TUCKER ET DALE FIGHTENT LE MAL : Quand George Feydeau rencontre Sam Raimi

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tuckeretdalefightentlemalafficheMélanger des genres peut donner des résultats assez inattendus. Parfois pour le pire, mais souvent pour le meilleur. Rien que par son titre, on sent bien que Tucker et Dale Fightent le Mal est une parodie de « slash movie ». C’est un genre qui a le vent en poupe depuis Scream et il est vrai que l’on supporte de moins en moins quand ce genre de film se prend trop au sérieux. Mais ce nouveau mélange d’horreur-comédie brille par une originalité particulière.

Une groupe de jeunes étudiants partent camper au fin fond de l’Amérique profonde, peuplée, on le sait depuis Délivrance, de dégénérés, ayant tendance à se muer en tueurs en série. C’est exactement ce qu’ils pensent de Tucker et Dale, qu’ils croisent à une station service. Or, ces derniers ne sont en fait que deux braves types, tout heureux d’avoir enfin pu acheter une petite maison au bord d’un lac pour pouvoir y passer leurs vacances à pêcher et boire des bières. Mais quand ils sauvent une des étudiantes de la noyade et la mettent au chaud, ses camarades sont persuadés qu’ils vont la tuer, ou même bien pire, et se décident à la sauver.

Tucker et Dale Fightent le Mal est tout simplement un vaudeville. Bon, il n’y a pas d’amant dans le placard, mais on retrouve exactement la même mécanique comique, à base de quiproquos et de mauvaises interprétations dues à de mauvais timings. Un ressort classique au théâtre, un rien ringardisé au cinéma, mais qui retrouve ici une seconde jeunesse. Cela ne ressemble surtout à rien de connu et renouvelle vraiment un genre qui se basait jusqu’à présent toujours un peu sur les mêmes idées.

La première qualité de Tucker et Dale Fightent le Mal est donc d’être très drôle. Un humour très premier degré certes, mais terriblement efficace. Cela ne tombe surtout jamais dans le vulgaire ou l’utra-lourdingue, alors que ce n’était pas gagné au départ. Certes, on retrouve les clichés du genre, comme les étudiantes aux formes généreuses assez peu habillées, mais sans qu’il n’y est pour autant de blagues en dessous de la ceinture. Pas de pipi-caca non plus. Bref, le plus grand mérite de Eli Craig est d’avoir constamment renoncé à la facilité, de s’être tenu à sa très bonne idée de départ, sans perdre son sang froid et sans en faire trop. Il y a donc une vraie maîtrise qui fait de ce film un peu plus qu’une série B.

D’un autre côté, la plus grande limite de Tucker et Dale Fightent le Mal, c’est de n’être que drôle. C’est là la grande différence avec Scream qui fasait rire, mais qui faisait aussi peur. Rien de cela ici. Le film commence comme un film d’horreur classique, mais une fois que l’on a compris que la mécanique était tout autre, il n’essaye plus de reprendre les codes du genre, à part les morts qui s’accumulent et l’hémoglobine qui coule. Ces derniers sont au service de l’humour, pas pour effrayer les âmes sensible. Le scénario se concentre uniquement sur l’idée de départ et l’exploite jusqu’au bout. C’est peut-être tant mieux, mais cela condamne ce film à rester dans le sympathique, sans entrer dans le génial.

tuckeretdalefightentlemalTucker et Dale Fightent le Mal fonctionne à la perfection aussi grâce aux petits à côté. Mine de rien, ce film apporte une petite dose de réflexion sur les préjugés et la confiance en soi. Pas de la philosophie hyper profonde, mais le tout est traité avec assez d’intelligence pour apporter un vrai plus et surtout nous permettre de nous attacher terriblement aux personnages. Cela confirme vraiment la qualité d’écriture d’un scénario dont le titre ne nous le laissait pas présager.

Tucker et Dale Fightent le Mal nous livre un quatuor d’acteurs plutôt sympathiques. Le seul qu’on a déjà eu l’occasion d’apercevoir est Alan Tudyk, dans l’excellent Chevalier notamment. Mais lui, comme ses compagnons ont pour l’instant plutôt joué dans des troisièmes rôles et le plus souvent dans des séries. Mais on peut remercier comme il se doit Tyler Labine, Katrina Bowden et Jesse Moss pour le très bon moment qu’ils nous font passer en leur compagnie.

Tucker et Dale Fightent le Mal est donc un film plutôt surprenant, remarquablement bien écrit pour une comédie premier degré, mais qui fait vraiment rire.

