LES HOMMES LIBRES : Résistances

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leshommeslibresafficheLa France cinématographique continue d’explorer son histoire. En 2006, il nous avait parlé du rôle des soldats africains lors de la Seconde Guerre Mondiale au travers du magnifique Indigènes. Avec Les Hommes Libres, nous pouvons découvrir le rôle que ces mêmes populations ont joué dans la résistance à Paris. Une page de notre passé méconnue qui méritait bien un hommage sur grand écran, à défaut d’un grand film.

En 1942, Younes venu d’Algérie vit du marché noir. Arrêté par la police, il n’a d’autre choix que de les aider en acceptant d’espionner ce qui se passe à la Grande Mosquée de Paris. En effet, le recteur est soupçonné de délivrer de faux papiers. Younes y rencontrera Salim, se liera d’amitié avec lui avant de découvrir qu’il est juif. C’est alors qu’il décidera de rejoindre la combat pour la liberté.

Les Hommes Libres possèdent donc un réel intérêt historique. Avant tout, à propos de l’époque où se déroulent les évènements, mais aussi en nous projetant vers l’avenir. En effet, si de nombreux Algériens ont combattu du côté de la résistance, c’est aussi pour espérer bénéficier enfin en retour d’une réelle reconnaissance. Cela ne se passera évidemment pas tout à fait comme cela pour aboutir au conflit que l’on sait. Un film riche donc qui replace avec bonheur les choses dans leur contexte, sans parti pris ou revendications exacerbées.

Du coup, les Hommes Libres manque peut-être d’un rien de souffle épique qui aurait pu lui donner une toute autre dimension. Certes, le scénario est rythmé, avec un peu d’action et des rebondissements. On ne s’ennuie donc pas, même si cela est rarement spectaculaire. On est plutôt devant un bon polar, pas révolutionnaire, mais agréable à suivre. Mais en dehors de son contexte historique, cette histoire est de bonne facture, mais sans éclat ou génie particulier.

Les Hommes Libres pêchent en fait par des personnages un peu trop classiques, pour ne pas dire caricaturaux. Le parcours de Younes, sa prise de conscience puis son engagement, restent sans surprise. On aurait même envie de dire cousus de fil blanc. Son cousin, idéaliste, rappelle lui aussi tant et tant de personnages du même type. Seul le recteur, Kaddour Ben Gharbit, personnage historique, est un peu plus ambiguë et intéressant. Le propos aurait sans doute mérité une psychologie des personnages plus subtiles. Mais encore une fois, cela est loin de retirer tous les mérites réels de ce film.

leshommeslibresLa réalisation de Ismael Ferroukhi est à l’image de son film. Maîtrisé, mais sans grande prise de risque. Cependant, pour un premier film, Les Hommes Libres reste définitivement une réussite. On lui reconnaîtra tout de même un vrai talent dans la direction d’acteurs. Le film repose beaucoup sur ses personnages et le réalisateur d’origine marocaine sait vraiment les mettre en valeur. Espérons qu’un scénario où les personnages seront plus aboutis lui permettra prochainement d’exploiter pleinement ces qualités.

Les Hommes Libres laisse donc une grande place au talent des acteurs. Tahar Rahim occupe le rôle titre, mais plombé par un personnage trop prévisible, il se contente d’assurer une performance propre et sans bavure, mais sans génie non plus. La vraie révélation du film s’appelle Mahmud Shalaby qui possède une réelle présence à l’écran. La star de ce film reste évidemment l’inoxydable Michael Lonsdale. Pour mesurer l’immense talent de ce géant du cinéma français, on notera qu’il est aussi à l’aise ici en recteur de la Grande Mosquée de Paris qu’en moine de Thibérine dans Des Hommes et des Dieux.

Les Hommes Libres n’est donc certainement pas le film de l’année. Mais le sujet, relativement bien traité, est assez digne d’intérêt pour que le film le soit aussi.

Fiche technique :
Réalisation : Ismaël Ferroukhi
Scénario : Ismaël Ferroukhi et Alain-Michel Blanc
Musique : Armand Amar
Photographie : Jérôme Alméras
Son : Jean-Paul Mugel, Séverin Favriau, Stéphane Thiébaud
Montage : Annette Dutertre
Décors : Thierry François
Costumes : Virginie Montel
Durée : 99 minutes

Casting :
Tahar Rahim : Younes
Michael Lonsdale : Si Kaddour Benghabrit
Mahmoud Shalaby (voix chantée : Pinhas Cohen) : Salim Halali
Lubna Azabal : Leïla
Christopher Buchholz : le major Von Ratibor
Farid Larbi : Ali
Stéphane Rideau : Francis

WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN : Faites des enfants qu’ils disaient !

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weneedtotalkaboutkevinafficheSi jamais votre envie de vous reproduire a survécu à Un Heureux Evénement, je vous propose une thérapie beaucoup plus radicale. Résultats garantis. Après avoir vu We Need To Talk About Kevin vous ne verrez plus jamais une chère tête blonde de la même façon. Vous réaliserez que derrière chaque enfant peut se cacher un dangereux psychopathe, sadique et manipulateur.

Eva est une femme seule dans une banlieue triste. Elle subit le regard des autres et quelques brimades de temps à autres, la renvoyant au sentiment de culpabilité que la dévore. Sa faute ? Avoir donné naissance à Kevin…

Dans la série des grands méchants du cinéma, aux côtés de Darth Vader et Freddy Kruger, on pourra rajouter Kevin. Bien sûr, et sans rien dévoiler du film, le Kevin de 16 ans est particulièrement peu sympathique. Mais le Kevin de trois ans vaut déjà son pesant de cacahuètes. Et aucun exorcisme n’y pourra bien, cet enfant est juste foncièrement monstrueux et s’amuse à torturer lentement sa mère au fil des années. Et évidemment, ça n’ira pas en s’arrangeant à mesure qu’il grandit.

