FANTASIA CHEZ LES PLOUCS (Charles Williams) : Une courte tranche de rire

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fantasiachezlesploucsPour ceux qui ne connaîtraient pas encore l’anecdote, j’ai récupéré il y a deux ans maintenant une bonne cinquantaine de romans, abandonnés sur le trottoir par mes anciens voisins… Crime contre l’humanité certes, mais qui au final m’a bien profité, puisque leurs goûts littéraires étaient plutôt bons. Je lis donc régulièrement des bouquins issus de ce stock, dans un ordre qui tient totalement du hasard. Parmi eux, un Folio junior. Je l’ai regardé d’un air un peu circonspect, puisque malgré mon statut d’adulescent invétéré, je suis quand même passé depuis longtemps à des lectures plus adultes. Et puis bon, je me suis dit que ce Fantasia Chez les Ploucs serait vite lu, alors je ne prenais guère de risque. Et au final, j’ai surtout bien ri.

En pleine prohibition, Billy est un jeune garçon qui vit seul avec son père, dont la seule occupation est de fréquenter les champs de courses. Après avoir failli être séparés par la police, ils partent au fin fond de l’Alabama, dans la ferme de Sagamore, l’oncle de Billy. Cela ne doit constituer qu’une étape sur la route qui mène à la Côte Est, mais le séjour va finalement s’éterniser faute d’argent. Jusqu’à ce que débarquent le Docteur Severance, et sa nièce, Miss Harrigton dont le physique et sa propension à se balader vêtue uniquement d’un minuscule maillot de bain.

Fantasia Chez les Ploucs repose sur un procédé humoristique à la fois classique et simple. L’histoire est rapportée par Billy, jeune garçon pur et innocent, qui prend tout ce que l’on lui dit au pied de la lettre. Or il est entouré de personnes peu recommandables dont le mensonge et la dissimulation sont les premiers passe-temps. Il n’hésite pas à donner son point de vue sur les évènements de manière totalement décalée par rapport à ce que nous comprenons, nous, adultes, déjà pervertis par la société.

En fait, Fantasia Chez les Ploucs est typique d’une œuvre dont la lecture peut se faire à deux niveaux. Les plus jeunes trouveront cela amusants, surtout que la forme du roman, assez court, écrit dans un vocabulaire simple, est vraiment adaptée pour eux. Les plus âgés comprendront de manière beaucoup plus profonde tout le second degré de Fantasia Chez les Ploucs, notamment quelques allusions plus sexuelles. Après, il faut voir si le lecteur adulte arrive à aller au-delà de l’aspect grosse farce enfantine que ce roman revêt souvent. Globalement, l’humour reste majoritairement premier degré et très accessible.

Comme je l’ai évoqué plus haut, le style de Charles Williams, comme il s’adresse à un lectorat assez jeune est assez simple et directe. Personnellement, j’ai lu ce roman le temps d’un voyage en car entre la France et l’Allemagne et il m’a permis de trouver le temps beaucoup moins long. C’est sûr qu’il ne vous offre pas des heures et des heures de grande littérature, mais si un jour quelqu’un a l’idée d’offrir ce livre à votre gamin, n’hésitez pas à le lui piquer une fois qu’il aura fini.

La plus belle réussite de Fantasia Chez les Ploucs reste sa galerie de personnages certes très caricaturaux, mais variés et qui fonctionnent à merveilles. Charles Williams nous décrit à la fois avec tendresse et moquerie l’Amérique très profonde. Sous leurs aspects grossiers et un peu simplets, les protagonistes emploient souvent des trésors d’imagination et de finesse pour arriver à leur fin. Du coup, on apprend à s’y attacher, alors qu’à première vue, ils nous ont semblés plutôt antipathiques.

Charles Williams est un auteur policier qui a connu étonnamment en France un grand succès… cinématographique. Si Fantasia Chez les Ploucs a fait l’objet d’une très mauvais adaptation par Gérard Pirès en 1971, avec Lino Ventura, Jean Yanne et Mireille Darc, ses romans ont formé la base

des scénarios de plusieurs classiques du cinéma hexagonal comme L’Arme à Gauche de Claude Sautet ou Vivement Dimanche ! de François Truffaut.

Fantasia Chez les Ploucs est donc un roman familial très drôle, à défaut d’être hyper subtil. Se lisant rapidement et facilement, on lui pardonnera aisément ces quelques faiblesses et son ton parfois enfantin.

DE BON MATIN : Ligne (trop) droite vers l’enfer

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debonmatinafficheLa violence des rapports dans le milieu professionnel a déjà fait l’objet de plusieurs excellent films français. Il est vrai que notre pays a connu une prise de conscience de la souffrance au travail, même chez les cadres, ces dernières années, avec notamment de nombreux suicides. On avait notamment pu apprécier le magnifique Le Couperet de Costa-Gavras et Violence des Echanges en Milieu Tempéré de Jean-Marc Moutot. Ce dernier nous revient avec De Bon Matin, mais qui malheureusement n’est pas à la hauteur de ses prédécesseurs.

Un beau matin, Paul Wertet se rend à son travail dans une grande banque. Il se rend dans le bureau de son supérieur et l’abat avec un revolver. Il tuera également son bras droit. Comment en est-on arrivé là ?

