UN CHAMPION DE MOINS EN MOINS EN DEVENIR

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christophelemaitreCombien de fois en France avons-nous portée aux nues un sportif prometteur, mais encore loin du statut de champion ? Combien d’espoirs montés sur un piédestal quelques instants à peine avant la chute ? Combien de bonnes performances transformés au fil des commentaires en exploits retentissants, mais qui resteront au final sans lendemains ? Mais en sport, comme ailleurs, le plus dur c’est de confirmer. Cet été, à Daegu, Christophe Lemaître l’a fait.

Briller le temps de deux étés ne fait pas d’un athlète un immense champion. Une carrière se juge sur une période beaucoup plus longue que cela. L’athlétisme a toujours connu des étoiles filantes qui n’ont guère éclairé qu’une nuit ou deux. Mais cette fois, on a vraiment envie d’y croire. Et pour bien des raisons.

La première n’est certainement pas le fait que Christophe Lemaître soit le premier blanc à atteindre un tel niveau en sprint, combien même cela soit de très très loin. Cela ne relève que de l’anecdotique. Par contre, sa progression constante depuis deux ans fait naître bien des espoirs. A 21 ans, il est encore extrêmement jeune et on ne voit aucune raison qu’il n’aille encore bien plus loin. Certes, tout athlète connaît un sommet puis un déclin. Personne ne peut dire à quel moment la courbe va s’inverser et cela arrive parfois de manière très précoce. Mais le voir capable d’améliorer son record de 36 centième d’un coup en finale du 200m confirme bien le fait qu’il possède encore un gros potentiel inexploité.

L’engouement suscité par Christophe Lemaître tient aussi au fait qu’il exerce dans l’épreuve qui représente la quintessence du sport. Le 100 m reste l’épreuve reine, pour le sport individuel tout du moins. Y briller signifie forcément rentrer dans l’histoire de l’athlétisme. Etre champion du Monde du 800m ou du lancer du marteau est certaine honorable, mais votre nom a tout de même toutes les chances de disparaître très vite des mémoires. Si personnellement je ne considère toujours pas Michael Phelps comme le plus grand nageur de tous les temps, c’est tout simplement parce qu’il n’a jamais brillé sur la distance la plus mythique. La médaille de bronze de Christophe Lemaître sur 200m a une valeur infiniment supérieure à tous les titres que pourra remporter un Yohan Diniz en marche.

Ses trois titres de champion d’Europe l’année dernière étaient réjouissants, mais n’avaient guère de valeur au niveau mondial. Christophe Lemaître fait désormais partie du gotha. Mais le niveau en sprint est d’une telle densité que la moindre baisse de régime le fera disparaître aussitôt des palmarès. Espérons qu’il poursuive son ascension pour pouvoir viser encore plus haut dans un an, aux Jeux Olympiques de Londres.

Par contre, est-ce que quelqu’un peut lui dire de raser sa moustache de puceau ridicule ?

LA GUERRE EST DECLAREE : Le combat de leur vie

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laguerreestdeclareeafficheLe plus souvent, parler d’un sujet grave appelle à une certaine sobriété dans la forme. Le spectaculaire ne doit pas prendre le pas sur le fond. Seuls les plus grands comme Lars Van Trier peuvent se permettre de mêler le drame et l’innovation visuelle. Du coup, souvent, on aime ou bien on déteste. La Guerre est Déclarée fait se pari osé. Et se montre à la hauteur.

Roméo et Juliette file un parfait amour, dont est né Adam. Mais peu à peu, leur fils connaît des problèmes de santé de plus en plus prononcés. Jusqu’à ce qu’ils apprennent la terrible nouvelle : leur fils a une tumeur au cerveau.

La Guerre est Déclarée est avant tout une histoire d’amour. En effet, il nous raconte la relation entre Roméo et Juliette beaucoup plus que la maladie de leur fils. Ce dernier est au final assez peu présent et Valérie Donzelli ne cherche jamais à ce que le spectateur s’y attache. Il est à la fois le centre du film et un prétexte pour nous parler de ce qui peut lier deux êtres, dans la joie et dans la peine. Notre empathie ne se manifeste pas de la manière que l’on aurait pu prévoir, mais cela ne diminue en rien l’émotion véhiculée par ce film.

