FIGHTER : Des acteurs vainqueurs par KO

fighteraffiche

fighterafficheLa boxe et le cinéma vivent une folle histoire d’amour. Pourtant, si j’aime passionnément le second, je voue le plus grand mépris au premier, qui n’a rien du noble art qu’il prétend être. Mais je dois admettre que quand les deux sont réunis, cela nous offre souvent de très beaux moments de cinéma. Raging Bull, Ali, Rocky, Million Dollar Baby… autant de films devenus des classiques qui m’ont tous beaucoup marqués. Cela sera également le cas de Fighter, un très beau film sur cet univers, récompensé par deux Oscars.

Dick Eklund a connu la gloire 15 ans plutôt en remportant un match de boxe contre Sugar Ray Robinson. Mais aujourd’hui, il n’est plus qu’un drogué accro au crack, même s’il continue à parler d’un éventuel come-back. Il coache pourtant son demi-frère, Micky Ward, managé par leur mère qui ne lui trouve que des combats de seconde zone. Ce dernier possède pourtant un certain talent, mais la présence écrasante de sa famille empêche sa carrière de prendre son envol. Un jour, il rencontre Charlene, barmaid, mais aussi une des rares personnes du coin à avoir fréquenté l’université. Saura-t-elle l’arracher à cette médiocrité dans laquelle sa famille le maintient ?

Fighter nous raconte la véritable histoire de Dick Eklund et Micky Ward. Enfin, aussi vraie que peut l’être un film, dont le scénario romance forcément plus ou moins la réalité des évènements. L’apparition des véritables protagonistes lors du générique de fin nous permet d’apprécier pleinement le travail de Christian Bale et Mark Wahlberg pour leur ressembler. Mais je reviendrai sur l’interprétation, qui constitue la plus grande force de ce film.

Fighter n’est pas qu’un film de boxe. Elle constitue un prétexte, un support à un propos qui n’a rien à voir avec le sport. Enfin, les amateurs de ce dernier apprécieront tout de même le combat final, qui confirme le caractère profondément cinémagénique de cette activité qui me semble n’être qu’une pure barbarie sur petit écran. Pour résumer, ce film nous parle surtout des rapports familiaux au cœur de l’Amérique profonde. Bon depuis Winter’s Bone, on sait que l’on trouve toujours une Amérique encore plus profonde, mais bon, celle-là est déjà pas mal dans son genre.

Comment échapper à la médiocrité intellectuelle du milieu où l’on naît n’est pas un thème vraiment nouveau. C’est sans doute là que réside la plus grande limite de Fighter qui nous raconte une histoire maintes fois contée. Mais David O.Russel nous livre là une vision particulièrement fine et intelligente de ce thème, qui n’a tout de même rien d’éculé. Aucun manichéisme, aucun stéréotype social ici. Il nous offre une vision du rêve américain loin du glamour hollywoodien habituel. Pas de noirceur pessimiste pesante, mais pas d’optimisme béat non plus. Du coup, on apprend à aimer tous ces personnages, même ceux qui, dans un premier temps, nous mettait quelque peu mal à l’aise. On rentre alors totalement dans l’histoire et devenons les premiers supporters de Micky Ward. Et c’est alors qu’on comprend que le réalisateur a parfaitement réussi son pari.

fighterEt si Fighter a donc un minimum de fond, il brille encore plus sur la forme. Le film s’ouvre sur le visage de Christian Bale, les yeux hallucinés, considérablement amaigri pour le rôle. Des ces premières secondes vous sentez que vous aurez affaire à un vrai moment de cinéma. Un acteur ne se transforme pas ainsi pour un rôle médiocre. Son Oscar du second rôle est amplement mérité et on attendait pas forcément cet acteur talentueux et solide à un pareil niveau de composition. Sa performance est un aspirateur à superlatifs de incroyable à hallucinant, en passant par énorme et inoubliable.

Un vrai film d’acteurs donc, car le reste du casting n’est pas en reste. Elle aussi récompensée aux Oscars, Melissa Leo, qui interprète la mère des deux boxeurs, livre une performance peut-être moins spectaculaire mais beaucoup plus subtile et ambiguë. Les rapports d’amour-haine qu’elle entretient avec ses enfants sont remarquablement bien décrits grâce à la crédibilité qu’elle apporte à son personnage qui aurait pu facilement devenir auto-parodique.

Enfin, Mark Wahlberg, dans le rôle principal, est lui aussi étonnant. Certes, il est quelque peu éclipsé à l’écran comme dans le scénario par son frère et Christian Bale, mais il n’en reste pas moins qu’il a su lui aussi élever son niveau de jeu, pour reprendre une expression sportive, et être à la hauteur de ses coéquipiers. De plus, les demoiselles apprécieront sa plastique impeccable… Je penserai désormais à lui quand je soulèverai mes haltères, même si je crains ne jamais avoir, de près et même de loin, le même torse que lui…

Fighter fait pour l’instant partie des meilleurs films de cette année. Je n’y ai toujours pas trouvé toutes les raisons d’un enthousiasme complet, mais bien assez pour une admiration sans bornes pour le remarquable, et parfois étonnant, travail artistique et scénaristique accompli.

