33 ANS, MEME PAS PEUR !

33

33Il y’a quelques jours, je publiais sur ce blog un article intitulé « Deux fois 16 ans » à l’occasion de mes 32 ans… Comme j’ai fêté mes 33 ans il y a quelques jours, cela signifie que cela fait en fait un an que j’ai écrit cette courte prose. L’adage qui veut que le temps semble passer de plus en plus vite à mesure que l’on vieillit se vérifie une nouvelle fois, ce qui n’est pas forcément hyper rassurant.

Mais bon, pour une fois, je n’ai pas été du tout traumatisé par ce gain d’une année supplémentaire. Ok, une semaine avant j’ai découvert mes premiers poils de barbe blancs et j’avoue que ça ne m’a pas fait spécialement plaisir. Les cheveux blancs, ça fait dix ans que le processus a commencé, je m’y suis habitué. Les poils de torse, je m’y suis fait aussi, mais là, c’est un nouveau territoire qui tombe. Barbe grisonnante n’est pas vraiment une expression qui respire la jeunesse.

Cependant, pour rien au monde, je ne redeviendrai plus jeune. A 25 ans, je n’avais certes aucun problème pour récupérer après une fête, un peu plus de cheveux et peut-être encore quelques illusions, mais ça ne vaut pas ce que j’ai gagné depuis ! Ce que j’ai gagné s’appelle la confiance en soi et l’assurance. Bon, je n’ai jamais été franchement complexé, mais disons que sur certains aspects, je partais souvent perdant. C’est alors que s’enchaîne le cercle vicieux où moins on y croit, moins on ose et moins on y arrive. Avec les ans, on s’aperçoit qu’il suffit d’essayer et on arrive à ses fins beaucoup plus souvent qu’on ne l’imaginait.

Tout cela permet d’être bien dans sa peau et dans sa tête. Eviter les questions et les doutes inutiles, savoir un minimum ce que l’on veut et ce que l’on vaut libèrent assez de place dans l’esprit pour laisser place au bonheur, pour apprendre à vraiment savourer sa propre existence et regarder chaque lendemain comme une promesse… Bon, bon, je m’emballe un peu et devient un tantinet mélodramatique. Disons que si j’avais déjà l’impression d’être heureux à 25 ans, il est clair que j’ai la sensation de l’être encore plus aujourd’hui.

Evidemment, à 33 ans, j’aurais pu aussi dire que j’ai atteint la maturité et la sagesse. Mais si j’ai nettement plus confiance en moi, il me reste encore une part de modestie…

LEGISLATIVES : Pourquoi tant d’indifférence ?

legislatives

legislativesDimanche, les élections législatives devraient connaître un taux d’abstention proche de 40%. Lors de cette campagne, à laquelle j’ai activement participé, on a senti une différence abyssale d’intérêt chez nos concitoyens, acceptant ou refusant poliment nos tracts, mais sans rarement formuler d’encouragements ou d’invectives. La campagne de présidentielles était évidemment tout autre, puisque l’on sentait chez tout à chacun une curiosité, une impatience, voire même une excitation conduisant à des réactions réellement viscérales.

Pourtant, le système politique français est tel que ce sont les législatives qui décident vraiment de la politique qui sera menée dans le pays. Nous sommes certes dans un régime largement présidentiel, mais avec cette situation paradoxale qui fait que le Président ne pèse plus grand chose lorsqu’il est privé de majorité parlementaire. Une situation bâtarde, mais qui n’échappe quand même pas aux citoyens, qui vont naturellement offrir au nouveau Président les moyens de diriger réellement le pays. Après, avec quelle ampleur, cela reste à voir.

Le problème des législatives est avant tout d’être une élection locale aux conséquences nationales. Là aussi, la situation est bâtarde. A la fois, on va voter pour quelqu’un de connu et implanté localement, mais tout en sachant qu’il n’aura pas à régler les problèmes locaux. On peut d’ailleurs noter que les élections qui mobilisent le plus les électeurs sont les deux extrêmes : les présidentielles et les municipales. Les entre-deux sont moins vendeurs. De plus, dans beaucoup de circonscription, le résultat ne fait pas de doute, ce qui nuit évidemment beaucoup à la mobilisation.

Le débat sur l’ordre entre présidentielles et législatives anime tous ceux qui aiment la politique. Un débat sans fin puisqu’il existe une infinité d’arguments allant dans un sens ou un autre. Pourtant, il existe une troisième solution qui, pour moi, serait la meilleure et la plus logique : voter le même jour pour les deux élections. Ce sont deux élections à deux tours, cela ne présente donc aucune difficulté technique. Cela aurait déjà l’avantage d’éviter cet épuisement de la mobilisation du grand public, qui ressort des présidentielles totalement repu de politique et n’a bien souvent aucune envie de remettre ça avec les législatives. Et puis, au final, lors de ces deux élections, on vote pour la même chose : la politique générale qui doit être menée au sommet de l’Etat. Evidemment les fonctions de député et de Président de la République sont évidemment très différentes, mais notre constitution lie les deux de manière très forte.