La grande audace de We Need To Talk About Kevin réside donc dans cette transgression : faire d’un enfant, habituellement symbole cinématographique de l’innocence, de l’altruisme (ce qui est quand même une belle connerie) et de la gentillesse, un être que l’on ne peut s’empêcher de détester, qui nous effraye et nous révolte, est particulièrement osé. Surtout que le film aurait pu facilement sombrer dans une surenchère spectaculaire mais qui aurait complètement décrédibilisé le propos. Là au contraire, il souligne parfaitement le caractère insidieux et quotidien d’une vraie persécution psychologique. Bon, tout cela finit un à coups de grosses ficelles, mais globalement le tout reste quand même très convaincant.

La mise en forme de We Need To Talk About Kevin porte lui beaucoup plus à débat. Il est vrai que cette construction en multiples couches temporelles qui se déroulent en parallèle, obligeant le spectateur à faire l’effort constant de se replacer dans la chronologie se situe dans l’air du temps. Le flash-back devient de plus en plus la norme et non plus l’exception. Mais personnellement, je trouve que le procédé est ici utilisé plutôt habilement et contribue à créer la tension narrative. Racontée de manière linéaire, cette histoire n’aurait sûrement pas eu le même impact.

weneedtotalkaboutkevinAu-delà du montage, la réalisation de Lynne Ramsay est très sobre, presque austère. Mais elle contribue parfaitement au caractère oppressant de We Need To Talk About Kevin. Les gros plans, nombreux, sur les visages de Kevin ou de sa mère renvoient à la froideur et au désespoir qu’ils ressentent respectivement. Le film cultive tout du long cette tension qui nous fait réaliser combien la catastrophe finale est inévitable.

We Need To Talk About Kevin nous permet surtout d’apprécier la prestation extraordinaire de Tilda Swinton, connue surtout pour incarner la méchante sorcière dans Narnia. Elle tient là peut-être le rôle de sa carrière. Dès la première seconde, elle semble porter toute la misère du monde sur son visage qui se décompose de plus en plus au fur et à mesure que son enfant grandit. A ses côtés, le trop rare John C. Reilly dont le personnage manque malheureusement un peu d’épaisseur. Enfin, espérons que les jeunes acteurs qui incarnent Kevin tenaient là un rôle de composition.

We Need To Talk About Kevin, malgré quelques défauts, constitue un film dérangeant et transgressif. Mais il nous plonge aussi dans une réalité qui existe malheureusement parfois, loin des clichés hollywoodiens.

Fiche technique :
Production : Independant Films
Réalisation : Lynne Ramsay
Scénario : Lynne Ramsay, Rory Stewart Kinnear, d’après le roman de Lionel Schriver
Montage : Joe Bini
Photo : Seamus McGarvey
Décors : Judy Becker
Distribution : Diaphana
Son : Paul Davies
Musique : Jonny Greenwood
Durée : 110 mn

Casting :
Tilda Swinton : Eva
Ezra Miller : Kevin
John C. Reilly : Franklin
Ashley Gerasimovich : Celia
Siobban Fallon : Wanda
Ursula Parker : Lucy
Jasper Newell : Kevin enfant

UN HEUREUX EVENEMENT : Pas si heureux que ça

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unheureuxevenementafficheAprès son excellent Le Premier Jour du Reste de ta Vie, Rémi Bezançon revient avec une nouvelle comédie sur les péripéties de la vie. Cette fois-ci, il n’a vraiment pas choisi un sujet original puisqu’il nous plonge au cœur de ces moments merveilleux que constituent une grossesse puis un accouchement. Enfin, merveilleux… Un Heureux Evénement nous fait vite relativiser.

Nicolas et Barbara sont jeunes, beaux, libre et heureux. Lorsqu’ils apprennent qu’ils vont être parents, c’est évidemment un grand moment de bonheur. Devenir parents, c’est la plus belles chose au monde. Comment peut-il en être autrement, puisque tout le monde vous le dit…

Un Heureux Evénement est un film en deux parties nettement distinctes. La première, qui fait un gros tiers du film, est une comédie légère sur les petits tracas qui peuvent survenir autour d’une grossesse. Malheureusement, cela reste poussif et rarement vraiment drôle. D’ailleurs, si vous avez vu comme moi 2547 fois les bandes-annonces, vous avez déjà vu les deux moments vraiment qui provoque quelque chose qui pourrait ressembler à un éclat de rire. Et encore, au moins dans les bandes-annonces, la chute venait beaucoup plus rapidement. Bref, on se dit que le film est très mal parti.

Puis Un Heureux Evènement change radicalement de ton. Quand l’enfant est là, Rémi Bezançon abandonne définitivement le point de vue du couple pour épouser celui exclusif de la mère. On partage ses doutes, ses états d’âme et surtout la manière dont elle se referme totalement sur sa relation avec son enfant, au risque de voir son couple se désintégrer complètement. Un revirement d’ambiance relativement inattendu et plutôt brutal.

Le problème est que cette deuxième partie, si elle est beaucoup plus intéressante que la première, n’est pas non plus totalement convaincante. En effet, il manque à Un Heureux Evènement une conclusion vraiment claire. On a bien du mal à comprendre ce qu’il se passe réellement dans les dernières secondes et quel est le message que Rémi Bezançon cherche à nous faire passer. Le film serait resté sur le ton de la pure comédie, cela ne poserait guère de problèmes, car ce genre de film n’a alors pas besoin d’avoir un sens profond. Mais en choisissant un ton plus sombre, il interroge forcément le spectateur, qui attend une réponse qui ne vient jamais. Du coup, cela donne un caractère un peu vain à ce film et on en ressort sur une impression très moyenne.

unheureuxevenementRémi Bezançon a pourtant bien des qualités de metteur en scène. Sa réalisation recèle beaucoup de bonnes idées et on appréciera son talent technique et artistique. Mais il n’a pas réussi avec Un Heureux Evènement à trouver une réelle synergie entre la forme et le fond. Du coup, certains effets de style ne semblent pas porter de sens et donc ne nous émeut guère. En fait, globalement il manque à ce film un vrai souffle d’émotion, qui aurait poussé le spectateur à s’attacher aux personnages comme la mère à son enfant. On en est loin et quelques fois, on se dit que Barbara commence à nous ennuyer avec ses questions existentielles.

