REAL STEEL : Rocky d’acier

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realsteelafficheCe qu’il y a de bien avec Real Steel, c’est qu’il me permet de ressortir mon introduction classique sur le fait que la boxe soit le sport le plus cinémagénique. C’est très pratique et je remercie le réalisateur Shawn Levy pour cela. Bon certes, cette fois, il s’agit de boxe entre robots et non entre humains, on est donc loin de l’esthétisme en noir et blanc d’un Raging Bull. Mais avouons-le, cela reste tout de même un spectacle très distrayant.

Charlie Kenton aurait pu devenir champion du monde de boxe. Mais alors qu’il aurait pu y prétendre, les robots ont supplanté les humains sur les rings pour des combats plus violents et spectaculaires. Il essaye tant bien que mal, et plus mal que bien, de vivre en faisant combattre des machines qu’il achète au rabais. Après la destruction de sa dernière acquisition, il n’a d’autre choix que d’accepter de garder pour l’été son fils de 11 ans qu’il n’a jamais vu. Ce dernier est un fondu de boxe et voit les choses en grand.

Shawn Levy est un réalisateur de comédies familiales. A son actif, le remake de la Panthère Rose, les deux La Nuit au Musée et le très sympathique Crazy Night. Il fait son job avec un talent certain, à défaut d’être un génie du 7ème art. Le voir réaliser une film de science fiction constitue donc une petite surprise, même s’il s’agit d’une production Disney tout ce qu’il y a de plus familial. Mais ceci explique en grande partie les qualités, mais aussi les limites de ce Real Steel.

Le scénario de Real Steel tourne autour de deux axes. Il y a d’abord bien sûr les combats, où ce film parodie, quelque peu Rocky. Ou plutôt lui rend hommage. Les scènes sur le ring sont assez spectaculaires et ont la bonne idée de ne pas s’éterniser. Et surtout, Shawn Levy n’étant pas un réalisateur de clip vidéo, il nous propose des plans qui durent plus d’une seconde chacun. Cela laisse le temps d’admirer les superbes effets spéciaux, de vraiment comprendre ce qui se passe et d’éviter le mal de tête. Après, c’est sûr que ce n’est pas crédible pour deux sous, mais cela n’a guère d’importance une fois que l’on se prête au jeu.

Ensuite, il y a la partie relations familiales avec le fils qui pousse son père à sortir de sa médiocrité et ce dernier qui apprend à aimer ce rejeton dont il n’a jamais voulu. C’est du archi-classique, très Disney, très bons sentiments hollywoodiens, mais Shawn Levy confirme qu’il sait traiter ce genre de sujet avec le minimum d’intelligence pour les rendre digestes. Il ne s’appesantit jamais sur de longues tirades, mais intègre les évolutions des relations entre les personnages dans l’intrigue. Là encore, on ne se lève pas de son siège pour applaudir, mais cela ne gâche en rien le plaisir.

realsteelEn choisissant un réalisateur qui ne baignait pas dans une culture science-fiction, les producteurs ont évité certains excès ou caricatures du genre. Mais à l’inverse, on en reste vraiment au stade l’aimable divertissement. On est loin des rapports homme-machine vus par Azimov. Il y avait pourtant moyen de voir plus grand, d’être plus ambitieux dans le propos. Certes, on aurait pu prendre le risque de se planter et de sombrer dans le ridicule, mais cela aurait valu le coup. Mais bon, c’est un thème tout de même très classique de science-fiction, alors on ne doute pas que d’autre films plus audacieux viendront.

Et puis reste un dernier atout et non des moindres à Real Steel. La présence d’Hugh Jackman à l’écran est évidemment toujours un régal, même s’il ne tient pas là son plus grand rôle. Mais quitte à choisir, je le préfère en Charlie Kenton plutôt qu’en Wolverine. Il reste toujours aussi charismatique, toujours aussi beau et je veux bien échanger son torse contre le mien… C’est un peu léger pour faire un film, mais cela constitue un petit plus. Sinon, les fans de Lost seront heureux de revoir Evangeline Lily (Kate dans la série) à l’écran. Elle aussi est toujours aussi belle…

Au final, Real Steel n’est sûrement pas le film du siècle, mais un divertissement familial bien foutu, un rien prévisible, mais qui permet de passer un bon moment.

 

Fiche technique :
Production : Touchstone Pictures, DreamWorks SKG, 21 Laps Entertainment, Angry Films, ImageMovers, Reliance Entertainment
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Shawn Levy
Scénario : John Gatins
Montage : Dean Zimmerman
Photo : Mauro Fiore
Décors : Tom Meyer
Musique : Danny Elfman
Costumes : Marlene Stewart
Durée : 127 mn
 

Casting :
Hugh Jackman : Charlie Kenton
Dakota Goyo : Max Kenton
Evangeline Lilly : Bailey Tallet
Anthonie Mackie : Finn
Kevin Durand : Ricky
Hope Davis : Tante Debra
Larco Ruggeri : Cliff
Karl Yune : Tak Mashido

RETOUR AUX TRADITIONS

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finalecoupedumonderugbyCe n’est parce que j’ai mis une semaine à m’en remettre, mais bien par manque de temps, que ne vous livre qu’aujourd’hui ce billet sur ce qui restera un moment historique du sport français. Quoiqu’il faut bien admettre que la déception perdure encore après tout ce temps, tant le XV de France a semblé tout prêt de devenir Champion du Monde. Cela s’est joué à rien, à un arbitrage quelque peu partial diront certains, nous livrant une nouvelle preuve que la fameuse noble incertitude du sport peut provoquer les plus grandes joies, comme aussi les plus amères déceptions.

