bernardarnault

bernardarnaultLes démarches de Bernard Arnaud pour acquérir la nationalité belge fait couler beaucoup d’encre. Tout ceci possède évidemment une portée symbolique très forte, mais cela a malheureusement permis de constater une nouvelle fois que les débats médiatiques ne volaient pas très haut. La fiscalité est un sujet complexe mais essentiel, mais encore une fois les deux camps font preuve de raccourcis grossiers qui rendent les échanges totalement inintéressants.

La droite est évidemment montée immédiatement au créneau pour dénoncer ce qu’ils estiment être la preuve de la catastrophe vers laquelle est censée nous entraîner la politique fiscale proposée par la gauche. Or, de nombreux articles ont bien souligné que les démarches du patron de LVMH ne datent pas d’hier et n’ont jamais été freiné par les nombreux cadeaux fiscaux consentis par la droite aux très hauts revenus. Du coup, les protestations se sont un peu calmées.

Le débat s’est en fait surtout déplacer vers la fameuse une de Libération. En gros, on est passé d’une occasion d’un débat de fond essentiel à un échange de commentaires sur le bien fondé d’une vanne grossière. Parce que ce « Casse-toi Riche Con ! » n’est guère autre chose. Un jeu de mots un peu bancal, inélégant et surtout populiste à mort. Je ne crois pas que Libé ait grande gloire à tirer de cette affaire. Même si la référence est bien connue, ce n’est pas en se comportant comme celui qu’on combat qu’on se grandit !

En tout cas, le plus navrant dans tout ça, ce sont tous ces discours où le comportement d’un seul homme est censé déterminer le politique de tout un pays. Je pensais bêtement que la démocratie consistait en l’expression de la majorité, avec comme règle que chaque citoyen pèse de manière identique. Je pensais qu’œuvrer pour le bien commun consistait à choisir les solutions bénéficiant au plus grand nombre et non à défendre les intérêts particuliers de quelques uns. J’ai du me tromper alors…

Ou peut-être simplement, je ne suis pas de droite…

KILLER JOE : William Friedkin tire encore

killerjoeaffiche

killerjoeafficheWilliam Friedkin compte dans sa filmographie deux des films les plus légendaires de l’histoire du 7ème art, à savoir French Connection et l’Exorciste. Mais nous étions alors dans les années 70. En fait, je n’étais pas, puisque je n’étais pas encore né. Depuis, il a signé beaucoup de films nettement moins marquants, dont le dernier, Bug, en 2006, ne m’avait guère emballé. Cependant, à 77 ans, il a encore de très beaux restes puisqu’il nous livre cet excellent Killer Joe.

Chris a trouvé un bon moyen pour régler ses problèmes d’argent. Faire assassiner sa mère et toucher l’argent de son assurance vie, via sa jeune sœur, Dottie, qui en est la bénéficiaire. Mais n’ayant ni le courage, ni les compétences pour faire ça lui-même, il fait appel à Joe, inspecteur de police et tueur à gages à ses heures perdues. Petit problème, il n’a pas de quoi le payer en avance comme le tueur le réclame. Ce dernier exige alors une caution : Dottie…

Killer Joe revisite le film noir américain, mais avec un grand recul et un humour particulièrement prononcé. On sent qu’avec l’âge, William Friedkin ne cherche qu’à se faire plaisir, à s’amuser et surtout à nous amuser. Si vous n’imaginez pas comment on peut tourner une scène épique à base de fellation et de « chicken wings », ce film vous prouvera que c’est possible. Il réserve comme ça quelques vrais moments de bravoure, plus ou moins autoparodiques, mais toujours tournés de main de maître.

William Friedkin se fait plaisir, mais peut-être quand même un peu trop. En effet, s’il y a un reproche à formuler envers Killer Joe, c’est peut-être un léger manque de rythme avec des scènes un peu trop longues. Ca n’enlève pas beaucoup de plaisir, mais on se dit qu’avec dix minutes de moins, le film aurait été définitivement génial. On n’en est pas passé loin, mais il constitue tout de même une très bonne surprise…