De Bon Matin souffre d’un cruel défaut : sa linéarité. Déjà, on connaît le dénouement dès les premières secondes. Le sujet du film est donc le processus qui amène un homme à agir ainsi. Sauf que lui aussi est connu très rapidement. Bien sûr les choses iront en empirant, les humiliations vous s’accumuler, mais de manière très régulière et sans jamais vraiment changer de nature. On cerne très vite les relations entre les personnages et elles n’évolueront jamais.

Un bon exemple réside dans son collègue dont il est le plus proche, Monsieur « de toute façon, on ne peut rien faire ». Il symbolise la passivité des autres face à l’inacceptable, la détérioration des conditions de travail et la souffrance d’un salarié. Sauf qu’il répétera toujours la même maxime, ne variant jamais de son attitude initiale, quels que soient les évènements. On est donc loin de l’intelligence du scénario de Violence des Echanges en Milieu Tempéré qui prenait tout son intérêt dans l’évolution, parfois surprenante, des personnages.

Du coup, on finit par trouver le temps long devant De Bon Matin. Aussi intéressant soit-il, le propos est loin d’être assez étoffé pour en faire un film. De nombreux aspects du scénario manquent par trop de développement pour que l’on en saisisse clairement l’intérêt, comme si Jean-Marc Mouton avait eu peur d’exploiter la moindre idée qui l’éloignerait du propos principal. On pourra saluer la démarche, mais on préfèrera relire L’Open-space m’a Tuer pour mieux comprendre ce à quoi ressemble les conditions de travail dans certains milieux professionnels. On est là typiquement devant un film qu’on aimerait aimer, mais qui se révèle être au final trop médiocre cinématographiquement pour s’enthousiasmer ne serait-ce qu’une seule seconde. On ressort de ce film le cœur gros, on a bien versé une larme ou deux, mais on sait au fond de soi qu’on aurait du être beaucoup bouleversé que cela.

debonmatinIl faut ajouter à tout cela une réalisation que l’on qualifiera de sobre si on décide d’être gentil et de minimaliste si on est dans un plus mauvais jour. Bien sûr, Jean-Marc Moutot ne fait pas dans l’esbroufe, ce qui compte c’est le propos, le propos et le propos. Mais dans De Bon Matin, seul le montage en flashbacks permanents est un minimum recherché. Une descente en enfer est un thème classique du cinéma et bien des réalisateurs ont su mettre une mise en images imaginative au service d’un sujet profond ou bouleversant. Ce n’est pas le cas ici. Cependant, pas sûr que cela aurait changé grand chose au destin de ce film qui ne restera certainement pas dans les mémoires.

S’il faut retentir une seule chose de De Bon Matin, c’est la performance de Jean-Pierre Daroussin. Il est tout simplement parfait. Mais le rôle était taillé pour lui. Peut-être trop d’ailleurs puisque, paradoxalement, cela contribue également à faire de ce film un film sans surprises. Un rôle moins marquant donc que le contre-emploi de José Garcia dans Le Couperet.

De Bon Matin est donc un film pas vraiment raté, mais trop faible dans bien des aspects pour vraiment être marquant.

Fiche technique :
Réalisation : Jean-Marc Moutout
Productrices : Margaret Ménégoz et Régine Vial
Scénario : Jean-Marc Moutout, Olivier Gorce et Sophie Fillières

Casting :
Jean-Pierre Darroussin : Paul
Valérie Dréville : Françoise, la femme de Paul
Xavier Beauvois : Alain Fisher, le patron
Yannick Renier : Fabrice Van Listeich, le jeune talentueux
Laurent Delbecque : Benoît, le fils de Paul et Françoise
Aladin Reibel : Antoine, le collègue le plus proche de Paul
François Chattot : Lancelin, le collègue accusé
Nelly Antignac : Clarisse, la collègue licenciée
Pierre Aussedat : Foucade, le grand patron
Ralph Amoussou : Youssef, le jeune malien
Frédéric Leidgens : le docteur Hogard, psychiatre du travail

INTRODUCING JOSS STONE (Joss Stone) : Ne casse pas de briques

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introducingjossstonejossstoneJoss Stone fait partie de ces chanteuses devenues star alors qu’elles étaient à peine sortie de l’adolescence. Pour preuve, ce Introducing Joss Stone est sorti en 2007, alors que l’artiste n’avait que vingt ans. Il s’agissait déjà de son troisième album. Le premier, The Soul Session, avait été produit alors qu’elle n’avait que 16 ans. Son nouvel album, le cinquième, devrait sortir prochainement et est très attendu aussi bien en Angleterre, son pays d’origine, qu’aux Etats-Unis, où elle est une immense star.

Avant d’écouter cet album, j’avoue que je connaissais cette artiste que de nom. Mais j’en avais plutôt une image positive, présentée comme un talent précoce, mais immense. J’étais donc confiant, presque impatient à l’idée de mieux la connaître musicalement. Le premier morceau est d’ailleurs prometteur, mais le reste est beaucoup plus décevant.

Joss Stone nous propose une musique soul parfois sensuelle, mais qui se contente souvent du minimum. C’est souvent sympa, mais sans génie, sans réelle étincelle créatrice. Sa musique est très formatée, sans surprise, sans prise de risque. Cela ne se démarque absolument pas de la concurrence et on peut facilement trouver beaucoup mieux dans le genre. Bref, Introducing Joss Stone ne casse pas de briques.