En devenant les énièmes perdants magnifiques de l’histoire du sport français, ce XV de France s’est réconcilié avec tout un pays en l’espace de 80 minutes. Mais cette rédemption soudaine va bien au-delà du sentiment d’injustice, car cet amour n’aurait pas été moindre dans la victoire, bien au contraire. C’est dans son attitude, son abnégation, son application, son engagement de tous les instants que l’Equipe de France a reconquis l’estime d’une nation.

Ce fut un renversement total dans l’opinion. Car notre esprit français ne pouvait accepter l’image laissée par la demi-finale gagnée contre le cours du jeu, à défaut d’injustice (les Français n’ont pas triché). Le Gaulois a toujours gardé un réel sens du panache et jamais il ne sera à prêt à tout pour la victoire. L’honneur et les valeurs chevaleresques peuvent sembler des notions d’un autre temps, mais on voit bien ici comment elles marquent encore notre imaginaire collectif.

Si les joueurs du XV de France resteront des héros nationaux pour l’éternité, à l’image de leur formidable capitaine, Thierry Dusautoir, élu meilleur joueur du monde, il n’en sera pas de même pour leur sélectionneur. On a même l’impression que s’ils se sont montrés aussi valeureux en finale, c’est parce qu’ils ont pu enfin se détacher de l’influence de leur coach, qui les dirigeait là pour la dernière fois. Je le dis et je le maintiens, Marc Lièvremont n’était tout simplement pas assez compétent et expérimenté pour le poste et seule la chance a conduit son équipe en finale. Après bien sûr, rien ne pourra jamais dire ce qu’aurait été le destin de cette équipe avec un Michalak, un Jauzion ou un Poitrenaud.

Nous espérons tous que Philippe St André saura nous faire vite oublier cette cruelle désillusion et va guider ce XV de France vers la constance et l’ambition. Car si on préfère les perdants magnifiques aux vainqueurs mesquins, on aime encore plus les vainqueurs magnifiques !

COMO AMA UNA MUJER (Jennifer Lopez) : Jennifer Lopez nous ballade un peu trop

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comaamaunamujerjenniferlopezOn l’oublie trop souvent, mais avant de devenir une actrice de navets et de faire la une des magazines people de part sa vie sentimentale dissolue, Jennifer Lopez a été considérée comme une véritable prometteuse. Son premier album, On the 6, avait été unanimement salué par la critique, récoltant notamment un 4f Télérama, pourtant pas vraiment connu pour porter aux nues la musique de pouffes. Il est vrai que depuis, son image très showbizz lui a plutôt nuit.

Après des années de négociations avec sa maison de disque, elle arrive enfin, en 2007, à sortir un album entièrement chanté en espagnol intitulé Como Ama una Mujer. Une façon de renouer avec ses origines latines, même si, forcément, cela a du déplaire à une part du public américain, pas vraiment ouvert aux cultures étrangères. Un album plus personnel donc, attendu donc avec beaucoup d’impatience par ceux qui, comme moi, apprécie beaucoup la chanteuse qu’elle est.

Au final, le résultat est contrasté, à la fois excellent musicalement, mais aussi décevant par son uniformité. En effet, Coma Ama una Mujer nous offre 11 ballades, pour 11 titres. Elles sont toutes très belles, interprétées avec beaucoup de maîtrise, de conviction et d’intensité. Le ton diffère quelque peu d’un morceau à un autre, tantôt triste, tantôt mélancolique, tantôt plus enjoué. Les instrumentations sont souvent assez épurées, ce qui nous permet d’apprécier au mieux la très belle voix de Jennifer Lopez.

Mais voilà, aussi beau que cela soit, on a au bout d’un moment un peu l’impression de tourner en rond. Jennifer Lopez cherche à mettre beaucoup d’émotion dans les titres de Como Ama una Mujer, mais à la cinquième ballade triste, on commence à beaucoup moins partager sa tristesse. On jette alors une oreille de plus en plus discrète à ce que l’on entend. C’est un peu injuste vue la qualité des morceaux, mais on ne peut s’empêcher d’avoir envie d’autre chose. Surtout que cet album ne recèle aucun titre qui sorte incontestablement du lot. On se laisse porter, ce qui n’est pas toujours désagréable, mais là, franchement, on aimerait être un peu plus pris au dépourvu.

On sent bien que Jennifer Lopez a voulu faire autre chose que ce qu’elle nous propose habituellement. Ses plus grands tubes se caractérisent plutôt par une grande énergie et par leur caractère très entraînant. Ces 11 ballades sont sûrement l’expression d’une certaine frustration de la part d’une artiste qui n’a sûrement jamais eu le plein contrôle de ce qu’elle produisait (même si elle a toujours coproduit tous ses albums). Mais ces 11 ballades, encore une fois toutes très belles, se ressemblent parfois trop pour que le résultat soit tout à fait enthousiasmant. Elle est sûrement une artiste aux facettes bien plus variées que l’on ne le pense, mais il faudrait les diversifier au sein d’un même album.

Au final, Coma Ama una Mujer occupe une place à part dans la carrière de Jennifer Lopez. Un album aux grandes qualités, mais aux qualités trop uniformes.

Pour finir faisons le tour des titres que l’on trouve sur Coma Ama una Mujer.

1.: Que Hiciste
Chanson épurée, interprétée avec beaucoup d’intensité.

2.: Me Haces Falta
Un très joli titre aux accents un peu mélancoliques.

3.: Como Ama Una Mujer
Ballade épurée mais très belle.

4.: Te Voy A Querer
Morceau rythmé et envoûtant.

5.: Por Que Te Marchas
Ballade triste et sobre, pleine d’émotion.