Fiche technique :
Réalisation : Eli Craig
Scénario : Morgan Jurgenson et Eli Craig
Décors : Sean Blackie, Amber Humphries et Thomas Walker
Costumes : Mary Hyde-Kerr
Pays d’origine : Canada
Genre : Horreur, comédie
Durée : 88 minutes
Dates de sortie française : 1er fevrier 2012 (en salles)
Producteur : Thomas Augsberger
Musique : Natasha Duprey et Andrew Kaiser

Casting :
Tyler Labine : Dale
Alan Tudyk : Tucker
Katrina Bowden : Allison (Ally)
Jesse Moss : Chad
Philip Granger : Sheriff
Brandon Jay McLaren : Jason
Christie Laing : Naomi
Chelan Simmons : Chloe
Travis Nelson : Chuck
Alex Arsenault : Todd
Adam Beauchesne : Mitch
Joseph Allan Sutherland : Mike
Karen Reigh : Cheryl
Tye Evans : Le père de Chad

LES DERNIERES CARTES

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nicolassarkozy2La mascarade va bientôt cesser. Nicolas Sarkozy n’attendra pas début mars, comme initialement prévu, mais devrait se déclarer candidat dès la semaine prochaine. A la fois, s’il y a une seule personne qui a encore un doute sur sa candidature, soit c’est un génie visionnaire, soit il devrait consulter. Bref, son premier tract de campagne vient de sortir. Il s’appelle Figaro Magazine.

Depuis plusieurs mois, le Président et son équipe ont tout essayé pour remonter dans l’opinion, mais rien n’y fait. François Hollande continue d’être donné gagnant à 60% et si rien ne change dans les trois semaines qui viennent, ce score risque fort d’être définitif. Il faut donc réagir, même si les vacances qui commencent ne vont pas lui faciliter la tâche. En effet, quand on regarde le calendrier de près, le temps est de plus en plus compté. Cette accélération du planning est donc tout à fait compréhensible.

Mais ce temps limité fait aussi que le candidat Sarkozy n’aura pas beaucoup de cartes à jouer. Il ne faudra donc pas se tromper et frapper juste et rapidement. Cependant, un discours très polarisé constitue une vraie prise de risque. C’est tout ou rien. Certes, le flou n’est pas une tactique très efficace, mais tomber à côté signifie perdre toute chance au moment du sprint final.

L’interview dans le Figaro donne le ton. Faute de pouvoir convaincre par des propositions concrètes, sa dernière intervention télévisée le prouve, il va donc tenter d’amener la campagne sur le terrain des « valeurs ». Travail, famille,… bon on n’ose plus dire patrie, mais le discours ressemble un peu à ça. Il se rapproche surtout d’une frange de la droite qui ne tire pas vraiment vers le centre, c’est le moins que l’on puisse dire. Conjuguée à la dernière sortie de Claude Guéant, on voit bien comment l’UMP essaye de se concentrer sur des thèmes qui vont plaire à son électorat et sur lesquels la gauche ne pourra les suivre (et c’est tant mieux!).

Cependant, le problème pour Nicolas Sarkozy est qu’on ne gagne pas une élection présidentielle avec son seul électorat. Il l’a parfaitement compris en 2007 et c’est d’ailleurs une des raisons de sa victoire, quand son adversaire dépensait une énergie folle à convaincre son propre camp. Plus pragmatiquement, l’UMP semble tout miser sur le premier tour. Faire le score le plus proche possible de celui de François Hollande, voire même le dépasser, en mobilisant au maximum son électorat, semble constituer sa seule chance. Il compte en effet sur l’avantage de celui qui est en tête et qui a tendance à attirer les voix des vrais indécis. Cependant, si l’écart au premier tour est moins abyssal dans les sondages, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. A moins que Marine le Pen ne puisse se présenter… On peut vraiment soupçonner l’UMP de vraiment chercher cette fois-ci que le FN soit absent, malgré tous les beaux discours sur la démocratie.

Cette tactique est extrêmement risquée car elle pourrait figer définitivement la campagne dans un affrontement entre deux visions radicalement opposées. Or, le rapport de force actuel n’est absolument pas en faveur de Nicolas Sarkozy. La proposition d’organiser des référendums, au-delà de leur caractère ridicule et irréalisable (les sujets évoqués ne peuvent pas être raisonnablement tranchés par un simple oui ou non), montre bien comment il cherche avant tout à convaincre ses propres électeurs. Qui a envie d’un référendum sur l’indemnisation des chômeurs à part ceux qui veulent la restreindre ?

On est donc face à un candidat qui ne peut plus que miser sur un coup de poker. Mais vu le jeu qu’il a en main, il ne pourra compter que sur le bluff pour l’emporter. Un tactique qui permet peut-être de remporter quelques parties. Mais un titre prestigieux, c’est moins sûr…

’78 (China Forbes) : En solo, c’est aussi le bonheur

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78chinaforbesDans la série mais qui c’est y donc encore que celle-là ?, voici China Forbes et son album ’78. C’est vrai qu’à première vue, ce nom ne me disait rien du tout. Pourtant, je la connaissais, et je pense que je ne suis pas le seul, puisqu’il s’agit de la chanteuse du groupe Pink Martini qui signe là (enfin signait parce que le CD date de 2008, mais j’ai comme dirait un décalage certain avec l’actualité…) son deuxième album solo, le premier remontant tout de même à 1995. Un album qui ravira le fans du groupe, même s’ils y trouveront une ambiance beaucoup plus intimiste, et même bien au-delà vu la qualité générale de l’album.