Je m’étonne que cette hypothèse soit si peu souvent évoquée. La preuve que l’on ne m’écoute pas assez dans dans ce pays…

JOSEPHINE (Magnolia Electric Co.) : Plus c’est long, moins c’est bon

josephinemagnoliaelectricco

josephinemagnoliaelectriccoPlus c’est long, plus c’est bon. Voici une phrase qui peut s’appliquer dans bien des circonstances que je ne détaillerai pas ici et qui n’est pas forcément sexuelle, bande de petits obsédés ! Mais bon parfois, on aime bien quand les choses ne restent pas les mêmes trop longtemps et quand un peu de changement et de variété viennent égayer une certaine monotonie qui s’installe. C’est un peu ce que l’on pense lorsqu’on écoute Josephine de Magnolia Electric Co.

Magnolia Electric Co. est un groupe dont le membre principal est Jason Molina, un musicien américain originaire de l’Ohio. C’est lui la vraie star puisqu’il a droit à une page Wikipedia, quand son groupe, connu précédemment sous le nom de Songs : Ohia., n’en possède même pas. Josephine est le cinquième à être sorti sous le patronyme de Magnolia Electric Co., en 2009.

Quand on commence à écouter Josephine, on est assez vite sous le charme de ces belles ballades, tout en maîtrise, plus ou moins énergique. Ca commence doucement puis on trouve des titres vraiment jolis comme Shenandoah et Whip-Poor-Will. Tout cela n’a rien de révolutionnaire, mais au moins ca coule agréablement aux oreilles et on se dit qu’on est parti pour un album relaxant et de qualité.

Mais voilà, 14 titres à peu près sur le même rythme, le même registre, c’est un peu trop. Très vite, on a l’impression que Magnolia Electric Co. tourne passablement en rond. Les qualités sont toujours là, mais l’intérêt de l’auditeur a quand même largement décliné. Josephine ne propose même pas un titre vraiment différent, à part The Handing Down où l’instrumentation est un peu plus présente. Enfin même là, on n’a pas vraiment l’impression d’écouter quelque chose qui change radicalement.

La voix de Jason Molina a le minimum de personnalité pour des ballades parfois assez lentes. Heureusement, car elle est vraiment très présente, quant les instrumentations sont parfois très discrètes. On a cependant parfois l’impression qu’il chante avec le frein à main un tout petit peu serré. Song for Willie est de loin le titre où il la pousse le plus et c’est incontestablement un des meilleurs titres de Josephine. On peut aussi lui reprocher de chanter ses textes pour réellement donner vie à ce qu’ils signifient. Hope Dies Last est sans doute le morceau où l’émotion est la plus présente. Cela donne un regain d’intérêt à ce titre et on peut regretter que trop peu sur cet album ne lui ressemble.

Magnolia Electri Co. Nous laisse donc sur une impression mitigée avec ce Josephine. Je ne sais pas ce que Jason Molina a proposé pendant le reste de sa carrière, mais je doute qu’il se soit contenté du minimum comme sur cet album. On l’écoute en s’attendant à chaque plage enfin à un titre plus énergique, plus rock ou alors une country dynamique. Cela reste un peu désespérément sur le même registre. On regrette au final que l’album compte 14 titres car en fait, si on s’arrête à 9 ou 10, il devient alors bien meilleur. Comme quoi, preuve est une nouvelle fois faite qu’il faut mieux la qualité que la quantité.

Je vais donc garder Josephine de Magnolia Electric Co. dans ma discothèque, mais en gardant tout de même une impression mitigée. Par contre, je suis curieux de voir ce qu’a pu faire ce Jason Molina par ailleurs.

Pour finir, faisons le tour des morceaux que l’on trouve sur cet album.

1.: O! Grace
Une ballade énergique au piano, pour une belle entrée en matière.

2.: The Rock of Ages
Une ballade plus lente, mais aussi plus transparente.

3.: Josephine
Une ballade country. Joli mais sans plus.

4.: Shenandoah
Une autre jolie ballade, plus mélancolique.

5.: Whip-Poor-Will
Un titre plus enjoué, avec une guitare plus présente, pour un résultat plutôt sympa.

6.: Song for Willie
La voix est plus poussée ce qui donne plus d’épaisseur à ce titre.

7.: Hope Dies Last
Le titre début a capela, puis la ballade se poursuit avec pas mal d’émotion dans la voix.