6.: Por Arriesgarnos
Ballade parfaitement maîtrisée.

7.: Tu
Ballade avec un peu plus de punch, mais l’album commence à tourner en rond.

8.: Amarte Es Todo
Retour aux accents tristes. Cela reste très beau, mais cela ressemble à plusieurs titres précédents.

9.: Apresurate
Idem.

10.: Sola
De la conviction, de la maîtrise, mais on reste encore une fois sur le même ryhme.

11.: Adios
Un titre live… Au moins la forme change quelque peu du coup.

BAD LIEUTENANT : ESCALE A LA NOUVELLE-ORLEANS : Pas si bad que ça finalement

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badlieutenantescalealanouvelleorleansafficheSi les grands artistes ont tous un petit grain, alors le réalisateur allemand Werner Herzog est un cinéaste immense. On se souvient notamment du tournage épique de Aguirre, ou la Colère de Dieu où il faillit s’entretuer (au sens propre) avec l’acteur Klaus Kinski. Mais depuis qu’il tourne aux Etats-Unis, son œuvre est nettement plus conventionnel. Pour preuve ce Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans, sorti en 2010, qui, s’il garde quelques traces de folie douce, reprend allégrement des thèmes et des idées développés par d’autres avant lui.

Terence McDonagh est un inspecteur de police qui a une légère tendance à franchir les lignes blanches. Un jour, il sauve de la noyade un détenu, pendant la tempête Katrina, et se blesse gravement au dos. Il se retrouve condamné à souffrir pour le restant de ses jours et à prendre des médicaments contre la douleur. Mais très vite, il ne va pas se contenter d’aspirine et plonger chaque jour un peu plus profondément dans les drogues dures, alors qu’il mène une enquête sur le meurtre d’une famille entière d’immigrés.

Le titre même du film avait déjà fait beaucoup parler de lui. En effet, il est évident qu’il fait référence à Bad Lieutenant, le film d’Abel Ferrara, avec Hervey Keitel, sorti en 1992. Pourtant, d’après Werner Herzog, il ne s’agit ni d’une suite, ni d’un remake, puisqu’il n’a même pas vu l’original. On ne retiendra donc que le même thème central, c’est à dire la longue glissade d’un flic dans l’addiction à la drogue et aux jeux (auxquels ils perdent évidemment). Du coup, la comparaison entre les deux devient inévitable.

Et elle n’est pas à l’avantage de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans. Si le film d’Abel Ferrara était radicalement sombre et pessimiste, le film de Werner Herzog reste lui le cul entre deux chaises. Or, le thème de la glissade d’un flic vers le n’importe quoi n’est pas vraiment le sujet le plus original qui soit et a déjà été le thème centrale de dizaine de films noirs. Le dénouement laissera notamment plus d’un spectateur circonspect. Si on positive, on se dira que ce n’est pas forcément à cela que l’on s’attend, mais pas sûr que ça soit dans le bon sens ce coup-ci.

Restent tout de même deux qualités qui font de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans un bon film noir, mais qui ne révolutionne absolument pas le genre. Déjà, Werner Herzog fait preuve d’une vraie imagination visuelle. Elle est intermittente certes, mais elle permet de retrouver son style quelque peu iconoclaste. La plongée vers la folie n’est pas toujours facile à représenter à l’écran sans prêter à sourire involontairement. Mais le talent du réalisateur allemand lui a permis d’éviter cet écueil.

badlieutenantescalealanouvelleorleansEnsuite, la partie intrigue policière proprement dite, c’est à la dire la recherche des coupables, est suffisamment solide et riche en rebondissements pour que Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans maintienne l’intérêt du spectateur éveillé jusqu’au bout. Ce n’est pas la plus fantastique qui soit, là non plus ça ne brille pas par son originalité, mais au moins cela ravira tous les amateurs de polars au scénario relativement consistant.

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans nous offre un Nicolas Cage des bons jours. Et je ne dis pas ça parce qu’il arbore pour une fois une coupe de cheveux qui ne soit pas d’un goût douteux. Cela ne constitue pas son rôle le plus inoubliable mais il l’interprète avec assez de sérieux et de convictions pour que son talent fasse la différence. A ses côtés, Eva Mendes brille de mille feux par son charme et son sex-appeal dévastateurs. Les fans de la sublime latine seront ravis.

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans est un film noir sans doute pas tout à fait noir pour être un chef d’œuvre. Il reste un film policier solide et parfois visuellement original.

Fiche technique :
Production : Millennium Films, Saturn Films, Edward R Pressman, Lieutenant Prod, Nu Image Films
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Werner Herzog
Scénario : Billy Finkelstein
Montage : Joe Bini
Photo : Peter Zeitlinger
Format : 35mm
Décors : Toby Corbett
Musique : Mark Isham
Durée : 122 mn

Casting :
Nicolas Cage : Terence McDonagh
Val Kilmer : Stevie Pruit
Eva Mendes : Frankie Donnenfeld
Xzibit : Big Fate
Brad Dourif : Ned Schoenholtz
Jennifer Coolidge : Genevieve
Shawn Hatosy : Armand Benoit

POLISSE : Embouteillage prévu aux Césars

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polisseafficheDans la série des problèmes que je n’ai pas, mais qui m’embêteraient bien si j’avais à y faire face, il y aurait le vote pour le prochain César du meilleur film. Déjà, entre La Guerre est Déclarée et The Artist, j’aurais bien eu du mal à me décider, mais voici venir Polisse, un nouveau très grand film, n’ayons pas peur des mots, bien de chez nous. Prix du Jury du dernier Festival de Cannes, il confirme la très bonne santé actuelle du cinéma français. Pourvu que ça dure !