Fiche technique :
Production : Paramount Pictures, Mandeville Films, Relativity Media, Closest to the Hole Productions
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : David O. Russell
Scénario : Scott Silver, Paul Tamasy, Eric Johnson (II)
Montage : Pamela Martin
Photo : Hoyte Van Hoytema
Décors : Judy Becker
Musique : Michael Brook
Costumes : Mark Bridges
Directeur artistique : Laura Ballinger
Durée : 113 mn

Casting :
Mark Wahlberg : Mickey Ward
Christian Bale : Dicky Eklund
Amy Adams : Charlene
Melissa Leo : Alice Ward

AU REVOIR L’EUROPE

edelpsgbenfica

edelpsgbenficaIl n’y aura donc aucun club français en quart de finale de Coupe d’Europe, grande ou petite. Le football hexagonal est renvoyé à ses limites actuelles. Pendant plus de dix ans l’Equipe de France nous a fait oublier que nos clubs ne pèsent plus grand chose sur l’échiquier européen. Depuis le cauchemar Domenech, on n’a vraiment plus trop d’occasions de s’enthousiasmer lors de rencontres internationales.

Sur les trois clubs français éliminés ces derniers jours, deux peuvent vraiment nourrir des regrets. L’OM et le PSG ont été sortis par pas forcément plus forts qu’eux. Le plus déçu reste le club parisien qui a dominé Benfica aussi bien lors du match aller que du match retour, mais sans réussir à n’en remporter aucun. Il faut dire qu’avec des deux avant-centres capables de rater des occasions à deux mètres cinquante du but et un gardien déjà légendaire (et pas pour de bonnes raisons), Paris a vraiment donné le bâton pour se faire battre. Et à ce niveau, ça ne pardonne pas, même si en face, ce n’était ni Manchester et encore moins le Real Madrid.

Car si Marseille peut s’en vouloir, la faute en revient à son adversaire qui a affiché une médiocrité désolante à la lecture de son effectif. Mais voilà, en football, les individualités peuvent masquer bien des failles collectives. L’OM s’est crée plus d’occasions que Manchester, mais avec une efficacité nettement inférieure. La raison en est simple, elle tient en la qualité individuelle de leurs attaquants respectifs.

Lyon quant à lui doit simplement admettre qu’il était moins fort que le Real Madrid, aussi bien individuellement que collectivement. Bien sûr, on peut empiler les « et si » tant qu’on voudra, il n’en restera pas moins que les Lyonnais n’avaient pas vraiment les moyens d’inquiéter réellement les Madrilènes. Si ce scénario rappelle celui de la demi-finale de l’année dernière contre le Bayern, la différence de niveau était cette fois bien plus nette, pour ne pas dire insurmontable.

Il ne nous reste donc plus que le championnat pour vibrer devant des clubs français. Cela tombe bien, il est passionnant cette année. Et ce week-end, c’est OM-PSG ! Voilà de quoi nous consoler !

UNE PURE AFFAIRE : Un peu mou du genou

unepureaffaireaffiche

unepureaffaireafficheFrançois Damiens est devenu mon héros. Déjà en étant un excellent acteur, mais surtout en étant le seul à surnager lors de la dernière cérémonie des Césars, où il a réussi, contrairement à tous ses collègues, à nous faire rire. Visiblement, le salut du cinéma français vient de Belgique ! J’étais donc très heureux de le retrouver à l’affiche d’une comédie française, Une Pure Affaire. Malheureusement, il y est largement sous-utilisé dans un film qui ne décolle jamais vraiment.

David Pelame rêvait d’être Gandhi. Au final, à 40 ans, il n’est qu’un avocat sans envergure et une vie de couple qui n’atteint plus guère de sommets. Son seul bonheur, fumer en cachette pendant qu’il promène son chien. D’ailleurs, un soir, cette activité le conduit à récupérer un sac contenant une quantité non négligeable de cocaïne et un téléphone portable qui n’arrête pas de sonner. Au bout du fil, des clients attendant d’être ravitaillés. David est alors tenté de vendre la drogue et de changer de vie grâce à l’argent ainsi gagné.

Une Pure Affaire est un film sympathique, amusant, agréable, mais jamais vraiment drôle. La seule scène vraiment comique, celle où David se creuse la tête pour enregistrer un nouveau message pour le répondeur du portable, a été vu mille fois dans la bande-annonce. Cela pourrait ne pas constituer un problème si la présence de François Damiens à l’affiche ne nous faisait espérer autre chose. On connaît le potentiel comique de cet acteur et il est loin d’être pleinement exploité.

Alors bien sûr, il est parfaitement convaincant dans ce rôle de loser sympathique qui s’improvise dealer. Il nous fait d’ailleurs entrapercevoir bien des moyens de valoriser son immense talent ailleurs que dans la pure comédie. Mais voilà, Une Pure Affaire joue dans ce registre, car ce n’est pas les aspects érosion de la vie de couple ou ravage de la drogue qui lui confère le moindre intérêt. Alexandre Coffre cherche à nous faire rire et n’y réussit qu’à moitié.