Joss Stone n’est pas du tout à mon sens la petite génie que l’on cherche à vendre parfois. On est loin dans le genre d’une Norah Jones ou même d’une Avril Lavigne (ou j’adore Avril Lavigne et j’assume). Peut-être que la maturité viendra pousser cette artiste vers le haut. Mais j’avoue que je reste quelque peu circonspect car même sa voix ne m’a pas non plus bouleversé. Elle est belle, claire et maîtrisée certes, mais là encore elle est loin d’être unique, inoubliable ou même singulière. Du talent certes, mais n’est pas Aretha Franklin qui veut.

Cependant, je ne voudrais pas faire croire que tout est à jeter dans Introducting Joss Stone. On retiendra notamment un titre tirant sur le hip-hop, mais très groovy (Tell Me’Bout It, premier single) et le morceau le plus punchy de l’album : Baby Baby Baby. Pour le reste, pas vraiment de mauvais titres, mais peu de raison de s’enthousiasmer. C’est souvent propre, mais lisse, ne décolle jamais vraiment et nous laisse quand même largement sur notre faim.

Introducting Joss Stone n’a donc rien d’indispensable. Une extra-terrestre qui débarquerait sur Terre pourrait être charmé par ces mélodies et cette voix. Mais une fois qu’il aura visité le moindre disquaire, il découvrira moult productions du même style et bien meilleurs, plus originales et interprétées avec beaucoup plus de conviction. On a à notre disposition un tel choix qu’on peut de permettre d’être particulièrement exigeant. Et je ne crois pas Joss Stone soit à même de satisfaire les plus hautes exigences.

Je pensais avec cet Introducing Joss Stone une grande artiste en devenir. A mon sens, j’ai juste écouté un disque de soul-R&B juste moyen.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on retrouve sur Introducing Joss Stone

1.: Change (Vinnie Jones Intro), Change (intro) – Stone, Joss & Vinnie Jones
Une intro parlée.

2.: Girl They Won’t Believe It
Ca pourrait ressembler à une Aretha Franklin, en plus sensuel néanmoins.

3.: Headturner
Un morceau plus brouillon et qui ne décolle pas vraiment.

4.: Tell Me ‘Bout It
Un titre très hip-hop, très groovy et très sympa.

5.: Tell Me What We’re Gonna Do Now
Du R&B douçâtre pas mal, mais sans génie.

6.: Put Your Hands on Me
Un nouveau morceau auquel il manque la petite étincelle qui changerait tout.

7.: Music
Un titre plus posé, très maîtrisé à défaut d’être génial.

8.: Arms of My Baby
Plus de conviction cette fois-ci. Il ne manque plus grand chose.

9.: Bad Habit
Un titre lancinant.

10.: Proper Nice
Un titre qui tourne en rond.

11.: Bruised But Not Broken
Une ballade groovy pas trop mal.

12.: Baby Baby Baby
Enfin un peu plus de punch !

13.: What Were We Thinking
Une ballade aux accents tristes qui permet de sentir que la voix de Joss Stone possède tout de même certaines limites.

14.: Music (Outro)
Une chanson triste, mais presque geignarde

DRIVE : Trop de perfecton tue la perfection

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driveafficheDans la série des introductions que j’ai déjà faite mille fois, voici le retour de « on m’avait dit tellement bien d’un film qu’au final, j’ai été déçu ». Cette fois-ci, c’est pour le film Drive, prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Des critiques dithyrambiques, des avis d’amis enthousiastes, je me suis rendu dans mon cinéma plein d’espoir. Mais au final, j’ai surtout pu me rendre compte à quel point une critique repose aussi en grande partie sur des éléments subjectifs.

Cascadeur le jour, chauffeur pour des braquages la nuit, il mène une vie solitaire et se montre rarement bavard. Mais un jour, il croise sur son palier, Irène, et son petit garçon. Le début d’une série d’évènements qui vont tout faire basculer.

Pour cette critique, je vais donc procéder en deux parties, l’une objective, l’autre beaucoup plus subjective. Je commencerai donc par dire qu’il est incontestable que le prix reçu à Cannes par Drive est amplement mérité. En effet, la réalisation et la photographie sont tout simplement extraordinaires et ce, dès la première scène qui nous met tout de suite dans l’ambiance. Il n’y a pas un seul plan qui ne soit parfaitement à sa place, dans le bon cadrage, dans le bon timing, avec la bonne lumière, avec, en fond, la musique idéale. Le travail de Nicolas Winding Refn est en tout point remarquable, surtout qu’il arrive en même temps à créer une ambiance visuelle un rien rétro, hommage au cinéma des années 80, sans pour autant tomber dans la caricature.

Drive se démarque aussi par un scénario particulièrement intéressant, bien plus en tout cas que ne peut le laisser penser le pitch. Un film noir à la tension constante, aux rebondissements inattendus et surtout aux personnages particulièrement fouillés. Une histoire solide, à tel point que le film se déroule sur un rythme constant, mais jamais frénétique, sans pour autant provoquer ne serait-ce qu’une seule seconde d’ennui chez le spectateur. On est là face à l’antithèse des films d’action façon clip vidéo. Un film que n’aurait donc jamais produit Luc Besson…

Drive est aussi porté par la magistrale interprétation de Ryan Gosling qui devient peu à peu les nouvelle coqueluche de Hollywood. C’est un vrai bonheur de le voir interpréter un rôle aussi diamétralement opposé à celui qu’il occupait dans Crazy, Stupid, Love, mais avec le même charisme, la même présence, la même justesse, bref le même talent. Mais à ces côtés, la jeune Carey Mullingan, étoile montante elle-aussi, n’est pas en reste dans un casting globalement brillant. On se réjouira notamment d’y voir le beaucoup trop rare Ron Perlman… et la sublime Christina Hendricks.