8.: The Handing Down
Une instrumentation plus présente et une voix du coup plus en retrait. Au moins, ça change…

9.: Map of the Falling Sky
Un morceau quelque peu lancinant.

10.: Little Sad Eyes
Une ballade… bref, rien de neuf…

11.: Heartbreak at Ten Paces
Toujours la même chose.

12.: Knoxville Girl
Ballade un peu sinistre.

13.: Shiloh
Très lent comme un slow à l’ancienne.

14.: An Arrow in the Gale
Un court morceau en conclusion.

SI LOIN, SI PROCHE

tsongadjokovic

tsongadjokovicA un moment donné, je me suis surpris à penser : Ah c’est bien, Tsonga va affronter Del Potro en demi-finale, il aura toutes ses chances… J’ai beau approché de l’âge du Christ, j’arrive encore à me faire avoir comme un bleu. Car le tennis, surtout sur terre battue, tire tout son charme de ces renversements de situation qui semblent à un moment donné improbables, mais qui finissent par devenir inexorables. Ces deux matchs ont aussi permis de mesurer une nouvelle fois ce petit rien qui sépare un champion d’un grand champion.

Avec le trio Nadal-Federer-Djokovic, on peut même parler d’immenses champions. Juan-Martin Del Potro et Jo-Wilfried Tsonga sont des sportifs d’un niveau déjà impressionnant. Ils ont été grands hier, très grands même par moment, mais ce n’était pas encore suffisant. Ils avaient devant eux des exceptions qui vous obligent à la perfection de bout en bout. Bien sûr, on peut avoir des regrets, se dire que dans le tie-break du 4ème set, à 4-2 pour le Français, des premières balles lui auraient sûrement offert le match. Mais le bras de Tsonga a tremblé. A peine, un frémissement, mais celui de Djokovic, à ce moment là du match, lui, est resté d’une fermeté absolue.

Tsonga aurait pu gagner, ça n’aurait rien eu d’injuste et il n’aura manqué qu’un peu de réussite au moment critique. Mais on se rend compte à quel point le tennis fait vivre une époque terrible aux joueurs n’appartenant pas au trio magique. On a pu mesurer quel degré de concentration et d’engagement il aura fallu au Français pour ne serait-ce qu’être à deux doigts de gagner. S’il l’avait finalement emporté, il aurait fallu rééditer une telle performance en demi contre Federer, puis en finale contre Nadal. C’est tout simplement impossible…

Tsonga et Del Potro n’ont pas à rougir de leurs défaites. A l’impossible nul n’est tenu, même si, hier, l’impossible était à portée de raquette.

COSMOPOLIS : Retour aux sources, retour au chiant

cosmopolisaffiche

cosmopolisafficheParce qu’il nous a livré, avec A History of Violence, les Promesses de l’Ombre et A Dangerous Method, trois films au scénario solide et bien construit, on a peut-être oublié que David Cronenberg était plutôt habitué aux scénarios tordus et dont le sens était parfois quelque peu mystérieux. Pour le meilleur (Spider, Faux-Semblants), ou pour le pire (Crash). Avec Cosmopolis, il revient à ses premières amours.

Eric Packer est un des hommes les plus riches et les plus puissants au monde. Il se déplace dans les rues de New York à bord d’une immense limousine, où se succèdent les visiteurs, tandis qu’il cherche simplement à se rendre de l’autre côté de la ville pour se rendre chez son coiffeur. Mais ce jour-là, la ville est en ébullition, la révolte gronde. Il va alors voir son empire s’écrouler et va entrer dans un processus inexorable d’autodestruction.

Cosmpolis, c’est l’histoire d’un mec qui parle dans une voiture. A peu près 50% de ce film correspond exactement à cette description. Certes, la limousine est grande et les personnages peuvent s’y déplacer, mais tout de même, cela ne fait pas beaucoup d’espace à explorer. Restent donc principalement les dialogues. Si au moins, ils étaient intéressants… mais ils se contentent malheureusement d’être totalement abscons.

Bref, vous l’aurez compris, le sentiment qui domine largement à la vue de Cosmopolis, c’est un profond ennui, pour ne pas dire un ennui profond. Ca n’a vraiment aucun intérêt. C’est froid, distant, impénétrable. On reste totalement spectateur de ce spectacle quasi-immobile, ne dégageant ni émotion, ni suspense, ni humour. Le film n’a ni rythme, ni réelle profondeur. C’est un objet lisse sur lequel l’esprit n’a aucune prise et qui glisse sur votre regard sans jamais rien entraîner. En un mot, c’est très chiant !