Une Pure Affaire manque de rien en particulier, mais aussi d’un peu de tout. De rythme, de fantaisie, d’imagination, d’esprit de provocation et de transgression… Alexandre Coffre n’ose pas aller totalement au bout de ses idées, ne lâche jamais les chevaux. On s’attend à une montée en puissance qui ne vient jamais vraiment. Le film reste sur son traintrain qui garde l’attention du spectateur, mais ne l’enthousiasme jamais vraiment.

unepureaffaireJe lui reconnais cependant une grande maîtrise et un vrai talent dans la direction d’acteurs. Jamais son film ne part en sucette, ce qui arrive trop souvent dans les comédies. L’intrigue avance toujours et ne se voit jamais ralenti par des numéros de cabotinage lourdingue. Pour cela peut constituer un divertissement agréable lors d’une soirée pluvieuse passée devant la télé. Mais pour le grand écran, c’est un peu juste.

Si j’ai déjà évoqué la belle, mais un rien frustrante, performance de François Damiens, un mot tout de même sur les autres acteurs à l’affiche. Dans le rôle de son épouse, Pascale Arbillot est vraiment parfaite. C’est d’ailleurs sans doute elle le personnage le plus intéressant et même parfois le plus drôle. Dans le rôle du méchant, Gilles Cohen confirme qu’il est un des tous meilleurs seconds rôles français.

Une Pure Affaire constitue donc une comédie sympathique, mais assez moyenne. Un film non indispensable, mais qui peut se laisser voir à l’occasion.

Fiche technique :
Titre : Une Pure Affaire
Réalisation : Alexandre Coffre
Scénario : Alexandre Coffre d’après la nouvelle Powder de Matthew Kneale
Photographie : Guillaume Desfontaines
Montage : Sophie Fourdrinoy
Musique : Erice Neveux
Durée : 88 minutes

Casting :
François Damiens : David Pelame
Pascale Arbillot : Christine Pelame
Laurent Lafitte : Brice Teller
Gilles Cohen : Patron
Didier Flamand : Michel
Nicolas Marié : Philippe Dalambert
Aurélie Matéo : Actrice

NUCLEAIRE, L’IMPOSSIBLE DEBAT

fukushima

fukushimaLes yeux du monde entier sont braqués vers la centrale nucléaire de Fukushima, qui nous offre un feuilleton assez morbide, dont on espère évidemment un dénouement le moins dramatique possible. Le spectre d’un incident nucléaire majeur plane sur un monde, qui ne pensais pas qu’un nouveau Tchernobyl soit possible. Si on n’en est pas encore là, les évènements de ces derniers jours ont évidemment ravivé de plus belle les débats autour du nucléaire.

Enfin débat, c’est vite dit. Car en la matière, on se situe dans le domaine de l’échange, parfois violent, d’opinions plus ou moins tranchées, mais toujours passionnelles. Ce genre de thématique attire tous les extrémistes et les illuminés de tout poil comme des mouches sur du miel. Sans parler des Verts qui font tout pour surfer sur cette vague à quelques jours des élections cantonales. Ah si, Fukushima pouvait être un second « Home », voilà qui ferait plaisir aux amis de Cécile Duflot !

Le problème, c’est dans le camps d’en face, c’est guère plus convaincant. Car le nucléaire souffre d’un lourd handicap qui empêche quasiment tout débat réellement objectif. En effet, qui possède une réelle connaissance complète et absolue du fonctionnement et de l’état des centrales de notre pays si ce n’est EDF, et uniquement EDF ? Vous pouvez créer tous les organismes de contrôle que vous voudrez, une centrale nucléaire n’est pas une voiture fabriquée en série que l’on peut emmener chez n’importe quel garagiste pour la démonter et en tester la fiabilité ! Il y a bien sûr tout un tas d’experts et de scientifiques indépendants, mais voici un domaine tellement pointu qu’on a vite fait de les soupçonner de collusion. Mais sans cela, comment pouvons-nous être sûr qu’ils aient réellement accès à toute l’information détenue par un seul acteur gestionnaire de toutes les centrales ?

La question de l’opportunité de conserver le nucléaire comme principale source d’énergie est une vraie question, à laquelle personne ne répondra jamais pour de bon. Les débats resteront passionnels à jamais et, comme pour le loup, les OGM ou l’arbitrage-vidéo, totalement inutiles et inintéressants. Que faire alors ? Faire confiance à EDF pour assurer notre sécurité ? Se résigner puisque de toute façon, paraît-il, on n’a pas le choix ? Avoir conscience du danger mais se dire que c’est un mal pour un bien, notamment du fait que le nucléaire ne contribue pas au réchauffement climatique ?

Le seul moyen d’en finir avec ces questions serait tout simplement de les éliminer. En effet, ces polémiques sans fin devraient nous convaincre définitivement qu’il n’y a qu’une seule politique énergétique viable à long terme : les économies ! Si l’humanité était moins énergivore, elle ne serait plus en situation de stress constant pour l’accès aux sources d’énergie, elle pourrait choisir laquelle choisir sans risquer la pénurie. La Terre nous remercierait et notre monde ne s’en porterait que mieux.

Alors quand est-ce que mon propriétaire commence les travaux d’isolation chez moi ? Jamais ? Bon bah, les débats passionnés sur le nucléaire ont de beaux jours devant eux.

BROTHERS : Pièges évités pour un film poignant

brothersaffiche

brothersafficheDans la série des films que je pensais ne jamais voir, voici Brothers. En effet, la bande-annonce, vue maintes fois, ne me faisait pas du tout envie. Mais bon, à force d’un bouche à oreille favorable, j’ai profité de son passage sur Canal+ pour lui donner sa chance. Grâce à cette merveilleuse invention qu’est Canal+ à la Demande (la meilleure depuis l’écriture et la roue, à mon humble avis), j’ai pu apprécier ce film remarquable à bien des points de vue.