Il faut dire que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm savent de quoi ils parlent puisque ce film est tout simplement une autobiographie de leur couple. Voici un détail que j’ignorais avant de voir La Guerre est Déclarée, mais qui se révèle au final guère surprenant. Il aurait été difficile d’écrire un tel film sans avoir traversé une épreuve comparable. Jamais le film ne tombe dans un voyeurisme ou une émotion facile. Il ne cherche pas à faire pleurer, à passionner, à faire rire ou à distraire. Il raconte, il témoigne, il partage. Le plus difficile restait cependant d’arriver à transmettre l’émotion au spectateur.

Pour cela, Valérie Donzelli a choisi une mise en forme audacieuse. Les effets visuels sont nombreux et la narration se fait parfois de manière assez peu traditionnelle. On sent évidemment que les images sont là pour souligner les sentiments, mais certains pourront trouver que cela détourne l’attention de l’essentiel, que cela dénature la pureté du témoignage, que, quelque part, cela adoucit l’épreuve. Le cancer d’un enfant n’a rien de beau ou d’esthétique. Mais cela signifie-t-il qu’une œuvre qui l’évoque ne peut l’être non plus ? N’est-ce pas justement le rôle de l’art de véhiculer l’émotion par les moyens les plus inattendus ? Bon, ok, on ne va pas commencer le débat ici. Mais une chose est sûr, La Guerre est Déclarée ne peut laisser indifférent.

Et si vous acceptez sans retenu ce parti-pris artistique, si vous vous laissez porter par les images autant que par la narration, alors La Guerre est Déclarée représentera pour vous un magnifique moment de cinéma. Une œuvre forte et audacieuse, profondément personnelle mais aussi tout simplement humaine. On ne peut qu’être admiratif du travail de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, qui ont mis un morceau d’eux-mêmes dans ce film. Un film dont on sort profondément marqué, partagé entre une multitude de sentiments, les mêmes que ceux ressentis par Roméo et Juliette. Avec bien sûr, infiniment moins d’intensité…

laguerreestdeclareeOn peut affirmer que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm tiennent là le rôle de leur vie. Au sens premier du terme en fait. Leur performance est extraordinaire. Et qu’importe s’ils jouent en fait leur propre rôle. L’émotion qu’ils arrivent à véhiculer n’est pas que celle d’un témoignage. Elle est celle procurée par des acteurs qui arrivent à incarner une émotion. Sauf que dans La Guerre est Déclarée, ils en incarnent bien plus d’une.

Dans l’attente de la sortie de The Artist, La Guerre est Déclarée fait déjà figure d’immense favori pour les Césars. Une production d’une audace folle pour l’Hexagone. Mais surtout un magnifique moment de cinéma, entre rires et larmes, entre espoir et infinie tristesse.

Fiche technique :
Production : Rectangle productions, Wild Bunch
Réalisation : Valérie Donzelli
Scénario : Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm
Montage : Pauline Gaillard
Photo : Sébastien Buchmann
Décors : Gaëlle Usandivaras
Distribution : Wild Bunch distribution
Musique : Jérémie Elkaïm (conseiller musical)
Durée : 100 mn

Fiche technique :
Vélarie Donzelli : Juliette
Jérémie Elkaïm : Roméo
Brigitte Sy : Claudia
Michèle Moretti : Geneviève
Bastien Bouillon : Nikos
Anne Le Ny : Dr Fitoussi
Frédéric Pierrot : Pr Sainte-Rose
Philippe Laudenbach : Philippe

UN ENCOURAGEMENT ET CA REPART

cheerleader

cheerleaderLe plus important dans la vie, après le football bien sûr, c’est d’être content de soi. Evidemment, pas bêtement, ni invariablement. Simplement, savoir que l’on ne fait pas les choses pour rien, que d’autres apprécient le résultat et que l’on ne mène pas des combats inutiles. La première personne qui doit en être convaincu, c’est bien sûr soi-même. Mais il y a parfois des moments plus difficiles, où l’on doute, où l’on s’interroge, où l’on a peur d’avoir commis une erreur. Bref des moments où vos convictions sont ébranlées.

C’est alors qu’on a besoin d’un regard approbateur, d’un encouragement, d’un soutien dans la difficulté. Pas besoin forcément d’une preuve d’admiration ou de compliments enthousiastes. En fait, ce n’est même pas vraiment la forme qui compte. C’est souvent simplement, presque imperceptiblement que l’on ressent dans le regard d’autrui qu’il attend que vous continuiez ainsi. Parce qu’il est d’accord avec vous, parce qu’il aime ce que vous faites ou parce qu’il est prêt à s’engager à vos côtés.