Cosmopolis est une allégorie sur le capitalisme, sa fragilité, son côté destructeur et autodestructeur. On peut comprendre que David Cronenberg ait voulu adapté ce roman de Don DeLillo, vu l’actualité récente. Il est vrai qu’on a du mal à imaginer que cette histoire ait été écrite avant la crise actuelle. Comme quoi, certains sont plus visionnaires que d’autres. Le passage sur grand écran est totalement raté. Certes, visiblement, le roman a été largement autant encensé que critiqué, mais il y a vraiment un problème de forme au cinéma, ce format ne pouvant supporter un spectacle aussi statique.

cosmopolisCosmopolis reste tout de même un film particulièrement abouti visuellement. La maîtrise de David Cronenberg reste impressionnante. On sent bien que chaque cm² de l’image est exactement ce qu’il voulait qu’elle soit. Il a fait exactement à son idée. N’empêche que personnellement, je trouve juste que ce sont de très mauvaises idées pour le coup. C’est trop immobile pour être vraiment beau. Du coup, ça paraît juste surfait et prétentieux.

La grande star de ce film est Robert « Twillight » Pattinson, plutôt convaincant, à défaut d’être génial dans un rôle qui de toute façon ne pouvait guère être convaincant. Face à lui, un défilé d’invités prestigieux, donc deux de nos plus brillants comédiens : Juliette Binoche et Matthieu Almaric. Le troisième invité de marque est Paul Giamatti, une serviette sur la tête (ceux qui ont vu le film comprendront), dont l’apparition vient conclure le film. Mais bon comme la fin est à l’image du film, sans queue, ni tête et surtout sans intérêt, même lui n’arrive pas à faire naître le moindre frisson d’émotion.

Cosmopolis est sûrement plus représentatif de ce qu’est vraiment le cinéma de Cronenberg que son plus grand chef d’œuvre, les Promesses de l’Ombre. Mais on préfèrera évidemment un milliard de fois ce dernier.

Fiche technique :
Production : Alfama production, Stone Angels
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : David Cronenberg, d’après le roman de Don DeLillo
Montage : Ronald Sanders
Photo : Peter Suschitzky
Décors : Av Grewal
Distribution : Stone Angels
Musique : Howard Shore
Durée : 108 mn

Casting :
Robert Pattinson : Eric Paker
Juliette Binoche : la consultante en art
Paul Giamatti : l’ex employé
Samantha Morton : la professeur de théorie
Sarah Gadon : l’épouse
Mathieu Amalric : l’entarteur

LES FEMMES DU BUS 678 : Femmes de combat

lesfemmesdubus678affiche

lesfemmesdubus678afficheL’Egypte a été au cœur de l’actualité depuis un an et encore plus depuis quinze jours avec les élections présidentielles et le procès Moubarak. Du coup, il serait dommage que passe inaperçu la sortie de Les Femmes du Bus 678, un film qui dénonce les agressions sexuelles dont sont sont victimes les femmes de ce pays. Une démarche courageuse qui suffit à donner son intérêt à un film dont la valeur artistique est plus limitée.

Fayza, Seba et Nelly n’auraient jamais du se croiser dans cette immense ville qu’est le Caire, où la société est très compartimentée. Mais toutes les trois vont se dresser face au machisme ambiant et dénoncer les agressions sexuelles dont elles sont victimes. Elle vont cependant se heurter à toute une société qui vit dans le déni et les pousse à renoncer. Y compris leurs proches.

Le principal intérêt de Les Femmes du Bus 678 tient donc dans son sujet. Mohamed Diab s’est appuyé sur divers témoignages et affaires réels. Il y dénonce la négation des violences faites aux femmes, qui peut aller d’une simple main baladeuse dans le bus à une véritable agression. Mais comment se révolter quand les autres vont considèreront comme déshonorée si vous osez en parler ? Le film cherche à briser des tabous d’une société où les traditions sont encore particulièrement présentes, pour ne pas dire pesantes.

On ne peut évidemment qu’être touché et prendre fait et cause pour ces trois femmes. La justesse de leur combat est indéniable. Du coup, on entre vraiment dans Les Femmes du Bus 678 et on soutient leur lutte du fond de notre cœur. Une partie de la salle a applaudi au générique de fin, chose déjà assez rare, surtout qu’elle était loin d’être pleine. Le propos renvoie vraiment à une réalité et transcende donc les limites de la fiction.

Surtout que Les Femmes du Bus 678 souffre quand même d’un certain nombre de limites sur la forme. Déjà le scénario arrive à mêler question de fond et une vraie narration, mais présente quand même quelques faiblesses. Le propos flirte souvent avec un certain manichéisme qui le rend parfois très prévisible. Le moment le plus intéressant est lorsque les lignes se brouillent. On peut simplement regretter que, très vite, tout revienne dans l’ordre attendu.

lesfemmesdubus678La réalisation et la direction d’acteurs de Mohamed Diab sont elles-aussi plus efficaces que brillantes. C’est propre, ça ne donne pas du tout l’impression « téléfilm », mais cela reste quand même sans grande imagination. On aurait aimé plus de subtilité dans la captation des émotions des protagonistes. Plus globalement, Les Femmes du Bus 678 reste un peu entre deux, préférant un premier degré pur à une véritable émotion ou au contraire une véritable ironie.