Sam Cahill repart pour une nouvelle mission en Afghanistan, quand sa femme et ses deux enfants aimeraient le voir rester à la maison. Il est le modèle de la famille, à l’opposé de son frère Tommy qui sort tout juste de prison. Mais ce dernier sera le premier soutien de son foyer quand sa mort leur est annoncée. Une relation de plus en plus ambiguë nait entre le frère et sa belle-sœur. Seulement, Sam est en fait bien vivant, prisonnier au fond du désert et prêt à tout pour retrouver les siens.

Quand je relis le synopsis, je me dis à nouveau que cette histoire ne fait pas du tout envie. Il y a bien sûr un vrai potentiel pour un récit poignant et fort, mais surtout des dizaines de raisons de tomber dans un pathos et une morale lourdingues, voire écœurantes, comme le cinéma hollywoodien nous en livre parfois. Sauf que Brothers est issu du cinéma américain indépendant et ce pari incroyablement risqué est réussi avec un étonnant talent par Jim Sheridan, un cinéaste polyvalent (réalisateur, producteur parfois acteur). Ce dernier est aussi un habitué des films portant sur les blessures laissées par la guerre, puisqu’il est l’auteur notamment de Au Nom du Père, le film qui avait révélé Daniel Day-Lewis et traitait, avec force, des traces laissés par la guerre civile irlandaise.

Les sujets abordés par Brothers sont nombreux : traumatisme de la guerre, rapports familiaux, jalousie, deuil… Bref que des choses réjouissantes, mais qui sont au final traités avec beaucoup d’intelligence et de finesse. Cette diversité des thèmes est sans doute une grande force, car elle empêche le film de s’appesantir sur un d’eux. L’intrigue rebondit constamment, sans nuire à la profondeur du propos. Il y a vraiment un travail remarquable dans l’écriture du scénario… qui est issu d’un film sorti 5 ans plus tôt, puisque ce film est un remake.

Jim Sheridan a vraiment su garder une certaine retenue pour rester crédible. Encore une fois, la tentation a du être grande d’en rajouter trois ou quatre couches supplémentaires, de faire sonner les violons ou au contraire d’affubler cette histoire d’une noirceur hors de propos. Rien de tout ça au final. On pourrait même reprocher à Brothers de ne pas aller assez loin, de ne pas cherche à prendre le spectateur aux tripes plus profondément. Du coup, il est vrai que le dénouement, sans être prévisible, n’est pas foncièrement surprenant. Mais cet aspect « ordinaire » rend sans doute le film plus touchant, facilitant ainsi une possible identification.

brothersBrothers constitue surtout son plus beau rôle pour un acteur qu’on attendait pas à ce niveau. Tobey Maguire absolument époustouflant. J’ai beau être fan des Spiderman de Sam Raimi, je dois bien avouer que l’interprète de l’homme araignée n’y avait pas offert des numéros d’acteur bouleversants. Pourtant c’est bien le cas ici, où il signe une performance tout en subtilité et en maîtrise, dans un rôle pourtant assez dur. A ses côtés, Jake Gyllenhaal est lui aussi remarquable, même si son rôle est nettement plus abordable. De plus, on connaît depuis longtemps son talent tout terrain qui s’exprime aussi bien dans un film intimiste que dans une grosse production hollywoodienne. Enfin, Natalie Porman donnait ici les prémisses d’un talent réellement révélé par The Black Swan.

Brothers est donc un film particulièrement émouvant et qui évite tous les pièges dans lesquels il aurait pu tomber. Un film intelligent et puissant, où la tension ne faiblit jamais.

Fiche technique :
Production : Relativity Media, Lionsgate
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Jim Sheridan
Scénario : David Benioff, d’après le film Brode de Susan Bier
Montage : Jay Cassidy
Photo : Frederick Elmes
Décors : Tony Fanning
Musique : Thomas Newman
Durée : 105 mn

Casting :
Tobey Maguire : Sam Cahill
Jake Gyllenhaal : Tommy Cahill
Natalie Portman : Grace Cahill
Sam Shepard : Hank Cahill
Omid Abtahi : Yusuf
Clifton Collins Jr : Major Cavazos

TU AS VOTE ? PAS LA PEINE, J’AI ETE SONDE…

sondage

sondageSéisme dans le monde politique ! Emoi dans l’opinion ! Des dizaines de unes ! Quel est donc l’évènement qui peut prendre une telle ampleur médiatique ? Nicolas Sarkozy démissionne ? François Fillon a vendu des secrets industriels à la Chine ? Martine Aubry a une fille cachée avec Ségolène Royal ? Non, rien de tout ça. Un sondage a donné Marine Le Pen en tête au premier tour de l’élection présidentielle…

Ah les sondages ! Voilà une merveilleuse invention pour noircir et vendre du papier à partir d’à peu près rien d’intéressant. Surtout quand on pose des questions aussi absurdes. On ne connaît pas les candidats, la campagne n’a évidemment pas commencé et on débat déjà sans fin des chances des uns et des autres. C’est tout simplement ridicule, inutile, si ce n’est dangereux. En tout cas, c’est le signe d’un dysfonctionnement grave du fonctionnement démocratique de notre pays.