… car très surprenant. En effet, le scénario est tout sauf prévisible. Si le point de départ peut apparaître comme celui d’un film noir très classique, la suite va nous démontrer que Tracy Lets, auteur de la pièce originale et du scénario qui en est tiré, ne manque vraiment pas d’imagination. Le second degré omniprésent permet de contourner tous les poncifs du genre. Jusqu’à la dernière seconde, on ignore totalement où tout cela va nous mener, surtout que William Friedkin arrive toujours parfaitement à brouiller les pistes jusqu’aux derniers instants qui précédent un rebondissement.

killerjoeLe tout est mis en image de manière particulièrement élégante par William Friedkin, qui nous rappelle que sur ce plan, il n’a rien perdu de son immense talent. Il arrive parfaitement à donner une personnalité visuelle à Killer Joe qui sert vraiment son propos. Le travail de photographie nous en dit plus sur ses personnages que les dialogues. Les décors, les costumes, chaque élément de l’image jouent un rôle et nous racontent quelque chose. Bref, c’est du cinéma, du vrai !

Killer Joe nous confirme que Matthew McConaughey est bien l’acteur du moment ! Il éclabousse ce film de sa classe ! On sent une véritable osmose entre la personnalité qu’il insuffle à son personnage et la merveilleuse direction d’acteurs de William Friedkin. Cette dernière permet d’ailleurs à l’ensemble du casting de s’exprimer avec un talent étonnant, notamment Juno Temple et Thomas Haden Church.

Killer Joe s’impose donc comme un des meilleurs films de cette rentrée. Un film qui nous rappelle qui est William Friedkin. Il est des rappels particulièrement salutaires.

Fiche technique :
Réalisation : William Friedkin
Scénario : Tracy Letts d’après sa pièce
Direction artistique : Franco-Giacomo Carbone
Décors : Franco-Giacomo Carbone
Costumes : Peggy A. Schnitzer
Photographie : Caleb Deschanel
Montage : Darrin Navarro
Musique : C.C. Adcock
Durée : 103 minutes

Casting :
Matthew McConaughey : « Killer » Joe Cooper
Emile Hirsch : Chris Smith
Thomas Haden Church : Ansel Smith
Gina Gershon : Sharla
Juno Temple : Dottie Smith

HOW SWEET THE SOUND (Joan Baez) : Une voix, une merveille

howsweetthesoundjoanbaez

howsweetthesoundjoanbaezIl y a des noms qui sonnent comme légendaires, mais quand vous y réfléchissez, vous vous apercevez que vous n’en savez en fait pas grand chose. J’ai déjà vécu ça il n’y a pas très longtemps avec Neil Young. Cette fois-ci, je me suis initié à la musique de Joan Baez, à travers l’album How Sweet The Sound, sorti en 2009, qui nous offre des enregistrements inédits en studio et en live. Un album sûrement un peu « gadget » par rapport à son immense carrière, mais qui a constitué pour moi une très belle porte d’entrée.

Joan Baez est née en 1941 à New-York. Sa carrière a commencé en 1960 pour deux décennies où elle popularisera avec Bob Dylan le folk à travers la planète. Connue pour ses engagements, elle possède une des voix les plus marquantes de cette époque. Depuis, elle continue d’enregistrer tous les trois-quatre ans un nouvel album. Le dernier en date remonte à 2008. How Sweet The Sound est une compilation de divers enregistrements des années 60 et 70.

Dès les premières notes de Man Smart Woman Smarter, on comprend pourquoi son nom est resté légendaire. Car la voix de Joan Baez est à nulle autre pareil et vous transperce immédiatement. Une voix si claire, si fluide, si douce. Beaucoup d’autres artistes se sont situées dans cet univers musical, mais on comprend pourquoi elle constitue un modèle, une icône. Elle est vraiment l’égale de Bob Dylan à l’univers si proche. How Sweet the Sound propose d’ailleurs un duo entre ces deux immenses artistes (I Pity The Poor Immigrant.).

La musique de Joan Baez se situe dans un univers folk très épuré. Une guitare, une voix et c’est souvent tout. Mais il vaut toujours mieux la qualité que la quantité, cette simplicité n’enlève donc rien à la puissance de cette musique. On est transporté par la douceur des mélodies, portées par ce chant si mélodieux. Je ne peux pas vraiment juger de la qualité des textes, mais la liste des titres montrent bien que les paroles de ses chansons reflètent bien les engagements nombreux de cet artiste.