En 12h petites heures, j’ai vécu deux moments comme ceux-là. Le premier dans un contexte désagréable, contrairement au second. Le premier fut un soutien, le second un encouragement. Le premier m’a fait du bien, le second m’a fait plaisir. Les deux m’ont donné beaucoup d’énergie pour cette rentrée !

L’été se termine, mais l’aventure continue !

COWBOYS ET ENVAHISSEURS : L’alien se conjugue aussi au passé

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cowboysenvahisseursafficheLorsque les petits hommes verts décident de débarquer sur notre bonne Planète Bleue, ils dont deux mauvaises habitudes. Déjà, il faut toujours qu’ils larguent les amarres aux Etats-Unis. Pourtant, ce pays occupe un pourcentage somme toute modéré des terres émergées. Peut-être que c’est l’odeur de junk-food qui les attire. Deuxièmement, ils débarquent toujours à notre époque ou, à la grande rigueur, dans le futur, mais jamais dans le passé. Vous me direz, s’ils étaient venus dans le passé, on serait déjà au courant. Mais Cowboys et Envahisseurs nous prouve que ce n’est pas forcément le cas.

Un beau jour de 1873, en plein Arizona, un homme se réveille, un peu sonné, sans se rappeler qui il est et ce qu’il fait là. Il découvre surtout très vite qu’il possède un étrange bracelet au poignet gauche et qu’il sait visiblement très bien se battre. Arrivé en ville, il apprend qu’il s’appelle Jake Lonergan et que sa tête est mise à prix. Mais au moment où le marshall local l’embarque, la ville est attaquée par d’étranges engins volants.

Faire combattre des aliens par des cowboys, voilà un pitch qui ne semble pas constituer l’idée du siècle à première vue. Mais en y repensant, on se demande comment on n’y a pas pensé avant. En fait, on a du mal à comprendre comment l’idée de l’invasion extra-terrestre pourtant maintes et maintes fois mise en scène a pu être traitée d’une manière aussi uniforme. Bon, cela peut s’expliquer par le fait que débarquer d’une autre galaxie exige un niveau technologique plutôt élevé et que l’humanité a donc intérêt à être au top pour que sa victoire semble un minimum crédible… Mais Cowboys et Envahisseurs nous démontre que cela n’avait rien d’obligatoire.

Soyons clair, Cowboys et Envahisseurs n’est pas le film de l’année, mais concoure plutôt dans la catégorie sympathique série B. Cependant, il se révèle être un divertissement efficace et très agréable à suivre. On pourra lui reprocher un manque d’imagination au-delà de l’idée de départ et certaines longueurs, ce qui nous fait penser que ce film n’est peut-être pas aussi génialement jouissif qu’il aurait pu l’être. Mais enfin dire qu’on s’y ennuie serait mentir et il fait passer un très bon moment au spectateur. Cela reste quand même le principal. On ne lui en demandait pas forcément plus.

cowboysenvahisseursCowboys et Envahisseurs met en scène une jolie galerie de antihéros. Là encore, on ne crie pas au génie. On a connu mieux dans le genre. Mais on y retrouve du coup un esprit western de la grande époque, peuplé d’archétypes. Le film s’amuse à détourner les poncifs du genre pour les recycler dans une aventure que John Ford n’aurait sûrement pas imaginée. On peut toujours reprocher au film de ne pas tout à fait aller au bout de l’idée, mais cela ne gâche vraiment pas le plaisir, alors inutile de s’y attarder.

Cowboys et Envahisseurs met à l’affiche deux acteurs qui se trouvent ici parfaitement dans leur élément. Harrison Ford n’avait pas été aussi convaincant depuis bien longtemps. En tout cas, il l’est bien plus que dans le dernier Indiana Jones. Daniel Craig est lui aussi très à l’aise, plus que dans le costume trop bien repassé de James Bond à mon goût. Il est décidément plus bandit de grand chemin que gentleman. Enfin, il fallait bien une belle jeune femme en détresse. Elle est ici interprété par la sublime Olivia Wilde, vue sur petit écran dans Docteur House et sur grand écran dans Tron, l’Héritage.

Au final, Cowboys et Envahisseurs conclut plutôt bien cet été de blockbusters. On est peut-être passé à côté d’un vrai chef d’œuvre, mais on a là tout de même un divertissement très plaisant à suivre.