D’ici l’élection de 2012, de nombreuses lois seront votées, des décisions seront prises, bref, le pays va continuer à fonctionner. Bien sûr, les années préélectorale sont rarement celles des grandes réformes. Mais toute de même, il y a pour l’heure encore des débats dans nos instances démocratiques nationales ou locales bien plus intéressants à mener et d’autres choses à commenter que ces sondages d’opinion concernant la prochaine élection…

Prochaine ? Bah non pas vraiment ! Le plus consternant dans tout ça, et le plus inquiétant surtout, c’est que cette agitation est survenue à quinze jours d’une élection dont personne ne se donne la peine de parler. Alors certes, les élections cantonales multiplient les handicaps. Elles ne concernent ce coup-ci que 50% du territoire et ne sont couplées à aucune autre élection. Rien que leur nom est un appel à l’abstention : des élections cantonales pour élire des conseillers généraux qui définissent la politique du département… Il s’agirait d’élections départementales pour élire des conseillers départementaux, le citoyen lambda se sentirait déjà peut-être plus concerné.

Ceci est révélateur d’un fonctionnement en cercle de plus en plus fermé du monde médiatique. Personne ne cherche plus à savoir si ce dont on parle correspond à une réalité quotidienne, seule la place qu’elle occupe dans les médias comptent. La politique devient un peu comme le TOP 50, où parce qu’un disque arrivait à être numéro 1 une semaine, il voyait ses ventes augmenter d’un coup la semaine suivante, quelque soit sa qualité réelle. Les médias prétendent nous parler de politique, mais sans se préoccuper de pour qui les citoyens vont vraiment voter dans une semaine. Comme si l’urne était devenue ringarde, et seule comptait ce qu’exprime ceux qui s’adressent directement aux médias, via les instituts de sondage. Les médias ne cherchent plus à commenter l’actualité, ils la font, pour ne pas dire qu’ils l’inventent.

Alors évidemment, on est face à un serpent qui se mord la queue. Les médias ne parlent pas d’une élection pourtant cruciale pour la protection sociale dont la plupart des composantes sont désormais sous la responsabilité des Conseils Généraux. Du coup, cela ne passionne guère les foules. Et en retour, cela n’incite pas les journaux à leur faire plus de place, de peur de faire fuir le lecteur, au profit de l’Auto Magazine ou de Voici. L’abstention s’annonce record et c’est une triste nouvelle pour notre démocratie.

Ce battage médiatique déplacé signe un nouveau triomphe de la politique spectacle, où seules les personnalités ont leur place et non plus les idées. A qui la faute ? C’est un vaste débat, car tout cela s’autoentretient de manière fort inquiétante. Mais encore une fois, le dernier mot revient toujours au même acteur, le seul qui possède réellement le pouvoir, qu’il veuille ou non : l’électeur !

WINTER’S BONE : Là où vous ne passerez pas vos vacances

wintersboneaffiche

wintersboneafficheVous pensez avoir une vie de merde ? Vous trouvez que les gens qui vous entourent ne sont ni intéressants, ni sympathiques, ni très fréquentables ? Vous estimez que l’endroit où vous habitez est un trou sans fond duquel il est dur de sortir ? Et bien, venez rencontrer la jeune Ree Dolly, héroïne du film Winter’s Bone, sorti en catimini en France, mais nominé pour l’Oscar du meilleur film cette année. Vous changerez sûrement alors d’avis et surtout vous aurez l’occasion de voir un excellent film.

Ree Dolly a 17 ans, habite au fin fond du fond du Missouri, et tient sa famille à bout de bras. Sa mère malade ne peut guère l’aider à prendre soin de son petit frère et sa petite sœur. Elle est sans nouvelle de son père, jusqu’au jour où on vient lui annoncer qu’il a mis en gage leur maison pour payer sa caution et sortir de prison, en attendant son jugement pour trafic de drogue. Et s’il ne se présente pas à ce dernier, elle sera alors saisie. La jeune Ree décide donc alors de le retrouver pour ne pas finir à la rue avec sa famille. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que la population locale ne se montre pas très coopérative.

Winter’s Bone est un vrai et beau film noir. Si la première demi-heure donne à penser qu’il s’agit plutôt d’un film social, sur la misère financière (et disons-le intellectuelle) de l’Amérique tellement profonde qu’on a du mal à croire qu’elle existe, l’heure qui suit nous plonge en plein polar parfois dur, parfois violent, mais jamais inutilement spectaculaire. Rassurez-vous, la jeune fille ne finit pas par venger son père en tuant tous les dealers locaux à grands coups de mitraillette. Il s’agit avant tout d’un vrai film de personnages, mais porté par une véritable intrigue, dont on attend avec impatience de connaître le fin mot.

Un personnage domine largement les autres dans Winter’s Bone. Il s’agit bien sûr de l’héroïne principale dont le courage et la détermination sont inversement proportionnels à son âge et son gabarit, plutôt frêle. Elle est particulièrement attachante, par l’admiration qu’elle force, face à des évènements et circonstances plutôt défavorables. Un vrai combat auquel on a particulièrement envie de contribuer. Bref, on entre vraiment de plus en plus dans l’histoire au fur et à mesure que celle-ci s’accélère.