Rémi Bezançon avait pourtant mis toutes les chances de son côté en réunissant à l’écran le très beau couple Pio Marmai – Lise Bourgoin. Il est vrai que si ces deux là faisaient des petits pour de vrai, je veux bien qu’ils m’en mettent un ou deux de côté. Ceux qui gardent un souvenir ému de la poitrine de l’ancienne miss météo dans le Adèle Blanc-Sec de Besson, en auront encore plus pour leur argent avec Un Heureux Evènement. Mais son talent d’actrice dépasse de très loin son simple physique plutôt avenant il est vrai.

Un Heureux Evènement est donc un film qui nous livre un propos sans grand intérêt, sur un rythme pas très enthousiasmant. A moins d’avoir envie d’être dégoûté d’avoir des mômes, ce film n’aura vraiment rien d’indispensable.

Fiche technique :
Production : Scope pictures, RTBF, Mandarin Cinema – Gaumont, France 2 Cinéma
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Rémi Bezançon
Scénario : Rémi Bezançon, Vanessa Portal, d’après le roman d’Eliette Abecassis
Montage : Sophie Reine
Photo : Antoine Monod
Décors : Maamar Ech-Cheikh
Musique : Sinclair
Durée : 110 mn

Casting :
Louise Bourgoin : Barbara
Pio Marmai : Nicolas
Josiane Balasko : Claire
Thierry Frémont : Tony
Gabrielle Lazure : Edith
Firmine Richard : la sage femme
Daphné Bürki : Katia
Lannick Gautry : Camille Rose
Louis-Do de Lencquesaing : M. Truffard

MAIS COMMENT FONT LES FEMMES ? : C’était pourtant une bonne question

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maiscommentfontlesfemmesafficheLes femmes sont des créatures étranges, surprenantes, fascinantes. Et surtout incompréhensibles… Et oui, nous, pauvres hommes de notre état sommes condamnés à tout jamais à vivre dans l’expectative, en essayant désespérément de percer le secret de l’éternel féminin. Quête vaine et sans espoir… Quoique, lorsque l’on voit sortir un film intitulé Mais Comment Font les Femmes ?, on se dit qu’on aura peut-être enfin un début de réponse. Malheureusement, ce film n’est pas à la hauteur du mystère.

Kate mène une double vie. Celle de mère de famille d’un côté et celle de cadre de haut niveau dans une société financière de l’autre. Mais, tant bien que mal, elle arrive à tout gérer. Jusqu’au jour où elle doit prendre en charge un projet ambitieux qui peut changer à tout jamais sa carrière, mais la prive totalement de vie de famille. Cette dernière survivra-t-elle à cette épreuve ? Surtout que Kate travaille et passe beaucoup de temps avec son séduisant patron.

Le gros souci avec Mais Comment Font les Femmes ?, c’est qu’on n’est pas vraiment sûr de comprendre le message qu’il véhicule. D’un côté, il nous explique que la vie de famille est quand même beaucoup plus importante et épanouissante que la vie professionnelle, qui ne doit jamais prendre toute la place. Ok, on est d’accord. Il nous explique également que même une mère de famille peut avoir une belle carrière et faire merveilleusement bien son boulot. Pas de problème. Simplement, quand on mixe les deux, le message se brouille et on peut facilement comprendre qu’une femme est beaucoup plus heureuse à la maison qu’au bureau et qu’elle ferait mieux de rester à s’occuper de ses gosses.

En fait, Mais Comment Font les Femmes ? néglige un personnage qui aurait pu tout changer : le mari. Il esquisse pourtant un vrai parallèle entre les deux, quand ils doivent faire en même temps face au même dilemme, entre promotion et vie de famille contrariée. Mais bizarrement, le film l’oublie aussitôt et on ne se focalise plus que sur le personnage de Kate, créant l’ambigüité que j’ai mentionnée plus haut. Je ne doute pas une seule seconde que les auteurs ont avant tout cherché à faire passer un message « féministe », mais de manière bien trop maladroite pour être vraiment convaincant.

maiscommentfontlesfemmesIl ne reste donc que l’aspect comédie vaguement romantique. Mais Comment Font les Femmes ? fonctionne plutôt bien à ce niveau-là, mais sans réelle originalité, ni réel génie. On ne s’ennuie jamais vraiment, on sourit, on s’amuse des situations, on s’attache quand même beaucoup aux personnages, mais sans réel enthousiasme. On traverse ce film comme une sorte de routine cinématographique, après avoir rapidement compris qu’il ne nous réserverait guère de réelles surprises. Pas un mauvais moment donc, mais sûrement pas un moment d’exception.

Mais Comment Font les Femmes ? nous permet d’apprécier le sympathique duo formé par Sarah Jessica Parker, qui n’est définitivement pas l’actrice la plus extraordinaire du siècle, mais qui possède tout de même un certain charisme. Pierce Brosnan est un Anglais naturellement élégant et séduisant… il n’a donc aucun mal à interpréter un rôle d’Anglais naturellement élégant et séduisant. La nature est quand même parfois très bien faite.

