BLANCHE-NEIGE ET LE CHASSEUR : Blanche-Neige version adulte

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blancheneigeetlechasseurafficheAprès la double nouvelle adaptation aussi médiocre qu’inutile de la Guerre des Boutons à l’automne dernier proposée par le cinéma français, Hollywood nous offre lui aussi un double retour d’une œuvre ancestrale sur nos écrans. Après le Blanche-Neige, avec Julia Roberts, sorti le mois dernier et carrément pas terrible, voici Blanche-Neige et le Chasseur. Une version beaucoup plus adulte du mythe. Mais surtout beaucoup plus réussie !

Alors que sa belle mère règne d’une main de fer sur le royaume de feu son père, Blanche-Neige arrive à l’âge adulte et la surpasse alors en beauté. La méchante mégère ne le supporte pas, d’autant plus que son miroir lui explique que lui arracher le cœur lui procurera la jeunesse éternelle. Alors quand la jeune fille s’enfuit dans la forêt, la Reine doit recruter un des chasseurs du Royaume pour mener la poursuite.

Blanche-Neige et le Chasseur est en fait un bon film d’aventures, qui dépoussière le mythe et auquel on pardonne facilement les quelques faiblesses. On reste magnanime tout simplement parce que l’on ne s’ennuie pas du tout, que c’est quand même visuellement bien foutu et que le scénario est plutôt sombre et évite largement le gnangnan. On ne va certes jamais très loin dans le politiquement incorrect. Cependant, l’idée de placer la jeune fille au centre d’un triangle amoureux (qui n’est pas résolu à la fin ouvrant déjà la perspective d’une suite) apporte un légère tension sexuelle qui fait définitivement basculer le film dans un monde d’adultes.

Après, on peut reprocher bien des faiblesses au scénario de Blanche-Neige et le Chasseur. Quelques incohérences, des péripéties guère convaincantes et surtout le plus souvent prévisibles, mais bon rien de réellement pire que n’importe quel autre divertissement hollywoodien. Par contre, le vrai point noir de ce film, celui qui l’empêche d’être autre chose que distrayant et sympathique reste le manque flagrant de charisme et d’intérêt des personnages. Même la cruauté de la Reine reste superficielle et très attendue. Blanche-Neige manque sérieusement de personnalité et on a bien du mal à comprendre tout ce qu’elle est censée provoquer chez ses interlocuteurs. Quant au chasseur, il a la profondeur d’un fan de Justin Bieber. Seuls les nains arrivent à provoquer chez le spectateur un réel attachement.

Heureusement, Blanche-Neige et le Chasseur reste assez rythmé pour qu’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Certes, on reste dans un schéma hyper classique avec la gentille poursuivie par des méchants à travers des contrées hostiles, soit l’idée de base d’à peu-près un film d’aventures sur deux depuis un siècle… Mais bon, la vieille recette fonctionne encore et on passe tout de même un très bon moment. Les décors et les ambiances visuelles sont vraiment réussies, jamais kitch et apporte un vrai plus à cette vision assez sombre, presque gothique, de ce conte immortel.

blancheneigeetlechasseurBlanche-Neige et le Chasseur est aussi très riche en références diverses et variées. La plus flagrante est l’esprit de la forêt qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Princesse Mononoke. En fait, cela montre bien la volonté de faire de cette nouvelle version du mythe une œuvre d’heroic fantasy beaucoup plus qu’un conte pour enfants. On est vraiment loin de l’esprit Disney… Enfin le Disney actuel, parce que l’œuvre de Walt avait déjà une certaine noirceur.

Le casting de Blanche-Neige et le Chasseur ne vaut que pour Chalize Theron, impeccable en Reine… Impeccable mais pas géniale pour autant. Mais c’est sûr que comparer à Chris Hemsworth, son jeu est absolument époustouflant. Sérieusement, cet homme a peut-être un physique hors du commun, mais il n’a strictement rien à faire devant une caméra, si ce n’est pour nous montrer le vrai sens du mot « inexpressif ». Quant à Kristen Stewart, supposée être la grande star de ce film, elle peine vraiment à avoir le charisme qu’est supposé posséder son personnage.

Blanche-Neige et le Chasseur constitue donc globalement une réussite. Un vrai divertissement adulte, mais qui souffre vraiment d’un casting trop faiblard.

Fiche technique :
Production : Universal Pictures, Miller Roth Films, FilmEngine
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Rupert Sanders
Scénario : Evan Daugherty, John Lee Hancock, Hossein Amini
Montage : Conrad Buff
Photo : Greig Fraser
Décors : Dominic Watkins
Musique : James Newton Howard
Effets spéciaux : Cedric Nicolas
Costumes : Colleen Atwood
Directeur artistique : Andrew Ackland-Snow
D’après l’oeuvre des frères Grimm
Durée : 126 mn

Casting :
Kristen Stewart : Blanche Neige
Chris Hemsworth : Le chasseur
Charlize Theron : Ravenna
Sam Claflin : William
Bob Hoskins : Muir

LE GRAND SOIR : Décalé mais sans poésie

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legrandsoirafficheBenoît Délépine et Gustave Kervern sont avant tout connus pour être des piliers du Groland, depuis la création de cet univers sous la houlette de Jules-Edouard Moustic. Mais ce sont aussi deux cinéastes à l’univers poétique et décalé, qui nous font vivre toujours des personnages improbables mais terriblement attachants. Leur précédent film, Mammuth, avait été un franc succès et surtout un succès mérité. Du coup, le Grand Soir a eu le droit de concourir à Cannes dans la catégorie un Certain Regard. Mais si le résultat est toujours aussi décalé, la poésie est nettement moins présente.