Winter’s Bone est donc un excellent film noir dans un contexte et avec des protagonistes quelques peu inattendus. Cette plongée dans une Amérique profonde qui disons-le fait vraiment peur contribue évidemment également à l’intérêt de ce film, en lui conférant un certain « exotisme ». Des personnages terrifiants qui hantent un monde sauvage, où la loi du plus fort règne en maître. Un monde où votre voisin cherchera bien plus souvent à assurer sa propre survie qu’à vous aider. La jeune Ree semble bien frêle pour frayer son chemin dans un tel contexte, mais c’est justement ce qui rend son histoire aussi admirable.

wintersboneWinter’s Bone est une histoire de femmes. Debra Granik signe là un second long-métrage (le premier distribué en France) réellement remarquable et surtout superbement réalisé. Une nomination aux Oscars amplement méritée pour un film qui souffre simplement d’un léger manque de rythme dans la première demi-heure. On atteint jamais un rythme effréné, car sa caméra s’attache toujours à nous montrer avec précision l’environnement dans lequel le film se déroule. Mais il y a une vraie élégance dans la photographie et comme tout film noir, l’ambiance générale l’emporte largement sur l’action.

Autre nominée aux Oscar, la jeune Jennifer Lawrence, que l’on avait pu découvrir en 2009 dans le très beau Loin de la Terre Brûlée, pour lequel elle avait reçu un prix à la Mostra de Venise. Un tel palmarès à 20 ans, ce n’est pas donné à tout le monde et on espère la revoir longtemps à l’écran. Sa performance est à l’image de Winter’s Bone. Pas forcément spectaculaire, mais d’une justesse remarquable. Un mot tout de même, sur un troisième nominé, en la personne de John Hawkes, que les amateurs de la série Deadwood seront heureux de retrouver enfin sur grand écran. Surtout que c’est là une vraie réussite.

La dernière nomination de Winter’s Bone était pour l’Oscar du meilleur scénario. Cela résume très bien la qualité de ce film parfois vraiment noir, mais réalisé avec une sensibilité et une élégance toute féminines.

Fiche technique :
Production : Anonymous Content, Winter’s Bone productions
Distribution : Pretty Pictures
Réalisation : Debra Granik
Scénario : Debra Granik, Anne Rossellini, d’après le roman de Daniel Woodrell
Montage : Affonso Gonçalves
Photo : Michael McDonough
Décors : Mark White
Musique : Dickon Hinchliffe
Durée : 100 mn

Casting :
Jennifer Lawrence : Ree
John Hawkes : Teardrop
Kevin Nrezhnahan : Little Arthur
Dale Dickey : Merab
Garret Dillahunt : le Sheriff
Shreyl Lee : April
Lauren Sweetser : Gail

DESTINS CROISES

arsenalbarcelone

arsenalbarceloneCette semaine sportive nous a permis de voir comme le destin d’une équipe peut différer de celui d’une autre. Certes, la qualité individuelle des joueurs qui les composent joue un rôle important, mais il y a toujours quelque chose de plus. Quelque chose d’inexplicable et d’intangible, qui sublime la somme des partis, ou au contraire la minore.

D’un côté, le FC Barcelone. Une équipe comme on en voit pas dix par siècle. Le niveau affiché ce mardi contre Arsenal a atteint des sommets normalement inaccessibles pour une collectif composé d’êtres humains. Iniesta, Xavi et Messi le sont pourtant (quoique certains doutent en ce qui concerne le petit Argentin), mais les voir aligner 724 passes, contre 119 à leurs adversaires a constitué un spectacle hors du commun. Les Londoniens n’ont jamais pu tirer une seule fois au but, ce qui n’était encore jamais arrivé à aucune équipe cette saison que ce soit en Coupe d’Europe, mais même dans les 5 principaux championnats (Allemagne, Angleterre, Espagne, France et Italie). Des chiffres qui donnent le tournis et qui semblent issus d’un carton du Brésil contre le Liechtenstein.

Et pourtant, j’ai été le premier à crier à l’injustice lorsque l’arbitre a décidé d’expulser bêtement Van Persie pour une broutille. Ceci ajouté à l’occasion en fin de match de Bendtner, on ne peut s’empêcher de penser qu’Arsenal n’est pas passé si loin d’une qualification qui n’aurait pas été si imméritée que que ça, au vu du courage affiché par cette équipe. C’est aussi ce qui rend le football incomparable car dans tous les autres sports possibles et imaginables, un tel écart statistique n’aurait pu que se concrétiser que par une écrasante victoire.

Cela aurait été notamment le cas au rugby. Il suffit de voir les scores en Coupe du Monde entre les nations majeures et les « petites » équipes. Cela sera très certainement encore le cas à l’automne prochain en Nouvelle-Zélande. Mais au vu de leur prestation de ce samedi, il n’est pas sûr que le XV de France fasse encore partie des équipes capables de cartonner qui que ce soit. La défaite pathétique contre l’Italie ne fait que confirmer les inquiétudes à son sujet. Rien ne fonctionne et pire, rien ne s’améliore au fil des matchs.

italiefranceLa qualité individuelle des joueurs n’est pourtant pas forcément en cause. La France compte sûrement le réservoir d’internationaux en puissance le plus étoffé au monde. D’ailleurs, on ne pourra pas reprocher à Marc Lièvremont de ne pas avoir donné sa chance à assez de monde, tant les changements furent continuels et incessants. C’est d’ailleurs peut-être là que réside le fond du problème, mais si une explication rationnelle et irréfutable existait, on aurait déjà remédié aux difficultés rencontrées et les Bleus auraient déjà récupéré le niveau de jeu qui devrait être le leur.