Au final, Mais Comment Font les Femmes ? constitue un film ni totalement raté, ni vraiment réussi. Il pourra divertir un soir de pluie à la télé, mais est sans doute un peu trop faible pour justifier une sortie sur grand écran.

Fiche technique :
Production : The Weinstein Company
Distribution : SND
Réalisation : Douglas McGrath
Scénario : Aline Brosh mcKenna, d’après le roman d’Allison Pearson
Montage : Kevin Tent, Camilla Toniolo
Photo : Stuart Dryburgh
Décors : Santo Loquasto
Musique : Rachel Portman
Maquillage : Doug Huszti
Durée : 95 mn

Casting :
Sarah Jessica Parker : Kate reddy
Pierce Brosnan : Jack Abelhammer
Greg Kinnear : Richard Reddy
Christina Hendricks : Allison Henderson
Kelsey Grammer : Clarck Cooper
Seth Meyers : Chris Bunce
Olivia Munn : Momo Hahn

LE COCHON DE GAZA : Et si le cochon unissait enfin les peuples ?

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lecochondegazaafficheDécidemment, la mode est à rire sur des sujets plutôt graves. Et en particulier, les tensions religieuses au Proche-Orient. Après un magnifique Et Maintenant on va où ? traitant du conflit entre chrétiens et musulmans au Liban, voici le Cochon de Gaza qui nous plonge au cœur du conflit Israelo-Palestinien. Une comédie très premier degré dans un décor dramatique. Un mélange des genres osés, mais qui fonctionne plutôt bien.

Jafaar est marin-pêcheur à Gaza. Métier qui ne nourrit pas son homme, puisque le blocus israélien les empêche de s’éloigner trop de la côte. Dans ses filets, beaucoup d’ordures, des chaussures et un beau jour… un cochon bien vivant. Mais que faire tel animal quand on vit entouré de deux religions qui le considèrent comme impur.

Le Cochon de Gaza nous plonge donc au cœur d’un sujet brûlant de l’actualité. Enfin malheureusement d’actualité depuis des décennies. Un thème qui se prête plutôt au drame, tant de sang et de larmes sont versés années après années. Une situation qui semble être prisonnière d’une spirale inexorable et absurde… Et là où il y a de l’absurde, il peut y avoir du rire. Ce film en est une preuve éclatante.

Avoir choisi un cochon comme centre de ce film n’a rien anodin. Cet animal, et surtout le fait qu’il soit rejeter par le Judaïsme et l’Islam, montre à quel point ces religions sont liés par l’histoire et sont nés du même terreau culturel. Un lien qui prête à sourire, mais qui est fort et révélateur. C’est la preuve qu’une bonne idée originale peut donner un petit quelque chose en plus à un film très classique par ailleurs. Le Cochon de Gaza n’est sans doute pas le film de l’année, mais il restera dans les mémoires pour son côté surprenant.

Au-delà du contexte, le Cochon de Gaza possède aussi bien d’autres qualités. Une est primordiale : il s’agit d’une comédie très drôle. Le film est rythmé, les gags s’enchaînent et beaucoup d’eux font mouches. Certes, on reste souvent dans un humour très premier degré. C’est sans doute là la plus grande limite de ce film, par rapport à Maintenant on va où ? notamment, car Sylvain Estibal ne joue pas complètement la carte de l’absurde et ne fait guère preuve de subtilité. Mais comme cela fonctionne, il faut prendre cela comme un choix plus que comme réellement un vrai défaut.

lecochondegazaLa réalisation de Sylvain Estibal est sobre et sans fioriture. Les mauvaises langues diront que le Cochon de Gaza ressemble plutôt à un sympathique téléfilm. Ca serait faire injure à une inventivité réelle qui se manifeste surtout dans le scénario certes, mais qui est aussi parfois visuelle. On sent bien que les moyens étaient tout de même limités et on peut considérer que le réalisateur en a tiré le meilleur.

Le Cochon de Gaza est l’occasion de découvrir, ou redécouvrir Sasson Gabai, acteur israélien, né à Bagdad, que l’on a pu voir dans Rambo III, mais surtout dans le magnifique la Visite de la Fanfare. Il est parfait dans ce rôle de pêcheur à première vue totalement dépassé par les évènements mais qui fera au final preuve d’une créativité sans borne. Un mot également sur la très belle Myriam Tekaïa que l’on espère revoir bientôt sur nos écrans.

Le Cochon de Gaza est donc un film qui apporte un regard neuf et plein d’humour sur une situation absurde. Une absurdité malheureusement dramatique…

Fiche technique :
Production : Marilyn productions, Barry Films, uFilm, Rhamsa Productions, Saga films
Distribution : Studio Canal
Réalisation : Sylvain Estibal
Scénario : Sylvain Estibal
Montage : Damien Keyeux
Photo : Romain Winding
Décors : Albrecht Konrad
Durée : 109 mn

Casting :
Sasson Gabai : Jafaar
Baya Belal : Fatima
Miryam Tekaïa : Yelena
Gassan Abbas : Slim le barbier
Ulrich Tukur : l’homme de l’ONU

RESTLESS : Le bonheur et la joie malgré tout

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restlessafficheGus Van Sant est un réalisateur qui laisse difficilement indifférent. Enfin, en tout cas, il ne me laisse pas indifférent. Autant j’ai pu adorer Prête à Tout ou Harvey Milk, autant j’ai détesté Elephant, pourtant Palme d’Or, ou Paranoïd Park. Alors quand un de ses films sort sur nos écrans, on est partagé entre excitation et appréhension. Surtout que le sujet de Restless pouvait laisser entrevoir le pire comme le meilleur. Heureusement, il penche plutôt vers le second.