En fait, lorsque j’ai écouté ’78, j’ai surtout pensé à Sheryl Crow, même si la voix de China Forbes est beaucoup plus mélodique. D’ailleurs, pour évacuer le seul point qui fâche un tout petit peu, la seul limite de cet album réside justement dans un léger manque de personnalité vocale. Son timbre est clair, parfaitement maîtrisé, techniquement, on frise la perfection. Mais du coup, ça manque parfois un peu d’émotion. En s’attaquant à une musique très folk, elle ne peut concourir avec les légendes du genre, comme Janis Joplin ou ex-madame Armstrong.

Bon voilà, mais j’insiste bien que c’est un tout petit bémol. Car ’78 reste un petit bijou qui ravira tous ceux qui aiment les jolies mélodies. Comme je l’ai dit précédemment, on reste dans un univers très folk-country, même si certains titres tirent un peu plus vers la pop, avec même quelques ressemblances avec Blondie. Si Pink Martini est un orchestre, on trouve ici des instrumentations généralement assez épurées, mais ce qui signifie absolument pas simplistes. Car on retrouve la même volonté que son groupe d’explorer diverses sonorités, ce qui fait que l’on n’a jamais l’impression d’entendre deux fois la même chanson.

’78 se démarque aussi par sa densité. L’album a un passage un peu plus faible avec Time On My Hands puis You Were/I Was. Mais ce n’est qu’une légère baisse de régime, rien de bien méchant. On traverse vraiment cet album de bout en bout avec impatience, pressé de savoir ce que nous réserve la prochaine plage. Et si China Forbes ne nous offre jamais de grosses surprises, on n’est jamais déçu par le résultat. Voici typiquement le genre d’album qui peut s’écouter à l’infini sans se lasser…. exactement comme ceux de Pink Martini.

Par contre, ’78 ne possède pas un morceau qui se détache vraiment. Bon, je dirais que mon préféré reste Hey Eugene, mais c’est parce que c’était déjà un titre de Pink Martini que j’adorais. Les ballades restent tout de même le domaine où China Forbes se distingue le plus. On citera ainsi One Less World, I’m Still Talking to You et Easter Sunday. Mais des titres plus dynamiques comme Everbybody Needs Somebody ou Gone fonctionnent eux aussi très bien et contribuent à la réussite de ce très bel album.

’78 n’est donc pas qu’un album solo, mais un vrai complément à la carrière de Pink Martini. China Forbes affirme ici sa personnalité et nous livre une œuvre qui lui ressemble sûrement plus personnelle. En tout cas, on ne peut que s’en réjouir.

Pour finir, faisons le tour des titres de ’78.

1.: When This Is Over
Une ballade entre folk et pop très agréable.

2.: Lovely Day
Un titre plus dynamique qui rappelle Sheryl Crow, mais avec une voix plus douce.

3.: Everybody Needs Somebody
Un titre plus guilleret, avec un côté Blondie.

4.: One Less Word
Une ballade mélancolique, classique, mais très belle.

5.: Gone
Un morceau plus dynamique et plus sucré.

6.: 78
Un titre assez simple, mais très envoûtant.

7.: Time On My Hands
Un morceau très épuré, qui monte peu à peu en puissance, mais qui reste un rien lancinant.

8.: You Were/I Was
Un titre évaporé un rien transparent.

9.: I’m Still Talking To You
Une ballade simple mais touchante.

10.: Can’t Be Wrong
On tire encore sur le Sheryl Crow, mais avec une voix moins originale.

11.: Hey Eugene
Une magnifique reprise de Pink Martini.

12.: Easter Sunday
Une ballade pleine d’émotion.

ELLES : Risible

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ellesafficheAh j’ai bien ri devant Elles. Je n’ai pas été le seul, car plusieurs éclats de rire ont raisonné dans la salle venant de derrière moi (vu que je suis toujours au troisième rang) et ce à ne nombreuses reprises. Le signe d’un bon moment partagé par l’ensemble de l’audiance ? Pas vraiment. Le problème ? Ce n’est pas du tout censé être un film comique, mais un film sur la prostitution… Mais j’ai rarement vu un film aussi ridicule à tous points de vue !

Anne, journaliste pour un magazine féminin, enquête sur les étudiantes qui se prostituent pour financer leur cursus et leur logement. Elle rencontre Alicja et Charlotte qui vont se dévoiler de manière très crue, tandis qu’à la maison son couple bat de l’aile. Ces échanges vont la bouleverser et remettre en cause sa propre existence.

Il y a tellement de choses à redire à Elles qu’on ne sait par où commencer. Bon, globalement, si je devais résumer le message de ce film en une phrase, ça serait : il vaut mieux être une pute épanouie qu’une bourgeoise frustrée… Je caricature un peu, mais à peine. La vision donnée par ce film de la prostitution laisse pantois. Bon certes, on reste dans un contexte bien particulier, mais le film semble nier tout caractère traumatisant à cette situation. Bien sûr, on a droit à une petite scène de violence pour montrer que ce n’est quand même pas un métier sans risque, mais ça sonne presque comme un alibis.