driveBon voilà, j’en ai fini avec l’objectif. Place au subjectif. Si Drive possède d’immenses qualités, il ne m’a inspiré qu’une admiration distante. Tout y est presque parfait, mais aussi parfait qu’une toile de maître accrochée au mur d’un musée. J’étais là devant l’écran, ébloui par tant de talent, mais jamais je n’ai eu l’impression de rentrer dans ce film. Nicolas Winding Refn possède une virtuosité cinématographique à laquelle peu de réalisateurs peuvent prétendre. Il y a un peu de Tarantino là-dedans, avec ces références et cette réinvention permanentes, mais ce dernier sait toujours jouer avec le spectateur pour en faire un complice. Rien qui ne ressemble à cela ici.

Tout cela contribue à une sorte de décalage avec ce récit très noir et une forme plus proche des beaux-arts. Je pense ne pas avoir été le seul dans la salle à être quelque peu décontenancé. Pour preuve, des éclats de rire de certains spectateurs à des moments où cela ne s’y prêtait pas forcément. On peut considérer que cela contribue à faire de Drive un film au ton résolument surprenant, mais aussi qu’à force de ne pas savoir où se situer, on en oublie de se laisser porter par le film jusqu’à l’enthousiasme.

Vous l’aurez compris, Drive m’a inspiré des sentiments quelque peu mêlés. Mais il est certain que pour ceux qui sont vraiment parvenus à entre dans ce film, le voyage a du être magnifique, tant les qualités artistiques de ce film sont hors du commun. Ce ne fut pas mon cas. Dommage pour moi.

Fiche technique :
Production : Filmdistrict pictures, Bold films, Oddlot entertainmen
Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Hossein Amini, d’après le livre de James Sallis
Montage : Matt Newman
Photo : Newton Thomas Sigel
Décors : Beth Mickle
Distribution : Wild side films, le pacte
Musique : Cliff Martinez
Durée : 100 mn

Casting :
Ryan Gosling : The Driver
Carey Mulligan : Irene
Ron Perlman : Nino
Albert Brooks : Bernie Rose
Christina Hendricks : Blanche
Oscar Isaac : Standard Guzman

UN MONSTRE A PARIS : Le fantôme du cabaret

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unmonstreaparisafficheLe cinéma d’animation français confirme sa bonne santé et son dynamisme avec Un Monstre à Paris. Une campagne marketing efficace, un casting voix de très haut niveau, tout est réuni pour que le succès soit au rendez-vous. Mais depuis des décennies, l’animation hexagonale s’est caractérisée par son audace et son originalité. Malheureusement, ce n’est pas vraiment le cas ici.

Dans le Paris de 1910, Emile et Raoul s’aventurent imprudemment dans un laboratoire du Jardin des Plantes. Faisant preuve d’autant de curiosité que de maladresse, ils vont finir par provoquer une petite catastrophe. De celle-ci, surgira un monstre, une puce de deux mètres de haut. Une puce à la voix sublime.

Un Monstre à Paris est un film qui compte bien des qualités et bien des défauts. Commençons par ce qui fâche, le scénario. Ce dernier est linéaire et d’une grande platitude. Pas de second degré, un rythme moyen, avec notamment une mise en place beaucoup trop longue, pas de vraies surprises, des rebondissements qui n’en sont pas vraiment et des personnages sympathiques mais sans grande envergure. N’attendez pas de ce film une double lecture, une pour les petites têtes blondes et une pour les adultes. Aucun risque, aucune audace. Bref, le strict minimum. On est loin d’une revisite du mythe du Fantôme de l’Opéra, comme aurait pu le faire penser la bande-annonce.

Un Monstre à Paris est un film qui laisse une grande place à la musique. Or, ce genre de film peut souvent se passer d’un récit trop complexe ou subtil sans en souffrir de trop. Le problème réside ici dans le fait que les chansons du film sont sympathiques, mais sans plus. Un peu à l’image de la carrière de M depuis quelques temps… Les airs ne donnent pas spécialement envie de danser et on sort de ce film sans les avoir dans la tête. Ils passent et on les oublie aussi vite qu’ils sont venus.

Après, affirmer que l’on s’ennuie devant un Monstre à Paris serait bien sévère. Il constitue tout de même un divertissement sympathique. Simplement, l’enthousiasme sera sûrement réservé aux plus jeunes. Dans le cadre d’une sortie familiale, ce film peut être synonyme d’une sortie réussie, car, même si l’humour reste désespérément au ras de pâquerettes, il fonctionne souvent très bien. On retiendra notamment un singe majordome qui constitue l’élément à l’esprit « cartoon » de ce film.

unmonstreaparisMais Un Monstre à Paris reste surtout une grande réussite technique. Déjà, il confirme que c’est surtout pour le cinéma d’animation que la 3D présente un quelconque intérêt. Elle donne ici une vraie profondeur aux personnages et les rend plus expressifs. Mais plus globalement, il y a une remarquable élégance dans les graphismes, qui créent une charmante ambiance rétro. On pourra leur reprocher également un manque d’audace, mais à défaut de génie, il faut savoir saluer la maîtrise.