Le quotidien de la Brigade des Mineurs du Nord de Paris. Ou quand la vie professionnelle et personnelle se mêlent parfois de manière dangereuse et quand échapper à la tension devient un combat de tous les instants.

Polisse s’ouvre sur des images diverses et variées de jeunes bambins avec en fond sonore le générique de l’Ile aux Enfants. Quand on connaît le thème du film, on se doute bien que l’on va être loin de Casimir. Mais cette introduction surprenante est formidablement révélatrice de ce qui va suivre et qui va faire passer le spectateur par tous les états possibles et imaginables, à un point qu’il est difficile d’imaginer.

Polisse est un film qui s’apprivoise. J’avoue avoir été un peu en retrait de l’histoire pendant une petite demi-heure. Puis progressivement, on rentre dans la peau de ces personnages et on commence à vraiment ressentir les émotions par lesquelles ils passent eux-mêmes. Car ce film n’est pas un film sur les victimes ou les coupables, même s’ils sont évidemment omniprésents, mais bien un film sur ceux qui doivent s’y confronter quotidiennement. On retrouve la démarche qu’avait eu Bertrand Tavernier en 1991 avec L.627. Mais Maïwenn a encore été plus loin.

Parmi ces émotions, il y a bien sûr la révolte. Face aux agissements des coupables bien sûr, mais peut-être encore plus face à l’impuissance de ces hommes et ces femmes qui ne peuvent évidemment pas régler toutes les situations, trouver une solution à tous les problèmes. Polisse a comme thème central ce détachement impossible quand on est sur le terrain, au contact direct des victimes et des souffrances, mais sans lequel ce genre de métier devient inhumain à exercer au quotidien. En tant que spectateur, on ne peut évidemment pas faire preuve d’une quelconque indifférence, mais on comprend parfaitement le déchirement de ceux qui voudraient y accéder.

Le spectateur accède tout de même parfois à ce détachement, lorsque Polisse fait rire. Car, sans qu’on s’y attende, ce film est parfois réellement hilarant. Une scène notamment est inoubliable à ce niveau-là. Ce rire exorcise toute l’horreur auquel ce film nous confronte par ailleurs et nous permet de remettre en perspective certaines situations. On les regarde alors avec un recul grâce auquel on peut en percevoir l’ironie ou l’absurdité.

polisseCe passage constant du rire aux larmes fait la grande force et la grande originalité de Polisse. On n’en ressort pas indemne, épuisé par tant d’émotions. Si je devais cependant apporter un seul bémol, il porterait sur l’ultime dénouement, que j’ai trouvé superflu. Certes, il est en cohérence avec le reste du film, mais est peut-être le seul instant où Maïwenn a cédé à une émotion un peu facile, un peu attendue. Quelques secondes noyés dans tout un film aussi merveilleux, ce n’est pas grand chose. C’est simplement dommage que ce soient les dernières.

Polisse réunit une superbe brochette d’acteurs. Il serait fastidieux et inutile de tous les citer pour vanter les mérites de chacun, tant le casting est homogène et superbement dirigé par Maïwenn qui semble à chaque film devenir la spécialiste hexagonale de la direction d’acteurs. Cependant, il faut tout de même souligner une performance absolument bouleversante, celle de Joey Starr. Il nous avait déjà fait entrevoir son talent d’acteur dans le Bal des Actrices. Mais il prend ici une dimension incroyablement étonnante et il aurait pu tout à fait concurrencer Jean Dujardin pour son Prix d’Interprétation à Cannes.

Au final Polisse est un film extraordinaire en tout point. Un film incroyablement marquant sur sujet qui aurait pu donner le pire comme le meilleur. Maïwenn en a tiré une œuvre inattendue et sublime.

Fiche technique :
Production : Les Productions du Trésor, Mars films, Arte France cinéma
Réalisation : Maïwenn
Scénario : Maïwenn , Emmanuelle Bercot
Montage : Laure Gardette, Yann Dedet
Photo : Pierre Aïm
Décors : Nicolas De Boiscuillé
Distribution : Mars Distribution
Son : Nicolas Provost, Sandy Notarianni, Rym Debbarh-Mounir, Emmanuel Croset
Musique : Stephen Warbeck
Durée : 127 mn

Casting :
Joey Starr : Fred
Karin Viard : Nadine
Marina Foïs : Iris
Jérémie Elkaïm : Gabriel
Karole Rocher : Chrys
Nicolas Duvauchelle : Matthieu
Frédéric Pierrot : Balloo
Maïwenn Le Besco : Mélissa
Emmanuelle Bercot : Sue Ellen

NEON BIBLE (Arcade Fire) : La plate musique qui est la leur

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neonbiblearcadefireArcade Fire est un des groupes de rock les mieux considérés par les critiques et visiblement les amateurs éclairés. Peut-être parce qu’ils sont Québecois et que, même s’ils chantent en anglais, on aime beaucoup nos cousins d’outre-Atlantique. Ou alors, et leurs fans seront unanimement d’accord, cela provient de leur incomparable talent. Sauf que, personnellement, j’ai eu un peu de mal à le percevoir sur cet album, Neon Bible…

Arcade Fire est donc né au début en 2003 à Montréal. Le premier album, Funeral, est sorti dès l’année suivante avec un succès à l’arrivée, notamment aux Etats-Unis. Neon Bible est sorti en 2007 pour un nouveau succès critique. Les tournées qui ont suivi ont fini d’assoir leur succès de ce côté-ci de l’Atlantique. Leur troisième et dernier en date, The Suburbs, est sorti en 2010 et a remporté le Grammy Awards de l’album de l’année, rien que ça.