A côté de ça, Elles nous narre les états d’âme de cette journaliste de renom, mais franchement… on en a absolument rien à faire. Son grand fils sèche le cours, olalala quelle horreur ! Bon, le but doit être de créer un contraste entre les quotidiens des différents personnages, mais en passant tant de temps sur celui qui n’a justement rien de passionnant, on plonge très vite le spectateur dans l’ennui le plus profond. Globalement, aucun personnage ne fonctionne dans ce film, ce qui finit d’achever toute parcelle d’intérêt dans le propos.

Mais si le fond est désastreux, que dire de la forme ? Là, on touche le fond justement, ce n’est pas peu dire. Elles est un film extrêmement cru, ce n’est pas peu dire non plus. Il est d’ailleurs interdit au moins de 12 ans. Je ne me rappelle pas avoir jamais vu de « golden shower » au cinéma. Bon là, je sais, vous êtes quelques uns à vous demander ce que c’est, mais ne voulant pas choquer les âmes les plus sensibles, je ne l’expliquerai pas ici. Le contenu sexuellement explicite aurait pu avoir un intérêt s’il était au service de quelque chose, mais il n’en est rien. Il est juste là pour masquer un vide abyssal et un propos qui n’en n’est pas un.

ellesElles recèle quelques scènes tellement ridicules qu’on en est gêné pour le réalisateur. Une scène de masturbation dans la salle de bain provoque déjà un début d’hilarité mal venue. Mais le film décroche le pompon du ridicule avec une scène de repas où la journaliste imagine que ses invités sont remplacés par les clients des deux jeunes femmes. Sauf que l’un est nu et joue « Les Feuilles Mortes » que tout le monde reprend en cœur. Certes, cela fait référence à un autre passage du film, mais tout de même, c’est complètement surréaliste tellement c’est risible. Mais de manière générale, l’usage à plusieurs reprises de musique classique pour accompagner des scènes sans intérêt, tout ça pour essayer de leur donner de la profondeur et de la grandeur, montre bien combien Malgorzata Szumowska sombre dans le n’importe quoi artistique.

On est presque peiné de citer les acteurs qui ont participé à ce naufrage. La pauvre Juliette Binoche ne pouvait pas grand chose pour sauver son personnage et sombre gentiment avec lui. Par contre, on retiendra tout de même comme seul et unique motif de satisfaction les performances des deux jeunes filles, incarnées par Anaïs Demoustier et Joanna Kulig.

Au final, si Elles pousse le spectateur à la réflexion, c’est parce qu’il se demande si le fond est bien consternant et la forme risible… ou bien si c’est l’inverse.

Fiche technique :

Production : Slot machine, Memento Films, Liberator productions, Zentropa, Canal + Poland, ZDF
Distribution : Haut et Court
Réalisation : Malgorzata Szumowska
Scénario : Malgorzata Szumowska, Tine Byrckel
Montage : Françoise Tourmen, Jacek Drosio
Photo : Michal Englert
Son : André Rigaut
Musique : Pawel Mykietyn
Costumes : Katarzyna Lewinska
Durée : 96 mn

Casting :
Juliette Binoche : Anne
Anaïs Demoustier : Charlotte
Joanna Kulig : Alicja
Louis-Do Lencquesaing : Patrick
Ali Marhyar : Saïd
François Civil : Florent

ANOTHER HAPPY DAY : Famille, je vous…

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anotherhappydayafficheDans la série des films qui vous font aimer votre propre famille en comparaison avec celle des autres, voici Another Happy Day. Une sorte de mini Festen (toute proportion gardée) à l’américaine, qui dynamite les valeurs traditionnelles de ce beau pays. Une film méchamment drôle, drôlement méchant, mais aussi terrifiant et émouvant.

Lynn arrive avec deux plus jeunes fils, Ben et Elliot, chez ses parents pour une occasion heureuse : un mariage. Il s’agit de celui de son troisième fils, demi-frère des deux autres, qu’elle n’a pas élevé, après avoir fui son ex-mari violent, Paul, avec sa fille. Toute la famille est là, à l’exception de cette dernière qui veut éviter de revoir son père biologique, auquel elle n’a pas parlé depuis sept ans. Il règne une ambiance particulièrement pesante, marquée par les tensions entre Lynn, Paul et sa nouvelle femme, sous le regard d’Elliot qui partage son temps entre les moments de lucidité ironique et l’abus d’alcool et de stupéfiants.