J’aurais pu reprocher à How Sweet The Sound une certaine monotonie. C’est tout de même un défaut que je mets souvent en avant dans mes critiques. Certes, Joan Baez arrive à faire varier sa voix d’un morceau à l’autre. Plus poussée, plus claire parfois, plus posée et grave à d’autres moments, toujours avec le même bonheur. Mais si les titres ne sont pas d’une extrême variété, la magie est toujours présente et on ressort de l’écoute de cet album en voulant encore ! Quand ça touche ainsi au sublime, le temps d’un album n’est pas suffisant pour nous rassasier.

Du coup, il est difficile de ressortir un titre plutôt qu’un autre de How Sweet the Sound. 15 plages pour autant de petits bijoux. On reste vraiment dans l’émerveillement du début jusqu’à la fin. Seule parfois la qualité d’enregistrement de certains titres live gâche de manière infime le plaisir. D’un autre côté, cela permet de resituer cette musique dans son contexte, elle qui est quand même caractéristique d’une époque. Mais le talent de Joan Baez reste totalement intemporel et la magie continue d’opérer avec la même force !

Pour une découverte, ce fut donc une merveilleuse découverte. How Sweet the Sound constitue pour moi une petite révélation et j’ai bien l’intention de creuser la carrière de cette artiste légendaire.

Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur How Sweet the Sound.

1. Man Smart Woman Smarter
Une petite chanson à la guitare, mais le charme de la voix opère immédiatement.

2. I Never Will Marry
Une voix et une mélodie d’une sublime douceur, avec le renfort de chœurs.

3. Barbara Allen
Une mélodie très épurée, mais quelle voix !

4. Silver Dagger
Un enregistrement live, au son « vintage » pour un nouveau très beau titre.

5. Fennario
La voix est plus posée, mais le charme reste identique.

6. Oh Freedom
Un classique superbement interprété.

7. With God On Our Side
Une très belle ballade très « irlandaise ».

8. A Song for David
Un son plus country, voix plus grave, moins poussée pour un résultat très appaisant.

9. The Night They Drove Old Dixie Down
Une chorale joyeuse et entraînante.

10.Carry It On
Une ballade qui ressemble à du Dylan.

11. I Pity The Poor Immigrant
Une duo entre deux légendes : Joan Baez et Bob Dylan.

12.Diamonds & Rust
Beaucoup d’émotions dans une voix presque cassée.

13.Love Song To A Stranger
Une ballade posée, mais c’est toujours aussi bon.

14.Day After Tomorrow
Un titre chanté presque a capela, mais la voix fait tout !

15.Jerusalem
Une ballade enjouée et parfaite pour finir.

SUPERSTAR : Une idée et puis c’est tout

superstaraffiche

superstarafficheIl n’y a que chez Samsung et Apple qu’on pense qu’il est impossible d’avoir la même idée au même moment. C’est pourtant arrivé quelques fois et notamment au cinéma. On y a déjà eu droit avec « Tiens, si je faisais un remake de la Guerre des Boutons » ou encore « Tiens, si je faisais un film moderne autour du personnage de Blanche-Neige ». Le dernier en date a été « Tiens, si je racontais l’histoire d’un gars qui devient célèbre d’un coup sans savoir pourquoi ». Woody Allen l’a eu pour en faire un sketch de son From Roma With Love. Et Xavier Giannoli pour son Superstar.

Martin Kazinski est un célibataire de quarante ans, menant une vie tranquille, travaillant dans une entreprise de recyclage de matériel informatique, au milieu de handicapés, qu’ils considèrent comme sa seule famille. Mais un jour, dans le métro, les gens commencent à lui demander des autographes et à le prendre en photo. Partout où il va, on le reconnaît et il se sent vite traqué et harcelé. Et reste une question… Pourquoi ?

Le meilleur dans Superstar reste son pitch… Tout le reste est par contre beaucoup plus décevant. Xavier Giannoli a clairement raté son film ne sachant pas comment dépasser son idée de base pour nous dire vraiment quelque chose. A chaque fois que le propos semble pouvoir devenir vraiment intéressant, le réalisateur et scénariste semblent tétaniser et fait vite marche arrière, passant à quelque chose de beaucoup plus insipide.