J’étais donc très impatient d’écouter Neon Bible, vu que je connaissais en fait leur musique que de loin, à travers quelques singles. Bon, j’avoue que ces derniers ne m’avaient jamais fait tout à fait monter au plafond. Cependant, ils pouvaient laisser penser tout de même à une grande qualité musicale. Des la première plage, j’ai déchanté. C’était d’une platitude désespérante, sans énergie, sans intensité, sans même une réelle harmonie transcendante.

Et tout l’album est à cette image. C’est rare que je ne trouve pas au moins un titre ou deux qui m’apparaissent au moins dignes d’un minimum d’intérêt. Mais là, franchement, j’aurais bien du mal à dire quel morceau sortirait un tantinet du lot sur Neon Bible, à part, éventuellement, Well and The Lighthouse. Mon encéphalogramme est resté désespérément plat, alors que je pense pas être proche d’une quelconque mort cérébrale pour une quelconque autre raison que l’écoute de cet album.

Bon, je sais, j’aime avant tout la musique qui pulse. J’ai toujours trouvé des groupes comme Massive Attack ennuyeux à mourir, et il est vrai qu’Arcade Fire se situe dans la même veine. Sauf que Massive Attack, je trouve ça beau mais ennuyeux. Par contre, j’ai trouvé Neon Night ennuyeux, mais sûrement pas beau. Je ne trouve ça ni envoûtant, ni mélodieux. Et puis surtout, quelle manque de relief et de conviction dans l’interprétation. C’est simplement sinistre et déprimant. C’est sûrement un style recherché, mais personnellement, ça m’a donné comme une impression de je-m’en-foutisme.

Vous l’aurez donc compris, ce Neon Bible m’a profondément déçu. Je sais bien que ce style musical n’est pas forcément celui qui avait le plus de chance de me séduire. Mais je crois quand même savoir reconnaître le talent quand il est là. Enfin, sûrement pas sur le coup-là car je suis vraiment à contre-courant de la plupart des critiques pouvant exister sur ce groupe en général ou cet album en particulier. Enfin, c’est le lot des grands esprits d’avoir raison contre la majorité… Ok, vous me dites quand je commence à me la jouer un peu trop…

Je ne conseillerai donc pas du tout l’écoute de ce Neon Bible d’Arcade Fire. Mais certains s’en chargeront à ma place.

Avant de terminer, faisons le tour des titres de cet album

1.: Black Mirror
Rock sombre et plat.

2.: Keep The Car Running
Plus joyeux et dynamique, mais toujours aussi plat.

3.: Neon Bible
Mou et chiant, vaguement harmonieux.

4.: Intervention
Comme une longue intro qui ne finirait jamais…

5.: Black Wave
Juste sans intérêt.

6.: Ocean Of Noise
Du sous-Nick Cave.

7.: Well And The Lighthouse
Un titre qui ressemblerait enfin presque à quelque chose.

8.: Building Downtown (Antichrist Television Blues)
Du Bruce Sprinsteen en beaucoup moins bien.

9.: Windowsill
On retombe dans le plat mollasson.

10.: No Cars Go
Un morceau qui tourne en rond.

11.: My Body Is A Cage
Une ballade triste et molle.

LES TROIS MOUSQUETAIRES : Des défauts fidèles à l’esprit de Dumas

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lestroismousquetairesafficheVoici encore un film dont la bande-annonce m’avait fait craindre le pire, mais dont j’ai lu des critiques allant dans un sens et dans l’autre. Et du coup, comme j’aime bien me faire ma propre opinion, j’ai finalement franchi le pas. Surtout que le sujet était grave. En effet, on ne rigole pas avec les Trois Mousquetaires dans la famille, avec un père pour qui l’œuvre d’Alexandre Dumas est proche du sacré. Et si cette nouvelle version signée W.S. Anderson ne restera qu’une aimable série B, son adaptation est sans doute bien plus fidèle à l’esprit de l’original que bien de ces prédécesseurs.

Athos, Porthos, Aramis, le jeune D’Artagnan qui monte à Paris et tombe amoureux de Constance Bonacieux, Richelieu qui complote avec l’aide de Rochefort, son homme de main, et de Milady de Winter, les ferrets de la reine…Bref, les Trois Mousquetaires… mais avec un bateau qui vole ce coup-ci.

Avant d »être un classique de la littérature française, les Trois Mousquetaires n’ont été qu’un feuilleton de capes et d’épées, destiné au grand public, écrit par un auteur qui n’était pas alors digne de l’Académie Française (institution qu’il n’intégrera finalement jamais, au contraire de son fils, mais pour d’autres raisons). Bref de la série B de littérature, méprisée par les érudits de l’époque. Et bien ce film est exactement la même chose, un film d’aventures sympathique, familial et distrayant.

Bon, évidemment, il y a une immense différence entre ce film et le roman. Si Alexandre Dumas fut un formidable auteur, W.S. Anderson est loin d’être un réalisateur brillant. Sa filmographie parle d’elle-même : Mortal Kombat, la série des Resident Evil et Aliens vs. Predators. Cela vous situe le niveau. Les Trois Mousquetaires reste dans la droite lignée du reste de son œuvre. C’est dénué du moindre génie, ça prête parfois à sourire tellement cela frôle le ridicule parfois, mais, et c’est un mais important, c’est rythmé, efficace, spectaculaire et jamais une seule seconde cela ne laisse la place à l’ennui. On se moque parfois de ce que l’on voit, mais au moins ça ne laisse pas indifférent et on ne risque pas de s’assoupir.

