Dans la série des groupes que je connais sans vraiment connaître, voici The Cure. Bien sûr, leurs singles les plus célèbres me sont relativement familiers et j’ai même eu l’occasion de les voir en concert, un été à la Route du Rock, à St Malo. Bon, on est parti avant la fin, mais personnellement, je serais bien resté jusqu’au bout… Enfin bref, je ne suis pas là pour raconter ma vie, mais pour vous parler de 4:13 Dream, leur 13ème album, sorti en 2008.
C’est donc avec une certaine curiosité que je me suis lancé à l’écoute de cet album dont je ne savais pas grand chose, puisqu’aucun single n’a vraiment occupé les ondes radiophoniques de notre beau pays. J’avais un peu peur que la plupart des morceaux se ressemblent tous plus ou moins, car je dois admettre que c’est un peu l’impression qu’avait donné le demi-concert auquel j’ai eu l’occasion d’assister. A ma grande satisfaction, il n’en est rien.
Bien sûr, on retrouve sur 4:13 quelques titres qui ont un fort air de famille avec Boys don’t Cry ou In Between Days. Un rock auquel la voix de Robert Smith apporte sa personnalité unique, à la fois mélodique et terriblement énergique. Mais beaucoup de titres s’en éloigne quelque peu. Bon, ils ne vont pas très loin, on reste dans le même registre, mais on échappe complètement à cette impression de titres qui s’enchaînent avec monotonie. L’attention de l’auditeur est toujours maintenue et on attend toujours de savoir ce qui nous réserve le prochain morceau.
4:13 nous fait par contre bien sentir que l’on est face à un groupe qui maîtrise parfaitement son sujet. Quand on tourne depuis si longtemps qu’eux et quand on signe son 13ème album, il est évident qu’il devient difficile de sortir quelque chose de radicalement nouveau. Comme je l’ai dit, je ne suis pas un grand spécialiste de The Cure, alors je suis très mal placé pour comparer cet album aux précédents. Cependant, on sent ici une grande maîtrise, plutôt qu’une créativité débridée. Mais on ne connaît pas une telle carrière sans assez de talent pour que cela ne constitue pas un problème en soi, surtout pour ceux comme moi qui ne connaissent pas déjà par cœur le reste de leur discographie.
4:13 Dream est relativement homogène en qualité. Un ou deux titres, un peu plus brouillon, passent un peu moins bien, mais tous le reste s’écoute avec un grand plaisir. Il manque sans doute un ou deux singles vraiment remarquable pour cet album prenne une autre dimension. The Cure aura peut-être du mal à signer à nouveau des titres aussi légendaires que leurs plus grands classiques, mais cet album prouve qu’ils en ont encore sous la semelle. D’un point de vue créatif, ils sont sans doute quelque peu en roue libre, mais affiche un niveau qui ferait pâlir de jalousie bien des jeunes groupes aux dents longues.
4:13 Dream me fait donc mieux comprendre comment The Cure a réussi à devenir un groupe aussi mythique de l’histoire du rock. Il me donne envie de me plonger dans leurs premiers albums, ceux qui ont réellement fait leur légende. Pour en signer un 13ème de cette qualité, ils doivent avoir forcément atteint des sommets encore plus élevés précédemment.
Pour finir, faisons le tour des titres de cet album.
1.: Underneath The Stars Une longue introduction psychédélique et planante.
2.: Only One Un morceau plus énergie mais qui ne décolle jamais vraiment.
3.: Reasons Why Un titre plus rock, la voix de Robert Smith se fait plus claire. Du bon Cure !
4.: Freakshow Un morceau un peu déjanté, mais où le groupe garde néanmoins une grand maîtrise, pour un résultat pas mal du tout.
5.: Sirensong Une chanson plus calme, presque une ballade, très agréable en tout cas.
6.: Real Snow White Un morceau pop-rock correct mais sans plus.
7.: Hungry Ghost Un titre chanté comme s’il s’agissait d’un titre punk, mais avec une instrumentation plutôt psychédélique. On trouve ici toute l’originalité du son de The Cure.
8.: Switch Un morceau plus brouillon, mais l’énergie compense largement.
9.: Perfect Boy Un titre rock classique, mais très bon.
10.: This Here And Now With You Un titre quelque peu psychédélique, mais pas terrible ce coup-ci.
11.: Sleep When I’m Dead Un morceau rock classique, parfaitement maîtrisé et encore une fois très bon.
12.: Scream Un titre relativement plat.
13.: It’s Over Un instrumental rock psychédélique pour finir.
La crise économique que l’on vient de connaître a profondément marqué les esprits. Le débat reste ouvert sur ses conséquences à long terme et sur l’efficacité des mesures qui ont été prises pour éviter qu’elle se renouvelle. En attendant, des millions de personnes ont été frappées de plein fouet par ses effets. Si on a beaucoup parlé des classes « populaires » (dieu que ce terme est détestable !) qui ont fini à la rue, suite à la saisie de leur maison, elle a frappé dans toutes les strates de la société, même chez les cadres. C’est ce que nous raconte The Company Men.
Bobby Walker est à un peu moins de 40 ans. Cadre commercial dans une multinationale, il mène un train de vie que beaucoup lui envie et bat régulièrement son record au golf. Certes, la crise vient de passer et les licenciements se multiplient. Il est loin d’imaginer qu’il puisse un jour être concerné. C’est pourtant ce qui finit par lui arriver. Mais qu’importe, il est persuadé de retrouver rapidement un travail équivalent, vu son CV impressionnant. Alors pourquoi changer de train de vie ?
The Company Men est un film aux multiples qualités, mais recèlent aussi pas mal de faiblesses. Parmi ces dernières, un certain manque d’épaisseur dans le propos. Le film ne nous apprend rien, ne tire pas vraiment de conclusion et n’apporte rien de très nouveau. On est plus là en présence d’un témoignage que d’une réelle réflexion. Du coup, le film finit par tourner quelque peu en rond et avant que le dénouement ne redonne un peu de souffle à l’intrigue, il est vrai que le scénario comporte quelques longueurs.