Another Happy Day est le premier film de Sam Levinson, fils de Barry Levinson, le réalisateur de Good Morning Vietnam et Rain Man. J’aurais donc pu commencer ma critique par « dans la série les chiens ne font pas de chats ». Remerciez-moi, je vous ai épargner ce lieu commun. Bon, après, il faut voir si ce film est une façon d’exorciser ce qui se passe dans la famille Levison. Franchement, je n’espère pas pour eux…

En effet, Another Happy Day est un film sur des gens qui se détestent et se méprisent, mais qui sont bien obligés de cohabiter puisqu’ils font partie de la même famille. Et comme pour la plupart d’entre eux, les apparences sont ce qu’il y a de plus important, tout cela donne une montagne d’hypocrisie, de non-dits, de messes-basses et de mesquineries cruelles et méchantes à n’en plus finir. Au milieu de tout cela, Lynn et son fils Elliot ont un grave défaut : ils expriment ce qu’ils ont sur le cœur et refusent de se soumettre à la dictature ambiante.

Il faut dire qu’ils ont de quoi se révolter. Mais comment faire quand votre propre famille ne cherche qu’à vous faire taire, à vous expliquer que tout est de votre faute puisque vous n’acceptez pas de faire comme si. Certaines scènes de Another Happy Day sont quelque part plus violentes que n’importe quel bain de sang, juste par une seule petite réflexion, une compassion que l’on refuse, un geste de mépris presque anodin. Face à cela, un des grands intérêt du film repose sur le contraste entre les efforts désespérés de Lynn pour faire comprendre ce qu’elle ressent et le regard cynique et désabusé d’Elliot.

Avec ce sujet, Another Happy Day aurait pu devenir soit une vraie comédie grinçante, soit un vrai drame psychologique. Sa grande originalité et sa grande force est de se situer entre les deux. Certes, certains passages sont d’une cruauté sans borne, mais le personnage d’Elliot apporte un détachement par rapport aux situations qui nous permet de contempler tout cela avec beaucoup d’ironie. Les « méchants » sont tellement mesquins et au fond malheureux qu’on arrive à rire d’eux, même si on prend évidemment pitié pour cette pauvre Lynn et pour sa fille.

anotherhappydayAnother Happy Day est un film qui va crescendo. Il est vrai qu’on a un peu de mal à rentrer dans cette histoire lors du premier tiers du scénario. Mais au fur et à mesure que l’on se rapproche du mariage, lorsque tous les personnages sont rassemblés et que la tempête peut éclater à tout moment, on se prend au jeu et on exulte devant le spectacle de cette famille très éloignée de l’idéal puritain qu’elle essaye de suivre.

Another Happy Day nous offre une très belle galerie de personnages et par la même occasion une très beau casting. Retenons trois nom : Elle Barkin nous offre une très belle performance qui est peu toujours sur le même registre, mais parfaitement exécutée. Ezra Miller confirme qu’il sait parfaitement incarné les adolescents torturés, après ses prestations remarquées dans City Island (un vrai petit chef d’œuvre bien trop inaperçu) et We Nee to Talk About Kevin. Enfin Demi Moore n’a peut-être le rôle plus subtil et le plus intéressant, mais elle brille par son charisme de vraie star d’Hollywood.

Another Happy Day est donc un film profondément humaniste… mais qui ne nous donne pas vraiment envie d’aimer certains humains.

Fiche technique :
Production : Mandalay Vision, Filmula, Prop Blast Films, Cineric, Taggart Productions
Distribution : Memento Films
Réalisation : Sam Levinson
Scénario : Sam Levinson
Montage : Ray Hubley
Photo : Ivan Strasburg
Décors : Michael Grasley
Musique : Olafur Arnalds
Durée : 119 mn

Casting :
Elle Barkin : Lynn
Ezra Miller : Elliot
Ellen Burstyn : Doris
Demis Moore : Thomas Haden Chirch
Kate Bosworth : Alice
George Kennedy : Joe

SHERLOCK HOLMES : JEU D’OMBRES : Un retour réussi pour le duo Holmes-Watson

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sherlockholmesjeudombresafficheLe premier volet de la nouvelle adaptation des aventures de Sherlock Holmes, incarné par Robert Downey Jr., était loin d’avoir fait l’unanimité et possédait bon nombre de farouche détracteurs. Le nouveau volet, Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres a toutes les chances de produire le même résultat, tant les ingrédients sont les mêmes. Après, tout est une question de goût.

Sherlock Holmes connaît désormais le nom de son ennemi, le Professeur Moriarty. Il soupçonne ce dernier d’être au centre d’une gigantesque machination criminelle. Il fera tout pour l’arrêter, même gâcher le mariage de son fidèle Watson, dont l’aide lui sera précieuse. Et il se jettera d’autant plus dans la bataille que son ennemi menace ceux qu’il aime. Un duel qui pourrait bien changer le cours de l’histoire.

Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres présente tout de même une grande différence avec le premier volet. On n’est plus ici dans le mystère à résoudre. Certes les intentions du Professeur restent longtemps mystérieuses, mais on est avant tout dans une sorte de jeu d’échec entre deux cerveaux géniaux, chacun essayant d’anticiper et de contrer les attaques de l’adversaire. Le célèbre détective a enfin un adversaire à sa mesure dans ce domaine et c’est sûrement cet aspect du scénario qui reste le plus intéressant et qui fait fonctionner ce film.