Fiche technique :
Production : Fairview Entertainment, K/O Paper Products, Platinum Studios, Imagine, DreamWorks Pictures
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Jon Favreau
Scénario : Damon Lindelof, Alex Kurtzman, Roberto Orci, Mark Fergus, Hawk Ostby, d’après le roman graphique de Scott M. Rosenberg
Montage : Dan Lebental, Jim May
Photo : Matthew Libatique
Décors : Scott Chambliss
Musique : Harry Gregson-Williams
Durée : 117 mn

Casting :
Daniel Craig : Jake Lonergan
Harrison Ford : Col. Woodrow Dolarhyde
Olivia Wilde : Ella Swenson
Sam Rockwell : Doc
Paul Dano : Percy Dolarhyde
Clancy Brown : Meacham
Keith Carradine : Sheriff John Taggart

THIS MUST BE THE PLACE : Roadtrip improbable

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thismustbetheplaceafficheUn road-movie, mettant en scène un personnage décalé qui va faire face à des fossés culturels, voilà une idée de départ pas forcément hyper originale. Cependant, elle peut être déclinée avec assez de tonalités différentes, entre humour gras et récit contemplatif chiantissime, pour qu’aucun film de ce genre ne se ressemble jamais tout à fait. This Must Be the Place trouve un équilibre entre tout ça pour nous livrer un excellent film plein d’humour et de poésie.

Cheyenne est une ancienne star du rock qui n’a plus touché une guitare depuis 20 ans. Il vit à Dublin, avec sa femme qui le regarde traîner son look gothique, sa mélancolie et son ennui. Un jour, il apprend que son père est mourant. Il est persuadé que ce dernier le déteste et ne lui a d’ailleurs plus adressé la parole depuis des décennies. Il décide néanmoins de retourner en Amérique…en bateau, puisqu’il a une peur bleue de l’avion. Son père est déjà décédé quand il arrive enfin. Etonnamment, Cheyenne décide de reprendre la quête de ce dernier : retrouver le nazi qui l’avait torturé à Auschwitz.

This Must Be the Place est un film en deux temps. Le premier tiers du film sert essentiellement à nous présenter le personnage principal. C’est un rien contemplatif, alors qu’on a assez vite cerné qui il est. Son caractère décalé est déjà source d’un certain humour, mais relativement sous-exploité. On se focalise plutôt sur sa complexité et ce qui se cache sous son improbable coiffure. C’est un tout petit longuet, mais important pour apprécier pleinement ce qui va suivre.

En effet, This Must Be the Place décolle enfin par la suite. Son road-trip commence alors et il constitue vraiment le cœur de ce film réjouissant. Les situations sont alors nettement plus amusantes, rythmées, tout en continuant à nous faire découvrir ce personnage attachant et original. On découvre surtout que sous une certaine nonchalance se cachent parfois des trésors d’imagination. On entre alors vraiment dans l’histoire, se prenant au jeu de cette quête improbable. On est alors pleinement heureux de faire la route avec Cheyenne.

This Must Be the Place n’est pas tout à fait une comédie. Ou plutôt, c’est loin de n’être qu’une comédie. On s’amuse souvent, on rit parfois, sans jamais non plus se tordre sous le siège, hilare. Mais cet humour constant, surtout dans les deux derniers tiers permet au spectateur d’apprécier les autres aspects du film et la réflexion sur les rapports père-fils ou encore sur la différence entre l’apparence et ce que l’on est au fond de soi. Le thème de la Shoah est aussi présent, même s’il constitue plus un prétexte qu’un thème vraiment développé.

thismustbetheplaceUn petit bémol néanmoins sur le dénouement de This Must Be the Place. Si la quête en elle-même se termine sur une idée brillante, la conclusion qui en est tiré laisse nettement plus dubitatif. La signification de la dernière scène n’est pas vraiment claire et les hypothèses que l’on peut formuler, pas vraiment satisfaisante. Cela ne gâche naturellement pas le plaisir ressenti pendant les près de deux heures précédentes. Mais tout de même, c’est dommage de finir sur une légère fausse note.

This Must Be the Place permet de mesure encore une fois l’immense talent de Sean Penn, qui aime interpréter les rôles qui le transforment physiquement radicalement. Ce film ne constituera peut-être pas sa prestation la plus impressionnante. Mais c’est surtout parce que sa carrière est incroyablement riche en grands rôles, car il est absolument parfait en star du rock désabusée. On appréciera également de retrouver une Frances McDormand toujours aussi géniale. Dommage que son rôle ne soit pas mieux exploité.

Au final, This Must Be the Place n’est peut-être pas le film de l’année, mais sûrement un des plus originaux et sûrement pas un des plus mauvais.