L’autre gros reproche que l’on pourrait faire à Les Trois Mousquetaires, ce sont les trahisons dans les grandes largeurs de l’œuvre d’Alexandre Dumas. A ce niveau-là, on ne peut plus vraiment parler d’adaptation, mais plutôt de clins d’œil à répétition. Quand au respect de la vérité historique… n’en parlons même pas. Mais justement, on aura assez reproché à Alexandre Dumas de prendre ses aises avec cette dernière, à l’époque où Michelet triomphait. Il n’en a jamais eu cure car ce qui lui importait était avant tout sa propre intrigue. Alors ne faisons pas ce même mauvais procès à W.S. Anderson.

lestroismousquetairesOn peut juste regretter qu’autant de moyens visuels aient été consacrés à une scénario aussi limité, sous la direction d’un réalisateur sans réelle inspiration. Mais le plus grand gâchis reste au niveau du casting. Le plus bel exemple reste dans la sous-exploitation la plus complète de l’immense talent de Christoph Waltz qui aurait pu être parfait en Richelieu. Il se contente d’être juste bon dans un rôle sans éclat. A ses côtés, Mads Mikkelsen nous prouve une nouvelle fois qu’il excelle dans les rôles de méchants. Orlando Bloom et Mila Jovovich confirment que leur notoriété est nettement supérieure à la profondeur de leur talent dramatique. Quant aux mousquetaires, ils sont interprétés avec bonheur pas deux acteurs vus dans des séries (Ray Stevenson dans Rome et Matthew McFayden dans Les Piliers de la Terre), Luke Evans que l’on avait pu découvrir dans Tamara Drew et enfin le jeune Logan Lerman (Percy et le Voleur de Foudre), qui devrait penser à tourner autre chose que dans des nanars s’il veut être un jour pris au sérieux.

Cette adaptation des Trois Mousquetaires à défaut d’être fidèle à l’œuvre en elle-même, reste fidèle à son esprit. Après, elle est très loin d’être à la hauteur du mythe, mais reste tout de même un divertissement agréable, malgré ses nombreux défauts.

Fiche technique :
Production : Constantin Film Produktion, Nouvelles Editions de Films, New Legacy, Impact Pictures
Distribution : UGC distribution
Réalisation : Paul W.S. Anderson
Scénario : Alex Litvak, Andrew Davies, d’après le roman d’Alexandre Dumas
Montage : Alexander Berner
Photo : Glen MacPherson
Décors : Paul D. Austerberry
Musique : Paul Haslinger
Costumes : Pierre-Yves Gayraud
Durée : 110 mn

Casting :
Matthew Macfadyen : Athos
Milla Jovovich : Milady de Winter
Luke Evans : Aramis
Ray Stevenson : Porthos
Til Schweiger : Cagliostro
Orlando Bloom : Duc de Buckingham
Logan Lerman : D’Artagnan
Mads Mikkelsen : Rochefort
Christoph Waltz : Richelieu

JOHNNY ENGLISH, LE RETOUR : Un mal pour un bien, un bien pour mal

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johnnyenglishleretourafficheQuand j’ai vu que Johnny English, le Retour allait sortir, j’ai très vite imaginé que ce film risquait fort de souffrir de deux défauts : déjà être lourd, puisque l’humour de Rowan Atkinson n’a jamais brillé ni par sa subtilité, ni par sa finesse. Ensuite, d’être poussif, car les meilleures idées avaient déjà été exploitée lors du premier épisode. Et puis quelques bonnes critiques m’ont décidé à aller le voir. J’ai eu la bonne surprise de constater qu’aucune de mes craintes n’était fondée. Mais pour autant, les défauts de ce film restent nombreux.

Johnny English a été renvoyé du MI7 après que le Président du Mozambique ait été assassiné, alors qu’il était en charge de sa sécurité. Mais une nouvelle menace plane cette fois sur le Président chinois. La Couronne ayant besoin de lui, il est rappelé alors qu’il était en retraite dans un monastère tibétain.

Contre toute attente, Johnny English est une comédie rythmée, avec dix gags à la minute. Les scènes ne s’étirent pas en longueur et font avancer une intrigue qui, si elle ne constitue qu’un prétexte, possède un minimum d’épaisseur et de rebondissements. Deuxième surprise, l’humour, s’il est souvent visuel et premier degré, est parfois subtil, souvent imaginatif, jamais pipi-caca. Et le plus incroyable, c’est que Rowan Atkinson ne grimace quasiment jamais. On est donc loin de Mister Bean.

Alors me direz-vous, de quoi se plaint-on ? Pourquoi alors ne pas considérer Johnny English, le Retour comme une des meilleures comédies de l’année ? Vous allez dire que je ne sais vraiment pas ce que je veux, mais peut-être que ce film est trop équilibré et cherche trop à éviter le lourdingue à tout prix. En fait, on a un peu perdu tout ce qui faisait le charme de l’univers de Rowan Atkinson. Certes, on aimait ou on détestait, mais au moins ça ne laissait pas indifférent. Là, c’est beaucoup trop lisse, beaucoup trop formaté, trop dans la retenu pour être vraiment enthousiasmant. Et avouons-le, c’est parfois en parlant à notre moi le plus primaire que l’on nous arrache de vrais fous rires.

En fait, Johnny English, le Retour manque de vrais moments de bravoure désopilants et inoubliables. On citera tout de même une poursuite sur les toits, parodiant la première scène de Casino Royale, où Rowan Atkinson prend bêtement les ascenseurs et ouvrent bêtement les portes, quand l’homme qu’il poursuit multiplie les acrobaties et les sauts spectaculaires. Enfin, et c’est peut-être le meilleur moment du film, la séquence qui se déroule pendant le générique de fin, quand les 9/10ème des spectateurs ont déjà quitté la salle, comme s’il y avait le feu. Un petit numéro d’acteur sans prétention, Rowan Atkison faisant la cuisine en suivant le rythme de l’air « Dans l’antre du Roi de la Montagne ». C’est simple, parfaitement exécuté et parfaitement hilarant.