Il y avait pourtant matière à donner à The Company Men une toute autre ampleur. En effet, ce qui est traité est traité avec intelligence, même si on aimerait que tout cela soit quelque peu approfondi. Il se fait un malin plaisir à démontrer la fragilité du rêve américain, sorte d’anti-success-story, prenant à contre pied le discours hollywoodien classique. Cependant, le dénouement apporte un trait d’optimisme, nous rappelant tout de même qu’il n’est pas encore tout à fait mort. C’est quelque peu cousu de fil blanc, mais au final, la fin est à l’image de ce film au sujet relativement grave, mais qui n’est au final, et c’est tant mieux, jamais plombant.
Ce qui fait finalement basculer The Company Men du côté des films réussis reste la qualité de ses personnages. Comme son titre l’indique, il ne traite pas tant des causes de la crise que de ceux qui en essuient les conséquences. Cependant, il n’y a pas au final les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Chacun d’eux doit faire face à ses propres dilemmes, partagés entre solidarité et instinct de survie. C’est là la plus grande force de ce film, même si cela renforce aussi quelque peu notre frustration puisqu’on se dit qu’avec une telle base, il y avait vraiment moyen de faire quelque chose de beaucoup plus grand.
La qualité des personnages de The Company Men est également renforcé par un casting de tout premier ordre. En tête d’affiche, Ben Affleck qui n’est définitivement pas l’acteur le plus impressionnant d’Hollywood, mais dont le charisme reste incontestable. Face à lui, deux légendes du 7ème art, Tommy Lee Jones et Kevin Costner. On est heureux de voir ce dernier qui se fait de plus en plus rare sur nos écrans. En tout cas, ce beau trio tire le film vers le haut et contribue largement au sentiment finalement positif qui en ressort.
On peut reprocher à The Company Men de ne pas être le grand film qu’il aurait pu être. John Wells a sûrement manqué d’ambition, mais le sujet était difficile. Il préserve le spectateur de l’ennui, des bons sentiments gratuits et la compassion facile. Et c’est déjà pas mal !
Fiche technique : Production : Battle Mountain films, Spring Creek productions Distribution : Gaumont distribution Réalisation : John Wells Scénario : John Wells Montage : Robert Frazen Photo : Roger Deakins Décors : David J. Bomba Musique : Aaron Zigman Durée : 104 mn
Casting : Ben Affleck : Bobby Walker Tommy Lee Jones : Gene McClary Chris Cooper : Phil Woodward Maria Bello : Sally Wilcox Kevin Costner : Jack Dolan Craig T. Nelson : James Salinger
Mon année 2011 attendait encore son premier « waouh ! » cinématographique, un film méritant la note maximale de 5 étoiles. Je l’ai refusé aussi bien à Black Swan, Le Discours d’un Roi ou encore True Grit, pour diverses raisons. Je commençais à me demander si cette année n’était pas maudite. Et puis, un éclair est venu déchiré l’obscurité. Un éclair venu d’un film dont je n’attendais pourtant pas grand chose, voire même dont je redoutais le pire. Un éclair inattendu donc, mais non pas moins brillant. Un éclair nommé Sucker Punch.
Une jeune fille est enfermée dans un hôpital psychiatrique par son beau-père, qui cherche avant tout à récupérer l’héritage qu’il convoitait. A l’aide d’une jolie somme d’argent, il la condamne à la lobotomie sous cinq jours. Mais d’ici là, elle est bien décidée à monter un plan d’évasion avec l’aide de quelques compagnes d’infortune. Un plan qu’elle va vivre entre rêve et réalité.
Zack Snyder est un réalisateur qui ne laisse pas indifférent. Ses films possèdent tous une esthétique extrêmement marquée. Du coup, si on n’accroche pas visuellement, on sent vite la nausée monter. Ainsi, ses deux œuvres principales, 300 et Watchmen, m’ont laissé des impressions quelque peu contrastées. D’un côté, un de mes pires souvenirs cinématographiques avec des hommes en slips qui beuglent « Spaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaartians » pendant deux heures, me plongeant dans une consternation totale. De l’autre, un film culte, d’un ésotérisme fascinant, visuellement superbe et d’une incroyable profondeur. Honnêtement, surtout vu ce que j’en avais lu, je craignais vraiment que Sucker Punch tienne plus du premier que du second. Mais il n’en est rien.
Sucker Punch est une œuvre qui s’apprécie à différents niveaux. Au premier, il est vrai que l’on peut trouver ça parfois ridicule. Des nymphettes en costume d’écolière qui se battent contre des zombis nazis ou des orcs en armure, cela peut laisser quelque peu circonspect. Vous lirez d’ailleurs très certainement souvent ce même reproche, teinté d’un mépris condescendant, à propos de ce film : il ne s’agit que d’un grand jeu vidéo. Et bien oui, disons-le haut et fort, ce film, dans sa structure même, est marqué par cette culture. Mais après tout, en quoi serait-ce forcément négatif ? Les jeux vidéos sont depuis plusieurs années les produits culturels les plus vendus, il est logique que des éléments qui y sont nés irradient vers d’autres formes d’expression artistique.
Mais Zack Snyder ne se contente pas de s’inspirer de la culture des jeux vidéos. Il puise également largement dans le cinéma de science-fiction ou fantastique, dans l’héroic fantasy et également dans l’univers du manga. Bref autant de domaines estampillés « sous-culture », auquel Sucker Punch rend un splendide hommage. Car ne nous y trompons pas, ce film n’est pas la mauvaise adaptation d’un jeu vidéo. Sucker Punch n’est pas non plus un film, comme Tron, cherchant à nous prouver que finalement les geeks sont eux-aussi des gens formidables. Sucker Punch n’est pas un film sur l’univers des jeux vidéos. Non, simplement, Sucker Punch reprend des éléments culturels nés sur ce support, des codes et aussi une structure narrative bien particulière. Pendant une bonne partie du film, le scénario ressemble à la succession des niveaux d’un jeu vidéo, avec un aspect quelque peu redondant, telle la déclinaison d’une même idée sous diverses variantes. Certains y verront la preuve de l’absence d’un scénario vraiment solide. D’autres, retrouveront simplement une manière familière de raconter une histoire, certes inhabituelle au cinéma, mais nullement dévalorisante.