Un autre aspect confère une dose de charme supplémentaire à Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres. En effet, il laisse une large place à la relation entre le détective et son éternel acolyte. Une relation ambiguë, où les allusions à tout autre chose qu’une simple amitié virile se multiplient. Ceci est fait avec beaucoup de finesse et de subtilité et donne à leur numéro de duelliste un aspect politiquement incorrect des plus savoureux.

En fait, ce qui divise vraiment les spectateurs reste la réalisation de Guy Ritchie. Clip vidéo indigeste, esthétique énergique pour d’autres. Personnellement, elle ne me dérange pas du tout, même si je dois admettre qu’il use et abuse un peu toujours des mêmes effets. Les anticipations de Holmes sont filmées exactement de la même façon que dans le premier volet. Les ralentis sont également toujours autant présents et s’ils donnent quelques très beaux résultats, comme une fusillade dans la forêt, cela tourne parfois au tic cinématographique. Du coup, on peut aisément comprendre que cela en insupporte certains.

Mais de mon point de vue, le principal reproche que l’on peut formuler à l’encontre de Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres repose sur un début quelque peu longuet. Le film dure quand même un peu plus de deux heures, mais a quelque peu de mal à se mettre totalement en route. Heureusement, le rythme va crescendo et nous fait rentrer de plus en plus profondément dans cette intrigue qui au final nous fait passer globalement un très bon moment.

sherlockholmesjeudombresMais Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres, c’est surtout le plaisir de retrouver l’inoubliable duo Robert Downey Jr – Jude Law, qui fait rêver toutes les filles. Comme je l’ai évoqué plus haut, le scénario leur donne vraiment l’occasion de s’en donner à cœur joie et ils ne s’en privent pas les bougres ! Ils s’amusent comme des petits fous, frisent parfois le cabotinage, mais c’est pour notre plus grand bonheur. A leurs côtés, Noomi Rapace, la Lisbeth Salander du Millenium suédois, commence une prometteuse carrière hollywoodienne, même si le rôle lui permet nettement moins de briller que celui qui l’a rendue célèbre. Enfin, Jared Harris, échappé de Mad Men, campe un Professeur Moriarty machiavélique. Mais force est de constater qu’il ne peut rivaliser de charisme avec son adversaire. C’est sûrement une des plus flagrantes limites de ce film.

Comme le premier épisode, Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres reste un aimable divertissement donc la réalisation pourra exaspérer ou apparaître comme un facteur d’originalité. Reste un impayable duo d’acteurs !

Fiche technique :
Production : Warner Bros, Village Roadshow, Silver Pictures, Wigram Productions
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Guy Ritchie
Scénario : Michele Mulroney, Kieran Mulroney, d’après les personnages de Sir Arthur Conan Doyle
Montage : James Herbert
Photo : Philippe Rousselot
Décors : Sarah Greenwood
Musique : Hans Zimmer
Durée : 127 mn

Casting :
Robert Downey Jr : Sherlock Holmes
Jude Law : Docteur John Watson
Noomi Rapace : Mme Simza Heron
Jared Harris : Pr. James Moriarty
Stephen Fry : Mycroft Holmes
Rachel McAdams : Irene Adler
Paul Anderson : Colonel Sebastian Moran
Kelly Reilly : Mary Watson

CHUTE A L’AVANT

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contadorAlors qu’on s’attendait plutôt à un classement de l’affaire, le monde du cyclisme a connu un nouveau cataclysme après l’annonce de la suspension pour deux ans pour dopage d’Alberto Contador, avec au passage le retrait de sa victoire lors du Tour 2010. On peut légitimement considérer que ce n’est que justice. Mais cette condamnation a un léger goût amer.

Déjà parce que le champion espagnol est tombé pour des faits assez mineurs. On est un peu dans le cas, même si la comparaison est un peu déplacée, je l’admets, d’Al Capone, tombé pour fraude fiscale, faute de pouvoir prouver ses autres évidents et beaucoup plus graves délits. On peut d’ailleurs considérer que Contador paye ici avant tout ses liens présumés avec l’affaire Puerto, à travers laquelle il est passé sans éclaboussure. Du coup, au-delà de l’intime conviction, on n’est pas entièrement certain que justice soit faite…

Ensuite, cette condamnation arrive quelques jours après l’annonce de l’arrêt de l’enquête fédérale américaine à l’encontre de Lance Armstrong. Les amoureux du cyclisme plaçait beaucoup d’espoirs dans cette procédure qui aurait pu laver ce sport de sa tâche la plus flagrante. Certes, d’autres poursuites sont en cours, mais cela marque un sérieux coup d’arrêt à tous ceux qui voudraient remettre en cause les sept victoires de l’Américain.