Johnny English, le Retour se caractérise aussi par des moyens visuels assez inhabituels pour une pure comédie. De l’action, de vraies cascades, de vrais effets spéciaux, de vrais effets pyrotechniques. Bref, on a connu des blockbuster qui faisait plus kitsch. Mais quelque part, cela contribue à l’impression d’œuvre trop parfaite et pas assez surprenante. Sans doute, un univers visuel plus « bricolé » aurait mieux convenu pour un tel humour.

johnnyenglishleretourJohnny English, le Retour constitue donc l’occasion de retrouver un Rowan Atkison qui a semble-t-il gagné beaucoup en maturité. Peut-être un peu trop donc, car il en a perdu de sa spontanéité et de sa singularité. Certes, on ne regrette pas l’excès de grimaces, mais on regrette un peu les meilleurs d’entre elles. A ses côtés, le reste du casting est réduit à portion congru. Dommage, car on a quand même l’occasion de pouvoir admirer la beaucoup trop rare Gillian Anderson dont la carrière aurait du aller beaucoup plus loin que son incarnation de l’agent Scully dans X-Files. Une petite mention également pour Daniel Kaluuya, qui est parfait dans son rôle de jeune bleu enthousiaste.

Johnny English, le Retour pourra donc agrémenter une soirée pluvieuse à la télé. Les fans de Rowan Atkison seront peut-être un peu déçus de ne pas retrouver l’univers habituel de leur comique préféré. Mais si c’est un mal ou un bien, cela reste à voir.

 
Fiche technique :
Production : Working Title, Universal Pictures
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Oliver Parker
Scénario : Hamish McColl, d’après une histoire de William Davies
Montage : Guy Bensley
Photo : Danny Cohen
Décors : Jim Clay
Musique : Ilan Eshkeri
Costumes : Beatrix Pasztor
Durée : 96 mn
 
Casting :
Rowan Atkinson : Johnny English
Gillian Anderson : Pamela Thornton
Dominic West : Simon Ambrose
Rosamund Pike : Kate Sumner
Daniel Kalluya : L’agent Tucker
Richard Schiff : Fisher
Tim McInnerny : Quatermain

L’ETOILE DE PANDORE, TOME 4 : JUDAS DEMASQUE (Peter F. Hamilton) : Une fin en apothéose

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letoiledepandore4Il arrive très souvent qu’en commençant une saga qui s’annonce longue, l’auteur ne sache pas exactement où son récit va le mener. Cela est d’autant plus difficile quand il ouvre maintes et maintes sous-intrigues qui devront toutes trouver une conclusion cohérente avec tout le reste. Et lorsque c’est le cas, le lecteur le sent bien et le dénouement est alors frustrant et décevant. On aurait pu craindre une telle fin malheureuse pour l’Etoile de Pandore qui s’achève avec Judas Démasqué. Il n’en est rien et on a au contraire droit à une véritable apothéose.

Le Commenwealth est tout juste en train de mettre au point une véritable flotte de combat qu’il essuie une seconde attaque, de plus grande ampleur encore, de la part des Primiens. La survie même de l’humanité est en danger. Mais le péril vient aussi de l’intérieur, où l’existence réelle de l’Arpenteur devient chaque jour un peu plus probable. Mais les ennemis d’hier pourront-ils s’allier pour se débarrasser de cette menace ?

Si la lecture des trois premiers tomes m’avait déjà fait dire que l’Etoile de Pandore constituait une des tous meilleures séries de science-fiction qui soit, ce quatrième et dernier tome, Judas Démasqué, rend cet état de fait définitivement certain et incontestable. J’ai toujours souligné la richesse des intrigues et sous-intrigues et à force d’ouvrir des portes, on se demandait si Peter F. Hamilton arriverait à toute les refermer de manières satisfaisantes. A la lecture de ce livre, on est désormais sûr que, depuis la première ligne, il savait où tout cela allait mener. Tous les éléments apparus précédemment prennent ici tout leur sens et il est évident que tout cela ne s’est pas fait au hasard ou au petit bonheur la chance.

L’Etoile de Pandore forme donc une œuvre d’une remarquable cohérence. Les quatre tomes ne s’empilent pas, ils se succèdent dans une totale fluidité pour nous compter une seule et même histoire, où chaque détail compte. Du coup, la lecture de Judas Démasqué est un vrai bonheur pour tous ceux qui ont apprécié les trois tomes précédents. Passionnant dès la première ligne, on l’avale d’une seule traite, impatient de voir toutes les questions que l’on se pose trouver réponse et toutes les intrigues trouver une conclusion. Jamais ces dernières ne sont bâclées ou semblent sortie de nulle part. Jamais le lecteur n’a l’occasion de lever le nez de son livre pour exprimer la moindre déception. Au contraire, il plonge de plus en plus profondément dans un récit qui l’avait déjà happé dès le premier tome.

Si Peter F. Hamilton brille donc dans la construction du récit, son style contribue lui aussi au caractère très immersif de L’Etoile de Pandore, tome 4 : Judas Démasqué. J’ai déjà souligné à quelle point son écriture est claire malgré la foule de personnages et d’intrigues croisées. Ceci prend encore une autre dimension quand les lignes narratives fusionnent jusqu’au dénouement final. Jamais cela ne se passe dans la confusion et au fur et à mesure que les intrigues se resserrent, l’intérêt du lecteur se renforce. Les dernières pages apportent une conclusion à la hauteur des quatre tomes précédents et ceci vraiment assez rare pour être souligné.