Sucker Punch exploite en fait des dizaines, voire des centaines d’éléments issus de ces cultures. On peut trouver l’idée des nymphettes en costume d’écolière ridicule, il n’empêche que pour moi et beaucoup d’autres pour qui les mangas font intégralement partie de notre univers culturel, elles font partie de notre imaginaire, au même titre que les figures du cow-boy dans les westerns ou du détective privée dans un polar, qui sont, au cinéma, très éloignées de ce qui existe dans le monde réel. Zack Snyder n’est pas le premier à mettre sur grand écran une guerrière en jupette, Tarantino l’avait fait avant lui dans son Kill Bill, avec un second degré peut-être plus évident, mais tout aussi réel.
Sucker Punch est par bien des aspects dans la même lignée que le cinéma Tarantino. Il reprend à son compte des éléments tirés de ce que certains jugent comme de la sous-culture pour en faire une œuvre originale réalisée avec un infini talent. Je veux bien admettre que Zack Snyder le fait avec moins de subtilité, moins de détachement que Quentin Tarantino. D’ailleurs, si on doit faire un reproche à ce film, c’est paradoxalement sa richesse quasi infinie. Il y a une référence à la seconde, si ce n’est plus. Par exemple, le temps d’un plan extrêmement court, on s’aperçoit que les jeunes filles portent à la ceinture des pistolets ressemblants fort aux mousquets que l’on retrouve sur l’affiche de Pirates des Caraïbes. C’est juste un détail, mais qui parle à l’imaginaire des familiers de ces univers. Et on trouve ici des centaines de clin d’œil de ce type. Alors, il est vrai, parfois, cela donne un peu une impression de catalogue, de zapping. Mais cela avant tout constitue un jeu dans lequel on peut facilement rentrer avec enthousiasme. Personnellement, ça me donne fortement envie d’aller le revoir pour essayer de repérer toutes les références que j’ai ratées, et je pense qu’elles sont extrêmement nombreuses.
Mais Sucker Punch est avant tout un film visuellement superbe, à la personnalité extrêmement prégnante. C’est à la fois sa plus grande force et sa plus grand faiblesse, puisque soit on aime, soit on déteste. Cependant, on ne peut que s’incliner devant l’incroyable travail de Zack Snyder. Rassembler autant d’éléments disparates pour en tirer un univers esthétique aussi cohérent et personnel ressemble à un tour de force. Cela prouve également que ce réalisateur n’est pas doué uniquement pour adapter à l’écran des univers visuels nés dans des pages de comics. Il sait créer un monde bien à lui, sublimé par un travail de photographie prodigieux, une bande-son incroyable et des effets spéciaux à couper le souffle.
Bon, c’est bien tout ça, mais ça a quand même ses limites. Le festival de références, agencées en une structure de jeux vidéos, c’est amusant, mais relativement vain si on s’arrête là. Et une des plus grande qualité de Sucker Punch est de savoir, à un moment donné, abandonner son concept de base pour apporter une vraie conclusion à tout ça. Le dénouement de ce film est en tout point remarquable, avec un vrai retournement de perspective inattendu. Il n’y a pas qu’un talent de metteur en « image » chez Zack Snyder, il y a aussi beaucoup d’intelligence dans son écriture scénaristique. Ce n’est pas la qualité qu’il met le plus en avant dans ce film, c’est incontestable, mais en nous livrant une vraie fin, il fait définitivement de Sucker Punch un vrai grand et beau moment de cinéma.
Soyons honnêtes, il sera quand même difficile à ceux à qui la grand majorité des références vont échapper d’apprécier pleinement Sucker Punch. Mais, il n’est pas impossible qu’ils se laissent charmer par cet univers esthétique ésotérique et fascinant, tout à la fois extrêmement personnel et chargé des œuvres dont il s’inspire. Ils ne pousseront peut-être pas un waouh ! aussi enthousiaste que le mien, mais un petit waouh ! quand même.
Fiche technique : Production : Warner Bros. Pictures, Lennox House Films, Legendary Pictures, Cruel and Unusual Films Distribution : Warner Bros. France Réalisation : Zack Snyder Scénario : Zack Snyder, Steve Shibuya Montage : William Hoy Photo : Larry Fong Décors : Rick Carter Musique : Tyler Bates, Marius De Vries Effets spéciaux : John DesJardin Directeur artistique : Patrick Banister, Todd Cherniawsky Durée : 110 mn
Casting : Emily Browning : Babydoll Vanessa Hudgens : Blondie Abbie Cornish : Sweet pea Jena Malone : Rocket Carla Gugino : Le docteur Vera Gorski Scott Glenn : Le sage
En voyant la bande-annonce de World Invasion : Battle Los Angeles, on se dit tout de suite qu’on a devant soi la promesse d’un gros navet. On sent immédiatement le scénario qui tient sur une feuille de papier à cigarette et on se doute que la psychologie des personnages ne doit pas casser trois pattes à un canard. Par contre, on se dit que visuellement, ça a l’air de tenir la route alors on espère quand même tenir là un divertissement un peu bourrin, mais qui se laisse regarder. Au final, on est entre les deux.
Des Aliens envahissent la Terre, comme ça, sans prévenir. Heureusement les marines sont là, même s’ils ne tardent pas à prendre cher. Cela n’empêche cependant pas un petit groupe d’entre eux de mener une mission de sauvetage d’un groupe de civils isolé au milieu du champ de bataille, en plein cœur de Santa Monica, à Los Angeles.