Les Bonzini tiennent un restaurant dans la zone commerciale de Bègles. Ils sont deux fils : l’un deux se fait appeler NOT et se vante d’être le plus vieux punk à chien d’Europe. L’autre, Jean-Pierre, est nettement plus conformiste et vendeur dans un magasin de literie. Mais quand son mariage tombe à l’eau, il se met à déraper sévèrement, se fait licencier et commence alors à mener la même vie que son frère.

On retrouve dans le Grand Soir le message social qui parcourt toute l’œuvre de Délépine et Kervern. Une dénonciation du système et du conformisme qui broient les « différents » et les « inadaptés », aussi bien intentionnés soient-ils. Leurs personnages ne sont pas toujours totalement sympathiques, mais ils arrivent toujours à faire naître chez le spectateur une grande empathie. On se dit alors qu’ils ont bien droit d’être comme ils sont et on est révolté quand le reste de la société essaye de les faire sortir de leur folie douce.

Le tout est généralement traité avec un grand humour et une infinie tendresse. En tout cas, c’était bel et bien le cas dans Mammuth, qui était ainsi parcouru d’une réelle poésie. Malheureusement, dans le Grand Soir, la poésie reste largement absente. Les personnages sont bien hors système, mais pas forcément non plus hyper sympathiques. Si on comprend bien que Jean-Pierre ait envie de changer de vie, le chemin qu’il prend ne donne pas vraiment envie de le suivre. On n’est pas dans la folie douce et légère, mais plus dans la sociopathie… Bon j’exagère peut-être un peu, mais disons qu’on n’a pas forcément très envie de devenir amis avec les deux frères.

Du coup, c’est tout l’intérêt du propos du Grand Soir qui en prend un coup. En effet, le film se termine par une tentative des deux frangins de déclencher une révolution. Evidemment, personne ne les suit. Le problème est qu’on comprend beaucoup plus l’indifférence générale que leur envie de révolte. Le film nous projette du mauvais côté de la barrière, alors qu’il est évident que Délépine et Kervern souhaitaient que l’on prenne fait et cause pour leurs deux personnages.

legrandsoirLe Grand Soir se révèle donc au final très inégal. Il nous réserve quelques moments de bravoure, mais aussi malheureusement beaucoup de séquences fonctionnant nettement moins bien. Quelques éclats de rire fusent ça et là, mais aussi quelques sourcils levés, plongés dans une certaine perplexité. Bref, la sauce ne prend pas réellement, comme quoi les mêmes ingrédients ne donnent pas toujours la même saveur d’une préparation à l’autre.

Si le Grand Soir laisse une impression mitigée, ce n’est par contre pas du tout la faute des acteurs. Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel incarnent leurs personnages avec talent et une certaine retenue. Le film pouvait se prêter à un cabotinage débridée, mais il n’en est rien. Délépine et Kervern ont réussi à réellement diriger leurs comédiens. Le casting est complété par une multitude de caméos, dont celui de Brigitte Fontaine absolument savoureux dans le rôle de la mère.

Le Grand Soir est un donc un film décalé, comme savent si bien bien le faire Benoît Délépine et Gustave Kervern. Mais cependant ils n’ont pas su ce coup-ci insuffler cette poésie et cette tendresse qui nous permettraient de prendre vraiment fait et cause pour ces personnages.

Fiche technique :
Production : Panache productions, Arte France Cinéma, GMT, Anga, No Money productions,
Réalisation : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Scénario : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Montage : Stéphane Elmadjian
Photo : Hugues Poulain
Décors : Paul Chapelle
Distribution : Ad Vitam
Musique : Brigitte Fontaine, Areski Blekacem
Costumes: Florence Laforge
Durée : 92 mn

Casting :
Benoit Poelvoorde : NOT
Albert Dupontel : Jean-Pierre Bonzini, DEAD
Brigitte Fontaine : La mère Marie-Annick Bonzini
Areski Belkacem : le père René Bonzini
Bouli Lanners : le vigile
Serge Larivière : le directeur du Grand Litier
Stéphanie Pillonca : l ex femme de Jean-Pierre
Miss Ming : la jeune femme muette
Gérard Depardieu : le voyant

ADIEU BERTHE : La mort leur va si mal

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adieubertheafficheLa mort n’est pas forcément le sujet le plus approprié pour une comédie. Ou du moins, il demande une extrême habileté pour éviter le mauvais goût. On peut effectivement rire de tout, tant que l’humour est manié avec précaution et talent. Du talent, Bruno Podalydes en a à revendre. Mais force est de constater qu’il n’a pas su l’exploiter pleinement dans son dernier film, Adieu Berthe, comédie paresseuse, pas vraiment drôle et guère intéressante.