En attendant, le cyclisme continuera de souffrir de cette image de sport de dopés. Peut-être parce que c’est sûrement un des rares sport où l’on cherche vraiment…

AS I AM (Alicia Keys ) : Potentiel inexploité

asiamaliciakeys

asiamaliciakeysPendant longtemps, j’ai associé le nom d’Alicia Keys avec une chanteuse de musique de pouffes. Peut-être parce qu’elle est très belle et afro-américaine, comme quoi le cliché est une maladie qui s’attrape facilement. Or, il n’en est rien puisqu’il s’agit bien d’une vraie auteur-compositeur de soul, dont la plupart des titres sont simplement accompagnés au piano. Une véritable artiste donc, statut confirmé avec cet album, As I Am, sorti en 2007. Mais cela n’empêche pas de pouvoir formuler plusieurs critiques.

Alicia Keys a connu un succès foudroyant dès son premier album, Song in a Minor, sorti en 2001 et qui s’est vendu à 12 millions d’exemplaires et lui a valu 5 Grammy Awards. Ces trois autres albums ont tous connus un grand succès et ont occupé, comme certains de ses singles, le premier rang des ventes aux Etats-Unis et dans d’autres pays. As I Am s’est écoulé à 6 millions d’exemplaires, dont plus de 700 000 lors de la semaine qui a suivi sa sortie.

Pour commencer, je vais aller directement au sujet qui fâche, à savoir la voix d’Alicia Keys. Ou plutôt, l’utilisation qu’elle en fait. Soyons clair, elle n’est pas Aretha Franklin. Sa voix est chaude et très mélodieuse lorsqu’elle est sur un registre lent, mais sans atteindre une profondeur extraordinaire. Du moins, pas au point d’assurer à elle seule l’intérêt pour un titre. La mélodie doit également suivre. Et quand elle pousse sa voix et rendre dans un registre plus énergique, elle a trop souvent tendance à se mettre à crier plutôt qu’à chanter. On peut notamment citer No One, Where do we Go from Here et Sure Looks Good to Me. Bon, on reste loin de Lara Fabian, rassurez-vous, mais la perte de maîtrise est indéniable. Pourtant, il y quelques titres, Prelude to a Kiss notamment, où elle arrive parfaitement à marier les deux, ce qui en fait un des tous meilleurs de As I Am.

Plus globalement As I Am est un album plutôt inégal, sans être particulièrement varié. On reste le plus souvent sur le registre de la ballade douce et mélodique. Parfois, cela fonctionne à la perfection, d’autre un peu moins. Du coup, on trouve beaucoup de titres qui, sans être foncièrement mauvais, ne présentent pas intérêt immense. On a parfois l’impression d’être face à une Norah Jones de deuxième division. Et il manque vraiment un ou deux titres phare pour nous faire vraiment oublier les petits moments de faiblesse.

Je viens peut-être de porter un regard un peu sévère sur ce As I Am. Mais c’est surtout au regard de l’incontestable potentiel de l’artiste qu’il est un peu décevant. On sent bien que l’on est pas face à une œuvre commerciale totalement formatée, mais il manque cette étincelle qui transforme le talent en génie. Il y a sur le marché de la musique bien des voix plus intéressantes que la sienne, même si on les cantonne souvent à chanter des textes sans intérêt sur des musiques qui n’ont guère plus. Les mélodies d’Alicia Keys sont effectivement très belles, mais elle n’arrive que trop peu souvent à nous transmettre totalement l’émotion qu’elles devraient véhiculer.

A I Am est donc un album qui m’a un peu déçu, beaucoup frustré. Mais Alicia Keys est incontestablement une artiste à suivre et qui a le talent pour durer et faire mieux.

Pour finir, un petit tour des titres de cet album.

1.: As I Am (intro)
Petite introduction au piano.

2.: Go Ahead
Un titre au rythme lent, tout en maîtrise, où la voix se fait chaude et jazzy.

3.: Superwoman
Une ballade épurée où la voix est très bien mise en valeur.

4.: No One
Des accents tristes pour ce morceau où la voix, trop poussée, ressemble à un cri.

5.: Like You’ll Never See Me Again
Un titre assez évaporé. Mouais…

6.: Lesson Learned – Keys, Alicia & John Mayer
Très joli morceau calme et apaisant.

7.: Wreckless Love
Plus dynamique, sans être pour autant hyper entraînant.

8.: Thing About Love
Un titre très épuré, langoureux, mais un peu mou du genou.

9.: Teenage Love Affair
Dynamique, jazzy, très bon !

10.: I Need You
Un titre maîtrisé, mais un peu la portée entre deux chaises, entre calme et dynamisme.

11.: Where Do We Go From Here
A nouveau tendance à crier au lieu de chanter.

12.: Prelude To A Kiss
Morceau épuré, au piano. La voix est poussée, mais reste mélodieuse cette fois-ci.

13.: Tell You Something (Nana’s Reprise)
Une ballade simple mais qui fonctionne.

14.: Sure Looks Good To Me
Encore du cri…

15.: Another Way To Die (Quantum Of Solace/bonus track) – White, Jack & Alicia Keys
Un morceau à l’image du film… sans grand intérêt.

16.: Doncha Know (Sky Is Blue) (bonus track)
Un titre très r’n’b, sensuel et parfaitement maîtrisé.