Le problème depuis la fin de la guerre froide, c’est que l’on plus d’ennemis vraiment méchants et cruels à combattre et on se doit désormais de ressentir au moins un peu de compassion pour l’adversaire. Depuis le 11 septembre, le cinéma aime bien nous livrer quelques islamistes belliqueux, mais cela aboutit éventuellement à des scènes de guérilla, rarement à de grandes batailles épiques. Bref, difficile de signer un vrai film de guerre à l’ancienne à notre époque. Mais les auteurs de World Invasion : Battle Los Angeles ont trouvé la parade : des aliens !
Résultat, aucun besoin de contexte géopolitique bidon ou d’humanisme obligatoire envers l’ennemi. L’humanité est attaquée violemment et soudainement et elle est bien obligée de se défendre. Cela donne un film qui rentre très vite dans le vif du sujet, sans s’alourdir de quoique ce soit. Cela donne à la fois un côté basique au scénario, mais aussi quelque part une vraie intelligence, puisqu’on n’est pas venu voir un tel film pour autre chose que des scènes d’action.
En fait, World Invasion : Battle Los Angeles nous raconte une histoire contée mille fois déjà. Celle d’un groupe d’hommes qui doit traverser un territoire hostile avant d’arriver à leur but. A ce niveau-là, ce film n’a vraiment rien d’original. Qu’on ait des aliens en face, ne change strictement rien, il s’agirait d’Allemands sous la Seconde Guerre Mondiale, le film serait quasi identique. Mais bon quelques bonne vieilles soupes valent le coup qu’on le resserve encore et encore, sans que l’on ne s’en lasse… ou presque.
World Invasion : Battle Los Angeles commence plutôt bien. Comme je l’ai dit, on est très vite plongé dans le cœur de l’action. Bien sûr, un discours pro-militariste, pro-américain, pro-marines pointe ci ou là, mais bon, il y a longtemps qu’Hollywood nous y a habitué et on n’y prête guère plus attention, surtout quand il se fait aussi discret. Les péripéties s’enchaînent et on se dit vraiment que l’on tient là un film qui a le mérite de se concentrer sur l’essentiel. Un film d’action épuré en quelques sortes.
Mais malheureusement, vient le quart d’heure qui gâche sérieusement le plaisir. Cette longue scène célébrant les valeurs militaires, la solidarité entre soldats, le sens du devoir envers la patrie, le sens du sacrifice, genre c’est super de se faire sauter le caisson si c’est pour la défense du drapeau… C’est long, lourdingue et donne limite la nausée. Comme si la certaine retenue dont avait fait preuve jusqu’alors Johathan Libesman n’était plus tenable et qu’il fallait qu’il lâche son flot de poncifs d’un goût et d’une philosophies douteux.
Et comme, l’ultime assaut n’est absolument pas crédible (à la fois, une scène d’un film sur une invasion extraterrestre a-t-elle besoin d’être crédible ?), on reste sur cette mauvais impression et on oublierait presque les bons moments du début. Sans cela, World Invasion : Battle Los Angeles n’aurait de toute façon pas constitué un grand film, mais au moins, on aurait eu droit à un divertissement plutôt bien foutu, à tout point de vue.
Un film mi-figue, mi-raisin, qui ne casse pas trois pattes à un alien.
Fiche technique : Production : Columbia Pictures, Relativity Media, Original Films Distribution : Sony Pictures Releasing France Réalisation : Jonathan Liebesman Scénario : Christopher Bertolini, Shane Black Montage : Christian Wagner Photo : Lukas Ettlin Décors : Bob Kensinger Son : Chris M. Jacobson Musique : Brian Tyler Directeur artistique : Chris L. Spellman, Tom Valentine Durée : 116 mn
Casting : Aaron Eckhart : Sergent Michael Nantz Michelle Rodriguez : Sergent Chef Elena Santos Ramon Rodríguez : 2nd Lieutenant William Martinez Bridget Moynahan : Michele Ne-Yo : Caporal Kevin Harris Michael Peña : Joe Rincon
On m’avais prévenu, mais j’y suis allé quand même, troisième ! Comme pour Route Irish, le nom de réalisateur m’a poussé à donner une chance à ce film et à me faire ma propre opinion. Et encore une fois, je dois me résigner à me ranger derrière l’avis de la majorité et dire qu’il s’agit d’un film raté. Ma Part du Gâteau sera donc un raté dans la longue et réussie carrière de Cédric Klapisch.
Stéphane est trader et vit dans un monde d’argent et de superficialité. C’est sans penser aux conséquences qu’il coule des entreprises afin de recevoir sa part du gâteau, comme il dit. A l’autre bout, il y a France, ouvrière d’une usine sur le point de fermer. Elle se décide à monter à Paris et devient la femme de ménage de Stéphane, sans se douter que c’est lui qui est à l’origine de tout ça.
Que Cédric Klapisch et Ken Loachse soient plantés en même temps a ceci d’amusant (ou pas d’ailleurs) que Cédric Klapisch est justement un peu le Ken Loach français… Voilà, c’était la minute comparaison à la con. Bon contrairement au réalisateur irlandais, notre compatriote est resté dans ce qu’il sait faire de mieux, c’est à dire le film humaniste et social… mais l’a très mal fait. Après tout, on ne peut pas toujours être dans un grand jour.
Ma Part du Gâteau est un film en trois temps. Un début qui livre plus de clichés à la minute qu’un McDo de frites en heure de pointe. Bref, on se dit que ça commence mal. Puis le film prend un peu de corps et la relation entre France et Stéphane évolue vers quelque chose que l’on se surprend à aimer, alors qu’on pouvait aisément craindre de trouver ça ridicule. Puis, vient le dénouement… Au moins, ce n’est pas tout à fait ce à quoi on pouvait attendre, c’est déjà ça. Mais avec le recul, je ne sais pas si je n’aurais pas préféré qu’ils se marient et aient de nombreux enfants plutôt que cette fin qui n’en est même pas une et qui laisse quelque peu circonspect.