La grand-mère d’Armand vient de mourir. Une grand-mère qu’il avait un peu oubliée dans sa maison de retraite. Il est chargé d’organiser ses funérailles. Mais au même moment, c’est toute son existence qui se compliqué, partagée entre sa maîtresse et sa femme, avec qui la rupture est difficile. Un peu perdu, il va pourtant devoir faire les choix devant lesquels il a longtemps reculé.

Un enterrement est moment privilégié pour réunir une famille et faire ressortir toutes les histoires et les non-dits qui l’habitent. De nombreux films l’ont exploité. Mais Adieu Berthe ne se situe pas du tout dans cette optique puisque ce n’est pas une comédie sur la famille, mais sur les interrogations existentielles d’un homme. Un des principaux problèmes de ce film est que, du coup, on ne voit pas bien le rapport réel entre l’enterrement de sa grand-mère et les interrogations d’Armand. Ainsi, le fil rouge n’enrichit pas un propos qui a bien du mal à se raccrocher sur ce dernier de manière convaincante.

Adieu Berthe nous présente une série de personnages lunaires, dont le côté décalé est le principal vecteur d’humour. Le seul problème, c’est qu’aucun d’eux ne fonctionne totalement. On ne s’y attache pas et toutes leurs facéties se transforment vite en grimaces un peu ridicules. Bref, c’est surjoué, tentative désespérée pour donner de l’épaisseur à des personnages qui en manquent cruellement. Du coup, on rit pas ou très peu. On est parfois amusé par les situations mais tout semble le plus souvent inabouti, comme si les frères Podalydes n’avaient pas daigné creuser et travailler assez longuement chacun de leur début de bonne idée.

Du coup, le peu de profondeur du propos perd tout intérêt et toute crédibilité. Les débuts de réflexion sur le deuil, l’amour, la séparation, la famille reste superficielles, peu convaincantes et ne dégagent du coup aucun émotion. Cela contribue largement à l’indifférence quasi totale qu’inspire Adieu Berthe. Et de l’indifférence à l’ennui, il n’y a qu’un pas. Bien sûr le film se veut avant tout léger, mais comme on a vu que l’aspect comique n’étais pas satisfaisant, on aurait aimé que les à-côtés remontent un peu le niveau. Ce n’est malheureusement pas le cas.

adieubertheEn fait, globalement Adieu Berthe est un film paresseux. Il n’y a pas assez de contenu et d’épaisseur pour en tirer un long métrage. Du coup, le film s’étire sur 1h40 avec un manque de rythme et de souffle constant. La mise en scène est sans imagination, même si certains décors, notamment celui d’une entreprise de pompe funèbre sont sûrement les seuls éléments qui démontrent un vrai travail artistique. Cependant, c’est bien trop peu pour sauver le film.

Denis Podalydes est à l’image du film. Un jeu cabotin mais sans conviction, jamais convaincant et qui ne provoque jamais les rires recherchés. Par contre, son frère, si son travail derrière la caméra est décevant, surprend devant cette dernière. Son personnage est un des seuls à vraiment posséder une puissance comique. Mais la vraie star de ce film reste Valérie Lemercier qui brille vraiment, mais pas encore suffisamment pour vraiment nous faire aimer Adieu Berthe.

Adieu Berthe souffre d’un manque flagrant de qualité dans à peu près tous les domaines. Du coup, le résultat final est extrêmement décevant et pour tout dire sans intérêt.

Fiche technique :
Production : Why Not Productions
Réalisation : Bruno Podalydès
Scénario : Bruno Podalydès, Denis Podalydès
Montage : Christel Dewynter
Photo : Pierre Cottereau
Décors : Guillaume Deviercy
Distribution : UGC Distribution
Son : Laurent Poirier, Nicolas Moreau, Cyril Holtz
Durée : 100 mn

Casting :
Denis Podalydès : Armand
Valérie Lemercier : Alix
Isabelle Candelier : Hélène
Bruno Podalydès : Yvon Grinda
Isabelle Candelier : Hélène
Catherine Hiegel : Suzanne
Samir Guesmi : Haroun
Michel Vuillermoz : Rovier Boubet

EAST OF EDEN (Taken by Trees) : Voyage un peu trop immobile

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eastofedentakenbytreesPour voyager, vous pouvez utiliser vos pieds ou votre vélo, si vous n’allez pas très loin. Vous pouvez prendre votre voiture ou le train si vous vous voulez faire le tour de votre pays. Enfin, il reste le bateau ou l’avion pour visiter les contrées les plus éloignées et les plus exotiques. Mais vous pouvez aussi tout aussi bien voyager depuis votre canapé par d’autres biais comme la lecture, le cinéma ou bien sûr la musique. C’est exactement l’effet que procure East of Eden de Taken by Trees.

Taken by Trees est le projet solo de Victoria Bergsman, la chanteuse de the Concretes… Bon merci Wikipedia, parce que j’avoue que j’ignorais tout de tout ce beau monde il y a encore cinq minutes, avant d’écrire ces lignes. La jeune femme est une chanteuse et musicienne suédoise née en 1977. Taken by Trees a pour l’instant sorti trois albums studio. East of Eden est le deuxième et est sorti en 2009.