Fiche technique :
Production : Indigo, Lucky Red, ARP
Réalisation : Paolo Sorrentino
Scénario : Paolo Sorrentino, Umberto Contarello
Montage : Cristiano Travaglioli
Photo : Luca Bigazzi
Décors : Stefania Cella
Distribution : ARP Selection
Son : Srdjan Kurpjel
Musique : David Byrne
Durée : 118 mn

Casting :
Sean Penn : Cheyenne
France Mc Dormand : Jane
David Byrne : David Byrne
Judd Hirsch : Mordecai Midler
Eve Hewson : Mary
Harry Dean Stanton : Robert Plath
Kerry Condon : Rachel

TU SERAS MON FILS : Un bon cru

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tuserasmonfilsafficheDans la série des thèmes inépuisables, voici la relation père-fils. En particulier, le père qui écrase un fils qui tente d’exister à ses côtés, sujet aussi ancien que l’humanité elle-même. En voici un nouvel exemple avec Tu Seras mon Fils, qui nous emmène dans le monde impitoyable de la viticulture. Et franchement, le vignoble bordelais, c’est mieux que Dallas !

Paul de Marseul est le propriétaire d’un vignoble bordelais réputé. François, régisseur du domaine depuis des décennies, est atteint d’un cancer du pancréas et n’est plus en mesure de superviser la prochaine vendange qui s’annonce. Martin, le fils de Paul, pense alors tenir la chance de briller aux yeux d’un père qui le méprise et le rabaisse constamment. Mais c’est sans compter sur le retour de Phlippe, le fils de François, sur le domaine.

Ceux qui comme moi ont vu à de nombreuses reprises la bande-annonce de Tu Seras mon Fils ont a peu près vu et compris tout le film, à l’exception du dénouement. Mais c’est ce dernier qui donne sa valeur à un scénario qui, il est vrai, est longtemps linéaire et quelque peu prévisible. L’exploration du rapport père-fils n’est pas forcément d’un intérêt immense, tant le gouffre qui sépare les deux hommes est béant et tant le mépris est immense. On ne croit pas une seule seconde que les rapports puissent évoluer et il n’en est d’ailleurs jamais une seule seconde question.

Mais si le scénario semble nous emmener sur un chemin totalement balisé, ce n’est pas pour cela qu’il ne recèle pas de nombreuses qualités. La tension entre les deux hommes est palpable dès les premières minutes du film. Elle crée un sentiment de malaise permanent et la conviction que tout cela va forcément mal finir (sinon, il n’y aurait pas de film, me direz-vous). Tu Seras mon Fils nous amène peu à peu vers un point de non-retour que l’on attend et que l’on redoute. Mais c’est cette attente qui fait que l’on entre vraiment dans cette histoire et que l’on a vraiment envie de savoir comment tout cela va pouvoir s’achever.

Là encore, on est face à du très classique. Le ressort de la tension qui nous mène vers une catastrophe annoncée n’a rien de révolutionnaire. Gilles Legrand le maîtrise cependant ici avec beaucoup de talent et de force, à défaut d’une réelle finesse. Il accomplit un travail remarquable pour faire des lieux un protagoniste à part entière de cette intrigue. L’enjeu reste avant tout la terre, le domaine, le terroir. On ne se bat pas que pour le pouvoir, mais pour une sorte de trésor qui ne peut appartenir qu’à une seule personne. La vision du milieu viticole est certainement très caricaturale, mais sa description est parfaitement mise au service de l’intrigue. Tu Seras mon Fils n’est pas un documentaire et ne cherche pas à l’être. Pour cela, regardez sans plus attendre l’excellent Mondovino.

tuserasmonfilsGilles Legrand a été évidemment aidé dans son entreprise par un casting de haute volée. Niels Arestrup n’est jamais aussi bon que quand il joue les rôle de salaud et celui-là lui sied vraiment à ravir. Un homme que l’on déteste dès la première seconde, mais qui arrive tout de même à faire preuve d’un charme qui arrive à séduire tant de gens. En face de lui, Lorant Deutsch confirme qu’il est à l’aise dans tous les genres de rôle et qu’il est encore bien trop souvent cantonné aux comédies pas drôles. Patrick Chesnais signe là encore une fois une prestation remarquable, malgré une grande sobriété. Le quatuor est complété par le jeune Nicolas Bridet qui, s’il ne joue pas encore tout à fait dans la même catégorie, signe là tout de même de bons débuts.

Tu Seras mon Fils est donc un bon cru. Peut-être pas au niveau des plus grands Bordeaux, mais incomparablement meilleur qu’une bouteille de Villageoise.