Un Monstre à Paris se distingue enfin par un casting voix plutôt soigné. Il ne nous permet pas par contre de savoir si M possède un potentiel de comédien, puisqu’il n’y fait que chanter. Vanessa Paradis quant à elle alterne les scènes de comédies et de chant avec le même bonheur. Mais c’est avant François Cluzet qui met un maximum de conviction et de talent dans sa prestation. Enfin, globalement, tous les acteurs jouent leur rôle avec le plus grand sérieux.

Au final, Un Monstre à Paris est un peu décevant, car avec un peu plus d’audace, il aurait été facilement possible de faire beaucoup mieux. Mais, il restera un film plutôt sympathique qui ravira surtout les petits, mais aussi un peu les grands.

Fiche technique :
Production : EuropaCorp, Walking the Dog, Bibo Studio
Distribution : EuropaCorp distribution
Réalisation : Eric Bergeron
Scénario : Eric Bergeron, Stéphane Kazandjian
Montage : Pascal Chevet
Décors : François Moret
Musique : Mathieu Chédid
Directeur artistique : François Moret
Durée : 82 mn

Casting :
Vanessa Paradis : Lucille
Mathieu Chédid : Francoeur
Gad Elmaleh : Raoul
François Cluzet : Le préfet Maynott
Ludivine Sagnier : Maud
Julie Ferrier : Madame Carlotta
Bruno Salomone : Albert

MY CONSCIENCE AND I (Remi Nicole) : Surprise énergique

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myconscienceandIreminicoleDans la série des artistes dont je n’avais jamais entendus parlé, mais que je ne regrette pas une seule seconde d’avoir découvert, voici Remi Nicole, par l’intermédiaire de cet excellent My Conscience and I. Une artiste vraiment méconnue puisqu’elle n’a même pas de page Wikipedia en français… et oui ça existe encore. Heureusement, la version anglaise existe, même s’il reste assez succincte.

Remi Nicole est donc une chanteuse anglaise, née en 1983. Elle connu le succès en 2006 avec un premier single, Mr Sunshine, figurant sur cet album My Conscience and I, sorti un an plus tard. Bon, personnellement, je trouve que c’est peut-être le titre le moins bon de ce CD… Comme quoi… Bref, elle a sorti depuis, en 2009 pour être précis, un second album, intitulé Cupid Shoot Me. Vue la qualité du premier, je pense que j’irai y jeter une oreille très bientôt.

Honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à ça. J’imaginais plutôt du R’n’B ou de la pop électro, bref de la musique de pouffes comme je l’aime. Et bien, j’ai eu beaucoup mieux que ça, car j’ai eu du bon vieux rock des familles. Et du bon ! Ca sonne très anglais certes, mais tendance Babyshambles, pas Supergrass. Du pop-rock donc, avec quelques ballades qui font bien et même un titre qui tire plus sur le reggae. Peut-être que je l’ai particulièrement apprécié du fait de l’effet de surprise, n’empêche qu’il est incontestable que My Conscience and I m’a fait remuer la tête et taper du pied tout du long.

Alors évidemment, ce n’est ni Led Zeppelin, ni les Pink Floyd. Mais Remi Nicole met dans sa musique ce qui pour moi est une qualité essentielle, l’énergie ! Quand on n’a pas la chance d’avoir été touché par la grâce du pur génie, on se doit au moins de mettre un minimum de conviction et punch dans sa musique. Remi Nicole y parvient parfaitement et sa musique nous entraîne dans un enthousiasme peut-être un peu basique, mais bien réel.

Et attention, on n’est pas là devant un mauvais groupe de punk qui n’aurait que son énergie à vendre. Il y a chez Remi Nicole dans ce My Conscience and I une vraie maîtrise. Elle n’est pas non plus Jimmy Hendrix, mais jamais elle ne se laisser déborder par son propre enthousiasme et nous livre des morceaux à la ligne mélodique propre et entraînante. Le seul titre qui déroge un peu à la règle est ce fameux Go Mr Sunshine qui l’a pourtant lancé.

Ce My Conscience and I de Remi Nicole peut nous pousser à nous interroger sur le pourquoi du succès. Franchement, cet album est quand même bien meilleur que ceux d’artistes ayant pignon sur radio. Visiblement, elle a quand même relativement marché en Angleterre, mais n’a guère franchi les frontières, alors que la perfide Albion nous fournit en groupes divers et variés à longueur d’année. Bon, je n’ai de toute façon pas la réponse.

My Conscience and I de Remi Nicole a donc constitué pour moi une très bonne surprise. Une surprises pleine d’énergie et d’enthousiasme.

Pour finir, faisons le tour des titres qui composent cet album.

1.: Go With The Flow
Un rock très basique, mais très énergique.

2.: Rock ‘n’ Roll (Tony Hoffer mix)
Un titre toujours dans l’énergie et toujours aussi bon.

3.: New Old Days
Un style reggae mais avec du punch.

4.: Fed Up (album version)
Une chanson douce et presque mélancolique.

5.: Na Nighty
Un nouveau morceau très énergique, entre Lily Allen et les Babyshambles.

6.: Lights Out
Un son plus folk, mais ça reste excellent.

7.: Tabloid Queen
Très rock, presque punk à l’énergie communicative.

8.: Right Side Of Me
Une jolie chanson un peu langoureuse.

9.: Go Mr. Sunshine (album version)
Un titre plus brouillon.

10.: Soulback
Ballade mélancolique parfaitement maîtrisée.