East of Eden s’adresse donc aux amateurs de voyages immobiles. En effet, cet album nous propose au fil des titres, qui ne sont qu’au nombre de 9, diverses sonorités qui nous emmènent loin de la Suède. L’Orient, l’Asie, l’Afrique et beaucoup de sonorités plus difficilement identifiables, mais qui revoient le plus souvent à un certain exotisme. De ce point de vue là, East of Eden est assez surprenant et démontre une vraie curiosité musicale chez Victoria Bergsman.

Mais voilà, personnellement, j’ai trouvé le voyage un peu trop immobile pour le coup. Les titres sont tous sur un rythme plutôt lent. C’est souvent envoûtant, mais parfois tout de même assez lancinant. On a bien du mal à se concentrer sur l’écoute de East of Eden, dont la musique se prête plus à un fond sonore qu’à une écoute attentive. Bref, on flirte quand même avec l’ennui. Surtout que la voix de Victoria Bergsman n’est pas non plus totalement inoubliable.

La durée somme toute limité de East of Eden est en fait à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force parce que du coup, on apprécie quand même le travail de recherche de Taken by Trees. La musique n’est certes pas enthousiasmante, mais présente quand même un intérêt suffisant pour être maintenu le long de ce neuf titres. Sa faiblesse parce que du coup, c’est un peu léger vu qu’on paye rarement la musique au poids. Enfin quand on la paye…

Il est clair que mon avis sur East of Eden est quand même largement subjectif. Comme tous les avis me direz-vous, mais celui-là encore un peu plus. En effet, je ne suis pas forcément très amateur de musique traditionnelle quelque soit son origine. Et il est vrai que c’est de là que Taken by Trees tire ses influences. Par contre, si vous pouvez écouter des heures de musique orientale sans vous lasser, vous apprécierez très certainement bien plus que moi cet album. Personnellement, dans la même démarche de mélange de sonorités venues des quatre coins de la planète, je préfère largement le travail de Pink Martini par exemple.

East of Enden est donc le fruit d’un travail remarquable de la part de Taken by Trees. Mais un rythme trop monotone et lancinant empêche tout enthousiasme pour ces sonorités pourtant particulièrement diverses. Dommage.

Pour finir, faisons le tour des titres de cet album.

1.: To Lose Someone
Une ballade évaporée aux sonorités étranges et orientales.

2.: Anna
La voix est un peu plus poussée, plus claire, sur un rythme un rien chaloupé.

3.: Watch the Waves
Des percussions très présentes pour un titre un peu psychédélique.

4.: Greyest Love of All
Un air de ballade irlandaise.

5.: Tidens Gång
Une instrumentation plus épurée qui met particulièrement en avant la voix.

6.: Wapas Karna
Un rythme asiatique pour un son dissonant.

7.: My Boys
Plus rythmé, plus enjoué.

8.: Day by Day
Un rythme envoûtant aux sonorités toujours exotiques.

9.: Bekännelse
Lent et chiant.

PROMETHEUS : Il était une fois l’homme

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prometheusaffichePrometheus était un des films le plus attendus de cette année. Le projet d’un prequel de Alien était dans l’air du temps depuis longtemps et savoir que Ridley Scott serait à sa tête attisait l’impatience et une envie gourmande chez les fans. Mais une fois le film sorti sur les écrans, les réactions furent beaucoup plus tièdes. Du coup, je m’y suis rendu avec beaucoup de méfiance et sans guère d’espérance. C’est peut-être pour ça que j’en suis ressorti particulièrement enthousiaste.

A la fin du XXIème siècle, à plusieurs endroits sur Terre et chez diverses civilisations antiques, on retrouve les mêmes représentations de géants les mains tournées vers les mêmes étoiles. Une expédition, financée par la multinationale Weyland et animée par deux scientifiques persuadés qu’ils tiennent là le secret de la création de l’homme, est envoyée dans le système qui figure sur ces dernières. Mais rien n’assure qu’ils y trouveront ce qu’ils espèrent.

Prometheus renoue avec une science-fiction emplie de mysticisme. Ce n’est certainement pas le premier récit du genre qui fait le lien entre des civilisations extra-terrestres, l’origine de l’humanité et l’existence de Dieu. Des thèmes hyper classiques qui ont toujours nourri ce domaine de l’imaginaire. Après on peut trouver que ce sont des questions existentielles de pacotille, du religieux qui n’a rien à faire là ou un ésotérisme du pauvre. Ou alors on peut y voir un nouvel épisode d’une tradition ancienne qui a largement irrigué la culture populaire depuis plusieurs décennies.

Un autre reproche fait à Prometheus est la légèreté de son scénario. Il est vrai qu’il n’est pas non plus hyper élaboré, mais pas plus que ne l’était celui d’Alien. Comme son prédécesseur, on est dans un film d’ambiance, dont l’intérêt est basé sur la tension constante et un mystère qui se dévoile peu à peu. Le film rentre assez vite dans le vif sujet alors que la bande-annonce pouvait donner à penser à une longue et pénible introduction. Après, on est face à des aventures assez classiques, mais qui ne sont certes pas portées par une intrigue particulièrement complexe.