Alors certes, le XV de France n’a pas de Messi (sans mauvais jeu de mots), mais la différence de réussite entre Barcelone et l’équipe tricolore ne peut se résumer à cela. Peut-être d’ailleurs qu’elle ne peut pas se résumer du tout. Et peut-être que Barcelone ne gagnera pas la Ligue des Champions alors que les Bleus seront sacrés champions du Monde, qui sait ! Et c’est ça qui est bon !

NEVER LET ME GO : Mort, amour et don d’organes

neverletmegoaffiche

neverletmegoafficheLorsque l’on pense science-fiction, on pense souvent à un futur, plus ou moins proche, plus ou moins imaginaire. Plus rares sont les œuvres de ce genre se déroulant dans…le passé. C’est pourtant le cas de Never Let Me Go. Un film qui nous décrit ce qu’aurait pu être notre société si certains progrès de la médecine avait été réalisés dans le courant des années 60. Un film élégant et sensible, mais qui peine parfois à trouver un ton juste.

Kathy, Tommy et Ruth sont amis depuis leur plus tendre enfance. Une enfance qu’ils ont passé dans une institution un peu spéciale. En effet, ils sont, comme tous les autres enfants qui les accompagnaient, destinés, une fois adultes, à donner leurs organes pour prolonger la vie des gens « normaux », avec qui ils ont peu de contact. Une existence qu’ils savent brèves, mais qui ne les empêchent pas de ressentir les mêmes sentiments amoureux que n’importe qui.

Mark Romanek signe avec Never Let Me Go son deuxième film, près de 10 ans après Photo Obsession, où il avait offert à Robin Williams un de ses rôles les plus étonnants. Il signe à nouveau une œuvre assez inclassable, qui brise les barrières entre les genres. Mélo ou film de science-fiction, réflexion sur la bioéthique ou triangle amoureux adolescent ? Ce film est à la fois tout ça, sans être réellement aucun de ces stéréotypes. Du coup, on se sent parfois un peu perdu et déboussolé. Je comprends très bien que ce film ait eu du mal à trouver un public et qu’il ait provoqué des réactions assez contrastées.

Du coup, il est tentant de reprocher à Never Let Me Go de n’aller au bout d’aucune des idées qu’il amorce. C’est en grande partie vraie et parfois un peu frustrant. C’est d’ailleurs la principale limite de ce film qui n’a incontestablement pas su tirer le maximum de son potentiel. Mark Romanek a une certaine retenue, pour ne pas dire une retenue certaine. Mais à l’inverse, peut-être que cela rend le propos d’autant plus effrayant. On peut être choqué, énervé ou déçu face à la résignation des personnages face à leur sort. Mais leur comportement est-il si éloigné de celui qu’ils auraient eu dans la réalité ?

neverletmegoReste alors les sentiments amoureux entre les trois personnages. Ils forment réellement le corps de Never Let Me Go. Mais comme souvent dans ce cas-là, de notre attachement aux protagonistes dépend notre attachement au film tout entier. Si on n’aime pas Kathy, Tommy et Ruth, on n’aimera pas leur histoire. Et là encore, Mark Romanek a choisi la retenue. Leur histoire est au fond ordinaire, pour ne pas dire médiocre et mesquine, quand on pourrait s’attendre à une histoire passionnée et romanesque au vu des circonstances exceptionnelles. Il n’en est rien, mais cela ne rend pas moins attristant de les voir marcher ainsi vers une mort certaine. Au contraire, cela rend d’autant plus monstrueux l’indifférence à leur égard, alors qu’on peut si facilement se sentir proche d’eux.

Never Let Me Go est filmé avec beaucoup d’élégance par Mark Romanek. Si les rapports entre les personnages peuvent apparaître trop superficiels, le travail de photographie est lui empli d’une sensibilité remarquable, qui met parfaitement en valeur, le trio Carey Mulligan, Andrez Garfield et Keira Knightley. On pourra reprocher à leur jeu la même retenue que chez le metteur en scène, mais au moins ils sont à l’unisson du ton général de ce film. Une belle performance de mon point de vue, en tout cas d’une grande justesse.

Never Let Me Go est donc un film élégant et inhabituel. Quelque peu frustrant aussi. Mark Romanek n’a peut-être pas été au bout de toutes ses idées, mais il les a traité avec une délicatesse, qui nous amène à nous interroger sur notre capacité de révolte… et d’indifférence.