En fait, ces dernières minutes sont symptomatiques de l’impasse dans laquelle Cédric Klapisch s’est retrouvé avec ce film. A part nous livrer des lieux communs et des choses que l’on sait déjà sur les traders et les ouvriers, il n’a rien à dire et se retrouve donc incapable de conclure quoique ce soit. Il tourne en rond pendant tout le film, arrivant simplement à faire monter doucement une tension sexuelle entre les deux protagonistes, auquel on s’attache de plus en plus. Puis, il sombre corps et bien dans un océan de vacuité… ou sur la plage de Dunkerque comme on veut. Ma Part du Gâteau aurait pu être un film de personnages réussi, mais il finit par exploser en plein vol après avoir eu du mal à décoller. Bref, le spectateur est loin de s’envoyer en l’air.
Ce n’est évidemment pas la présence de Gilles Lellouche à l’écran qui vient sauver Ma Part du Gâteau. Non qu’il ne soit pas un acteur talentueux, mais comme il est en train de supplanter Kad Merad dans le rôle de l’acteur français que l’on voit dans tous les films hexagonaux, il n’apporte plus guère de valeur ajoutée. Karine Viard est aussi une habituée des écrans tricolores, mais elle confirme encore une fois ici qu’elle est la plus sexy des femmes pas sexys. Bref, ça s’appelle le charme et ça ne s’explique pas. Ils sont bons, il n’y a rien à dire, on arrive même à croire à leurs personnages pourtant trop caricaturaux pour être vrais. Mais quand le scénario finit par leur faire faire n’importe quoi, le charme se rompt et c’est bien dommage.
Le couple Viard-Lellouche offre donc quelques moments de charme dans ce film qui n’en a guère par ailleurs. On comprend bien que le sujet ait pu passionner Cédric Klapisch. Mais malheureusement, le spectateur est, lui, guère passionné.
Fiche technique : Production : Ce Qui Me Meut, Move Movie Distribution : StudioCanal Réalisation : Cédric Klapisch Scénario : Cédric Klapisch Montage : Francine Sandberg Photo : Christophe Beaucarne Son : Cyril Moisson, Philippe Heissler, Cyril Holtz Musique : Christophe Minck, Loïk Dury Costumes : Anne Schotte Durée : 109 mn
Casting : Karin Viard : France Gilles Lellouche : Steve Audrey Lamy : Josy Jean-Pierre Martins : JP Zinedine Soualem : Ahmed Raphaële Godin : Mélody Fred Ulysse : le père de France
Le Far West a toujours été peuplé de personnages inoubliables et colorés. Avec Rango, ils peuvent même changer de couleur puisque ce film d’animation, hommage au western, a pour personnage principal un caméléon. Un film plutôt original qui rassemblera toute la famille, chacun y trouvant des raisons différentes de l’apprécier.
Lars rêve d’être un héros de film d’aventures, bien à l’abri dans son bocal. Mais un jour, la grande aventure, la vraie, l’attend après que son bocal soit tombé de la voiture de ses propriétaires. Il se retrouve alors en plein désert. Il finira par atteindre la ville de Dirt, frappée par une terrible sécheresse qui inquiète de plus en plus ses habitants. Notre lézard y voit surtout l’opportunité de devenir le héros enfin qu’il a toujours souhaité être. Mais en a-t-il vraiment la carrure ?
Rango plaira aux plus petits, parce qu’il reste un film d’animation à l’intrigue accessible, comporte quelques effets cartoon, un gentil attachant et des méchants. Mais ces chères petites têtes blondes (ou brunes ou rousses en fait) trouveront peut-être que le film manque quelque peu d’action, de rythme et d’humour premier degré. Il n’en est pas dénué, mais il est aussi riche de bien d’autres choses.
Rango est aussi un hommage aux classiques du genre. Entre parodie et respect des codes, il aurait pu figurer parmi les meilleurs westerns spaghetti si ses protagonistes avaient été des humains. L’ombre d’un Sergio Leone plane sur ce film, même si le résultat est évidemment très loin de ce que le maître italien a pu produire. Il y a cependant un peu de Clint Eastwood dans ce lézard… Enfin plutôt, il y a du Clint Eastwood dans ce que rêve d’être ce lézard qui fait semblant d’être Clint Eastwood… Euh, c’est clair ?
L’intrigue en elle-même est agréable sans être inoubliable. La volonté de rassembler un large public autour d’un film d’animation a sûrement empêché les auteurs de Rango de la rendre trop complexe. Cependant, l’action de déroule avec juste assez d’épaisseur pour que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Mais encore une fois, ce film est avant tout un film d’ambiance et possède ce second degré qui manquait peut-être à True Grit, le dernier film des frères Coen.
Visuellement, Rango ne souffre d’aucun défaut. L’univers graphique est agréable et les personnages tous très expressifs. Humaniser des animaux est un principe aussi vieux que le cinéma d’animation lui-même, mais le travail dans ce domaine est ici vraiment remarquable. L’équipe artistique ne s’est pas contentée de mettre des habits à des animaux, ils ont cherché comment les faire réellement incarner le rôle qu’ils occupent dans le film. Un casting virtuel peut-être, mais en tout cas un excellent casting.
Gore Verbinski s’est donné les moyens de faire de Rango un succès en débauchant Johnny Depp pour doubler le personnage principal. Cela constitue une vraie valeur ajoutée car il est tout simplement parfait. Il a compris que ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un film d’animation qu’il faut brailler son texte en en faisant une tonne et demi. Il y met autant de talent et de maîtrise que s’il avait interprété ce personnage pour de vrai. Et vu le talent du bonhomme, autant vous dire que c’est un vrai bonheur.
Rango est donc une œuvre aussi agréable qu’originale. Elle ravira tous ceux qui aiment les westerns ou les films d’animation, et bien entendu encore plus ceux qui aiment les deux.