N’empêche, malgré tout ces reproches que je peux objectivement comprendre. J’ai tout simplement adoré Prometheus. Je suis entré dans le film dès les premières secondes et je n’en suis jamais ressorti. J’ai accroché à tous les niveaux : l’ambiance, l’intrigue, les personnages… Une immersion immédiate dans un univers à la fois nouveau mais qui évidemment multiplie les clins d’œil vers l’univers que des quatre films de la quadrilogie initiale. Vous trouverez même des fans qui sur les forums regardent attentivement si tout cela est bien compatible avec les Aliens vs Predators. Sauf le respect que j’ai pour eux, Riddley Scott doit à peine savoir que ces deux navets existent.

Si Prometheus fonctionne si bien, c’est que la caméra de Ridley Scott reste une des plus magistrales d’Hollywood. Paradoxalement, le fait qu’il dispose de tous les moyens techniques qu’il désire rend peut-être son style plus impersonnel que dans un Alien, où il devait compenser le manque de moyen par son génie artistique. Mais tout de même, il y a chez lui une manière remarquable de passer avec le même bonheur de scènes d’action spectaculaires, aux frontières de la démesure, à des scènes intimistes où il développe la psychologie de ses personnages.

prometheusLe casting de Prometheus est riche en acteurs chevronnés. Les deux plus grandes stars sont Noomi Rapace et Michael Fassbender. La première confirme son incroyable charisme et cette faculté à se transformer physiquement pour chacun de ses rôles. Le second est parfois un peu hésitant dans ce rôle de cyborg qui s’interroge sur sa propre condition. Par contre, rien à redire sur les performances de Idris Elba, remarqué dans l’excellente série Luther, et Charlize Theron.

Prometheus manque peut-être d’audace et de surprises. Cependant, il renoue avec une science-fiction très classique dont Ridley Scott a toujours été un des porte drapeau (Alien, Blade Runner). On lui reproche de ne pas s’être réinventé, mais il n’a jamais été un précurseur. Je retrouve en fait dans ce film ce qui a fait que j’aime tant Kingdom of Heaven et qui fait que ce dernier est lui aussi parfois sévèrement décrié. Du cinéma classique, délivrant des messages simples (ce qui n’est pas pareil que superficiels), mais du cinéma éternel !

Fiche technique :
Production : Brandywine productions, Dune entertainment, Scott Free Productions
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Jon Spaiths, Damon Lindelof
Montage : Pietro Scalia
Photo : Dariusz Wolski
Décors : Arthur Max
Musique : Marc Streutenfeld
Costumes : Janty Yates
Durée : 124 mn

Casting :
Noomi Rapace : Elizabeth Shaw
Michael Fassbender : David
Charlize Theron : Meredith Vickers
Idris Elba : Janek
Guy Pearce : Peter Weyland
Logan Marshall-Green : Charlie Holloway
Kate Dickie : Ford
Sean Harris : Fifield

POPULAR SONGS (Yo La Tengo) : Le vrai sens de la variété

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popularsongsyolatengoLe plus difficile dans l’art en général, et en musique en particulier, c’est de savoir ne pas toujours faire la même chose, même si c’est ce que l’on sait faire de mieux. Combien de groupes donnent l’impression d’écrire encore et encore le même album, quand ce n’est pas la même chanson. Du coup, on apprécie quand on tombe sur un disque qui nous entraîne dans des univers assez différents d’une plage à l’autre. C’est le cas de Popular Songs du groupe Yo La Tengo.

Yo la Tengo est un groupe de rock américain indépendant. Wikipedia souligne dans les quelques lignes de présentation la diversité des genres abordés dans leur discographie. C’est toujours rassurant quand ce genre d’information vient confirmer votre idée d’introduction. Même s’il n’a pas forcément une très forte notoriété (j’avoue que je n’en avais jamais entendu parlé précédemment), il a tout de même été fondé en 1984 et Popular Songs, sorti en 2009, est leur 16ème album. Il est composé de deux membres : Ira Kaplan et Georgia Hubley.

Popular Songs ne débute pas par le meilleur de l’album. En effet, les quatre premières plages commencent par une musique plutôt évaporée, qui abuse quelque peu de l’effet « voix loin du micro ». Bon, les titres ne sont pas forcément mauvais, mais on commence à se dire que si le reste est dans la même veine, on risque fort de finir par s’ennuyer ferme. Heureusement, le reste est très différent et surtout très différent d’un titre à l’autre.

Popular Songs s’adresse plutôt à un public qui apprécie les instrumentation élaborée, plutôt que le style direct et purement énergique. Bref, Yo La Tengo est loin d’être un groupe de punk et on sent chez eux une vraie volonté d’explorer diverses univers musicaux. On n’est pas du tout face à une musique expérimentale, puisqu’aucun titre pris un individuellement n’est d’une originalité radicale, mais les deux musiciens exercent leur talent pour des rendus assez variés, avec toujours un vrai travail dans les arrangements. Le seul aspect un peu hors des sentiers battus de cet album réside dans les trois derniers titres, très longs : 8, 10 et 15 minutes et qui sont beaucoup moins classiques dans leur forme. Bon, ce n’est pas forcément le plus intéressant et on peut leur reprocher d’allonger un peu artificiellement l’album.

Il n’en reste pas moins qu’avant cela, Popular Songs nous propose un certain nombre de très bon titre. Le meilleur moment de l’album réside dans l’enchaînement Periodicallly Double or Triple, If it’s True et I’m on My Way. Ce sont les plus dynamiques et ceux où les voix des deux musiciens sont les plus claires. Il est vrai que je suis rarement fan des distorsions sur le chant. Le reste de l’album est globalement assez bon. Comme les titres sont assez variés, on peut plus ou moins apprécier les titres selon ses goûts personnels, mais on ne peut que saluer le réel travail artistique derrière chaque d’eux.