Fiche technique :
Production : Fox Searchlight pictures, DNA Films, Film4
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Mark Romanek
Scénario : Alex Garland, d’après le roman de Kazuo Ishiguro
Montage : Barney Pilling
Photo : Adam Kimmel
Décors : Mark Digby
Musique : Rachel Portman
Durée : 108 mn

Casting :
Carey Mulligan : Kathy
Andrew Garfield : Tommy
Keira Knightley : Ruth
Isobel Meikle-Smal : Kathy enfant
Charlie Rowe : Tommy enfant
Ella Purnell : Ruth enfant
Charlotte Rampling : Miss Emily
Sally Hawkins : Miss Lucy
Nathalie Rochard : Madame

127 HEURES : Danny Boyle reste au sommet en nous emmenant au fond du trou

127heuresaffiche

127heuresafficheDanny Boyle avait connu la consécration en 2008 en raflant pas moins de 8 Oscars avec son Slumdog millionnaire (dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur). Il fait désormais parti des cinéastes qui comptent et dont chaque nouvelle œuvre sera attendue et disséquée par tous les cinéphiles. Le revoilà donc avec 127 heures, tiré d’une histoire vraie et qui lui a valu une nouvelle nomination pour l’Oscar du meilleur film. Il ne l’a pas remporté et c’est logique, malgré beaucoup de qualités. Car on compte aussi quelques défauts.

Aron Ralston est un randonneur invétéré, un peu barré et qui a surtout la fâcheuse habitude de partir sans dire à personne où il va. Cela contribue certainement à son sentiment de liberté, mais un beau jour, cela n’a pas été sans lui poser problème. Le jour où il s’est retrouvé au fond d’une crevasse, le bras coincé pas un bloc de pierre, sans moyen de se libérer, ni d’appeler du secours.

Le 7ème art nous avait déjà offert l’année dernière un beau moment de claustrophobie avec Buried, où un homme passait 1h30 enfermé dans un cercueil. Cette fois-l’espace est un peu plus large, mais à peine. Le défi reste cependant le même : comment raconter une histoire maintenant l’intérêt du spectateur de bout en bout sans que le personnage principal ne puisse se déplacer ? Mais voilà un challenge qui n’allait pas faire peur à un cinéaste aussi doué que Danny Boyle.

127 heures nous permet de retrouver toutes les facettes du talent du réalisateur britannique : tout d’abord un sens esthétique évident. Il fait partie avec Daren Aronofsky ou Gaspard Noe de ceux sachant le mieux exprimer des sentiments en jouant sur les couleurs, l’éclairage ou les angles de caméra les plus improbables. Dans ce film, il en joue surtout pour nous montrer comment Aron Ralston alterne les moments de lucidité, où il cherche sérieusement un moyen de s’en sortir, et les périodes où la folie guette. Le décor reste évidemment toujours le même, mais nous est montré à chaque fois de manière très différente, nous faisant partager ainsi avec force les moments d’espoir et de désespoir.

127 est un film visuellement imaginatif, mais aussi visuellement dur par moment. Danny Boyle ne cherche jamais le gore spectaculaire superflu, mais nous montre les choses de manière réaliste. Et vous imaginez bien que pour survivre et s’en sortir, le personnage est parfois réduit à certaines extrémités. On en frissonne parfois, d’autant plus que l’on sait que tout cela a réellement été vécu par le vrai Aron Ralston. D’ailleurs, si cette histoire n’était pas une histoire vraie, elle perdrait certaintement énormément de son intérêt et prêterait même quelque peu à sourire.

127heuresDanny Boyle nous prouve encore sa faculté à utiliser toujours à propos des titres musicaux déjà connus (sans être Kubrick ou Tarantino tout de même). On s’amusera notamment d’entendre résonner « Ca plane pour Moi » de Plastic Bertrand. Mais dans 127 Heures, elle écrase parfois le travail visuel, qui s’apparente du coup par moment plus à clip vidéo qu’à une œuvre cinématographique. C’est sans doute là la plus grande limite de ce film. Danny Boyle en fait parfois un peu trop, manquant de subtilité. Bien sûr filmer un personnage coincé au fond d’une crevasse pendant une bonne heure demande d’y mettre les grands moyens pour maintenir l’attention du spectateur, mais le résultat ressemble parfois à une exercice de style, où la forme prime trop sur le fond. Mais heureusement, les moments où le spectateur est fasciné et partage les émotions du personnage dominent largement.

L’émotion est également largement véhiculée par la performance de James Franco, qui tient là son premier grand rôle. Pourtant le défi était de taille, car rarement un acteur aura eu droit à autant de gros plans dans un seul film. Il se doit d’exprimer tour à tour la surprise, la peur, l’espoir, la folie, le désespoir…, le tout sans pouvoir réellement bouger. Tout passe donc par la voix et les expressions du visage. Et James Franco s’en sort merveilleusement bien.

127 Heures est donc un film racontant remarquablement bien une histoire dont il était difficile d’imaginer qu’on puisse en tirer un film aussi prenant. Danny Boyle confirme ainsi son statut de réalisateur majeur au style affirmé. Peut-être un peu trop parfois…

Fiche technique :
Production : Pathé, Darlow Smithson Productions, Everest Entertainment, Cloud Eight Films, Dune Entertainment III
Distribution : Pathé Distribution
Réalisation : Danny Boyle
Scénario : Danny Boyle, Simon Beaufoy
Montage : Jon Harris
Photo : Enrique Chediak, Anthony Dod Mantle
Son : Glenn Freemantle
Musique : A.R. Rahman
D’après l’oeuvre d’Aron Ralston
Durée : 94 mn

Casting :
James Franco : Aron Ralston
Amber Tamblyn : Megan
Kate Mara : Kristi
Clémence Poésy : Rana