Avec Judas Démasqué, la lecture de l’Etoile de Pandore devient définitivement indispensable à tout amateur de science-fiction qui se respecte. Et pour ceux qui n’y goûte que très rarement, avec cette saga, il seront sûrs de faire le bon choix et de ne pas s’attarder sur une œuvre de seconde zone. A la fois très classique et particulièrement inventive, elle brille par sa richesse, ses rebondissements innombrables et sa tension narrative constante, même si le troisième tome est un tout petit peu moins intense. Mais c’était vraiment le calme avant la tempête.

J’ai découvert l’Etoile de Pandore par hasard. Mais ce quatrième et dernier tome, Judas Démasqué finit de me convaincre que parfois il fait bien les choses.

THE ARTIST : A en être muet d’admiration

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theartistafficheDepuis le dernier Festival de Cannes, où le film a reçu un excellent accueil et le Prix d’Interprétation Masculine, The Artist était sans doute le film français le plus attendu. Susciter autant d’espoirs constitue à la fois un mal et un bien. On peut être quasiment sûr du succès commercial, mais aussi se dire que beaucoup de spectateurs seront déçus. Mais vues les immenses qualités de ce film, on peut facilement présumer qu’ils seront peu nombreux.

1927, le cinéma muet vit ses dernières heures, mais ne le sait pas encore. Le parlant finira par tout balayer, en premier lieu la carrière de George Valentin, qui semblait pourtant au fête de sa gloire. A l’inverse, il fera émerger de nouvelles stars, au premier rang desquelles la sémillante Peppy Miller.

A l’origine, le cinéma était muet et en noir et blanc. Si l’emploi de ce dernier reste un procédé artistique très classique et régulièrement utilisé, plus personne n’imagine pouvoir sortir un film muet. Enfin n’imaginait, avant que Michel Hazanavicius ne remporte le formidable pari que constituait l’idée de départ de The Artist. Bien sûr, ce n’est pas un film muet par hasard, puisque c’est un film muet qui parle du cinéma muet. Mais tout de même, la forme était osée et aurait pu rebuter ou dérouter. Il n’en est rien, tant ce film séduit, distrait, enthousiasme…

Par où commencer ? C’est difficile de faire un choix, tant les éléments de The Artist forment un tout, où tout se complète, s’enrichit et se sublime avec un bonheur constant. Car si on prend chaque morceau du puzzle individuellement, on n’a pas forcément de raison de s’enthousiasmer plus que cela. L’histoire est sympathique, mais ni vraiment complexe, ni vraiment originale. Mais ce film est infiniment plus que la somme de ses parties. Il nous fait toucher du doigt ce que signifie vraiment le mot inspiration, cette petite touche de génie inexplicable et indéfinissable qui font les chefs d’œuvre.

The Artist n’est pas un film concept, où une idée radicalement originale nous fait oublier tous les petites imperfections existant par ailleurs. Car si la perfection n’est pas de ce monde, ce film est maîtrisé de bout en bout, sur tous ses aspects. Michel Hazanavicius fait preuve ici d’un talent artistique que l’on ne lui connaissait pas, surtout que ses deux OSS 117 n’étaient pas vraiment des exemples probants de rythme sans temps mort ou de direction d’acteur très rigoureuse. On est là devant une œuvre totalement aboutie, qui va bien au-delà de l’idée un peu folle de départ.

On se laisse entraîner de la première à la dernière seconde dans cette histoire emplie d’humour, d’amour, de joie, de peine. Une histoire au final assez simple, mais qui dans son extraordinaire forme devient passionnante. Il s’agit là d’un hommage au premier age d’or du cinéma, mais de manière résolument moderne. The Artist n’imite pas, réinvente quelque chose de fondamentalement nouveau et original. Un spectacle unique, mais dont l’intérêt dépasse de très loin la simple curiosité.

theartistLe Prix d’Interprétation pour Jean Dujardin reçu à Cannes est amplement mérité. Certes, le rôle semble, avec le recul, taillé pour lui. Mais The Artist est un tel pari, une telle prise de risque, qu’il aurait pu sombrer si le film s’était planté. Là, au contraire, il incarne son personnage dans un performance évidemment avant tout physique, mais qui révèle tout le talent d’un acteur dont on n’a sûrement pas fini de découvrir l’étendu de la palette. A ses côtés, Bérénice Béjo se montre à la hauteur avec une vraie présence à l’écran. Elle ne concurrence pas Jean Dujardin sur son propre terrain et c’est tant mieux. C’est le rôle qui veut ça, mais elle sait incontestablement s’appuyer sur ses propres qualités avec beaucoup de bonheur. Enfin, ce film est l’occasion de voir le trop rare John Goodman, dont la seule apparition à l’écran est un régal.

The Artist constitue donc un pur moment de cinéma qui restera longtemps gravé dans les mémoires par son audace et sa réussite. On ne sait pas encore si les frères Weinstein arriveront à en faire un outsider sérieux pour les Oscars, mais on peut déjà prédire à ce film un succès planétaire mérité.

Fiche technique :
Production : La petite reine, Studi 37, La classe américaine, JD Prod, uFilm, Jouror Productions
Réalisation : Michel Hazanavicius
Scénario : Michel Hazanavicius
Montage : Anne-Sophie Bion, Michel Hazanavicius
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Laurence Bennett
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Musique : Ludovic Bource
Durée : 100 mn

Casting :
Jean Dujardin : George Valentin
John Goodman : Al Zimmer
Bérénice Bejo : Peppy Miller
James Cromwell : Clifton
Penelope Ann Miller : Doris
Missy Pile : Constance