Popular Songs n’est donc pas particulièrement homogène et on peut aimer nettement moins certains passages. Cependant, la variété et le vrai travail réalisé par ces deux musiciens font de Yo La Tengo un groupe qui gagne à être découvert.

Pour finir, un petit tour des titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Here to Fall
Un rock lent et envoûtant.

2.: Avalon or Someone Very Similar
Une voix un peu évaporée, pour une ambiance un peu 70’s.

3.: By Two’s
Lent et harmonieux, toujours quelque peu évaporé. Flirte un peu avec le chiant pour tout dire.

4.: Nothing to Hide
Un rock dynamique, mais avec toujours cet effet voix éloignée du micro.

5.: Periodically Double or Triple
Un rock un rien rétro et jazzy, où la voix est enfin claire pour un résultat très sympa.

6.: If It’s True
Chanté en duo, ce titre enjoué et jazzy est très bon.

7.: I’m on My Way
Une ballade simple, où le texte est chanté avec une vraie expressivité.

8.: When It’s Dark
Des accents folks, un rien évaporé, mais un titre qui fonctionne.

9.: All Your Secrets
Une ballade gentillette, tirant sur la pop sucrée.

10.: More Stars Than There Are in Heaven
Un très long titre un peu lancinant.

11.: The Fireside
Très long encore pour un titre instrumental assez envoûtant.

12.: And the Glitter Is Gone
Encore très long (15 minutes), un instrumental rock et dynamique.

ORPHELINS…

thierryroland

thierryrolandSi on m’avait demandé hier ce que je pensais de Thierry Roland, j’aurais sûrement insisté sur sa misogynie, sa propension à relayer inlassablement les pires clichés et pour tout dire son côté beauf ! Bref, tout ce que je n’aime pas et qui me fait apprécier pleinement la qualité des commentaires sur Canal+. Pourtant, aujourd’hui qu’il nous a quitté, on ne peut qu’être ému. En regardant quelques images publiées sur le mur Facebook d’une amie, j’avais quelques larmes aux yeux. C’est complètement idiot, mais ça permet de se rendre compte à quel point il faisait partie de notre quotidien.

Le sport se nourrit de moments d’émotion irrationnelle qui grave des souvenirs à jamais. Que ça soit la détresse au soir de France-Bulgarie en 1993 à la folle joie du 12 juillet 1998, sa voix nous a accompagné. Dans ces moments-là, peu importait la profondeur des propos, les évènements parlaient d’eux-mêmes. Seul est resté l’impression d’avoir partagé avec lui et tout un peuple par son intermédiaire, les mêmes sentiments. Pour cela Thierry Roland a fait partie de notre vie, comme un proche, un ami, un parent.

Tous les amateurs de football sont un peu orphelins en ce jour. Il est peu probable que Thierry Roland ne soit jamais remplacé. Les matchs sont désormais trop dispersés sur les différentes chaînes. Personne ne pourra plus prétendre être LA voix du football, comme Roger Couderc a été celle du rugby. Si on doit retenir une chose de Thierry Roland, c’est l’image d’un grand journaliste dont l’héritage est immense. Il aura traversé les décennies, de la préhistoire du football télévisé à la sur-exposition actuelle, sans jamais rien perdre de sa popularité. On ne dure pas sans talent.

On dit souvent que le plus dur est pour celui qui reste. On pense bien sûr à sa famille, mais aussi à Jean-Michel Larqué. On peut imaginer la peine qui doit être la sienne aujourd’hui. Et comme, il fait lui aussi un peu partie de la famille, on partage largement son chagrin.

Sans Thierry Roland, le football à la télé ne sera plus tout à fait le même. Tout à fait, Thierry…

BROKEN (Soulsavers) : Surprenants dialogues

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brokensoulsaversLorsque l’on écoute un album dont on ne sait rien, on attend toujours la première plage avec appréhension et impatience, pressé de savoir à quoi peut ressembler la musique qui nous attend. Le nom du groupe donne parfois une indication ou parfois vous induit en erreur. Avant d’entendre les premières notes de Broken, je me disais que Soulsavers était un nom pour un groupe de rock qui tâche. Je me suis plutôt trompé pour le coup, mais je n’ai pas perdu au change puisqu’il s’agit réellement d’un très bon album.

Soulsavers est un duo anglais, spécialisé dans la musique électronique et le les remixes. Bon, ça c’est ce que dit Wikipedia et ne correspond pas du tout à l’impression donné par Broken, où se mêlent guitares, violons et piano. Enfin visiblement ce sont des touches-à-tout qui aiment à jouer avec les sons et les mélodies. Cet album est sorti en 2009 et a pour invité principal Mark Lanegan qui prête sa voix sur presque tous les morceaux.

Broken s’ouvre sur un instrumental au piano et des cordes classiques. On se dit que peut-être, il s’agit juste d’une introduction originale qui ne va pas forcément ressembler au reste de l’album. D’ailleurs, le second morceau Death Bells est plutôt rock, avec de grosses guitares. J’ai alors imaginé que j’avais vu juste et que j’étais parti pour une dizaine de plages dans la même veine. Or, je me suis vite aperçu que c’était loin d’être le cas.