En fait, Superstar tourne constamment en rond. Les variations autour du même thème se succèdent, mais sont mises en scène selon toujours le même schéma. Du coup, on ne voit que répétition, là où on devrait avoir la sensation que l’histoire avance. Cette symétrie est peut-être volontaire, illustrant le cercle vicieux dans lequel est enfermé le personnage. Mais cela donne surtout l’impression d’un manque d’imagination et de profondeur. Le film sonne finalement creux, le potentiel de l’idée de départ étant désespérément sous-exploité.

On s’attache pourtant rapidement aux personnages, que ce soit le héros que la journaliste qui l’accompagne. Mais les évolutions sont trop lentes et trop attendues pour que l’on ne finisse pas par se lasser. On aurait du les quitter à regret, on finit par les quitter avec indifférence. Le film de l’émotion est alors coupé et avec lui disparaît le dernier lien entre l’histoire et le spectateur. L’ennui n’est alors plus très loin.

superstarRestera tout de même de Superstar quelques scènes réussies et des dialogues savoureux. On retiendra notamment un dialogue de sourds entre un patron de chaîne de télévision et le personnage qui lui explique justement qu’il ne veut pas faire de télévision. Or le premier y voit justement un très bon sujet pour une émission de télévision. Mais ces bons moments restent beaucoup trop ponctuels pour vraiment tirer le film vers le haut et nous laisser pleinement un bon souvenir. Cela renforce surtout encore une fois notre impression qu’il y avait vraiment matière à faire un film incomparablement plus intéressant.

L’interprétation n’est pas à blâmer de ce raté. Evidemment, les allergiques à Kad Merad ne se presseront pas pour voir Superstar. L’acteur fait pourtant tout son possible pour donner vie et crédibilité à son personnage. Mais ce dernier tourne trop en rond pour que le jeu de l’acteur ne fasse pas de même. Il n’y avait de toute façon pas matière pour faire mieux. Cécile de France est elle encore une fois étincelante. On remarquera tout de même une maturité nouvelle, soulignée par les quelques rides qui commencent à apparaître. Et oui, tout le monde vieillit.

Au final, Superstar est un film qui sous-exploite totalement son idée de base pour finir par être plutôt médiocre et parfois ennuyeux.

Fiche technique :
Production : Rectangle productions, Studio 37, Wild Bunch, Scope pictures, France 3 Cinéma
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Xavier Giannoli
Scénario : Xavier Giannoli, Marcia Romano, d’après le livre de Serge Joncour
Montage : Célia Lafite-Dupont
Photo : Christophe Beaucarne
Décors : François-Renaud Labarthe
Musique : Mathieu Blanc-Francard
Durée : 112 mn

Casting :
Kad Merad : Martin Kazinski
Cécile de France : Fleur Arnaud
Louis-Do de Lencquesaing : Jean-Baptiste
Cédric Ben Abdallah : Alban
Alberto Sorbelli : Alberto

C’EST ENCORE LOIN LA REDEMPTION ?

finlandefrance

finlandefranceCommencer une campagne d’éliminatoires par une victoire à l’extérieur constitue évidemment un très bon départ. Et puis, seule la victoire est belle tout ça, tout ça… Cependant, on a bien du mal à s’enthousiasmer pour ces Bleus. Que la fracture est profonde avec le public ! On ne les regarde plus avec les yeux de l’amour, mais avec ceux de la suspicion. Certes, le jeu pouvait difficilement être enthousiasmant face à une équipe aussi regroupée derrière. Mais, on est vite tenté de blâmer l’Equipe de France pour ce piètre spectacle.

Tout ne fut pas parfait hier soir, les approximations furent nombreuses. On a même été franchement inquiet dans un dernier quart d’heure où les Finlandais auraient pu égaliser avec un peu plus de talent technique. Alors malgré la victoire, on a envie de maugréer et d’afficher son mécontentement, animé d’une certaine mauvaise foi. On a envie de répéter une nouvelle fois que Franck Ribery et Jérémy Menez sont deux fumistes, qui ne font pas honneur au maillot bleu. Mais on peut aussi reconnaître que la configuration du match ne leur a pas non plus permis de jouer sur leurs points forts : la vitesse et la provocation.

Tout débat apaisé autour de cette Equipe de France. Il faudra encore bien du temps avant que le passé ne soit oublié et ne vienne plus interférer avec les jugements du présent. Du temps, mais surtout des victoires. Car si on ne pardonne rien aux perdants, les vainqueurs sont toujours absous. Absous de tout !