Les Femmes du Bus 678 tire aussi son intérêt d’une interprétation vraiment convaincante. L’affection que l’on ressent pour les trois jeunes femmes ne tient pas qu’à leur statut de victimes, mais bien aussi par le talent avec lequel elles sont incarnées. On saluera en premier lieu Bushra Rozza, étonnante alors qu’elle est surtout connue pour être une chanteuse de variété très populaire en Egypte. La voir jouer la moins libérée des trois, la seule voilée, est un vrai contre-emploi, mais surtout une vraie réussite.

Au final, Les Femmes du Bus 678 est un film auquel on pardonne volontiers bien des défauts. Mais traiter de manière un peu naïve un combat si salutaire vaut parfois bien plus que traiter avec subtilité un sujet sans intérêt.

Fiche technique :
Production : Dollar Film, New Century productions
Distribution : Pyramide distribution
Réalisation : Mohamed Diab
Scénario : Mohamed Diab
Montage : Amr Salah El din
Photo : Ahmed Gabr
Son : Ahmed Gaber
Musique : Hani Adel
Durée : 100 min

Casting :
Nahed El Sebaï : Nelly
Bushra Rozza : Fayza
Nelly Karim : Seba
Omar El Saeed : Omar
Bassem Samra : Adel

SUR LA ROUTE : Un mythe littéraire à l’écran

surlarouteaffiche

surlarouteafficheAu Trivial Pursuit, jeu que j’affectionne particulièrement, j’ai un point faible qui m’a coûté quelques victoires : le camembert marron. Certes, je reste un lecteur plutôt assidu, mais il me manque quand même de larges pans d’une véritable culture littéraire. Parmi les grands classiques que je n’ai jamais lus, il y a Sur la Route, de Jack Kerouac. Mais heureusement, j’ai pu me rattraper, un peu, en allant voir son adaptation cinématographique qui vient de sortir sur nos écrans.

Sal Paradise commence une carrière d’écrivain à New-York. Alors qu’il vient de perdre son père, il rencontre Dean Moriarty, un peu fou, mais au charme et au charisme ravageurs. Déterminés à vivre leur vie pleinement, ils vont prendre la route ensemble à plusieurs reprises, ce qui offrira au final à Sal son premier roman.

Sur la Route est évidemment à classer dans la catégorie des road-movies. On peut même considérer d’ailleurs que c’est le roman de Kerouac qui a inventé le concept (même si on peut aussi considérer que l’Odyssée est le vrai premier… enfin mon professeur de français de 6ème considérait qu’il était à l’origine de tout). Le film est donc constitué d’un fil rouge, sur lequel se greffent des voyages et des rencontres. On est donc proche du film à sketchs, même si chaque épisode du chemin fait évoluer les personnages.

Sur la Route est raconté à la première personne, avec Sal comme narrateur. On partage ses impressions, ses réflexions. Mais le film nous raconte tout autant le parcours de Dean. Les deux hommes suivent un chemin parallèle avant un dénouement que je ne révèlerai évidemment pas. L’affection que l’on peut ressentir pour cette histoire tient donc dans une large mesure dans l’affection que l’on peut ressentir pour les personnages. Personnellement, je les ai beaucoup aimés, ce qui m’a permis de vraiment entrer et apprécier ce film.

Sur la Route propose une multitude de personnages secondaires constants, ou croisés le long du voyage. Forcément, c’est un peu inégal, mais globalement toutes les séquences apportent quelque chose et jamais on ne sort de l’histoire. La seule qui laisse plus perplexe est celle avec Viggo Mortensen qui semble être là simplement pour offrir un rôle à cet immense acteur. Il y a une vraie cohérence entre le point de départ et d’arrivée, ce qui rend le propos convainquant.