En effet, Broken est constitué quasiment exclusivement de ballades mélodiques, souvent assez sombres, au rythme parfois très lent. Le ton tire parfois sur le psychédélique ou l’ambiance envoûtante, mais globalement on est sur un son assez classique, même si extrêmement travaillé. Les morceaux sont très homogènes, tous de grande qualité, en différenciant juste assez les un des autres pour que l’on ne se lasse pas du tout au fil de l’album. Bien sûr, il faut mieux aimer les ballades. Mais si c’est le cas, Broken est un vrai régal.

On sent bien en écoutant Broken que Soulsavers s’intéresse avant tout aux instrumentations. Ces dernières sont basées sur un subtil mélange entre des instruments « classiques » (piano et cordes) et des guitares aux sonorités lourdes et très rock. Ce ne sont pas les premiers à s’y essayer, mais cette fois-ci le résultat est beaucoup subtil qu’à l’habitude. On n’est pas là du tout avec une section de violon juste là pour accentuer le côté mélodique. Il y a un vrai travail de dialogue entre les instruments, ce qui donne un résultat à la fois élaboré et qui s’écoute très facilement.

Le titre le plus abouti est pour moi Shadow Fall, où guitares et violons se répondent de manière remarquable. J’ai aussi une tendresse particulière pour Praying Ground où Mark Lanegan laisse place à une femme au chant. Cela apporte une vraie nouveauté dans le cours de Broken, qui relance l’intérêt de l’album sur les derniers titres. Ce morceau est celui qui dégage la plus grande sensibilité. Enfin, je citerai All The Way Down, sûrement le morceau où la voix est le plus mise en avant.

Broken de Soulsavers est donc une surprise plutôt inattendue. Mais une très bonne surprise.

Pour finir, faisons le tour des titres de Broken.

1.: The Seventh Proof
Instrumental de piano et cordes.

2.: Death Bells
Rock porté par une voix caverneuse, mais avec une ligne mélodique très claire.

3.: Unbalanced Pieces
Un titre plus lent, à l’ambiance envoûtante.

4.: You Will Miss Me When I Burn
Une jolie ballade, où le piano est très présent.

5.: Some Misunderstanding
Un son plus pop où la voix de Mark Lanegan se fait plus clair.

6.: All The Way Down
Une ballade où la voix exprime beaucoup d’émotions différentes.

7.: Shadows Fall
Une très belle ballade entre romantisme et noirceur, où violons et guitares se répondent.

8.: Can’t Catch The Train
Une ballade épurée au piano et violon. Harmonieux mais pour une fois un rien surfait.

9.: Pharaoh’s Chariot
Une chanson très douce, presque murmurée.

10.: Praying Ground
Une voix féminine qui apporte une sensibilité supplémentaire.

11.: Rolling Sky
Un titre éthéré en duo qui fonctionne très bien.

12.: Wise Blood
Long instrumental où le violon domine.

13.: By My Side
Un titre lent et un peu transparent pour finir.

JANUA VERA (Jean-Philippe Jaworski) : Fantasy mature

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januaveraPendant longtemps l’heroic fantasy a été largement dominée par les Anglo-saxons. Il faut dire que le genre est né en Angleterre sous la plume de J.R.R Tolkien. Depuis, ce domaine littéraire s’est largement diversifié et donc internationalisé. La preuve avec un petit gars (enfin né en 1969 quand même) bien de chez nous, Jean-Philippe Jaworski et son recueil de nouvelles Janua Vera. Il s’agit de sa première œuvre, publiée en 2007, même si je me base ici sur une édition augmentée, sortie en 2010.

Le Vieux Royaume à travers les époque et à travers les destins de plusieurs personnages : un souverain-dieu qui rêve de sa propre chute, un assassin victime d’une machination, un chevalier prêt à défendre l’honneur d’une dame, un guerrier qui lutte contre la mort au milieu d’étranges visions…

Janua Vera est composé de 8 récits d’une cinquantaine de pages chacun. J’imagine que la première édition en comptait moins, mais je ne saurais dire combien. On y retrouve quelques nom de lieux en commun pour donner une unité, mais sinon chaque nouvelle peut se lire totalement indépendamment des autres. Elles se situent tous au Vieux Royaume, l’univers récurent imaginé par Jean-Philippe Jaworski, mais qui sert ici de simple décor. Chaque récit se concentre essentiellement sur les péripéties vécues par un personnage et les descriptions sont vraiment peu nombreuses.

En fait, Janua Vera est plus proche du roman historique que de la fantasy à proprement parler. En effet, il se situe dans un univers moyenâgeux où la magie et les créatures fantastiques sont assez peu présentes. La plupart des nouvelles auraient pu se dérouler dans notre monde, cela n’aurait le plus souvent strictement rien changé au récit. Cette œuvre peut donc réunir un public beaucoup plus large que les fans d’elfes et de dragons. D’ailleurs ces derniers seront même sûrement carrément frustrés.