11.: Dates From Hell
Une pop énergique excellente.

12.: Inside Of Me
Une ballade pop qui sonne qui sonne comme un au revoir.

LES PETITS SECRETS D’EMMA (Sophie Kinsella) : Les pouffes se cachent pour mentir

lespetitssecretsdemma

lespetitssecretsdemmaVisiblement, niveau consommation de biens culturels, la pouffe qui est en moi s’en donne à cœur joie ces derniers temps. Car après plusieurs albums de musique qui sentaient bon le string à paillettes, voici la littérature. Et qui de mieux que l’auteur de l’Accro du Shopping pour vous livrer un bon vrai roman 100% pour les filles… donc que les mecs se feront un malin plaisir de lire vaguement en cachette. Pas de Becky Bloomwood cette fois-ci, mais une certaine Emma Corringan, qui nous livre ici tous ses petits secrets.

Emma est comme tout le monde. Elle a quelques secrets. Elle ment de temps en temps pour se mettre en valeur, pour cacher ses faiblesses ou pour ne pas blesser son petit ami. Mais un jour, alors que son avion est pris dans de violentes turbulences, elle ne peut s’empêcher de dire toute la vérité à à l’homme assis sur le siège d’à côté, qu’elle ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam. Une confession à un inconnu, un acte sans conséquences… sauf quand ce dernier se révèle être en fait le fondateur de l’agence de marketing pour laquelle elle travaille et qui vient visiter le bureau londonien.

Sophie Kinsella n’a pas son pareil pour saisir les petits tracas quotidiens et futiles pour en tirer un récit formidablement drôle et pertinent. Les fans de l’Accro du Shopping ne seront pas déçu par les Petits Secrets d’Emma. Ils retrouveront cet humour omniprésent dans une écriture incroyablement vivante et rythmée. Des personnages attachants, des situations loufoques et des retournement de situation qui ne laissent jamais l’histoire tourner en rond. Bref, un fond très léger, mais percutant et une forme soignée.

Les Petits Secrets d’Emma nous parle donc de tous ces petits mensonges, ou tout du moins déformation de la vérité, qui nous servent à dissimuler tout ce que nous refusons d’assumer. Bien sûr, pour les besoins du récit, ils se concentrent ici particulièrement sur un seul personnage. Mais il y a forcément dans ce livre une situation où vous vous reconnaîtrez et où vous ne pourrez qu’admettre que vous aussi, vous avez vos petits secrets inavouables. Le tout est traité ici avec beaucoup d’intelligence. Sophie Kinsella ne cherche pas une seule seconde à donner de leçons. Elle met simplement en lumière quelque chose qui fait partie de l’existence de chacun et porte dessus un regard ironique, mais plein de tendresse.

L’écriture de Sophie Kinsella est incroyablement légère. Les Petits Secrets d’Emma, comme ses autres œuvres, se lit avec une facilité déconcertante. Certains pourront trouver qu’à force de légèreté, son style frôle parfois l’inconsistance. Mais le résultat est là, on dévore ce roman et on le finit alors qu’on a l’impression de l’avoir tout juste entamé.

En fait, le seul reproche que l’on pourrait faire à Les Petits Secrets d’Emma est de ne pas être l’Accro du Shopping. Je veux dire par là que cette Emma Corringan est fort sympathique et tout à fait attachante, mais elle n’est pas le personnage le plus original du siècle. Du coup, on peut facilement s’y identifier, mais on ne brûle pas forcément d’envie de la retrouver pour d’autres romans. Mais surtout, cela bride quelque peu l’humour, même si ce roman reste très drôle. Becky Bloomwood est peut-être moins crédible qu’Emma Corringan, mais nous livre par contre des moments de bravoure inoubliables.

Evidemment, il serait dommage de passer à côté des Petits Secrets d’Emma au simple prétexte qu’il est moins génial et original que d’autres œuvres de la même auteur. Car il reste avant tout un roman très drôle, au propos très bien senti et qui constitue un pur divertissement littéraire de premier choix.

LES CHRONIQUES DE KRONDOR, TOME 3 : SILVERTHORN (Robert E. Feist) : Un petit coup de mou dans la saga

silverthorn

silverthornJuger objectivement un épisode isolé d’une saga est toujours un exercice difficile. En effet, si la série nous plaît et nous passionne, on va être forcément plus indulgent quand un épisode est un peu plus faible. On sera tout de même heureux de voir l’intrigue avancer et de retrouver des personnages que l’on apprécie. Je vais donc essayer de faire abstraction du contexte pour vous parler de Silverthorn, troisième tome des Chroniques de Krondor. Car si j’ai eu une nouvelle fois beaucoup de plaisir à lire cette œuvre de Raymond E. Feist, il faut bien avouer qu’elle n’est pas tout à fait de la même qualité que les deux tomes précédents.

Après la guerre de la Faille, la paix semble régner et le Prince Arthura va pouvoir enfin épouser Anita. Mais dans les rues de Krondor, un mystérieux complot semble naître voulant à tout prix empêcher cette union. Les assassins de la Fraternité des Ténèbres semblent être derrière tout cela, mais, dans l’ombre, des forces bien plus terrifiantes sont à l’œuvre.