17.: Saviour (bonus track)
Très bon morceau dynamique et entraînant.

LE POIDS DES MOTS

claudegueant

claudegueantCe soir, au 20h de France 2, lorsque l’on a interrogé Rachida Dati sur les propos polémiques de Claude Guéant, elle a commencé sa réponse par « Les Socialistes… ». On se demande vraiment ce que ces derniers venaient faire là. Cependant, cela venait en échos de « contrairement à la gauche,… » qui avait introduit les propos du Ministre de l’Intérieur. C’est bien la preuve que contrairement à ce qu’il a déclaré, il y a bien un calcul politique derrière tout ça. Surtout quand on connaît le public devant lequel ces propos ont été tenus, l’UNI, syndicat étudiant, qualifié pudiquement par les médias de « très à droite ».

Il y a dans les mots employés par Claude Géant une ambiguïté volontaire visant à brouiller les cartes. Car si on s’en tient à la deuxième partie de sa déclaration, on peut y voir la défense d’un modèle démocratique, humaniste, respectant la dignité des individus et l’égalité des sexes. Mais les termes « supérieures » et surtout « civilisation » cachent un sens beaucoup plus lourd et totalement abject.

Claude Guéant n’a pas dénoncé des modèles sociétaux inacceptables. Il a créé une échelle de valeur, sur laquelle il place l’Occident tout en haut. Peut-être que d’autres modèles sont, dans son esprit, tout aussi valables, mais cela n’a rien d’évident. La notion de supériorité renvoie surtout à des idéologies nauséabondes et cet emploi de vocabulaire n’a peut-être rien d’innocent. Il parle aux instincts les plus bas d’une partie de son électorat… et d’un électorat qu’il aimerait visiblement récupérer.

Enfin, le mot civilisation est sans doute ce qui fait définitivement basculé son propos dans l’inacceptable. En effet, il n’a pas parlé de régime politique ou de gouvernement. Il a employé un terme qui recouvre quelque chose de beaucoup plus large : la culture, l’art, le mode de vie, la langue, une certaine façon de penser… Une civilisation s’inscrit dans le temps et ne concerne pas que des élites au pouvoir, mais l’ensemble d’une population. Et là, on voit très bien ce à quoi son propos cherche à faire implicitement référence. Il est évident qu’il évoquait l’islam et le monde musulman.

Un discours contient ce que l’on dit clairement, explicitement. Puis, il y a les sous-entendus, les non-dits. Ces derniers seront plus ou moins bien perçus selon son auditoire. En prononçant son discours devant des membres de l’UNI, Claude Guéant savait très bien ce qu’ils allaient comprendre derrière ses propos. Maintenant qu’il l’assume et dise le fond de sa pensée au grand jour ! Mais c’est un pas qu’il n’ose pas encore franchir…

…mais il n’en pense pas moins !

DES PROMESSES NON ELECTORALES

franceitalie

franceitalieLe premier match du XV de France dans cette nouvelle édition du Tournoi des 6 Nations était très attendu. Tout d’abord parce que nos Bleus sont encore auréolés de l’héroïsme dont ils ont fait preuve lors de la finale de la Coupe du Monde. Une histoire d’amour née sur un seul match, mais une romance que l’on a envie de poursuivre. Ensuite, ce match constituait aussi les débuts sur le banc de Philippe Saint-André. La victoire fut au rendez-vous, 4 essais à 0, même si bien des questions restent encore posées.

Si le XV de France peut s’appuyer sur une certitude, c’est bien la solidité de sa défense. Parfois dominés territorialement et dans la possession par des Italiens en net progrès, les Bleus ont pliés mais jamais rompus. Par contre, la conquête fut encore une fois moyenne. La touche notamment a été très perturbée par le contre italien. Le 5 de devant a remplis la tâche qui était la sienne sans franchement dominer son adversaire. Ces forces et ces faiblesses étaient déjà présentes lors de la Coupe du Monde, l’impact de Philippe Saint-André n’a pas eu encore le temps de se faire sentir à ce niveau-là.

La ligne des 3/4 a par contre livré un match de très haut niveau… par intermittence. On a alterné actions de très grande classe et fautes de main. Mais globalement, ce secteur de jeu a apporté de belles satisfactions malgré la présence du débutant Fofana et de Malzieu qui n’a jamais réussi à s’imposer durablement sous le maillot bleu. Un essai pour chacun d’eux, la récompense méritée vue la qualité de leur prestation. En tout cas, Philippe Saint-André pourra s’appuyer sur ce secteur de jeu à l’avenir. Les essais en contre ont démontré qu’avec cette ligne arrière, les Bleus peuvent être dangereux même en cas de domination adverse.

Cette victoire contre l’Italie porte donc en elle de belles promesses. Mais on ne doit pas oublier que malgré ses progrès, les Transalpins souffrent encore d’un manque de talent individuel évident. Il faudra donc confirmer tout cela contre des adversaires d’un autre calibre.