Walter Salles, réalisateur brésilien, a préparé cette adaptation de Sur la Route pendant de longues années. Le roman a fait l’objet de plusieurs tentatives, certaines par des cinéastes très prestigieux comme Coppola, depuis les années 50, mais qui n’ont jamais abouties. N’ayant pas lu le roman, je ne peux évidemment pas juger la qualité du travail finalement réalisé, même si beaucoup de critiques ont porté justement sur les choix qu’il a du faire. Reste qu’il signe un film plutôt élégant, à la photographie soignée. La volonté de reproduire l’ambiance d’après-guerre et le désir de liberté de toute une génération se concrétise avec un certain brio.

surlarouteSur la Route fonctionne aussi grâce à ses deux acteurs principaux. On avait découvert Sam Riley dans Control, où il interprétait Ian Curtis, le chanteur de Joy Division. On l’avait un peu perdu de vue depuis, mais il signe là un retour vraiment brillant. Son alter ego, Garrett Hedlund, s’est fait remarqué lui dans Eragorn (j’en rigole encore !) et surtout dans Tron, l’Heritage. Son rôle tout en charme et en charisme n’aurait pu être incarné par n’importe quel acteur et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’en sort particulièrement bien. Le reste du casting, notamment féminin, est plutôt prestigieux avec Kristen Stewart et Kirsten Dunst, mais aussi les apparitions de Viggo Mortensen et Steve Buscemi.

Si j’ai vraiment apprécié Sur la Route le film, je dois avouer que son plus grand mérite aura été de me donner une irrépressible envie de lire le roman.

Fiche technique :
Production : MK2 films, American Zoetrope, Videofilmes, Vanguard films, Film 4, Jerry Leider Cy
Réalisation : Walter Salles
Scénario : Jose Rivera, d’après le roman de Jack Kerouac
Montage : François Gedigier
Photo : Eric Gautier
Décors : Carlos Conti
Distribution : MK2
Musique : Gustavo Santaolalla, Charlie Haden, Brian Blade
Durée :
137 mn

Casting :
Garrett Hedlund : Dean Moriarty / Neal Cassady
Sam Riley : Sal Paradise / Jack Kerouac
Kristen Stewart : Marylou / LuAnne Henderson
Kirsten Dunst : Camille / Carolyn Cassady
Viggo Mortensen : Old Bull Lee / William S. Burroughs
Amy Adams : Jane / Joan Vollmer
Alice Braga : Terry / Bea Franco

WONDERLAND AVENUE (Michael Connelly) : Enchanté Monsieur Connelly !

wonderlandavenue

wonderlandavenueParmi les grands auteurs de polar, je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire un roman de Michael Connelly. Au printemps dernier, j’avais beaucoup apprécié l’adaptation cinématographique d’une de ses œuvres, la Défense Lincoln. Mais c’est Wonderland Avenue qui fut l’objet de ma lecture, un roman qui met en scène son personnage fétiche, l’inspecteur Harry Bosch.

La découverte accidentelle d’un cadavre d’enfant va donner du travail à l’inspecteur du LAPD, Harry Bosch. L’affaire s’annonce d’autant plus délicate que la mort remonte à plus de vingt ans. Mais les meurtres de mineurs sont ceux qui obsèdent le plus les policiers. Il est donc décidé de résoudre ce crime coûte que coûte.

Wonderland Avenue est le 9ème roman de la série des enquêtes de Harry Bosch, qui en compte désormais 17. Un personnage qui accompagne Michael Connelly depuis son premier roman et qui est présent dans la plupart de ses œuvres. Cependant, même si le personnage doit bien évoluer d’un roman à l’autre, on ne ressent ici absolument pas l’effet série, les références à d’autres épisodes étant totalement absentes et l’intrigue se concentrant largement sur l’enquête en elle-même.

Wonderland Avenue est un roman policier solide. Une intrigue prenante, cohérente et riche en rebondissement assurera à tous les amateurs du genre de passer un bon moment. C’est assez classique, mais sans réel défaut. Il est vrai que dans un domaine littéraire aussi pléthorique, on s’attend à un peu plus d’originalité et de surprises pour vraiment crier au génie. Mais si le niveau général de la série est celui-là, on comprend mieux son succès.

Le personnage de Harry Bosch est relativement neutre puisque Wonderland Avenue ne cherche pas vraiment à nous le faire connaître. C’était sûrement le rôle d’épisodes précédents. Même lorsque l’intrigue propose des évènements le touchant directement, on passe au final assez vite et quelques chapitres plus loin, on est complètement passé à autre chose. Ceux qui aime les histoires qui vont droit au but seront servis. Personnellement, je suis plus nuancé car cela empêche tout de même un réel attachement au personnage principal.

L’intrigue est classique dans son mécanisme. Il y a certes une phase d’identification de la victime, puisqu’on ne retrouve qu’un squelette, mais après on retrouve le balai habituel des suspects successifs, avant un rebondissement final qui remet tout en question. Les rouages sont connus, mais Michael Connelly y met assez d’huile pour que cela tourne tout seul. Wonderland Avenue est assez long, mais se lit rapidement, surtout que le texte est découpé en courts chapitres. Un petit pavé mais avec pas mal de pages blanches.

Le style de Michael Connelly est à l’image de Wonderland Avenue, solide et efficace. Peu de descriptions, mais beaucoup de dialogues, c’est assez léger, à défaut d’être génial. On sent tout de même que ce n’est pas non plus du polar de seconde zone écrit à la chaîne. Sans être de la grande littérature, c’est un minimum travaillé, mais sans personnalité débordante.