Fiche technique :
Réalisation : Gilles Legrand
Scénario : Gilles Legrand, Delphine de Vigan
Musique : Armand Amar
Image : Yves Angelo
Date de sortie : France 24 août 2011
Production : Universal
Durée : 102 min.

Casting :
Niels Arestrup : Paul de Marseul
Lorànt Deutsch : Martin de Marseul, fils unique de Paul
Patrick Chesnais : François Amelot, le régisseur du domaine viticole
Nicolas Bridet : Philippe Amelot, fils de François et de Madeleine
Anne Marivin : Alice, la femme de Martin
Valérie Mairesse : Madeleine Amelot, la femme de François
Xavier Robic : Lacourt fils
Urbain Cancelier : Lacourt père
Shirley Bousquet : Jessica, la barmaid
Jean-Marc Roulot : le docteur Vermont

NE CHOMONS PAS, CHANGEONS LE MONDE

chomage

chomagePour le troisième mois consécutif le chômage est en hausse en France, le faisant atteindre des niveaux que l’on avait pas vu depuis longtemps. Après l’économie financière, cette mauvaise nouvelle et les perspectives pessimistes pour la croissance nous conduisent à craindre que l’économie réelle soit sur le point d’elle aussi à nouveau déraper. Et cette fois, ce ne sont pas les actionnaires qui seront touchés, mais les emplois les plus précaires, les citoyens les plus fragiles.

On a donc tous les raisons d’être pessimiste, contrairement à ce que dit le ministre du travail, Xavier Bertrand, dont le discours lénifiant semble résonner de plus en plus dans le vide. A qui parle-t-il ? Qui peut bien l’écouter ? Le gouvernement est évidemment bien mal placé pour clamer qu’il est capable de remédier une situation qu’il a lui même contribué à créer. Bien sûr, les crises mondiales ne naissent pas à l’Elyséen ni à Matignon, mais en creusant les inégalités par une baisse de la fiscalité au profit des plus riches, en supprimant sans raisonnement autre que financier des emplois publics, en subventionnant la non-embauche par la défiscalisation des heures supplémentaires, il a largement contribué à la dynamique qui nous conduit tout droit vers un marasme durable.

Tout cela amène une réflexion plus large. Aucun gouvernement, même celui des Etats-Unis, ne peut être tenu responsable à lui seul de crises mondiales, comme celles que nous connaissons depuis 2007. Les responsabilités sont partagées, diffuses et impersonnelles. Par contre, il y a une idéologie qui nous a conduit à ce désastre. Une idéologie de toute puissance du marché, de dérégulation, de destruction de la force publique. Une idéologie qui fait de la finance non un outil, mais une fin en soi. Chaque homme politique qui porte aujourd’hui cette idéologie apporte sa pierre à la crise. Le gouvernement, plus largement une bonne partie de l’UMP, même certains à gauche continuent de considérer ce modèle comme le seul possible, alors que depuis son émergence dans les pays occidentaux, ces derniers ont stagné de manière constante.

C’est donc aux citoyens de mettre fin à ce gâchis historique. Aux citoyens du monde, aux citoyens européens, pas qu’aux Français. Mais ces derniers ont une échéance importante en 2012 et il faudra qu’ils en profitent. Cela ne suffira pas à changer la face de l’économie mondiale, mais ça sera déjà un début.

CASIORA : Un début sans fin

casiora

casioraJ’ai quelque peu hésité à écrire cet avis sur ce roman de science-fiction dénommé Casiora. Non pas qu’il soit particulièrement mauvais, mais simplement il constitue la première partie d’une trilogie qui n’a pas de fin. En effet, un deuxième tome a été publié, mais jamais le troisième. Et il ne semble y avoir plus aucune trace de l’auteur, puisqu’elle n’a rien publié d’autre et est totalement absente du net. En attendant, il reste un roman sympathique, à défaut d’être génial.

La guerre fait rage dans la galaxie de Deir-Caer. Les troupes bexanes viennent de détruire au prix de lourdes pertes une forteresse tenue par les forces Libertaires. A leur tête, le commandant Heerto qui va se révéler être en fait un agent au service de l’Empire. Mais pourquoi alors avoir conduit les troupes de ses ennemis à la victoire ?

Casiora est un roman qui compte de multiples intrigues parallèles que le récit finira par relier entre elles. La forme de ce roman est donc extrêmement classique, tout comme les personnages : un guerrier expérimenté bourru, une jeune fille embarquée dans l’aventure sans avoir rien demander, un homme dangereux dont la tête a été mise à prix, une mystérieuse femme échappée d’un monastère, un agent des services de renseignements… Tout ce beau monde est à la recherche d’un mystérieux objet qui peut changer la destinée de l’univers. Bref rien de bien original.