Fiche technique : Production : ILM, Blind Wink, GK Films, Nickelodeon Movies Distribution : Paramount Pictures France Réalisation : Gore Verbinski Scénario : John Logan Montage : Craig Wood Décors : Mark McCreery Musique : Hans Zimmer Directeur artistique : John Bell Durée : 116 mn
Casting : Johnny Depp : Rango, Lars Isla Fisher : Beans Abigail Breslin : Priscilla Ned Beatty : le maire Alfred Molina : Roadkill Bill Nighy : Rattlesnake Jake Harry Dean Stanton : Balthazar Ray Winston : Bad Bill Timothy Olyphant : L’esprit de l’Ouest
Dans la série, on m’avait pourtant prévenu, après L’Assaut, voici Route Irish, le dernier film de Ken Loach. Sorti dans un anonymat complet, unanimement descendu en flamme par la critique, il a déjà quasiment disparu des écrans après tout juste deux semaines d’exploitation. J’aurais bien aimé m’insurger contre cette situation et la juger injuste, mais il n’en est malheureusement rien. Il s’agit bien là d’un film raté et il ne mérite que l’oubli.
Fergus vit mal la mort de son ami, autant dire son frère, Frankie. En effet, c’est lui qui l’a poussé à la rejoindre dans son job d’agent de sécurité à Bagdad. Mais ce qu’il vit encore moins bien, c’est la version officielle de la société qui les emploie. Il va mener sa propre enquête et très vite découvrir qu’on cherche à cacher quelque chose.
Il arrive à tout le monde de se planter et ce jour est arrivé pour Ken Loach. Il faut dire qu’au rythme d’un film par an, cela devait bien finir par arriver. Vue la longueur de sa filmographie, on lui pardonnera aisément et Route Irish ne représentera qu’une toute petite tâche, presque invisible à l’œil nu. Mais bon, puisque tel est mon lot, je vais tout de même vous en faire une critique un tantinet plus développée avant de rejeter ce film au tréfonds de ma mémoire.
Si la forme reste propre, c’est au niveau du scénario que Route Irish se plante totalement. Le sujet est pourtant au cœur de l’actualité et aurait pu être traité avec force. Au contraire, il est ici sans grande surprise. Le suspense est un faux suspense et même le retournement de situation final ne surprend pas vraiment. Un air de déjà-vue, pour ne pas dire de mauvais téléfilm. Les personnages y sont peut-être un peu plus fouillés, mais on ne s’y attache guère. Ken Loach a déserté les thèmes sociaux pour signer ici un film plus proche du polar, mais cela constitue un échec complet.
Route Irish confond ambiguïté et antipathie. On peut être une victime et provoquer guère de compassion. Le seul axe qui aurait pu sortir le film de sa torpeur est celui des rapports entre Fergus et la veuve de son ami. Mais, cela aboutit évidemment à la scène attendue où ils finissent par se sauter dessus… Bon ok, il renonce en cours de route, mais franchement, cela n’a rien de surprenant, rien de dérangeant, rien de provoquant et n’apporte par ailleurs rien au scénario. Un exemple assez symptomatique de ce qui pêche dans ce film qui ne fait jamais frémir l’encéphalogramme du spectateur.
Route Irish reste tout de même un film de Ken Loach. Photographie élégante et discrète, direction d’acteurs impeccable. Mais son cinéma est bien trop basé sur le sens et la qualité des histoires qu’il raconte pour que la forme puisse un seul instant compenser les manques du fond. On sent bien que ce film n’est pas non plus réalisé par n’importe qui, mais au-delà de ce constat, cela ne nous console guère.
Un mot enfin sur l’interprétation, à laquelle on ne peut pas reprocher le relatif naufrage de Route Irish. Les deux acteurs principaux remplissent leur rôle avec un réel talent. Mark Womack et Andrea Lowe confirment que le cinéma britannique possède une réserve inépuisable de comédiens de haut niveau… et avec des accents délicieux. Car si le cinéma de Ken Loach a une vertu, c’est celle de nous faire découvrir la richesse linguistique de la Grande-Bretagne.
Route Irish est donc un film à oublier. D’ailleurs, c’est déjà fait… Mais vivement le prochain Ken Loach !
Fiche technique : Production : Sixteen films, Why not productions, Wild bunch Réalisation : Ken Loach Scénario : Paul Laverty Montage : Jonathan Morris Photo : Chris Menges Décors : Fergus Clegg Distribution : Diaphana Musique : George Fenton Directeur artistique : Grant Armstrong Durée : 109 mn
Casting : Mark Womack : Fergus Andrea Lowe : Rachel John Bishop : Frankie Geoff Bell : Walker
Dans la série des films que j’ai quand même été voir malgré une majorité d’échos très négatifs, voici l’Assaut. Je ne suis pourtant pas le dernier à exhorter le cinéma français à faire plus de films tirés de l’actualité plus ou moins récente (c’est à dire moins de deux siècles, vue la frilosité de notre pays dans ce domaine). Oui, mais faudrait-il encore que les films en questions ressemblent à quelque chose. Parce que c’est loin d’être le cas ici.
Samedi 24 décembre 1994, sur le tarmac de l’aéroport d’Alger, l’avion pour Paris est immobilisé, pris en otage par quatre terroristes du GIA. A Paris, c’est la panique dans les différents ministères concernés. On ordonne au GIGN de se tenir près, même si les autorités algériennes refusent toute intervention pour l’instant. Dans ses rangs, Thierry a promis à sa femme et ses enfants que tout ira bien. Mais il sait qu’un éventuel assaut pourrait bien lui coûter la vie.
L’Assaut est un film tout pourri. Il y a tellement de trucs qui ne vont pas, qu’on ne sait pas bien par où commencer. Alors du coup, je vais débuter par ce qui va bien. Soit 16 minutes, le temps de l’assaut final filmé en temps réel. Non que ce passage brille particulièrement par des qualités cinématographiques remarquables, c’est le moins que l’on puisse dire, mais au moins, on est un minimum pris par l’action et on cesse quelque peu de sourire devant ce spectacle pitoyable qui fait parfois rire involontairement.