Dans une saga, il y a souvent un tome où le récit marque quelque peu le pas et perd en intensité. Cela permet au lecteur de reprendre son souffle, mais cela est parfois source d’une grande frustration. On a toujours envie que les évènements se précipitent et nous emmènent vers de nouveaux rebondissements, puis finalement vers le dénouement. Tout ralentissement nous fait donc trépigner et maudire l’auteur qui n’arrive plus à contenter notre appétit. Les Chroniques de Krondor n’auront donc pas échapper à cette règle. Il faut juste espérer que le quatrième tome saura repartir de plus belle.

Les Chroniques de Krondor, tome 3 : Silverthorn donne donc un petit coup de mou à cette très bonne saga par ailleurs. On repart sur nouveau cycle, il y a donc beaucoup de choses à mettre en place. Cependant, Raymond E. Feist le fait avec moins de punch que précédemment. Le train dur récit est beaucoup plus pépère et donc cela donne une impression de délayage. Et comme on est déjà familier avec cet univers et la plupart des personnages, il n’y a plus ce plaisir de la découverte qui pourrait totalement compenser. L’univers est encore enrichi, mais on a perdu cette sensation de dépaysement.

Encore une fois, j’ai quand même pris beaucoup de plaisir à la lecture de Les Chroniques de Krondor, tome 3 : Silverthorn. Car si le rythme a baissé, les évènements relatés conservent leurs qualités : l’univers est cohérent, le récit solidement construit et les personnages échappent aux clichés du genre. On est pourtant vraiment dans un univers à la Tolkien avec ces nains, elfes et autres gobelins. Mais Raymond E. Feist a su réellement créer un univers bien à lui. Il recycle et réinvente et ne donne jamais dans la pâle copie.

Le style de Robert E. Feist reste très agréable à lire. Ce n’est pas de la grande littérature, mais cela vaut beaucoup mieux que la plupart des œuvres de ce genre. On appréciera en particulier la très grande clarté du récit qui nous emmène certes dans un univers imaginaire, mais n’y perd jamais le lecteur. Pas d’ellipses ou de références incessantes à des détails donnés deux tomes plus tôt dont on est censé se souvenir. Seul le fonctionnement politique de cet univers est un tantinet complexe, mais on arrive tout de même à s’y retrouver dans trop de difficultés.

Les Chroniques de Krondor, tome 3 : Silverthorn en ouvrant un nouveau cycle donne vraiment envie de découvrir la suite au plus vite. Mais on entre avec beaucoup moins d’enthousiasme que dans le précédent. Mais espérons que le dernier tome saura nous faire entrer à nouveau totalement dans un univers, dont on n’est de toute façon jamais totalement sorti.

FAUX REBOND (Harlan Coben) : Invraisemblances divertissantes

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fauxrebondA défaut d’être de grands auteurs à la plume puissante, prêts à s’attaquer aux sujets les plus graves et les plus complexes, de nombreux écrivains se contentent d’être tout simplement de formidables narrateurs. Savoir raconter une histoire n’est pas donné à tout le monde et on connaît tous des gens qui savent transformer la moindre anecdote insignifiante en récit passionnant et d’autres incapables de vous intéresser aux sujets qu’ils abordent quels qu’ils soient. Harlan Coben fait incontestablement partie de la première catégorie.

Faux rebond, troisième tome des aventures de Myron Bolitar est là pour le prouver.Myron Bolitar aurait du devenir une star du basket sans une vilaine blessure à l’aube de sa carrière. A la place, il est devenu mi-agent sportif, mi-détective privé. Alors quand, dix ans plus tard, Clip Arntein, directeur des New Jersey Dragons, lui propose de revenir sur les parquets, c’est inespéré. Mais il y a évidemment une contrepartie. L’obligation d’enquêter sur la disparition mystérieuse de la star de l’équipe, et ancien grand rival de Myron au temps de l’université, Greg Dowming.

Autant le dire tout de suite, Faux Rebond est sûrement un des romans les plus invraisemblables que je n’ai jamais lu. Ca ne tient pas de debout une seule seconde, tout y est aussi réaliste qu’une victoire de Arles-Avignon en Ligue des Champions. Le coup de « vous n’avez pas joué depuis dix ans, mais ce soir, vous êtes sur un parquet de NBA » peut vraiment faire rire… mais voilà, on s’en fout, car malgré tout, cela fonctionne.

Faux Rebond est donc une manifestation de ce que j’appelle toujours « le phénomène James Bond », c’est à dire la capacité d’une histoire qui défie toutes les lois des probabilités à divertir car assez bien construite pour que l’on pardonne toutes les incohérences. C’est là que l’on voit le génie de Harlan Coben, ce petit plus qu’il fait qu’il sort du lot dans un genre littéraire où les auteurs se bousculent quelque peu au portillon. Son humour, son sens du second degré aide largement à faire oublier tout ce qui défie la vraisemblance.

Après, soyons clair, Faux Rebond n’est sûrement pas ce que Harlan Coben a écrit de meilleur. C’est un peu moins bien que Balle de Match, le volet précédent de la série Myron Bolitar. Mais globalement, ça reste de très bonne facture, c’est terriblement divertissant et se lit avec une facilité déconcertante. Ce n’est définitivement pas de la grande littérature mais ça glisse tout seul, comme le bon jus de pomme, même s’il n’aura jamais rien à voir avec un grand vin. On retrouve avec plaisir les personnages de la série, toujours aussi attachants. Bref, ce n’est pas la pierre angulaire de la série, mais une jolie pierre à l’édifice.

