Voilà huit ans qu’on attendait le nouveau film de Peter Weir, le réalisateur de Witness, Le Cercle des Poètes Disparus, The Truman Show ou encore Master and Commander (entre autres). Un cinéaste assez peu prolifique, mais qui signe généralement des films qui font date. Sa dernière production, les Chemins de la Liberté est sorti dans un anonymat relatif (il y a quand même eu un peu de promotion), indigne d’un metteur en scène de ce calibre. Comme quoi à force d’être trop longtemps absent, on se fait quelque peu oublier.
1940, un camp de prisonniers en Sibérie regroupe des détenus de différents horizons. Il semble impossible de s’évader de cet endroit entouré par une immensité vide et glaciale. Impossible sauf pour des hommes prêts à parcourir 10 000 km à pied…
Master and Commander, le précédent film de Peter Weir, m’avait laissé quelque peu sur ma faim. Magnifiquement réalisé, avec des acteurs superbement dirigés, mais malgré tout, un résultat pas totalement passionnant. Il s’agissait là d’un avis très personnel vu l’enthousiasme de la critique d’alors et celui de tous les cinéphiles que je connais. Les Chemins de la Liberté m’a fait exactement la même impression. Sauf que cette fois, si j’en crois la critique relativement tiède vis-à-vis de ce film, l’impression est nettement plus partagée.
Surtout que les Chemins de la Liberté ne brille pas par son suspense. On sait dès la première seconde qu’ils seront trois à arriver jusqu’en Inde. Reste à savoir qui, mais tout au long du film, on n’a jamais trop de doute sur l’identité du prochain qui va succomber. L’intérêt est donc ailleurs. Il est dans le sentiment d’évasion, dans l’admiration que l’on peut avoir pour l’abnégation de ces personnages. Mais encore un fois, il manque un grand souffle épique pour ce film soit totalement passionnant, pour que le spectateur rentre vraiment dans cette histoire incroyable, mais pourtant vraie. On y trouve tout ce à quoi on pouvait s’attendre, mais absolument rien de plus. Il n’y a aucune prise de risque, ni artistique, ni narrative. Alors même si ce qui nous ait proposé est plutôt réussi, on reste un peu sur notre faim.
Les Chemins de la Liberté n’est donc pas le grand film qu’il aurait pu être. C’est propre, c’est beau, mais ce n’est jamais vraiment passionnant. On ne s’y ennuie pas, mais on ne s’y enthousiasme pas non plus.
Production : Exclusive Media Group, National Geographic Entertainment, Imagenation Abu Dhabi
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Peter Weir
Scénario : Peter Weir, Keith Clarke, d’après le livre A marche forcée de Slavomir Rawicz
Montage : Lee Smith
Photo : Russell Boyd
Décors : John Stoddart
Musique : Burkhard Dallwitz
Costumes : Wendy Stites
Durée : 134 mn
Casting :
Jim Strugess : Janusz
Ed Harris : M. Smith
Saoirse Ronan : Irena
Colin Farrell : Valka
Mark Strong : Khabarov
Gustaf Skarsgard : Voss

Enfin, terminons par ce qui est vraiment confondant de médiocrité. L’interprétation ! A la limite Benoît Magimel ne s’en sortirait pas trop mal par rapport à ses compagnons. Certes, il a l’air d’y croire comme le candidat socialiste à l’élection municipale de Neuilly-sur-Seine, mais au moins, il nous sert le minimum syndical. Par contre, en face de lui, Gilbert Melki nous livre peut-être son plus mauvais rôle. On se pince pour y croire tellement son jeu tire sur la caricature. On serait dans une parodie, on pourrait presque le trouver excellent. Le problème, c’est qu’on est dans un film qui se veut on ne peut plus sérieux, pour ne pas dire qui se prend au sérieux, et du coup, ça finit de couler l’Avocat, qui prenait déjà pas mal l’eau par ailleurs. 
Il faut cependant bien le reconnaître, tout cela contribue à notre attachement aux personnages et à notre envie de les voir accéder au bonheur. A la fois, si tout était facile pour eux, il n’y aurait même pas de film. Mais comme pour le scénario, les protagonistes ne restent pas focalisés sur leurs problèmes et décident d’avancer et de vivre leur vie. Pas d’optimisme béât non plus, juste des gens de la vraie vie vraie, qui n’ont rien de winners implacables ou de losers pathétiques. 



Ces trois morceaux convergent vers une fin pas vraiment convaincante. Du coup, on ressort avec un sentiment de déception. On aimerait voir le verre au deux tiers plein, mais malheureusement le gros tiers de vide marque fortement l’esprit du spectateur. Et ce n’est pas les prestations pâlottes de Matt Damon, dont on peut admirer les yeux de chien battu pendant deux heures, et Cécile de France dont le personnage était de toute façon trop inintéressant pour être sauvé, qui arrivent à inverser la tendance. Seuls les deux jumeaux, interprétés par les jeunes Frankie et George McLaren, viennent quelque peu éclairer cette grissaille. 
En fait, une grande partie du charme d’Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs, repose sur ce jeu incessant entre les échelles. Les objets changent de fonction selon par qui ils sont utilisés, une simple épingle devenant une véritable épée par exemple. Alors bien sûr, tous ceux qui regardaient les Minipouss à la télé dans les années 80 ou qui ont succombé (ou subi) la mode des Minimoys connaissent bien ce principe. Mais il est utilisé ici avec beaucoup plus de finesse et de poésie, et surtout dans un univers visuel beaucoup plus fouillé et tout simplement joli. 
Il faut dire que le duo d’acteurs occupant le haut de l’affiche est plutôt pâlot. Seth Rogen, pourtant très impliqué dans un projet dont il est aussi scénariste, manque passablement de charisme et fait beaucoup trop transparaître son passé d’acteur de grosses comédies qui tâchent. Son comparse, Jay Chou, fait guère mieux et ne fera certainement pas oublié Bruce Lee.
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