Parce que le reste du temps, on a du mal à croire ce que l’on voit, tant ce film déborde de médiocrité. L’Assaut nous fait vivre les événements de trois points de vue. Celui de Thierry, soldat du GIGN, celui de Carole, jeune ambitieuse du Ministère des Affaires Etrangères et celui des terroristes eux-mêmes. Pour ces derniers, rien à dire. Ils sont un minimum crédibles, on croit à ce que l’on voit. Julien Leclercq a la bonne idée de ne pas pousser trop loin leur analyse psychologique et ne cherche pas à nous expliquer le pourquoi du comment du fondement de leurs motivations. Ils se contentent des faits et c’est tant mieux.
Car pour les deux autres, c’est une catastrophe. A un moment donné, son supérieur demande à Thierry « Je viens de dire que certains d’entre vous risquent de ne pas survivre à l’assaut et vous me demandez de rentrer dans l’avion en premier. Que dois-je comprendre ? » Et bien, c’est une bonne question et on aimerait bien avoir une réponse. Le problème, c’est que le film oublie de nous l’apporter. Pourtant, Julien Leclercq multiplie les gros plans sur un Vincent Elbaz prié de jouer le mec torturé. Les relations avec sa femme prennent une place importante dans l’Assaut, mais jamais on ne comprend vraiment quel est le problème. Et pour tout dire, on s’en fout complètement.
Mais la prime du ridicule vient de la description de ce qui se passe dans les coulisses des ministères. Julien Leclercq a sûrement beaucoup regardé les différentes saisons de 24h Chrono et a voulu faire pareil. Sauf que ce n’est pas crédible une seule seconde, c’est même parfois franchement drôle tellement ça se prend au sérieux tout en flirtant constamment avec le ridicule. Le personnage de Carole est tout simplement affligeant.
La réalisation de Julien Leclercq ne vient malheureusement pas relever le niveau. Elle se veut pourtant très certainement élaborée artistiquement avec ses couleurs un peu sépias et cet espèce de flou permanent. En fait, c’est marrant cinq minutes, mais guère plus. Ce genre d’effet de style ne se justifie que s’il possède une signification à un moment donné d’un film, pas quand il est de mise tout du long. Le réalisateur sait mettre un filtre devant ses caméras, tant mieux pour lui. C’est de l’esbroufe sans aucun intérêt. Et que dire du montage et de la bande-son qui cherchent à faire de l’Assaut un vrai film d’action, à l’américaine j’ai envie de dire. Sauf qu’à Hollywood, plus personne n’ose produire de tels navets, que surpasse n’importe quel épisode de série produit de l’autre côté de l’Atlantique.
On pardonnera donc à l’ensemble du casting son naufrage. Malgré tout leur talent, ni Vincent Elbaz, ni Mélanie Bernier ne pouvait faire grand chose pour sauver son personnage du désastre. Ils font ce qu’ils peuvent, mais à l’impossible nul n’est tenu. Comme les otages dans l’avion, ils semblent nous supplier d’arriver au plus vite à l’assaut final, histoire d’abréger leurs souffrances. A moins que ce soit celles des spectateurs. Encore une fois, c’est du côté des terroristes que l’on trouve quelques minces motifs de satisfaction avec Aymen Saïdi dont la prestation est peut-être la seule chose de convaincante dans ce film.
L’Assaut est un naufrage, un film d’où le talent est absent à tous les étages. Une perte de temps que vous pouvez aisément vous épargner.
Fiche technique : Production : Labyrinthe Films Distribution : Mars Distribution Réalisation : Julien Leclercq Scénario : Julien Leclercq, Simon Moutaïrou Montage : Christine Lucas Navarro, Frédéric Thoraval, Mickael Dumontier Photo : Thierry Pouget Musique : Jean-Jacques Hertz, Francois Roy D’après l’oeuvre de Roland Môntins Durée : 90 mn
Le cinéma anglais sait mieux que tout autre marier comédie et social. C’est presque devenu une marque de fabrique, si bien qu’on parle souvent de « comédie à l’anglaise » pour désigner ce genre de production. Voici un nouvel exemple avec We Want Sex Equality, un film tiré d’une histoire vraie, se déroulant en 1968, mais qui reste, bien malheureusement, toujours d’actualité.
Rita est ouvrière dans un des usines Ford installées en Grande-Bretagne. Les femmes y sont peu nombreuses et sont surtout payées nettement moins que les hommes. Pour remédier à cette injustice, elles se décident à mener une action que l’on pensait typiquement masculine : elles se mettent en grève. Si le mouvement reçoit d’abord la sympathie de leur collègue du sexe soi-disant fort, quand il finit par bloquer toute la production et par mettre tout le monde au chômage, leur combat n’est plus vu avec un œil si favorable.
Les inégalités salariales entre les hommes et les femmes restent malheureusement une réalité toujours bien présente. En voyant We Want Sex Equality, on peut se dire que l’on revient de très loin et qu’il y a eu déjà beaucoup de progrès accomplis. Mais enfin, l’optimisme enthousiaste du texte qui début le générique prête un peu à sourire. Enfin, cela n’enlève rien à la portée de ce film et du combat que Rita et ses collègues ont mené à l’époque.
Il est évidemment toujours difficile de mesurer exactement la part de fiction dans cette reconstitution qui se veut fidèle. Le générique de fin nous montre des photos de l’époque et nous présente les protagonistes tels qu’elles sont aujourd’hui (autant dire qu’elles ont bien vieillis). C’est une technique de plus en plus utilisée (cf. Fighter), comme si cela constituait une caution sur la véracité des évènements tels qu’ils apparaissent dans le scénario. Cela reste évidemment à prouver… mais honnêtement on s’en fout !
We Want Sex Equality est un film, pas un documentaire. Et c’est un film très réussi. Sûrement pas la comédie anglaise du siècle, mais une production fort sympathique, parfois même enthousiasmante. On prend très vite le parti de ces ouvrières contre leurs collègues mâles, dont la solidarité connaît très vite ses limites. C’est d’ailleurs là, l’élément le plus intéressant de ce film où de nombreux personnages se voient tiraillés entre une solidarité entre classes sociales et une solidarité entre genres. Marx peut parfois aller se rhabiller quand il s’agit de défendre le machisme !