Mais Janua Vera se distingue surtout par une réelle qualité d’écriture. Comme en plus, l’auteur est français, on n’a aucune perte due à la traduction. Jean-Philippe Jaworski a un parcours un peu particulier puisqu’avant de devenir écrivain, il s’est fait connaître en réalisant deux jeux de rôle en tant qu’amateur. Ce recueil a donc été une suite logique de son imagination débordante. Elle a connu un succès immédiat, récompensée par plusieurs prix. En parcourant les pages, on n’a jamais la sensation de lire un auteur débutant, bien au contraire. Il y a une grande maturité et une réelle maîtrise dans le style, qualités vraiment rares dans cet univers littéraire souvent beaucoup plus direct et immature.

Bien qu’il soit un recueil de nouvelles, Janua Vera est vraiment d’une qualité homogène. Les histoires sont très différentes les unes des autres, mais se lisent tous avec le même plaisir. Cette forme pourra ravir les lecteurs intermittent puisque, encore une fois, chaque récit est vraiment indépendant de ceux qui l’ont précédé. Personnellement, j’ai lu une nouvelle par soir et c’était très agréable de pouvoir à chaque jour de lecture avoir un début, un milieu et une fois, surtout que je n’ai jamais été déçu.

Janua Vera et plus largement l’univers de Jean-Philippe Jaworski constituent donc de très belles surprises. Personnellement, j’ai hâte de revenir au Vieux Royaume. Cela tombe bien puisqu’en même temps que ce recueil, on m’a offert Gagner la Guerre, son deuxième livre, un roman se situant dans le même univers. Rendez-vous donc bientôt pour une nouvelle critique !

MELENCHON PEUT GARDER SES LECONS

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melenchonPendant longtemps le Parti Communiste a été synonyme de « on ne change pas une équipe qui perd » avec d’indéboulonnables premiers secrétaires, comme George Marchais, qui ont conduit ce parti à un inexorable déclin. On pensait pourtant que dans le cadre du Front de Gauche, sous l’impulsion de Jean-Luc Mélenchon, ce courant politique allait connaître une renaissance. Mais son leader est malheureusement tombé dans le piège du « on ne change pas une stratégie qui perd ».

Son échec aux législatives est encore plus retentissant que la légère déception qu’a au final représenté son score aux présidentielles. Il a fait du combat contre le Front National son cheval de bataille et force est de constater que dans le match qui l’oppose à Marine le Pen, cette dernière mène 2-0. Le KO est proche ! Pourtant, cette cause est évidemment des plus nobles et des plus essentielles, elle doit donc recueillir le soutien inconditionnel de toute la gauche et même de tous ceux ayant un minimum de conscience républicaine. Mais la manière adoptée par Jean-Luc Mélenchon n’est définitivement pas la bonne parce qu’elle est inefficace d’une part et surtout fortement contestable.

Combattre son ennemi avec ses propres armes se révèle souvent une manière audacieuse mais probante de remporter la victoire. Mais Jean-Luc Mélenchon a adopté bien des travers qui ont été pendant longtemps l’apanage du Front National. L’insulte comme arme politique, la haine morbide des journalistes, l’habitude de vouloir faire passer le déni pour du courage, alors que le vrai courage est d’affronter la réalité en face. Bref, la gauche a toujours condamné toutes ces dérives chez les le Pen et il est dommage qu’elle ai été aussi conciliante avec le leader du Front de Gauche.

De plus, d’un point de vue beaucoup plus pragmatique, Jean-Luc Mélenchon commet tout simplement une erreur de stratégie politique majeure. On ne combat pas un adversaire politique en parlant de lui à longueur de temps, sauf s’il s’agit d’un élu sortant. En agissant ainsi, on attire l’attention médiatique au moins autant sur soi et son combat que sur les idées défendues par le camp d’en face, aussi abjectes soient-elles. Depuis plusieurs mois maintenant, Jean-Luc Mélenchon a offert à Marine Le Pen une campagne de publicité médiatique inédite, faisant de cette dernière le centre des débats, et a obtenu exactement l’inverse de ce qu’il recherchait.

La seule chose que l’on peut espérer après ce funeste fiasco est que Jean-Luc Mélenchon saura faire preuve d’un peu d’humilité et d’honnête et arrêtera de se poser en donneur de leçons de morale. Il n’en a pas à donner et son comportement fait que c’est plutôt lui qui est en position d’en recevoir. Tout ce qu’il aura réussi finalement est d’avoir achevé le Parti Communiste. Ce dernier a au moins le mérite d’être un parti d’élus mettant les mains dans le cambouis en gérant des collectivités dans des contextes sociaux parfois extrêmement difficiles. Pour cela, il mérite le respect, aussi opposé soit-on avec sa conception de la société et de l’économie. En se rangeant derrière un homme qui n’est qu’un tribun charismatique, mais dont la carrière politique a toujours savamment esquiver les réalités de terrain, il a fini de se décrédibiliser et survivra difficilement à son nouveau leader.

Par son attitude, Jean-Luc Mélenchon a offert un excuse en or à l’UMP pour sa politique du « ni-ni ». Bien sûr tout cela n’est qu’un prétexte fumeux donnant la nausée. Mais décidemment, le leader du Front de Gauche n’a pas compris que se faire plaisir à la tribune, loin de toute réalité autre que médiatique, peut parfois au final avoir des conséquences qui font surtout plaisir au camp d’en face.