Casiora recycle donc bien plus qu’il invente. Il le fait cependant plutôt bien et on prend plaisir à suivre cette histoire (en oubliant que l’on en connaîtra jamais la fin…). On a fait mieux, mais le récit est assez agréable pour qu’on parcourt ce livre sans le regretter. Les personnages sont plutôt attachants, à défaut d’être inoubliables.

La plus grande qualité de l’intrigue réside dans sa capacité à entretenir une interrogation constante chez le lecteur. Les mystères se dévoilent peu à peu, mais jamais complètement. On voit bien que ce premier tome était surtout là pour mettre les éléments en place. On apprend beaucoup de choses, mais on reste sur l’impression constante que le vif du sujet est sur le point de commencer. Bon, il faudra bien que le récit finisse un jour par passer la seconde. Et si c’était prévu pour le troisième tome… Enfin, on n’en est pas encore là.

Casiora est très riche, mais a le mérite de ne pas avoir fait naître toutes les intrigues parallèles d’emblée. Le récit donne le temps au lecteur de bien situer qui sont les personnages, avant d’introduire de nouveaux protagonistes, de nouveaux lieux, de nouveaux enjeux. On ne se sent donc jamais perdu et c’est une qualité à souligner dans ce genre de littérature.

La plume de Juliette Ninet n’est certes pas exceptionnelle, mais Casiora n’est pas plus mal écrit que beaucoup d’autres publications. Je ne sais pas exactement ce qui l’a conduit à ne pas persévérer dans cette voie (il est possible que l’on ne lui ait pas trop laissé le choix), mais elle fait preuve ici d’assez d’imagination et de clarté dans le récit pour prendre plaisir à lire ce roman.

Comme je suis un peu masochiste, j’ai commandé le second tome. Enfin à 4 euros en occasion, je ne me suis pas vraiment ruiné. J’en viendrai presque à espérer qu’il soit franchement mauvais (j’ai pu lire une critique désastreuse sur le net) pour m’éviter de trop regretter l’absence du tome final. Vue les dates de parution, 2002 et 2003, il est peu probable qu’il n’arrive jamais, mais qui sait.

J’ai donc plutôt aimé ce Casiora. Mais il ne serait pas très sympa d’en conseiller la lecture, sauf pour les grands masochistes.

UN JOUR : Un jour, beaucoup d’années

unjouraffiche

unjourafficheIl n’y a pas de bon été, sans une belle comédie romantique. En effet, il fait beau, ce sont les vacances, tout le monde est bronzé et détendu et donc tout à fait prêt à entendre parler d’amour, de romance et de fleurs bleues. C’est donc la période idéale pour aller voir Un Jour… sauf que ce film nous entraîne sur un chemin quelque peu inattendu.

Le soir de leur remise des diplômes, Emma et Dexter finissent dans le même lit. Mais ils ne feront pas l’amour et décideront de rester amis. Sauf que pendant vingt ans, ils vont être irrésistiblement liés l’un à l’autre et passeront par tous les stades imaginables d’une relation entre deux personnes. Jusqu’au jour où…

Un Jour aurait pu être une comédie romantique très classique. Mais il n’en est rien. Déjà sur la forme. En effet, les évènements de ce film se déroulent toujours le même jour, le 15 juillet. On saute d’année en année, sur près de vingt ans, mais on reste toujours sur la même case du calendrier. Evidemment, il se passera beaucoup de choses dans la vie de Emma et Dexter les 15 juillet. Mais pas toujours, certains évènements nous sont montrés directement, d’autres sont racontés au détours des dialogues, puisqu’il sont survenus un autre jour. Ce n’est pas le procédé narratif le plus génial jamais inventé, mais au moins, cela donne une petite touche d’originalité plutôt agréable. Surtout que le principe est plutôt bien exploité.

Ensuite, l’histoire raconté n’est pas aussi cousu de fil blanc que ce à quoi on pouvait s’attendre. Je n’en dirai guère plus, sous peine de gâcher la surprise. Sachez simplement que si vous êtes allergiques aux comédies romantiques niaises et prévisibles, mais que vous n’avez rien contre les belles histoires d’amour, alors Un Jour pourrait bien vous plaire. Là encore, on ne crie pas au génie, mais au moins, l’inattendu nous préserve de tout ennui.