Après Wonderland Avenue, j’aurais grand plaisir à découvrir d’autres romans de Michael Connelly. Cela tombe bien, j’en un autre qui attend patiemment dans ma bibliothèque…

INDIAN PALACE : Le 3ème âge à l’ombre des éléphants

indianpalaceaffiche

indianpalaceafficheDe part mes origines, certes lointaines (un arrière-grand-père), j’ai un attachement particulier à l’Inde. Du coup, j’ai quelque peu hésité à aller voir Indian Palace, une comédie anglaise, qui sentait tout de même le ramassis de clichés à plein nez. D’ailleurs, mes parents, qui vont en Inde chaque année ou presque, s’y sont refusés et ont même trouvé quelque peu saugrenue mon intention d’aller le voir. Mais au final, je ne regrette pas, surtout que le vrai sujet du film n’est pas du tout l’Inde…

Des retraités quittent l’Angleterre pour diverses raisons, principalement financières, pour séjourner au Marigold Hotel à Jaïpur en Inde. Ce dernier se révèle moins luxueux qu’annoncé dans les publicités, malgré les efforts et l’énergie de son gérant, le jeune Sonny. Chacun d’eux va alors vivre une expérience qui va leur faire comprendre que leur existence est loin d’être terminée.

Indian Palace porte en fait essentiellement sur ces retraités anglais qui semblaient condamnés à une fin de vie sinistre et sans joie. L’Inde n’est qu’un prétexte, un décor. Certes, cette histoire ne serait pas transposable ailleurs, mais qu’importe si tout est un peu édulcoré, un peu carte postale. On est face à une sorte de road movie du troisième âge, mais où la route parcourue l’est surtout dans les esprits. De nouvelles perspectives s’ouvrent et redonnent goût à la vie… ou pas…

En effet, Indian Palace nous offre autant d’histoires que de personnages et chacune d’elles ne va pas déboucher sur un happy end, malgré le ton assez léger du film. On est presque proche du film à sketchs, même si tout est raconté en parallèle. Et comme d’habitude, cela débouche sur un résultat inégal. Tout ne fonctionne pas, tout n’est pas convaincant, mais globalement ça se tient. Au final, si on se prête au jeu, il se dégage de ce film une réelle émotion portée par un vraie optimiste très agréable.

Indian Palace essaye tout de même de nous parler de l’Inde, en particulier de l’opposition entre la partie de la société qui s’occidentalise à grand pas et celle qui reste attachée à une culture traditionnelle. Sauf que cette dernière, comme elle est représentée dans le film, est déjà hyper moderne. Le sujet des intouchables est lui aussi évoqué, mais sans vraiment entrer dans le cœur du sujet. Bref, comme on pouvait le pressentir en voyant la bande-annonce, la partie vraiment « indienne » du film est loin d’être la plus intéressante.

indianpalaceLa multitude des intrigues parallèles fait que le film est plutôt rythmé. Même si on n’est pas toujours totalement convaincus, au moins, on ne s’ennuie pas. La réalisation de John Madden, dont l’œuvre majeur, Shakespeare in Love a quand même reçu l’Oscar du meilleur film, est très professionnelle, mais sans génie particulier. Il faut dire que depuis Slumdog Millionnaire, on sait comment un Occidental peut filmer l’Inde avec un talent infini.

Le lien avec Slumdog Millionnaire tient aussi à la présence de Dev Patel à l’affiche. Cela permet de voir comment un film forme un tout où chaque élément se tire mutuellement vers le haut. Ou inversement, car à l’image du film, sa performance n’a cette fois rien d’inoubliable. La vraie fraîcheur vient de cette bande d’acteurs soixantenaires. Un grand bravo au trio Bill Nighy, Tom Wilkinson et surtout l’immense Judi Dench. Par contre Maggie Smith est moins convaincante, même si c’est surtout son personnage qui est à blâmer.

Indian Palace est donc au final un film sympathique, mais inégal. Un fond de réflexion qui porte sur la vieillesse, bien plus sur la société Indienne, parfois convaincant et empli d’un optimisme réjouissant.