Enoch éprouve une étrange fascination pour les enterrements depuis la mort de ses parents dans un accident de voiture. A l’un d’entre eux, il croisera Annabel, qui est immédiatement attirée par ce jeune homme lunaire et taciturne, qui a pour confident un ami imaginaire, mort en kamikaze pendant la Seconde Guerre Mondiale. Une relation intense va se nouer entre ces deux adolescents quelque peu hors normes. Surtout qu’Annabel a une tumeur au cerveau et n’a plus que quelques semaines à vivre.

On le voit tout de suite, Restless traite d’un sujet plutôt grave et qui ne prête guère à sourire. Pourtant, comme pour le fabuleux la Guerre est Déclarée, ce film est avant tout un film plein d’optimisme, de joie de vivre, même quand la vie est courte, d’énergie et tout simplement d’amour. On sourit, on rit, bien plus que l’on ne pleure. Après tout, le dénouement tragique est évident et Gus Van Sant ne s’y attarde pas, ne cherche pas à créer de tension autour de lui. Au contraire, il se focalise sur cette envie dévorante de savourer et de vivre chaque seconde intensément. Une envie remarquablement communicative.

Restless n’est cependant pas un film parfait. Il a quelque part les défauts de ses qualités. Car cette mort annoncée crée une réelle émotion, mais une émotion très facile. Gus Van Sant fait tout pour s’en détacher, mais ceci est trop au cœur de l’histoire pour que cela soit totalement possible. Si les personnages sont particulièrement originaux, on se dit quand même qu’un des ressorts principaux de l’intrigue est un peu trop gros pour être totalement convaincant. L’aspect dramatique de ce film, qui est, et j’insiste bien sur ce point, secondaire, est donc nettement moins intéressant et original que le reste.

Mais globalement, on arrive à faire abstraction de tout cela et on entre profondément dans cette histoire. Ce sont les deux personnages qui finissent par nous donner envie d’y croire. Des personnages de cinéma certes, mais terriblement attachants, que l’on a envie d’aimer, que l’on envie de voir s’aimer. Restless reste avant tout une très belle histoire d’amour, trop belle pour être vraiment triste. On se laisse parfois aller à espérer un happy end, une guérison miraculeuse ou un traitement révolutionnaire. On partage les moments de colère de Enoch face à l’inexorable. Mais il se dégage trop de choses positives de ce film pour nous laisser de vrais regrets.

restlessLa caméra de Gus Van Sant reste une des plus élégantes. Elle l’a souvent trop été à mon goût, dans certains films où le réalisateur américain oubliait quelque peu le fond au profit exclusif de la forme. Il n’en est rien dans Restless, où il laisse de côté les effets de style pour une réalisation sobre et lumineuse, au service de son histoire et de ses acteurs.

Le duo Mia Wasikowska – Henry Hopper est à la hauteur de l’ambition de ce film. La première, l’Alice de Tim Burton, tient Restless sur ses épaules avec un talent, un charme et un aplomb formidable pour une actrice aussi jeune. Son interprétation remarquable de justesse contribue fortement à faire de ce film un message avant tout optimiste. Le second est le fils de Denis Hopper, auquel le film est dédié. Il est encore trop tôt pour savoir s’il marchera sur les traces de son père, mais on a connu de pires débuts. Il ne possède peut-être pas encore le charisme de sa partenaire, mais il n’en reste pas moins qu’on tient là un très beau premier rôle.

Restless constitue donc un vrai beau moment de cinéma, loin du pathos que l’on pouvait craindre. Certes ficelles narratives sont peut-être un peu grosses, mais on a tant envie d’y croire que l’on passe outre sans aucun problème.

Fiche technique :
Production : Imagine Entertainment, Columbia pictures
Réalisation : Gus Van Sant
Scénario : Jason Lew
Montage : Elliot Graham
Photo : Harris Savides
Décors : Anne Ross
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Musique : Danny Elfman
Durée : 91 mn

Casting :
Henry Hopper : Enoch
Mia Wasikowska : Annabel
Ryo Kase : Hiroshi
Schuyler Fisk : Elizabeth
Jane Adams : Mabel
Lusia Strus : Rachel
Chin Han : Dr Lee

SHOWGIRL HOMECOMING (Kylie Minogue) : La reine de pouffes vous salue bien !

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showgirlhomecomingkylieminogueJ’ai récemment parlé de plusieurs albums de musique de pouffe de qualité, mais pas forcément inoubliable. En effet, tout le monde n’est pas la grande, l’immense, la reine, la formidable, la fantastique, la merveilleuse, la sublime, l’inoubliable, l’indémodable Kylie Minogue. Et une telle artiste prend toute sa dimension en live, avec cet album Showgirl Homecoming Live.

Kylie Minogue est sans doute la plus belle chose qu’ait offert l’Australie au monde (allez avec Nicole Kidman, soyons honnêtes). Une carrière commencée en 1988, à tout juste vingt ans et qui a été jalonnée de succès au fil de ses 11 albums studios. Une œuvre qui a suivi la maturité de l’artiste, passant de la pop (trop) sucrée à une musique électro-pop résolument moderne. Son combat contre le cancer a évidemment contribué à cette trajectoire qui fait d’elle une icône qui continue de séduire les générations successives.

J’entends déjà les sceptiques en train de se dire que de la musique de pouffes en live, ça n’est guère différent qu’un enregistrement studio. Certes, je veux bien admettre qu’un concert de Kylie Minogue n’est pas tout à fait comme un concert de Muse. Mais si l’Australienne dure, dure et dure encore, quand ce genre musical engendre plutôt des carrières météoritiques, c’est que son talent va au-delà d’une interprétation formatée de morceaux écrits sur mesure.

Showgirl Homecoming Live nous propose ainsi pas mal de versions étonnantes de certains tubes de Kylie Minogue. On a Night Like This, Come into My World, Love at First Sight connaissent ainsi une seconde jeunesse. Mais c’est surtout son interprétation de The Loco-Motion, tube de la fin des années 80 ultra kitsch à la base, qui devient méconnaissable dans une version jazz sexy qui tranche franchement avec l’original. Cette diversité nous ferait presque regretter qu’elle se cantonne en studio à un registre musical relativement limité.