We Want Sex Equality mélange avec bonheur le rire, l’émotion et la critique sociale. L’équilibre trouvé par Nigel Cole est remarquable et chacun pourra donc trouver son bonheur dans ce film. On ne s’y ennuie jamais, l’intrigue avance toujours avec un rythme suffisant pour maintenir notre attention du début à la fin. Le dénouement est amené en conservant un certain sens du suspense, ce qui constitue une barrière radicale contre l’ennui.
Mais We Want Sex Equality brille surtout pas la sympathie que nous inspire tous les personnages. Si cela n’avait pas été le cas, si nous n’avions pas envie de mener le combat avec elles, ce film n’aurait évidemment pas connu la même réussite. Bien sûr, le personnage de Rita, parfaitement interprété par Sally Hawkins, définitivement une valeur sûre du cinéma britannique, est particulièrement mis en avant, mais c’est tout le casting féminin qui est à salué. Mais ne soyons pas non plus sexiste et n’oublions pas ce bon vieux Bob Hoskins, qui se fait désormais plutôt rare, mais que l’on retrouve ici avec bonheur comme contremaître épousant totalement le combat de ses protégées.
We Want Sex Equality ne va certainement pas devenir aussi culte qu’un Full Monty ou qu’un Looking For Eric, mais il prouve s’il en était encore besoin que les Anglais sont les champions incontestés de la comédie sociale.
Fiche technique : Production : Paramount Pictures UK, Number 9 Films Ltd., BBC Films, Audley Films, UK Film Council Distribution : ARP Sélection Réalisation : Nigel Cole Scénario : William Ivory Montage : Michael Parker Photo : John De Borman Décors : Andrew McAlpine Musique : David Arnold Directeur artistique : Grant Armstrong, Ben Smith Durée : 113 mn
Casting : Sally Hawkins : Rita O’Grady Bob Hoskins : Albert Rosamund Pike : Lisa Hopkins Miranda Richardson : Barbara Castle
Comme beaucoup de personne de gauche, le 5 mai 2002, j’ai voté Jacques Chirac au second tour de l’élection Présidentielle. Je l’ai fait sans aucune hésitation. Je n’ai jusqu’à aujourd’hui ressenti aucun regret, bien que jamais le Président n’a guère tenu compte des circonstances exceptionnelles, pour ne pas dire inespérées, de son élection. Nous fûmes des millions à faire de même, car il nous était pour nous impensable de ne pas voter pour un candidat aux convictions certes différentes des nôtres sur bien des points, mais qui était le seul à pouvoir s’opposer à un candidat qui n’avait que la haine comme programme.
Jamais une seule seconde, nous nous sommes interrogés de savoir si cela signifiait que le RPR ou le PS, c’était la même chose. Nous savions simplement qu’entre les valeurs démocratiques et le racisme, il n’y avait aucune hésitation à avoir. Cela ne prêtait ni à débat, ni à discussion, ni à controverse. Les adversaires d’un jour peuvent se retrouver alliés de circonstances quand les circonstances l’exigent. Etre adversaires ne signifient ni se haïr, ni se manquer de respect. Faire de la politique, c’est savoir agir de manière responsable et courageuse, et non de manière mesquine et calculatrice. Je suis le premier à revendiquer un certain droit à la mauvaise foi dans le débat d’idées et à reconnaître l’aspect théâtral de l’arène politique. Mais il est des temps où le jeu doit cesser pour faire place à l’action et à des décisions sans ambigüité pour faire barrage à ce qui menace les fondements même de notre société.
Tout était donc clair pour moi et si le 5 mai 2002 fut un jour douloureux, je n’avais jamais imaginé me dire que j’aurais pu faire autrement. Puis, j’ai entendu Jean-François Copé ce dimanche soir. Et d’un coup, j’en suis presque venu à douter du bien fait de mon attitude d’il y a 9 ans. Je sais bien que la mémoire est courte en politique et qu’il ne faut pas s’attendre à des renvois d’ascenseur, mais un tel mépris, une telle injure à l’histoire ne me semblait pas imaginable dans la bouche de celui qui reste, pour au moins un an, le chef de file du parti majoritaire en France.
Evidemment, tout cela est à replacer dans son contexte et l’attitude du peuple de gauche en 2002 est évidemment le seul qui reste justifiable. Une attitude qui reste une ligne de conduite intangible vu l’appel, dès dimanche soir, du PS, du PC et des Verts pour appeler à voter UMP en cas de duel entre un de leur candidat et un candidat du FN. C’est dans ces moments là que je me dis qu’ils ne sont pas près de me voir de l’autre bord.
On peut d’ailleurs déplorer avec force le silence plus que regrettable de Jacques Chirac dans cette affaire. On peut comprendre qu’après le report de son procès, il tente de se faire discret, mais une intervention de sa part aurait eu un poids considérable vues les circonstances. Décidemment, sa carrière politique l’aura toujours laissé à la porte de la grandeur.
Mais le plus grand enseignement que l’on peut tirer de cette attitude ignoble et inqualifiable est que l’UMP est définitivement aux abois. Il a renoncé à chasser les voix au centre et encore moins à gauche. Il concentre sa stratégie uniquement vers l’électorat frontiste. Il s’agit évidemment d’une stratégie perdante car les élections nationales se gagnent au centre. Nicolas Sarkozy avait su ménager ses deux flancs et c’est ce qui l’avait conduit à la victoire en 2007. Mais là, c’est à droite toute et il semble s’éloigner de plus en plus du chemin de sa réélection.
Notre Président a encore le temps de redresser la barre d’ici 2012, même si cela devient chaque jour un peu plus improbable. Mais son attitude et celle de son parti coupent encore et toujours un peu plus profondément le pays en deux blocs. Et ce qui est sûr, c’est qu’ils ne sont pas sur celui de la dignité.
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