Si les rebondissements ne sont pas hyper prévisibles, la principale limite de Un Jour tient au fait qu’il joue largement sur des sentiments faciles. L’émotion est réelle, dans les moments joyeux et ceux plus tristes, mais les ficelles sont quand même assez grosses. Si on est rentré dans l’histoire, on le pardonnera aisément et on se laissera porter. Si on reste un peu en retrait, cela paraîtra peut-être un peu trop gros pour que le spectacle soit totalement plaisant. Les éternels romantiques eux ne devraient avoir aucun soucis pour se laisser bercer.

La mise en images de Lone Scherfig est elle très élégante. On avait déjà pu apprécier son sens de l’image dans Italian for Beginners (que je n’ai malheureusement jamais vu) et Une Education. Une esthétique liée à sa sensibilité féminine diront certains. En tout cas, sans être spectaculaire, la photographie est soignée et change des réalisations brutes de de décoffrage de nombreuses comédies romantiques américaines. On est devant une œuvre de cinéaste, pas devant un produit de consommation courante.

unjourQui dit histoire d’amour, dit couple d’acteurs. Ce qu’il y a de bien avec cette phrase toute faite, c’est que je peux la ressortir dès que je rédige la critique de la moindre comédie romantique. Mais comme elle reste vraie, pourquoi se priver. D’un côté, la charmante Anne Hataway. Charmante, car elle n’a rien d’une bombe ou d’une beauté fatale hollywoodienne. Mais quel charme, mon dieu ! Même quand les costumiers et coiffeurs essayent de la rendre quelconque, il reste toujours quelque chose qui émane d’elle et qui vous donne une envie irrésistible de passer les 80 prochaines années de votre vie avec elle. En face d’elle, Jim Sturgess fait beaucoup plus bellâtre. Mais c’est aussi le rôle qui veut ça. En tout cas, les deux sont charmants et arrivent tout à fait à nous faire croire à leur histoire d’amour. Alors qu’on le sait bien, l’amour, c’est comme le Père Noël…

Un Jour n’est peut-être pas la comédie romantique. Déjà parce que ce n’est pas une comédie romantique. Mais malgré ses défauts, il n’en reste pas moins un beau film touchant et original par certains aspects.

Fiche technique :
Production : Focus Features, Random House Films
Distribution : SND
Réalisation : Lone Scherfig
Scénario : David Nicholls, d’après son roman
Montage : Barney Pilling
Photo : Benoît Delhomme
Décors : Mark Tildesley
Son : Glenn Freemantle
Musique : Rachel Portman
Durée : 106 mn

Casting :
Anne Hathaway : Emma
Jim Sturgess : Dexter
Tom Mison : Callum
Patricia Clarkson : Alison
Ken Scott : Steven
Rafe Spall : Ian
Romola Garai : Sylvie

EN ROUTE POUR LA LIGUE DES CHAMPIONS

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liguedeschampionsPour la 12ème année consécutive, l’Olympique Lyonnais va disputer la phase de poules de la Ligue des Champions. Cette constance à ce niveau est sans précédent dans l’histoire du football français. Evidemment, les 7 titres consécutifs ont aidé, mais le phénomène va bien au-delà de ça. Le développement du club rhodanien est un modèle qui devrait inspirer bien des clubs français, qui ont encore trop tendance à suivre des logiques qui ont conduit aux champs de cendres laissés par Bez ou Tapie.

Cette année encore, l’OL constitue sûrement la plus belle chance pour un club français de briller cette année en Ligue des Champions. Son tirage est équilibré et l’expérience acquise au cours de ces 12 années est un atout irremplaçable. On voit trop souvent de bonnes équipes perdre leurs moyens dans la plus belles des compétitions de clubs. C’est pourquoi, on peut être inquiet vis-à-vis des futures prestations de Lille. Mais comptons sur les hommes de Rudi Garcia pour me donner tort, surtout que le tirage au sort lui a été plutôt favorable.

L’Olympique de Marseille se situe entre les deux. Le club a pris la bonne habitude de disputer la Ligue des Champions. Pour l’instant, il y accumule plutôt des déceptions, mais cela finira forcément un jour par sourire. L’histoire de Lyon l’a montré, l’apprentissage est lent et il faut patience et obstination pour briller dans cette compétition. Le tirage au sort a été terrible avec le club phocéen, mais rien n’interdit d’espérer que cette année soit la bonne et qu’une qualification pour les 8ème de finale soit au rendez-vous.

Vivement le 13 septembre !