Mais que les fans les plus puristes se rassurent Showgirl Homecoming est aussi l’occasion de réécouter certains de ses plus grands tubes dans des versions proches du studio, mais avec la petite touche d’âme supplémentaire qu’apporte un enregistrement live. C’est le cas notamment pour un magnifique Confide in Me, mais aussi Chocolate ou Love at first Sight. Elle nous livre également un I should Be so Lucky qui ne nous rajeunit pas et qui ravira les fans de la première heure, malgré son côté très kitsch.

Avec ce Showgirl Homecoming, Kylie Minogue prouve vraiment qu’elle demeure vraiment une vraie artiste, dans un genre musicale qui croule plutôt sur les produits formatés. On est plus proche de la qualité d’un concert de Madonna que de Britney, ces derniers étant généralement sans intérêt. Elle met de la conviction, de la créativité, de l’imagination dans chacun de ses interprétations. Et comme elle possède un large répertoire après une aussi longue carrière, elle nous livre deux CD de pur bonheur. Il y a bien quelques morceaux plus en retrait, à l’intérêt moindre, mais on lui pardonnera aisément. Et puis, je ne pense pas que Bono se déplacerait pour faire un duo avec n’importe qui… Enfin, j’en vois qui ont des doutes, mais passons…

Showgirl Homecoming ravira donc tous les fans de Kylie Minogue. Mais elle pourra séduire tous ceux qui ont envie de porter un regard un peu différent sur la belle Australienne.

Pour finir, parcourons les titres que l’on trouve sur ce double album.

CD 1
1.: Ouverture
Une petite introduction le temps que la star arrive sur scène.

2.: Better the Devil You Know
Très eurodance, pour un titre qui ne représente pas la meilleure période de Kylie Minogue.

3.: In Your Eyes
Un de ces plus grands tubes et sur scène, c’est encore meilleur !

4.: White Diamond
La voix de Kylie se fait très aigüe pour un titre pas très punchy.

5.: On a Night Like This
Une chanson accompagnée au piano, pour une version bien meilleure que la version studio.

6.: Shocked/Spinning Around
Un medley entre deux chansons qui représentent parfaitement le style Kylie Minogue.

7.: Temple Prequel
Intermède instrumental aux accents orientaux.

8.: Confide in Me
Un de mes titres préférés de Kylie Minogue qui est ici tout simplement sublime.

9.: Cowboy Style
Un titre très énergique et surtout très bon.

10.: Finer Feelings
Un interlude court et sirupeux.

11.: Too Far
Un titre rythmé et saccadé, presque rock et pas mal du tout.

12.: Red Blooded Woman
Une chanson au rythme lent, mais qui prend une toute autre dimension sur scène.

13.: Slow
Un titre électro qui ne donne pas grand chose en live.

14.: Kids – Bono
Un très très bon duo et surprenant duo avec Bono.

CD 2
1.: Rainbow Prequel
Une petite introduction.

2.: Over the Rainbow
Un classique interprété classiquement.

3.: Come into My World
Version très surprenante d’un de mes titres préférés.

4.: Chocolate
Morceau langoureux et sexy.

5.: I Believe in You
Titre assez sirupeux, dans une version assez proche de la version studio.

6.: Dreams
Une chanson douce et romantique. Sympa car assez différent du reste de ses titres.

7.: Burning Up/Vogue
Un passage électro sans grand intérêt.

8.: The Loco-Motion
Une reprise de ce vieux tube dans une version sexy-jazzy surprenante et excellente.

9.: I Should be so Lucky
Son premier grand tube, ce lui qui l’a faite connaître. Kitsch à souhait, mais ravira les fans.

10.: Hand on Your Heart
Un son très années 80 encore, mais moins enthousiasmant que les deux titres précédents.

11.: Space Prequel
Court interlude.

12.: Can’t Get You Out of My Head
Un immense tube. C’est trop bon !

13.: Light Years/Turn it into Love
Kylie du début des années 2000, la meilleure !

14.: Especially for You
Une ballade type slow qui nous rajeunit.

15.: Love at First Sight
Une très gros tube pour finir, une fois de plus dans une version plutôt surprenante.

ET MAINTENANT ON VA OU ? : L’humour plus fort que la haine

etmaintenantonvaouaffiche

etmaintenantonvaouafficheA l’été 2007, nous avions pu découvrir Caramel, un très beau film libanais de et avec Nadine Labaki, aussi belle que talentueuse. Une œuvre plutôt légère qui ne faisait qu’effleurer tous les problèmes que peut connaître ce pays qui a tant souffert. Elle nous revient avec un nouveau bijou, Et Maintenant on va où ?, qui cette fois aborde les blessures les plus profondes de manière directe… mais avec un formidable humour.

Dans un petit village isolé du Liban, les tensions sont toujours vives entre chrétiens et musulmans. Enfin, entre les hommes. Car les femmes du village, elles, font tout pour maintenir la paix, avec la complicité du prêtre et de l’imam locaux. Elles sont toutes unies par le deuil d’un mari, d’un frère, d’un fils, quand leurs hommes encore vivants n’y voient que prétexte à la vengeance. Elles vont donc devoir déployer des trésors d’imagination pour éviter que les passions ne s’embrasent à nouveau.

Et Maintenant on va où ? nous parle d’un sujet qui ne prête vraiment pas à rire. Ce film nous fait d’ailleurs partager avec beaucoup d’émotion cette souffrance, cette peur de tous les instants qu’engendre le cycle de la violence et de la haine. Il n’élude pas ces aspects et ne les minimise pas une seule seconde. Cependant, Nadine Labaki a choisi de prendre un incroyable recul sur cette situation qui doit forcément la toucher au plus profond d’elle.