Pour arrêter les métaphores à trente centimes d’euros et pour être plus précis, ce qui pêche un tantinet dans Faux Rebond, c’est le suspense qui s’étiole un peu au fur et à mesure. Non pas que l’on devine le dénouement mot de l’histoire des dizaines de pages avant la fin, disons plutôt qu’on se désintéresse quelque peu de l’intrigue principale pour plutôt se focaliser sur les histoires parallèles. Du coup, le récit part un peu dans tous les sens et on a du mal à être totalement passionné. On est donc loin d’un Ne le Dis à Personne.

Balle de Match est donc à conseiller à tous ceux qui aiment les polars légers, qui se lisent facilement, mais qui ne grave pas durablement les mémoires.

LE SKYLAB : Le satelitte plonge, le film coule

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leskylabafficheLe cinéma souffre parfois d’un fléau terrible : la mauvaise bande-annonce. Vous me direz un bon film reste un bon film et inversement. Seulement, le plaisir de voir une œuvre pour la première fois n’est pas le même que celui de le revoir. Alors une bande-annonce qui en dit trop, qui nous livre tous les rebondissements, qui nous montre les moments les plus drôles, qui désamorce tous les moments de tension narrative peut largement gâcher le plaisir. C’est pourquoi ceux qui ont réalisé celle de Le Skylab mériterait d’être lapidés à coups de figues molles !

1979, grande année puisque j’y suis né. Mais c’est aussi à ce moment qu’un beau jour de juillet, toute la famille se retrouve autour de la grand-mère en Bretagne. Oncles, tantes, cousines et cousins vont participer à ce grand raout familial, où se mêlera embrassades et engueulades.

Bon, j’ai rédigé mon introduction contre les auteurs de la bande-annonce de Le Skylab, mais avouons-le tout net, ce film n’avait pas besoin de cela pour être extrêmement décevant, pour ne pas dire totalement dénué d’intérêt. Simplement, les rares moments où le film éveille un minimum d’intérêt et les idées les plus originales figurent tous dans la bande-annonce. Du coup, si, comme moi, vous l’avez vu, revu, et rerevu, il ne vous restera plus rien. A chaque début de scène, vous saurez où cela aboutira, rendant ainsi encore plus interminable un film qui s’étire déjà désespérément en longueur.

Réaliser un film sans intrigue, sous la forme d’une chronique familiale est un exercice périlleux. Sans fil rouge, l’ennuie guette vite et il faut multiplier les trouvailles, les moments drôles, émouvants ou magiques et surtout rendre les personnages attachant dès les premiers instants. Or, Julie Delpy ne multiplie rien et nous décrit une famille à laquelle on n’a pas une seule seconde envie d’appartenir. J’avais déjà détesté, mais alors vraiment détesté, son premier film, 2 Days in Paris. La Comtesse m’avait par contre beaucoup plu, mais ce Le Skylab me fait à nouveau fortement douter sur son potentiel de réalisatrice.

Le Skylab joue à fond la carte de la nostalgie. Il est évident que dans ce film Julie Delpy nous raconte une partie de sa propre enfance. Mais je ne sais pas si les gens qui ont vraiment connu cette époque trouveront vraiment une quelconque raison de s’enthousiasmer. Car la réalisatrice ne nous raconte en fait rien. Limiter son scénario au récit d’une seule et même journée ne permet pas de développer de vraies intrigues parallèles, de voir une quelconque évolution dans les rapports entre personnages, bref de donner un tantinet d’épaisseur narrative à un film qui reste dramatiquement purement descriptif, aux scènes interminables dénuées de rythme.

leskylabLe Skylab nous présente un grand nombre de personnages, plus ou moins réussis, plus ou moins sympathiques. Mais le moins domine largement le plus. Caricaturaux et sans relief, ils ne permettent ni l’attachement, ni l’identification. Entre le para traumatisé et l’Espagnol obsédé sexuel, difficile de choisir celui qui nous laisse le plus dubitatif. Je ne sais pas s’ils sont tous inspirés de personnages que Julie Delpy a pu croiser au cours de son existence, mais une choses est sûre, je n’ai aucune envie de connaître les originaux.

Qui dit galerie de personnages dit galerie d’acteurs. Le Skylab ne représentera pour aucun des comédiens le rôle de leur vie. Pour la plupart, ils baignent dans la médiocrité du film et n’arrivent pas à donner une âme aux protagonistes. Mais encore une fois, c’est le scénario qui est avant tout à blâmer. Le seul à surnager quelque peu est le jeune Vincent Lacoste qui ne sombre pas avec le film, comme cela avait pu être le cas pour Les Beaux Gosses.

Au final, Le Skylab se révèle raté et sans intérêt. Ca fait beaucoup pour un seul film…

Fiche technique :
Production : The Film, France 2 Cinéma, Mars Film, Tempête sous un crâne production
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Julie Delpy
Scénario : Julie Delpy
Montage : Isabelle Devinck
Photo : Lubomir Bakchev
Décors : Yves Fournier
Musique : Matthieu Sibony
Costumes : Cristina Mirete
Durée : 113 mn

Casting :
Lou Alvarez : Albertine
Julie Delpy : Anna
Eric Elmosnino : Jean
Aure Atika : Tante Linette
Noémie Lvovsky : Tante Monique
Bernadette Laffont : Mamie
Vincent Lacoste : Christian
Valérie Bonneton : Tante Micheline
Albert Delpy : Tonton Hubert