Fiche technique :
Production : Blueprint puctures, Imagenation Abu Dhabi FZ, Participant Medi
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : John Madden
Scénario : Ol Parker, d’après le roman de Denorah Moggach
Montage : Chris Gill
Photo : Ben Davis
Décors : Alan MacDonald
Musique : Thomas Newman
Durée : 124 mn

Casting :
Judi Dench : Evelyn Greenslade
Tom Wilkinson : Graham Dashwood
Bill Nighy : Douglas Ainslie
Penelope Wilton : Jean Ainslie
Maggie Smith : Miuriel Donnelly
Celia Imrie : Madge Hardcastle
Dev Patel : Sonny Kapoor

DE ROUILLE ET D’OS : De corps et d’émotion

derouilleetdosaffiche

derouilleetdosafficheJacques Audiard est depuis déjà longtemps considéré comme un des réalisateurs majeurs de l’Hexagone. Mais depuis l’immense succès de Un Prophète, chacun de ses futurs films est désormais considéré comme un véritable événement. C’est bien le cas de De Rouilles et d’Os qui a animé tous les discussions au début du Festival de Cannes, avant d’être totalement oublié par le palmarès. Une injustice ?

Ali arrive à Antibes, sans argent, mais avec son fils de 5 ans, à Antibes, vivre chez sa sœur. Vu son physique plutôt impressionnant, il va trouver un travail de videur dans une boîte de nuit. Il y fait la connaissance d’Alice, une femme vers qui tous les regards se tournent. Mais suite à un accident, elle est amputée des deux jambes. D’abord désespérée, elle va trouver un soutien inattendu chez cette homme à qui tout l’opposait.

Dans De Rouille et d’Os, on retrouve tout ce que l’on aime chez Audiard. Déjà cette incroyable capacité à capter les émotions de ses personnages pour donner une intensité dramatique phénoménale à ses intrigues. De Rouille et d’Os monte encore d’un cran dans ce domaine, au dépend d’une histoire plus simple que Dans un Prophète. Simple, mais particulièrement riche, avec une multitude de thématiques abordées.

Audiard, c’est aussi un incroyable metteur en scène. Un sens de l’image et du cadrage rare, qui fait de De Rouille et d’Os un vrai régal pour les yeux. Pourtant, il ne s’intéresse pas aux paysages, mais encore et toujours aux personnages, à leur émotions, à leurs corps. Le film parle beaucoup du rapport au corps et au physique. Les acteurs en font partie pas uniquement par leur expressivité ou par leurs dialogues, mais par leur être tout entier. Le tout donne un film d’un intensité visuelle remarquable qui sublime les émotions.

Mais… Parce que oui, il y a un mais… Honnêtement, je ne fais pas partie des gens ayant été totalement enthousiasmé par Un Prophète. J’avais trouvé le rythme beaucoup trop lent et du coup, j’avais parfois été au bord de l’ennui. Pour de Rouille et d’Os, c’est presque la même chose. Le défaut est moins présent ici, mais j’estime qu’avec une petite demi-heure de moins, le film serait meilleur. Jacques Audiard a une légère tendance à répéter un point de son propos, comme pour s’assurer que le spectateur a bien compris avant de passer à la suite. Sauf qu’on avait déjà compris dès le début…

Bon, je cherche un peu la petite bête. Mais ce genre de considération fait la différence entre l’admiration et l’enthousiasme. J’ai une admiration sans borne pour de Rouille et d’Os. Mais je n’ai pas ressenti le même enthousiasme que pour Sur Mes Lèvres, mon Audiard préféré, peut-être moins abouti artistiquement, mais plus direct, nerveux et réalisé avec les tripes.

derouilleetdosNiveau casting, de Rouille et d’Os marque une confirmation et une révélation. La révélation s’appelle Marion Cotillard… Bon ok, je fais un peu de provocation, mais malgré tout le mal que je pense que l’être humain, on ne peut qu’en dire du bien à la vision de ce film. Une interprétation juste et poignante d’un rôle qui aurait pu tuer le film s’il avait sombré dans un pathos surjoué. La confirmation s’appelle Matthias Schoenaerts, lui qu’on avait découvert dans l’extraordinaire Bullhead, qui reste pour encore pour moi le meilleur film de l’année. Un acteur au physique hors du commun qui compense une expressivité limitée par une justesse remarquable et un travail corporel impressionnant.

De Rouille et d’Os est un film admirable à tout point de vue. Une qualité artistique rare, au service d’une histoire très touchante, mais qui souffre tout de même d’un léger manque de souffle.

Fiche technique :
Production : Why Not productions, Page 114, France 2 Cinéma, Les films du fleuve, RTBF, Lumière et Lunanime
Réalisation : Jacques Audiard
Scénario : Jacques Audard, Thomas Bidegain, d’après le recueil de nouvelles de Craig Davidson
Montage : Juliette Welfling
Photo : Stéphane Fontaine
Décors : Michel Barthélémy
Distribution : UGC
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 115 mn

Casting :
Marion Cotillard : Stéphanie
Matthias Schoenaerts : Ali
Armand Verdure : Sam
Céline Sallette : Louise
Corinne Masiero : Anna
Bouli Lanners : Martial
Jean-Michel Correia : Richard