En effet, Et Maintenant on va où ? est une vraie comédie. On y rit beaucoup, souvent et avec de vrais éclats. Mais cet humour est porteur d’un message très très fort. Il cherche à démontrer le caractère absurde d’une situation où la société entière semble enfermée. Il y parvient de manière étonnante, avec une formidable intelligence et beaucoup de subtilité, même quand l’humour est au premier degré. Rarement rire et larme ne se seront menés avec autant de bonheur et de profondeur.

Cet humour amène forcément Et Maintenant on va où ? à être quelque peu caricatural. Il ne vise pas le réalisme, mais à faire rire et à faire passer un message. Cette dichotomie entre hommes toujours prêts à en découdre et ces femmes unies pour la paix constitue bien sûr une simplification de la réalité. Mais qu’importe ! Il y a sûrement la volonté chez Nadine Labaki de délivrer un message féministe, mais c’est surtout pour servir son propos, le rendre clair et direct, qu’elle a fait ce choix. Et comme au final, cela fonctionne incroyablement bien, on n’a aucune raison d’y voir le moindre problème.

etmaintenantonvaouEt Maintenant on va où ? est surtout un formidable message d’espoir, enthousiasmant, sincère et touchant. Il n’y a pas ici de naïveté, mais tout simplement la volonté de ne pas baisser les bras face à une situation qui n’a rien d’une fatalité. Nadine Labaki nous livre un formidable pied de nez à la violence et à la haine, nous prouvant qu’ils ne pourront jamais détruire totalement les valeurs humaines humaines les plus positives. Un moment de cinéma rare. Peut-être pas du grand cinéma artistiquement parlant, mais un si beau moment d’humanité que ce film sera à coup sûr un des films les plus marquants de cette année.

Nadine Labaki n’est pas qu’une formidable scénariste et une réalisatrice de talent. Elle est aussi une actrice remarquable au charme et au charisme dévastateurs. Mais c’est en fait tout le casting de Maintenant on va où ? qui est à saluer bien bas. Il prouve que s’il y a bien une richesse universelle, c’est celle des excellents comédiens et comédiennes.

Maintenant on va où ? est un film aux qualités qui vont bien au-delà de la simple fiction cinématographique. Une preuve éclatante surtout que l’humour est un aussi un formidable vecteur pour les messages le plus profonds et les plus graves.

Fiche technique :
Production : Les Films des Tournelles
Réalisation : Nadine Labaki
Scénario : Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Rodney Al Haddad, Thomas Bidegain
Montage : Véronique Lange
Photo : Christophe Offenstein
Décors : Cynthia Zahar
Distribution : Pathé Distribution
Son : Michel Casang, Gwennolé Le Borgne, Dominique Gaborieau
Durée : 100 mn

Casting :
Yvonne Maalouf : Yvonne
Nadine Labaki : Amale
Layla Hakim : Afaf
Claude Baz Moussawbaa : Takla
Antoinette Noufaily : Saydeh
Julien Farhat : Rabih

WARRIOR : Pas de quoi être frère

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warriorafficheLa boxe est connue pour être le sport le plus cinémagénique. Cette année, on n’a pu encore le vérifier avec l’excellent Fighter. Mais bon, à force, on se dit que l’on a un peu épuisé le sujet. Alors pourquoi pas innover en proposant autre chose que de la boxe, à savoir de l’ultimate fighting. Le catch a bien donné un petit chef d’œuvre, The Wrestler, alors ne faisons pas d’emblée du mauvais esprit. Sauf que, malheureusement, Warrior est au final loin d’être un bon film.

Tommy Conlon revient voir son père, ancien alcoolique, quinze ans après avoir fui avec sa mère. Il n’est pas tendre avec le vieil homme, qui avait fait de lui adolescent un champion de lutte. Il lui demande cette fois-ci de l’entraîner pour un tournoi d’ultimate fighting donc le vainqueur recevra une somme colossale. Au même moment, son propre frère, auquel il reproche de ne pas l’avoir suivi dans sa fuite, se prépare lui-aussi à remonter sur un ring pour tenter d’empêcher l’expulsion de sa famille.

Pour Warrior, le réalisateur Gavin O’Connor a à peu près raté tout ce qu’il a tenté. Faute de réelle inspiration, il se contente de surexploiter de vieilles recettes sans imagination, ni subtilité. Le scénario déjà se perd dans une histoire de relations familiales qui tournent en rond bien trop longtemps, alors que l’on sait pertinemment que tout cela va s’achever dans une grande réconciliation. Du coup, toute tentative de profondeur reste vaine, peine grandement à convaincre et au final plonge le spectateur dans un certain ennui.

Une histoire même improbable peut être bonne. Le cinéma est là pour nous faire rêver et l’impossible peut facilement y devenir possible. Mais il faut aussi pour cela ne pas trop se prendre au sérieux. Or, si Warrior peut-être facilement vu au second degré, je doute que cela soit vraiment volontaire. Alors du coup, toutes les incohérences, tous les évènements peu crédibles, tous les hasards trop bien faits gâchent le plaisir au fur et à mesure qu’ils s’accumulent. On aurait pu éventuellement croire à cette histoire si on en avait vraiment envie. Mais comme elle ne nous enthousiasme pas par ailleurs, on se montre intransigeant.

warriorIl aurait pu au moins nous rester quelques belles scènes de combat. Malheureusement, là encore, Warrior se prend les pieds dans le tapis. Déjà, la réalisation façon clip vidéo ressemble à un brouillon sans âme. Mais le pire reste le scénario même des affrontements. Pour faire simple, les combats de Tommy durent tous environ dix secondes, vu qu’il est super fort (exemple d’élément super crédible). Ceux de son frère sont beaucoup plus disputés, mais se déroulent tous exactement de la même façon : une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… Bref, on se demande si on ne se moquerait pas du spectateur. On a vraiment l’impression que Gavin O’Connor a eu une idée et une seule et a complètement bloqué dessus, faisant ressemblé son film à un disque rayé.

La performance de Tom Hardy et Joel Edgerton a été saluée par plusieurs critiques. Si on ne s’arrête qu’au travail de musculation, il est évident qu’on ne peut qu’être admiratif. Amatrices et amateurs de torses et épaules improbables, réjouissez-vous, Warrior est fait pour vous ! Par contre, ceux qui s’attachent surtout à l’expressivité ou même tout simplement au talent de comédien n’auront guère de raison de s’enthousiasmer. On est face à des interprétations très professionnelles, mais sans génie. Quant à ce pauvre Nick Nolte, il traverse ce film en se demandant bien ce qu’il fait là et en démontrant à chaque plan qu’il n’y croie pas du tout.

Warrior se prend trop au sérieux pour être un sympathique navet. C’est tout simplement un mauvais film qui tombe dans les tous les pièges qu’il s’est lui-même tendu.

Fiche technique :
Réalisateur : Gavin O’Connor
Scénario : Gavin O’Connor, Cliff Dorfman et Anthony Tambakis, d’après une histoire de Gavin O’Connor et Cliff Dorfman
Musique : Mark Isham
Photographie : Masanobu Takayanagi
Montage : Sean Albertson, Matt Chesse, John Gilroy et Aaron Marshall
Décors : Dan LeighCostumes : Abigail Murray
Producteur : Greg O’Connor
Langue : anglais
Format : Couleurs
Durée : 140 minutes

Casting :
Tom Hardy : Tom Conlon
Joel Edgerton : Brendan Conlon
Frank Grillo : Frank
Kevin Dunn : Joe Zito
Nick Nolte : Paddy Conlon
Jennifer Morrison : Tess Conlon
Josh Rosenthal : l’arbitre

L’ETOILE DE PANDORE, TOME 3 : JUDAS DECHAINE (Pter F.Hamilton) : Le calme avant la tempête

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letoiledepandore3Dans une tétralogie située dans un monde imaginaire, le troisième tome permet généralement au lecteur de s’y attarder quelque peu. En effet, on sait bien que le dernier tome sera essentiellement consacré à l’action qui mène au dénouement et laissera peu de temps pour apprécier le décor dans laquelle elle se déroule. L’Etoile de Pandore, tome 3 : Judas déchaîné se situe exactement dans cette logique. Le récit perd un peu de son rythme, mais pour prendre le temps de mettre en place les éléments qui préparent l’apothéose finale qui s’annonce.

Le Commonwealth est sous le choc après la perte de 23 planètes suite à l’attaque des Primiens. La marine lance alors un plan pour se doter d’une flotte prête à contre-attaquer. Mais dans les coulisses, les intrigues se multiplient alors que planent de plus en plus la menace du mystérieux Arpenteur, dont de plus en plus de gens sont convaincus de l’existence.

L’Etoile de Pandore est une des meilleures séries de science-fiction que je connaisse. On m’a d’ailleurs assuré récemment que le final serait à la hauteur de mes espérances. En attendant, ce troisième tome, Judas Déchaîné, est peut-être moins enthousiasmant, mais semble constituer une pièce essentiel du récit. Après avoir ouvert beaucoup de récits parallèles, il était temps pour Peter F. Hamilton de les relier entre elles pour que se dessinent le tableau qui va nous conduire au dénouement.

L’Etoile de Pandore, tome 3 : Judas Déchaîné est donc quelque peu frustrant. On aimerait arriver plus vite au fin mot de toute cette, ou plutôt ces histoires. Or, l’intrigue n’avance sûrement pas aussi rapidement qu’on le souhaiterait. Mais cela ne retire en rien nos désir de tourner les pages, bien au contraire. Peter F. Hamilton joue donc avec notre impatience pour construire son récit, tout en gardant notre intérêt intact.

Cependant, jamais le récit ne se dilue, ne perd de sa cohérence ou ne s’affaiblit comme dans certaines séries où la qualité décroît au fil des chapitres. On sent bien que Peter F. Hamilton sait où il veut nous emmener et qu’il est loin d’avoir épuisé son stock de bonnes idées. Il y a derrière tout ça une vraie maîtrise, pas de la dilution, faute de contenu. Au contraire, L’Etoile de Pandore, tome 3 : Judas Déchaîné est très dense. Simplement, l’action laisse plus la place aux relations entre les personnages. Mais c’est, à n’en doutons pas, pour mieux ré-accélérer ensuite.

La multiplicité des intrigues parallèles et des personnages ne diminuent donc en rien par rapport aux deux tomes précédents. A force, on connaît assez les différents protagonistes pour que cela ne pose plus de problèmes. Mais heureusement le roman s’ouvre une nouvelle fois sur une liste qui permet de suite qui est qui en cas de doute au fil de la lecture. Une très bonne idée pour qui a une mémoire ne serait-ce que normal.

Le style de Peter F. Hamilton continue d’être très vivant, à défaut d’être génial. En tout cas, il sait parfaitement accrocher son lecteur et le maintenir dans une impatience de tous les instants. Encore une fois, son récit est extrêmement dense, alors heureusement que sa plume ne rajoute pas une couche de lourdeur. En privilégiant les dialogues par rapport aux descriptions, il maintient un souffle constant qui nous fait dévorer les pages comme un Big Mac après un jeûne de trois jours.

L’Etoile de Pandore, tome 3 : Judad Déchaine constitue donc une sorte de calme avant la tempête. Une tempête que l’on est impatient de traverser.